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  • il y a 22 heures
Thierry Francou, PDG d'Eurenco, était l'invité d'Erwan Morice dans Good Morning Business, ce mardi 12 mai. Ils sont revenus sur la façon dont le groupe fait face à la croissance de la demande pour la filière munitions, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Et on parle armement et défense ce matin avec notre invité, un industriel français.
00:04Bonjour Thierry Franco.
00:05Bonjour Erwin.
00:06Merci d'être sur notre plateau.
00:07Vous êtes le PDG de Renko, groupe français numéro 1 européen des poudres et des explosifs militaires.
00:14Les Européens qui continuent de constater que les Américains ne seront pas toujours forcément là.
00:20On le voit encore aujourd'hui avec un enlisement sur la guerre en Iran et pas de solution diplomatique jusqu
00:26'à maintenant.
00:27Donald Trump d'ailleurs qui s'en agace.
00:30Et Washington qui a un petit peu laissé ses alliés pour remplir ses propres stocks de ravitaillement sur le front
00:35iranien.
00:36D'abord comment est-ce que vous regardez la situation géopolitique ?
00:40La situation géopolitique a fortement évolué mais ce n'est pas avec la guerre au Moyen-Orient.
00:46Elle avait déjà commencé dès le début des années 2020 à évoluer très fortement.
00:51Et même avant nous avons vu des évolutions sur nos commandes un peu de partout dans le monde.
00:55On fait 80% aujourd'hui à l'export et depuis nos pays.
01:00Donc c'était une situation qui avait déjà évolué et qui se tend de plus en plus avec des demandes
01:05énormes
01:06pour l'ensemble de la chaîne munitionnaire et donc pour les poudres explosives que nous fabriquons.
01:11Et comment est-ce qu'on répond alors à cette demande ?
01:13On répond par des investissements massifs, des recrutements, des investissements.
01:18Orenco a fait plus de 650 millions d'euros d'investissement ce qui ramenait au chiffre d'affaires
01:22quand on a décidé ce plan d'investissement massif.
01:25On faisait 200 millions d'euros de chiffre d'affaires au moment où on a lancé ce plan
01:29sur trois ans de 650 millions d'euros d'investissement.
01:32C'était important et nous avons plus que doublé nos capacités.
01:36Nous avons d'abord fait tourner nos usines à plein régime.
01:39Ça nous a fait amener de 200 millions à près de 600 millions d'euros de chiffre d'affaires aujourd
01:43'hui.
01:43Et nous prévoyons d'être à un milliard d'euros de chiffre d'affaires d'ici 2028.
01:47Donc ça va très très vite.
01:48Il faut réussir aussi à suivre en termes d'investissement
01:52pour pouvoir accompagner ces recrutements, cette croissance.
01:56Oui, on a les investissements et donc les besoins en finances.
01:59Nous avons pour cela levé à nouveau 300 millions d'euros de prêts
02:03qui nous permettent d'investir et de financer nos investissements
02:06et la création de nouvelles implantations en Europe,
02:09une en Pologne, l'autre en Slovaquie, mais également recrutés.
02:12Nous sommes passés de 900 personnes à plus de 1700 personnes aujourd'hui,
02:15donc en quelques années, en trois ans, ce qui est aussi un effort important,
02:19sachant qu'il n'y a pas d'école pour former nos opérateurs, nos techniciens.
02:24Et donc nous avons aussi créé un campus pour former nos employés.
02:28et donc on a un temps de formation et de recoupement des activités
02:32pour amener nos personnels en toute sécurité à opérer nos installations.
02:37Est-ce que c'est une difficulté pour vous, le fait qu'il n'y ait pas de formation
02:41aujourd'hui dédiée aux métiers dont vous avez besoin pour votre activité
02:44ou au contraire, vous vous dites, c'est pas grave,
02:47on a notre propre campus, on peut former en interne
02:50et finalement, c'est peut-être la solution la plus simple ?
02:53Vous savez, les poudres à explosifs, c'est à la fois de la chimie
02:56et en même temps de la pyrotechnie, c'est-à-dire qu'on va transformer
02:58des matières chimiques de base en produits militaires,
03:02c'est-à-dire en poudre et explosifs.
03:03La poudre, c'est ce qui permet de propulser l'explosif,
03:05c'est ce qui va donner l'effet terminal à une munition.
03:08On ne va pas créer une formation pour quelques centaines de personnes
03:12au global, en Europe, par an, à former.
03:15Donc il vaut mieux les former directement sur nos chaînes d'exploitation
03:18et avoir des techniciens qui sont d'ailleurs chez nous aujourd'hui
03:22et la compétence est chez nous pour former nos propres employés.
03:25On reparlera de l'emploi dans un instant.
03:27Un mot sur la préférence européenne à laquelle appelait encore
03:30il y a quelques jours Olivier Andriès, le patron du GIFAS
03:33et directeur général de Safran.
03:35Quel est votre positionnement sur la question ?
03:38Aujourd'hui, oui, préférence européenne.
03:40Quand on voit dans certains pays, les pays achetés massivement,
03:44notamment aux Etats-Unis, alors que les crédits sont européens,
03:47c'est quand même assez dommage pour l'utilisation de l'argent public européen.
03:51Sur les poudres explosives, nous n'avons pas vraiment ce problème aujourd'hui.
03:55Le secteur étant tellement en tension,
03:57les Américains ayant fléché toutes leurs activités,
04:01tous leurs besoins vers eux,
04:02aujourd'hui, sur les poudres explosives,
04:04la préférence européenne se fait naturellement,
04:06à la fois pour l'ensemble des munitions, du petit calibre,
04:10jusqu'à la bombe aéronautique que fait Safran.
04:12Quelles sont les marques d'intérêt d'Européens que vous avez en ce moment ?
04:16Est-ce qu'il y a des pays qui vous passent particulièrement des commandes importantes ?
04:21Aujourd'hui, nous avons un carnet de commandes de plus de 3 milliards d'euros,
04:25ce qui nous permet aussi d'avoir une visibilité importante pour nos investissements.
04:30Il est normal, et on le voit,
04:32c'est surtout autour de la Baltique que ces commandes arrivent,
04:36et notamment en Europe.
04:38Nous n'avons pas encore les effets de la guerre au Moyen-Orient.
04:41Généralement, pour la partie poudre et explosifs,
04:43ça arrive dans un second temps.
04:44Une fois que les munitionnaires ont les commandes,
04:46on a les commandes ensuite sur la partie des poudres et des explosifs.
04:50Est-ce que les financements européens sont à la hauteur
04:51pour accompagner les investissements nécessaires dans les prochaines années ?
04:55Les investissements européens,
04:57nous avons bénéficié d'un premier volet,
05:00il y a maintenant 3 ans,
05:01qui s'appelait ASAP,
05:02qui nous a permis de lever près de 70 millions d'euros de subventions.
05:06C'était quand même une aide importante
05:07qui nous permet d'accélérer des investissements.
05:10Aujourd'hui, il y a un nouveau plan qui s'appelle EDIP,
05:13qui est en route,
05:14avec une compétition sur les projets capacitaires,
05:18qui a aussi de fortes dotations,
05:19mais avec beaucoup de compétitions par rapport à la première phase,
05:22qui était vraiment liée à la munition et aux poudres explosifs.
05:24Je pense que ça va se répartir un peu plus.
05:27Mais aujourd'hui, on a des capacités de levée bancaire
05:30qui n'existaient pas il y a quelques années,
05:32et ce qui nous permet aussi de prendre,
05:33avec la visibilité que je vous ai indiquée,
05:36nos propres risques et d'accélérer nos investissements.
05:38Entre l'Ukraine aujourd'hui et le Moyen-Orient,
05:40vous êtes en mesure de répondre à la demande,
05:42ou il y a de la tension sur justement les commandes ?
05:45Aujourd'hui, l'ensemble,
05:47et vous avez pu le voir dans les chiffres
05:49qui sont arrivés du Moyen-Orient,
05:51en quelques jours, des stocks, même des États-Unis,
05:53peuvent être écoulés assez rapidement.
05:55La question de reconstitution des stocks est clé,
05:58la question de livrer est clé.
06:00Et aujourd'hui, en ayant dans un premier temps doublé,
06:04et encore en triplant les capacités dans les prochaines années,
06:08nous voyons que la demande n'arrête pas d'augmenter.
06:11Donc chacun est sur ses projets,
06:13nous ne sommes pas les seuls non plus à fournir,
06:15chacun est sur ses projets,
06:17mais ce qui compte aujourd'hui, c'est la vitesse d'exécution.
06:19D'autant qu'avec les innovations,
06:21vous n'équipez plus seulement les canons,
06:24mais aussi les drones qui ont besoin de la matière que vous produisez.
06:29On équipait déjà autre chose que les canons.
06:32En fait, les poudres et les explosifs vont dans toutes les munitions.
06:35Je l'ai cité tout à l'heure, les munitions de petit calibre,
06:37faisons les poudres depuis la Belgique.
06:39Les explosifs et les poudres sont faits depuis la France et la Suède.
06:44Mais nous avons ces poudres et explosifs
06:46qui se retrouvent aujourd'hui dans des têtes de torpilles,
06:50dans des têtes de missiles et dans des drones.
06:52Effectivement, nous fournissons des explosifs pour drones
06:55depuis la guerre en Ukraine.
06:57Et donc, ce n'est pas nouveau pour nous.
06:59Ce sont des explosifs comme les autres.
07:02Donc, ça ne change pas.
07:03Il y a juste un marché supplémentaire lié aux drones
07:05qui vient en complément de l'ensemble des autres marchés.
07:08Thierry Franco, on comprend que l'activité chez Eurenco,
07:11elle tourne à plein régime.
07:12Vous êtes dans une dynamique d'hypercroissance.
07:15Conséquence aussi sur le volet social.
07:16Des représentants syndicaux de votre poudrerie de Bergerac en Dordogne
07:20réclament des hausses de salaire.
07:21Des grèves depuis, en tout cas,
07:23un mouvement social depuis le début de l'année.
07:25Où en sont les négociations ?
07:28Les négociations annuelles obligatoires se sont terminées en décembre.
07:31La grève a été déclenchée fin janvier,
07:34donc une fois que ces négociations,
07:36avec des nouvelles revendications qui n'avaient pas du tout été exposées.
07:39Juste un petit rappel pour donner les éléments.
07:43Au cours des trois dernières années,
07:45les personnels ont eu plus de 15% d'augmentation accumulée.
07:48En complément, un intéressement et participation qui représente 6 000 euros par an pour l'année passée a été mis
07:55en place.
07:56Ce qui fait quand même des salaires assez importants.
07:59Et nous devons réfléchir sur le long terme.
08:01Nous devons maintenir notre compétitivité.
08:04Sur ces éléments-là, nous avons fait cette année un équivalent de trois fois l'inflation.
08:11Les syndicats nous demandent 15 fois l'inflation,
08:13ce qui n'est pas réaliste et pas soutenable dans le temps.
08:15L'entreprise appartient à l'État.
08:18C'est au ministère des Armées aussi d'intervenir sur ce type de dossier ?
08:22Non, c'est une tutelle.
08:24Nous sommes une société privée.
08:26Nous intervenons, comme je l'ai dit,
08:27nous avons un site en Suède, un site en Belgique.
08:30Ce n'est pas au ministère des Armées d'intervenir sur ce qui se passe en Suède et en Belgique,
08:33pas plus qu'en France.
08:34C'est une tutelle, comme le ministère de l'Économie et des Finances.
08:38Mais aujourd'hui, nous sommes dans un dialogue social normal.
08:41Le dialogue n'a jamais été interrompu.
08:43Il y a un sujet qui vous inquiète particulièrement,
08:44ce sont les délocalisations des chimistes européens.
08:48Il n'y a pas de problème de disponibilité de matières premières ?
08:52Sur certaines matières premières, vous avez repéré des tensions qui vous inquiètent ?
08:57Depuis le Covid, nous avons ramené l'ensemble de notre chaîne d'approvisionnement
09:03sur l'Europe.
09:05Aujourd'hui, nous avons, comme je l'ai dit tout à l'heure,
09:08nous transformons des matières premières chimiques de base en poudre explosive.
09:12Et donc nous avons besoin de cette matière de base.
09:16Aujourd'hui, la réglementation en Europe,
09:18les contraintes réglementaires que nous avons pu avoir depuis un certain nombre d'années,
09:23n'ont aucune dérogation.
09:25Et ce qui fait qu'on se retrouve dans une situation où on voit des grands chimistes
09:29délocaliser leurs activités en Europe pour aller en Amérique du Sud,
09:32ou aller en Asie.
09:34Ce qui pose un problème d'approvisionnement parce que nos produits ne se stockent pas.
09:38Donc nous avons besoin, par exemple, d'acide.
09:40Cet acide, lui, doit être consommé dans les deux semaines
09:43entre sa sortie d'usine chez notre fournisseur et notre utilisation.
09:47On ne peut pas le stocker.
09:49Donc il nous faut une chaîne européenne et donc une industrie chimique forte en Europe.
09:53Mais il y a des départs.
09:54Est-ce que vous seriez, vous, prêt à racheter des activités de chimie ?
09:57Est-ce que vous avez des projets d'acquisition en cours pour justement sécuriser ?
10:00Alors, on pourra aller vers des acquisitions si on n'a pas d'autre choix.
10:05Donc ce n'est pas sur la table aujourd'hui ?
10:06Ce n'est pas sur la table.
10:07Et ces métiers-là nécessitent d'aller aussi, et notamment pour faire de l'acide.
10:12C'est généralement des fabricants d'engrais qui font des acides.
10:16Je ne vais pas réorienter Orenco qui fait des poudres explosives pour aller y fabriquer des engrais.
10:21Ce qui n'est pas dans le cœur de métier.
10:23Mais si on devait y être obligé, nous le ferions.
10:26Merci beaucoup Thierry Franco, PDG d'Orenco, d'être venu ce matin dans le grand entretien dans Good Morning Business.
10:31Merci beaucoup Thierry Franco, PDG d'Orenco.
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