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  • il y a 23 heures
Amiral Didier Maleterre, vice-président conseiller défense d’Exail Technologies, était l'invité de Laure Closier dans Good Morning Business, ce vendredi 13 mars. Ils sont revenus sur la menace des mines dans le détroit d’Ormuz qui perturbe le commerce maritime, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Il est 7h45 sur BFM Business et sur AMC Live. Notre invité ce matin, c'est Didier Malter.
00:04Bonjour, vous êtes président conseiller de défense d'Excel Technologies.
00:08Vous avez été commandant adjoint du commandement maritime allié de l'OTAN.
00:12Entre autres, vous connaissez parfaitement le détroit d'Hormuz.
00:15Vous avez été le premier commandant de l'opération européenne Agenor,
00:17mission de sécurité maritime, justement, qui visait la sécurité du détroit d'Hormuz.
00:22Est-ce que les États-Unis, selon vous, ont minimisé l'enjeu dans le détroit ?
00:26Est-ce qu'on n'a pas vu à quel point ça allait être difficile sur le commerce maritime mondial
00:30?
00:31Je pense qu'effectivement, on est au 14e jour de la guerre en Iran.
00:37Ce qu'on observe à ce jour, c'est que l'épicentre se focalise actuellement sur le détroit d'Hormuz.
00:45Hier, le nouveau guide suprême a évoqué la volonté de poursuivre la fermeture du détroit d'Hormuz
00:51en évoquant la menace mine.
00:53Et comme je le disais, dès lors qu'on prononce le mot mine, ça crée tout de suite un effet
00:58psychologique
00:59parce que vous êtes face à une menace qui est insidieuse, qui est mortelle.
01:03C'est comme si vous deviez rentrer dans un tunnel, dans le noir, avec un panneau, avec une tête de
01:08mort.
01:08Donc ça se traduit par la fermeture du détroit.
01:11Et d'ailleurs, ça se voit au travers des assurances.
01:14Juste deux chiffres pour clarifier un peu la chose.
01:16Pour traverser Hormuz en temps normal, un supertanker de 300 000 tonnes, c'est de l'ordre de 500 à
01:22700 000 dollars par transit.
01:24Le prix a été multiplié par 5, voire par 10.
01:27Parce que là, la Lloyds, à Londres, considère qu'on est dans une zone de à haut risque.
01:31Les Iraniens disent « nous n'avons pas miné le détroit d'Hormuz ».
01:33Vous dites « le seul fait que ça soit possible, ça dissuade », comme l'arme nucléaire finalement.
01:39Exactement, c'est vraiment une arme stratégique.
01:42Et toute chose égale ailleurs par rapport à l'arme nucléaire, c'est une arme stratégique qui dissuade.
01:47Parce que qu'il y ait 10 mines, 0 mines ou 100 mines, l'effet final recherché est atteint.
01:52Le détroit d'Hormuz est bloqué.
01:54C'est-à-dire que c'est 20 millions de barils par jour qui ne passent plus, ou en tout
01:58cas ont été très réduits.
01:59C'est de l'ordre de 20% du trafic du transport de pétrole par la mer qui est bloqué.
02:05Et également pour le gaz liquide liquifié, c'est entre 20 et 25%.
02:10Dans le cas où ils seraient minés, puisque les Etats-Unis ont dit qu'ils avaient abattu des bateaux qui
02:14étaient en train de le faire, on mine avec quoi ?
02:17Alors les Iraniens, sans rentrer dans des données trop classifées, ont plusieurs types de mines.
02:23Des mines d'origine russe, soviétique pour être très clair.
02:26Des mines d'origine chinoise et également des mines développées par leur propre service.
02:31Donc vous avez trois types de mines, très clairement.
02:33Des mines à orin, c'est-à-dire des mines qui sont entre deux eaux et qui sont tenues par
02:37un câble avec un crapaud métallique au fond et qui sont juste sous la surface de l'eau.
02:42Et qui vont chercher à rentrer en contact évidemment avec un bateau transitant dans le détroit.
02:46Vous avez des mines sur le fond, des mines à influence, soit une influence acoustique, soit une influence de pression
02:53ou une influence magnétique.
02:55Donc il y a un déclenchement dès lors qu'il y a un passage.
02:57Sachant que le détroit d'Hormuz est très spécifique, il y a très peu d'eau.
03:01Vous avez entre 40 et 60 mètres d'eau.
03:03Et vous savez, un super tanker de 300 000 tonnes, 350 mètres, c'est un tirando de 25 mètres, c
03:10'est-à-dire un immeuble de 8 à 9 étages sous l'eau.
03:13Donc vous comprenez bien que par petit fond, il y a une sensibilité avec les menaces qui seraient posées sur
03:18le fond.
03:18Avec une destruction totale du bateau d'un coup ?
03:21On a l'exemple, on a un exemple très criant de la guerre en Irak en 91 où une frégate
03:29américaine, le Samuel Roberts avait été impacté par une mine.
03:33C'est une brèche de 4 mètres dans la coque.
03:35Donc déjà, ça endommage radicalement le bateau avec un risque qu'il coule même si jamais les mesures de sécurité
03:42ne sont pas prises suffisamment tôt.
03:44Vous êtes conseiller pour Excel Technologies, une entreprise qu'on suit depuis très longtemps sur BFM Business,
03:47qui est spécialisée notamment sur les opérations de déminage.
03:51Quelle est aujourd'hui la technologie ? On peut aller chercher avec des drones, des mines dans les fonds marins
03:55?
03:55Alors effectivement, comme vous l'avez dit, Excel est vraiment au cœur des enjeux stratégiques actuellement, au cœur de la
04:01New Tech.
04:01Parce qu'on arrive au jour d'aujourd'hui, dans la guerre des mines, au système de troisième génération.
04:07Alors juste la première génération, c'était des drailleurs de mines qui tiraient une drague, des chasseurs de mines.
04:11Et là on arrive...
04:12Chasseurs de mines, c'est des humains.
04:13C'est un bateau armé avec des sonars, donc avec un risque.
04:17Et donc on arrive, on a développé Excel, fort de son expérience, de plus de 50 ans dans le monde
04:22de la guerre des mines.
04:23On a équipé la marine française et on continue à le faire, un système de drones pour écarter le risque
04:29humain de la zone mortelle en quelque sorte.
04:32Donc on opère des drones de surface qui vont opérer des drones sous-marins.
04:35Donc c'est un peu James Bond, mais ça marche.
04:37La marine belge et néerlandaise sont en cours d'équipement actuellement.
04:40On est aussi en soutien de la marine française.
04:43Et ce sont ces outils-là qu'on pourrait déployer, comme l'a dit le président public, lorsque les conditions
04:47seront réunies.
04:48Parce que bien évidemment, on ne peut pas déminer une zone si vous êtes en période de guerre.
04:52Ce n'est pas possible.
04:53Donc voilà.
04:54Certains acteurs, et c'est ce qu'on voit un peu dans le prix du pétrole, quand on voit que
04:56ça pourrait durer des mois
04:57et qu'il y a des anticipations à 160 dollars le baril, 170 dollars, disent qu'une fois que c
05:03'est miné, c'est miné à tout jamais.
05:04Vous dites non, on est en capacité, si ça a été miné, de pouvoir déminer.
05:08– Exactement. D'autant plus, on parle de ces nouvelles capacités qu'il faut rapidement faire équiper les marines de
05:15l'OTAN, en l'occurrence.
05:15Donc la DIMIC est lancée et Excel est vraiment un leader.
05:18Et Excel est un champion industriel européen dans le déploiement de ses capacités au profit des marines de l'OTAN
05:24et aussi des marines du Moyen-Orient.
05:26Et donc, tout dépend du nombre de mines qui seraient posées par les Iraniens.
05:30Si c'est un très faible nombre de mines, vu les couloirs qu'il faut déminer, ça peut se passer
05:36en deux, trois semaines.
05:37Maintenant, s'il y a beaucoup de mines, évidemment, vous comprenez bien que ça peut durer plusieurs semaines, voire plusieurs
05:42mois.
05:42– Les États-Unis disent aujourd'hui, nous ne sommes pas en capacité de sécuriser les bateaux, c'est trop
05:47complexe.
05:49Ça peut durer des mois et des mois dans cette situation-là.
05:52Qu'est-ce qu'il faudrait faire aujourd'hui pour permettre à des bateaux de passer ?
05:56– C'est très compliqué parce qu'on est dans le 14e jour de guerre.
06:00Quand on parle du détroit d'Hormuz, on est quand même juste en face des ports iraniens.
06:07Le détroit d'Hormuz, vous savez, traditionnellement, on dit que c'est une largeur de 55 km.
06:11Mais en fait, il y a deux couloirs de navigation parce que les fonds sont vraiment très peu profonds.
06:15Et c'est deux couloirs très fins qui font 3,7 km de largeur.
06:19Et les super tankers s'engagent dans ces couloirs-là.
06:23Donc dès lors qu'on est sous menace des gardiens de la Révolution,
06:27qui ont tous les outils asymétriques pour créer le chaos dans les Très d'Hormuz,
06:31c'est vraiment leur stratégie.
06:33Finalement, c'est beaucoup plus puissant que des missiles ou des Shahed.
06:36– Et ça ne coûte pas cher ?
06:37– Et ça ne coûte rien si c'est la décision.
06:39– Une mine, c'est quelques milliers d'euros.
06:41Alors que, vous avez raison de le mentionner,
06:43un super tanker avec sa cargaison de pétrole,
06:45c'est entre 3 et 500 millions d'euros.
06:48Donc vous voyez un peu, l'effet coût-efficacité est énorme.
06:50Et là, en laissant peser une menace, sans pouvoir l'objectiver,
06:55la circulation est pratiquement arrêtée dans les Très d'Hormuz.
06:58– Donc les bateaux qui sont coincés aujourd'hui ne risquent pas de sortir demain ?
07:01– Eh bien non, il y en a 3 000 actuellement, dont 200 pétroliers,
07:06aussi bien à l'entrée d'Hormuz au niveau de Fujira qu'à l'entrée à l'heure du Golfe.
07:10Donc il y a des équipages en otage quelque part,
07:11parce qu'ils ne peuvent plus ressortir par Hormuz.
07:14– Merci beaucoup d'être venu ce matin nous voir dans la matinale de l'économie.
07:18Didier Maltaire, vice-président conseiller défense d'Excel Technologies.
07:21– Sous-titrage FR –
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