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  • il y a 8 mois
Bullshitomètre : “Le pétrole vénézuélien, on n'en a pas besoin. C’est hyper cher !”

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00:00Il vient nous rejoindre, Jean-François Robin.
00:02Venez Jean-François, vous êtes le bienvenu.
00:03Directeur de la recherche de la TICI.
00:04Il vient déconstruire les idées reçues, combattre les idées faciles et la stratégie de Donald Trump.
00:08Bienvenue Jean-François.
00:09Le ploi américain qui avance, tous azimuts,
00:12et au Venezuela, qui semble, ce ploi américain, commencer à porter ses fruits.
00:15Déjà, en tout cas, Washington annonce que le Venezuela va envoyer aux Etats-Unis
00:2050 millions de barils de pétrole brut.
00:23Voilà, l'annonce officielle a été faite tout à l'heure.
00:25Chapeau Trump, c'est l'avis de certains, mais ce n'est pas le vôtre.
00:28Vous vous dites bullshit.
00:30Vous foudroyez, on se parle franchement ici, Jean-François,
00:34vous foudroyez cette idée que le pari pétrolier de Donald Trump soit forcément 100% utile.
00:38Oui, parce qu'on parle évidemment de 30, 50 millions de barils,
00:412 milliards de cadeaux, on va dire, du Venezuela pour les récompenser,
00:46alors changer de régime, je plaisante.
00:50En fait, ce qu'il faut quand même regarder, c'est le marché du pétrole actuellement.
00:52Et actuellement, on ne manque pas du tout de pétrole aujourd'hui.
00:55On parle juste pour l'OPEP de quasiment 3 millions de barils le jour
00:59de capacité excédentaire.
01:00Vous savez que l'OPEP, en ce moment, est toujours à réduire ses quotas de production.
01:05Alors, on va voir ce qu'ils vont faire début février,
01:07mais on est toujours dans une réduction volontaire des capacités de production de l'OPEP.
01:11Il y a 3 millions de barils le jour qui pourraient être tout à fait activés comme ça,
01:13qu'ils ne font pas, parce qu'il y a déjà trop de pétrole.
01:15Et on voit avec tout ce qui se passe, un pétrole qui reste autour de 60 dollars
01:19avant l'intervention, après l'intervention.
01:20Donc, on a trop de pétrole.
01:22La deuxième remarque pour dire que c'est quand même, bon, s'il y a un coup de génie,
01:27c'est que de toute façon, le pétrole vénézuélien, c'est un pétrole qui est très lourd,
01:31très visqueux, plein de soufre.
01:32C'est un pétrole qu'il faut retraiter.
01:35Alors, évidemment, le Golfe du Mexique, les infrastructures américaines sont assez adaptées à ça.
01:38Et c'est peut-être une des raisons pour lesquelles il fait ça,
01:40puisque 60% du pétrole lourd qu'importait les États-Unis,
01:43ça venait du Canada, qui taxe à 25%.
01:45Donc, bon, c'est peut-être qu'il y a une alternative.
01:48Mais toujours est-il que le pétrole qui sort du Venezuela,
01:51c'est un pétrole extrêmement cher.
01:52C'est très dur de dire à combien il sort.
01:54Mais on parle plutôt autour de 80 dollars le baril.
01:56Encore une fois, on est à 60 sur le marché spot.
01:58Et en tout cas, c'est deux fois plus cher aujourd'hui, sans doute,
02:01de faire du pétrole au Venezuela.
02:03On parlera peut-être des investissements après.
02:05Qu'aujourd'hui, d'extraire du pétrole au Moyen-Orient, même de l'Afrique.
02:09Donc, ce que vous avez puyanné, c'est deux fois plus cher
02:10que ce qu'ils viennent de sortir Total en Afrique.
02:13Donc, on n'en a pas besoin et c'est hyper cher.
02:16Oui, et Total Energy ne compte pas revenir en Venezuela, d'ailleurs.
02:18Il l'avait déjà expliqué.
02:19Pour l'instant, il n'y a aucune compagnie qui a sauté de joie.
02:21Même Chevron qui est, il les a convoqués à la Maison Blanche vendredi.
02:25Mais personne n'a dit, j'y vais, mais parce qu'il y a des coûts monstrus.
02:28On parle de plus de 55 milliards, c'est le monde analyste,
02:31juste pour maintenir la capacité de production cette année.
02:33200 milliards pour l'augmenter.
02:34Alors du coup, les parapétroliers, parce qu'il va falloir des équipements
02:37pour relancer tout ça, eux ont plutôt progressé depuis le début de la semaine.
02:39Enfin, quand même, Donald Trump vient de mettre la main avec le Venezuela
02:43sur les plus grandes réserves pétrolières du monde.
02:46Alors oui, c'est ce que tout le monde dit.
02:48Tout le monde cite ces 300 milliards de barils de 20%, 18 à 20% des réserves du monde
02:54devant l'Arabie Saoudite.
02:55Alors tout le monde chiffre-chiffre qui vient de l'AIE,
02:57l'agence internationale de l'énergie.
02:59Il y a d'autres analyses qui disent que c'est peut-être que 30 milliards.
03:02Bon, partons sur le fait de l'AIE qui fait référence.
03:04Parce qu'en fait, l'AIE se base en fait sur des estimations
03:07qui datent du début de l'ère Chavez.
03:09C'est ça.
03:10Qui n'était pas la plus transparente non plus.
03:11Et d'ailleurs, dans les stocks de pétrole,
03:13ce qui se passe notamment avec l'embargo américain,
03:15c'est qu'il y a pas mal de capacités de raffinage
03:17qui ont été mises à l'arrêt parce qu'on ne pouvait pas stocker
03:19puisqu'on ne pouvait pas exporter le pétrole vénézuélien.
03:21Et donc il y a pas mal de capacités pétrolières
03:23qui sont un peu figées et peut-être irrémédiablement figées.
03:27Mais en tout cas, ce que ça dit, ça,
03:28c'est que les réserves de pétrole vénézuéliennes,
03:30elles sont effectivement énormes,
03:31mais la production vénézuélienne, c'est vraiment peanuts.
03:34C'est 900 000 barils le jour.
03:36Vous voyez, c'est 10 fois moins que ce que produisent les États-Unis.
03:38C'est 1% de l'offre mondiale.
03:40Donc ça n'a pas beaucoup, beaucoup d'intérêt.
03:42Encore une fois, on est largement dans le symbole.
03:44On est plutôt dans la mainmise sur un pays.
03:48On voit bien que ce n'était pas la démocratie
03:49quand on voit qu'il choisit Rodriguez plutôt que Gonzalez ou Machado.
03:54Mais en tout cas, je ne crois pas que ce soit un intérêt
03:56très, très stratégique vis-à-vis du pétrole.
03:57Cela dit, c'était peut-être le catalyseur en plus qu'il fallait
04:03pour que le baril de brut léger américain
04:05descende du côté des 50 dollars.
04:07Et c'est ce qu'il fait en ce moment.
04:08Oui, paradoxalement, le perdant de tout ça,
04:11ça va peut-être être les pétroliers américains.
04:13Je pense que la réaction qu'on peut tous avoir,
04:15moi, c'est la première que j'ai eue,
04:16je me dis qu'à la fin, quand même,
04:18il risque d'y avoir plus d'exportations de pétrole vénézuéliens
04:21vers les marchés autres qu'Iran, Chine, Russie.
04:25Mais cela dit, ça va faire le bonheur du consommateur américain, peut-être ?
04:29Oui, tout à fait.
04:30On peut imaginer tout à fait.
04:31Alors, nous, notre prévision, j'en discute avec mon analyse,
04:33Joël Hancock, mon géologue,
04:34qui est un des meilleurs prévisionnistes du monde
04:36sur le pétrole depuis trois ans.
04:37Donc, qu'est-ce qu'il dit, Joël Hancock ?
04:38J'adore ça, mon géologue.
04:40Il est géologue.
04:40Il est géologue, justement.
04:41Ce n'est pas un analyse comme dans beaucoup de banques.
04:43Lui, il est géologue.
04:45C'est un diplôme de géologue.
04:47Et il ne se court pas parce que lui,
04:48il regarde justement ce qui se passe effectivement.
04:50Et qu'est-ce qu'il dit ?
04:51Il dit, moi, je pense plutôt à un pétrole autour de 61.
04:53Mais le risque, il est évidemment que ça, il y a 50 dollars.
04:55Ce n'est pas que le pétrole monte.
04:56On l'a vu, il n'y a rien qui fait monter le pétrole aujourd'hui.
04:59Donc, de ce point de vue-là,
05:00ça pourrait être un gain pour le consommateur.
05:01Et peut-être que vous entendez la question que vous posiez avant.
05:04C'est peut-être ça la raison,
05:05puisque aujourd'hui, le prix du galon aux États-Unis ne baisse pas.
05:07Donc, il y a en tout cas ce truc-là.
05:09Mais ce n'est pas du tout le pétrole vénézuélien
05:11qui va changer la donne.
05:12Encore une fois, 900 000 barils sur la production aujourd'hui,
05:15c'est vraiment 1% de l'offre mondiale.
05:17Ça n'a aucun impact sur le prix marginal du pétrole.
05:20C'est plutôt l'idée qu'il y aura plus de pétrole exporté,
05:23il y aura plus de capacités.
05:24Mais je pense que ça ne changera pas l'offre,
05:26l'équilibre entre offre et demande.
05:29Pas avant 5-10 ans.
05:30Oui, c'est ça.
05:30C'est ce qu'on dit, c'est qu'aujourd'hui,
05:32si vous voulez repasser aux 3 millions de barils le jour
05:33qui avait été le max qui avait été atteint par le Venezuela,
05:36même si vous voulez atteindre les 2 millions de barils le jour,
05:38ce que dit notamment mon analyse,
05:41c'est qu'il faut entre 2 et 5 ans
05:43pour arriver à repartir à 2-3 millions de barils le jour.
05:47Ce que lui, nous, on attend chez Natixis,
05:49c'est plutôt que ça augmente de 0,2, 0,3,
05:51de 200 à 300 000 barils le jour.
05:52On passerait de 900 à 1,2.
05:53Ça ne va vraiment rien changer.
05:55En revanche, si vous allez au-delà,
05:56ça vous coûte 200 milliards.
05:57Et vous avez des coûts d'infrastructure
06:00et un coût du pétrole
06:01qui n'a rien à voir avec les prix spot du marché.
06:03Donc encore une fois, ce pétrole,
06:04je ne sais pas s'il trouvera preneur à la fin.
06:07Géopolitiquement, ce coût de force au Venezuela,
06:09est-ce que ça change totalement la donne
06:12vis-à-vis des États-Unis ?
06:14C'est-à-dire que c'est un pays
06:14dont il faut se méfier désormais ?
06:16En tout cas, ce qui est clair,
06:18c'est qu'il y a un véritable coût,
06:19je trouve, porté aux alliés du Venezuela.
06:22C'est-à-dire que le Venezuela,
06:24c'est comme le soutien de Cuba.
06:25On sait que Cuba, avec Marc Rubio,
06:27qui a repris de l'importance,
06:29c'était sa target principale avant même le Venezuela.
06:32On voit bien ce qui se passe sur le Mexique aujourd'hui.
06:34Je rappelle que le Mexique
06:35est le principal exportateur de pétrole à Cuba.
06:38Il était passé devant le Venezuela l'année dernière.
06:40C'est le Mexique.
06:41Donc ça pourrait être lui la prochaine cible, effectivement.
06:43En plus, il s'agit d'un gouvernement de gauche
06:44qui ne plaît pas trop à Trump, etc.
06:46Donc il y a un renouveau,
06:48quand même, on rebat toutes les cartes
06:49de l'Amérique latine,
06:50que ce soit en Colombie,
06:52que ce soit donc à Cuba en 1,
06:53en Mexique en 2,
06:54en Colombie en 3.
06:55Peut-être au-delà de ça,
06:57on a un rebasculement géopolitique.
06:59Et puis évidemment,
07:00c'est un petit peu la fin d'un monde.
07:02Si vous pouvez faire ça,
07:04si vous êtes Vladimir Poutine,
07:05vous dites, pourquoi je n'y gouillerais pas Zelensky
07:07si vous êtes Xi Jinping ?
07:09Pourquoi je n'irais pas ?
07:11Parce que Zelensky a été démocratiquement élu,
07:13quand même, accessoirement, Zelensky.
07:15Oui, tout à fait.
07:15Petite différence.
07:16Mais oui, bien sûr.
07:17Et la Chine est fortement affaiblie,
07:19quand même,
07:19par ce qui est en train de se passer.
07:20Alors moi, je crois
07:21que ce qui va changer,
07:22quand même,
07:22c'est que 80% des exportations du Venezuela,
07:25ça allait à la Chine.
07:26Mais encore une fois,
07:26les victimes,
07:27c'est plutôt un Cuba,
07:28Iran, Russie.
07:29Pourquoi ?
07:30Parce que c'était typiquement l'Iran ou la Russie.
07:32Ils envoyaient des pétroliers de la Dark Fleet.
07:34On l'a vu,
07:35ils viennent s'en saisir cet après-midi.
07:37Ils envoyaient des pétroliers
07:38pour aller charger du brut vénézuélien.
07:41En échange de quoi ?
07:42Ils donnaient de quoi ?
07:43Une capacité de raffinage.
07:44Ils faisaient des investissements
07:45dans des structures portuaires,
07:46même dans des hôtels,
07:47on a entendu.
07:48Et ils se faisaient payer en pétrole vénézuélien.
07:51Donc, c'est eux les principales victimes.
07:53En revanche, la Chine,
07:54oui, c'était 80% des exportations du Venezuela.
07:56Mais alors, pour la Chine,
07:57c'est peanuts.
07:58La Chine,
07:59elle importe 11,3 millions de barils par an.
08:03Et là, on parle de 300 000 barils.
08:04Donc, franchement,
08:05ça ne va pas vraiment lui changer.
08:07Le Venezuela,
08:08c'était à peine 5% du pétrole chinois.
08:10Exactement.
08:11Et puis, surtout,
08:13ne pas oublier que la Chine
08:14est de moins en moins
08:15un consommateur de pétrole.
08:17De plus en plus,
08:18la Chine base son électricité
08:20sur de renouvelables,
08:21ce qui est complètement indépendant,
08:22mais surtout beaucoup plus rentable
08:23parce que beaucoup moins cher.
08:25Donc, le jeu géopolitique,
08:26il est changé un petit peu
08:27puisque le pétrole
08:28ne va plus aller en Chine,
08:30il va aller aux États-Unis.
08:31Ça ne changera pas
08:32l'équilibre des prix du pétrole.
08:33Ça ne changera pas non plus
08:34la vie de la Chine.
08:35Effectivement.
08:35Est-ce que les BRICS
08:36pourraient avoir un réflexe défensif
08:37avec ce qui est en train
08:38de se passer quand même ?
08:39C'est-à-dire vouloir accélérer
08:40la mise en place
08:41d'un système de paiement
08:42alternatif au dollar.
08:43Est-ce que ça pourrait avoir,
08:45ce qu'a fait Donald Trump
08:46au Venezuela,
08:46pourrait porter cet effet
08:47contre-productif,
08:48à savoir encourager les BRICS
08:49à aller encore plus vite
08:50dans un système alternatif
08:51pour échapper au dollar ?
08:52Alors, moi,
08:52je crois qu'à long terme
08:53ou à moyen terme,
08:53c'est un facteur d'accélération
08:55de la dé-dollarisation.
08:56À court terme, en revanche,
08:57ça fait un deuxième pays
08:58d'Amérique latine
08:58après l'Argentine
08:59qui se dollarise
09:00puisque maintenant,
09:01déjà, de toute façon,
09:02pour ceux qui,
09:02moi, quand j'avais été
09:03au Venezuela en 2008,
09:04déjà à l'époque,
09:05il n'y avait pas de...
09:07On n'utilisait pas
09:08la monnaie locale,
09:09on utilisait le dollar.
09:10On pouvait échanger
09:11à dix fois le cours
09:12du change officiel
09:12dès que vous sortiez
09:13de l'aéroport.
09:14Aujourd'hui, au Venezuela,
09:15il ne faut pas oublier
09:15que c'est un pays
09:16qui avait 96 000 %
09:17d'inflation l'année dernière.
09:18Donc, après une dévaluation
09:19de 99 %
09:21à l'arrivée de Maduro,
09:23bref, c'est un pays
09:23qui, de toute façon,
09:24était en gabegie totale.
09:26Mais en tout cas,
09:26c'est un pays
09:27qui va se dollariser,
09:28c'est clair.
09:28C'est un pays
09:28qui est aux mains
09:29de l'Amérique aujourd'hui.
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