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  • il y a 12 minutes
Alexandre Saubot, président de France Industrie et directeur général de Haulotte, était l'invité de Laure Closier dans Good Morning Business, ce lundi 16 février. Ils sont revenus sur les réformes des outils industriels, notamment la révision du barème de l'apprentissage et la question de la surtaxe sur l'impôt d'IS, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Les 7h44 sur BFF Business et sur AMC Live, Alexandre Sauveau, vous êtes donc notre invité,
00:04président de France Industrie, directeur général d'Aulotte et vous êtes également membre du comité exécutif du MEDEF.
00:11Je commence avec les questions franco-françaises et ce barème de l'apprentissage qui est donc revu
00:18avec un coup de rabot annoncé notamment sur tous ceux qui ont plus que le bac.
00:22Est-ce que vous voyez ça comme un truc normal ? Il y avait des effets d'aubaine,
00:25il faut faire en sorte que ça fonctionne mieux ou ça vous fâche contre les entreprises qui en avaient besoin
00:31?
00:31Le problème c'est qu'on prend des mesures uniformes mais c'est l'origine de la réforme qui n
00:35'était pas bonne
00:35en ce qu'elle a confié à l'État l'ensemble de la ressource.
00:38Il est tout à fait normal de développer l'apprentissage, ça a été très bien fait post-2017
00:44mais il y avait des moyens de le faire pour beaucoup moins cher en laissant chaque branche
00:47ou chaque grand secteur responsable de l'endroit où il faisait son effort,
00:51des formations dont il avait plus besoin.
00:52Il est évident qu'entre l'IA et des entreprises de la mécanique,
00:56les besoins ne seront pas les mêmes, les niveaux de qualification non plus.
00:59Donc ce rabot uniforme il va poser des gros problèmes à certains endroits,
01:03il va en poser très peu à d'autres.
01:05Comme toujours l'État a voulu tout décider pour tout le monde, tout administrer.
01:08On peut regarder le système allemand où l'argent reste dans les branches,
01:11où il n'y a pas de débat sur l'effort et chaque entreprise ou chaque groupe d'entreprise
01:15fait l'effort dont il a besoin pour avoir les compétences qui lui sont nécessaires.
01:17Donc c'est un sujet qu'il faut faire descendre en fait au niveau des branches ?
01:20Oui mais dans notre État suradministré, surréglementé,
01:23où l'administration veut s'occuper de trop de choses,
01:26je pense que c'est un combat qui va prendre encore un peu de temps.
01:28Autre combat qui va prendre un peu de temps, c'est la question de la surtaxe d'IS
01:32puisque Roland Lescure a dit qu'on ne reviendrait pas dessus tant que les déficits ne baisseront pas.
01:36Donc ça risque d'être évidemment reconduit pour 2027.
01:39On l'a vu dans le résultat des entreprises, là on n'a pas encore tout,
01:41mais dans les résultats du CAC 40,
01:42sur ceux qui ont une activité en France, ça pèse.
01:45Clairement c'est une taxe sur le Made in France.
01:48C'est évident, en tout cas dans l'industrie que j'ai la chance de représenter,
01:51c'est clair que plus les entreprises fabriquent en France,
01:54plus elles ont d'activité et gagnent d'argent en France,
01:56plus elles seront frappées.
01:57Donc c'est à l'évidence une mesure qui est mal ciblée.
02:00Et puis surtout, c'est de façon générale, dans le pays le plus taxé du monde,
02:05augmenter les impôts ou ne pas les baisser comme promis,
02:07ça ne peut pas régler les problèmes du pays.
02:09C'est vraiment le cœur du sujet, c'est j'ai manqué à la parole donnée,
02:12je frappe les mauvais,
02:14et en plus je ne traite pas le sujet qui ait baissé la dépense publique
02:18et maîtrisé le niveau de prélèvement.
02:20Vous faites des auditions avec tous les partis politiques en ce moment,
02:23vous avez commencé avec Olivier Faure au MEDEF,
02:26il y aura Bruno Retailleau début avril.
02:28Quand vous leur dites ça, au patron des partis politiques,
02:32qu'est-ce qu'ils vous répondent ?
02:33Est-ce qu'ils comprennent qu'attaquer l'outil industriel c'est un problème ?
02:37Ils sont tous largement d'accord sur le fait qu'on a besoin de plus d'industrie en France.
02:42Donc là-dessus, j'allais dire, on a une espèce de socle qui est raisonnablement rassurant.
02:46Après, quand on passe aux mesures, je n'ai pas à faire état des discussions privées qu'on peut avoir,
02:50mais en revanche, je pense qu'on le mesurera dans les différents programmes.
02:53Et c'est ça que vous leur dites ? Vous leur dites, regardez l'IS, ça fait mal à des
02:57boîtes comme le Crédit Mutuel.
02:58On a L'Oréal qui annonce que franchement, ils auraient préféré investir plutôt que de payer l'IS.
03:02Mais c'est le cas de tout le monde.
03:03Encore une fois, on vit dans un monde dans lequel les gens s'imaginent que la ressource des grandes entreprises
03:07est illimitée.
03:08Elles font des choix tous les jours sur les lieux d'investissement.
03:11Quand on prélève 7 ou 8 milliards sur toutes nos grandes entreprises en France,
03:16il y a des choses qui ne se feront pas.
03:17Alors, ça ne se verra peut-être pas la première année parce qu'il y a des choses qui sont
03:20lancées,
03:21parce qu'elles ont des ressources.
03:22Mais dans la durée, cet argent, il va manquer au développement de nos entreprises.
03:26Et en particulier dans l'industrie où tout ça irrigue, le réseau de sous-traitants et toutes les filières,
03:31cet argent qui manque, il coûtera cher dans 2, 3, 4 ou 5 ans.
03:35Mais il y a bien une chose qu'on voit dans la séquence budgétaire dont on sort ces dernières semaines,
03:41c'est qu'on n'a pas réussi à faire comprendre que l'entreprise, justement, n'était pas un sac
03:44dans lequel on pioche.
03:45C'est-à-dire que là, il y a quand même un échec.
03:47Alors, je ne sais pas si c'est l'échec du MEDEF ou de l'ensemble des chefs d'entreprise,
03:49mais on n'a pas réussi à faire comprendre ça.
03:51Je pense qu'on a réussi à le faire comprendre.
03:53À un moment donné, on s'est trouvé dans une situation politique compliquée,
03:56où il n'y avait pas de majorité à l'Assemblée, chacun avait son agenda.
03:59Entre ceux qui défendent les collectivités locales, ceux qui défendent les plus modestes,
04:02ceux qui défendent les retraités, il n'y avait plus grand monde pour défendre l'entreprise.
04:06Et le résultat, c'est que quand on fait l'addition des baisses d'impôts promises
04:09qui n'auront pas lieu et des hausses d'impôts du budget et du budget de la sécu,
04:12en terre pour les entreprises.
04:14Donc là, il y a quand même un échec.
04:16Mais c'est un échec du pays.
04:18Augmenter les impôts sur les entreprises dans le contexte qu'on connaît,
04:21la concurrence chinoise, les droits de douane américains et une conjoncture fragile,
04:26pour le pays, encore une fois, il ne faut pas séparer les entreprises de l'intérêt du pays.
04:30Dans le monde d'aujourd'hui, dans la guerre économique qui nous attend,
04:32les pays qui s'en sortent, c'est ceux qui défendent.
04:34Parallèles au MEDEF, mais en tout cas, qui se mettent à s'exprimer.
04:37Les 300 pour la France, les Jean-Philippe Cartier.
04:39Tout ça, vous dites, plus on est nombreux à s'exprimer, mieux c'est ?
04:43Même si ce n'est pas dans le cadre du MEDEF ou de la CPME, si c'est hors cadre
04:46?
04:46Les institutions, donc les organisations professionnelles,
04:49elles ont un rôle dans le dialogue social avec la représentativité.
04:52Après, chaque chef d'entreprise, sous la forme qui lui plaît, est libre de s'exprimer.
04:56Ils pensent tous la même chose, ils disent tous la même chose.
04:59Notre pays a énormément d'atouts et il souffre d'un état omniprésent,
05:03d'un niveau de prélèvement trop élevé, d'une réglementation qui les empêche de bouger.
05:08Ils ont tous, tous les jours, des exemples qui montrent qu'on pourrait faire beaucoup mieux.
05:11Et on pourrait faire beaucoup mieux pour nos entreprises et pour notre pays.
05:14Mais il faut qu'ils parlent.
05:15Mais tout le monde, tous ceux qui ressentent et qui ont des exemples
05:18et qui mènent ce combat pour l'entreprise et pour le pays ont raison de s'exprimer.
05:21Ils le font de façon autonome, ils le font dans le cadre de ce qui existe, mais ça ne pose
05:25aucun problème.
05:26– Justement, ce qui empêche d'avancer, la semaine dernière, il y a eu une grosse séquence industrielle.
05:30On a commencé avec l'électrification d'un four d'ArcelorMittal.
05:33Il y a eu un sommet industriel à Anvers, puis le séminaire à Alden Bison.
05:36Est-ce que vous avez l'impression, après cette séquence, qu'on a avancé ?
05:39– J'ai l'impression que dans le discours, il y a une espèce d'alignement sur le fait
05:43qu'il y a un vrai enjeu sur la capacité de l'Europe à répondre à son défi de souveraineté,
05:48à continuer à produire sur son sol.
05:50Après, quand je regarde les décisions, pour l'instant, on nous paye de mots.
05:53Depuis deux ans que Mme Van der Leyen est au pouvoir, on a lancé dix omnibus,
05:57il n'y a quasiment rien qui est arrivé.
05:59Sur les mesures de simplification, la production réglementaire à côté continue au même rythme qu'avant.
06:04Donc il faut que l'Europe comprenne qu'il ne faut pas nous payer deux mots,
06:07il faut prendre des décisions.
06:09Je vais juste donner un exemple.
06:10Quand les États-Unis décident de se protéger, il leur faut moins de six mois
06:13pour mettre en place des barrières.
06:15En Europe, c'est au moins deux ans, ce qui laisse le temps aux gens qu'on cible
06:19de s'organiser pour contourner, pour faire autre chose.
06:21Donc juste ça, c'est bien la preuve qu'il y a quelque chose qui ne va pas.
06:24Sur le contenu européen, par exemple, au cas par cas,
06:27là on a des déclarations d'intention, ça a l'air d'être une sorte de consensus quand même.
06:32Vous êtes pour ?
06:32Je n'ai pas entendu.
06:34J'étais à Anvers mercredi dernier.
06:35Pour avoir entendu à 20 minutes d'écart le président Macron et le chancelier Mertz,
06:40je pense que l'idée de défendre l'Europe fait consensus sur les méthodes,
06:43sur le contenu européen, sur la priorité donnée à ce qui est fabriqué en Europe.
06:47Il n'y a pas de consensus.
06:48Et en même temps, la question est très compliquée.
06:50C'est-à-dire que si on ferme les frontières, c'est ce qui se passe aux États-Unis,
06:53vous l'avez vu, c'est le consommateur américain qui paye l'essentiel de la facture,
06:57avec un coût sur la compétitivité.
06:59Donc je pense que personne en Europe, avec nos défis, ne veut avoir le même coût.
07:03En même temps, il faut être capable de protéger certaines filières, certains secteurs.
07:07Mais les protéger ne sert à quelque chose que si on a en même temps
07:10un agenda déterminant d'innovation et de compétitivité.
07:13Parce que sinon, c'est juste dire aux consommateurs,
07:15ce qui est fait chez vous, vous allez le payer plus cher.
07:17Et ça, dans la durée, on sait que ce n'est pas acceptable.
07:19Mais qu'est-ce que vous préconisez ?
07:20Parce que parfois, l'enfer est quand même pavé de bonnes intentions.
07:22On avait cette taxe carbone aux frontières,
07:24faite pour protéger les industriels.
07:27Dans l'aluminium, par exemple, on dit que c'est terrible,
07:29ça fait augmenter les prix, c'est un mauvais dispositif.
07:32Il faut mettre en place une taxe de 30%
07:35comme propose le commissariat au plan sur tous les produits chinois.
07:38Il faut toucher à l'euro.
07:39Qu'est-ce qu'il faut faire ?
07:40Il n'y a pas de réponse.
07:41Ce qu'il faut comprendre, c'est qu'il n'y a pas de réponse unique.
07:44Chaque filière, chaque secteur a une problématique spécifique
07:47en fonction de qui sont les concurrents,
07:50quel est l'aval, est-ce qu'il y a beaucoup de transformations,
07:52est-ce qu'il y en a peu,
07:53quel est le caractère stratégique des installations primaires
07:55dont on dispose.
07:56Donc, encore une fois, l'idée qu'il faut apporter une réponse uniforme
08:00à tous ces sujets est une mauvaise idée.
08:02Il faut écouter chaque filière,
08:03il faut voir quel est l'état de la concurrence
08:05et il faut travailler avec eux les bonnes réponses
08:07pour que sur les secteurs qu'on considère comme stratégiques,
08:10on s'assure que l'Europe ne soit pas dépendante de ce qui se passe
08:13ou aux Etats-Unis ou en Chine ou en Inde.
08:15Donc, les divergences ou les nuances que vous entendez,
08:18elles viennent du fait que la réalité des différents secteurs n'est pas la même.
08:22Enfin, peut-être qu'il vous rend le plus optimiste,
08:24c'est l'électrification de ce four.
08:26Alors, parce que là, il se passe des choses du côté de la décarbonation,
08:28on a des avancées sonnantes et trébuchantes sur certains dossiers.
08:33Là, ça change quelque chose en termes de dépendance énergétique.
08:37Mais bien sûr, mais il y en a eu plein avant
08:39et j'espère qu'il y en aura plein d'autres après.
08:41La question, c'est est-ce qu'on est capable de le faire
08:43dans une économie ouverte, dans des conditions compétitives ?
08:46Et là aussi, chaque secteur, chaque installation a son équation
08:50auquel il faut apporter une réponse adaptée.
08:52L'industrie, c'est plus de 90% de la décarbonation de l'économie française
08:56ces 30 dernières années.
08:57Donc, c'est nous qui sommes au cœur de ce processus.
09:01On dit juste qu'entre décarboner et produire,
09:03il faut trouver un bon équilibre,
09:05sinon on va faire aimer décarbonation avec désindustrialisation.
09:08Et ça, c'est le contraire de ce qu'il faut faire.
09:10Est-ce que vous êtes fâché aujourd'hui avec le gouvernement ?
09:13Mais on n'est jamais fâché avec personne.
09:15On discute avec les interlocuteurs que le peuple
09:17et que les élections nous donnent dans une configuration
09:20qui est particulièrement compliquée.
09:22Et encore une fois, on n'est pas content de certaines décisions,
09:25mais on n'a pas à être fâché ou pas fâché.
09:26On est là pour parler avec les gens qui prennent les décisions,
09:29qui font évidemment un métier difficile,
09:31en essayant tous les jours que Dieu fait
09:33de les convaincre que aider l'entreprise,
09:35aider l'industrie, c'est aider le pays
09:37et c'est se donner une chance de s'en sortir.
09:38Il y a des jours, ça marche.
09:39Il y a des jours, ça marche moins bien.
09:40Et inlassablement, on va continuer.
09:42Merci beaucoup Alexandre Saubot d'être venu ce matin
09:44dans la matinale de l'économie.
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