00:00Les 7h44 sur BFF Business et sur AMC Live, Alexandre Sauveau, vous êtes donc notre invité,
00:04président de France Industrie, directeur général d'Aulotte et vous êtes également membre du comité exécutif du MEDEF.
00:11Je commence avec les questions franco-françaises et ce barème de l'apprentissage qui est donc revu
00:18avec un coup de rabot annoncé notamment sur tous ceux qui ont plus que le bac.
00:22Est-ce que vous voyez ça comme un truc normal ? Il y avait des effets d'aubaine,
00:25il faut faire en sorte que ça fonctionne mieux ou ça vous fâche contre les entreprises qui en avaient besoin
00:31?
00:31Le problème c'est qu'on prend des mesures uniformes mais c'est l'origine de la réforme qui n
00:35'était pas bonne
00:35en ce qu'elle a confié à l'État l'ensemble de la ressource.
00:38Il est tout à fait normal de développer l'apprentissage, ça a été très bien fait post-2017
00:44mais il y avait des moyens de le faire pour beaucoup moins cher en laissant chaque branche
00:47ou chaque grand secteur responsable de l'endroit où il faisait son effort,
00:51des formations dont il avait plus besoin.
00:52Il est évident qu'entre l'IA et des entreprises de la mécanique,
00:56les besoins ne seront pas les mêmes, les niveaux de qualification non plus.
00:59Donc ce rabot uniforme il va poser des gros problèmes à certains endroits,
01:03il va en poser très peu à d'autres.
01:05Comme toujours l'État a voulu tout décider pour tout le monde, tout administrer.
01:08On peut regarder le système allemand où l'argent reste dans les branches,
01:11où il n'y a pas de débat sur l'effort et chaque entreprise ou chaque groupe d'entreprise
01:15fait l'effort dont il a besoin pour avoir les compétences qui lui sont nécessaires.
01:17Donc c'est un sujet qu'il faut faire descendre en fait au niveau des branches ?
01:20Oui mais dans notre État suradministré, surréglementé,
01:23où l'administration veut s'occuper de trop de choses,
01:26je pense que c'est un combat qui va prendre encore un peu de temps.
01:28Autre combat qui va prendre un peu de temps, c'est la question de la surtaxe d'IS
01:32puisque Roland Lescure a dit qu'on ne reviendrait pas dessus tant que les déficits ne baisseront pas.
01:36Donc ça risque d'être évidemment reconduit pour 2027.
01:39On l'a vu dans le résultat des entreprises, là on n'a pas encore tout,
01:41mais dans les résultats du CAC 40,
01:42sur ceux qui ont une activité en France, ça pèse.
01:45Clairement c'est une taxe sur le Made in France.
01:48C'est évident, en tout cas dans l'industrie que j'ai la chance de représenter,
01:51c'est clair que plus les entreprises fabriquent en France,
01:54plus elles ont d'activité et gagnent d'argent en France,
01:56plus elles seront frappées.
01:57Donc c'est à l'évidence une mesure qui est mal ciblée.
02:00Et puis surtout, c'est de façon générale, dans le pays le plus taxé du monde,
02:05augmenter les impôts ou ne pas les baisser comme promis,
02:07ça ne peut pas régler les problèmes du pays.
02:09C'est vraiment le cœur du sujet, c'est j'ai manqué à la parole donnée,
02:12je frappe les mauvais,
02:14et en plus je ne traite pas le sujet qui ait baissé la dépense publique
02:18et maîtrisé le niveau de prélèvement.
02:20Vous faites des auditions avec tous les partis politiques en ce moment,
02:23vous avez commencé avec Olivier Faure au MEDEF,
02:26il y aura Bruno Retailleau début avril.
02:28Quand vous leur dites ça, au patron des partis politiques,
02:32qu'est-ce qu'ils vous répondent ?
02:33Est-ce qu'ils comprennent qu'attaquer l'outil industriel c'est un problème ?
02:37Ils sont tous largement d'accord sur le fait qu'on a besoin de plus d'industrie en France.
02:42Donc là-dessus, j'allais dire, on a une espèce de socle qui est raisonnablement rassurant.
02:46Après, quand on passe aux mesures, je n'ai pas à faire état des discussions privées qu'on peut avoir,
02:50mais en revanche, je pense qu'on le mesurera dans les différents programmes.
02:53Et c'est ça que vous leur dites ? Vous leur dites, regardez l'IS, ça fait mal à des
02:57boîtes comme le Crédit Mutuel.
02:58On a L'Oréal qui annonce que franchement, ils auraient préféré investir plutôt que de payer l'IS.
03:02Mais c'est le cas de tout le monde.
03:03Encore une fois, on vit dans un monde dans lequel les gens s'imaginent que la ressource des grandes entreprises
03:07est illimitée.
03:08Elles font des choix tous les jours sur les lieux d'investissement.
03:11Quand on prélève 7 ou 8 milliards sur toutes nos grandes entreprises en France,
03:16il y a des choses qui ne se feront pas.
03:17Alors, ça ne se verra peut-être pas la première année parce qu'il y a des choses qui sont
03:20lancées,
03:21parce qu'elles ont des ressources.
03:22Mais dans la durée, cet argent, il va manquer au développement de nos entreprises.
03:26Et en particulier dans l'industrie où tout ça irrigue, le réseau de sous-traitants et toutes les filières,
03:31cet argent qui manque, il coûtera cher dans 2, 3, 4 ou 5 ans.
03:35Mais il y a bien une chose qu'on voit dans la séquence budgétaire dont on sort ces dernières semaines,
03:41c'est qu'on n'a pas réussi à faire comprendre que l'entreprise, justement, n'était pas un sac
03:44dans lequel on pioche.
03:45C'est-à-dire que là, il y a quand même un échec.
03:47Alors, je ne sais pas si c'est l'échec du MEDEF ou de l'ensemble des chefs d'entreprise,
03:49mais on n'a pas réussi à faire comprendre ça.
03:51Je pense qu'on a réussi à le faire comprendre.
03:53À un moment donné, on s'est trouvé dans une situation politique compliquée,
03:56où il n'y avait pas de majorité à l'Assemblée, chacun avait son agenda.
03:59Entre ceux qui défendent les collectivités locales, ceux qui défendent les plus modestes,
04:02ceux qui défendent les retraités, il n'y avait plus grand monde pour défendre l'entreprise.
04:06Et le résultat, c'est que quand on fait l'addition des baisses d'impôts promises
04:09qui n'auront pas lieu et des hausses d'impôts du budget et du budget de la sécu,
04:12en terre pour les entreprises.
04:14Donc là, il y a quand même un échec.
04:16Mais c'est un échec du pays.
04:18Augmenter les impôts sur les entreprises dans le contexte qu'on connaît,
04:21la concurrence chinoise, les droits de douane américains et une conjoncture fragile,
04:26pour le pays, encore une fois, il ne faut pas séparer les entreprises de l'intérêt du pays.
04:30Dans le monde d'aujourd'hui, dans la guerre économique qui nous attend,
04:32les pays qui s'en sortent, c'est ceux qui défendent.
04:34Parallèles au MEDEF, mais en tout cas, qui se mettent à s'exprimer.
04:37Les 300 pour la France, les Jean-Philippe Cartier.
04:39Tout ça, vous dites, plus on est nombreux à s'exprimer, mieux c'est ?
04:43Même si ce n'est pas dans le cadre du MEDEF ou de la CPME, si c'est hors cadre
04:46?
04:46Les institutions, donc les organisations professionnelles,
04:49elles ont un rôle dans le dialogue social avec la représentativité.
04:52Après, chaque chef d'entreprise, sous la forme qui lui plaît, est libre de s'exprimer.
04:56Ils pensent tous la même chose, ils disent tous la même chose.
04:59Notre pays a énormément d'atouts et il souffre d'un état omniprésent,
05:03d'un niveau de prélèvement trop élevé, d'une réglementation qui les empêche de bouger.
05:08Ils ont tous, tous les jours, des exemples qui montrent qu'on pourrait faire beaucoup mieux.
05:11Et on pourrait faire beaucoup mieux pour nos entreprises et pour notre pays.
05:14Mais il faut qu'ils parlent.
05:15Mais tout le monde, tous ceux qui ressentent et qui ont des exemples
05:18et qui mènent ce combat pour l'entreprise et pour le pays ont raison de s'exprimer.
05:21Ils le font de façon autonome, ils le font dans le cadre de ce qui existe, mais ça ne pose
05:25aucun problème.
05:26– Justement, ce qui empêche d'avancer, la semaine dernière, il y a eu une grosse séquence industrielle.
05:30On a commencé avec l'électrification d'un four d'ArcelorMittal.
05:33Il y a eu un sommet industriel à Anvers, puis le séminaire à Alden Bison.
05:36Est-ce que vous avez l'impression, après cette séquence, qu'on a avancé ?
05:39– J'ai l'impression que dans le discours, il y a une espèce d'alignement sur le fait
05:43qu'il y a un vrai enjeu sur la capacité de l'Europe à répondre à son défi de souveraineté,
05:48à continuer à produire sur son sol.
05:50Après, quand je regarde les décisions, pour l'instant, on nous paye de mots.
05:53Depuis deux ans que Mme Van der Leyen est au pouvoir, on a lancé dix omnibus,
05:57il n'y a quasiment rien qui est arrivé.
05:59Sur les mesures de simplification, la production réglementaire à côté continue au même rythme qu'avant.
06:04Donc il faut que l'Europe comprenne qu'il ne faut pas nous payer deux mots,
06:07il faut prendre des décisions.
06:09Je vais juste donner un exemple.
06:10Quand les États-Unis décident de se protéger, il leur faut moins de six mois
06:13pour mettre en place des barrières.
06:15En Europe, c'est au moins deux ans, ce qui laisse le temps aux gens qu'on cible
06:19de s'organiser pour contourner, pour faire autre chose.
06:21Donc juste ça, c'est bien la preuve qu'il y a quelque chose qui ne va pas.
06:24Sur le contenu européen, par exemple, au cas par cas,
06:27là on a des déclarations d'intention, ça a l'air d'être une sorte de consensus quand même.
06:32Vous êtes pour ?
06:32Je n'ai pas entendu.
06:34J'étais à Anvers mercredi dernier.
06:35Pour avoir entendu à 20 minutes d'écart le président Macron et le chancelier Mertz,
06:40je pense que l'idée de défendre l'Europe fait consensus sur les méthodes,
06:43sur le contenu européen, sur la priorité donnée à ce qui est fabriqué en Europe.
06:47Il n'y a pas de consensus.
06:48Et en même temps, la question est très compliquée.
06:50C'est-à-dire que si on ferme les frontières, c'est ce qui se passe aux États-Unis,
06:53vous l'avez vu, c'est le consommateur américain qui paye l'essentiel de la facture,
06:57avec un coût sur la compétitivité.
06:59Donc je pense que personne en Europe, avec nos défis, ne veut avoir le même coût.
07:03En même temps, il faut être capable de protéger certaines filières, certains secteurs.
07:07Mais les protéger ne sert à quelque chose que si on a en même temps
07:10un agenda déterminant d'innovation et de compétitivité.
07:13Parce que sinon, c'est juste dire aux consommateurs,
07:15ce qui est fait chez vous, vous allez le payer plus cher.
07:17Et ça, dans la durée, on sait que ce n'est pas acceptable.
07:19Mais qu'est-ce que vous préconisez ?
07:20Parce que parfois, l'enfer est quand même pavé de bonnes intentions.
07:22On avait cette taxe carbone aux frontières,
07:24faite pour protéger les industriels.
07:27Dans l'aluminium, par exemple, on dit que c'est terrible,
07:29ça fait augmenter les prix, c'est un mauvais dispositif.
07:32Il faut mettre en place une taxe de 30%
07:35comme propose le commissariat au plan sur tous les produits chinois.
07:38Il faut toucher à l'euro.
07:39Qu'est-ce qu'il faut faire ?
07:40Il n'y a pas de réponse.
07:41Ce qu'il faut comprendre, c'est qu'il n'y a pas de réponse unique.
07:44Chaque filière, chaque secteur a une problématique spécifique
07:47en fonction de qui sont les concurrents,
07:50quel est l'aval, est-ce qu'il y a beaucoup de transformations,
07:52est-ce qu'il y en a peu,
07:53quel est le caractère stratégique des installations primaires
07:55dont on dispose.
07:56Donc, encore une fois, l'idée qu'il faut apporter une réponse uniforme
08:00à tous ces sujets est une mauvaise idée.
08:02Il faut écouter chaque filière,
08:03il faut voir quel est l'état de la concurrence
08:05et il faut travailler avec eux les bonnes réponses
08:07pour que sur les secteurs qu'on considère comme stratégiques,
08:10on s'assure que l'Europe ne soit pas dépendante de ce qui se passe
08:13ou aux Etats-Unis ou en Chine ou en Inde.
08:15Donc, les divergences ou les nuances que vous entendez,
08:18elles viennent du fait que la réalité des différents secteurs n'est pas la même.
08:22Enfin, peut-être qu'il vous rend le plus optimiste,
08:24c'est l'électrification de ce four.
08:26Alors, parce que là, il se passe des choses du côté de la décarbonation,
08:28on a des avancées sonnantes et trébuchantes sur certains dossiers.
08:33Là, ça change quelque chose en termes de dépendance énergétique.
08:37Mais bien sûr, mais il y en a eu plein avant
08:39et j'espère qu'il y en aura plein d'autres après.
08:41La question, c'est est-ce qu'on est capable de le faire
08:43dans une économie ouverte, dans des conditions compétitives ?
08:46Et là aussi, chaque secteur, chaque installation a son équation
08:50auquel il faut apporter une réponse adaptée.
08:52L'industrie, c'est plus de 90% de la décarbonation de l'économie française
08:56ces 30 dernières années.
08:57Donc, c'est nous qui sommes au cœur de ce processus.
09:01On dit juste qu'entre décarboner et produire,
09:03il faut trouver un bon équilibre,
09:05sinon on va faire aimer décarbonation avec désindustrialisation.
09:08Et ça, c'est le contraire de ce qu'il faut faire.
09:10Est-ce que vous êtes fâché aujourd'hui avec le gouvernement ?
09:13Mais on n'est jamais fâché avec personne.
09:15On discute avec les interlocuteurs que le peuple
09:17et que les élections nous donnent dans une configuration
09:20qui est particulièrement compliquée.
09:22Et encore une fois, on n'est pas content de certaines décisions,
09:25mais on n'a pas à être fâché ou pas fâché.
09:26On est là pour parler avec les gens qui prennent les décisions,
09:29qui font évidemment un métier difficile,
09:31en essayant tous les jours que Dieu fait
09:33de les convaincre que aider l'entreprise,
09:35aider l'industrie, c'est aider le pays
09:37et c'est se donner une chance de s'en sortir.
09:38Il y a des jours, ça marche.
09:39Il y a des jours, ça marche moins bien.
09:40Et inlassablement, on va continuer.
09:42Merci beaucoup Alexandre Saubot d'être venu ce matin
09:44dans la matinale de l'économie.
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