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Vendredi 10 avril 2026, retrouvez Guillaume Piens (Commissaire général, Art Paris) et Loïc Le Gall (Directeur, Centre d’art contemporain Passerelle) dans ART & MARCHÉ, une émission présentée par Sibylle Aoudjhane.
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00:01...
00:19Bonjour à toutes et à tous, je suis ravie de vous retrouver pour cette édition spéciale d'Art et Marché
00:24au cœur de la 28e édition d'Art Paris, la foire d'art contemporain qui se tient comme chaque année
00:30au cœur du Grand Palais.
00:32Un rendez-vous incontournable qui fait cette année encore la part belle aux galeries françaises
00:37et qui affirme plus que jamais sa volonté de défendre, faire rayonner et structurer la scène hexagonale.
00:43Et c'est précisément cette scène française que nous allons explorer aujourd'hui.
00:47Pour cette édition, un parcours singulier a été imaginé par Loïc Le Gall qui est directeur du Centre d'Art
00:53Contemporain Passerelle à Brest
00:55autour d'un thème puissant, celui du langage intitulé Babel.
01:00Nous allons tout d'abord aller à la rencontre de Guillaume Pienz qui est commissaire général d'Art Paris
01:04pour prendre le pouls de cette édition 2026 puis retrouver Loïc Le Gall au sein des allées d'Art Paris
01:09devant les œuvres du parcours Art et Marché, c'est parti.
01:18Guillaume Pienz, bonjour, vous êtes commissaire général d'Art Paris, merci beaucoup d'être avec nous.
01:22Tout d'abord, est-ce que vous pouvez rapidement nous présenter les temps forts de cette édition 2026 ?
01:28De cette 28e édition, alors on a 165 exposants d'une vingtaine de pays, deux parcours thématiques,
01:36un qui est tourné vers la scène française Babel Art et Langage en France qui est mené par Loïc Le
01:40Gall,
01:40un autre parcours qui regarde plutôt la scène internationale qui s'appelle la réparation
01:45et qui a été confié à Alexia Fabre.
01:47Il y a aussi plusieurs secteurs à découvrir, Promesse qui est effectivement sur les balcons du Grand Palais
01:53qui est un secteur dédié à la création émergente
01:56et de l'autre côté des balcons, on a ce secteur qui s'appelle French Design Art Edition
02:01qui ne présente que du design contemporain.
02:03Au sein de la foire, on a aussi 24 solo shows,
02:07il y a effectivement aussi toute une programmation avec des conférences,
02:11tout un cycle de conférences.
02:13Il y a beaucoup de choses qui se passent dans Art Paris pendant une semaine.
02:17Qu'est-ce qui fait vraiment l'identité, la différenciation d'Art Paris
02:20par rapport à toute autre foire internationale ?
02:23Pour moi, c'est une foire régionale et cosmopolite
02:26qui est orientée vers la découverte.
02:28L'idée étant quand même d'être enracinée localement,
02:32c'est-à-dire de soutenir la scène française,
02:34de valoriser l'écosystème des galeries françaises
02:38et de l'autre côté, être aussi cosmopolite,
02:40c'est-à-dire effectivement accueillir des galeries qui viennent du monde entier.
02:44Il y a des gens qui viennent de très loin cette année,
02:45il y a des gens qui viennent d'Australie, de Singapour, etc.
02:49Donc voilà, c'est ce qui fait un peu l'association d'Art Paris
02:51et puis aussi cette approche thématique qui nous caractérise.
02:55Donc chaque année, l'idée étant qu'on ait un ou une commissaire invitée
03:00qui, évidemment, regarde la scène française.
03:03Tout ça, maintenant, aujourd'hui, a dossé un prix
03:04qui est le prix BNP Paribas Banque privée,
03:06qui est un prix de 40 000 euros au niveau de la dotation
03:09et qui revient un des artistes de ce parcours.
03:11Ce soutien de la scène française, ça passe par quoi
03:14dans un marché de l'art qui est en mutation, on va dire ?
03:18Alors, ce soutien de la scène française, il est volontaire.
03:21Voilà, il est là et ce n'est pas uniquement une histoire
03:24de vendre, c'est aussi une histoire de promouvoir
03:28et de donner une visibilité.
03:29Et ça, c'est le rôle important d'une foire.
03:31Ce n'est pas juste un marketplace, comme souvent on est caricaturé.
03:35C'est aussi un endroit qui a une caisse de résonance formidable
03:38et qui permet aussi de donner cette visibilité à des artistes.
03:42Donc ils ont besoin.
03:43La visibilité, en tout cas des artistes français,
03:46elle doit être donnée en France.
03:47Et c'est comme ça que leur réputation croît
03:51et qu'ils ont une chance peut-être aussi de mieux s'exporter.
03:54Parce que la France n'a pas vraiment soutenu sa scène.
03:57Et contrairement à d'autres pays comme l'Allemagne ou l'Angleterre, etc.
04:00Et être en soutien de la scène française ne veut pas dire
04:04être franco-français.
04:06Est-ce qu'il y a une manière de caractériser justement
04:09ces collectionneurs français qui peuvent d'autant plus soutenir la scène française ?
04:14Alors en fait, contrairement aussi aux idées reçues,
04:16il y a beaucoup de collectionneurs en France.
04:17Les collectionneurs français sont des gens...
04:19D'abord, il y a un esprit de la collection.
04:21Il y a un œil critique.
04:22J'ai toujours entendu dire des marchands des galeries étrangers,
04:25ils étaient stupéfaits par la précision,
04:29la connaissance des collectionneurs français.
04:32Bon, qui sont souvent très critiques.
04:33C'est ce qu'on nous reproche aussi de l'autre côté.
04:35Mais aussi, c'est parce que c'est des gens
04:37qui finalement ont une vraie connaissance.
04:39Et sur la scène internationale,
04:41comment sont représentés les artistes français ?
04:44Je trouve que ça va un peu mieux.
04:46Il y a eu une invisibilité des artistes français pendant très longtemps.
04:48Peut-être parce qu'ils étaient trop soutenus
04:50par rapport au monde anglo-saxon par l'institution.
04:53Parce que le monde anglo-saxon voit avec beaucoup de méfiance
04:55les artistes officiels.
04:56Donc c'est vrai qu'on a connu les années de langue
04:59et tout un développement qui était quand même très assis
05:02sur une forme de bureaucratie culturelle,
05:06de subvention, de frac, de drag, etc.
05:09Et aujourd'hui, je pense qu'il y a un regard différent
05:12sur les artistes français.
05:13D'abord parce qu'eux-mêmes, les artistes français
05:16voyagent plus, font des résidences à l'étranger,
05:19par l'anglais.
05:20C'est bête, mais c'est quelque chose d'important.
05:23Et en tout cas, je trouve qu'il y a une meilleure réception
05:25d'artistes français.
05:26Aujourd'hui, des gens comme Claire Tabouret,
05:28Tatiana Trouvé, Théo Mercier,
05:30on commence à voir beaucoup plus d'artistes français
05:33dans des viennales, etc.
05:34Alors qu'il y avait vraiment,
05:37surtout les années 2000, début des années 2000,
05:39une invisibilité des artistes français.
05:41C'était le fameux rapport commun qui avait fait beaucoup de bruit.
05:44Et malgré tout l'argent qui était dépensé par l'État français,
05:47en fait, il n'y a pas eu ce résultat
05:49de pouvoir exporter bien les artistes français.
05:51Et donc là, la thématique a été choisie,
05:53c'est le thème Babel.
05:54C'est révélateur d'une certaine tendance
05:57de la scène française qu'on observe aujourd'hui ?
05:59Je trouve que le balayage, effectivement,
06:01qui a été fait par Loïc Le Gall est très intéressant
06:04parce que ça fait, en fait, moi, l'intérêt de cette thématique,
06:06c'est que ça fait ressortir différents types d'artistes
06:09qu'on ne connaît pas forcément ou qu'on a oubliés.
06:11Par exemple, dans la partie plus historique de son Focus,
06:15il y a Isidore Izu, qui est le fondateur du lettrisme
06:17et qui est un mouvement des années 60.
06:20Voilà, et en fait, c'est des œuvres formidables.
06:22Il y a, par exemple, la Galerie Bocquet
06:24qui montre les œuvres de Marcel Jean,
06:25donc un surréaliste des années 30
06:26et qui avait fait cette collaboration avec ce poète Henri Pastoureau
06:30sur ces questions de frottage, etc.
06:32Donc, c'est des œuvres que les gens vont redécouvrir.
06:34Donc, j'ai trouvé intéressant que, voilà,
06:36cette question du langage, on l'aborde d'une manière historique.
06:40Et puis, au niveau contemporain, on sait que, par exemple,
06:43Tanya Mouraud a fait une pièce spécifique pour la foire.
06:46Donc, l'avantage de cette thématique,
06:47c'est qu'elle donne un axe de lecture pour les visiteurs.
06:50Elle donne aussi un axe par rapport à la programmation des galeries
06:54et elle génère aussi des productions spécifiques.
06:58Et pour moi, c'est un signe de santé pour la foire.
07:00C'est-à-dire que quand on voit que la foire,
07:02les gens se mobilisent pour réserver des œuvres
07:05ou les produire, c'est un très bon signe.
07:08Merci beaucoup, Guillaume Quince.
07:09On va tout de suite aller retrouver Loïc Legal, justement,
07:11pour parler de ce parcours.
07:15Moi, d'origine, je suis un archéologue.
07:17Donc, c'est par extension que je suis devenu l'histoire de l'art, plutôt.
07:20Et j'ai toujours été fasciné par ce lien qu'il y avait
07:24dans l'origine de l'humanité entre le langage et, on va dire, l'art.
07:28Même si on ne sait pas vraiment si c'est de l'art.
07:29notamment dans les peintures pariétales, dans les grottes.
07:35Et justement, une des œuvres qui m'a intéressé particulièrement,
07:39c'est l'œuvre de Juliette Agniel, qui est juste ici.
07:42Donc, c'est une grotte où on voit,
07:44alors pas précisément sur ces images-là,
07:46mais on voit en fait des mains positives et des mains négatives.
07:50Et c'est pour moi les prémices de l'art et les prémices du langage.
07:52Je trouve que c'est un sujet qui est transhistorique, transsociologique
07:58et qui permet d'aborder l'art sur un champ le plus commun possible,
08:03qui est celui de notre parler, celui du langage.
08:05Et qui en plus a inspiré quand même énormément d'artistes
08:07à travers toute l'histoire de l'art.
08:09Exactement. En fait, déjà, il y a plusieurs choses.
08:12On commence par peindre sur les murs, initialement,
08:14sur les murs des grottes.
08:15On a peint après sur les plafonds à l'époque de la Renaissance.
08:19On a peint sur des fresques à Pompéi.
08:22Le mur a toujours été un support assez fascinant.
08:25Par la suite, après, on a pu avoir des gens comme Picasso
08:28qui vont reprendre des formes primitives.
08:32Et après, tout le XXe siècle est marqué justement
08:34par une histoire de l'art à rebours, en fait.
08:36Qui va revenir regarder des formes anciennes,
08:40primitives, ancestrales, traditionnelles.
08:42Pourquoi est-ce que vous vous êtes dit
08:43que ça allait être quelque chose de révélateur
08:46à appliquer la scène française ?
08:47Mais ce qui m'intéresse, c'est qu'on a l'ère de l'IA,
08:50on a l'ère du digital, du numérique.
08:52Et en fait, le langage s'est réinventé.
08:54Et le langage se réinvente en permanence.
08:59Puisque, aujourd'hui, ce qui se passe,
09:01c'est que c'est des machines qui vont communiquer à notre place.
09:04C'est une manière de parler qui est différente,
09:07une manière d'écrire.
09:09Et justement, l'art contemporain va s'en faire les cours, en fait, aussi.
09:14Et donc, là, on va aller voir une autre artiste
09:15qui fait un peu le lien avec ce que je disais
09:17sur la tradition et sur le savoir-faire.
09:20C'est Sarah Ouadou.
09:21Sarah Ouadou, c'est une artiste française
09:24qui a des origines marocaines
09:25qui s'est intéressée à la transmission de la langue.
09:28Elle va représenter à travers le dessin
09:31des langues qui n'ont pas d'écrit.
09:33Des langues qui sont juste transmises
09:36de manière orale.
09:38Et la beauté de son travail,
09:40qui est extrêmement poétique,
09:41c'est justement de venir
09:44faire un peu comme du dessin automatique,
09:48représenter le discours.
09:50On arrive justement à avoir
09:51plusieurs degrés de compréhension de l'œuvre d'art,
09:53à la fois de manière très immédiate
09:55sur la transmission de quelque chose,
09:57jusqu'à une pièce qui devient
10:02l'interprétation d'un artisan.
10:03Aujourd'hui, les artistes,
10:06il y a beaucoup de réflexions
10:07autour de la question du langage,
10:09en France notamment,
10:10parce qu'il y a aussi beaucoup de migration,
10:12il y a beaucoup de langues qui cohabitent.
10:15Et en fait, la question de la langue
10:16et de la création sont intimement liées
10:17sur la scène française,
10:18parce qu'on a beaucoup d'artistes
10:20qui viennent de mon entier.
10:21Actuellement, on a beaucoup d'artistes ukrainiens,
10:23palestiniens, qui travaillent en France.
10:26Et je disais, il y a plusieurs thématiques
10:28au sein de la thématique de Babel,
10:29mais la thématique de la langue étrangère,
10:32de la langue de la personne
10:33qui n'est pas native.
10:34Je trouve aussi que c'est primordial
10:36et que ça crée une dynamique
10:39en France qui est assez particulière.
10:43Et ça crée une force,
10:44une vraie poésie
10:44dans ce qui peut se passer en France.
10:46Chez Yvon Lambert,
10:47il y a un artiste s'appelle Luca Resta.
10:48En fait, il crée des espèces d'artefacts
10:50qu'on pourrait penser historiques,
10:52mais en fait,
10:53qui sont non contemporains
10:54et qui parlent de sujets contemporains.
10:56Et ça, typiquement,
10:57je pense que c'est des pièces
10:58que les collectionneurs aiment beaucoup,
11:00parce qu'il y a vraiment ce rapport
11:01à la fois à l'objet,
11:02très bien fait, physique,
11:06et à la fois un art conceptuel
11:07qui est assez facile aussi,
11:09d'une certaine manière,
11:10qui est assez lisible.
11:12C'est une thématique particulière
11:13qui peut trouver un écho
11:16chez les collectionneurs.
11:17Après, on peut avoir d'autres œuvres,
11:19par exemple, de Laure Provost.
11:21Et Laure Provost, pour moi,
11:23c'est une des artistes majeurs
11:24aujourd'hui de la scène française.
11:25Et ce qui est fascinant,
11:27c'est qu'elle a déjà été connue
11:29dans un pays étranger,
11:30qui était l'Angleterre.
11:31Elle a eu le Turner Prize.
11:32Donc déjà, la question du langage,
11:34il était engagé à travers
11:36une langue étrangère.
11:37Et moi, ce qui m'intéresse beaucoup,
11:38c'est sa relation,
11:39la traduction et au jeu
11:41entre les différentes langues.
11:42c'est qu'il y a volontairement
11:44des erreurs entre le français
11:45et l'anglais.
11:46Il y a volontairement
11:49de la poésie,
11:52parfois humoristique,
11:53qu'on peut capter.
11:55Et pour le coup,
11:55c'est une artiste
11:56qui est vraiment aussi collectionnée,
11:57je pense, par ce biais-là.
11:59Par la question du parler,
12:01la question de la transmission.
12:04D'ailleurs, la sélection,
12:04elle essaie de montrer
12:05des artistes qui sont multiples.
12:07On a des photographes,
12:08on a des peintres,
12:09on a des sculpteurs,
12:10on a des personnes
12:10qui vont travailler sur le textile.
12:11C'est à la fois
12:12avec différents niveaux d'émergence,
12:14à partir de jeunes artistes
12:15qu'on ne connaît pas
12:15et des artistes
12:16qu'on recommence à aimer
12:19ou à redécouvrir,
12:20comme Tania Mouraud,
12:20par exemple,
12:21qui a, je pense,
12:22été un moment délaissé
12:23dans sa carrière
12:24et qui a aujourd'hui
12:25une très belle visibilité.
12:26Entre propositions artistiques
12:28et enjeux de marché,
12:29cette édition d'Art Paris
12:30donne un aperçu
12:31des évolutions
12:31d'une scène contemporaine
12:32de plus en plus structurée
12:34et affirmée.
12:35Nul doute possible,
12:36Paris s'impose plus que jamais
12:38comme une place forte
12:39du marché de l'art mondial.
12:42Sous-titrage Société Radio-Canada
12:45Sous-titrage Société Radio-Canada
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