00:00VFM Bourse, l'écho du monde.
00:04Et justement, cette économie américaine, on va en parler avec Gilles Mouèque, le chef économiste du groupe AXA.
00:07Et nous rejoindre aujourd'hui, Gilles. Ravi de vous retrouver.
00:10Bon, on a des inscriptions de balaire au chômage en petite hausse aujourd'hui, mais là n'est pas le
00:13plus important.
00:14En fait, on a des indicateurs un peu plus larves sur l'emploi qui sont meilleurs qu'attendus depuis le
00:17début de la semaine.
00:18On sent une forme de résilience du marché de l'emploi. On verra demain le rapport mensuel.
00:22On a des PMI des services aussi aux Etats-Unis qui ressortent au-dessus des attentes au mois de mai.
00:26Mais est-ce qu'on se retrouve dans une situation où on est tous à nouveau surpris de la résilience
00:30américaine en ce moment ?
00:32C'est vrai qu'on a une situation du marché de l'emploi qui a l'air de se stabiliser
00:36alors qu'on avait des indicateurs jusqu'à il y a à peu près deux mois qui étaient quand même
00:40un peu inquiétants.
00:41Pourquoi ? Parce qu'on a un redémarrage des offres d'emploi.
00:46On a eu aussi une baisse des licenciements.
00:49Donc ça, c'est évidemment un bon signe. On verra dans quelle mesure ça se reflète dans les indicateurs payroll
00:54demain.
00:55Sachant que les payrolls, je répète à chaque fois, c'est une série statistique épouvantable, fortement révisée, incroyablement volatile.
01:04Mais c'est vrai que la plupart des indicateurs dans les disposants nous disent que les choses se stabilisent plutôt
01:07du côté de l'emploi.
01:10Alors je ne sais pas si on peut parler de résilience générale aux Etats-Unis.
01:14Parce que j'ai quand même l'impression qu'on a toujours cette dichotomie entre d'une part un secteur
01:20tech qui va extrêmement bien, même s'il ne produit pas d'emploi,
01:24et une économie traditionnelle américaine qui vivote un peu avec des taux de croissance quand même beaucoup plus faibles.
01:31Et si on s'intéresse par exemple au PIB du premier trimestre qui avait été révisé à la baisse, avec
01:371,6% simplement de croissance annualisée,
01:40ce qui n'est pas génial pour les standards américains,
01:43eh bien on avait une contribution à la croissance de la demande intérieure qui provenait à 40% du seul
01:49secteur de la tech.
01:50Donc voilà, une résilience d'ensemble, mais très déséquilibrée entre les secteurs.
01:56Gilles, c'est le principal problème finalement de cette structure de la croissance américaine.
02:01De plus en plus, elle repose sur l'IA, donc sur le CAPEX, sur la possibilité pour les entreprises d
02:08'investir des dizaines de milliards de dollars.
02:11Est-ce que c'est bien sain ? Est-ce que ça vous inspire quand même, quelqu'un qui étude
02:15quand même ce phénomène ?
02:17C'est-à-dire qu'il n'y a pas de plan B.
02:19C'est-à-dire que si pour une raison ou pour une autre, par exemple une innovation technologique,
02:23qui nous dirait qu'en fait on peut réaliser à peu près la même capacité de calcul
02:27avec peut-être un peu moins d'investissement dans des centres de données.
02:32Donc on est un peu à la merci d'un accident technologique de ce type-là,
02:36alors qu'on n'a pas vraiment de ressort particulièrement impressionnant
02:41dans ce qu'on peut appeler l'économie traditionnelle américaine.
02:44Donc ça, c'est une source de vulnérabilité.
02:46Et au sein même du secteur tech, même s'il n'y a pas de révision dramatique technologique,
02:54on a quand même des signes internes qui sont un peu problématiques.
02:57On a en particulier une augmentation assez forte du prix des inputs informatiques aux États-Unis.
03:02Ça, c'est très surprenant, c'est très rare.
03:05C'est-à-dire qu'on a fonctionné pendant trois décennies,
03:07depuis qu'en fait on le mesure bien,
03:10avec une baisse du prix du matériel informatique aux États-Unis.
03:14On a perdu à peu près 30% en dix ans avant le Covid.
03:20C'est quand même beaucoup.
03:21Et ça, ça a permis de maintenir un effort d'investissement assez important.
03:26Et depuis qu'on est sorti du Covid,
03:28on a une réaccélération assez forte du prix des produits informatiques.
03:32On le voit aussi dans les prix d'export sud-coréen,
03:35dans les prix d'export taïwanais.
03:36Donc, l'ampleur de l'investissement aujourd'hui nécessaire
03:41commence à se traduire par des tensions de coûts importantes
03:46qui vont bien évidemment venir rendre encore plus compliqué
03:49le financement de la poursuite de cet effort d'investissement.
03:52La question du prix, elle est vraiment maintenant à regarder de près.
03:56Et puisque vous évoquez le prix, on peut aussi évoquer les prix.
03:59L'inflation ici en Europe parallèlement,
04:01et là on revient de ce côté-ci de l'Atlantique.
04:03Gilles, dans une semaine pile, on saura si la BCE relève ses taux ou pas au mois de juin.
04:06C'est dans une semaine qu'elle annoncera sa décision.
04:08On sera ensemble d'ailleurs dans une semaine pour commenter sa décision.
04:10Vous la voyez venir, vous, la hausse de taux, la première depuis 2023 de la BCE ?
04:15Oui, j'ai l'impression que si la BCE devait sursoir la hausse de taux,
04:20quelque part je pense qu'on le saurait déjà.
04:23On aura peut-être des dernières indications avant la période de pause
04:26dans la communication de la BCE,
04:28mais j'ai l'impression qu'elle est effectivement à peu près,
04:31je n'en ai pas certaine, rien n'est jamais certain,
04:32mais en fait très vraisemblable.
04:34La question pour moi la semaine prochaine, c'est plutôt les suites.
04:37C'est-à-dire que que la BCE souhaite faire une hausse de taux,
04:41moi j'appellerais ça une hausse de taux d'avertissement,
04:43pour essayer d'envoyer à tout le monde le message
04:46que la BCE ne laissera pas l'inflation déraper,
04:49qu'elle est prête à y répondre.
04:51Soit, et 25 points de base, ça ne change pas grand-chose à la situation.
04:54Mais je ne pense pas, ou je ne souhaite pas,
04:57que la BCE la semaine prochaine soit nécessairement très claire
05:00sur ce qu'elle souhaite faire par la suite.
05:03D'abord parce qu'il y a une incertitude de fond,
05:05à savoir qu'on ne sait pas quand ou si le détrois d'ormos se réouvre,
05:10et aussi parce que pour l'instant,
05:12on n'a pas de signe avéré très net d'effet de transmission important
05:18du prix de l'énergie vers les autres secteurs de l'économie.
05:21Et tant qu'on n'a pas cette démonstration-là,
05:24moi je ne pense pas que la BCE devrait nécessairement se mettre
05:29dans la position d'une série d'augmentations de taux.
05:34Donc oui, probablement une hausse de taux la semaine prochaine,
05:37mais je ne pense pas et je ne souhaite pas
05:39que la BCE soit très diserte sur la suite.
05:42Même si Isabelle Schnabel, elle, dit que même si le détrois d'ormous rouvrait,
05:45on aurait une pression sur les prix qui, elle, durerait.
05:48Et ça, ça me paraît assez évident.
05:51On a une partie des hausses de prix qui sont déjà dans les tuyaux,
05:55ne serait-ce que les prix alimentaires,
05:57parce que la saison des semis, c'est maintenant.
06:01Et donc, même s'il y avait augmentation de l'offre de fertilisants,
06:05quelque part, c'est déjà trop tard, en tout cas dans l'homisphère nord.
06:07On a aussi tout ce qui se passe dans les lignes d'approvisionnement,
06:10sur par exemple l'aluminium.
06:12Ça, les prix continueront à avoir un impact dans les mois qui viennent.
06:15Ça, c'est évident. Mais la question de fond, c'est
06:18est-ce qu'il y a ensuite transmission de la hausse des prix au salaire ?
06:22Et ça, on ne le saura pas tout de suite.
06:24Gilles Moin avec le chef économiste du groupe AXA.
06:26Merci beaucoup, Gilles. Dans une semaine, on aura la réponse
06:28à la décision de politique monétaire de la Banque Centrale Européenne.
06:31On sera ensemble pour la commenter, bien sûr, une mission spéciale.
06:33Aude Kersulek aussi sera notre envoyé spécial à Francfort la semaine prochaine
06:37à l'occasion de cette réunion de BCE très, très attendue.
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