- il y a 14 heures
Ce vendredi 8 mai, Christopher Dembik a reçu Mikaa Blugeon-Mered, chercheur senior en géopolitique à l'Université du Québec à Trois-Rivières, dans l'émission Tout pour investir, la masterclass, sur BFM Business. Retrouvez l'émission tous les vendredis à 11h.
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00:00Tout pour investir, la masterclass, l'entretien.
00:04Entretien aujourd'hui avec Mika Blujon-Ouméret, vous êtes chercheur senior en géopolitique à l'université du Québec à Trois
00:10-Rivières.
00:10Je suis ravi de vous accueillir de nouveau, on avait pris rendez-vous il y a quoi, deux mois de
00:14cela je pense ?
00:15Peut-être un peu plus, janvier, février ?
00:16Janvier, février. On avait beaucoup évoqué le Groenland parce que c'est vrai que c'était le sujet du moment
00:21et il faut bien reconnaître que sur le Groenland il y avait beaucoup de fausses informations contre vérité
00:24et d'ailleurs je crois que je vous ai vu ce matin ou hier sur X vous mettiez en avant.
00:28Il faut être très prudent sur les informations qui circulent sur les réseaux sociaux, vous avez raison.
00:33Aujourd'hui on va évoquer trois pans, j'aimerais évoquer avec vous, bien sûr un peu voir ce qui se
00:37passe du côté du Groenland,
00:39voir surtout un sujet qui me paraît intéressant et je sais que vous avez beaucoup travaillé sur cette matière,
00:42c'est la route du Nord pour voir un peu en détail et on rebondira un peu sur d'autres
00:47voies de passage,
00:48notamment le détroit de Malacca.
00:50D'abord sur le Groenland, qu'est-ce qui s'est passé depuis notre dernière entrevue ?
00:53Est-ce que les Etats-Unis s'intéressent potentiellement de nouveau ?
00:57On voit qu'il y a le sujet iranien mais tôt ou tard ça va retomber.
00:59Est-ce qu'ils vont revenir sur ce sujet du Groenland ?
01:02Alors oui et puis on va voir avec dans l'actualité une conférence économique qui est importante
01:06et qui aura lieu le 19-20 mai prochain, la conférence Future Greenland,
01:09qui est une conférence qui a lieu tous les deux ans et c'est une conférence qui est la plus
01:13grande conférence économique et politique du Groenland.
01:15Donc vous avez évidemment tous les politiciens groenlandais qui viennent donner leur vision,
01:18notamment sur la question du développement minier, du développement des infrastructures logistiques
01:22et puis maintenant il y a d'autres industries évidemment qui émergent aussi dont ils vont beaucoup parler,
01:26comme l'hydrogène, comme les data centers, etc.
01:28Et l'autre élément c'est qu'on s'attend, comme tous les deux ans, à avoir une délégation américaine
01:33significative,
01:34mais cette fois-ci encore plus significative que les fois précédentes.
01:37Le président américain ou même d'autres membres de l'administration,
01:40à l'instant T on voit qu'il ne regarde pas trop du côté du Groenland.
01:43Est-ce que malgré tout, du côté de l'administration, on a le sentiment, vous avez des échos indiquant que
01:48dans tous les cas,
01:49il y a cette volonté quand même de s'accaparer d'une manière ou d'une autre, bien évidemment,
01:53le Groenland pour des raisons qui sont stratégiques ?
01:55Oui, ça n'a pas bougé, c'est-à-dire que d'un côté, c'est vrai que Donald Trump
01:58ou l'un de ses lieutenants
02:00a parlé du Groenland depuis le mois de janvier, quasiment toutes les semaines, jusqu'au début du mois d'avril.
02:05Et là, sur le mois d'avril, on sent qu'il y avait effectivement,
02:08le Groenland est redescendu un petit peu dans les priorités états-uniennes,
02:12mais que ce soit avec Jeff Landry, l'envoyé spécial des États-Unis pour le Groenland,
02:18par ailleurs également gouverneur de la Louisiane,
02:20ou que ce soit avec d'autres personnalités dont on a déjà parlé beaucoup,
02:24et américaines qui sont en charge en fait, d'essayer de voir quels sont les deals
02:27qui pourraient être développés au Groenland, que ce soit sur le secteur minier,
02:30que ce soit sur le secteur du tourisme, infrastructure ou d'autres,
02:33on voit qu'effectivement, rien en réalité sur le terrain n'a baissé en termes d'intensité.
02:38Et ça va même plus loin.
02:39C'est-à-dire qu'on a toujours là, encore la semaine dernière,
02:43des tentatives d'influence, des tentatives d'ingérence,
02:46qui sont manifestes, et qui prennent par exemple la forme
02:49d'un touriste américain qui va débarquer à l'aéroport de Newhook,
02:52donc la capitale du Groenland,
02:54et qui, dès le taxi qu'il ramène dans le centre-ville,
02:57propose à ce taxi 200 000 dollars,
02:59contre la signature d'une pétition,
03:01pour justement dire que ce serait bien que le Groenland devienne états-unien.
03:04Donc si vous voulez, on a ça qui se met en place,
03:06et toutes les semaines, ou toutes les deux semaines,
03:08il y a ce genre d'initiative, ou ce genre de petits moments qui ressortent.
03:12Et effectivement, ça c'est pas nouveau, ça date pas depuis janvier.
03:15On a vu ça tout le long de l'année 2025,
03:17et on avait déjà vu ça aussi en 2019-2020,
03:20lors du premier mandat de Donald Trump.
03:21Donc c'est pas nouveau.
03:22Et si on dézoome un peu,
03:24j'aimerais qu'on parle justement de la route du Nord,
03:27donc c'est sur la façade arctique russe.
03:31Je pense que c'est tout aussi stratégique,
03:32et bien sûr c'est un prolongement par rapport au Groenland,
03:35donc la route du Nord de manière assez intuitive,
03:38fond de déglace, donc nouvelle route commerciale.
03:40C'est une route commerciale qui est déjà pratiquée,
03:42on va rentrer un peu dans le détail,
03:43mais qui va être davantage accessible.
03:46Vous mettiez en avant, je me souviens,
03:47je crois que c'était sur Twitter,
03:48donc je vous invite nos téléspectateurs, auditeurs à vous suivre,
03:51peut-être qu'on verra d'ailleurs votre compte Twitter s'afficher à l'écran.
03:54Le point qui est important, vous mettiez en avant,
03:55souvent on met en avant que c'est la Chine qui est responsable.
03:58Mais vous disiez, dès 2011, finalement,
04:00la Russie a déjà eu une stratégie,
04:03alors elle tendait la main à la Chine pour l'accompagner,
04:05mais la Chine n'a pas saisi cette opportunité à ce moment-là,
04:07mais la vraie stratégie sur la route du Nord,
04:10c'est aujourd'hui une stratégie qui est russe.
04:11Et quels sont les atouts, notamment de la Russie,
04:13ou bien sûr, la façade, mais techniquement ?
04:15Promis, je vais essayer de faire court.
04:17On a le temps, ne vous inquiétez pas.
04:18Le sujet, c'est qu'effectivement,
04:20ceux qui ont poussé l'idée de route polaire de la soie,
04:23ce sont effectivement les Russes à partir de 2011.
04:25L'objectif pour la Russie, c'était d'essayer d'agglomérer
04:28tout simplement des investissements en infrastructure,
04:30mais aussi tout simplement des investissements
04:32liés aux marchandises,
04:34aux minerais,
04:36aux bois, aux produits de la mer,
04:38ou évidemment au pétrole, gaz et autres énergies,
04:40qui pourraient être développés dans l'ensemble de cette zone,
04:42sur cette façade arctique.
04:43Et dans ce contexte-là, effectivement,
04:45la Chine, comme l'Europe,
04:47se sont intéressées à ces questions-là
04:49autour de cette route maritime du Nord,
04:51qui n'est qu'une partie,
04:52je le précise ici,
04:53la route maritime du Nord,
04:54ce n'est qu'une partie de ce qu'on appelle
04:55le passage du Nord-Est.
04:57Le passage du Nord-Est,
04:58c'est l'une des trois routes maritimes
05:00usuelles ou en développement en Arctique,
05:02donc le long des côtes norvégiennes et russes.
05:04Et la route maritime du Nord,
05:05ça va spécifiquement de la Nouvelle-Zemble,
05:07à l'ouest,
05:08jusqu'au détroit de Béring, à l'est.
05:10Donc, c'est une zone très particulière
05:12sous réglementation spéciale.
05:14Si vous voulez naviguer dans cette zone-là,
05:16soit vous pouvez naviguer
05:17parce que vous avez un brise-glace,
05:18vous-même.
05:19Par exemple, les métaniers brise-glace
05:21peuvent naviguer tout seuls.
05:22Si vous n'avez pas de brise-glace,
05:24notamment, bien sûr, à l'intersaison,
05:25et à l'hiver, ça va sans dire,
05:27vous allez vous faire imposer, en fait,
05:29une escorte par des brise-glaces lourdes,
05:32notamment des brise-glaces nucléaires,
05:33de l'agence d'État nucléaire russe Rosatom.
05:36En l'occurrence, là,
05:37leur branche maritime, Rosatom, flotte.
05:38Donc, dans ce contexte-là,
05:40il y a une mainmise de la Russie
05:41sur cette route-là,
05:42et on peut le comprendre,
05:43puisque la Russie, pour elle,
05:45l'enjeu du développement
05:46de la route maritime du Nord,
05:47c'est d'abord et avant tout
05:48ce qu'on appelle du trafic de destination.
05:49Donc, c'est faire venir des bateaux
05:51sur la route maritime du Nord
05:52pour récupérer des marchandises
05:54qui ont été, en fait, extraites,
05:55des ressources qui ont été extraites
05:56dans cette région-là,
05:57et les renvoyer vers les clientèles
05:59européennes d'un côté,
06:00asiatiques de l'autre.
06:01Mais ce que la Chine,
06:02ou les Européens,
06:03ont cherché à développer, eux,
06:05c'est plutôt du trafic, en fait,
06:06d'océan à océan,
06:08donc du Pacifique à l'Atlantique
06:09et vice-versa.
06:10Et ce plan-là,
06:11en réalité, les Russes
06:12essaient de les pousser
06:13depuis longtemps,
06:13mais on a, effectivement,
06:15les communautés aléoutes,
06:16donc autochtones,
06:17d'Alaska,
06:18dans les îles aléoutiennes,
06:19qui cherchent à développer ça
06:21depuis plus de 40 ans.
06:22Vous allez retrouver les Japonais,
06:23vous allez retrouver les Coréens,
06:24vous allez retrouver,
06:25de l'autre côté,
06:25les Islandais,
06:26qui cherchent,
06:27les Norvégiens,
06:28qui cherchent,
06:28depuis les années 90,
06:30à développer cette route.
06:31Donc, fondamentalement,
06:35ces atouts,
06:35ils sont relativement limités,
06:36en réalité,
06:37parce que,
06:38même s'il y a effectivement
06:39moins de distance
06:40pour faire une route,
06:41par exemple,
06:41de Shanghai jusqu'à Rotterdam
06:43ou Havre,
06:44il y a moins de distance,
06:45c'est vrai,
06:46les conditions de navigation
06:46sont plus compliquées.
06:48Avec le réchauffement climatique
06:49et la dislocation des glaces,
06:51vous avez plus de courants,
06:53vous avez plus de difficultés
06:54de navigation,
06:54en règle générale,
06:55vous avez plus de tempêtes.
06:56Donc, si vous voulez,
06:56les conditions de navigation
06:57ne sont pas,
06:58contrairement à ce qu'on peut penser,
07:00plus faciles
07:01à cause du réchauffement climatique.
07:02Et puis, le dernier point,
07:04surtout,
07:04c'est qu'il y a tout à construire,
07:05il n'y a pas d'infrastructure
07:06ou très peu.
07:07Donc, si vous avez le moindre pépin,
07:09si vous voulez,
07:09vous n'avez pas un dry dock,
07:10vous n'avez pas
07:10donc une cale sèche
07:11dans laquelle vous pouvez
07:12vous positionner
07:13au milieu de nulle part
07:14dans l'Arctique russe
07:14pour réparer votre navire,
07:15par exemple.
07:16De la même manière,
07:17sur le volet du positionnement,
07:18sur le volet de la sécurité,
07:19c'était Orange Business Service
07:21dans les années 2010
07:21qui avait permis à la Russie
07:23de développer tout un système
07:24de communication,
07:25de positionnement
07:26et tout simplement,
07:27en fait,
07:27de surveillance,
07:28quelque part,
07:29dans l'ensemble de la zone.
07:31Maintenant,
07:31clairement,
07:32on a des relations
07:33avec la Russie
07:33qui sont un petit peu
07:34plus complexes
07:35et effectivement,
07:35des compétences
07:36que les Européens
07:37ou les Américains
07:38ou des Asiatiques apportaient
07:39qui aujourd'hui
07:40ne sont plus là.
07:41Avec les difficultés
07:42au niveau des autres voies
07:43de passage,
07:43il y a bien sûr Hormuz
07:44de manière assez évidente,
07:45mais on a eu aussi
07:46des difficultés
07:46avec le canal de Suez.
07:48Est-ce qu'on pourrait se dire
07:49que malgré tout,
07:50les Russes ont une carte à jouer ?
07:52Alors, vous l'avez dit,
07:52ça va être compliqué,
07:53il faut des brise-glaces
07:54plutôt nucléaires
07:55et aujourd'hui,
07:56c'est les Russes
07:56qui ont cette capacité-là.
07:58D'ailleurs,
07:58je crois qu'ils souhaitent
07:59mettre en place
07:59une taxe d'escorte,
08:00vous pourrez rebondir
08:01sur le sujet.
08:02Mais est-ce qu'à moyen long terme,
08:04ça peut être quand même
08:05une voie de passage
08:06qui devienne
08:06un peu plus opérationnel
08:08et surtout,
08:08est-ce qu'on a d'autres États
08:10qui s'y intéressent ?
08:10Est-ce que les Américains
08:11d'ailleurs,
08:12dézooment aussi
08:12et ne regardent pas
08:13que le Groenland ?
08:14Alors, pour ce qui est
08:14des Américains,
08:15eux, ce qu'ils ont cherché
08:16beaucoup à développer,
08:17c'est le passage du nord-ouest,
08:18donc évidemment,
08:19le long des côtes de l'Alaska
08:20et à travers les îles canadiennes
08:22et la côte est-ouest
08:23du Groenland.
08:24Mais de fait,
08:25là-bas,
08:25on a des conditions
08:26de navigation
08:26qui sont encore plus compliquées
08:28et des zones
08:29qui vont être
08:29de moins en moins
08:31englacées, certes,
08:32mais le désenglassement
08:34du passage du nord-ouest
08:35va intervenir
08:36plusieurs décennies
08:37après le désenglassement
08:39du passage nord-ouest.
08:40On a des estimations
08:41justement,
08:42y compris sur la route du nord,
08:44on a des estimations
08:45sur la fonte des glaces,
08:48etc.,
08:48qui sont crédibles aujourd'hui,
08:49on a des éléments ?
08:50Oui, oui,
08:50et puis je pense que le plus simple
08:51pour essayer de donner
08:52un ordre de grandeur ici
08:53pour comprendre,
08:53c'est le temps de navigabilité.
08:55Donc le temps de navigabilité
08:56aujourd'hui,
08:57si vous n'avez pas
08:57de brise-glace,
08:58de fait,
08:59ça va être uniquement
09:00deux mois,
09:00donc les deux mois d'été,
09:01et quand on dit été en Arctique,
09:03ce n'est pas juin-juillet,
09:05c'est plutôt pour le coup
09:06de mi-août jusqu'à mi-octobre,
09:08c'est ça dont on se parle.
09:10Après,
09:10si vous avez des brise-glaces
09:11ou si vous êtes escorté
09:12par un brise-glace,
09:13évidemment plus lourd
09:14le brise-glace est,
09:15plus la navigabilité
09:16pourra être poussée
09:17dans l'année,
09:18aujourd'hui,
09:19avec des brise-glaces lourds
09:20de 60 mégawatts
09:22ou autres
09:22de capacité de puissance,
09:25de fait,
09:25les russes sont capables
09:26d'ouvrir cette route
09:27jusqu'à neuf mois par an.
09:28Et donc l'objectif des Russes,
09:30c'était de lancer
09:32des nouveaux brise-glaces,
09:33au moins deux,
09:34avec une capacité de propulsion
09:35de 120 mégawatts,
09:36donc le double,
09:37pour pouvoir en fait
09:38naviguer partout
09:39dans l'océan Arctique
09:40à n'importe quel moment
09:41de l'année.
09:42Mais évidemment,
09:43là,
09:43il y a des contraintes budgétaires
09:44et ces contraintes budgétaires
09:45se sont renforcées
09:47avec les pertes,
09:48tout simplement,
09:48budgétaires
09:49et les investissements militaires
09:50que la Russie consent
09:50pour son conflit en Ukraine.
09:52Oui, complètement.
09:53Alors,
09:53c'est toujours compliqué
09:54avec les données russes
09:54sur la macroéconomie,
09:55mais on a des estimations
09:56en tout cas que l'économie russe
09:57serait en récession aujourd'hui.
09:59C'est quasiment sûr
10:00quand même vu les dépenses
10:01qui sont faites.
10:02La Russie souhaite mettre en place
10:03une taxe d'escorte
10:04de manière assez habile,
10:05je crois que c'est au nom
10:06de la protection de l'environnement.
10:07Est-ce qu'il faut y revenir
10:08sur le sujet ?
10:09Mais en fait,
10:09elle est déjà en place.
10:10C'est-à-dire que quand,
10:11effectivement,
10:11on a eu de plus en plus
10:13de navires qui sont passés
10:14sur cette route maritime du Nord
10:15et uniquement pour la zone
10:16de la route maritime du Nord,
10:17pas tout le passage du Nord-Est,
10:19eh bien,
10:19ce que les Russes ont fait,
10:20parce que les Russes
10:21sont signataires
10:21et ont ratifié
10:22la Convention des Nations Unies
10:23sur le droit de la mer,
10:24comme on dit de Montégobé,
10:26eh bien, de fait,
10:27les Russes utilisent
10:28l'article 234
10:29et d'autres articles
10:30de cette convention
10:31pour pouvoir dire,
10:32voilà,
10:32nous pouvons imposer
10:33un certain nombre de limites,
10:35même si c'est un détroit
10:36qui pourrait être environnemental,
10:37qui pourrait être international,
10:39un peu comme le détroit d'Hormuz
10:40ou Malacca,
10:41ou plutôt une succession
10:42de détroits en réalité,
10:43eh bien,
10:43il n'empêche que là,
10:45parce qu'il y a des contraintes
10:46environnementales fortes
10:47à cause des glaces
10:48et à cause de potentiels
10:49marais noirs ou autres,
10:51eh bien,
10:51nous allons imposer,
10:53d'une part,
10:53un certain nombre
10:54de restrictions à la navigation,
10:56nous allons imposer
10:57un certain nombre
10:57de mécanismes administratifs
10:59pour contrôler
10:59ce qui peut être
11:00sur les navires,
11:01un Q88 un peu renforcé,
11:02etc.,
11:02je ne rentre pas dans le détail,
11:03mais il y a
11:04toutes ces dimensions-là,
11:05et puis,
11:06derrière,
11:06cette fameuse taxe
11:07qui, en fait,
11:08va être le coût de l'escorte,
11:09et donc le coût de l'escorte,
11:10il va être d'environ
11:11400 000 dollars,
11:12donc, de fait,
11:13si vous voulez,
11:14c'est comparativement
11:15au canal de Suez,
11:16c'est assez similaire
11:19ce qui, aujourd'hui,
11:21finalement,
11:21à l'instant T,
11:22en tout cas,
11:22vu les conditions
11:23de navigation, etc.,
11:24ça réduit, finalement,
11:25un peu l'intérêt
11:26d'aller sur cette voie maritime,
11:27finalement,
11:28en termes de coût, etc.
11:29Mais absolument,
11:30et c'est pour ça
11:30qu'on va retrouver,
11:31aujourd'hui,
11:32donc, du trafic,
11:32l'été,
11:33au moment où il n'y a
11:34effectivement pas de glace,
11:35et où la Russie
11:36n'a pas, en fait,
11:37les moyens d'imposer
11:38ces dimensions de taxes,
11:40d'escorte, etc.,
11:41donc ça,
11:42c'est vraiment pendant
11:42les deux mois d'été
11:43où on peut naviguer
11:44avec un navire
11:44qui n'a pas de capacité glace.
11:46Et puis, ensuite,
11:46pour le reste de l'année,
11:47en fait,
11:47les projets qui se sont développés
11:48dans cette zone arctique russe,
11:50notamment les projets
11:51de gaz naturel liquéfié,
11:52de Yamal LNG,
11:53Article LNG2, etc.,
11:54dans la conception du projet,
11:56il y avait l'idée
11:57que des métaniers brise-glace
11:59dédiés à ces projets
12:00seraient construits.
12:01L'objectif, ici,
12:02c'est bien sûr
12:02de se débarrasser
12:03de la contrainte,
12:04évidemment,
12:04de cette taxe d'escorte,
12:06et de fait,
12:07bien sûr,
12:08c'est quelque chose
12:08que les Russes
12:08ont sanctionné positivement,
12:10puisque, à l'époque,
12:11quand ça a été imaginé
12:12dans les années 2010,
12:13les relations entre Total
12:14et d'autres partenaires asiatiques
12:16et le gouvernement russe
12:17étaient plutôt bonnes.
12:18Dernière question,
12:19on voit qu'il y a un peu
12:20de psychose
12:21sur tout ce qui est
12:21détroit, routes navigables.
12:23On a eu, je crois,
12:24il y a quelques semaines de cela,
12:25peut-être moins de 15 jours,
12:26des propos qui ont été
12:27mal interprétés
12:28d'un ministre malaisien,
12:30si je ne me trompe pas,
12:31concernant le détroit de Malacar.
12:32Indonésien.
12:33Indonésien, pardon,
12:33oui, merci.
12:34Concernant le détroit de Malacar,
12:36je pense que le ministre des Finances,
12:37disant que, grosso modo,
12:38il allait mettre en place
12:39une taxation aussi.
12:41Finalement,
12:42le point qui est important,
12:43c'est aujourd'hui,
12:44est-ce que potentiellement
12:46ce type de risque est réel
12:48ou finalement,
12:49dans tous les cas,
12:49comme vous le disiez,
12:50le droit international
12:51fait qu'a priori,
12:52quand même,
12:52sur la plupart des zones navigables,
12:53le droit des détroits,
12:54on n'a pas ce risque qui se présente ?
12:56Ce qui est certain,
12:57c'est que beaucoup de la communauté
12:58des analystes financiers
12:59qui nous écoutent
13:00n'ont pas toujours
13:01une mémoire très longue
13:03dans le passé.
13:03C'est vrai.
13:04De fait,
13:04en fonction des actualités
13:06et en fonction des contraintes
13:07et des problématiques géopolitiques,
13:08certaines choses remontent
13:09évidemment au-dessus de la pile.
13:10Donc la question des détroits,
13:12bien sûr,
13:12est remontée au-dessus de la pile
13:14à la faveur, bien sûr,
13:15de ce qui se passe
13:15dans le détroit d'Hormuz.
13:16Et donc,
13:17c'est vrai
13:17que quand le ministre
13:19des Finances indonésien
13:20lors d'une conférence
13:21a fait une espèce de bon mot
13:23à la tribu
13:24en disant
13:24tiens,
13:25et si nous aussi
13:26on imposait des taxes,
13:27ça pourrait être plutôt pas mal,
13:28ça a généré bien sûr
13:29un tollé,
13:29un tollé en Malaisie,
13:30un tollé en Indonésie même,
13:31un tollé bien sûr à Singapour.
13:33Et les propos
13:33ont été pris au sérieux
13:35par tous les médias étrangers
13:36sans vraiment vérifier.
13:38Absolument.
13:38C'est assez effarant.
13:39Ça c'est le problème
13:40de faire du journalisme
13:41avec de l'IA,
13:42malheureusement,
13:43c'est qu'on perd le côté humain.
13:44Et la vérification qui va avec.
13:46Tout à fait,
13:46pardonnez-moi là-dessus,
13:47mais il y a un vrai enjeu ici
13:49qui est clair,
13:49c'est que,
13:50et c'est ça en fait
13:50que ça révèle,
13:52cet épiphénomène
13:53concernant cette déclaration
13:54du ministre des Finances indonésien,
13:55c'est le fait que bien sûr
13:56la question de la fermeture
13:58des détroits
13:58est revenue bien sûr
13:59au-dessus de la pile
14:00des analystes en risque.
14:01Et ce qu'il faut bien comprendre ici,
14:03c'est que ce qui se passe à Hormuz
14:04n'est pas applicable
14:06tel quel partout.
14:07C'est-à-dire que l'enjeu
14:08de Hormuz ici,
14:09comme l'enjeu,
14:10si vous voulez,
14:10de certains détroits
14:12de l'Arctique russe
14:12dont on vient d'évoquer,
14:14c'est que finalement,
14:15à cause des glaces d'un côté
14:16ou à cause de la géographie
14:17tout simplement de l'autre,
14:18ces détroits
14:18ne sont pas vraiment contournables.
14:20Alors que,
14:21effectivement,
14:21si Malacca était,
14:23on va dire,
14:23bloqué
14:24ou qu'il y avait
14:24un mécanisme de taxe
14:25qui serait illégal,
14:26bien sûr,
14:26en droit international,
14:32que ce soit par Lombok
14:33ou autre,
14:34il y a des moyens
14:34de contournement.
14:35Quand on parle là aussi
14:36du détroit de Taïwan,
14:37entre Taïwan
14:38et la Chine continentale,
14:39pareil,
14:40on a des moyens
14:40de contournement,
14:41etc.
14:42Donc,
14:42ce qu'il faut bien comprendre ici
14:44et bien distinguer,
14:45ce sont les détroits
14:45sur lesquels il n'y a pas
14:46de moyens de contournement,
14:47tout simplement,
14:48ou des moyens de contournement
14:49terrestres,
14:49ou évidemment,
14:50les coûts logistiques
14:51sont tout de suite
14:52beaucoup plus importants,
14:53comme donc vis-à-vis
14:54du détroit d'Hormuz,
14:55et puis les autres détroits
14:56qui, eux,
14:56sont tout à fait bypassables
14:58en mauvais français,
14:59donc on peut effectivement
15:00avoir des alternatives,
15:01comme par exemple
15:01le détroit de Bab el-Mandeb,
15:03qui, donc,
15:03entre le Yémen et Djibouti,
15:05ce détroit-là,
15:06on a vu une chute du trafic
15:07à partir de 2024
15:08à cause, évidemment,
15:09des événements géopolitiques
15:11dans la région,
15:12notamment, bien sûr,
15:12avec le Yémen,
15:13mais pas que,
15:14et donc on a vu
15:14une chute du trafic
15:15divisé par 4,
15:164 millions de tonnes jour
15:17à 1 million de tonnes jour
15:20en 2024,
15:21le trafic ne s'est jamais relevé
15:23parce que, de fait,
15:24on a préféré,
15:25les armateurs ont préféré
15:26passer par le cap
15:27de Bonne-Espérance,
15:28se sont adaptés,
15:29ça a coûté plus cher.
15:29Avec des coûts
15:30qui ont été finalement gérables.
15:31Exactement.
15:32Ça a été plus cher,
15:33mais gérable complètement.
15:34Exactement.
15:34Et c'est la limite, ici,
15:35du discours de Vladimir Poutine
15:36pour refaire le lien
15:37avec l'Arctique,
15:38c'est que quand Vladimir Poutine
15:40se sert, effectivement,
15:41de soubresauts dans le détroit
15:42de Bab el-Mandeb
15:43ou de blocage
15:45dans le canal de Suez
15:47pour dire
15:47« passez par ma route,
15:48passez par le nord »,
15:49eh bien, de fait,
15:50la réalité,
15:51c'est que Vladimir Poutine
15:52est dans du signal stratégique,
15:54évidemment.
15:55Il y aura, certainement,
15:56des développements
15:56sur les routes arctiques
15:57parce qu'effectivement,
15:58les marchandises
15:59qui peuvent y transiter
16:00sont des marchandises
16:00qui peuvent avoir
16:01une forte valeur ajoutée.
16:02Mais pour autant,
16:04le volume de trafic net
16:05en nombre de navires,
16:07si vous voulez,
16:08restera pour encore
16:09plusieurs décennies
16:10relativement limité.
16:12Merci beaucoup
16:12et merci pour cette conclusion,
16:13c'est parfait.
16:14Mika Bjon-Méret,
16:15vous êtes chercheur senior
16:16en géopolitique
16:17à l'Université du Québec
16:18à Trois-Rivières
16:19et j'invite nos téléspectateurs,
16:20auditeurs,
16:21à vous suivre également
16:22sur les réseaux sociaux.
16:23Vous faites beaucoup de médias.
16:24Merci.
16:24C'est toujours extrêmement limpide
16:25et surtout,
16:26vous êtes sur le terrain,
16:26ce qui est rare.
16:28Beaucoup parlent
16:28sans être sur le terrain,
16:29sur des sujets
16:29qu'ils ne maîtrisent pas complètement.
16:30Donc, vraiment, merci.
16:31Merci beaucoup.
16:32On espère vous recevoir
16:32très prochainement de nouveau
16:33dans l'émission.
16:34Merci beaucoup.
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