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  • il y a 6 minutes
Des nouvelles technologies aux nouveaux marchés, en passant par l'EU Space Act : comment les débris spatiaux sont en train de redessiner l'économie spatiale ? Cécilia Severi Gay reçoit Jean-Luc Maria, PDG d'Exotrail, Philippe Blatt, Président et Directeur général d'Astroscale, et Quentin Verspieren, Responsable du programme de sécurité spatiale à l'ESA.

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Transcription
00:03Les débris spatiaux, c'est le fléau de l'orbite terrestre, mais c'est aussi paradoxalement un vrai gisement d
00:09'innovation du secteur spatial aujourd'hui.
00:13Nouvelles technologies, nouveaux marchés, nouvelles réglementations.
00:17Comment transformer un problème en opportunité ?
00:20C'est la question qu'on va explorer ce soir avec trois acteurs qui sont en train de construire des
00:26solutions.
00:26Jean-Luc Mariam à droite, PDG d'ExoTrail, bonjour.
00:30Bienvenue sur le plateau de Smart Space.
00:31Juste à côté de vous, on a Quentin Verspiren, responsable du Space Safety Programme à l'Agence Spatiale Européenne.
00:39Bonsoir.
00:39Bonsoir.
00:40Bienvenue dans le plateau de Smart Space.
00:42Et puis en face, Philippe Blatt, président managing director chez Astroscale.
00:45Bonsoir.
00:46Bienvenue sur le plateau de Smart Space.
00:48D'abord, le cœur du problème, on a aujourd'hui plus de 35 000 objets qui sont traqués en orbite.
00:55Des millions de fragments invisibles, eux, pour nos radars.
00:59Est-ce qu'on est en train de rendre certaines orbites inutilisables, Quentin ?
01:04Alors oui, effectivement, on observe une prolifération des débris spatiaux qui est liée au fait qu'on a encore des
01:10progrès à faire dans la manière dont on gère nos missions durant leur vie, leur phase opérationnelle.
01:18Mais aussi dans la manière dont on va les désorbiter, s'en débarrasser à la fin de leur vie pour
01:22éviter de polluer cette orbite.
01:24Et des fragmentations qui peuvent arriver sur des missions, des impacts avec des débris ou d'autres satellites vont créer
01:32une multitude de débris qui peuvent être assez dangereux puisqu'ils se déplacent à des vitesses faramineuses en orbite basse.
01:38Les impacts peuvent arriver à des vitesses équivalentes à 10 km par seconde.
01:43Et donc on imagine que même une petite bille de métal peut détruire un satellite entier.
01:49Donc il est urgent d'agir. Vous pilotez le programme de sécurité spatiale de l'ESA. Débris, astéorites, météorologie de
01:56l'espace, la liste est longue des dangers qui peuvent arriver en orbite terrestre.
02:01Quelle est la menace la plus immédiate aujourd'hui ?
02:05Alors les menaces, on va dire, sur les activités spatiales, dont vous avez parlé de la météorologie de l'espace,
02:10dont je peux parler très rapidement, qui sont les éruptions solaires.
02:12Et ces éruptions solaires, elles peuvent perturber nos systèmes dans l'espace, mais aussi sur Terre.
02:17Et pour ce qui concerne les débris spatiaux et les opérations de nos satellites, cette activité solaire, elle va aussi
02:23perturber les orbites, la très haute atmosphère qui reste un petit peu à très haute altitude et qui interagit avec
02:32nos satellites.
02:32Et donc ça crée beaucoup d'incertitudes, ce qui est le lien en fait avec la question du trafic spatial
02:37et des débris spatiaux, où on a une recrudescence du risque de collision entre deux satellites, deux débris ou un
02:45satellite et deux débris.
02:46Et là on parle de toutes les orbites, parce que vous parlez de l'orbite géostationnaire, mais ce risque-là
02:51de débris, il concerne toutes les orbites aujourd'hui ?
02:54Alors il concerne principalement l'orbite basse, qui est l'orbite historiquement qu'on a le plus utilisée, et l
03:01'orbite géostationnaire.
03:02Ces deux là sont vraiment, ces deux zones orbitales, sont vraiment les zones qu'on surveille de près, déjà parce
03:08qu'elles sont les plus utiles, et donc parce qu'on les a le plus utilisées.
03:12Et en particulier, le développement des méga constellations qu'on observe depuis plusieurs années se passe principalement en orbite basse,
03:20où le nombre d'objets a été multiplié par plusieurs ordres de l'an d'un.
03:25Bien sûr, on connaît ces chiffres, on parle souvent de Starlink notamment, des dizaines de milliers de satellites encore à
03:32venir.
03:34Alors pardonnez-moi de la poser comme ça cette question, mais est-ce qu'on n'a pas un peu
03:37trop tardé à prendre au sérieux ce sujet-là ?
03:40Et je me tourne vers vous trois pour vous poser cette question-là, vous parlez des risques, vous parlez de
03:45la puissance d'un micro-débris sur tout le marché, et on parle d'un marché économique.
03:49Donc est-ce qu'on n'a pas un peu tardé ?
03:52Alors l'espace est grand, les parties utiles de l'espace ne sont pas infinies.
03:57Et c'est cette réalisation, je pense, qui a pris du temps.
04:01On considérait qu'on avait assez de place.
04:03Mais on a commencé justement à se rendre compte que de plus en plus, il fallait faire des manœuvres d
04:07'évitement de débris.
04:08Nous c'est quelque chose à l'ESA, au niveau de la direction des opérations qui contrôlent les satellites, tels
04:12que Copernicus, etc.
04:15Dix ans en arrière, on ne faisait pas de manœuvre d'évitement.
04:18Maintenant, tous les mois, toutes les semaines, on a des alertes pour des manœuvres d'évitement.
04:23Et même s'il n'y a pas d'impact, ça, ça coûte.
04:25Il faut plus de personnel, il faut utiliser le carburant du satellite pour faire ses manœuvres,
04:30donc de facto on réduit la durée de vie du satellite.
04:33C'est un moment où on ne peut pas faire d'observation pour le climat, pour la science.
04:37Donc il y a tout un coût même de l'évitement de collision.
04:40La collision en elle-même n'est pas le seul problème.
04:42D'accord, s'occuper de ce problème-là.
04:45Alors justement, on va parler de solutions concrètes.
04:47Vous êtes aussi là avec Exotrail et Astroscale pour parler de ça.
04:51Philippe Bladge, je me tourne vers vous.
04:53Chez Astroscale, vous êtes pionnier dans le retrait actif de débris, notamment.
04:58On en est où concrètement, techniquement, dans ces technologies-là ?
05:02On a passé la démonstration ?
05:03Alors on a passé la démonstration, on n'est pas encore sur de l'opérationnel.
05:09Ça a toujours été le moteur d'Astroscale.
05:12C'est une vision qui date d'il y a 15 ans.
05:14Ça a été le moteur d'Astroscale, libérer les orbites de l'encombrement futur.
05:18Vous aviez anticipé, vous, cette croissance exponentielle ?
05:21Il y a une vision, il y a 15 ans, qui peut paraître...
05:23Il y a 15 ans, les constellations les plus importantes, c'était Iridium Global Star, 100 satellites.
05:29Iridium, aujourd'hui, 10 000 satellites.
05:30Alors comment vous expliquez avoir vu, peut-être avant les autres ?
05:34Parce qu'au-delà des constellations qui viennent accroître cette surpopulation, il y a eu des expériences, il y a
05:44eu des catastrophes en orbite.
05:45Un satellite E-Telsat heurté par un satellite russe, ça c'était complètement involontaire, qui a créé des milliers de
05:52débris.
05:53Et ce sont des milliers de débris en orbite.
05:54Ça veut dire qu'une fois qu'ils sont produits, ils sont éjectés, ils occupent une grande place en orbite.
06:00Il y a eu des Chinois, des Russes et des Indiens qui ont tiré des missiles sur leurs satellites en
06:07fin de vie, pour faire des tests, pour montrer leur puissance spatiale.
06:10On a eu le carrus, d'ailleurs, il y a 2-3 ans, maintenant.
06:13Qui ont augmenté de façon... C'est très significatif.
06:16On voit les courbes du CNES, d'augmentation des débris en orbite.
06:18On a 3 sauts dans le temps, qui fait qu'on passe d'un problème anecdotique, connu, mais anecdotique, à
06:26un problème très important, d'effet boule de neige,
06:29qui fait que les débris créent des débris et rentrent dans une spirale, qu'on appelle la spirale de Kessler,
06:35qui rend le problème, comment dire, inquiétant.
06:40Difficile à éviter aujourd'hui, si on veut avancer sereinement dans le secteur spatial et sur le marché de l
06:45'orbite.
06:45Jean-Luc Marriott, un mot là-dessus.
06:46Alors, oui, peut-être quelques chiffres.
06:48On a passé en février la barre des 15 000 satellites actifs.
06:52Les projections à 2035, c'est à peu près 45 000.
06:56A peu près 130 millions de débris, de toute taille.
06:59Et comme disait Quentin, l'espace est grand, mais en fait, pour assurer des services terrestres, il y a quelques
07:06orbites d'intérêt.
07:07En fait, tout le monde va sur ces orbites-là.
07:09Et donc, c'est pour ça qu'il y a ces potentiels risques à ces endroits-là.
07:13Nous, côté Exotrail, la vision qu'on a, c'est important de parler de vision parce qu'on est nécessairement
07:18sur des sujets de long terme.
07:20Nous, la vision qu'on a, elle est un peu plus large qu'uniquement le sujet des débris.
07:23C'est le sujet de l'infrastructure.
07:24L'infrastructure spatiale est en croissance.
07:26C'est une construction de long terme, comme les infrastructures terrestres.
07:30Et après une phase d'exploration, les 70 dernières années, on pense, nous, qu'on commence à rentrer dans une
07:35phase de sécurisation, de réglementation, justement, pour assurer un avenir plus durable.
07:40Et donc, ça, c'est la première façon de voir l'espace.
07:42La deuxième façon, c'est donc l'enjeu de durabilité qui est associé à cette croissance.
07:46La troisième façon de le voir, on va sûrement y revenir après, c'est le sujet militarisation de l'espace.
07:50Et c'est quand on combine les trois, qu'il y a un sujet pour nous d'intérêt qui est
07:53de rendre cette infrastructure spatiale plus efficace.
07:58Votre pari, c'est quand même la mobilité.
08:00Et donc, le dénominateur commun pour nous de tout ça, c'est qu'il faut avoir la capacité d'agir
08:06sur l'infrastructure une fois qu'elle est déployée dans l'espace.
08:08Et en fait, l'élément clé derrière tout ça, c'est d'avoir la capacité de bouger.
08:12Alors, quand on est autour de la Terre, on bouge naturellement.
08:15Mais ça, ça veut dire rester statique en termes d'infrastructure.
08:18Et donc, l'enjeu pour les prochaines années, c'est vraiment de rajouter une couche de mobilité pour aller rejoindre
08:23des objets, potentiellement pour dépolluer,
08:25mais aussi potentiellement pour augmenter la durée de vie des objets, pour aller inspecter des objets qui pourraient ne plus
08:31fonctionner, pour mieux comprendre ce qui s'est passé.
08:33Et donc, c'est un peu ce spectre plus large, nous, qu'on embrasse.
08:37Et on y répond par développer effectivement des solutions de mobilité.
08:40Ça passe par des moteurs et ça commence à passer par ce qu'on appelle des satellites de services en
08:44orbite.
08:44On pourra revenir sur la définition de ce que sont les services en orbite.
08:48Mais vous l'avez dit, c'est cette économie aussi de la durabilité qui est en train de se construire,
08:52en fait, finalement,
08:53et ces usages du haut qui sont en train d'émerger.
08:55C'est-à-dire qu'on a ce problème-là des débris spatiaux.
08:58Il faut trouver des solutions.
08:59Et le constat est posé.
09:00Mais plus on développe les technologies comme les vôtres, plus on arrive à se rendre compte qu'il y a
09:04tout un marché derrière qui peut éclore de ce besoin-là.
09:07Philippe ?
09:08Effectivement, c'est une course technologique.
09:11Nos solutions et notre ambition, c'est toujours la désorbitation des objets actifs,
09:16c'est-à-dire des objets qui sont non contrôlés, des débris.
09:19Donc, ça veut dire qu'il faut s'en rapprocher, il faut se synchroniser, il faut s'amarrer.
09:23Donc, c'est extrêmement complexe, extrêmement délicat, extrêmement sensible,
09:28parce qu'on peut arriver à créer d'autres débris si on s'y prend mal.
09:32Donc, il y a tout un volet safety très important.
09:35Mais en faisant ça, qui était une mission, je dirais, liée à la durabilité de l'espace,
09:41on se rend compte qu'on développe des technologies qui permettent de faire plein d'autres choses.
09:44Oui, alors un exemple concret, vous venez de raconter qu'on peut s'approcher d'un satellite,
09:48ça, ça peut rentrer dans le cadre de la défense, la surveillance ?
09:50Alors, ça rentre typiquement dans le cadre de la défense, que ce soit en orbite basse ou en orbite géostationnaire.
09:55L'objectif, bon, le satellite Looch, qui est un satellite russe, s'est approché d'un satellite européen, franco-italien,
10:03Athenavidus, il y a quelques années, et ça a créé un choc.
10:05On se rappelle de...
10:06Voilà, ça a créé un choc, on se rend compte, donc on n'est pas tout seul, non seulement on
10:09n'est pas tout seul,
10:10mais on a des gens qui ne veulent pas que du bien.
10:11Et donc, il y a des besoins de réponse, des besoins de réponse, d'identification, d'inspection, de caractérisation,
10:17mais surtout de dire, je suis là.
10:19Voilà, je suis là, je peux bouger, je te vois, et comme je te vois, tu peux t'imaginer que
10:25je peux aussi moi-même faire quelque chose
10:27pour défendre mes propres besoins, je peux éventuellement interférer sur ta volonté de vouloir me nuire.
10:33Et tout ça, ça demande de la mobilité.
10:35Et juste un point, sur ce qu'on appelle les services en orbite, ou la mobilité,
10:39tous les satellites jusqu'à présent, avant ces satellites dont on parle, étaient des satellites qu'on mettait sur une
10:44orbite,
10:45et dont l'objectif unique était d'être maintenu sur cette orbite.
10:48On le maintenait, mais c'était, je dirais, pas la mission principale.
10:51La mission principale, c'était de prendre des photos de la Terre, d'émettre des transmissions, de faire du Galileo,
10:58que ça soit en Géo, en Léo, en Méo, sur les différents types d'orbites, mais ils restaient sur leur
11:04orbite.
11:04Là, c'est une problématique totalement différente.
11:07C'est la première fois qu'on a des satellites voyageurs.
11:10C'est des satellites qui sont capables de changer d'orbite,
11:13mais de façon dont la mission principale est de changer d'orbite,
11:16que ce soit pour faire de la mobilité, pour protéger des scies militaires,
11:20pour remplir de carburant un satellite, et aller le faire plusieurs fois.
11:24Et donc, c'est un paradigme complètement différent.
11:27La durabilité comme modèle économique à part entière,
11:32c'est un sujet aussi que le Space Safety Programme veut pousser, peut-être,
11:35pour mettre en avant ces enjeux-là ?
11:38Oui, tout à fait. Nous, on a deux lignes, on va dire, sur ce sujet-là.
11:41Il y a déjà, disons, gérer la situation d'urgence,
11:45qui est de moins générer de débris avec les satellites qu'on va produire dans les années qui viennent.
11:49C'est une approche qu'on appelle zéro débris,
11:51pour laquelle on investit énormément auprès de l'industrie,
11:55on travaille avec la communauté pour avancer de concert.
11:58Donc ça, c'est déjà, on va dire, la priorité.
12:00Mais malgré tout, si j'utilise une métaphore que Jean-Luc et Philippe ont beaucoup entendue,
12:06pour moi, le secteur spatial doit se normaliser,
12:09et en comparant le secteur spatial au secteur automobile, c'est très visuel.
12:14Un satellite, c'est extrêmement cher,
12:15on l'utilise jusqu'à ce qu'il n'ait plus de carburant,
12:17et ensuite, on s'en débarrasse.
12:18C'est comme si, pour conduire à Paris,
12:21vous achetiez une Ferrari, vous appelez l'usine à Modène,
12:24vous leur demandez de livrer la Ferrari à Paris en jet privé,
12:27parce que c'est l'équivalent, le même ordre de grandeur
12:29pour le coût du satellite et le coût du lanceur.
12:32Et ensuite, elle vous est livrée,
12:33et vous pouvez l'utiliser, soit jusqu'à ce qu'elle tombe en panne,
12:36soit jusqu'à ce qu'elle n'ait plus de carburant.
12:38Alors, je n'ai jamais vu ce genre de voiture,
12:39mais je suppose que ça va assez vite.
12:41Et si on est un acteur un petit peu à l'ancienne,
12:44pas très sérieux, on la laisse au milieu de la route.
12:46Si on est un acteur assez sérieux,
12:48on la met sur le bas-côté et on la brûle.
12:51C'est le fonctionnement du secteur spatial.
12:53Et donc, ce que proposent très modestement Jean-Luc et Philippe,
12:57et aussi le programme de sécurité spatiale,
12:59avec le soutien qu'on donne à diverses entreprises,
13:02c'est de dire, effectivement, il nous faut des dépanneuses.
13:04Il nous faut des gens qui puissent inspecter
13:06si jamais la voiture a un problème.
13:07Il nous faut des stations essence.
13:09Il nous faut des capacités de réparation.
13:11Alors, bien sûr, c'est plus facile à dire
13:13qu'à faire dans l'espace.
13:15Ça, c'est évident.
13:16Mais par contre, ce n'est pas uniquement une révolution,
13:20c'est en fait une normalisation du secteur.
13:22Alors, on est obligé, il faut parler réglementation aussi.
13:25Vous l'avez dit à un moment donné.
13:26Et bon, c'est quand même le sujet brûlant.
13:28Le U-Space Act, le texte dont tout le monde parle.
13:32Et donc, qui concerne aussi cette idée de durabilité,
13:37avec l'enjeu de créer un cadre harmonisé.
13:40C'est l'objectif de ce Space Act.
13:43C'est très ambitieux.
13:45Assorti de certaines clauses d'accès au marché qui font débat.
13:49On a eu d'ailleurs des réactions côté Astroscale
13:53récemment aux Etats-Unis à ce sujet.
13:54Avec des membres de l'entreprise qui disaient
13:57que c'était peut-être un peu rétrograde
13:59dans la vision d'aborder la réglementation européenne.
14:04Est-ce que c'est une solution qui peut permettre,
14:06les objectifs, c'est aussi de réduire d'ici 2030
14:10l'émergence de débris dans l'espace ?
14:11Est-ce que c'est une solution ?
14:13Est-ce que c'est une bonne approche pour encadrer le secteur
14:18et pousser vers la durabilité ?
14:20Quel est votre regard là-dessus, monsieur ?
14:22Je peux m'exprimer là-dessus.
14:24Comme je disais tout à l'heure,
14:26quand on regarde l'histoire des infrastructures,
14:29on a besoin, à un moment donné,
14:30de passer d'une phase d'exploration un peu tout azimut
14:32à une phase où on va commencer à structurer,
14:36sécuriser et réglementer.
14:38C'est inéluctable.
14:39Si on veut avoir une exploitation de long terme
14:41de cet environnement qui est plus fragile
14:43probablement que tous les autres sur Terre
14:46parce que plus rare en termes d'orbite utile,
14:48alors c'est un passage obligé.
14:50Après, il y a une réponse d'entrepreneurs,
14:52d'entreprises qui est effectivement
14:54attention à la réglementation,
14:56que ça ne vienne pas trop contraindre,
14:58trop contraindre, je ne dis pas contraindre,
15:01trop contraindre l'opération des entreprises
15:03comme les nôtres.
15:05Cela dit, les sujets qui nous intéressent,
15:07c'est quand même la croissance de l'infrastructure,
15:09c'est en particulier le sujet des débris spatiaux,
15:12pas que, mais en particulier.
15:13Et donc, c'est aussi à voir pour nous
15:15comme une opportunité de positionnement.
15:18Plus il va y avoir d'objets dans l'espace,
15:20plus il va y avoir besoin d'avoir un code de la route,
15:23parce que c'est quand même de ça dont on parle aujourd'hui.
15:27Et donc, en code de la route,
15:29il y a des entreprises qui sont là
15:31pour aider à le faire appliquer,
15:33pour trouver les solutions,
15:34pour bien signaler les déplacements, etc.
15:37Donc, c'est quand même un écosystème
15:40qui doit se bâtir.
15:41La réglementation est un passage obligé.
15:43Bien évidemment, il faut faire attention,
15:44et c'est le rôle d'entreprises comme nous,
15:46de porter aussi notre voie
15:47pour dire voilà quelles sont les potentielles solutions,
15:50mais aussi attention à la compétitivité
15:53de nos entreprises,
15:53parce que comme toute réglementation,
15:55il faut voir le périmètre d'application.
15:57Il faut que les règles soient idéalement
16:00les mêmes pour tout le monde.
16:02Votre avis, Philippe Latte, sur la question ?
16:05C'est une réglementation nécessaire,
16:07en tout cas en ce qui nous concerne,
16:08pour arriver à faire des business plans.
16:12Notre objectif, c'est le service à pré-vente en orbite.
16:14Ça n'existe pas.
16:15C'est le seul industrie qui n'a pas de service à pré-vente.
16:19Le modèle que j'aime bien,
16:20alors j'ai adoré l'anecdote de Quentin,
16:23mais le modèle que l'on aime bien,
16:25nous, c'est le traffic management
16:27de l'aviation civile,
16:29qui est réglementé.
16:30Ça a pris 100 ans,
16:31c'est pas simple,
16:32avec une différence fondamentale,
16:34c'est que les avions,
16:35ils décollent d'un territoire,
16:36ils atterrissent sur un autre territoire.
16:38Donc, ils survolent la Terre,
16:40et ils appartiennent toujours à une zone
16:41qui est référente d'un certain territoire,
16:44d'une certaine réglementation.
16:45Les satellites en orbite basse,
16:47ils tournent autour de la Terre.
16:48Donc, ils sont lancés d'un certain endroit,
16:50mais après, ils passent au-dessus de tous les pays.
16:52D'où la difficulté de la réglementation.
16:54Mais si on veut réglementer
16:56de façon à rendre les choses non anarchiques,
16:58parce que, à part la réglementation
17:00sur les fréquences aujourd'hui,
17:02qui permet aux gens
17:03de ne pas s'interférer,
17:05à part ça,
17:05l'espace est anarchique.
17:07On a souvent abordé ce sujet.
17:09L'espace est anarchique
17:10en termes de trajectoire.
17:11En termes de trajectoire.
17:13Donc, si on veut mettre
17:14un peu d'ordre là-dessus,
17:16uniquement pour pouvoir mettre
17:17davantage de satellites
17:18sans brouillage,
17:19avec des missions
17:20qui vont jusqu'au bout
17:21sans fracturation,
17:23sans choc,
17:24avec des débris
17:24ou d'autres satellites,
17:26et si nous, on veut établir
17:27un business plan
17:28qui nous permet
17:29de désorbiter,
17:30de faire de la mobilité en orbite
17:32de manière à satisfaire
17:33ces réglementations-là,
17:34c'est une façon valable
17:35d'établir des business plans.
17:38Donc, oui,
17:38pour une réglementation.
17:40Oui.
17:40Mais il faut bien la calibrer.
17:41Oui, pour une réglementation
17:44nécessaire
17:44à un bon trafic.
17:45Bien sûr.
17:45C'est ça.
17:46Ce n'est pas une réglementation
17:47pour distribuer des amendes.
17:49C'est uniquement
17:49pour avoir un bon trafic.
17:50Le bon exemple,
17:51c'est la réglementation
17:52des fréquences.
17:53Personne n'est pour.
17:54Personne n'est contre.
17:55Mais tout le monde constate
17:56qu'il le faut absolument.
17:57Parce qu'autrement,
17:58on ne peut pas communiquer.
18:00Quentin Vaspirine.
18:01Je souscris totalement
18:03à ce qui a été dit.
18:04Cette réglementation,
18:04elle est importante
18:06pour garantir
18:07un certain niveau d'équité,
18:09je dirais,
18:09en Europe sur ces sujets-là.
18:11La clause d'accès au marché
18:12est aussi quelque chose
18:13d'important parce que,
18:13bien sûr,
18:14l'idée n'est pas
18:15d'imposer des contraintes
18:16extrêmement fortes
18:16à l'industrie européenne
18:18pour laisser tous les autres
18:20qui voudraient fournir
18:21des services en Europe
18:22suivre des règles
18:23totalement différentes.
18:24C'est toujours cette question-là
18:26finalement qui revient,
18:27que ce soit dans le secteur spatial
18:29ou dans toute autre question
18:30de souveraineté numérique
18:31notamment.
18:31Voilà.
18:32Et notre positionnement
18:34à l'ESA,
18:35alors bien sûr,
18:35sur le texte,
18:36je n'exprimerai pas
18:37d'avis particulier.
18:38Effectivement,
18:38on travaille avec tout type
18:39d'acteurs pour leur fournir
18:40un soutien technique
18:42et notre expertise
18:43de développeurs
18:44de systèmes
18:44et d'opérateurs.
18:45Mais notre rôle
18:46fondamentalement à l'ESA,
18:48c'est de se dire
18:48la réglementation viendra.
18:49Ça, c'est certain.
18:50Pas uniquement en Europe,
18:51on le voit
18:52tout autour du monde.
18:53aux États-Unis,
18:54la réglementation
18:55est assez stricte,
18:56au Japon.
18:57Et donc,
18:57la question,
18:58c'est comment est-ce
18:59que notre industrie
19:00peut se positionner
19:01en avance
19:02pour être la plus compétitive
19:04dans un nouveau paradigme
19:06où les règles
19:06seront assez strictes.
19:08Et ça, c'est 100%
19:09le rôle de l'ESA.
19:10C'est de dire
19:11comment est-ce qu'on
19:11accompagne cette transition.
19:13Et une donnée intéressante
19:15dont on s'est rendu compte
19:15quand on a étudié
19:16notre stratégie zéro débris,
19:18c'était de dire
19:19qu'entre une plateforme
19:20de satellites,
19:21c'est-à-dire un gros satellite
19:22en orbite basse,
19:23observation de la Terre,
19:24par exemple,
19:25entre un satellite
19:26qui va générer
19:27beaucoup de débris,
19:28une version assez ancienne
19:29et une version moderne
19:30que nous,
19:31on appelle zéro débris,
19:32le coût unitaire
19:34récurrent de ces modèles-là
19:35est à peu près le même.
19:37C'est de l'ordre
19:37de 2% environ
19:39d'augmentation
19:39entre une plateforme
19:41non zéro débris
19:42et une plateforme zéro débris.
19:43Ce qui coûte très cher,
19:44c'est le coût d'investissement.
19:46Et notre rôle
19:47d'organisme public,
19:48mais de la même manière
19:49pour le CNES,
19:50la DLR,
19:51l'Agence spatiale italienne,
19:52c'est d'aider
19:53à absorber
19:54ce coût d'investissement,
19:55à le soutenir.
19:56Et c'est ce qu'on fait
19:57via des contrats
19:58avec différents plateformistes,
20:00différents fournisseurs
20:01de systèmes
20:02pour lesquels
20:02on les paye
20:03pour développer
20:04ces nouvelles plateformes.
20:05D'abord,
20:06parce que nous,
20:06on veut les utiliser
20:07pour toutes nos prochaines missions,
20:08mais ensuite,
20:09eux pourront vendre
20:10ces nouvelles plateformes,
20:11pourront vendre
20:12ces services
20:12sur un marché
20:14qui le demandera.
20:16Absorber ce coût
20:17comme ça,
20:17ça rend service
20:18aux entreprises
20:19comme la vôtre
20:19pour pouvoir avancer.
20:20Vous avez besoin
20:22de toute façon
20:23de cette aide publique
20:23ou alors
20:24les investisseurs privés
20:26aussi
20:26voient l'intérêt
20:28de développer
20:29ces technologies-là ?
20:30Alors,
20:30il y a plusieurs façons
20:31de répondre à ça.
20:32La première,
20:33c'est,
20:34comme disait Quentin,
20:34c'est une transformation,
20:36c'est une transition.
20:38Le pouvoir public,
20:39les pouvoirs publics
20:40sont là pour accompagner
20:41les phases de transition.
20:42Donc,
20:43ils doivent se positionner
20:44ce qu'on appelle
20:44un client d'ancrage.
20:45C'est fondamental.
20:46Et absorber,
20:48pas 100%,
20:48mais une partie,
20:50effectivement,
20:50des coûts de développement.
20:52à charge à des entreprises
20:53comme les nôtres
20:54de montrer
20:54à des investisseurs privés
20:56qu'en investissant
20:57sur le restant
20:58du développement,
21:00il y a une activité
21:01économique.
21:03Économique,
21:03ça ne veut pas dire
21:04que privée.
21:05Économique,
21:05c'est privé
21:06et institutionnel,
21:07in fine.
21:08Mais à nous
21:09de montrer
21:10aux investisseurs privés
21:11qu'il y a cette voie-là,
21:12qu'il y a ces business plans
21:13qui sont possibles.
21:15Et donc,
21:15c'est bien
21:15dans la combinaison
21:16entre des clients d'ancrage
21:18type institutionnel
21:19dans cette phase
21:19de transition
21:20et des investisseurs
21:21et là,
21:22je vais insister là-dessus,
21:23qui ont une compréhension
21:25de ces enjeux
21:25de long terme.
21:26C'est ça qui est fondamental.
21:28On parle un peu
21:28d'une licorne là,
21:29c'est-à-dire que
21:30ce n'est pas évident
21:30encore aujourd'hui
21:31d'avoir suffisamment
21:32d'investisseurs
21:33qui ont cette compréhension-là
21:35et qui sont capables
21:35d'investir sur le long terme.
21:37Alors,
21:37ça va dépendre aussi
21:38des zones géographiques.
21:40En Europe,
21:40effectivement,
21:41il y a encore du travail
21:42pour arriver
21:43à trouver
21:44cette typologie
21:44d'investisseurs
21:45qui ont à la fois
21:46cette vision de long terme
21:47et à la fois
21:47la capacité d'investissement
21:49suffisante.
21:49C'est un sujet
21:51assez profond.
21:53On le voit
21:54depuis quelques années
21:56et là,
21:56ça s'est très fortement
21:57accéléré ces derniers mois.
21:58Aux États-Unis,
21:59à nouveau,
21:59il y a une très forte dynamique
22:01d'investissement privé
22:02sur ces sujets
22:03de transformation
22:05de l'infrastructure.
22:06D'accord.
22:07Vous l'expliquez par quoi ?
22:09Alors,
22:09à la fois parce qu'il y a
22:11des entreprises
22:11du new space américain
22:13qui commencent,
22:14qui sont vraiment
22:14commencées à arriver
22:15à un niveau de maturité.
22:16on va dire industrielle.
22:18Il y a toujours
22:19un petit décalage
22:19quand même en Europe
22:20mais l'Europe est en train
22:21de suivre cette trajectoire-là
22:23donc je suis assez confiant
22:25pour qu'en Europe
22:26on arrive à faire émerger
22:28des sociétés
22:29comme les nôtres
22:29qui arrivent
22:30à se positionner
22:31avec un bon positionnement
22:33à l'échelle mondiale
22:34sur ces sujets-là
22:34de services à l'infrastructure
22:36et en particulier
22:37de durabilité.
22:38Donc la combinaison
22:39c'est un peu
22:39une ligne de crête,
22:41c'est très clair
22:41mais on voit
22:42que les institutionnels
22:44font cet effort-là
22:45aujourd'hui
22:45à la fois de prise de conscience
22:47et de structuration
22:48de premiers programmes
22:49d'accompagnement
22:49clients d'ancrage.
22:51Nous on arrive
22:52quand même à trouver
22:52des investisseurs
22:53qui comprennent
22:54ces problématiques-là
22:55et qui sont prêts
22:55à s'engager sur le long terme.
22:57Reste à trouver
22:57les bons investisseurs
22:58qui ont cette volumétrie
22:59financière suffisante
23:00et c'est bien
23:01dans la combinaison des deux
23:02qu'on arrivera
23:03en fait à passer
23:03cette étape-là.
23:04Un mot, Quentin ?
23:05Oui, effectivement
23:06on voit qu'il y a une appétence
23:07du secteur privé
23:08pour investir
23:09dans ces solutions-là.
23:09On a énormément de projets
23:11qui fonctionnent
23:11en cofinancement
23:12où l'ESA va financer
23:14uniquement une partie
23:14mais il y a une vraie motivation
23:15du côté industriel
23:16aussi d'investir là-dedans
23:18et on a aussi des outils
23:19par exemple
23:20un Investor Forum
23:21qui a été établi
23:22qui nous permet
23:23justement
23:24d'agréger
23:26cette demande
23:26d'investisseurs
23:27dans le genre d'entreprise
23:29tel qu'Astroscale
23:30et Exotrail
23:30et où nous
23:31on va leur fournir
23:32un soutien
23:33pour comprendre
23:34les business plans
23:36comprendre l'environnement.
23:37On est très fréquemment
23:39contactés
23:40par notre direction
23:41de la commercialisation
23:42nous en tant qu'experts
23:43sur ces sujets-là
23:44pour répondre
23:45à des investisseurs
23:46et leur dire
23:46ben voilà
23:46tel projet
23:47c'est plutôt porteur
23:48l'environnement
23:49pousse à s'intéresser
23:51à des entreprises
23:51comme Astroscale
23:52et Exotrail
23:52ça on le fait
23:53tous les jours.
23:54Avant de conclure
23:55allez-y Philippe Blatt
23:56mais sur votre regard
23:57aussi avec cette branche
23:59en France
23:59ça peut être intéressant.
24:00C'est un nouveau modèle
24:01malgré tout
24:02parce que
24:03les investisseurs privés
24:05dans le spatial
24:06il y a 15 ans
24:07ça existait très peu
24:09les investisseurs
24:10qui existaient
24:10c'était les opérateurs télécom
24:11qui achetaient
24:13des satellites télécom
24:14pour faire un business
24:14c'était pas des investisseurs
24:16c'était des clients.
24:17Là on a des entreprises
24:19des particuliers
24:21des fonds
24:22qui investissent
24:23sur l'espoir
24:24que ce marché
24:25va émerger
24:25et ça c'est une catégorie
24:27d'investisseurs
24:28et à ceux-là
24:29mais aux institutionnels
24:31aussi
24:31on a démontré
24:33nous
24:33une excellence
24:34et une valeur ajoutée
24:34montrer qu'on va offrir
24:36un service
24:37quelque chose
24:38qui n'existe pas
24:38et qui va améliorer
24:42la qualité
24:43des services en orbite
24:44d'une part
24:45mais aussi
24:46qui va permettre
24:46de créer
24:47commercialement
24:48un vrai business
24:49et ça
24:50ça se fait
24:50par la technologie
24:51ça se fait
24:52par un soutien
24:53institutionnel
24:54c'est de l'investissement
24:55institutionnel
24:56par exemple français
24:57qui a un intérêt
24:58de soutenir l'entreprise
25:00parce que
25:00c'est mieux
25:01pour la France
25:02d'avoir des champions
25:02souverains français
25:03pour avoir
25:04des entreprises françaises
25:06qui soient les premiers mondiaux
25:07sur le sujet
25:08donc c'est un double investissement
25:10public-privé
25:11d'une nature
25:12pour le spatial
25:13qui n'était pas courante
25:15il y a encore 15 ans
25:16Merci à tous les trois
25:18d'avoir pris le temps
25:18d'échanger sur ce sujet crucial
25:20des dévisions spatiaux
25:21et puis ces solutions
25:22innovantes qui émergent
25:23et ce nouveau marché
25:24on en reparlera certainement
25:25dans cette émission
25:26ensemble
25:27on enchaîne
25:27quant à nous
25:28avec notre dernière séquence
25:29sur Bismarck
25:30?
25:30?
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