- il y a 12 heures
Explosion des prix de l’énergie, tensions dans le détroit d’Ormuz, menace de pénuries, dette française sous pression : assistons-nous au début d’un choc économique majeur comparable aux grandes crises pétrolières du passé ?
Dans ce nouvel épisode de “Politique & Eco”, l'économiste Jacques Sapir tire la sonnette d’alarme : selon lui, la France entre dans une période de fortes turbulences économiques et sociales.
➡️ Pénuries d’hydrocarbures dès juin ?
➡️ Inflation durable et explosion des faillites ?
➡️ Krach obligataire et risque sur la dette française ?
➡️ Chômage, crise agricole et fin de l’abondance ?
➡️ Pourquoi le gouvernement minimise-t-il la gravité de la situation ?
Alors que Vladimir Poutine et Xi Jinping renforcent leur alliance stratégique, l’Occident semble entrer dans une nouvelle ère de fragilité économique et géopolitique.
Une émission essentielle pour comprendre les conséquences concrètes de la crise qui se prépare.
A la suite de "Politique & Eco", retrouvez la chronique financière de Philippe Béchade intitulée : "Parler pour ne rien dire… ou dire le pire".
Philippe Béchade est rédacteur en chef de La Chronique Agora et La Lettre des Affranchis aux @Publications Agora.
Cliquez ici pour téléchargez gratuitement le rapport spécial de Philippe Béchade : "Votre épargne face au spectre d’une nouvelle guerre mondiale".
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➡️ Pénuries d’hydrocarbures dès juin ?
➡️ Inflation durable et explosion des faillites ?
➡️ Krach obligataire et risque sur la dette française ?
➡️ Chômage, crise agricole et fin de l’abondance ?
➡️ Pourquoi le gouvernement minimise-t-il la gravité de la situation ?
Alors que Vladimir Poutine et Xi Jinping renforcent leur alliance stratégique, l’Occident semble entrer dans une nouvelle ère de fragilité économique et géopolitique.
Une émission essentielle pour comprendre les conséquences concrètes de la crise qui se prépare.
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00:00:11Générique
00:00:18Bonjour à tous, ravis de vous retrouver pour Politique et Éco.
00:00:24Cependant, depuis plusieurs semaines, tous les indicateurs passent au rouge.
00:00:29Flambée des prix de l'énergie, tension dans le détroit d'Hormuz, taux français au plus haut depuis 2009.
00:00:37Menace de pénurie, sommes-nous en train de revivre un nouveau choc pétrolier comparable à celui de 1973 ?
00:00:44Avec une différence majeure, la France d'aujourd'hui est surendettée, désindustrialisée, socialement beaucoup plus fragile.
00:00:51Inflation, faillite, chômage, crise agricole, risque sur la dette.
00:00:55Jusqu'où cette crise peut-elle aller ?
00:00:58Et pendant que l'Occident s'inquiète, Vladimir Poutine et Xi Jinping se sont rencontrés à Pékin
00:01:03pour afficher leur rapprochement stratégique.
00:01:06Pour parler de l'actualité économique, nous recevons aujourd'hui Jacques Sapir.
00:01:12Bonjour, monsieur.
00:01:12Bonjour.
00:01:13Jacques Sapir est économiste, membre de l'Académie des sciences de Russie, ancien directeur d'études à l'EHESS,
00:01:21l'École des hautes études en sens social.
00:01:24Actuellement professeur à l'École de guerre économique.
00:01:27Votre dernier ouvrage, Jacques Sapir, la fin de l'ordre occidental.
00:01:31Commençons tout de suite avec vous, Jacques Sapir.
00:01:34Est-ce qu'on assiste bien à ce qu'on appelle un choc pétrolier ?
00:01:38Peut-on comparer la situation actuelle à celle que l'on a connue en 1973 ?
00:01:43Alors oui, on peut déjà immédiatement comparer cela.
00:01:46Parce qu'aujourd'hui, ce qui manque à la production mondiale, les conséquences de la guerre, c'est 12%.
00:01:54Puisqu'on est grosso modo sur une production quotidienne de 100 millions de barils jour.
00:02:02Et là-dessus, il y a entre 12 et 14 millions de barils jour qui n'existent plus.
00:02:08Donc on est sur un niveau qui est à peu près l'équivalent de la crise de 1973.
00:02:13En 1973, on était avec une perte de 5 millions de barils jour.
00:02:20Pour une production de 55 millions de barils jour, on était à 9%.
00:02:23Bon voilà, on est dans les mêmes eaux.
00:02:25Mais cette crise est actuellement bien pire.
00:02:27Pour la raison que nos économies se sont beaucoup plus développées en pétrole, disons en usage du pétrole.
00:02:36Et donc ce n'est pas simplement une crise des carburants.
00:02:39C'est une crise de la pétrochimie que nous avons.
00:02:41Et qui dit crise de la pétrochimie, disent crise agricole.
00:02:45Parce qu'une grande majorité des engrais sont des dérivés du gaz ou du pétrole.
00:02:53Ça veut dire aussi que les produits d'emballage sont touchés.
00:02:59Vous n'avez plus de pétrole.
00:03:00Ou disons vous avez moins de pétrole, vous avez moins de matière plastique.
00:03:04Donc moins d'emballage.
00:03:06Toute la chaîne de distribution des produits agroalimentaires est fragilisée.
00:03:12Et puis évidemment, vous avez les effets d'une crise des carburants.
00:03:15Parce qu'il faut du diesel pour faire tourner un tracteur.
00:03:19Pour faire tourner une moissonneuse batteuse.
00:03:21Bon, donc il y a ça.
00:03:22Mais c'est aussi une crise chimique industrielle.
00:03:26Parce qu'aujourd'hui, vous avez toute une série de productions industrielles.
00:03:31dans la métallurgie, dans la construction mécanique, qui sont devenues très dépendantes du pétrole.
00:03:36Le soufre, qui est un sous-produit du pétrole et du raffinage, voire même du gaz.
00:03:42Il faut désulfuriser le pétrole ou le gaz pour qu'il soit utilisable.
00:03:48Eh bien, le soufre est extrêmement important dans la métallurgie.
00:03:52Moins de pétrole, moins de gaz, moins de soufre.
00:03:55Donc là aussi, c'est quelque chose qui fragilise.
00:03:57On a le problème des gaz rares, qui sont extrêmement demandés par l'industrie électronique.
00:04:04Pour faire des microprocesseurs, il faut de l'hélium.
00:04:08Bon, il y a entre 35 et 38% de production en moins.
00:04:13Parce que l'hélium, il n'était produit que par quelques pays.
00:04:18Les Etats-Unis, gros producteurs.
00:04:20Le deuxième, le Qatar.
00:04:22Le troisième, c'est la Russie.
00:04:24Bon, le Qatar, la production, c'est zéro, maintenant.
00:04:27Voilà, il manque donc 35% de la production mondiale.
00:04:32Donc, ça va poser un très gros problème à toute l'industrie électronique.
00:04:37Et puis, on a d'autres produits qui sont évidemment extrêmement importants.
00:04:40Par exemple, j'ai dit les plastiques.
00:04:43Par exemple, les mousses de plastique.
00:04:45C'est essentiel dans la production automobile.
00:04:48Pas de mousse de plastique.
00:04:50Pas de mousse de plastique.
00:04:50Ça va être compliqué pour monter des véhicules, que ce soit des véhicules français, allemands, chinois, etc.
00:04:58Donc, on a là aussi un problème.
00:05:00Donc, en réalité, cette crise met en lumière la totalité des usages du pétrole, dont on n'avait pas nécessairement
00:05:10conscience avant la crise,
00:05:12mais dont on se rend compte aujourd'hui que le pétrole est un des composants absolument essentiels de notre vie
00:05:18moderne.
00:05:18Mais a-t-on, Jacques Sapir, besoin d'autant de pétrole aujourd'hui qu'en 1973 pour avoir le même
00:05:24niveau de production ?
00:05:26Alors, oui.
00:05:27On a même besoin de beaucoup plus de pétrole parce que l'agriculture a développé sa dépendance aux engrais azotés.
00:05:35Les engrais azotés qui sont produits soit à base de pétrole, soit à base de gaz.
00:05:39Bon, donc, il y a ça.
00:05:41On a remplacé dans nos véhicules, pour des raisons de poids d'ailleurs, toute une série de pièces en acier
00:05:48par des pièces en matière plastique.
00:05:51Vous prenez par exemple l'intérieur d'une voiture, que ce soit une Renault, une Peugeot, c'est pareil pour
00:05:57toutes les voitures.
00:05:58Il y a plein de pièces qui sont de la matière plastique.
00:06:01Parce qu'on fait évidemment aujourd'hui des matières plastiques qui sont beaucoup plus durables,
00:06:05beaucoup plus résistantes qu'on en faisait il y a 30 ans ou 40 ans.
00:06:09Mais on en fait, on les utilise beaucoup plus.
00:06:12Là, ça va poser un gros problème.
00:06:15Donc, je dis bien, on est aujourd'hui d'une certaine manière plus dépendant au pétrole
00:06:19et dépendant dans plus de domaines qu'on ne l'était en 1973.
00:06:24Certains observateurs semblent dire que nous ne soyons même pas entrés dans le choc plein de cette guerre,
00:06:33des conséquences en tout cas de cette guerre,
00:06:35quand l'Europe et en particulier la France vont subir les effets pleins de ce choc et pour combien de
00:06:40temps ?
00:06:41Alors, oui, d'abord c'est vrai.
00:06:43C'est entièrement vrai.
00:06:44Nous ne sommes pas dans le dur du sujet pour la raison très simple.
00:06:48C'est que les États, pour l'instant, utilisent assez largement leurs réserves stratégiques
00:06:54pour rééquilibrer le marché.
00:06:56Le problème, c'est qu'en faisant cela, ils contribuent à maintenir les prix du pétrole relativement bas.
00:07:04Quand je dis relativement bas, ce sont des prix, au niveau des indices, entre 90 et 100 dollars le baril,
00:07:12c'est-à-dire plus de 50% du prix d'avant-guerre.
00:07:16Donc, on a quand même une belle hausse.
00:07:18Mais au rythme auquel ils libèrent ces réserves, les réserves ne tiendront plus.
00:07:25Elles vont commencer à s'épuiser assez rapidement maintenant, dès le début du mois de juin.
00:07:32Et donc, à ce moment-là, on peut être confronté à une nouvelle très forte hausse des prix dans les
00:07:39pays occidentaux.
00:07:39Je signale que cette hausse des prix, elle est déjà là en Asie.
00:07:43En réalité, il y a une partie de l'Asie qui a déjà, elle, pris le choc en pleine figure
00:07:49et qui, évidemment, souffre beaucoup.
00:07:52Alors, pour la France, enfin, pour l'Europe, globalement, la France n'est pas isolée.
00:07:58On devrait commencer à sentir le choc à partir, mais vraiment de manière importante, à partir de l'été.
00:08:08Et je pense que les conséquences, cette fois-ci, sur la production, pas seulement sur les prix,
00:08:12– Oui, sur les prix, il y a déjà des conséquences importantes.
00:08:16Le prix de l'essence a atteint un pic historique.
00:08:21Bon, mais on devrait atteindre, cette fois-ci, les conséquences industrielles et agricoles de cette crise,
00:08:31probablement entre septembre et octobre.
00:08:33Donc, ça veut dire que nous serons en plein dans la crise, disons, à partir de l'automne.
00:08:39Bon, à partir fin octobre, début novembre.
00:08:42– Bien, après la durée de cette crise, eh bien, cette crise, elle va durer
00:08:45quand bien même Américains et Iraniens trouveraient un accord pour rouvrir le détroit d'Hormuz.
00:08:53Et on voit que ça n'en prend pas exactement la direction.
00:08:56Mais admettons même, OK, ils s'entendent.
00:08:58On rouvrent les dommages qui ont été faits au système de production, d'extraction, de raffinage,
00:09:07que ce soit pour le pétrole, que ce soit pour le gaz.
00:09:09Le Qatar, qui est un gros producteur mondial, qui est pratiquement équivalent à la Russie,
00:09:14en matière de poids sur le marché mondial pour le gaz,
00:09:19ces dégâts mettront probablement un an, voire un an et demi, à être réparés.
00:09:27Bien.
00:09:28Par ailleurs, les puits, actuellement, sont à l'arrêt.
00:09:33– Oui, vous parlez de la sédimentation.
00:09:35– Oui, tout à fait.
00:09:36C'est un phénomène extrêmement important, dont on n'a pas normalement idée.
00:09:39C'est-à-dire le fait que, quand vous n'utilisez pas un puits,
00:09:42pendant un mois, deux mois, etc.,
00:09:45vous avez un phénomène de sédimentation qui vient des impuretés qu'il y a dans le pétrole.
00:09:51– Ça se bloque.
00:09:51– Ça se bloque.
00:09:52Donc, il faut compter, là aussi, longtemps,
00:09:56pour que la production réatteigne son niveau d'avant la crise.
00:10:02Globalement, on peut dire que, si la crise s'arrêtait demain,
00:10:07il faudrait compter six mois pour retrouver la moitié de la production,
00:10:1250% de la production.
00:10:14Un an et demi pour retrouver entre 70 et 80% de la production,
00:10:20pour aller plus loin, pour retrouver le niveau global de la production,
00:10:25entre trois ans et cinq ans.
00:10:28– Certains, Jacques Sapir, c'est le cas en tout cas de notre ministre de l'économie,
00:10:33Roland Lescure, veulent masquer la réalité de ce choc économique.
00:10:36Qu'est-ce qui leur arrive ?
00:10:37– Alors, je ne sais pas s'ils veulent masquer,
00:10:39ou s'ils n'ont pas réellement conscience de l'ampleur de cette crise.
00:10:44– Ou est-ce leur rôle, en tant que politique, de rassurer ?
00:10:46– Je pense qu'on ne rassure pas les gens en leur racontant des mensonges.
00:10:51Et je ne suis pas sûr, d'ailleurs, que ce soit des mensonges,
00:10:53parce que, je le redis, il n'est pas impossible que Roland Lescure
00:10:58soit tenu dans l'ignorance,
00:11:00parce qu'il n'interroge peut-être pas les gens suffisamment compétents,
00:11:05de la situation.
00:11:05– Il est ministre de l'économie française.
00:11:07– Oui, mais vous avez une forme de déni là-dessus.
00:11:10Alors, signalons quand même que M. Roland Lescure a laissé entendre
00:11:16que l'on pourrait atteindre un taux d'inflation de 4%.
00:11:18C'est très différent du discours que tenait il y a trois semaines,
00:11:21M. Villeroy de Gallo, le gouverneur de la Banque de France,
00:11:27lui disait, ça n'ira pas au-dessus de 2%.
00:11:30Trois semaines après, le ministre dit, peut-être 4%.
00:11:34Donc, ça prouve qu'il a quand même pris conscience,
00:11:37en tous les cas, des conséquences en matière de coût et d'inflation.
00:11:41Bon, je pense que 4% est beaucoup trop faible.
00:11:44Je pense qu'il faut s'attendre aujourd'hui entre 5 et 6,5%.
00:11:48– 5 et 6, selon le calcul de l'INSEE.
00:11:51– Selon les…
00:11:52– C'est déjà un calcul un peu bancal.
00:11:54– Oui, parce que l'INSEE est obligé de faire une moyenne
00:11:57et qu'on voit très bien que c'est…
00:11:59– On ne prend pas le loyer à sa juste valeur.
00:12:02– Il y a de ça, mais il y a surtout le fait que, par exemple,
00:12:07un SMICAR ne consomme pas la même chose
00:12:09que quelqu'un qui gagne deux fois, voire trois fois le SMIC.
00:12:14Bon, mais ça, c'est une limite, je dirais, intrinsèque
00:12:18de tous les indices de prix.
00:12:20Il ne faudrait pas faire un indice de prix,
00:12:22il faudrait en faire un par catégorie sociale.
00:12:25Passons là-dessus.
00:12:26Non, ce qui m'inquiète beaucoup plus,
00:12:28c'est qu'en France, mais aussi dans d'autres pays,
00:12:33comme, par exemple, l'Allemagne,
00:12:35on s'aveugle sur les conséquences industrielles et agricoles
00:12:40de cette crise.
00:12:41Autrement dit, on ne regarde que la question des prix des carburants.
00:12:43Oui, c'est une question importante, si vous voulez,
00:12:45je ne suis pas en train de dire que non, c'est secondaire.
00:12:47C'est d'ailleurs l'un des facteurs qui touche le plus,
00:12:51pour l'instant, la consommation des Français.
00:12:54Bon, mais on a les conséquences industrielles et agricoles
00:12:58dont je vous ai parlé, et les premiers qui ont réagi,
00:13:01ce sont les industriels allemands.
00:13:04Pourquoi ? Parce qu'eux sont d'énormes consommateurs
00:13:07industriels de pétrole et de gaz,
00:13:11et qu'ils voient le pétrole et le gaz monter en prix
00:13:16de manière de plus en plus importante,
00:13:19et qu'ils disent, le jour où le pétrole sera entre 130 et 180 dollars,
00:13:27par le baril, nous ne pourrons plus faire tourner
00:13:30une partie de l'industrie allemande.
00:13:32Donc eux, alors, même chose, ils ont du mal à convaincre
00:13:36le chancelier allemand, qui lui aussi dit,
00:13:38non, non, attendez, ça va s'arranger.
00:13:41Globalement, je pense que là-dessus,
00:13:44on a un véritable problème, mais c'est un problème
00:13:46de culture politique.
00:13:48Nos dirigeants...
00:13:49Voir d'arrogance.
00:13:51Voir d'arrogance, mais c'est un problème de culture politique.
00:13:53Oui, mais on va toujours trouver une solution.
00:13:56Il y a toujours, il y a des solutions à tous les problèmes.
00:14:00Peut-être quand il s'agit de problèmes
00:14:02qui relèvent d'une action politique de court terme.
00:14:06Si, effectivement, c'était, par exemple,
00:14:08une crise de liquidité bancaire,
00:14:10oui, on pourrait, alors, bien sûr,
00:14:12en endettant encore plus la France,
00:14:14mais on pourrait trouver une solution.
00:14:16Mais aujourd'hui, on est face à des problèmes,
00:14:17je dirais, qui sont quasiment géologiques.
00:14:20Donc, on est face à des problèmes qui sont aussi logistiques.
00:14:26Par exemple, on a 250 pétroliers, super pétroliers,
00:14:32enfin, des pétroliers de plus de 300 000 tonneaux
00:14:35qui sont bloqués dans le détroit d'Hormuz.
00:14:39Même si le détroit d'Hormuz, je vous l'ai dit,
00:14:42réouvrez demain.
00:14:44Il faudrait environ deux semaines
00:14:47pour les remettre en état de marche
00:14:49parce qu'ils ont été mis à l'arrêt
00:14:51avec un équipage réduit, etc.
00:14:54Donc, il faut les remettre en état de marche,
00:14:57deux semaines.
00:14:58Puis après, il faut qu'ils arrivent en Europe.
00:15:01Comptez trois semaines, à peu près.
00:15:03Peut-être un peu plus.
00:15:05Donc, ça veut dire cinq semaines.
00:15:07Donc, on ne retrouverait une partie de la production,
00:15:10et une petite partie,
00:15:11parce que la grosse partie de la production qui manque,
00:15:15elle manque parce que les installations sont détruites
00:15:17ou qu'elles sont sédimentées
00:15:19pour les puits qui ont été arrêtés.
00:15:22Donc, ça, de toutes les manières,
00:15:23il faudra beaucoup de temps pour remettre ça en état.
00:15:26Mais même la production qui est directement disponible,
00:15:30cinq semaines pour qu'elles reviennent en Europe,
00:15:33au mieux, si la guerre s'arrêtait demain.
00:15:37Donc, on voit bien qu'on est face à des contraintes
00:15:40qui sont des contraintes qui ne relèvent plus
00:15:43de l'action politique,
00:15:46qui aurait peut-être relevé de l'action politique
00:15:48si on était à la deuxième semaine de guerre,
00:15:51mais qui, aujourd'hui,
00:15:52parce qu'on est dans une guerre qui dure depuis plus de dix semaines,
00:15:56ne relèvent plus de cette logique.
00:15:58– Je vous entendais dire très récemment, Jacques Sapir,
00:16:01que l'essentiel de ce choc économique
00:16:04va arriver pendant la campagne présidentielle.
00:16:07Donc, dans quel climat la campagne va-t-elle se dérouler ?
00:16:10Est-ce que les candidats vont enfin voir
00:16:14l'importance du choc à ce moment-là ?
00:16:16– Je l'espère, je l'espère, évidemment.
00:16:19Alors, dans quelles conditions va-t-elle se dérouler ?
00:16:21Avec une très forte inflation,
00:16:24peut-être 5, peut-être 6 %, bon.
00:16:28Avec un arrêt d'une partie de l'industrie
00:16:32et probablement un chômage autour de 9, voire de 10 %.
00:16:36– On est à 8 ans.
00:16:37– Oui, il est à 8 ans.
00:16:37– Il est à 8 ans.
00:16:38Il devrait monter au moins d'un point
00:16:40et probablement de deux points.
00:16:45Avec un pouvoir d'achat des ménages
00:16:47largement amputé par ce choc, cette fois-ci, de prix.
00:16:53Alors, effectivement, pour certains ménages,
00:16:55ça va être une réduction de leur pouvoir d'achat de 5-6 %.
00:16:59Mais pour d'autres ménages, par exemple,
00:17:01prenons le cas d'un ouvrier,
00:17:03ou disons, quelqu'un qui est grosso modo à SMIC plus 20 %,
00:17:08et qui n'habite pas à Paris,
00:17:10ou qui n'habite pas dans une grande ville,
00:17:11donc qui ne peut pas utiliser le système de transport
00:17:14que nous avons dans les grandes métropoles,
00:17:16qui est donc dépendant de sa voiture.
00:17:20Là, il va prendre, évidemment, de plein fouet le choc de prix.
00:17:26Et donc, là, pour le coup,
00:17:28le pouvoir d'achat pourrait baisser de 10 %.
00:17:31Ça pose, évidemment, de très gros problèmes.
00:17:34Il y aura beaucoup de colère.
00:17:36Et il y aura d'autant plus de colère
00:17:39que les Français auront le sentiment
00:17:42qui est justifié
00:17:43qu'on ne leur a pas dit la vérité en temps utile.
00:17:47Et c'est pour ça que je dis,
00:17:47il faut dire la vérité maintenant.
00:17:49Revenons à l'avenir proche avec vous, Jacques Sapir.
00:17:52Vous expliquez, donc, en début de cette émission,
00:17:55que les pénuries d'hydrocarbures vont commencer en France
00:17:57à partir du début du mois de juin.
00:18:00À quoi doivent s'attendre les Français,
00:18:02les particuliers,
00:18:03pour leur pouvoir d'archer, justement ?
00:18:06Alors, la pénurie va d'abord se manifester
00:18:09sur le carburant diesel.
00:18:11C'est pour l'instant le carburant diesel
00:18:15où on voit les réserves
00:18:18se réduire de la manière la plus rapide.
00:18:21Et après, le kérosène d'aviation.
00:18:25Bon, qu'est-ce que ça veut dire ?
00:18:26Ça veut dire qu'il n'y aura plus
00:18:29de carburant diesel pour tout le monde.
00:18:32Et que quand il n'y en a plus pour tout le monde,
00:18:34il faut faire des priorités.
00:18:36Et la priorité, à mon avis, c'est 1, l'agriculture,
00:18:402, les pêcheurs,
00:18:423, la logistique, les transporteurs.
00:18:46Si le gouvernement subventionne
00:18:50le prix du carburant diesel
00:18:51pour ces trois catégories,
00:18:53il ne pourra pas le faire pour tout le monde.
00:18:55Donc, là, il y a déjà un problème.
00:18:57Après, il y a la question du transport aérien.
00:18:59Alors, on dit, oui, bon,
00:19:0120% de transport aérien en moins.
00:19:04C'est une hypothèse basse.
00:19:06On pourrait être plutôt,
00:19:09mais c'est vers la fin de l'été,
00:19:12vers 30%, 35%.
00:19:14Bon.
00:19:15Mais ce n'est pas le problème
00:19:17du transport aérien en tant que tel.
00:19:19C'est le problème du tourisme.
00:19:20Or, la France est une économie touristique.
00:19:23Comme l'Espagne.
00:19:25Comme l'Italie.
00:19:26Évidemment, beaucoup moins pour l'Allemagne.
00:19:29Qu'est-ce que ça veut dire ?
00:19:31Ça veut dire que sur les quasiment
00:19:33100 millions de touristes
00:19:34que nous avons, normalement,
00:19:37il devrait en manquer 15 à 20 millions.
00:19:40Et qui plus est,
00:19:41il devrait manquer des touristes
00:19:43à haut pouvoir d'achat,
00:19:44qui viennent d'Asie,
00:19:45parce que c'est l'Asie
00:19:46qui est le plus touchée
00:19:47par cette question des coupures de kérosène,
00:19:51ou du Moyen-Orient.
00:19:53Donc, ça veut dire qu'on doit s'attendre
00:19:56à un choc d'activité dans le tourisme,
00:19:59assez important.
00:20:00Alors, oui, bien sûr,
00:20:01il y a des Français
00:20:02qui ne pourront pas partir à l'étranger,
00:20:03qui vont se rabattre sur la France.
00:20:06Sauf que c'est, en général,
00:20:08des Français à pouvoir d'achat
00:20:11relativement faible.
00:20:12Et excusez-moi,
00:20:14pour l'économie française,
00:20:16remplacer un touriste saoudien
00:20:18ou émirati,
00:20:19ou qatarie,
00:20:20bon,
00:20:21à haut pouvoir d'achat,
00:20:22par un touriste français
00:20:24qui, lui,
00:20:25compte ses sous,
00:20:27compte ses euros,
00:20:27et évite trop de dépenses,
00:20:29ce n'est pas la même chose.
00:20:31Et comme le tourisme
00:20:32est une activité importante
00:20:33dans l'économie française,
00:20:35il faut s'attendre
00:20:36à un choc de ce point de vue-là.
00:20:37On le disait à l'instant,
00:20:38Jacques Sapir,
00:20:39le chômage est à 8,1%.
00:20:41Ça, c'est la catégorie A.
00:20:43On est, en réalité,
00:20:44à 16,9%
00:20:45pour toutes les catégories confondues.
00:20:47Comment les défaillances
00:20:49d'entreprises
00:20:49vont-elles évoluer ?
00:20:51On a 70 000 défaillances
00:20:53d'entreprises l'an dernier,
00:20:5466 000 l'année d'avant.
00:20:56Oui, tout à fait.
00:20:58Et on voit d'ailleurs
00:20:59qu'avant la crise,
00:21:00avant cette crise,
00:21:03la tendance
00:21:04des défaillances d'entreprises
00:21:05ne cessait de monter.
00:21:08Par ailleurs,
00:21:09on sait que le premier trimestre
00:21:10n'a pas été bon.
00:21:12L'INSEE l'a dit,
00:21:14on est à 0% de croissance.
00:21:16Qu'est-ce qui va se passer ?
00:21:17Alors, je vous reprends sur un point,
00:21:19c'est le nombre de chômeurs.
00:21:21En réalité,
00:21:22ce n'est pas la totalité
00:21:23des catégories qu'il faut regarder
00:21:24parce qu'il y a des catégories
00:21:25où c'est assez normal
00:21:28que l'on parque des gens
00:21:30mais qui, en réalité, travaillent.
00:21:31Non, il y a trois catégories
00:21:32qui sont réellement importantes.
00:21:34A, B, D.
00:21:36B, ce sont les gens
00:21:37qui travaillent
00:21:37moins de 25 heures par semaine.
00:21:40Bon.
00:21:41D, ce sont les gens
00:21:42qui travaillent 0 heure par semaine
00:21:45mais qui ne sont pas mis
00:21:46dans la catégorie A.
00:21:47parce que, soit ils sont malades,
00:21:49donc, ils ne sont pas payés
00:21:51par les assurances chômage
00:21:53mais ils sont payés
00:21:54par l'assurance maladie.
00:21:55Oui, ça fait une...
00:21:56Enfin, comptablement,
00:21:57ça fait une différence.
00:21:58Ou alors, par exemple,
00:22:00les femmes enceintes.
00:22:01Les femmes enceintes
00:22:01ou les femmes qui viennent d'accoucher,
00:22:03qui sont retirées.
00:22:04Alors, ça, ce sont effectivement
00:22:06deux catégories
00:22:07qu'il faut rajouter
00:22:07parce que, malgré tout,
00:22:08ce sont bien des gens sans emploi.
00:22:10Là, on monte,
00:22:12non pas à 16%,
00:22:13mais on monte autour
00:22:14de 12-13%.
00:22:16C'est quand même énorme,
00:22:18surtout comparé
00:22:19au même chiffre
00:22:20que l'on a en Europe.
00:22:22Et là, effectivement,
00:22:23comme je l'ai dit,
00:22:24il faudra s'attendre
00:22:25à une hausse relativement forte
00:22:27se combinant
00:22:29avec des faillites d'entreprises
00:22:31et on peut s'attendre
00:22:33à une grande vague
00:22:34de faillites
00:22:35dans toutes les entreprises
00:22:36qui sont très exposées
00:22:38au coût des carburants.
00:22:40Est-ce que cette crise,
00:22:42ce choc pétrolier,
00:22:43Jacques Sapir,
00:22:44va avoir une conséquence
00:22:46sur la dette
00:22:47de l'État français ?
00:22:49Alors, oui,
00:22:50mais ça pourrait être
00:22:52une conséquence positive.
00:22:53Ça peut paraître
00:22:54contre-intuitif,
00:22:55mais voilà le raisonnement.
00:22:57Si on a une inflation
00:23:00qui monte à 5%,
00:23:02ça veut dire que,
00:23:05globalement,
00:23:06les recettes de l'État
00:23:07doivent monter de 5%.
00:23:09Alors, bien sûr,
00:23:11comme l'activité sera plus faible,
00:23:13ça sera moins.
00:23:14Mais il faut trouver
00:23:16un équilibre
00:23:17entre la perte de recettes
00:23:19par manque d'activité
00:23:20et le gain de recettes
00:23:22par hausse des prix.
00:23:25Et donc, globalement,
00:23:26je pense qu'en réalité,
00:23:27on aura toujours,
00:23:30nominalement,
00:23:30une hausse des recettes
00:23:34et donc qu'on va avoir
00:23:36une baisse du rapport
00:23:39dette sur PIB.
00:23:41Ce qui était déjà arrivé
00:23:43en 2021 et en 2022.
00:23:46Mais c'est purement
00:23:48un phénomène technique
00:23:49lié au fait
00:23:50que les prix augmentent
00:23:51beaucoup plus vite
00:23:52que n'augmente
00:23:53le montant de dette.
00:23:54Et quand les prix
00:23:56redescendront,
00:23:56à ce moment-là,
00:23:57la dette va rattraper.
00:23:58Donc, c'est pas sur la question
00:24:00de la dette
00:24:00ou du déficit budgétaire
00:24:02que je vois le principal problème
00:24:05mais je vois
00:24:06beaucoup plus
00:24:07un problème d'activité,
00:24:09donc un problème
00:24:10d'économie réelle
00:24:11beaucoup plus
00:24:11que d'économie financière.
00:24:12Justement,
00:24:13sur le pratico-pratique,
00:24:14est-ce qu'on peut imaginer
00:24:15l'État mettre en place
00:24:17un système de rationnement
00:24:19sur l'essence,
00:24:20sur les carburants ?
00:24:22Oui, on peut tout à fait
00:24:23l'imaginer
00:24:24et je dis même
00:24:25qu'il faudrait y penser
00:24:27dès maintenant
00:24:28parce que,
00:24:29comme je l'ai dit,
00:24:30quand on a moins
00:24:32d'une certaine matière,
00:24:33le pétrole,
00:24:34les dérivés du pétrole,
00:24:37essence, diesel,
00:24:39fuel, etc.,
00:24:41quand on en a moins
00:24:43et qu'on ne peut pas
00:24:44servir tout le monde,
00:24:46alors soit on laisse
00:24:47les prix exploser,
00:24:49soit on considère
00:24:51qu'il y a des usages sociaux
00:24:52qui sont plus importants
00:24:54que d'autres
00:24:54et donc on dit
00:24:55qu'on va réserver
00:24:57une partie
00:24:58de la production
00:25:01ou des stocks
00:25:02pour certaines activités.
00:25:04J'ai dit,
00:25:05par exemple,
00:25:05les marins-pêcheurs,
00:25:08les paysans,
00:25:09les transporteurs
00:25:10parce que
00:25:11le prix du carburant,
00:25:14ça joue énormément
00:25:15dans les coûts
00:25:16des transporteurs
00:25:17et on ne peut pas
00:25:18se permettre
00:25:19d'avoir la chaîne logistique
00:25:20de la France
00:25:21qui s'écroule.
00:25:23Donc ça,
00:25:23ce sont de véritables priorités.
00:25:25Après,
00:25:26il faudra voir
00:25:27quels sont
00:25:28les grands rouleurs
00:25:29contraints
00:25:30parce qu'il y a des gens
00:25:31qui ne peuvent pas
00:25:32faire autrement
00:25:33que de beaucoup rouler.
00:25:34prenez par exemple
00:25:36les infirmières libérales
00:25:37ou les infirmiers libéraux
00:25:39en zone rurale.
00:25:41On sait que c'est des gens
00:25:42qui peuvent faire
00:25:4460 à 80 kilomètres
00:25:46par jour.
00:25:47Ben oui,
00:25:48il faudra aussi les aider.
00:25:49Ils devront être aussi inclus
00:25:50dans la liste
00:25:52des gens en priorité.
00:25:53Et donc,
00:25:53effectivement,
00:25:54ben oui,
00:25:56les ménages
00:25:57qui ne sont pas,
00:25:58je dirais,
00:25:59en position
00:26:00de contrainte
00:26:01forte
00:26:03sur la question
00:26:04des déplacements,
00:26:05ben oui,
00:26:06ils devront
00:26:07payer
00:26:08le prix fort
00:26:09ou alors
00:26:10ils devront accepter
00:26:11de n'avoir
00:26:12qu'une partie
00:26:13du carburant
00:26:13qu'ils voudraient
00:26:14pouvoir acheter.
00:26:15Mais ça,
00:26:16si vous voulez,
00:26:16c'est la logique
00:26:17de pénurie.
00:26:17Et il va nous falloir
00:26:18réapprendre
00:26:19ce qu'est une logique
00:26:20de pénurie
00:26:21parce que c'est quelque chose
00:26:22que nous n'avons plus
00:26:23connu depuis le début
00:26:25des années 50,
00:26:26des années 1950.
00:26:28nous avons toujours
00:26:30vécu dans un monde
00:26:30d'abondance.
00:26:31Alors,
00:26:32d'abondance plus ou moins,
00:26:33oui,
00:26:33il y a eu la crise du pétrole
00:26:34qui n'a pas duré
00:26:36très longtemps,
00:26:36d'ailleurs,
00:26:37elle a duré à peu près
00:26:39moins d'un an,
00:26:40en réalité.
00:26:41Il y en a eu
00:26:41une deuxième
00:26:42en 1979
00:26:43dont on ne parle jamais
00:26:44mais qui est aussi importante
00:26:45que celle-là.
00:26:46Mais globalement,
00:26:47c'était des crises
00:26:48de très courte durée.
00:26:50Et ça,
00:26:51ça va imposer
00:26:52un changement de mentalité.
00:26:53Jacques Sapir,
00:26:54concernant
00:26:55le prix des carburants,
00:26:57on entend certains
00:26:58parler de
00:26:58blocage des prix,
00:27:00de réduction des taxes.
00:27:02On sait qu'on paye
00:27:02environ 60% de taxes
00:27:04sur le prix final
00:27:06du carburant.
00:27:08Vous parlez,
00:27:08Jacques Sapir,
00:27:10de nationalisation partielle
00:27:12de l'entreprise totale.
00:27:14Alors,
00:27:15pas exactement ça.
00:27:17J'ai indiqué
00:27:18qu'une nationalisation
00:27:19pourrait être nécessaire
00:27:20pour appliquer
00:27:21certaines mesures.
00:27:22en réalité,
00:27:23le blocage des prix
00:27:24pose un énorme problème.
00:27:26Admettons qu'on bloque
00:27:27les prix
00:27:28des détaillants.
00:27:29Ce ne sont pas
00:27:30les détaillants
00:27:31qui ont les plus
00:27:31fortes marges.
00:27:32Et la marge
00:27:33des détaillants
00:27:33a plutôt baissé
00:27:34depuis le début
00:27:36de la crise.
00:27:36Donc,
00:27:37ça veut dire
00:27:37qu'on tuerait
00:27:38toute une série
00:27:39de stations d'essence.
00:27:41ça aurait des conséquences
00:27:42quand même
00:27:43assez importantes.
00:27:45Donc,
00:27:45c'est pour ça que je dis
00:27:45que ça,
00:27:46ce n'est pas une solution.
00:27:47Alors,
00:27:47après,
00:27:47on dit,
00:27:48oui,
00:27:48mais ce n'est pas
00:27:49le prix à la distribution
00:27:50qu'on veut limiter.
00:27:52Ce sont les prix
00:27:53aux raffineries.
00:27:55Le prix aux raffineries,
00:27:56la raffinerie,
00:27:57elle achète
00:27:58le pétrole
00:27:59aujourd'hui
00:28:00autour de,
00:28:01en réalité,
00:28:03120-130 dollars
00:28:03puisqu'on sait
00:28:04que les prix réels
00:28:05sont assez différents
00:28:06des prix d'indices.
00:28:08Demain,
00:28:08elle va acheter
00:28:09à 150 dollars.
00:28:11on ne peut pas
00:28:12non plus,
00:28:13je dirais,
00:28:14fixer
00:28:16arbitrairement
00:28:16le prix
00:28:18quitte à étrangler
00:28:19les quelques raffineurs
00:28:20qui nous restent.
00:28:21Ce n'est pas la raffinerie
00:28:22qui fait de la marge.
00:28:22Ce n'est pas non plus
00:28:23la raffinerie qui fait de la marge.
00:28:24Alors,
00:28:24qui fait de la marge ?
00:28:25Celui qui fait de la marge,
00:28:26c'est le producteur.
00:28:28Et il faut savoir
00:28:29que, par exemple,
00:28:30une société comme Total,
00:28:31puisque c'est sur Total
00:28:31que c'est concentré
00:28:32la discussion,
00:28:33cette société comme Total,
00:28:35elle est à la fois
00:28:36producteur de pétrole,
00:28:37donc il gère des puits,
00:28:38il possède des puits,
00:28:40ils sortent du pétrole brut,
00:28:43raffineurs
00:28:44et distributeurs.
00:28:45Voilà,
00:28:45alors,
00:28:45un petit peu en France,
00:28:47beaucoup à l'étranger,
00:28:48en réalité,
00:28:49parce qu'en fait,
00:28:50on a poussé
00:28:51les raffineries
00:28:51hors de France
00:28:52et puis ils sont aussi
00:28:53distributeurs.
00:28:55Le seul point
00:28:56sur lequel Total
00:28:56est en train
00:28:57de faire des bénéfices,
00:28:58c'est en tant que producteur.
00:29:01Bon,
00:29:02donc ça voudrait dire
00:29:02qu'il faudrait
00:29:03un impôt
00:29:04sur la production
00:29:05pour prendre
00:29:06une partie
00:29:07de la rente,
00:29:09parce que c'est vrai
00:29:09qu'un producteur,
00:29:12il a des coûts fixes,
00:29:14en réalité,
00:29:15et puis il vend
00:29:16à un prix
00:29:16qui peut fortement varier.
00:29:18Et quand le prix monte
00:29:19beaucoup,
00:29:19évidemment,
00:29:20il y a un effet de rente
00:29:21important.
00:29:21D'accord.
00:29:22Le problème,
00:29:24d'abord,
00:29:25est-ce que
00:29:27ceci est contrôlable
00:29:29depuis la France ?
00:29:30Est-ce qu'il n'y a pas
00:29:31toute une série
00:29:32d'entreprises
00:29:32qui dépendent
00:29:33de droits étrangers ?
00:29:36Et là,
00:29:36ça va être difficile.
00:29:37Et puis globalement,
00:29:38si on veut
00:29:40effectivement
00:29:41faire une taxe
00:29:42qui prenne en compte
00:29:44l'effet de rente
00:29:45qui existe
00:29:45au niveau de la production,
00:29:46moi je suis pour,
00:29:47mais il faut savoir
00:29:49qu'à ce moment-là,
00:29:50Total peut très bien dire
00:29:53je pars de France.
00:29:55Bon.
00:29:56On a quand même
00:29:57quelques petits moyens
00:29:58de contrôle sur Total
00:29:59qui,
00:30:00il faut le dire,
00:30:00à l'époque,
00:30:01a été créé
00:30:01dans les années 20
00:30:03par le gouvernement français.
00:30:05Il faut savoir
00:30:06que c'est
00:30:08le descendant
00:30:09de la fameuse
00:30:09compagnie des pétroles.
00:30:12La CFP,
00:30:13la compagnie française
00:30:14des pétroles.
00:30:14Bon.
00:30:15Donc ça,
00:30:15ça voudrait dire
00:30:17prendre le contrôle
00:30:18au moins temporairement
00:30:20des décisions de Total.
00:30:22Ça n'exige pas
00:30:22de nationaliser
00:30:24complètement Total.
00:30:25Une prise de contrôle,
00:30:26c'est grosso modo
00:30:2750 plus une action.
00:30:29Bon.
00:30:29Alors,
00:30:30on peut penser à ça,
00:30:32mais globalement,
00:30:33il y a un véritable problème.
00:30:36Et c'est un problème
00:30:38de stratégie
00:30:39de Total.
00:30:41Donc,
00:30:41si on est d'accord
00:30:42pour développer
00:30:44une stratégie
00:30:45où,
00:30:46quand les prix du pétrole
00:30:47baissent,
00:30:48on diminue fortement
00:30:49la fiscalité sur Total,
00:30:50de manière quand même
00:30:52à permettre à Total
00:30:52à gagner de l'argent,
00:30:54pas pour payer ses actionnaires,
00:30:55mais pour continuer
00:30:55d'investir
00:30:56dans des raffineries,
00:30:58dans de nouveaux puits,
00:30:59etc.
00:31:00Une entreprise pétrolière,
00:31:01elle a besoin
00:31:02d'investir en permanence.
00:31:04Bon.
00:31:04Soit on admet,
00:31:05OK,
00:31:05on va baisser
00:31:07les impôts
00:31:08quand le prix
00:31:09va retomber,
00:31:10mais quand il monte
00:31:11à,
00:31:12par exemple,
00:31:13peut-être
00:31:13six fois,
00:31:15sept fois
00:31:16les coûts de production,
00:31:18il y a une partie
00:31:19qui est de la rente pure
00:31:19et donc toute cette partie,
00:31:21l'État l'apprend,
00:31:23oui,
00:31:24ça c'est une réforme
00:31:25qui est envisageable.
00:31:27Après,
00:31:28il faut dire une chose,
00:31:30Total,
00:31:31ce n'est jamais
00:31:31qu'une société.
00:31:34Autant,
00:31:35ce type de réforme fiscale
00:31:36est très importante
00:31:37pour un pays
00:31:38qui est dépendant
00:31:39des exportations
00:31:40d'hydrocarbures,
00:31:41gaz ou pétrole,
00:31:43comme la Russie,
00:31:44et c'est un système
00:31:45que la Russie
00:31:45a mis en place,
00:31:47autant,
00:31:47dans l'absolu,
00:31:48oui,
00:31:49c'est quelque chose
00:31:49qu'il faudrait mettre
00:31:49en place
00:31:50par rapport à Total,
00:31:51il faut bien dire
00:31:52que ça ne peut rapporter
00:31:54en plus à l'État
00:31:55que 4 à 5 milliards d'euros.
00:31:594 à 5 milliards d'euros,
00:32:00je le précise,
00:32:01c'est un sixième
00:32:03de point de PIB.
00:32:04Donc,
00:32:05on est plutôt
00:32:06à la marge.
00:32:08On a vu
00:32:08ce qu'il en était
00:32:09pour les particuliers,
00:32:10pour les entreprises,
00:32:11pour l'État,
00:32:12tout en haut,
00:32:13les banques,
00:32:13comment vont-elles
00:32:14vivre ce choc ?
00:32:16Alors,
00:32:18d'abord,
00:32:19il y a deux problèmes.
00:32:21La banque,
00:32:21normalement,
00:32:22n'est pas impliquée.
00:32:23Mais quand vous regardez
00:32:24un petit peu le détail,
00:32:25vous voyez qu'elle se,
00:32:26aujourd'hui,
00:32:27elle est confrontée
00:32:28à un double problème.
00:32:29Premier problème,
00:32:30le risque
00:32:31d'un choc obligataire
00:32:32majeur.
00:32:33Oui,
00:32:34et c'est le cas
00:32:35chaque fois qu'on a
00:32:36une inflation
00:32:37qui monte de manière
00:32:38très importante.
00:32:39On le voit déjà,
00:32:40le taux à 30 ans
00:32:43du bon du Trésor américain
00:32:44est monté à 5%.
00:32:47Le taux à 10 ans
00:32:49et le taux à 20 ans
00:32:51français ont monté
00:32:52aussi de manière importante.
00:32:55Le 10 ans à 4%,
00:32:56c'était le 18 mai.
00:32:57Voilà,
00:32:58tout à fait.
00:32:59Presque 4%.
00:33:00Voilà,
00:33:00il a un petit peu baissé,
00:33:01il doit se situer
00:33:02autour de 3-8%,
00:33:03mais il est évident
00:33:04que plus l'inflation
00:33:05va monter
00:33:06et plus ce taux
00:33:07va monter.
00:33:09Toute hausse
00:33:10des taux d'intérêt
00:33:12implique une baisse
00:33:13de la valeur
00:33:14des obligations.
00:33:16C'est normal
00:33:16parce qu'une obligation,
00:33:20elle vous rapporte
00:33:21le taux d'intérêt
00:33:23et si votre taux d'intérêt
00:33:26devient négatif,
00:33:27ce qui risque de se passer
00:33:29si on a une hausse
00:33:30importante des taux d'intérêt,
00:33:32eh bien à ce moment-là,
00:33:33vous vous rattrapez
00:33:34sur le principal
00:33:35et vous dites
00:33:36à la personne
00:33:36qui veut vous vendre
00:33:37votre obligation,
00:33:38vous me vendez
00:33:39une obligation de 100
00:33:40avec un taux d'intérêt
00:33:42à 2,5%,
00:33:43moi je vois
00:33:44que les taux d'intérêt
00:33:45sont aujourd'hui
00:33:46à 3-8%
00:33:47ou 4%,
00:33:48donc vous allez me vendre
00:33:50votre obligation
00:33:51non pas à 100%,
00:33:52mais à 95%
00:33:54ou à 96%,
00:33:55histoire de faire remonter
00:33:57le taux par ce biais.
00:33:59Donc ça,
00:33:59ça pose un problème
00:34:00parce que les banques
00:34:02et les sociétés financières,
00:34:03les quasi-banques,
00:34:05les sociétés d'assurance,
00:34:06etc.,
00:34:07détiennent beaucoup
00:34:08d'obligations
00:34:08comme garantie
00:34:10à des emprunts
00:34:10qu'elles ont faits.
00:34:12Et donc ça veut dire
00:34:12que si on a une baisse
00:34:14de la valeur
00:34:14des obligations,
00:34:16il faudra apporter
00:34:17des nouvelles garanties,
00:34:18donc problème
00:34:19sur les liquidités.
00:34:20Et puis on a
00:34:21un deuxième problème,
00:34:23c'est que toute une série
00:34:24d'entreprises,
00:34:25parce qu'elles sont
00:34:26aujourd'hui,
00:34:27je dirais,
00:34:29prises dans cette hausse
00:34:30des prix
00:34:31des matières premières,
00:34:33des carburants,
00:34:34etc.,
00:34:34ne vont plus pouvoir
00:34:35rembourser leurs emprunts.
00:34:38Et donc là,
00:34:38on aura une deuxième pression
00:34:40sur la liquidité bancaire.
00:34:42Donc,
00:34:42ces deux pressions
00:34:45obligeront
00:34:45les gouvernements
00:34:46à faire pression
00:34:47sur la Banque Centrale Européenne
00:34:49pour lui dire
00:34:50il va falloir
00:34:51que vous baissiez
00:34:52vos taux
00:34:53d'une certaine manière.
00:34:55Alors,
00:34:55la Banque Centrale
00:34:55va dire
00:34:55oui,
00:34:56mais c'est contradictoire
00:34:56parce qu'en même temps
00:34:57on a de l'inflation
00:34:59qui monte.
00:35:00On va lui dire
00:35:01oui,
00:35:01mais peut-être,
00:35:02mais c'est un moindre mal
00:35:03parce que si vous voulez
00:35:04qu'on ait en plus
00:35:05de la crise du pétrole
00:35:08une crise de liquidité bancaire,
00:35:11c'est moyen
00:35:12comme perspective.
00:35:13On voit très bien
00:35:14que ça pourrait poser
00:35:14des problèmes
00:35:15extrêmement graves.
00:35:16Donc,
00:35:16je pense que
00:35:16la Banque Centrale Européenne
00:35:18va,
00:35:18d'ici quelques semaines
00:35:20ou quelques mois,
00:35:23commencer à baisser ses taux.
00:35:25Donc,
00:35:25l'État,
00:35:26si je comprends bien,
00:35:27Jacques Sapir,
00:35:28emprunte à 4%
00:35:29pour financer sa dette.
00:35:31À partir de quel taux
00:35:33l'État
00:35:33pourra ne plus
00:35:36assurer
00:35:37le remboursement ?
00:35:38À partir de quel taux
00:35:40l'opération
00:35:41devient impossible ?
00:35:42Aujourd'hui,
00:35:43oui,
00:35:43l'État emprunte à 4%,
00:35:45enfin,
00:35:453,8,
00:35:46etc.
00:35:47Mais comme l'inflation
00:35:48est déjà,
00:35:49semble-t-il,
00:35:50à 2,5%,
00:35:51il n'emprunte
00:35:52en taux réel
00:35:53qu'à un 3%.
00:35:54Ce n'est pas énorme.
00:35:56Et il pourrait emprunter
00:35:58à taux négatif
00:35:59si on avait
00:36:01une forte hausse
00:36:01de l'inflation.
00:36:02Ce qui était passé
00:36:03pendant le Covid.
00:36:03Exactement.
00:36:04Donc,
00:36:04c'est pour ça que je dis
00:36:05le problème
00:36:06n'est pas
00:36:07en tant que tel
00:36:08la question
00:36:09de la dette
00:36:10ou du déficit budgétaire.
00:36:12S'il y a un problème
00:36:14en termes de finances,
00:36:15c'est plutôt
00:36:16en termes de finances bancaires
00:36:17parce que,
00:36:18oui,
00:36:18les banques,
00:36:19elles,
00:36:20vont être prises
00:36:20dans une espèce
00:36:21de tenaille
00:36:22entre la nécessité
00:36:23de reconstituer
00:36:25une partie
00:36:25de leurs réserves
00:36:26obligataires
00:36:27qui ont été dévalorisées
00:36:29et le problème
00:36:30de toute une série
00:36:31de prêts
00:36:32qui seront dits
00:36:33non performants.
00:36:35Ça,
00:36:35ça a immédiatement
00:36:37des conséquences
00:36:39sur,
00:36:39évidemment,
00:36:40le bilan des banques.
00:36:41On parle souvent
00:36:43sur TV Liberté,
00:36:45en particulier
00:36:46sur Politique Éco,
00:36:47du risque
00:36:48d'un krach obligataire.
00:36:49Ce krach obligataire
00:36:50pourrait,
00:36:51selon certains,
00:36:52se produire
00:36:53avec un taux
00:36:53à partir de 8%.
00:36:55Est-ce qu'on peut
00:36:57voir la situation
00:36:59dégénérer jusque-là ?
00:37:01Oui,
00:37:02on peut en théorie
00:37:03le voir.
00:37:04Et je dis effectivement
00:37:058%,
00:37:05ça me semble
00:37:07assez raisonnable
00:37:07comme prédiction.
00:37:09Mais,
00:37:10ça impliquerait
00:37:11qu'on ait
00:37:12des dirigeants
00:37:14de la Banque Centrale Européenne
00:37:16absolument
00:37:19insensé.
00:37:20Excusez-moi,
00:37:21on peut penser
00:37:21ce qu'on veut
00:37:22de Mme Christine Lagarde.
00:37:23C'est une personne
00:37:25qui s'est très bien raisonnée.
00:37:27Et quand elle verra
00:37:28se constituer,
00:37:29justement,
00:37:30ce problème
00:37:31obligataire,
00:37:32cette espèce
00:37:33de mâchoire
00:37:34sur la finance
00:37:36des banques,
00:37:36elle prendra
00:37:37la décision
00:37:38avec ses collègues,
00:37:39parce qu'elle ne décide
00:37:41évidemment pas seule
00:37:44du taux
00:37:44de la Banque Centrale Européenne,
00:37:46elle décidera
00:37:47de maintenir,
00:37:48voire de baisser
00:37:50la Banque Centrale Européenne.
00:37:51Qu'est-ce que ça veut dire ?
00:37:52Ça veut dire
00:37:52que la Banque Centrale Européenne
00:37:53va refinancer
00:37:55le système bancaire
00:37:57européen
00:37:57qui sera sous forte pression.
00:37:59Donc,
00:37:59je ne vois pas
00:38:01de crise dramatique
00:38:03de ce point de vue-là.
00:38:04Ce que je vois,
00:38:05par contre,
00:38:06c'est évidemment
00:38:07une montée continue
00:38:09de l'endettement.
00:38:10Ça,
00:38:11oui.
00:38:11Mais ça,
00:38:12c'est inévitable
00:38:14quand on est face
00:38:14à un choc
00:38:15de crise réelle
00:38:16aussi important
00:38:17que celui
00:38:18qu'on est en train
00:38:18de subir.
00:38:19On a une Europe
00:38:20donc sous pression
00:38:21qui va l'être
00:38:22de plus en plus
00:38:23dans les semaines
00:38:24et les mois à venir.
00:38:25Vous êtes un spécialiste
00:38:27de l'économie russe,
00:38:28Jacques Sapir.
00:38:29Quatre jours après
00:38:30le départ
00:38:31de Donald Trump,
00:38:32le président chinois
00:38:33a accueilli
00:38:33Vladimir Poutine
00:38:35pour une rencontre.
00:38:38Pourquoi cet agenda ?
00:38:39Qu'est-ce qui est ressorti
00:38:40de leur discussion ?
00:38:42Quel est le projet ?
00:38:44Oui.
00:38:44En fait,
00:38:45ils ont discuté
00:38:46de trois choses
00:38:46qui sont très importantes.
00:38:48Premièrement,
00:38:48ils ont finalisé
00:38:49un accord
00:38:50sur la question
00:38:51du gaz
00:38:52et ce qu'a dit
00:38:54M. Alexandre Novak,
00:38:56qui est le ministre
00:38:57du pétrole,
00:38:58des hydrocarbures
00:38:59et de l'énergie,
00:39:00c'est que la Russie
00:39:02s'engage
00:39:03à livrer
00:39:04d'énormes quantités
00:39:05de gaz
00:39:06contre le fait
00:39:07que la Chine
00:39:09s'engage
00:39:10à prendre
00:39:11en partie
00:39:12et même
00:39:12assez largement
00:39:13probablement
00:39:13à 75 ou 80%
00:39:15à prendre en charge
00:39:16la construction
00:39:18de Power of Siberia,
00:39:19de puissance de Sibérie
00:39:20numéro 2,
00:39:22mais aussi
00:39:22d'un autre gazoduc
00:39:24dont on parle très peu
00:39:25qui est un gazoduc
00:39:26qui irait
00:39:26des îles Saccalines
00:39:27vers la Chine
00:39:30pour utiliser
00:39:31le gaz
00:39:31qui est produit
00:39:32dans les îles Saccalines.
00:39:35Globalement,
00:39:37dans les milieux russes,
00:39:38on parle
00:39:39d'un contrat
00:39:39qui porterait
00:39:40sur une livraison
00:39:42totale
00:39:42de 160 millions
00:39:44de mètres cubes
00:39:45par an.
00:39:46Le problème ?
00:39:48Alors,
00:39:49bon,
00:39:49la Russie
00:39:50peut parfaitement
00:39:52les fournir
00:39:53comme elle peut
00:39:54parfaitement continuer
00:39:54à fournir
00:39:55d'autres pays d'Asie,
00:39:57mais plus l'Europe.
00:39:58Et là,
00:39:59on va avoir un problème
00:40:00parce que
00:40:00quoi qu'on dise
00:40:02en réalité,
00:40:03nous sommes toujours
00:40:04dépendants
00:40:05du gaz russe.
00:40:07Alors,
00:40:07c'est plus,
00:40:07disons,
00:40:09que marginalement
00:40:10du gaz de gazoduc,
00:40:12c'est essentiellement
00:40:13du GNL,
00:40:14mais le GNL,
00:40:14c'est du gaz naturel.
00:40:17Eh bien,
00:40:18les Russes
00:40:18ne pourront plus
00:40:18nous en vendre.
00:40:20Et ils nous diront,
00:40:21ah oui,
00:40:21vous voulez rouvrir
00:40:22des négociations,
00:40:24nous en sommes ravis,
00:40:25mais là,
00:40:26on n'a plus rien.
00:40:27Regardez les étagères,
00:40:28elles sont vides.
00:40:28Parce que
00:40:29tout est parti
00:40:31vers la Chine
00:40:31ou vers l'Asie,
00:40:33globalement.
00:40:34Et donc,
00:40:34c'est pour ça que ça,
00:40:35c'est un point important.
00:40:37Deuxième point
00:40:38qui a été discuté
00:40:39lors de la rencontre
00:40:40entre Vladimir Poutine
00:40:41et Xi,
00:40:43d'ailleurs,
00:40:44je le signale,
00:40:45c'était une rencontre
00:40:47à beaucoup plus
00:40:48haut niveau
00:40:48que cela.
00:40:49parce qu'il y avait
00:40:5130 dirigeants
00:40:52ministres
00:40:53ou dirigeants
00:40:54de grandes sociétés
00:40:55russes
00:40:55qui étaient venus
00:40:56avec Poutine
00:40:57et on avait la même chose
00:40:58du côté chinois.
00:40:59Donc,
00:41:00il y a eu
00:41:00toute une série
00:41:01de discussions.
00:41:02L'autre chose importante,
00:41:04ce sont
00:41:05les alternatives
00:41:08au détroit d'Ormuz
00:41:09ou au détroit
00:41:10de Babel-Manded
00:41:11pour le transport
00:41:13des marchandises chinoises.
00:41:15Ça tombe très bien.
00:41:16La Russie a développé
00:41:18les voies
00:41:19de transport terrestre.
00:41:20Alors,
00:41:20évidemment,
00:41:21il y a le problème
00:41:22de la modernisation
00:41:22du transsibérien.
00:41:24Oui.
00:41:25Il y a aussi
00:41:26la création
00:41:26du corridor
00:41:27nord-sud
00:41:28qui est un corridor...
00:41:30Alors,
00:41:30pour préciser
00:41:31pour les téléspectateurs,
00:41:33c'est un corridor
00:41:35qui suit
00:41:36la Volga,
00:41:37qui aboutit
00:41:38à la Caspienne,
00:41:39qui soit utilise
00:41:41une voie
00:41:42de chemin de fer
00:41:42qui contourne
00:41:44la Caspienne
00:41:44par le Kazakhstan,
00:41:45etc.,
00:41:46et par l'Iran,
00:41:47soit par bateau
00:41:48va directement en Iran
00:41:50où là,
00:41:51elle se reconnecte
00:41:52avec une voie
00:41:53de chemin de fer
00:41:53qui va de l'Iran
00:41:54vers la Chine.
00:41:55Bon.
00:41:56Donc ça,
00:41:56c'est une très grosse discussion
00:41:58parce qu'aujourd'hui,
00:41:59beaucoup de gens
00:42:00sont intéressés.
00:42:00Alors,
00:42:01les Iraniens,
00:42:02évidemment,
00:42:02on ne va pas se le cacher
00:42:04puisque ça leur permet
00:42:05de sortir une partie
00:42:06de leur pétrole,
00:42:08mais aussi les Indiens
00:42:10qui sont demandeurs
00:42:13du développement
00:42:14de ce corridor.
00:42:15Donc,
00:42:16on est en train
00:42:17de discuter de cela.
00:42:18Il y a eu
00:42:19des discussions importantes
00:42:21sur l'utilisation
00:42:22par la Chine
00:42:22de la route arctique,
00:42:25autrement dit,
00:42:26le passage par navire
00:42:29devant les côtes arctiques
00:42:31de la Russie.
00:42:32Ça tombe bien,
00:42:33la Russie
00:42:34a la plus grande flotte
00:42:34au monde
00:42:35de brise-glace
00:42:36et la Chine
00:42:37a la plus grande flotte
00:42:38au monde
00:42:39de navires
00:42:40qui sont capables
00:42:40de naviguer
00:42:42dans l'Arctique,
00:42:43qu'on appelle
00:42:44les navires classe 7.
00:42:45Pour l'instant,
00:42:46c'est la Chine
00:42:47qui en a le plus.
00:42:49Bon,
00:42:49donc,
00:42:49très bien,
00:42:50ils vont s'entendre
00:42:51là-dessus.
00:42:52Et globalement,
00:42:53ce que l'on voit,
00:42:54c'est évidemment
00:42:56un espèce
00:42:57de renforcement
00:42:58de l'importance
00:42:59des routes terrestres
00:43:00par rapport
00:43:01aux routes maritimes.
00:43:02Parce que ces routes terrestres,
00:43:05russes,
00:43:06chinois,
00:43:08iraniens,
00:43:08voire indiens,
00:43:10les contrôlent
00:43:11bien mieux
00:43:12que les routes maritimes.
00:43:14Troisième point,
00:43:15ils ont aussi discuté
00:43:17de comment
00:43:18réintégrer
00:43:19dans le jeu international
00:43:21deux pays
00:43:21qui sont des pays maudits
00:43:22pour l'instant,
00:43:24sans jeu de mots,
00:43:26la Corée du Nord.
00:43:28Et il faut voir
00:43:29comment se développe
00:43:30la Corée du Nord
00:43:30depuis quelques années.
00:43:31Il y a un développement
00:43:32accéléré
00:43:33à la chinoise.
00:43:35La chinoise,
00:43:35il y a 20 ans
00:43:36ou 30 ans.
00:43:37– C'est quoi,
00:43:37par exemple,
00:43:37la croissance nord-coréenne
00:43:39aujourd'hui ?
00:43:39– Alors,
00:43:40c'est très difficile
00:43:40d'avoir...
00:43:41– Et ont-ils des chiffres ?
00:43:42– Voilà,
00:43:42ils ne publient pas.
00:43:43Si vous voulez,
00:43:44ils ne publient pas
00:43:45des chiffres.
00:43:46Par ailleurs,
00:43:46ils restent
00:43:47dans un système statistique
00:43:49qui est un système statistique
00:43:51d'origine soviétique,
00:43:53bon,
00:43:54qui pose toute une série
00:43:54de problèmes,
00:43:55d'accord.
00:43:56Des collègues chinois
00:43:58disent,
00:43:58ils sont entre 8 et 10%
00:44:01par an.
00:44:02– Ah oui.
00:44:03– Oui.
00:44:03Et d'ailleurs,
00:44:05on voit désormais
00:44:07des villes nord-coréennes
00:44:09qui commencent
00:44:10à ressembler
00:44:10à des villes chinoises
00:44:11avec des immenses
00:44:13buildings
00:44:15en verre,
00:44:16bon,
00:44:16etc.,
00:44:17des embouteillages.
00:44:19Alors,
00:44:19moi...
00:44:20– Mais avant,
00:44:20il y avait des grandes avenues
00:44:21vides.
00:44:21– Vides,
00:44:22tout à fait,
00:44:22oui.
00:44:22Typiquement soviétiques,
00:44:24ça,
00:44:24c'est quelque chose
00:44:25que j'ai vu
00:44:26en 69
00:44:27à Moscou,
00:44:28bon,
00:44:29où il y avait
00:44:29de temps en temps
00:44:30une voiture,
00:44:31deux,
00:44:31trois camions,
00:44:32mais vous pouviez
00:44:33les traverser
00:44:34hors des clous,
00:44:36hors des passages
00:44:37protégés,
00:44:38sans problème.
00:44:38Bon,
00:44:39là,
00:44:39maintenant,
00:44:39on voit,
00:44:40évidemment,
00:44:42une forte activité
00:44:43de voitures,
00:44:45bon,
00:44:45etc.,
00:44:45et on a le sentiment
00:44:46quand même
00:44:47que la Corée du Nord,
00:44:49enfin,
00:44:50commence à se développer
00:44:51rapidement.
00:44:52Donc,
00:44:52ça,
00:44:52c'est un premier point.
00:44:53Puis,
00:44:53un deuxième pays
00:44:54qui est très important,
00:44:57c'est l'Afghanistan
00:44:58des talibans.
00:44:59Pourquoi est-ce
00:45:00que c'est important ?
00:45:01Parce que,
00:45:01pour les Russes,
00:45:03ils pourraient,
00:45:03avec,
00:45:05en utilisant
00:45:06une partie du territoire
00:45:07de l'Ouzbékistan
00:45:07et du Tadjikistan,
00:45:09faire descendre
00:45:10des oléoducs
00:45:12ou des gazoducs
00:45:13qui pourraient aller,
00:45:16donc,
00:45:16de l'Afghanistan
00:45:17vers le Pakistan
00:45:19et vers l'Inde.
00:45:21Et donc,
00:45:22c'est pour ça aussi
00:45:23que Russes et Chinois
00:45:24sont en train,
00:45:26je dirais,
00:45:27de discuter
00:45:28sur comment vont-ils
00:45:31réintégrer
00:45:33l'Afghanistan
00:45:34des talibans
00:45:34dans le jeu international.
00:45:36Alors,
00:45:37deux points importants
00:45:38sur la Corée.
00:45:39La Corée du Nord
00:45:40vient de retirer
00:45:41de sa constitution
00:45:42l'article
00:45:43qui fait référence
00:45:44à une réunification
00:45:46avec la Corée du Sud.
00:45:48C'est un signe.
00:45:49Avec la Corée du Nord,
00:45:51ok,
00:45:54on est prêt
00:45:55maintenant
00:45:55à s'intégrer
00:45:56dans le jeu international.
00:45:58Pour les talibans,
00:45:59ça sera évidemment
00:46:00beaucoup plus compliqué,
00:46:02ne serait-ce que
00:46:03parce que les talibans,
00:46:03c'est un groupe
00:46:05de dirigeants
00:46:05et c'est pas
00:46:07un pouvoir
00:46:07réellement
00:46:09structuré,
00:46:10mais
00:46:11c'est visiblement
00:46:12un des grands objectifs
00:46:14stratégiques
00:46:14de la Russie
00:46:16et de la Chine.
00:46:17Terminons,
00:46:17Jacques Sapir,
00:46:18avec vos travaux
00:46:19sur l'économie russe
00:46:21elle-même.
00:46:22Vous indiquez
00:46:24que pour le premier trimestre,
00:46:26la Russie
00:46:26est en récession.
00:46:27Oui.
00:46:28Moins 0,2%
00:46:31janvier,
00:46:33février,
00:46:33mars.
00:46:34Oui,
00:46:34tout à fait.
00:46:35Vous estimez
00:46:36que la croissance
00:46:37attendue
00:46:38pour 2026
00:46:39serait aux alentours
00:46:41de 1,3,
00:46:421,5%
00:46:44au maximum.
00:46:46Vous expliquez aussi
00:46:47que l'économie russe
00:46:48est bien positionnée
00:46:49pour tirer profit
00:46:50des conséquences économiques
00:46:51de la guerre
00:46:52dans le Golfe,
00:46:54mais comment est-ce
00:46:54qu'on explique
00:46:55ce ralentissement
00:46:56alors que la Russie
00:46:58est censée profiter
00:46:59de la hausse
00:46:59du prix du pétrole
00:47:00et que le gaz
00:47:02est toujours exporté
00:47:03vers l'Europe ?
00:47:04Tout à fait.
00:47:05Alors,
00:47:06l'explication,
00:47:06elle est simple.
00:47:07Elle tient
00:47:08à la politique monétaire
00:47:09de la Banque centrale
00:47:10de Russie.
00:47:11La Banque centrale
00:47:13de Russie
00:47:13impose un taux
00:47:15de 14%
00:47:16en Russie
00:47:17avec une inflation
00:47:18qui en réalité
00:47:19est de 5,5%.
00:47:22Donc,
00:47:23ça veut dire
00:47:23qu'on est quasiment
00:47:23à 9%
00:47:24en taux réel.
00:47:26Si on appliquait
00:47:27le même taux réel
00:47:28sur l'économie française,
00:47:30on serait au fond du trou.
00:47:32Bon.
00:47:33Deuxième point,
00:47:34et ça,
00:47:34c'est beaucoup plus
00:47:34conjoncturel.
00:47:36La Russie
00:47:37a connu
00:47:38des conditions
00:47:39climatiques
00:47:40extrêmes
00:47:40au mois de janvier
00:47:41ou au mois de février.
00:47:42D'enagement.
00:47:43Oui,
00:47:43si vous voulez,
00:47:44on en a beaucoup parlé
00:47:45d'ailleurs ici,
00:47:46effectivement.
00:47:46Ils se sont retrouvés
00:47:47avec 2 mètres de neige
00:47:49en quelques jours,
00:47:50etc.
00:47:51Et ça a mis à l'arrêt
00:47:53toute une série d'activités.
00:47:54On comprend,
00:47:55on ne va pas s'amuser
00:47:56à faire des constructions
00:47:57quand on est sous 2 mètres
00:47:58de neige.
00:47:59On préfère,
00:48:00on reste chez soi
00:48:01et on attend
00:48:02qu'on déneige,
00:48:04etc.
00:48:04Bon.
00:48:05Donc,
00:48:05ce qui explique
00:48:06qu'on a eu
00:48:06une récession
00:48:07assez forte,
00:48:09moins 0,8%,
00:48:10moins 0,9%
00:48:10en janvier,
00:48:11et puis un redémarrage
00:48:14à 2,4%
00:48:16au mois de mars.
00:48:17Mais globalement,
00:48:18on est sur
00:48:19moins 2%.
00:48:19On devrait voir
00:48:21un niveau d'activité
00:48:23qui va remonter,
00:48:24mais qui ne va pas remonter
00:48:25de manière énorme
00:48:27à cause
00:48:27de cet impact
00:48:28des taux d'intérêt.
00:48:29Il faut rajouter à cela
00:48:31le raffermissement
00:48:32du rouble.
00:48:33Le rouble,
00:48:34aujourd'hui,
00:48:35par rapport
00:48:36à décembre 2024,
00:48:38le moment
00:48:38où il a commencé
00:48:39à remonter,
00:48:40a pris 37%
00:48:41par rapport
00:48:42au dollar.
00:48:43Je dis bien
00:48:4337%.
00:48:44Il a pris
00:48:4539%
00:48:47par rapport
00:48:47au yuan.
00:48:48Il a pris
00:48:5035%
00:48:51par rapport
00:48:51à l'euro.
00:48:53Évidemment,
00:48:54quand vous avez
00:48:54de telles
00:48:55hausses
00:48:56de votre monnaie
00:48:57par rapport
00:48:58aux monnaies
00:49:00des autres pays
00:49:00avec lesquels
00:49:01vous commercez,
00:49:02ou à des monnaies
00:49:03qui sont utilisées
00:49:04pour le commerce
00:49:05international,
00:49:06comme le dollar
00:49:06ou le yuan,
00:49:08l'euro beaucoup moins,
00:49:10évidemment,
00:49:11ça a des conséquences
00:49:12extrêmement importantes
00:49:13sur votre niveau
00:49:14d'activité.
00:49:16Ça a aussi
00:49:16des conséquences
00:49:17extrêmement importantes
00:49:18sur les revenus
00:49:18de l'État.
00:49:19Parce qu'une partie
00:49:22des ressources
00:49:22de l'État
00:49:24provient
00:49:24des exportations,
00:49:25mais ces ressources,
00:49:27elles sont calculées
00:49:28en dollars
00:49:28et puis après,
00:49:29elles sont transférées
00:49:30en roubles.
00:49:31Or,
00:49:32aujourd'hui,
00:49:33avec la même
00:49:34quantité de dollars,
00:49:36vous avez
00:49:36beaucoup moins
00:49:37de roubles
00:49:37puisque le rouble
00:49:38s'est fortement
00:49:39apprécié
00:49:39par rapport
00:49:40aux dollars.
00:49:40Donc ça,
00:49:41oui,
00:49:42c'est un véritable
00:49:43problème.
00:49:44Et donc,
00:49:45effectivement,
00:49:46pour cela,
00:49:47il faut que
00:49:48le gouvernement
00:49:50s'entende
00:49:51avec la Banque Centrale
00:49:52pour d'abord
00:49:53baisser le taux
00:49:54d'intérêt.
00:49:54Est-ce que c'est bien,
00:49:55Jacques Sapir,
00:49:56le taux d'intérêt
00:49:57qui est en cause ?
00:49:57Puisqu'on avait
00:49:58une croissance
00:49:59en 2023
00:50:00de 4,1,
00:50:014,3 en 2024,
00:50:04c'est bien
00:50:05le taux de croissance
00:50:06qui bloque tout.
00:50:07Le taux d'intérêt
00:50:08de la Banque Centrale
00:50:09qui ralentit
00:50:101,5%
00:50:12en 2026
00:50:12maximum.
00:50:13tout à fait,
00:50:13parce que la Banque Centrale
00:50:14a commencé à relever
00:50:15son taux d'intérêt
00:50:16en octobre
00:50:182024.
00:50:18Il est même monté
00:50:19à un moment donné
00:50:20à 20,5%.
00:50:21Bon,
00:50:22le taux d'inflation
00:50:23était fort.
00:50:23Le taux d'inflation
00:50:24était à 10%.
00:50:25Et il était d'ailleurs
00:50:26assez évident
00:50:28que la Banque Centrale
00:50:29allait remonter
00:50:30son taux d'intérêt
00:50:31pour essayer
00:50:31de casser
00:50:32l'inflation.
00:50:33Le problème,
00:50:34c'est que tout le monde
00:50:34pensait à des taux d'intérêt
00:50:36de l'ordre
00:50:37de 15%,
00:50:38de 16%.
00:50:39Et là,
00:50:40on voit bien,
00:50:41la Banque Centrale
00:50:42a d'une certaine manière
00:50:44surjoué
00:50:44la carte de la rigueur.
00:50:46Pour calmer l'inflation.
00:50:47Pour calmer l'inflation.
00:50:48Elle a surjoué
00:50:49la carte de la rigueur
00:50:50et ça a évidemment
00:50:51des conséquences
00:50:52extrêmement importantes
00:50:53en matière
00:50:54de taux d'activité.
00:50:55A jour,
00:50:55donc,
00:50:55il y a quand même
00:50:56un problème structurel
00:50:57pour l'activité en Russie,
00:50:58c'est le manque
00:50:59de main-d'œuvre.
00:51:00Toujours.
00:51:00C'est le manque de main-d'œuvre.
00:51:01Comme en 2025.
00:51:03Comme en 2025.
00:51:04Ils sont avec
00:51:05un taux de chômage
00:51:06qui est entre 2 et 2,2%.
00:51:09On ne peut pas faire moins.
00:51:10Voilà,
00:51:10on ne peut effectivement
00:51:11pas faire moins.
00:51:12C'est le taux de chômage
00:51:13qui correspond aux gens
00:51:14qui décident de quitter
00:51:15un emploi
00:51:16parce qu'ils sont mécontents,
00:51:17etc.,
00:51:18ou parce qu'ils se déplacent
00:51:19avec leur famille
00:51:20parce qu'ils vont
00:51:20dans une autre ville,
00:51:21etc.
00:51:22Le temps,
00:51:22ils restent au chômage
00:51:24le temps qu'ils en retrouvent
00:51:25un autre.
00:51:26Et,
00:51:26bon,
00:51:27oui,
00:51:27on trouve effectivement
00:51:28du chômage en traversant
00:51:29la rue
00:51:31en Russie
00:51:31puisque la durée
00:51:33moyenne
00:51:35au chômage
00:51:36elle est entre 5 et 7 mois.
00:51:39Elle est entre 5 et 7 mois.
00:51:40Donc,
00:51:40oui,
00:51:41effectivement,
00:51:41il y a une pénurie
00:51:42de main-d'œuvre
00:51:43et donc,
00:51:45la Russie est confrontée
00:51:46au choix.
00:51:47Est-ce qu'elle importe
00:51:48des travailleurs ?
00:51:49Autrement dit,
00:51:50est-ce qu'elle s'ouvre
00:51:51à une immigration ?
00:51:52Une immigration choisie,
00:51:53bien sûr,
00:51:53mais malgré tout,
00:51:54il faudra s'ouvrir
00:51:55et il y a toute une série
00:51:56de signes qui vont
00:51:57dans ce sens,
00:51:58en particulier
00:51:58des entreprises...
00:51:59Les anciennes républiques ?
00:52:01Non,
00:52:01maintenant,
00:52:01c'est ce que ciblent
00:52:02les entreprises russes,
00:52:03c'est la main-d'œuvre indienne,
00:52:06en particulier
00:52:06dans le textile,
00:52:08la main-d'œuvre chinoise
00:52:10et la main-d'œuvre vietnamienne.
00:52:11Ce sont les pays
00:52:12où les entreprises
00:52:13commencent à ouvrir
00:52:14des bureaux de recrutement.
00:52:15Bon.
00:52:16Et puis,
00:52:16il y a une autre solution
00:52:17qui est employée
00:52:18en particulier
00:52:19dans des branches
00:52:20où les coûts
00:52:21de main-d'œuvre
00:52:21sont élevés,
00:52:23c'est l'automation.
00:52:25Mais l'automation...
00:52:27Qu'est-ce que l'automation,
00:52:28excusez-moi ?
00:52:29L'automation,
00:52:29c'est remplacer
00:52:30les travailleurs
00:52:31par des automates.
00:52:32C'est la mécanisation
00:52:34accélérée.
00:52:35Alors,
00:52:36évidemment,
00:52:36la Russie,
00:52:37qui est un des pays
00:52:39assez avancés
00:52:40en matière
00:52:41d'intelligence artificielle,
00:52:43développe aujourd'hui
00:52:44des robots
00:52:44dans toute une série
00:52:46de tâches.
00:52:47Ce sont des tâches
00:52:47de main-d'œuvre,
00:52:49en particulier
00:52:49dans le domaine
00:52:50agroalimentaire.
00:52:52Bon.
00:52:53Mais ça ne va pas
00:52:53se faire
00:52:54du jour au lendemain.
00:52:55Alors que
00:52:56importer
00:52:58des travailleurs,
00:52:59ça peut se faire
00:53:00beaucoup plus rapidement.
00:53:01Donc,
00:53:01on voit bien
00:53:01que l'automation,
00:53:02c'est une perspective
00:53:05dans 3 ans,
00:53:065 ans,
00:53:077 ans peut-être.
00:53:09Bon.
00:53:09Par contre,
00:53:10effectivement,
00:53:11l'immigration,
00:53:12oui,
00:53:12c'est quelque chose
00:53:13qui peut être
00:53:14beaucoup plus rapide.
00:53:16Et d'ailleurs,
00:53:19le gouvernement russe
00:53:20a mis sur pied
00:53:21un système
00:53:22où ils espèrent
00:53:24contrôler ainsi
00:53:25l'immigration.
00:53:27Globalement,
00:53:28ils voudraient avoir
00:53:28un système
00:53:29qui s'approchait
00:53:30de l'ancien système
00:53:31existant dans les pays
00:53:32du Golfe,
00:53:32c'est-à-dire
00:53:33une immigration
00:53:34limitée par des contrats.
00:53:36Donc,
00:53:37la personne vient
00:53:37travailler en Russie,
00:53:39elle est protégée
00:53:40pendant le temps
00:53:42que dure son contrat,
00:53:43mais normalement,
00:53:45à la fin de son contrat,
00:53:46elle retourne
00:53:46dans son pays d'origine.
00:53:48Voilà ce tour
00:53:49de l'actualité économique
00:53:50terminé avec vous,
00:53:51Jacques Sapir.
00:53:52Merci d'avoir accepté
00:53:54notre invitation
00:53:55et dans un instant,
00:53:57vous pourrez retrouver
00:53:58la chronique économique
00:53:59et financière
00:53:59de Philippe Béchade
00:54:01et quant à nous,
00:54:02on se retrouve
00:54:02la semaine prochaine.
00:54:03A bientôt.
00:54:04Salut.
00:54:24Bonjour.
00:54:25Voici notre rendez-vous
00:54:27hebdomadaire
00:54:27de décryptage
00:54:28de l'actualité économique
00:54:29et géopolitique
00:54:30en mode affranchi.
00:54:31Je salue
00:54:32tous les abonnés
00:54:33de TV Liberté
00:54:34pour cet épisode
00:54:35que je vais intituler
00:54:37« Quelques bons mots
00:54:39en disent souvent,
00:54:41bien plus que de longues
00:54:43démonstrations ».
00:54:44Alors, question au bon mot,
00:54:45on a été gâtés
00:54:47depuis mercredi dernier.
00:54:49Ouais, parce que
00:54:50la déclaration
00:54:51qui me semble
00:54:52jusqu'à ce jour
00:54:54insurpassable,
00:54:55c'est celle
00:54:56de Donald Trump,
00:54:57donc le mercredi 20 mai,
00:55:01interrogée
00:55:02par une journaliste
00:55:03qui lui demandait
00:55:03quand même
00:55:04si, avec les développements,
00:55:07les derniers développements
00:55:08de l'actualité géopolitique,
00:55:10Trump ne donnait pas
00:55:11un peu trop
00:55:12l'impression
00:55:13de faire
00:55:14les quatre volontés
00:55:15d'Israël.
00:55:17Eh bien,
00:55:18Trump a répondu
00:55:19que c'est exactement
00:55:19le contraire.
00:55:21Et d'ailleurs,
00:55:22c'est lui-même,
00:55:23Donald Trump,
00:55:23qui contrôle
00:55:24Benjamin et Netanyahou
00:55:27qui fait
00:55:27tout ce que Trump
00:55:29lui demande.
00:55:31Et Trump rajoute,
00:55:32et c'est là
00:55:33le bon mot,
00:55:34qu'il contrôle
00:55:36d'ailleurs tellement
00:55:37la situation
00:55:38en Israël
00:55:38qu'il pourrait
00:55:39se présenter,
00:55:41postuler
00:55:42comme premier ministre
00:55:43avec de bonnes chances
00:55:44d'être élu.
00:55:45Et d'ailleurs,
00:55:46il se dit que
00:55:47peut-être
00:55:48c'est ce qu'il fera
00:55:49lorsqu'il ne sera
00:55:50plus président américain.
00:55:52Chose qui serait possible
00:55:53s'il s'était effectivement
00:55:55converti au judaïsme,
00:55:56comme il s'en est d'ailleurs
00:55:57lui-même vanté.
00:55:58Mais il se vante
00:55:59de tellement de choses
00:56:00que c'est un petit peu
00:56:01difficile de faire le tri
00:56:02entre le vrai
00:56:05et l'imaginaire.
00:56:07Alors,
00:56:08cette déclaration
00:56:09de Trump
00:56:10tombait quelques heures
00:56:12après la défaite
00:56:13de Thomas Massier
00:56:15et de Marjorie
00:56:16Taylor Greene.
00:56:17Ces deux
00:56:18sénateurs républicains,
00:56:20et vraiment très républicains
00:56:22dans l'esprit,
00:56:24ont fortement déplu
00:56:26à Donald Trump
00:56:27pour avoir,
00:56:28un,
00:56:30souhaité
00:56:31la divulgation
00:56:32des abstinence files
00:56:34pour avoir
00:56:37critiqué
00:56:37le déclenchement
00:56:38d'une guerre
00:56:39qui n'est toujours
00:56:40pas terminée
00:56:40et qui coûte
00:56:41des dizaines de milliards
00:56:42aux contribuables américains,
00:56:44non seulement
00:56:45sous forme de matériel
00:56:46qui a été détruit
00:56:48au cours du premier mois
00:56:50de conflit,
00:56:50mais également,
00:56:51bien sûr,
00:56:51à la pompe
00:56:52avec du carburant
00:56:55à 4,50 $
00:56:57le gallon.
00:57:01Et ce qui a probablement
00:57:03suscité le courroux
00:57:05de Donald Trump,
00:57:07c'est que ces deux républicains
00:57:10se sont un petit peu inquiétés
00:57:12de l'influence israélienne
00:57:14sur les décisions américaines
00:57:16et surtout sur les engagements
00:57:18financiers
00:57:19envers son allié.
00:57:20Et ça,
00:57:24critiquer
00:57:24l'attitude
00:57:26de la Maison-Bolange
00:57:27vis-à-vis d'Israël
00:57:28et encore plus
00:57:28l'argent
00:57:29qui est donné
00:57:30et son contrepartie,
00:57:32eh bien là,
00:57:33c'est une certitude.
00:57:34Vous vous ferez
00:57:35dégommer.
00:57:36Et on va dire
00:57:37que les républicains,
00:57:40tendance MAGA,
00:57:41tendance Trump,
00:57:41ont mis le paquet
00:57:42puisque une élection sénatoriale
00:57:46dans le Kentucky
00:57:46peut coûter entre 4 et 6 millions de dollars.
00:57:49Cette fois-ci,
00:57:50il en a coûté 32 millions de dollars.
00:57:54Oui,
00:57:55c'est cinq fois
00:57:56le budget habituel
00:57:58et 90%
00:58:00de ces 32 millions de dollars
00:58:03sont sortis de la poche
00:58:05à la fois de l'IPA,
00:58:08qui est le principal lobby
00:58:10de défense des intérêts israéliens
00:58:13aux États-Unis,
00:58:14mais également
00:58:15tous les autres cercles
00:58:17américano-israéliens
00:58:19ont également contribué,
00:58:21plus probablement
00:58:23Myriam Adelson,
00:58:24qui a également participé
00:58:28au financement
00:58:28de la campagne
00:58:29de Donald Trump
00:58:30qu'il a rendu président
00:58:32pour la deuxième fois.
00:58:34Oui,
00:58:34un candidat américain
00:58:36dans un État
00:58:37on va dire agricole
00:58:41financé à 90%
00:58:42par les représentants
00:58:45d'une puissance étrangère
00:58:47et pour avoir justement
00:58:49critiqué cette puissance étrangère.
00:58:51Donc le free speech
00:58:53aux États-Unis
00:58:54on peut malheureusement
00:58:56soupçonner
00:58:57qu'il est de plus en plus
00:58:58remis en question,
00:59:00d'autant plus
00:59:01que M.
00:59:04Paulson,
00:59:05qui n'est autre
00:59:06que le beau-père
00:59:07du nouveau patron
00:59:08de la Fed,
00:59:09Kevin Warsh,
00:59:11a déclaré
00:59:12que toute critique d'Israël
00:59:14devrait être criminalisée
00:59:16aux États-Unis,
00:59:17que le free speech
00:59:20devrait s'appliquer
00:59:22sauf dans le cas
00:59:23d'une critique d'Israël.
00:59:25Voilà.
00:59:26Donc les déclarations
00:59:27de Donald Trump
00:59:29donnent un petit peu
00:59:30le ton aujourd'hui
00:59:32de la façon
00:59:32dont les États-Unis
00:59:33sont gouvernés.
00:59:34Mais allez,
00:59:35on ne va pas se moquer
00:59:36des États-Unis
00:59:36parce qu'en France,
00:59:37on ne fait pas beaucoup mieux
00:59:38question free speech
00:59:39avec un contrôle
00:59:41de plus en plus
00:59:43féroce
00:59:44des publications
00:59:46sur Internet.
00:59:47Et puis surtout,
00:59:48le vote
00:59:49à la sournoise
00:59:50d'une nouvelle loi
00:59:53de sauvegarde
00:59:55de l'ordre public.
00:59:57Ça a été voté,
00:59:58je crois,
00:59:59mardi dernier
00:59:59par 80 députés
01:00:02sur 575.
01:00:04Autrement dit,
01:00:04il y avait moins de 13%
01:00:06de nos députés présents
01:00:08pour voter une loi
01:00:09totalement liberticide
01:00:11qui permet
01:00:11au gouvernement
01:00:14de suspendre
01:00:15pratiquement
01:00:15toutes les libertés publiques
01:00:16comme par exemple
01:00:17le droit de manifester
01:00:19qui donne au gouvernement
01:00:20le droit de confiner
01:00:21au cas où il n'y aurait
01:00:22un danger.
01:00:23Tout le monde pense
01:00:24évidemment
01:00:24à une nouvelle pandémie,
01:00:27pandémie qui serait
01:00:28surtout
01:00:29une mise en scène
01:00:31médiatique,
01:00:32mais l'État aurait
01:00:33d'un seul coup
01:00:34le prétexte
01:00:35et l'outil nécessaire
01:00:36pour confiner tout le monde.
01:00:37Mais cette fois-ci,
01:00:38ça va plus loin
01:00:39pour ceux qui
01:00:40distilleraient
01:00:41un discours
01:00:43contrarien
01:00:44ou jugé
01:00:48insurrectionnel.
01:00:48Eh bien,
01:00:49on peut,
01:00:50grâce à cette loi,
01:00:53faire taire
01:00:55le fauteur de trouble,
01:00:56mais également
01:00:57geler ses comptes.
01:00:59Autrement dit,
01:01:00l'État français
01:01:01est désormais doté
01:01:02de tous les outils
01:01:04totalitaires
01:01:05que l'on retrouve
01:01:06en Russie
01:01:06et en Chine
01:01:07notamment.
01:01:09Et puis,
01:01:09pour aller détendre
01:01:10un peu l'atmosphère
01:01:11et alléger
01:01:12un peu
01:01:14cette chronique,
01:01:15cette déclaration
01:01:17de Sandrine
01:01:18Rousseau
01:01:19qui veut
01:01:20que l'on
01:01:21remplace
01:01:22les termes
01:01:23rôti,
01:01:24beefsteak
01:01:25sur les emballages
01:01:27ou sur la carte
01:01:28d'un restaurant
01:01:29par l'appellation
01:01:31cadavre de vache
01:01:32pour conscientiser
01:01:34le consommateur.
01:01:35Pour vous remercier
01:01:37de votre fidélité,
01:01:38nous vous invitons
01:01:39à télécharger gratuitement
01:01:40notre rapport spécial
01:01:42qui contient
01:01:43notre solution
01:01:44pour préserver
01:01:45votre épargne
01:01:46face à la montée
01:01:47des tensions géopolitiques
01:01:49et qui pourrait même
01:01:50déboucher sur une nouvelle
01:01:52guerre mondiale.
01:01:53Il vous suffit
01:01:53de cliquer sur le lien
01:01:54en description
01:01:55pour l'obtenir
01:01:56gratuitement.
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