- il y a 4 mois
L'espace devient un champ de tensions géopolitiques et d'opportunités économiques. Entre militarisation croissante et nouveaux financements, comment les acteurs du secteur s'adaptent-ils ? Analyse avec Maxime Puteau (Novaspace), Charles Bécédé (Expansion) et Sylvain Bataillard (Hyprspace)
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00:00Le spatial se tourne vers la guerre, contexte oblige, la défense est en croissance et voeux s'armer du spatial pour garantir sécurité et souveraineté aux Etats.
00:13Et c'est peut-être finalement l'opportunité financière que les acteurs du secteur attendaient.
00:17Maxime Putot, conseiller industrie chez Nova Space, bonjour.
00:20Bonjour.
00:20Bienvenue sur le plateau de Smart Space, Charles Becvedé, général partenaire du fonds Expansion, bonjour.
00:25Bonjour.
00:25Bienvenue, et on a à distance depuis Bordeaux, Sylvain Bataillard, cofondateur d'Hyperspace.
00:30Bonjour Sylvain Bataillard.
00:31Bonjour.
00:32Alors Maxime Putot, vous avez produit chez Nova Space un rapport sur les programmes spatiaux à l'échelle mondiale et vous y épluchez les budgets de défense.
00:40Budget qui finalement augmente à peu près tous.
00:43Exactement, oui.
00:44Le civil et la défense sont en croissance, mais depuis 2022, la défense dépasse le civil.
00:49Elle représente aujourd'hui 54% des dépenses spatiales gouvernementales à hauteur de 73 milliards de dollars.
00:56Et on a un ratio civil-militaire qui évolue pas mal aussi.
00:59Alors la bascule a déjà eu lieu du coup en 2022.
01:02Oui.
01:02Et la défense a tendance à croître plus vite que le civil aujourd'hui.
01:06Ok.
01:08En France, par contre, on est un petit peu bloqués.
01:10Ça, c'est la grande question.
01:11Quel va être le budget accordé à la défense aujourd'hui ?
01:15Alors on a eu il y a quelques mois une annonce de préparation d'une nouvelle loi de programmation militaire, augmentation du budget.
01:22C'était à l'époque où Sébastien Lecornu était donc ministre des Armées.
01:26Il est passé depuis Premier ministre.
01:28Et au moment où on enregistre cette émission, on l'a démissionné.
01:31Donc peut-être que le temps que cette émission soit diffusée, nous aurons un nouveau gouvernement.
01:35En tout cas, on en est là et on est un peu bloqués pour évoluer.
01:38Ce n'est pas non plus une augmentation spectaculaire.
01:40On a passé de 700 millions à 1 milliard par an, à peu près.
01:45Et puis, sachant que le budget du CNES, lui, c'est à peu près 3 milliards, dont 1 milliard pour le fonctionnement de l'ESA.
01:55Ce n'est pas grand-chose par rapport à ce qu'a l'annonce du ministre de la Défense fédérale allemand.
02:01Bien sûr.
02:01Donc de 35 milliards sur 5 ans.
02:0335 milliards ? Voilà, c'est ça.
02:05Sur 5 ans.
02:07Civil et défense.
02:07Oui, civil et défense.
02:09Heureusement, il y a aussi quand même l'annonce du cadre financier pluriannuel européen par Ursula von der Leyen en septembre,
02:19avec une enveloppe qui va de 40 à 65 milliards sur 2028-2032.
02:24Donc ça fait quand même entre 7 et 10 milliards par an sur le spatial.
02:31Avec tous ces chiffres, espérons que l'Europe va pouvoir tenir son rang.
02:38Mais la France, puisque c'était la question, on a de gros doutes.
02:43Et donc, il faut se réveiller à un moment où il y a des contraintes budgétaires énormes.
02:47Donc, en effet, c'est un challenge.
02:50Mais je crois que les acteurs privés sont aussi prêts à jouer leur rôle.
02:54Les industriels voient bien quand même qu'il y a un marché qui explose, une demande.
02:59Donc, c'est un peu une divine surprise pour eux parce que ça allait très, très mal au niveau du civil et de l'institutionnel.
03:04Donc là, la défense, ça leur permet de recouvrir un petit peu d'oxygène.
03:07Et puis, les investisseurs, ça, c'est notre job de les mobiliser.
03:12Les entrepreneurs, ils sont là.
03:13La preuve, il y a Sylvain.
03:15Ils sont très actifs et on essaye de les accompagner.
03:19Sylvain, en tant qu'entrepreneur du spatial, ce climat politique,
03:24alors même qu'on a une espèce d'émulation et l'arrivée de nouveaux financements,
03:29qu'est-ce que ça donne pour un acteur du secteur ?
03:35Tout à fait.
03:35C'est sûr que ça fait une dichotomie intéressante entre, en même temps,
03:39l'instabilité politique actuelle qui fait qu'on ne sait pas trop où on va.
03:44Mais en même temps, on a clairement vu une augmentation des budgets et sur le spatial et sur la défense.
03:51Maintenant, je tiens quand même à rajouter un petit bémol sur cet aspect augmentation des budgets de défense
03:57puisque beaucoup de ces budgets défense, l'essor de ces financements,
04:01augmente pour une bonne partie pour des ressources pour augmenter la production.
04:06Donc, on est là sur des systèmes déjà parfaitement existants, déjà en phase opérationnelle.
04:11Donc là, c'est vraiment pour avoir un ramp-up très fort de la production de tous ces systèmes,
04:16vu le cadre géopolitique actuel.
04:18Mais bien entendu, il y a une partie sur tout ce qui va être innovation,
04:23innovation dans le spatial, innovation dans la défense.
04:26Alors, tout de même, le spatial a toujours eu une dualité intrinsèque.
04:31Les technologies spatiales sont pour moi par nature duales.
04:36Et le petit changement, je pense, c'est que depuis la guerre en Ukraine,
04:39on s'est vraiment rendu compte que ces technologies sont devenues un socle de la supériorité opérationnelle.
04:45Aujourd'hui, aucune armée sans spatial, aucune armée ne peut voir, communiquer, coordonner ses actions.
04:52Donc, il y a tout cet aspect-là qui fait que le spatial et la défense fusionnent un petit peu.
04:58Et c'est un contexte, en tout cas, très intéressant.
05:01Aller vers des technologies déjà existantes, augmenter les productions,
05:04c'est ce que vous constatez de la part des investisseurs ?
05:07C'est-à-dire qu'il y a aussi des projets flagships.
05:11Donc, le mur anti-drone, le bouclier anti-missile, le bouclier spatial.
05:19Donc, il y a des méga-projets.
05:21Et donc, ça stimule évidemment l'offre.
05:26Et puis, ça va se traduire par des commandes à un moment.
05:31Mais là, maintenant, il y a beaucoup d'annonces.
05:35Il y a des perspectives.
05:37Ce qu'il faut, c'est maintenant, c'est que ça se traduise dans les faits.
05:41Alors, on sent que les Allemands, je le disais tout à l'heure, ils y vont à fond.
05:45Donc, nous, il faut vraiment qu'on se ressaisisse.
05:48Et qu'il y ait... Parce qu'on n'a pas le choix.
05:50Et d'autant plus qu'on voit bien sur le conflit ukrainien qu'il y a une entrepreneurialisation, start-upisation de la défense.
06:04En fait, ce n'est pas nouveau.
06:06Pendant la Seconde Guerre mondiale, on a eu les commandos qui sont apparus.
06:10Mais là, c'est pareil.
06:11En Ukraine, c'est vraiment au niveau de la brigade que ça se passe.
06:14La brigade, elle choisit ses équipements.
06:17Elle va même chercher ses propres financements.
06:19Et elle est très autonome.
06:20Et on fait confiance à des entrepreneurs pour développer des solutions sur le terrain, qui sont ensuite testées.
06:27Et ça, ça correspond à cette phase que traverse l'industrie spatiale.
06:33Cette troisième grande phase que traverse cette industrie, qui est après la phase géopolitique et de prestige.
06:38Après la phase commerciale, mais des grandes entreprises un peu oligopolistiques qui travaillaient avec les grandes agences internationales.
06:47Là, maintenant, on est dans une phase de business normal, avec des entrepreneurs, des boîtes privées, et puis des financiers, et puis un marché qui est solvable.
06:58Oui, qui se consolide aussi, avec parfois de nouveaux entrants.
07:01Donc, on a cette espèce de mouvement du « new defense » qu'on commence à lire.
07:05Alors, on savait que dans la presse, c'est vrai qu'on aime bien marketer les mouvements, mais c'est plus facile d'en parler ensuite.
07:12Et ce modèle-là de nouvelles façons de faire qui attaque la défense, il vient peut-être aussi des États-Unis ?
07:17Il faut comprendre aussi que le monde de la défense, ces cycles d'innovation, ils sont très très longs.
07:21On parle de 20 à 30 ans.
07:23Et la guerre en Ukraine est un accélérateur où on se rend compte que le spatial est dual.
07:26On vous rappelle, c'est un missile interbalistique intercontinental qui a lancé Spoutnik avant de devenir un lanceur.
07:32Et c'est bien pratique.
07:34Et on se rend compte aussi que tout cet écosystème-là, il peut, comme le disait Charles, innover très rapidement.
07:39Là où encore sur des cycles de développement qui étaient très très longs.
07:42Et on a à la fois des nouveaux entrants dans le secteur de la défense qui s'intéressent au spatial,
07:47mais on a aussi des acteurs du spatial, émergents, New Space, qui s'intéressent à la défense.
07:51Et le spatial, évidemment, part de nature à un double usage dans l'observation de la Terre, les télécoms.
07:59C'est plutôt l'usage que l'objet en tant que tel qui détermine le caractère double usage.
08:04Et c'est assez porteur.
08:06Et on voit les agences gouvernementales s'adapter.
08:08Au Bourget, il y a eu beaucoup d'annonces où justement, l'idée était de raccourcir les temps de développement,
08:13de donner leur chance aux entreprises émergentes, pour tester, pour avoir le droit de se planter.
08:18Puisque tous ces écosystèmes d'entrepreneuriat, ils testent, parfois ça fonctionne, parfois ça échoue.
08:23Et aux Etats-Unis, on voit énormément de mouvements là-dessus.
08:26Il y a Enduril, qui est assez emblématique, une entreprise qui a été créée en 2017,
08:30qui est très active dans les drones terrestres, aériens, sous-marins,
08:34qui aujourd'hui est valorisé à 30 milliards, et qui s'intéresse au spatial.
08:38Donc il y a une grande, grande porosité dans tous ces écosystèmes.
08:41Et on va voir la même chose arriver en Europe.
08:42S'intéresse au spatial, parce qu'elle commence à nous aussi des partenariats avec l'Allemagne.
08:46Encore une fois, on avance sur nous.
08:48Enduril et Rheinmetall, en effet.
08:50Un miscilier, un canonnier, qui s'intéresse à quelqu'un qui vient de mon logiciel.
08:55Et ça, c'est intéressant de voir ces nouveaux entrants arriver.
08:58Challenger aussi des sociétés comme la vôtre, s'il va un batailleur.
09:01C'est-à-dire que vous avez...
09:03Alors vous, vous travaillez depuis longue date avec la DGA, par exemple.
09:08Ça veut dire que...
09:09Alors, sur d'autres secteurs, mais vos concurrents en termes de possible financement,
09:13ce sont des acteurs qui viennent du logiciel ou autres et qui viennent entrer
09:17et essayer d'attraper des parts de marché de la défense ?
09:20Oui, tout à fait.
09:22On voit clairement ça.
09:24En plus, on voit vraiment, comme vous l'avez mentionné, une offensive des acteurs américains
09:28où vraiment cet aspect New Defense est né, venir s'implanter en Europe
09:32et venir, comment dire, se greffer sur les budgets européens
09:35qui sont déjà un peu plus faibles, beaucoup plus faibles que ceux présents aux États-Unis.
09:40Mais en effet, je pense que c'est intéressant de voir aussi ce raccourcissement de cycle,
09:43ce changement de paradigme, de façon de faire dans la défense.
09:47Nous, on le voit, comme vous l'avez dit, on travaille beaucoup avec la DGA.
09:50Et en effet, eux aussi, il y a ce shift en interne qui se fait de voir les choses différemment,
09:55moins d'aversion au risque.
09:58On accepte les développements plus courts, on accepte qu'il y a des choses qui cassent
10:01pour avoir un développement plus itératif, un petit peu comme le New Space a commencé
10:07il y a maintenant 15 ans avec SpaceX.
10:10Mais pour ça, il faut de l'argent pour avoir le temps de casser.
10:13L'argent, il est là.
10:14Alors, l'argent, il y a 35 000 milliards d'euros en Europe,
10:20dans les différents gestionnaires de capitaux et les épargnants européens.
10:24Le problème, c'est qu'il n'y a que 10 % qui s'investit dans le risque, dans les actions.
10:29Les États-Unis, c'est 45 %.
10:30Donc, si on avait le même ratio, là, tout d'un coup, je vous ai trouvé 10 000 milliards d'euros.
10:35Bon, alors, il y a un problème culturel,
10:39il y a un problème qu'il faut flécher davantage de cette épargne vers la prise de risque,
10:47vers les actions.
10:49Non coté, le côté.
10:51Beaucoup de gens ont travaillé là-dessus.
10:53Mais justement, ce qu'il y a de très intéressant sur ce dont on parle ce soir,
10:59c'est qu'on a une opportunité, là, d'un marché solvable
11:05qui va nous permettre de tenir notre rang au niveau européen
11:10et de recouvrir notre souveraineté.
11:12et puis d'être crédible au niveau de notre défense vis-à-vis des éventuels adversaires
11:20parce qu'on l'a bien vu, nos arsenaux sont vides
11:22et on n'a pas investi suffisamment pour être crédible.
11:27Si on veut, c'est civis, pas sem, par abellum,
11:32la guerre, il faut tout faire pour l'éviter.
11:35Mais pour l'éviter, il faut que l'adversaire n'ait pas envie
11:39de régler ses éventuels conflits avec nous par la force.
11:42Pour ça, il faut le dissuader.
11:44On parle beaucoup de dissuasion nucléaire,
11:47mais là, il s'agit d'une dissuasion non nucléaire.
11:49C'est une dissuasion technologique, conventionnelle
11:53et ça passe beaucoup par le spatial.
11:57Et le spatial, d'abord, ça va être l'accès à l'espace.
12:00Actuellement, on a un problème d'accès à l'espace.
12:02C'est bien qu'on ait Ariane 6,
12:04on a Vega aussi, il est développé par Avio.
12:07On avait Marino Frannito il y a quelques instants sur ce plateau
12:10pour nous parler.
12:11Mais c'est trop cher, c'est trop cher au kilo.
12:14Donc c'est pour ça qu'il y a de nouveaux acteurs
12:16qui se sont lancés depuis quelques années déjà,
12:18dont Hyperspace, mais aussi, je peux citer Latitude
12:21parce qu'on est également actionnaire chez eux
12:23et qui, et il y en a beaucoup d'autres ailleurs,
12:26bien sûr, en Europe, en Allemagne, en Espagne, en Angleterre,
12:30et qui développent des nouveaux lanceurs.
12:32Pour l'instant, ce sont des petits lanceurs,
12:34mais ces lanceurs, ils sont économiquement viables.
12:38C'est ça qui est intéressant.
12:39C'est-à-dire qu'on va pouvoir être compétitif face aux Américains.
12:42Et donc, est-ce que ça veut dire qu'il peut y avoir
12:44ce ruissellement technologique ou en tout cas financier
12:47et peut-être en premier lieu pour le secteur des lanceurs,
12:50aujourd'hui, qui peuvent bénéficier de cet essor de la défense ?
12:54Les lanceurs, mais les télécoms, l'observation de la Terre,
12:57qui historiquement est très militaire,
12:58en bénéficient énormément.
13:02On voit énormément de projets de constellations
13:03à plus haute visite, revoir plus fréquemment,
13:07revoir aussi de manière plus diversifiée,
13:09c'est-à-dire dans des bandes de spectres élargies,
13:11en voire en radar, chose qui était autrefois
13:13l'apanage de gros satellites, donc de grosses entreprises.
13:15Ça arrive, c'est disponible aujourd'hui.
13:17Vous avez Aysai en Finlande,
13:19qui maintenant vend à l'appel des petits satellites radars
13:24qui permettent d'avoir une revisite quasi complète
13:26et de voir de jour comme de nuit.
13:29Et c'est assez complémentaire.
13:30Donc, ces budgets-là vont ruisseler
13:32et vont avoir un vrai effet de levier.
13:36Après, il y a une question aussi de quel type de contrat
13:38ou d'argent on parle.
13:40La RAD, c'est bien, Sylvain pourra commenter,
13:42mais en général, les contrats de la RAD n'ont pas la même valeur
13:45que des contrats de service.
13:46Parce que les contrats de service, il y a une obligation de livrer.
13:48On est jugé sur pièce.
13:50Là où sur la RAD, c'est plutôt vu comme une facilité,
13:52un accompagnement.
13:54Donc, il y a un enjeu aussi d'ouvrir les appels d'offres,
13:56de les rendre accessibles pour ces acteurs-là
13:59et que ces acteurs-là fassent leur preuve.
14:00Et c'est aussi là qu'on va avoir une relative sélection
14:02des acteurs qui sont capables de délivrer
14:04en temps, en heure, en qualité,
14:05et de façon compétitive.
14:08Il nous manquerait peut-être des gros projets
14:11qui porteraient une certaine impulsion.
14:13Vous avez mentionné tout à l'heure le Dome d'Or,
14:16le Golden Dome aux États-Unis,
14:18qui a priori va générer énormément d'activités.
14:23Alors, la question, c'est est-ce que c'est réaliste ou pas ?
14:26Est-ce que ça va exister ?
14:27En tout cas, les acteurs sont prêts à se dire l'opportunité.
14:29C'est un directeur bien fondé du projet.
14:31La question de la part qui sera dévouée aux start-up ou aux entrants,
14:35elle est en débat.
14:36Et en général, ce qu'on voit,
14:37c'est que plus les projets d'infrastructure sont complexes,
14:39moins les nouveaux entrants ont une place qui leur est laissée.
14:44J'en veux pas profiter de ce qui se passe avec Iris Square,
14:46où la part aux entreprises émergentes
14:48est de temps à être de plus en plus réduite.
14:50Moi, je prends plutôt au contraire.
14:51C'est dans le foisonnement des projets,
14:53où on va essayer d'incuber,
14:55de donner sa chance, de piloter, de faire la démonstration.
14:58Mais l'enjeu, l'argent de saupoudrage, d'amorçage, il est là.
15:01L'enjeu, c'est vraiment d'être capable de faire...
15:02C'est l'étape d'après.
15:03C'est l'étape d'après.
15:03C'est de traverser ce qu'on appelle la vallée de la mort
15:05et d'avoir, de donner suffisamment de résilience à ces sociétés
15:09pour qu'elles puissent ensuite passer crantées
15:11et arriver au niveau opérationnel.
15:12Sylvain Bataillard, peut-être un mot sur cette résilience nécessaire
15:15pour percer cette vallée de la mort ?
15:19Oui, tout à fait.
15:20Surtout quand on arrive dans tout ce qui va être innovation de rupture,
15:23où on développe vraiment une technologie
15:25où il faut la faire maturer,
15:26qu'elle trouve son marché, qu'elle trouve son usage.
15:29Et là, c'est sûr que c'est un petit chemin
15:32qui peut être plus ou moins compliqué
15:33en fonction du contexte, beaucoup, en fonction des entreprises.
15:36Mais en tout cas, c'est quelque chose qui est nécessaire
15:37pour vraiment avoir en effet ce foisonnement de projets
15:41qui permet de découvrir de nouveaux usages,
15:45de nouvelles technologies,
15:46et vraiment d'avoir de l'innovation,
15:47de rupture et développer des nouvelles choses.
15:49Et ça permet aussi de garder l'Europe
15:52à la pointe et du spatial et de la défense
15:55et de ne pas se faire complètement distancer
15:57par nos compétiteurs adversaires,
16:00slash alliés, un petit peu tout le monde.
16:03Mais oui, je pense que c'est très, très important.
16:05D'autant plus que chaque euro investi
16:07dans le spatial et la défense,
16:09et le spatial de défense,
16:10a un effet vraiment multiplicateur
16:12pour l'économie civile,
16:13par l'innovation, la diffusion des technologies,
16:15la création d'emplois,
16:16qui sont à haute valeur ajoutée.
16:18Ce ruissellement, puisqu'on utilise le mot ruissellement,
16:22ce ruissellement structurel,
16:24il justifie pleinement que l'espace
16:26soit désormais considéré non seulement
16:28comme un outil civil, un outil militaire,
16:32mais aussi comme une infrastructure économique stratégique
16:35pour la souveraineté européenne,
16:37puisqu'on parle beaucoup de souveraineté aussi,
16:39l'aspect chaîne d'approvisionnement,
16:42ne pas avoir des composants ITA
16:44issus des États-Unis.
16:45Donc ça, c'est très, très important.
16:46Oui, c'est important de le rappeler.
16:47J'aimerais qu'on aborde ce sujet.
16:49C'est-à-dire qu'on part de cette aubaine
16:50qu'on peut représenter la défense.
16:52Mais il y a aussi beaucoup de contraintes
16:54pour développer un marché sur la défense.
16:56Vous avez parlé de ces réglementations,
16:58vous avez cité l'éditard.
16:59Quand on exporte une technologie aux États-Unis,
17:02on perd aussi un petit peu
17:05de son secret technologique au passage.
17:07On ne peut pas se permettre ça
17:08avec n'importe quelle technologie en Europe
17:10quand on parle de souveraineté.
17:12C'est vrai que les Américains sont malins
17:15et si on veut conquérir des parts de marché là-bas,
17:20ils vont demander à ce qu'une filiale soit créée,
17:23d'engager des ingénieurs sur place,
17:26de faire évoluer peut-être la solution européenne.
17:30Et à ce moment-là, paf, on n'est plus ITA free.
17:33Donc, il faut vraiment être très prudent.
17:36Et j'invite les entrepreneurs qui sont sur ces sujets
17:40de s'entourer des meilleurs conseils
17:42pour éviter les pièges.
17:44Oui, mais voilà, ils vont là où les contrats se présentent.
17:46Oui, mais on l'a vu aussi,
17:47il y a un marché européen solvable très important.
17:51Il y a tout à faire.
17:52Donc, le nombre de satellites,
17:55dans votre émission, on connaît ça par cœur,
17:57il y a 4 ans, il y avait 4 000 satellites.
18:00Là, on est à 13 000 d'après le baromètre
18:02du trafic orbital de Look Up Space.
18:0440 000 dans nos prévisions dans les 10 prochaines années.
18:07Donc, ce sont des dizaines de milliers de satellites
18:09qu'il faut fabriquer en mode low cost.
18:11Il faut les lancer.
18:13Donc, on a parlé d'Excelespace.
18:15Il faut éviter qu'ils se percutent les uns les autres
18:16aussi, accessoirement.
18:18Donc, ça, c'est le SST, Space Surveillance Trafic.
18:22Et on a pas mal de belles entreprises en Europe
18:25qui sont en train de se développer sur ce créneau
18:26pour cartographier parfaitement tous les objets en orbite,
18:29les débris comme les satellites.
18:32Donc, ce mouvement migratoire qu'on peut constater,
18:35vous pensez qu'il n'est pas voué à...
18:37Nous, en ce moment, on pense que nos entreprises
18:41en investit en Europe,
18:42on accompagne des entreprises européennes.
18:45Il y a déjà pas mal à faire en Europe.
18:47Après, il y a des marchés en Asie, au Middle East.
18:52Les États-Unis, bien sûr, c'est le premier marché.
18:54Il faut aller à Colorado Springs et ailleurs
18:57et essayer de...
18:58Mais avec prudence.
19:00Avec prudence, d'autant plus que...
19:02Bon, on a un peu un débouclage
19:04un peu entre ces deux continents.
19:09Les Américains vont toujours favoriser
19:10les solutions américaines.
19:12Donc, c'est peut-être qu'il faut être...
19:14Il faut patienter un petit peu.
19:15Il faut être prudent, c'est sûr.
19:16Et puis, on a cette politique américaine...
19:16Et puis, en plus, les entreprises
19:17ne sont pas encore, peut-être, mûres même
19:19pour affronter le grand marché américain.
19:22Moi, je suis assez prudent
19:24sur cette capacité d'aller à l'export.
19:28Il y a de belles opportunités
19:29en tant que fournisseur des Américains.
19:32Produire aux États-Unis, ça coûte cher.
19:34Ça vient avec plein de contraintes.
19:35Et ensuite, réexporter,
19:37on l'a vu et on l'a dit, c'est compliqué.
19:39Mais il y a énormément de produits
19:40aujourd'hui de satellites américains
19:41qui ont des composants européens
19:42parce qu'ils sont très performants,
19:45parce qu'ils sont beaucoup plus abordables.
19:47Et donc, c'est un levier d'entrée.
19:48L'aventure américaine,
19:49il y en a qui ont essayé,
19:50il y en a qui ont eu des problèmes.
19:51Il faut trouver le bon curseur.
19:54Et donc...
19:55On a des acteurs comme Anywaves, récemment,
19:57qui ont essayé d'implantation aux États-Unis.
19:58Et qui a pris une formule relativement intelligente.
20:03Là où, on a vu il y a 20 ans,
20:05des gens ont tenté l'aventure
20:05du petit satellite aux États-Unis.
20:07Et les portes des appels d'offres
20:09n'ont jamais été ouvertes.
20:10Et à la fin,
20:11c'était soit disparu, soit été racheté.
20:13Donc, l'aventure américaine,
20:15elle se tente à nouveau,
20:16mais avec prudence, avec intelligence,
20:18considérant que l'Atlantique
20:19est de plus en plus large.
20:21Les deux bords sont le plus éloignés.
20:23Et il faut aussi voir le coût de l'opportunité
20:24par rapport à d'autres marchés export.
20:26Évidemment, en Europe,
20:27on a aussi nos propres contraintes.
20:28On ne veut pas vendre à certains pays.
20:29Je pense notamment à la Chine.
20:31Mais il faut aussi comprendre
20:32que des fois,
20:33donner une coloration américaine
20:34à certains produits,
20:35ça peut aussi fermer certains marchés.
20:36Donc, c'est une question de curseur à trouver.
20:38Est-ce que ça veut dire
20:39mettre ce qu'on appelle un firewall,
20:40une murel de Chine,
20:41où on sépare les deux entités ?
20:43Est-ce qu'il y a une continuité,
20:43une partie de la production
20:44qui commence en Europe,
20:46terminée aux États-Unis ?
20:47C'est une formule qui est finalement
20:49adaptable pour chacune de ces sociétés.
20:52Mais là, il va falloir maturer
20:53tous ces process et ces possibilités.
20:55Dans un monde d'incertitude
20:56où les règles du commerce mondial
20:57changent tous les jours.
20:59Je reviens deux secondes
20:59sur l'accès à l'espace.
21:01C'est qu'actuellement,
21:01aux États-Unis,
21:02pour l'accès à l'espace,
21:04bien sûr, il y a SpaceX,
21:05il y a quelques autres entreprises.
21:07Mais sur le micro-lanceur,
21:11sur l'envoi d'un satellite
21:12de 200 ou 300 kilos,
21:14ils ont Rocket Lab,
21:16qui vaut 24 milliards de dollars en bourse,
21:18mais qui perd de l'argent
21:20à chaque lancement.
21:22Et c'est là où c'est intéressant
21:24ce que fait Hyperspace
21:25ou Latitude ou d'autres.
21:27C'est d'être très compétitif
21:32et de gagner de l'argent
21:33à chaque lancement.
21:35C'est ça qu'ils vont faire
21:35dans 3-4 ans.
21:38Et là, il y a un marché
21:40évidemment très important en Europe,
21:42et puis c'est important
21:42pour notre souveraineté,
21:43mais il y a aussi un marché
21:44chez les Américains,
21:46on verra.
21:47Ça sera intéressant,
21:48parce que pour l'instant,
21:49la solution qui existe là-bas,
21:51elle est chère.
21:52Sans compter que quand on est Européen
21:53et qu'on voit les États-Unis,
21:54en envoyant son satellite aux États-Unis,
21:57on l'importe et en le lançant en l'espace,
21:58c'est considéré comme une exportation.
21:59Donc ça rajoute
22:00une complexité supplémentaire.
22:01Bien sûr, technologique et de droit.
22:03Exactement.
22:04Et donc de process et d'administratif.
22:07Qui sont parfois lourds à gérer.
22:08Sylvain Bataillère,
22:09un mot peut-être sur cette aubaine
22:10que représente le secteur de la défense
22:12pour vous aujourd'hui
22:12et demain pour votre activité,
22:14avant de conclure cette émission ?
22:16C'est sûr que du côté hyperspace,
22:20vu qu'on développe des services de lancement
22:24basés sur une technologie
22:25de propulsion innovante.
22:26Donc forcément,
22:27la dualité est vraiment intrinsèque
22:31à tout ce qu'on fait.
22:32Donc forcément,
22:33il y a beaucoup d'opportunités,
22:34que ce soit de l'offre de services
22:36de lancement orbital, suborbital.
22:38Là, il y a pas mal de grands groupes
22:40et de startups qui sont intéressés,
22:42que ce soit pour le civil
22:43comme pour la défense,
22:44pour qualifier,
22:45même pour du suborbital,
22:46pour qualifier des équipements
22:48en réentrée à vitesse très élevée.
22:50Il y a vraiment énormément
22:51d'opportunités pour une entreprise
22:55comme nous dans la défense.
22:58Pour conclure,
22:59la prochaine destination,
23:01vous avez tous les deux
23:02envie de rajouter un petit mot
23:03sur ces projections hypersoniques,
23:05vous disiez ?
23:05Hypersonique,
23:06c'est la nouvelle étape clé
23:08dans les technologies missiles.
23:10Pouvoir tester,
23:11apprendre rapidement,
23:12aussi déployer.
23:13Ce sera une des composantes
23:14du Golden Dome
23:15à avoir cette capacité-là
23:16et la développer,
23:18et la maîtriser en France
23:19et en Europe,
23:20ce sera critique.
23:21C'est très bien
23:22d'avoir des sociétés comme ça.
23:24Si je peux ajouter aussi,
23:26n'oublions pas,
23:26les petites capsules,
23:28les mini stations spatiales
23:31privées, automatisées,
23:33qui commencent à arriver
23:36et qui sont en cours
23:37de lancement,
23:39de préparation,
23:40et qui pourraient être
23:44le réceptacle
23:45de certains équipements
23:46qui pourraient ensuite
23:47être déployés
23:48sur un éventuel champ de bataille
23:50si cela était nécessaire.
23:52Si nécessaire,
23:53on espère bien sûr
23:54que ces projections
23:54resteront dans le domaine
23:55de la paix,
23:56évidemment.
23:57Merci à tous les trois
23:58d'avoir participé
23:59à ce talk
24:00sur la défense spatiale.
24:02On enchaîne,
24:03quant à nous,
24:03avec une dernière interview,
24:05l'espace durable
24:06sur Vsmart.
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