- il y a 20 heures
Ce lundi 15 juin, Sandra Gandoin a reçu Matthias Savignac, président de MGEN, dans l'émission BFM Entreprise, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au jeudi et réécoutez la en podcast.
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00:01BFM Business présente
00:07BFM Entreprises, leadership, la méthode
00:11Sandra Gondoy
00:13Bonjour à tous, bienvenue dans BFM Entreprises consacrée comme tous les lundis au leadership.
00:19Une demi-heure avec un leader, un patron qui va nous expliquer comment il dirige son parcours, sa méthode, les
00:25clés de sa réussite, les épreuves aussi qu'ils l'ont forgée.
00:28Quel meneur est-il ? BFM Entreprises, aujourd'hui c'est avec Mathias Savignac.
00:35BFM Entreprises, leadership, la méthode, sur BFM Business.
00:40Bonjour Mathias Savignac.
00:42Bonjour Sandra.
00:42Ravi de vous avoir dans Leadership, vous êtes président de la MGEN, on va y revenir évidemment.
00:48Mais dans cette émission, je commence toujours par cette question, est-ce qu'on est leader ou est-ce qu
00:52'on le devient ?
00:54Il y a sans doute un peu des deux.
00:58Je pense qu'on le devient parce qu'on se confronte à une réalité d'entreprise, de parcours de vie,
01:03d'expérience.
01:04Mais il y a aussi peut-être un fond de compétition ou d'envie d'avoir le lead parfois sur
01:14certaines situations,
01:16des trucs peut-être insignifiants, mais organiser une sortie qui s'y colle.
01:21Je pense qu'il y a des choses comme ça qui relèvent peut-être du quotidien, mais qui aussi se
01:26traduisent après dans la vie professionnelle
01:28ou l'envie justement d'avoir une action et d'en être un peu à l'origine et de la
01:31mener à son terme.
01:32On va voir quelle est votre façon à vous de diriger l'AMGEN, donc la Mutuelle Générale de l'Éducation
01:38Nationale.
01:39Vous n'êtes pas arrivé là par hasard, c'est un groupe mutualiste certes, mais c'est surtout un acteur
01:43de soins, dites-vous.
01:44Comment vous décririez l'activité de l'AMGEN aujourd'hui ? Parce qu'il y a beaucoup de choses.
01:49Alors il y a beaucoup de choses, mais si je devais la résumer, on fait trois métiers principaux.
01:53Le premier, c'est qu'on gère par délégation la sécurité sociale des fonctionnaires, et notamment ceux de l'Éducation
02:01Nationale.
02:02Depuis l'origine, depuis 1947, on le gère pour le compte de la Sécu.
02:08Et puis on est une complémentaire santé, qui faisons à la fois de la santé et de la prévoyance.
02:13Et puis nous sommes offreurs de soins, comme vous l'avez dit, c'est-à-dire qu'on gère des
02:17établissements médico-sociaux, des centres de santé, des EHPAD.
02:21Et donc ça nous permet à la fois d'être ceux qui faisons la solvabilisation des soins de nos adhérents,
02:29mais on est aussi offreurs, c'est-à-dire qu'on leur permet d'accéder, sans dépassement d'honoraires, à
02:33toute une série de spécialités ou de soins.
02:35Vous êtes un vrai acteur de soins, et on va le voir dans cette émission, vous êtes un observateur du
02:40secteur par ce poste.
02:42Vous avez été professeur des écoles à la base.
02:44Absolument.
02:45Qu'est-ce que ça a forgé chez vous, déjà ?
02:49Alors ça fait longtemps, mais peut-être le sens du collectif.
02:54Et puis l'écoute, parce que quand vous êtes enseignant, vous avez nécessairement besoin d'écouter les besoins, les remarques,
03:01pour pouvoir accompagner au mieux les élèves d'une classe.
03:07Mais finalement, c'est une continuité pour moi que d'avoir été à la fois enseignant et aujourd'hui d
03:12'être à la tête de la mutuelle qui protège les enseignants,
03:15parce qu'on connaît aussi la difficulté de l'exercice du métier, les besoins, les particularités des conditions d'exercice
03:23des enseignants.
03:24Et donc ça aussi, la raison pour laquelle ce sont depuis l'origine des enseignants, des enseignantes notamment,
03:29mais aussi des gens de l'éducation nationale, de l'administration, qui sont à la tête et qui dirigent la
03:35mutuelle.
03:36Alors justement, comment on devient, comment on passe de l'un à l'autre de professeur des écoles,
03:40qui est un métier, voilà, vous l'avez dit, avec des enfants, on est dans une classe.
03:44Certes, on travaille pour le collectif, mais on a un petit groupe devant soi, même si on travaille beaucoup pour
03:49la société.
03:50Comment on passe de ce rôle-là à celui que vous tenez aujourd'hui ?
03:54Alors, ça a été à un moment donné de ma vie le hasard qui m'a fait rencontrer la présidente.
04:00J'enseignais à côté de Grenoble, la présidente départementale de la MGEN,
04:05et qui m'a dit, parce qu'on a eu un bout de discussion comme ça,
04:09qui m'a dit, tu devrais t'intéresser à ce que fait la MGEN, qui est ta mutuelle,
04:12et dont je n'étais que finalement consommateur, parce que j'avais des soins,
04:15on m'a habitué de me rembourser, mais je n'avais pas une connaissance particulière de ce qu'elle était,
04:19de ce qu'elle faisait.
04:20Et donc, je m'y suis intéressé, et on a eu un très long échange tous les deux,
04:25et je me suis présenté localement à l'élection pour les représentants du département.
04:30J'ai commencé comme ça, pendant deux ans, et puis, au bout de deux ans,
04:34un poste de direction s'est libéré à Grenoble,
04:38et comme j'étais déjà un peu engagé, et que je démontrais une certaine appétence pour ce qui s'y
04:44déroulait,
04:45on m'a proposé de candidater à ce poste.
04:48J'ai été retenu, on était en 2007-2008,
04:55et en 2011, le président de l'époque, Thierry Baudet, de la MGEN,
05:00m'a proposé de candidater pour devenir administrateur,
05:03et donc, depuis 2011, une succession de prises de responsabilités jusqu'à la présidence en 2021.
05:09C'est ça. Qu'est-ce qui vous motive dans ces cas-là ?
05:12Est-ce que c'est toujours le collectif, c'est transformer la société,
05:15parce que vous avez beaucoup de poids sur le secteur, on va le voir,
05:19c'est améliorer le sort, effectivement, de tout ce secteur de l'éducation nationale ?
05:24Alors, plusieurs choses.
05:25Les sujets qui étaient traités, et ce qu'on me proposait de faire,
05:31j'ai tout de suite eu un rôle départemental sur des questions de prévention.
05:36Et donc, j'organisais des manifestations, des ateliers de prévention,
05:40et j'étais en charge du développement,
05:42c'est-à-dire la capacité de la mutuelle à proposer des offres en santé,
05:46en prévoyance, des offres complémentaires.
05:48Et pour moi, c'était quelque chose d'un peu nouveau,
05:50et ça m'a énormément intéressé, et je m'y suis beaucoup impliqué.
05:54Et comme j'avais fait des études d'anglais et d'espagnol,
05:57lorsque je suis rentré au conseil d'administration,
05:58on m'a proposé de prendre en charge l'activité internationale.
06:01Parce qu'on ne le sait pas forcément beaucoup,
06:03mais la MGEN a une activité internationale importante,
06:06elle a environ 45 000 enseignants dans 170 pays,
06:10c'est-à-dire les profs expatriés dans des écoles françaises.
06:13Et puis, corollairement à ça, on a développé une activité d'assurance santé à l'international,
06:18notamment au Portugal.
06:19On a aujourd'hui 155 000 adhérents au Portugal,
06:22et un peu dans tout le monde.
06:23Donc, voilà.
06:24Ça a été pour moi aussi des expériences un peu structurantes.
06:27Qu'est-ce qui, d'après vous, sur ces années que vous avez passées à la MGEN,
06:33est-ce que, de quelle façon vous l'avez fait évoluer, ce groupe mutualiste ?
06:41Il faut du temps pour l'appréhender.
06:43Parce que la complexité du monde de la santé et du monde mutualiste,
06:46qui fonctionne de manière démocratique,
06:48et donc ça, c'est aussi un aspect très intéressant de voir de quelle manière
06:51des collectifs s'emparent de sujets, débattent, peuvent ne pas être d'accord,
06:55et finalement arrivent à trouver une voie de passage
06:59pour porter un projet collectif.
07:01Et je trouve qu'à l'image de ce qui ne se passe pas aujourd'hui dans la société,
07:05c'est quelque chose d'assez singulier,
07:07parce que finalement, c'est une activité politique,
07:09enfin, une activité démocratique,
07:12qui engage des gens qui, pour des raisons qui les regardent,
07:17je veux dire, ils deviennent donner du temps à une mutuelle de manière bénévole.
07:21Moi, je trouve ça remarquable,
07:22que des gens aient envie de donner du temps pour se mettre au service
07:25de leurs collègues quand c'est des enseignants,
07:27mais au final, au service de la société,
07:29parce que quand on a un centre de santé, il est ouvert à tous,
07:30il n'est pas réservé simplement à nos adhérents,
07:32et donc qu'ils aient envie de s'y impliquer,
07:34de donner de leur temps.
07:35Moi, je trouve qu'être, finalement, à la coordination,
07:38à l'impulsion de ça, c'est extrêmement passionnant et enrichissant.
07:41Il y a un rôle plus large que si c'était une entreprise,
07:44mais est-ce qu'on gère un groupe comme celui-ci,
07:47un très gros groupe, justement, comme une entreprise ?
07:49Est-ce qu'on prend les décisions de la même manière ?
07:51Est-ce qu'on décide de la stratégie de la même manière ?
07:54Ou c'est complètement différent ?
07:55On est à la fois une entreprise et à la fois un mouvement.
07:59Un mouvement social, parce que le mutualisme,
08:01en tout cas dans la fonction publique,
08:03est né juste à l'après-guerre.
08:04Nos organisations sont nées aux côtés de la sécurité sociale.
08:07Il y avait un grand élan de solidarité,
08:11de besoin de remettre sur pied celles et ceux
08:14qui étaient blessés, qui étaient en mauvais état,
08:18en mauvaise santé,
08:19et finalement, ça a créé un mouvement très solidaire,
08:24très humaniste, très universaliste,
08:26finalement à l'image des valeurs portées par la sécurité sociale
08:30dès sa création.
08:32Et donc, oui, c'est une entreprise,
08:33enfin, on est une entreprise de 10 000 salariés,
08:35on doit faire quelque chose comme 4 milliards et demi d'euros
08:38de chiffre d'affaires,
08:39et en même temps, on est une société de personnes.
08:41C'est-à-dire qu'on ne rémunère aucun actionnaire.
08:43L'argent que nous confie nos adhérents est exclusivement destiné
08:47à leur rembourser des soins, à leur proposer des services,
08:50à innover, à faire de la prévention.
08:52Et donc, on a à la fois les contraintes d'une entreprise,
08:55mais toute la liberté de se dire que finalement,
08:58notre action, elle dépend de notre organisation démocratique,
09:02ce sont les adhérents en Assemblée Générale
09:03qui décident de mettre la priorité sur tel ou tel aspect.
09:07Et donc, c'est extrêmement passionnant,
09:08parce que le champ des possibles est tellement large,
09:09il faut arriver à prioriser et à structurer un vrai projet.
09:12Vous avez justement, par cette forme, par ce profil,
09:16finalement, initié ce qu'on ne voyait pas entre des entreprises.
09:19Vous avez créé des alliances avec vos concurrents
09:21qui sont devenus des partenaires.
09:23Eux, ce sont des entreprises purement privées
09:24qui n'ont pas justement cette vision que vous avez.
09:27C'est ça qui a fait que vous avez un petit peu dépassé les limites
09:31pour avoir un fonctionnement, finalement,
09:34qui soit un peu plus au service de l'autre ?
09:37Alors, principalement, nos partenaires,
09:38ce sont aussi des mutuelles.
09:40Principalement.
09:42Mais finalement, avec l'évolution de la protection sociale
09:44dans la fonction publique,
09:45c'est-à-dire la généralisation des contrats collectifs obligatoires,
09:47comme dans le privé il y a une dizaine d'années,
09:49aurait pu amener, d'ailleurs l'a fait parfois,
09:52le secteur à rentrer dans une forme de concurrence mortifère
09:55où chacun, essayant de battre l'autre,
09:59s'affaiblisse mutuellement.
10:01Et moi, ma conviction, très tôt,
10:03c'était de me dire,
10:03chaque fois qu'une mutuelle va rentrer
10:05en confrontation directe avec une mutuelle,
10:07les deux vont s'affaiblir.
10:09Et pour moi, ça fait le lit des assureurs privés lucratifs,
10:12des assure-tech qui se développent aussi beaucoup dans la période.
10:16Et donc, finalement,
10:18de manière un peu plus conceptuelle,
10:20l'idée, c'était d'appliquer les principes du mutualisme aux entreprises,
10:24c'est-à-dire faire à plusieurs ce que seul on aurait du mal à faire.
10:27Pour le dire autrement,
10:28j'ai eu l'occasion de lire des études d'éthologie
10:32qui dit qu'il y a une deuxième loi de la jungle
10:35et que la loi de la jungle,
10:36la vraie loi de la jungle,
10:37c'est la loi de la coopération.
10:39C'est-à-dire que, dans la nature,
10:41les espèces qui survivent,
10:42ce sont les espèces qui coopèrent et qui s'entraident.
10:44Et donc, c'est ce qu'on a fait, finalement,
10:46à l'intérieur de la sphère mutualiste.
10:48Et aujourd'hui,
10:51tous les partenariats qu'on a noués
10:53nous ont permis de remporter les appels d'offres
10:54auxquels nous avons candidaté,
10:55ce qui est, finalement, une grande satisfaction pour nous,
10:58de voir que ces principes-là s'appliquent
11:00et se vérifient, même au niveau des entreprises.
11:04Il faudrait peut-être presque les faire sortir
11:06de ce secteur-là,
11:08cette autre loi de la jungle.
11:10Je pense que la coopération n'est pas privatisée
11:12par le monde mutualiste.
11:14Beaucoup d'entreprises, d'ailleurs, coopèrent
11:16et créent de la valeur ajoutée à leur coopération
11:19parce qu'elles additionnent des talents,
11:20des compétences, des visions, des savoir-faire.
11:22Et plutôt que de systématiquement se dire
11:25qu'il faut qu'il y ait un gagnant et un perdant,
11:27je pense qu'on peut gagner en peut-être tous gagnants
11:29quand on met les moyens, justement,
11:31pour regarder le marché,
11:33les offres ou la concurrence
11:34d'une manière un peu différente.
11:35Vous êtes un grand observateur, évidemment,
11:37du secteur de la santé.
11:39J'aimerais savoir ce que vous avez vu,
11:40ce qui vous inquiète
11:41pour la santé de demain.
11:43On le sait,
11:44et ce n'est pas encore dans notre culture.
11:45On est dans une santé qui guérit.
11:47On n'est pas dans une santé de la prévention,
11:49alors que c'est ce vers quoi il faudrait qu'on aille.
11:52Qu'est-ce que vous voyez ?
11:54Vers quoi on va dans ce secteur-là ?
11:56Je crois qu'on est condamné à aller vers la prévention.
11:59On voit qu'aujourd'hui,
12:00le soin est de plus en plus coûteux.
12:03D'ailleurs, tous les ans,
12:04lorsque se négocie le PLFSS,
12:06chacun dit que les coûts de la santé augmentent.
12:08Il y a une dérive des dépenses
12:09parce que la technicité des pratiques augmente,
12:12parce que l'IA,
12:13parce que les robots
12:14qui permettent de faire des opérations incroyables,
12:16mais qui coûtent une fortune,
12:18les traitements contre le cancer,
12:19les maladies chroniques,
12:20il y a une inflation des coûts,
12:21mais parce que la recherche aussi avance.
12:23Et donc, on est dans une société du curatif.
12:28Je pense que moi,
12:28une des manières de décélérer
12:31sans abaisser le niveau d'excellence
12:34de notre monde de la santé,
12:37mais de se dire qu'en fait,
12:38il y a plein de maladies,
12:40plein de situations qui sont évitables.
12:42Parce qu'on connaît mieux,
12:43finalement,
12:44les facteurs qui créent certaines pathologies.
12:47Parce qu'on est capable
12:49d'avoir une action populationnelle,
12:52c'est-à-dire d'envoyer les bons messages,
12:53les bons dispositifs aux bonnes personnes.
12:56Il faut à la fois faire
12:57de la prévention au grand public,
12:58les grands messages de santé publique
12:59sur les 10 000 pâles,
13:01les 5 fruits et légumes,
13:02mais il faut aussi arriver
13:03à cibler les personnes
13:04qui ont des besoins spécifiques
13:05parce que des conditions de vie particulières.
13:08Et ça, aujourd'hui,
13:10on commence à le faire,
13:11mais ça nécessite aussi des moyens
13:13et donc réallouer, sans doute,
13:16une partie de l'argent public
13:17ou privé, d'ailleurs,
13:18parce que nous-mêmes,
13:19nous faisons de la prévention,
13:20mais arriver à avoir une action
13:21qui soit véritablement efficace
13:24et ciblée pour s'éviter ça.
13:25Il y a aujourd'hui des aides
13:29qui sont extrêmement précieuses
13:30de la part de la médecine prédictive,
13:32de la part de l'intelligence artificielle,
13:34qui permettent sur des masses de data
13:36absolument colossales
13:37de tirer des spécificités,
13:40de voir des besoins
13:42qu'on n'observait pas jusque-là.
13:45Et donc, ça nécessite aussi à la fois
13:46de s'intéresser bien évidemment à tout ça,
13:49mais de ne jamais perdre de vue
13:50que des gestes simples,
13:52une activité physique,
13:53une alimentation saine,
13:55sont aussi des facteurs
13:56et des leviers d'une bonne santé.
13:59Et ça, c'est un investissement
14:00pour toute une vie.
14:00Vous avez d'ailleurs créé des programmes.
14:02Absolument.
14:03Le sport, dans cette optique.
14:07Justement, on est en année présidentielle.
14:09Qu'est-ce qui vous préoccupe
14:10à un an de l'échéance
14:11et qu'est-ce que vous aimeriez
14:12voir proposer par les candidats
14:15pour améliorer ce secteur-là
14:17dans un contexte budgétaire
14:19qui est extrêmement compliqué ?
14:21Alors aujourd'hui,
14:22quand on regarde les travaux
14:24que mènent les sondeurs,
14:26la santé arrive au rang 1
14:28des préoccupations
14:28des Françaises et des Français.
14:30Et la santé est un sujet
14:31qui n'est jamais abordé
14:33par les politiques
14:33dans quelques débats de ce soir,
14:35à l'Assemblée ou ailleurs.
14:36Alors, à l'Assemblée
14:37pendant le PLFSS,
14:38et l'objectif,
14:38c'est de faire des coupes
14:39pour que ça coûte moins cher.
14:40Voilà.
14:40À chaque fois, c'est des coupes.
14:42Le budget,
14:42la question budgétaire est importante,
14:44mais elle prend toute la place.
14:46Aujourd'hui,
14:46on se focalise moins
14:48sur l'état de santé,
14:49des Françaises et des Français,
14:51sur le monde dans lequel
14:51on n'aimerait vivre collectivement
14:53que sur notre capacité
14:54à le financer.
14:55Et donc, effectivement,
14:57si la santé est au rang 1
14:58des préoccupations,
14:59on ne regarde la santé
15:00que comme un coût.
15:01D'ailleurs, l'éducation,
15:03la fonction publique
15:04ou les services publics
15:05dans leur ensemble
15:05ne sont regardés
15:06que comme un coût.
15:06Trop de fonctionnaires,
15:08trop de vacances,
15:10trop coûteux.
15:11On ne se pose pas la question
15:12de savoir
15:13à quoi servent
15:14les services publics,
15:15ce qu'ils représentent,
15:16à qui ils se destinent.
15:17Et donc,
15:18quand vous regardez,
15:19quand vous avez
15:20pour seul outil
15:20qu'un marteau,
15:21tout ressemble à un clou.
15:22Et quand votre seul outil,
15:24c'est le spectre budgétaire,
15:26tout ressemble à un coût.
15:27Et donc, voilà,
15:28c'est une mécanique
15:30assez redoutable
15:31parce que,
15:33moi,
15:33quand on est le même jeune,
15:34en fait,
15:35on est à cheval
15:36entre deux mondes,
15:37la santé et l'éducation.
15:39Santé et l'éducation,
15:39c'est le ciment
15:40de notre société.
15:41La santé de la population
15:43et l'éducation,
15:44l'éducation et la citoyenneté.
15:46Et aujourd'hui,
15:47quand vous regardez ça
15:47comme un coup,
15:49évidemment,
15:49le projet politique
15:50ou le projet de société
15:51est quand même singulièrement
15:52gommé par cette approche budgétaire.
15:54Alors justement,
15:55je vous dis,
15:56est-ce que vous attendriez
15:58finalement une proposition ?
15:59Mais ce que vous me répondez,
16:00c'est que c'est la façon
16:01dont on voit les choses aujourd'hui.
16:03On a l'impression
16:03qu'on ne réussit plus
16:05à en sortir
16:06de ce discours politique-là.
16:07Est-ce que c'est encore
16:08le rôle des politiques
16:09ou finalement
16:09des actions comme les vôtres
16:11à travers la MGEN ?
16:13Est-ce que c'est plutôt
16:14l'action des patrons,
16:16l'action de ces initiatives-là
16:20qui vont changer la société ?
16:21D'ailleurs,
16:22dans un récent sondage,
16:23la population reconnaît
16:24que les patrons
16:25sont finalement
16:26extrêmement utiles
16:27à la société,
16:27qu'ils ont une opinion positive,
16:30ce qui n'était pas le cas
16:31quelques mois avant.
16:32Est-ce qu'on s'est rendu compte
16:33que finalement,
16:34les initiatives
16:34les plus efficaces
16:37viennent des patrons ?
16:39Peut-être qu'aujourd'hui,
16:40je ne sais pas
16:40si on peut le dire
16:41de cette manière-là,
16:41mais il y a une forme
16:42de désamour
16:44des Françaises
16:44et des Français
16:45pour, je ne sais pas
16:46si c'est la chose politique,
16:47mais en tout cas
16:47pour les politiques,
16:49assurément.
16:50Et donc,
16:51aujourd'hui,
16:51l'action politique
16:52est limitée
16:52par le fait
16:53qu'il y ait une forme
16:54de moindre légitimité
16:56des politiques à l'action.
16:59De mon point de vue,
17:00les politiques
17:00ont trois caractéristiques
17:02qui leur permettent
17:03de faire.
17:03c'est l'inscription
17:04dans le temps long,
17:06la légitimité à agir
17:07et la capacité à agir.
17:09Quand on voit
17:09l'inscription
17:10dans le temps long,
17:10finalement,
17:11quand vous passez
17:11votre temps
17:12à regarder
17:13votre code de popularité
17:14ou le baromètre
17:15de satisfaction,
17:15on ne peut pas dire
17:16que vous portez
17:18le regard très loin.
17:20Quand l'abstention
17:26devient un peu la règle,
17:28finalement,
17:28votre légitimité
17:29à parler au nom
17:30des gens
17:31que vous êtes supposés
17:31représenter
17:32est affaiblie,
17:33la manière dont se passent
17:33les débats à l'Assemblée nationale
17:35sont quand même
17:36assez parfois catastrophiques
17:37et puis,
17:38pour le coup,
17:39la question budgétaire
17:40limite la capacité
17:41d'action de l'État.
17:42Bien sûr.
17:44Regardons maintenant
17:44les entreprises,
17:45l'inscription dans le temps long,
17:47quelle que soit
17:48votre activité,
17:49il y a une réglementation,
17:50l'ARSE,
17:52les impacts,
17:53les externalités négatives,
17:54tout ça amène
17:55les entreprises
17:56à adopter,
17:56finalement,
17:57des principes
17:58et des politiques
17:59pour lutter
18:00contre le réchauffement climatique,
18:01contre le carbone,
18:03la production de carbone
18:04et finalement,
18:06mécaniquement,
18:06vous avez forcément
18:07un prisme de temps long.
18:10La légitimité à agir,
18:12malgré tout,
18:13aujourd'hui,
18:13vous avez des salariés
18:14qui veulent mettre
18:14du sens à leur activité,
18:16vous avez des clients,
18:17des adhérents
18:18qui veulent consommer
18:18de manière plus vertueuse
18:19et puis surtout,
18:20quand vous êtes en entreprise,
18:21vous dégagez des bénéfices
18:22et donc,
18:23vous avez une capacité d'agir.
18:25Après,
18:25encore faut-il le vouloir.
18:27Mais on regarde,
18:28vous regardez
18:29Michel-Édouard Leclerc
18:30sur la question
18:31du pouvoir d'achat.
18:33On peut dire
18:33ce que l'on veut,
18:34mais il agit
18:35concrètement
18:36tous les jours
18:36pour que les Françaises
18:38et les Français
18:38se nourrissent,
18:39s'habillent,
18:40consomment moins cher.
18:42Vous avez d'autres patrons
18:43qui décident
18:43de s'engager
18:44pour telle cause
18:46ou telle cause.
18:46Enfin,
18:47aujourd'hui,
18:47le patron
18:48est sans doute
18:49moins regardé
18:50comme quelqu'un
18:51qui a eu
18:52l'œil rivé
18:53sur le résultat économique.
18:55Il doit l'avoir
18:56mécaniquement,
18:57obligatoirement
18:58parce qu'il a
18:58la responsabilité
18:59d'emploi
19:00d'un secteur économique,
19:01mais il est aussi
19:02intéressé
19:02par la chose sociale,
19:04par la qualité
19:05de vie au travail,
19:06par la protection sociale,
19:09par l'habitat.
19:10Quand vous mettez
19:10en place du télétravail
19:12et donc vous dites aux gens
19:13que vous pouvez travailler
19:13de chez vous,
19:14vous ne pouvez pas
19:15vous désintéresser
19:16de la manière
19:16dont les gens sont logés.
19:17Et donc tout ça,
19:18pour moi,
19:19c'est comme si on revenait
19:20sur les entreprises,
19:21vous savez,
19:21du 19ème,
19:22la sidérurgie,
19:23les grandes entreprises
19:24qui offraient des vacances,
19:26l'école,
19:27le transport,
19:28l'économat.
19:29Qui prenaient tout en main.
19:30Exactement.
19:31On revient à cette forme-là,
19:32le paternalisme en moins,
19:34la responsabilisation en plus.
19:36Et la confiance,
19:37finalement,
19:37revient de cette façon-là,
19:39moins de discours,
19:40plus d'action.
19:41Plus de solutions,
19:41plus d'action.
19:42On va passer à la photo
19:43tout de suite.
19:44BFM Entreprises,
19:45leadership,
19:47la méthode.
19:49Je demande à chacun
19:50de mes invités
19:50de venir avec une photo.
19:52Vous avez choisi
19:52de nous donner celle-ci.
19:55Expliquez-nous
19:55pourquoi vous avez choisi
19:56cette photo.
19:57J'aime bien celle-ci
19:58parce qu'elle correspond
19:59à un événement
20:00qu'on organise
20:00plus ou moins régulièrement,
20:02d'ailleurs,
20:02qu'on appelle
20:02la Conférence des Territoires.
20:04Et on réunit
20:05une grande partie
20:06de nos militants
20:07pour parler de projet.
20:09Et donc,
20:10pour moi,
20:10cette photo
20:12symbolise deux choses.
20:13Le collectif,
20:14c'est-à-dire la capacité
20:18à rassembler
20:19de la diversité
20:21géographique,
20:22mais aussi culturelle,
20:23de parcours,
20:25d'avis,
20:25d'opinion,
20:26et autour de ça,
20:27arriver à se focaliser
20:28autour d'un même projet
20:29pour se forger
20:30un plan stratégique.
20:31Et moi,
20:32je trouve ça riche
20:32parce qu'aujourd'hui,
20:33quand vous regardez les débats,
20:34plus personne ne veut débattre.
20:36Vous voulez juste avoir raison.
20:37Et donc,
20:38c'est très difficile aujourd'hui.
20:39Il y a un refus
20:39de l'altérité.
20:40L'autre est vu
20:41comme quelqu'un
20:41qui peut vous nuire.
20:43Et il n'y a aucune culture
20:44de la nuance.
20:45Et je trouve que
20:46dans des organisations
20:47comme la MGEN,
20:48et ce n'est pas la seule,
20:49mais on arrive
20:50à faire vivre
20:50ces éléments-là
20:51d'écoute
20:52de l'autre,
20:54de nuance.
20:55Donc,
20:55c'est important
20:55parce que je considère
20:56que la démocratie,
20:57si elle ne fait pas
20:58preuve de nuance,
20:59qu'elle n'accepte pas
21:00l'altérité,
21:01elle ne peut pas fonctionner.
21:03Alors,
21:03nous sommes des petites démocraties,
21:04mais nous sommes quand même
21:05des démocraties.
21:06Et puis,
21:07j'aime bien parce que
21:10je fais partie finalement
21:11d'un collectif.
21:12J'ai une responsabilité particulière,
21:15c'est-à-dire qu'apporter une vision,
21:17proposer une stratégie,
21:19mais elle n'est pas décidée seule,
21:21c'est-à-dire que je ne suis pas
21:22celui qui dit
21:23on fait comme ça
21:24et puis c'est tout.
21:26Non,
21:26c'est partager,
21:27on partage le sens de l'action,
21:29on partage les finalités
21:30et finalement,
21:30ça amène à bouger,
21:31à bouger des lignes,
21:32à amender,
21:33à enrichir.
21:34Et je trouve que
21:35ce processus itératif
21:37de construction de projet
21:38est extrêmement intéressant.
21:39Donc, diriger,
21:40c'est collectif.
21:41Diriger,
21:41c'est collectif.
21:42Quoi qu'il arrive,
21:42c'est la remontée terrain.
21:44Et ça n'enlève rien
21:45à votre responsabilité,
21:46à votre rôle,
21:47que d'écouter
21:48et que d'associer.
21:49On va passer
21:50à la fin de l'émission.
21:52BFM Entreprises,
21:53Leadership,
21:54la méthode.
21:56Oui,
21:56parce que le temps
21:57passe extrêmement vite.
21:58Alors,
21:58je vais vous poser
21:58une dernière question.
21:59Mathias Savinac,
22:00on l'a dit,
22:01vous êtes président
22:01de la MGEN,
22:03vous êtes président
22:03du Conseil de la Fondation
22:04de l'Avenir,
22:05vous êtes président
22:05de Vive Invest.
22:07Vous venez aussi
22:08d'être nommé
22:09à l'Ordre national
22:10du mérite.
22:11Qu'est-ce qui fait
22:12pour vous
22:14votre plus grande fierté ?
22:18Je mentirais
22:19si je disais
22:20qu'il n'y a pas
22:20une part d'égo
22:20qui se dit
22:21c'est sympa,
22:23quelqu'un s'est dit
22:23que c'était une bonne idée,
22:24que finalement,
22:25l'action
22:26que je peux parfois
22:27initier,
22:28amène quelque chose
22:29ou crée quelque chose
22:30pour une entreprise
22:31ou pour la société.
22:32Mais en fait,
22:33je la reçois
22:34parce que
22:35toutes celles et ceux
22:36qui m'entourent
22:36et qui travaillent avec moi,
22:38par leur travail,
22:39par leur action,
22:40vous permettent aussi
22:41d'être un peu plus
22:41dans la lumière
22:42ou parfois
22:42d'être finalement
22:45plus visible
22:46par l'action
22:46que collectivement
22:47on arrive à mener.
22:48Parce que,
22:49je ne sais pas
22:49si c'est la question
22:50du leadership,
22:50mais en tout cas,
22:51la responsabilité aussi
22:52du dirigeant,
22:53c'est de communiquer,
22:54de faire savoir,
22:55de valoriser.
22:56Et donc finalement,
22:57c'est à la fois
22:57une distinction
22:59individuelle,
23:00parce qu'on a tous
23:00notre propre singularité,
23:01mais c'est aussi
23:02une reconnaissance collective
23:03de l'action qui est menée
23:04au sein d'une entreprise
23:05ou d'une mutuelle.
23:05La reconnaissance
23:06d'un fonctionnement
23:07qui réussit finalement ?
23:08Aussi, sans doute, oui.
23:09Enfin, je l'espère en tout cas
23:10parce qu'on défend
23:11ce modèle-là
23:12et peut-être sans doute
23:13pas assez
23:13parce que finalement,
23:15souvent quand on regarde
23:16une mutuelle,
23:16on se dit
23:17c'est un truc un peu du passé,
23:18ils sont bien sympas
23:19avec leurs trucs là,
23:20mais quand même
23:21tout ça n'est pas très sérieux.
23:22On peut montrer en fait
23:24qu'on peut avoir
23:2510 000 salariés,
23:26gagner des contrats collectifs
23:28face à des assureurs privés
23:30et qu'on n'est pas moins bon,
23:31pas moins efficient,
23:33tout en finalement cultivant
23:34un certain nombre de valeurs,
23:36de solidarité,
23:37de démocratie.
23:37ce n'est pas antinomique du tout.
23:39Une toute dernière question,
23:40que diriez-vous à un jeune
23:41qui vous dit
23:41dans la vie,
23:42mon ambition c'est ça,
23:43c'est de diriger un grand groupe,
23:46de prendre des décisions,
23:47d'avoir une vision de l'avenir.
23:49Qu'est-ce que vous lui diriez
23:49aujourd'hui ?
23:50Qu'est-ce que vous lui conseilleriez ?
23:51Moi je lui conseille...
23:52Enfin, déjà je trouve
23:53que c'est très bien
23:54que des gens aient envie
23:56finalement de s'engager,
23:58de prendre des responsabilités,
23:59de vouloir finalement
24:02présider à l'avenir,
24:03à la destinée
24:04d'une entreprise,
24:04d'une mutuelle.
24:06Simplement avoir à l'esprit
24:07que seul on ne peut pas.
24:09Et donc il faut aussi
24:10savoir s'entourer.
24:11Moi j'estime que
24:12j'ai réussi à m'entourer
24:13de personnes de grande valeur,
24:14qui sur bien des domaines
24:15sont bien meilleures que moi.
24:17Et c'est très bien
24:18de savoir s'entourer de gens
24:19qui sont meilleurs que vous
24:20dans certains domaines.
24:21C'est même essentiel.
24:22Et je leur dirais donc
24:23d'être attentif à ça aussi,
24:24à celles et ceux
24:25qui vous entourent,
24:26parce que seul,
24:28vous pourrez faire des choses
24:29sans doute,
24:29mais pas donner sa pleine mesure
24:31à finalement
24:31cette richesse collective.
24:32Merci beaucoup
24:33d'être venu dans cette émission
24:34Mathias Savignac.
24:35Merci à vous.
24:36Parfait de vous avoir reçu
24:37dans Leadership
24:37si vous voulez aussi connaître
24:39la méthode des leaders.
24:40L'émission est disponible
24:41en replay,
24:41en podcast
24:42et évidemment
24:42sur tous nos réseaux sociaux
24:44tous les lundis 12h30
24:46sur BFM Business.
24:47Très bonne journée.
24:48BFM Entreprises
24:50Leadership
24:51La méthode
24:52Sur BFM Business
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