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  • il y a 3 semaines
Ce vendredi 13 février, Christopher Dembik présente Quand le monde s'affole dans l'émission Tout pour investir, la masterclass, sur BFM Business. Retrouvez l'émission tous les vendredis à 11h.

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Transcription
00:00Tout pour investir, la masterclass, quand le monde s'affole.
00:05Bonjour Mathieu. Bonjour Christopher.
00:07Alors mon invité précédent, Miko Blujon-Mérette, a évoqué un peu les phénomènes de poutinisation des Etats-Unis en faisant
00:14référence au Groenland.
00:15Ça tombe bien, on va prendre un peu de recul.
00:17Vous voulez nous parler pour vous d'un discours qui a été essentiel, le discours de Munich de Poutine de
00:232007.
00:24Ça nous permet finalement de placer un cadre et l'élément, effectivement, on voit rétrospectivement, finalement, il nous avait déjà
00:30un peu tout dit sur sa vision du monde à ce moment-là.
00:32C'est ça, je vous en parle là Christopher parce que s'ouvre aujourd'hui la conférence de Munich sur
00:36la sécurité.
00:37Ils sont plus de 450 à arriver à Munich depuis ce matin.
00:41On en parlera tout à l'heure, mais avec une énorme délégation américaine, européenne, etc.
00:45Et en fait, il y a eu une édition qui était en 2007.
00:49Et en fait, je n'avais moi-même pas du tout pris la mesure de ce qui s'était passé
00:53ce jour-là.
00:54Et en septembre dernier, j'en parlais avec un ancien banquier central.
00:59Je lui demandais si dans toute votre carrière de banquier central, vous aviez deux chocs géopolitiques à garder.
01:07Lesquels ce seraient ?
01:08Et cet ancien banquier central me répond, me dit, il y a évidemment le 11 septembre 2001, il y a
01:13un avant, un après.
01:14Et là, il me dit, il y a le discours de Poutine à Munich en février 2007.
01:19Et donc, c'est là où je me suis dit, mais qu'est-ce qui s'est passé vraiment ce
01:21jour-là ?
01:21Et cet ancien banquier central m'explique que lui, à l'époque, y assistait avec Angela Merkel.
01:29Et que ce jour-là, c'est après ce discours de Vladimir Poutine qu'il avait compris, lui et tous
01:36ses collègues banquiers centraux de la planète,
01:38que désormais, le monde allait sortir de l'illusion d'un monde pacifié pour basculer dans un monde qui allait
01:47se brutaliser de plus en plus.
01:48C'était ces fameuses théories de la fin de l'histoire qui ont commencé à circuler après la chute de
01:52RSS, finalement.
01:54Exactement. Mais il y a eu vraiment un moment de prise de conscience vu des banquiers centrales ce jour-là.
01:58Et en fait, ce discours, il a duré 30 minutes.
02:02Vladimir Poutine était seul sur scène et il a laissé tout le monde, dont Angela Merkel, qui était au premier
02:07rang, totalement abasourdi.
02:09Ils sont tous sortis groggy de cet exposé géopolitique.
02:12C'est un moment où Poutine va en gros acter que la Russie n'est plus en sécurité et qu
02:17'il doit se protéger de l'OTAN.
02:18Pourquoi il dit ça ? Il dit ça en 2007 parce qu'il s'appuie sur une déclaration du 17
02:23mai 1990 du secrétaire général de l'OTAN.
02:26À l'époque, on est juste après la chute du mur.
02:28Et là, vous avez ce secrétaire général, Manfred Warner, qui dit
02:31« Que nous soyons prêts à ne pas déployer les troupes de l'OTAN à l'extérieur de l'Allemagne
02:35de l'Ouest,
02:36cela donne à l'Union soviétique des garanties sûres de sécurité. »
02:42Plus tard, Poutine va reprocher à l'OTAN de ne pas respecter ces fameuses garanties de sécurité
02:48sur lesquelles l'OTAN se serait engagée en 1990.
02:52Mais en fait, Poutine ne sera pas le premier à avoir ce discours contre l'OTAN.
02:56Vous avez en 1997 l'ancien président de l'URSS, Mikhail Gorbachev,
03:02qui va aller s'exprimer devant le Congrès américain.
03:06Alors, il n'a plus de fonction officielle, mais écoutez ce qu'il dit à ce moment-là
03:09sur l'élargissement de l'OTAN vers l'est de l'Europe.
03:13« Je crois que c'est une grave erreur.
03:22On ne peut pas humilier une nation, un peuple, et penser que cela restera sans conséquences.
03:27Est-ce une nouvelle stratégie ?
03:29Si un pays joue contre l'autre, alors tous ces problèmes,
03:32toutes ces questions que nous avons évoquées aujourd'hui seront très difficiles à résoudre. »
03:37« Il y a vraiment un traumatisme du côté russe à cet égard. »
03:41« Et on voit que même Gorby, comme on l'appelle, Gorbachev à l'époque,
03:45tenait déjà ce narratif, ce discours.
03:47Et donc c'est vraiment hyper intéressant, parce que là, on est en 1997,
03:51et en fait, dix ans plus tard, il y a Poutine,
03:54qui à son tour va sur l'estrade de la conférence de Munich,
03:57il va tenir grosso modo le même discours,
04:00en disant que l'Occident a trahi sa parole.
04:02Écoutez-le.
04:04« Il est évident que le processus d'élargissement de l'OTAN
04:08n'a rien à voir avec la modernisation de l'Alliance
04:11ou avec la sécurité en Europe.
04:14Au contraire, c'est un facteur de provocation sérieux
04:17qui réduit le niveau de confiance mutuelle.
04:19Et on a le droit de se poser cette question,
04:22qui cette expansion de l'OTAN vise-t-elle ? »
04:26« On a l'impression que c'est à partir de là, finalement,
04:28que la Russie ne se sent plus du tout en sécurité. »
04:30« Exactement.
04:30Et c'est le début d'un narratif qui court jusqu'à aujourd'hui.
04:33Munich 2007, ça devient la justification des guerres à venir,
04:37de Géorgie, de Crimée, de la déstabilisation du Donbass,
04:41puis de l'invasion de l'Ukraine en 2022.
04:44Munich 2007, c'est déjà cette petite musique
04:47du sentiment d'encerclement de la Russie,
04:49de la paranoïa stratégique de Vladimir Poutine.
04:53C'est aussi l'idée que Moscou ne fait que répondre
04:55à une menace occidentale.
04:57Munich 2007, c'est aussi le jour où Poutine
05:00va rejeter frontalement le monde
05:03qui est dominé par les États-Unis.
05:04Écoutez-le.
05:06« Qu'est-ce qu'un monde unipolaire ? »
05:10On peut enjoliver ce terme comme on veut.
05:12Au final, c'est un monde avec un seul maître,
05:14un seul souverain.
05:18Et au bout du compte, c'est un système profondément nuisible.
05:25Alors ça, c'est hyper intéressant ce qu'on entend,
05:27parce qu'en fait, Vladimir Poutine,
05:28qui est en train de secouer l'Europe et les Européens,
05:32quand il dit ça, il ne s'adresse pas aux Européens,
05:34pas qu'aux Européens, il s'adresse aux pays émergents.
05:37Il est en train de prévenir que la bascule géoéconomique,
05:40elle est en train de se passer en Inde et en Chine.
05:42Et c'est effectivement, et on en parle ici régulièrement,
05:45quasiment toutes les semaines,
05:46c'est effectivement ce qui se passe aujourd'hui.
05:48En 30 ans, on voit cette bascule
05:50qui est absolument fascinante.
05:52En 30 ans, on voit que le poids de l'Union européenne,
05:55elle a fondu de moitié,
05:57alors que le poids de l'Inde et de la Chine
05:58a triplé dans le même temps.
06:01Donc finalement, 2007,
06:02eh bien, Munich 2007,
06:04on annonce la fin du monde occidental dominant.
06:07On annonce l'avènement de ce monde multipolaire.
06:11Et ça s'est traduit aussi par cette photo
06:14qu'on adore, fascinante,
06:17cette photo géopolitique assez spectaculaire,
06:21fin août dernier, à Tianjin,
06:23le sommet de l'organisation de la coopération de Shanghai,
06:27organisé par Xi Jinping,
06:29avec, autour de Xi Jinping,
06:3020 chefs d'État, dont Poutine, dont Modi,
06:33tous réunis autour de Xi Jinping.
06:35Donc là, on est vraiment dans la continuité
06:39de cette bascule géoéconomique,
06:41dont parlait Poutine, à Munich en 2007.
06:44Et dernière chose peut-être sur cette édition de 2007,
06:48c'est que vraiment l'ironie de l'histoire,
06:51c'est que pendant ce discours de 30 minutes choc de Poutine,
06:55il alerte régulièrement sur le nombre de conflits dans le monde.
06:59Et il s'en alarme.
07:01Écoutez bien cette phrase, en fait,
07:03que dit Poutine en 2007, il dit
07:04« Nous sommes en présence de l'emploi hypertrophié,
07:07sans aucune entrave,
07:08de la force militaire,
07:10celle qui plonge le monde
07:12dans un abîme de conflits successifs. »
07:15Lui qui a enclenché un certain nombre
07:16des conflits à venir.
07:18Donc, presque 20 ans plus tard,
07:20en juillet dernier,
07:21on a l'ancien chef d'État-major français,
07:24Thierry Burkhard,
07:25qui finalement va confirmer
07:26ce monde qui se brutalise
07:28et qui se militarise,
07:30dont parle à Munich Vladimir Poutine.
07:33Lui, Thierry Burkhard,
07:34va parler d'un effet cliquet.
07:35Il explique au printemps dernier
07:37que les crises, désormais,
07:39ce qui est nouveau,
07:39c'est qu'elles ne se succèdent plus,
07:41mais elles s'empilent.
07:43Il y a 30 ans,
07:44la France comptabilisait
07:4630 conflits armés dans le monde,
07:48qui étaient jugés avec un niveau assez sévère.
07:50Aujourd'hui, 30 ans plus tard,
07:52elle en comptabilise 120,
07:544 fois plus de conflits armés.
07:56Donc là, on est vraiment dans le chiffre
07:58qui nous montre
07:58que le monde s'est effectivement brutalisé.
08:00Et en quelques mots,
08:01quel est l'état d'esprit actuellement,
08:02puisqu'on a la conférence de Munich
08:03qui s'ouvre pour cette édition 2026 ?
08:06Bon, déjà, on n'a pas de J.D. Vance
08:08qui est présent du côté américain.
08:09C'est peut-être un point positif.
08:11On a plutôt le secrétaire Rubio.
08:12Oui, alors ça, c'est très intéressant.
08:14C'est ce qu'on va guetter aujourd'hui,
08:16les mots de Marco Rubio.
08:18Pourquoi ?
08:19Parce que l'année dernière,
08:20lors de l'édition 2025,
08:22là aussi, c'est une édition
08:23qui va rester un peu dans l'histoire,
08:24parce que c'est l'édition,
08:26après la réélection de Donald Trump,
08:28il envoie son vice-président,
08:30J.D. Vance,
08:31qui, il y a un an,
08:32est venu secouer aussi les Européens
08:34pour leur dire, pour la première fois,
08:37leur dire officiellement
08:39qu'il fallait qu'ils se préparent désormais
08:41à vivre sans le parapluie sécuritaire américain en Europe.
08:46Remise en cause complète de l'OTAN.
08:47Donc, remise en cause de l'OTAN,
08:50remise en cause aussi du lien transatlantique
08:53tel qu'il existe depuis 1945.
08:56Et donc ça, c'est un véritable choc pour toute l'Europe,
09:00en tête desquels peut-être les Allemands,
09:02pour qui le lien transatlantique
09:04est peut-être le plus fort depuis 1945.
09:09Et c'est pour ça qu'on assiste depuis un an aussi
09:12à cette ébullition dans l'Europe de la défense,
09:17puisque derrière, on a bien compris,
09:19qu'on soit d'accord ou pas,
09:20qu'il fallait se passer de ce parapluie américain
09:23qui allait se refermer petit à petit,
09:25pas d'un coup.
09:26Et donc, concrètement, ça veut dire
09:27qu'il faut qu'on augmente la part
09:31de budget de défense dans le PIB de chaque pays.
09:34Vous savez, j'ai été longtemps sceptique
09:37sur cette capacité européenne à miser sur la défense,
09:40mais on a eu plusieurs invités récemment
09:41qui ont commencé à me convaincre
09:43sur la renaissance européenne,
09:45finalement, notamment en termes de défense.
09:47Comme quoi, ça commence à se matérialiser.
09:48C'est ça.
09:49Et ça, en fait, c'est pour ça,
09:51ça va être vraiment les deux choses
09:52qu'on va guetter lors de cette conférence de Munich
09:54qui dure trois jours.
09:55C'est, un, le message de Rubio.
09:57Est-ce qu'il va parler avec sa casquette de diplomate
09:59et quelque part mettre un petit peu de l'eau dans son vin
10:02par rapport à J.D. Vance ?
10:05Voilà, j'ai lu pas mal de choses
10:07où il dit qu'il devrait faire ça.
10:08J'en suis pas si certain.
10:10Quand on voit aussi la part qu'il a prise
10:13dans l'écriture de la revue de Sécurité nationale
10:18qui acte l'Amérique en tant que shérif
10:21de l'hémisphère occidental,
10:23qui valide des phrases et des notions
10:26telles que l'Europe qui risque,
10:28qui est face à un risque d'effacement civilisationnel.
10:31Il y a aussi Marco Rubio.
10:32Il n'y a pas que Vance derrière ça.
10:33Donc, on va voir s'il va mettre de l'eau en son vin.
10:35Et puis, de l'autre côté, on va voir
10:36si l'équipe européenne présente à Munich en ce moment
10:40arrive à parler d'une même voix.
10:43Alors, sur l'industrie de la défense,
10:44effectivement, c'est en train de se structurer.
10:48Mais quand on voit ce qui se passe avec le SCAF,
10:51il y a encore du boulot.
10:52C'est-à-dire qu'il y a quand même des parts industrielles,
10:56notamment chez les avionneurs,
10:57où on n'est pas prêt à abandonner
10:58sa souveraineté nationale.
11:00Ça joue toujours un problème en Europe.
11:02Chez les motoristes, ça passe.
11:03Au niveau des avionneurs,
11:04il y a des questions de souveraineté nationale.
11:06Merci beaucoup, Mathieu.
11:07Vous ferez peut-être un débrief, d'ailleurs,
11:08la semaine prochaine.
11:09C'est vraiment un sujet au niveau
11:10de cette conférence de Munich.
11:12qui a été un débrief, d'être un débrief, d'être un débrief.
11:12qui a été un débrief, d'être un débrief, d'être un débrief.
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