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Mardi 26 mai 2026, retrouvez Guillaume Léage (Directeur, Galerie Léage, Syndicat des négociants en art) et Pauline Murat, (Responsable du bureau d'estimations, commissaire-priseur, Aguttes) dans ART & MARCHÉ, une émission présentée par Sibylle Aoudjhane.
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00:08Bonjour à toutes et à tous, bienvenue dans Art et Marché, l'émission qui vous ouvre les portes du marché
00:13de l'art.
00:13Comment savoir si une œuvre d'art est authentique ou s'il s'agit d'une contrefaçon ?
00:18C'est précisément l'un des objectifs des journées marteaux.
00:21Ces journées portes ouvertes, organisées par les commissaires priseurs, les maisons de vente
00:25dans lesquelles les commissaires priseurs se tiennent à disposition du public pour réaliser des expertises.
00:29Nous sommes allés à la rencontre d'une commissaire priseur au travail dans un lieu particulièrement symbolique, le musée de
00:35la Contrefaçon.
00:36En seconde partie d'émission, un sujet un peu moins léger mais tout aussi important pour le marché de l
00:42'art,
00:42l'évolution des droits de douane applicables à l'importation d'œuvres d'art aux Etats-Unis.
00:47Alors qu'une échéance importante approche en juillet, pour faire le point nous recevons Guillaume Le Hage
00:52qui est galeriste, vice-président du syndicat national des antiquaires.
00:56C'est parti pour Art et Marché.
01:02Au musée de la Contrefaçon, on apprend à aiguiser son regard, à distinguer le vrai du faux.
01:07A l'occasion des journées marteaux, nous avons suivi une commissaire priseur en pleine expertise.
01:12Elle nous montre comment elle observe, analyse, confronte les indices pour déterminer l'authenticité d'une œuvre.
01:17Toutes les œuvres que l'on voit autour de nous sont des faux artistiques.
01:21Nous sommes au cœur du 16e arrondissement, dans un musée tout à fait atypique, qui est le musée de la
01:26Contrefaçon.
01:27Un faux, à proprement parler, c'est une œuvre qui essaye de se faire passer pour ce qu'elle n
01:31'est pas.
01:31Évidemment, la photo ne suffit jamais.
01:33Pour pouvoir donner un avis éclairé, il faut pouvoir voir l'objet.
01:37Dans ce cas-là, je donne rendez-vous à la personne.
01:41Et donc là, je regarde l'objet, je questionne la personne sur la provenance de l'œuvre.
01:46Si c'est une œuvre qui a l'air de sortir de nulle part, ça peut éveiller le doute.
01:50Si la signature est un peu floue, elle n'est pas très certaine, ça peut également éveiller le doute.
01:56Je regarde vraiment l'objet.
01:58Un tableau, par exemple, je vais évidemment regarder la peinture en elle-même,
02:00mais je vais aussi retourner le tableau, voir s'il y a des informations au dos.
02:05Les faux les plus connus, ceux qui sont les plus répandus, ce sont les fausses toiles de grand maître.
02:10On n'en voit pas souvent.
02:11On voit également souvent de fausses sculptures, puisque les faussaires peuvent facilement reproduire une œuvre.
02:18Avec certaines techniques, je pense par exemple au surmoulage,
02:21qui permet de créer un moule ex nihilo à partir d'un original.
02:26Quand c'est un artiste qui est reconnu et qui a un catalogue raisonné,
02:29évidemment, on va aller rechercher si cette œuvre est dans le catalogue raisonné.
02:32Et au-delà de ça, il y a aussi des expertises scientifiques, technologiques.
02:37Je pense notamment à la radiographie, à l'observation sous ultraviolet.
02:41Il y a des experts également qui font des prélèvements de la couche picturale de l'œuvre,
02:46pour vérifier si les pigments, par exemple, sont d'époque.
02:49Je pense par exemple à cette aquarelle de Signac.
02:52Ça fait très plat, on n'a pas l'impression d'avoir vraiment les couleurs d'une aquarelle,
02:56la matière d'une aquarelle.
02:57Il s'avère que c'est une impression.
03:00Et vous voyez, le papier est un peu gondolé,
03:02donc ils ont certainement mouillé un peu le papier pour donner l'impression d'une aquarelle.
03:05Lorsqu'elle est vraie, sur le marché, ça s'estime entre 15 et 20 000 euros.
03:09La toile au-dessus, qui est un faux gauguin,
03:12d'une part, la facture n'est pas exceptionnelle,
03:15et d'autre part, vous avez la signature qui est plus que mauvaise.
03:21Cette œuvre-là, qui est aussi évidemment un faux,
03:24est un faux qui est censé être une œuvre de Vlaminck.
03:27Donc en réalité, c'est une œuvre qui a été réalisée par Guérib,
03:29qui est un faussaire assez connu.
03:32Des analyses ont été faites, et si vous passez la signature à l'UV,
03:38en fait, la signature apparaît comme étant au-dessus de la couche picturale,
03:42donc elle n'a pas été faite au même moment.
03:45En principe, une œuvre fausse doit être détruite.
03:48Et lorsqu'il s'agit d'une reproduction,
03:50il doit y avoir écrit de manière indélébile que c'est une reproduction.
03:54Effectivement, il y a toute une législation qui encadre ces œuvres-là.
04:01Depuis plus d'un an, les droits de douane américains créent de fortes incertitudes
04:04sur le marché de l'art, entre annonces, suspensions, nouvelles échéances.
04:08Certaines œuvres semblent relativement protégées,
04:11mais d'autres catégories d'œuvres d'art pourraient être directement concernées.
04:16Alors qu'une échéance importante approche en juillet 2026,
04:19quelles conséquences de toute cette année et pour les années suivantes concrètes
04:24pour les galeristes français et leurs clients américains ?
04:26Je suis ravie d'être en plateau avec Guillaume Léage.
04:30Bonjour.
04:30Bonjour.
04:31Vous êtes galeriste, spécialiste du mobilier 18e
04:34et vice-président du syndicat des négociants en art.
04:37Et donc, c'est avec plutôt cette casquette-là que vous allez nous répondre.
04:40Tout d'abord, est-ce que vous pouvez dresser un petit analyse de cette dernière année ?
04:46Pourquoi le marché de l'art a-t-il eu un sentiment de va-et-vient réglementaire de cette dernière
04:52année ?
04:52Alors déjà, on a une instabilité géopolitique mondiale qui est extrêmement compliquée.
04:58Les collectionneurs aiment souvent, pour investir et acheter chez les marchands,
05:02que ce soit le premier marché ou le second marché,
05:04aiment être encouragés par un climat économique et politique plus favorable.
05:10Déjà, ça, vous le ressentez ?
05:11Déjà, ça, on le ressent.
05:13En tout cas, on n'y est pas insensible.
05:15Et effectivement, il y a un rapport, il y a un climat avec les États-Unis
05:20depuis un an avec ce qu'ils ont appelé les Liberation Day
05:23que Donald Trump avait mis en avant à partir de mi-avril
05:26qui créent, pour certaines catégories dans le marché de l'art,
05:31on pourrait en parler, un vrai déséquilibre.
05:36Justement, alors quelles sont ces oeuvres qui sont principalement concernées ?
05:40Est-ce qu'il y a une liste précise quand même ?
05:41Oui, alors si vous voulez, dans le marché de l'art, au niveau des douanes,
05:43ils ont des chapitres qui s'appellent 97, vous avez 01 jusqu'à 05, 06.
05:48Et en fait, depuis qu'ils ont mis, au moment des Liberation Day, des tarifs,
05:54ils ont voulu mettre en place ce qu'ils ont appelé des tarifs de réciprocité.
05:59Or, aux États-Unis, en fait, quand on importe en Europe et en France,
06:04il n'y a pas de, il faut savoir, il n'y a pas de droit de douane qui est
06:07appliqué.
06:07Donc, les Américains ont appliqué des tarifs sur le chapitre 97
06:14et vous avez un accord qui s'appelle l'accord Berman,
06:16mais qui ne protège pas deux catégories historiques,
06:19et en fait, on n'a jamais fait attention à ça puisque ces tarifs n'avaient jamais été mis en
06:22place,
06:23pour les rubriques 05 et 06.
06:25Alors, 05, ce sont les objets de collection.
06:28C'est un peu vague, ça peut être les voitures, ça peut être les montres aussi.
06:31Et puis, surtout, 06, c'est tout ce qui est antiquité, qui ont plus de 100 ans.
06:36Donc, là-dedans, vous avez ma spécialité, les mobiliers, les objets d'art du 18e siècle.
06:39Vous avez les céramiques, les porcelaines, les textiles, l'art d'asile, l'art premier, les bijoux,
06:45les armes, l'orfèverie et l'argenterie.
06:46Donc, ça fait énormément de spécialités qui se retrouvent à être taxées lorsqu'elles arrivent aux États-Unis.
06:52Et ça a un impact, nécessairement, pour les collectionneurs qui sont là-bas.
06:55Et ça, c'est combien de pourcents, alors ?
06:57Alors, ça a été 15% au tout début.
06:59Oui.
07:02Depuis, ça a été 15% au tout début.
07:04Ça a été renégocié, après ?
07:06Alors, ça n'est pas que ça a été renégocié, c'est que la Cour suprême a annulé les tarifs.
07:13Et le gouvernement, avec Donald Trump, a mis en place ce qu'ils appellent la section 122,
07:18qui est un tarif, finalement, universel, qui permet de préparer, si vous voulez, d'autres mesures pour la suite, à
07:24partir de juillet.
07:25Et donc, là, on vient à un tarif universel à l'entrée aux États-Unis.
07:29Et donc, ça, vous l'avez ressenti, d'autant plus parce que vous vous spécialisez dans le mobilier 18e.
07:35Quelles conséquences ça a ?
07:36Il y a justement un graphique qui a été réalisé dans le rapport Art Basel-UBS sur les effets négatifs,
07:45avec des effets indirects, une dissuasion particulière de 54%, ce qu'il met sur ce graphique-là.
07:51Vous l'avez ressenti, vous, en tout cas, ou les galeristes avec lesquels vous parlez, ils l'ont ressenti ?
07:55Alors, tous les marchands, en tout cas, qui sont concernés par cette spécialité, d'abord, par cette catégorie,
08:01qui, évidemment, le ressentent, c'est là où il y a un vrai signal d'alarme à donner.
08:07Les collectionneurs se retrouvent à payer 10%, entre guillemets, sans raison,
08:11puisque le rapport de réciprocité, comme je vous le disais, n'existe pas,
08:14sachant qu'en Union européenne, il n'y a pas de droit de douane.
08:17Et donc, forcément, quand un client achète un objet et se retrouve à payer 10% de plus,
08:22il faut que ça rentre dans son budget.
08:24On a eu un dollar qui a été plus fait pendant un temps,
08:26donc, nous, par exemple, entre cette année et l'année dernière,
08:30le dollar a perdu 10% de...
08:35Par rapport à l'euro, de sa force ?
08:36Par rapport à l'euro, de sa force.
08:37Et donc, du coup, finalement, mis de bout à bout, on est quasiment à 20% d'écart.
08:41Donc, quand un client va acheter, on en a déjà le 100,
08:44et finalement, il doit payer 120, forcément, ce n'est pas encourageant.
08:47J'ai trouvé un autre graphique aussi, où on voyait la proportion de la France.
08:50C'est vrai que les États-Unis, c'est quand même un énorme client pour la France.
08:55Les États-Unis, c'est 44% du marché mondial de l'art.
09:00Donc, forcément, si les collectionneurs ne peuvent plus acheter ou ont un frein,
09:05ça a un impact sur les marchés français,
09:08et au final, sur l'ensemble du métier dans l'Union européenne, dans le monde.
09:12Vous prévenez, en tant que SNA, qu'il y avait une échéance en juillet.
09:18Quel est donc... Alors, vers quoi est-ce qu'on tend ?
09:21Est-ce qu'on sait qu'il y a toujours autant d'incertitudes ?
09:24Alors, il y a énormément d'incertitudes.
09:27Pour récapituler un petit peu les va-et-vient qu'il y a eu,
09:29on a eu d'abord un système qui a mis en place de tarifs réciproques,
09:34qui a été invalidé par la Cour suprême.
09:36Ensuite, à partir de mars, pour une durée de six mois,
09:40ces tarifs qui s'appellent...
09:43Enfin, c'est des tarifs universels, la section 122.
09:46Et cette section 122, en fait, elle permet au gouvernement d'appliquer des tarifs,
09:49mais ils sont obligés, en juillet, donc au bout de six mois,
09:53de les renégocier, ou en tout cas d'appliquer quelque chose d'autre.
09:56Ça s'appelle... Ce qu'ils veulent mettre en place, c'est les tarifs 301,
10:00qu'ils ont déjà appliqués avec la Chine il y a quelques années.
10:04Tarifs 301, c'est une section plutôt.
10:07Ce sont des tarifs qui sont mis en place pour concurrence déloyale.
10:11Donc ça, c'est le gouvernement américain, à travers Donald Trump,
10:14qui souhaitent mettre ça en place pour se justifier.
10:17Alors, nous, à notre niveau, il n'y a pas de raison que ça...
10:22On ne comprend pas pourquoi la section de l'art serait concernée.
10:26Mais la limite et la difficulté, c'est que les...
10:30Si vous voulez, la section 301 ne distingue pas 05, 06, 01, etc.
10:38Ça serait l'ensemble du marché de l'art,
10:40et non plus les spécialités dont j'ai parlé,
10:42qui seraient concernées à partir de juillet.
10:45Donc voilà, potentiellement, en juillet,
10:47si c'est appliqué comme ce que le souhaite Donald Trump,
10:50il y aurait un véritable, pour le coup...
10:53Ce serait très grave pour nous, pour le marché.
10:55Ce serait toutes les œuvres d'art qui seraient concernées.
10:57Ce serait toutes les œuvres d'art, sans distinction.
10:59Et c'est là, nous, SNA, syndicat négociant en art,
11:03ex-syndicat Neuselles Antiquaires,
11:04on travaille avec la Sinoa et d'autres organismes
11:10pour participer à des consultations.
11:12Oui, c'est ça, parce que qu'est-ce que vous pouvez faire ?
11:13Alors, on ne peut pas tout changer.
11:16La parole, ça reste le président.
11:17Malgré tout, pour mettre en place cette section 301,
11:21il y a ce qu'on appelle un organisme qui s'appelle l'USTR,
11:25qui fait des consultations sur l'ensemble des sujets
11:27pour être soumis au président.
11:29Et donc, nous, on explique qu'aujourd'hui,
11:31la concurrence déloyale ne peut pas être justifiée.
11:33L'art circule depuis 1930 entre les États-Unis
11:36et l'Union européenne de manière pas gracieuse,
11:39mais sans tarif.
11:40Quand je dis sans tarif, c'est mon anglais pour droit de douane.
11:43Il y a des accords de Florence qui existent
11:45pour la libre circulation aussi,
11:47qui ont été renforcés dans les années 50-60.
11:50Donc, il y a énormément de choses qui ont été mises en place.
11:52Et donc, il n'y a pas de concurrence finalement déloyale
11:55à ce niveau-là.
11:56Malgré tout, il y a un risque.
11:57Donc, vous soumettez en fait vos conclusions,
11:59vos réflexions au président de la République française ?
12:02Alors, en fait, c'est un organisme américain
12:06qui nous consulte directement.
12:09Et nous, on fait justement des rédactions.
12:13En fait, on met en place avec des avocats,
12:14avec les membres du conseil d'administration
12:16et du bureau.
12:17Et en espérant qu'ils tirent des conclusions
12:19par rapport à ce que vous leur avez donné de l'information.
12:21C'est ça.
12:21On donne un argumentaire pour montrer
12:23qu'il n'y a pas de raison.
12:24Si le 300 est appliqué,
12:25il faut que l'ensemble du 97 soit exempté.
12:27Et en attendant, est-ce que vous avez
12:29quelques conseils à donner,
12:31notamment aux galeries qui sont membres du SNA ?
12:35Il faut avoir les pieds sur terre.
12:38Il faut être un peu courageux.
12:40Il faut aussi être prudent.
12:42Alors, ce qu'il faut savoir, c'est que,
12:44et j'en profite d'être ici,
12:46les musées américains, quand ils achètent,
12:48au départ, ils étaient aussi taxés.
12:49Donc, c'est une problématique d'enrichissement culturel.
12:53Il y a des moyens avec les musées américains.
12:54S'ils ne sont pas soumis à une vocation lucrative,
13:01ils peuvent importer avec un régime spécial
13:04pour être dédouanés de ces tarés.
13:08Ce qui n'était pas le cas au tout début.
13:09Ce sont des choses qui se sont débloquées assez récemment.
13:11Donc, je profite d'être ici pour...
13:13Il y a des petits moyens pour essayer de contourner tout ça.
13:16Il y a juste ce moyen-là pour les musées et institutions.
13:19parce qu'il y a un but éducatif à la fin.
13:22Et donc, on peut arriver à détourner un petit peu le problème.
13:29Sinon, c'est assez difficile.
13:30Merci beaucoup, Guillaume Léa.
13:31Je rappelle que vous êtes galeriste,
13:33spécialiste en mobilier 18e,
13:35vice-président du syndicat des négociants en art.
13:38Et merci à vous toutes et tous de nous avoir suivis.
13:40C'était Array Marché.
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