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Stratégie industrielle, avantage compétitif et premier vol en 2027 : Cécilia Severi Gay reçoit Antoine Fourcade, cofondateur et CEO de Sirius Space dans l’Interview Actu.
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00:04Construire des fusées, ça se fait dans des usines.
00:07Alors Antoine Fourcade, cofondateur de Cirrus Space, est en train de bâtir son outil industriel
00:12à coup de rachat d'usines en difficulté pour fabriquer ses propres lanceurs sur le sol français.
00:18Antoine Fourcade, bonjour, bienvenue dans Smart Space.
00:22Bonjour, merci de me recevoir aujourd'hui.
00:24Alors en moins de noms, trois usines, rachetées, une dans l'Essonne, une dans la Loire et une à Blois,
00:29c'est là que vous êtes actuellement.
00:31À ce rythme-là, vous allez finir par couvrir tout le tissu industriel français, Antoine ?
00:38Alors l'idée n'est plus de s'étendre, on a atteint notre taille critique aujourd'hui.
00:42On a cette première usine qu'on a reprise il y a un an qui était à côté de Paris,
00:46on est une société qui a été créée en Ile-de-France, à Nanterre.
00:49La deuxième usine qu'on a reprise qui est à côté de Saint-Étienne
00:52et la troisième qui est à Blois où on va assembler notre lanceur.
00:55Ces trois usines, elles travaillent ensemble pour former un groupe en plus qu'elle complète.
00:58La première, la CERM, s'occupe de nos prototypes, c'est de là qu'on a sorti nos premiers moteurs.
01:03La deuxième fabrique nos pièces en série et là où je me trouve actuellement,
01:06c'est là où on va assembler notre premier lanceur dans les deux prochains mois.
01:09Avec ces trois sites-là, vous couvrez l'ensemble de la chaîne de fabrication,
01:14donc de la conception à l'assemblage final.
01:17C'est une rupture finalement, j'allais dire totale,
01:20avec le modèle des start-up spatiales qui vont avoir plutôt recours à des sous-traitants.
01:27Comment vous justifiez-vous ce choix de tout intégrer en un terme comme ça ?
01:30C'est quand même une prise de risque et puis un investissement.
01:34Un sujet de lanceur, c'est un sujet industriel.
01:36On a commencé, quand on a créé la société, à travailler sur la R&D,
01:40sur tout ce qui est immatériel et très rapidement,
01:42c'est confronté à des problèmes sur la fabrication de notre lanceur
01:44et notamment lors de la fabrication de notre premier moteur.
01:47C'était long.
01:48Dans un premier temps, on s'est travaillé sur la partie un peu plus complexe
01:51et le reste, on n'en est pas moins pour autant sur la partie de fabrication additive
01:54quand on n'avait aucun sous-traitant pour fabriquer nos moteurs
01:57qui tenaient nos délais pour être capables d'étirer rapidement.
01:59On a maîtrisé la fabrication additive,
02:01juste la partie impression, la fabrication additive métallique.
02:04Elle a suivi de ça, on s'attaquait à l'usinage en prototype
02:07avec l'achat de la CERM qui nous a permis de fabriquer
02:10pas moins de quatre moteurs en un mois sur la fin de l'année dernière
02:13et qui nous a permis de réaliser nos derniers essais moteurs.
02:16Maintenant, on a besoin de monter en cadence,
02:19assembler notre premier lanceur
02:20et dans ce contexte-là, on a besoin d'un site qui est un peu différent,
02:23qui est plus axé autour de l'assemblage
02:24et c'est là où on est venu nous chercher pour nous proposer le signe de blois
02:28et on a trouvé qu'il y avait une vraie cohérence
02:30pour être capable de transformer ce site sur l'assemblage de notre lanceur.
02:33Alors justement, j'allais vous poser cette question.
02:35Là, vous êtes sur ce site-là, c'est anciennement Enerflux.
02:38C'était une usine automobile qui a été placée en redressement judiciaire.
02:43Là, c'est 100 emplois qui sont sauvés.
02:46Comment on convainc un tribunal ?
02:48J'avais vous posé la question, mais vous dites qu'on est venu vous chercher
02:51des affaires économiques pour vous confier une usine.
02:54Quand on est une start-up spatiale, une start-up qui a cinq ans d'exigence,
02:59est-ce que c'est facile d'arriver et de mettre ces enjeux-là sur la table ?
03:04Alors, on est venu nous chercher, c'est les acteurs publics qui sont venus nous chercher.
03:07Ce n'est pas le tribunal.
03:08On a un gros travail qui a été fait par la préfecture, la région, la communauté de communes
03:13qui sont venus nous proposer ce site-là
03:14et les administrateurs judiciaires qu'on remercie.
03:17On a mené un projet de diversification sur quatre axes qui se basent sur le spatial,
03:22mais pas qu'eux.
03:22Aujourd'hui, en dehors des activités spatiales de Sirius,
03:25on fait 30 millions de euros de chiffre d'affaires l'année dernière
03:27quand on consolide nos différentes structures industrielles.
03:29Donc, on a un revenu récurrent.
03:30On mène un business model qui va travailler sur quatre leviers clés.
03:33Le levier qui est le plus important pour nous, et pourquoi on fait ça,
03:36c'est la partie lanceur où on a repris cette usine.
03:39Mais on a quatre autres business models.
03:41Historiquement, c'est un site qui est sur l'automobile.
03:43Derrière moi, j'ai des chaînes de production de pompes de direction assistées,
03:47notamment.
03:47C'est le business historique.
03:49On travaille pour les automobiles, mais aussi le bus et le camion.
03:51Aujourd'hui, c'est 100 % de notre chiffre d'affaires.
03:53L'idée en 2030, c'est d'arriver à 40 % du chiffre d'affaires sur ce secteur-là.
03:56Dans un premier temps, la partie spatiale,
03:58bien qu'elle va être très importante et qu'il est sujet de Sirius,
04:00on va la cantonner à 20 % du chiffre d'affaires du site.
04:03À la suite de ça, on va l'augmenter progressivement
04:05pour être capable de réaliser la montée en cadence.
04:06On a deux autres secteurs qu'on va travailler sur le site.
04:09On avait des problèmes pour être capable de livrer nos clients
04:11sur l'aéronautique, le spatial et la défense.
04:14Donc, on va être aussi prêts à être sous-traitants de R1
04:16pour des grands acteurs de ce domaine-là.
04:19Et on travaille aussi sur la fabrication de pièces made in France
04:22qui aura ramené des produits qui étaient faits en Chine, en France.
04:24C'est un sujet aussi qui nous tient particulièrement à cœur chez Sirius.
04:27La réalisation de votre pays.
04:29Oui, en fait, ça va vous appuyer, vous solidifier sur votre modèle économique,
04:33peut-être pour moins dépendre des aides publiques.
04:36Mais finalement, il y a aussi là un savoir-faire à aller chercher,
04:40à aller transposer aussi à la fabrication de vos fusées derrière.
04:43On en parlait de l'automobile, vous l'avez dit.
04:46On parle de plus en plus d'ailleurs des synergies
04:48entre le secteur d'automobile et le secteur spatial.
04:52Pour développer le lanceur, on allait chercher plein d'experts du monde spatial,
04:55des gens qui ont travaillé sur des grands projets pour mener la R&D du lanceur.
04:59Cependant, la fabrication du lanceur, on voulait aller être plus agressif,
05:03d'être plus compétitif sur les coûts.
05:05Et dans ce contexte-là, on allait chercher d'autres sous-traitants pour le faire.
05:08Et on allait chercher l'automobile.
05:10Et ils sont très bons pour réaliser des pièces à très faite complexité.
05:13Ce n'est pas simple de faire un moteur de voiture,
05:14notamment les différentes pièces critiques d'une voiture,
05:17des pièces qui sont certifiques, qui sont sécuritaires.
05:19Il faut être capable de mener la R&D.
05:21On a un petit bureau d'études qui est rempli avec la société en parallèle,
05:25d'être capable de réaliser l'usinage,
05:27d'être capable de maîtriser pas mal de procédés spéciaux,
05:28la rectification, la tribofinition,
05:31ou encore les essais,
05:32qui est un sujet qui est très important aussi sur le développement de Sirius.
05:35Donc, on va travailler avec les équipes.
05:37On est en train, en ce moment, de travailler avec les équipes
05:38pour voir quelles sont leurs forces
05:40et comment on est capable de transposer tout leur savoir-faire,
05:43leur passé dans l'automobile sur le sujet de Sirius.
05:46D'ailleurs, vous parlez des essais.
05:48Vous avez quand même une cadence assez inédite.
05:50Vous avez validé quatre chambres de combustion en trois semaines
05:53sur le banc d'essai du DLR.
05:55Fabriquée, il faut le redire, en impression 3D.
05:58Cette fabrication additive-là,
06:00c'est elle qui vous confère cette cadence assez intense
06:05et assez enthousiasmante, on va dire,
06:09sur le marché des lanceurs et de la construction des lanceurs ?
06:12Alors, la fabrication additive métallique,
06:14on va beaucoup s'en servir sur la partie du moteur,
06:16sur tout ce qui est chambres de combustion,
06:18où les organes tournants, les sous-enceintes qu'on a aussi essayés
06:21en fin d'année dernière, en début d'année,
06:24autour de la turbo-pente,
06:25aussi des pièces de bain qu'on va réaliser en fabrication additive métallique.
06:27Cependant, c'est un bout de la chaîne de valeur.
06:30Un autre gros bout, c'est l'assemblage et l'usinage.
06:34Ces quatre chambres de combustion ont été faits 100% à l'interne,
06:36chez Sirius, sur le site de la CERN.
06:38Et aujourd'hui, on a besoin d'aller plus sur l'usinage de plus grande dimension
06:41et en plus grande cadence pour être capable de réaliser l'obligue du lanceur
06:44qui est plutôt faite sur des procédés plus conventionnels que le moteur.
06:48Un mot sur les marchés que vous visez.
06:50Vous développez une gamme de micro-lanceurs
06:52pour des satellites qui vont jusqu'à 1100 kilos.
06:56Sur ce marché-là, on a Rocket Lab, on a SpaceX,
06:58on aura bientôt d'autres Européens aussi en concurrence avec vous.
07:02Comment vous, vous comptez vous démarquer ?
07:06Quel sera votre avantage compétitif réel ?
07:10On a un climat géopolitique actuellement
07:13qui nous pousse à revenir sur la préférence européenne.
07:16On a beaucoup de clients qui étaient très contents de travailler
07:19avec des experts en SpaceX aujourd'hui
07:21et du fait de la guerre en Iran notamment,
07:23qui reviennent nous contacter.
07:25On a une demande qui est beaucoup plus importante aujourd'hui.
07:27Pour ce faire, en plus de ça, chez Sirius,
07:30on développe une gamme de trois lanceurs.
07:31Sirius 1, 13 et 15, qui sont basés sur une R&D commune.
07:34Ça nous permet de faire de la production en série de nos lanceurs.
07:36Et à la suite de ça, on va assembler nos différents lanceurs
07:39pour trouver la meilleure performance possible.
07:42Alors, le premier lanceur, le premier démonstrateur,
07:45Sirius 1B, son lancement est prévu en 2027.
07:48Vous allez me dire si c'est toujours le cas.
07:50Et puis, comme les retards sont la norme dans le secteur spatial,
07:55si vous pouvez nous assurer que vous tiendrez ces délais
07:58et comment, par quel biais ?
08:01Alors, les retards sont un peu la norme spatiale,
08:04mais c'est important qu'on ne fait pas notre possible dans l'automobile.
08:07On tient les délais.
08:07Et c'est là aussi qu'on a notre base chez Sirius.
08:10Donc, on est à 12 mois de la fin de production de notre premier lanceur
08:13qui va sortir du « Je suis ».
08:15Et à la suite de ça, on va attaquer les opérations de test avec le patire,
08:20les essais combinés, notamment du lanceur.
08:23Et on est en train de travailler aujourd'hui pour être capable de réaliser ce premier vol
08:26sur l'année 2027, dans un premier temps un vol balistique.
08:28À la suite, suivra Sirius 13, qui est notre premier lanceur qui attendra l'orbite.
08:33On peut imaginer ça pour quel mois, quel trimestre et depuis quelle base ?
08:38La base, on l'annoncera sous peu.
08:40On a encore plein d'annonces trépidantes chez Sirius.
08:43Et on vise plutôt le second semestre.
08:47Mais on vous invitera, dès demain, si vous voulez,
08:50venir voir notre usine, voir, suivre cet assemblage du lanceur
08:54qui est en train de commencer.
08:55Alors, une dernière question avant qu'on se sépare, Antoine.
09:00On parle, évidemment, de beaucoup d'annonces.
09:03Vous l'avez dit vous-même, il va y avoir encore beaucoup d'annonces de votre côté.
09:07Les lancements, c'est plus compliqué de les voir.
09:10Et on suit les acteurs que vous représentez depuis déjà un petit moment,
09:13notamment dans cette émission Smart Space.
09:15C'est une course, c'est véritablement une course.
09:17Qu'est-ce qui fait que Sirius Space se distinguera
09:20et passera véritablement à l'acte
09:22quand d'autres, peut-être, ne passeront pas à l'acte ?
09:25On a une base industrielle qui est solide.
09:28On avance rapidement sur notre développement.
09:30En vertical, il existe beaucoup de la fabrication du lanceur.
09:32Donc ça, ça nous permet de gagner du temps
09:34et réduire notre dépendance à nos sous-traitants
09:36pour être capable de tenir nos délais
09:37et être capable aussi, demain, une fois qu'on a réalisé ce vol inaugural,
09:40d'être capable de réaliser la montée en cadence.
09:42C'est un sujet que l'automobile s'est géré depuis très longtemps.
09:45Le passage du prototypage à la série,
09:47c'est aussi dans l'ADN, notamment de la société Enerflu,
09:50notre dernière acquisition,
09:51qui va nous aider à tenir le planning du vol inaugural,
09:53mais surtout, ce qui est important pour nous, demain,
09:55c'est les prochains vols.
09:56Trois vols en 2028, six vols en 2029 qu'on vise.
09:59Et c'est là où toute notre base industrielle
10:00va nous permettre de réaliser les premiers prototypes,
10:02mais ça sera dans les mêmes usines.
10:03On réalisera l'assemblage série avec les mêmes équipes
10:06et ça nous permettra, on l'espère,
10:07de tenir tout nos plannings.
10:08On n'en est qu'au moins que plus chez ça aussi.
10:09Merci beaucoup Antoine Fourcade.
10:12On a hâte de suivre tous ces lancements
10:14depuis cette émission Smart Space.
10:17On enchaîne, quant à nous, avec notre Space Talk sur Bsmart.
10:20Merci à vous.
10:20C'est parti.
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