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  • il y a 2 heures
Jeudi 7 mai, Hedwige Chevrillon a reçu Benoît Chevalier, président Afrique de BusinessEurope et enseignant à l'Essec, dans l'émission La Grande Interview sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez-la en podcast.

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Transcription
00:02Le 18-19 d'Edwige Chevrillon
00:07Vous êtes bien dans le 18-19, on va parler d'Afrique, le continent un peu oublié et pourtant il
00:13se passe des choses quand même très intéressantes sur nous, surtout pour nous, pour l'économie européenne et la France.
00:19On va en parler avec Benoît Achervallier, il est président Afrique de Business Europe. Bonsoir Benoît Achervallier, merci d'être
00:24là.
00:24Vous revenez du Côte d'Ivoire, vous repartez à Nairobi où justement, et c'est l'actualité du jour, s
00:30'ouvre ce sommet africain forward en manière de réchauffer peut-être les relations entre la France et l'Afrique.
00:39Emmanuel Macron va débuter sa tournée africaine ce week-end et puis c'est intéressant de voir que pour la
00:46première fois ce sommet se tiendra à Nairobi, au Kenya, un pays qui est non francophone.
00:52Vous nous direz qu'est-ce que ça veut dire ou pas. Vous avez passé 25 ans en Afrique, vous
00:59avez été aussi en Allemagne, un peu partout dans le monde.
01:01Ma première question avant d'aborder ce sommet qui est quand même un point important, j'ai envie de dire
01:08la preuve, le président de la République française y va.
01:10On sait que les relations sont très tendues avec de nombreux pays, entre la France et ses pays.
01:16Quel est l'impact pour le continent africain de ce blocage du détroit d'Hormuz et de la guerre en
01:24Iran ?
01:24On sait que le continent africain est très dépendant de ce qui sort du détroit d'Hormuz.
01:30L'impact il est massif, mais comme il est massif au niveau mondial, en ce qui concerne les pays africains
01:35plus particulièrement,
01:36alors tout d'abord, la production pétrolière représente à peu près 10% de la production mondiale.
01:45Donc ça veut dire qu'il y a des pays qui sont producteurs, donc ça veut dire qu'on peut
01:47dire qu'il y a des gagnants et des perdants.
01:49Donc le Nigeria, l'Algérie, le Tchad, le Gabon, l'Angola, etc.
01:57Mais c'est beaucoup plus compliqué que ça, parce qu'on pourrait se dire que ces pays qui sont exportateurs
02:01de pétrole sont nécessairement gagnants.
02:03Pourquoi ? Parce qu'il y a un effet domino.
02:05Alors l'effet domino, c'est l'effet sur l'économie réelle, puisque ça touche évidemment le transport, ça touche
02:10la production d'électricité,
02:11donc ça touche le fonctionnement des usines, des mines, de l'exploitation minière.
02:16Donc en réalité, ça a un impact.
02:18Le premier élément, c'est que ça touche tous les pays, y compris les pays producteurs de pétrole, sur tous
02:23les secteurs de l'économie.
02:24Donc ça, c'est la première chose.
02:26La deuxième chose, c'est que l'impact sur le prix et le blocage des prix au quotidien.
02:38C'est-à-dire qu'il y a des pays qui ont décidé d'effectuer une forme de blocage des
02:42prix,
02:42c'est-à-dire indépendamment de l'évolution, les prix sont bloqués.
02:46C'est le cas par exemple du Kenya.
02:48D'autres ont décidé de subventionner, donc c'est un coût pour les finances publiques, l'exemple de la Côte
02:53d'Ivoire.
02:53Le prix, par exemple, du litre de la Côte d'Ivoire, c'est à peu près 1,10 euro.
02:59D'accord, donc c'est quasiment deux fois moins cher que chez nous.
03:02Voilà, mais parce que c'est un coût budgétaire, parce que le gouvernement estime que c'est absolument vital pour
03:07le fonctionnement,
03:10et des circonstances où ce qui est gagné de manière journalière est dépensé à la fin de la journée.
03:16Donc l'élément du transport, il est fondamental.
03:19Donc c'est un coût évidemment important pour les finances publiques.
03:23D'autres, par exemple un pays comme l'Éthiopie, aujourd'hui on ne trouve plus de diesel en Éthiopie.
03:28Donc c'est aussi un élément, cette fois, d'acheminement.
03:32Enfin, vous avez par exemple des pays qui sont certes producteurs de pétrole,
03:37mais qui exportent du pétrole brut.
03:41Donc ce qui veut dire qu'il doit être raffiné.
03:42Et s'il est raffiné, ça veut dire qu'il doit revenir.
03:45Et donc là, se trouve une mécanique qui est un petit peu complexe,
03:49qui fait que ça pose la question pas simplement de l'extraction et de la production en tant que telle,
03:56de la matière brute, mais du raffinage.
03:59Donc là, on parlait du Kenya, et on va en parler dans quelques instants avec le sommet.
04:06Un pays qui jusqu'à présent disait,
04:09ce n'est pas forcément le coût, l'avantage-bénéfice,
04:12le coût-bénéfice de rentrer dans une logique de raffinage et de raffinerie est trop important.
04:19Et donc, là, se repose la question de savoir, oui, il faudrait raffiner.
04:24Donc un des grands gagnants, par exemple, c'est Dangote et le Nigeria,
04:27avec son usine récente de raffinage.
04:30Mais est-ce qu'il y a une vraie, un peu comme on le ressent nous,
04:35mais évidemment pas dans les mêmes proportions,
04:37mais est-ce qu'il y a un impact très fort autre que pétrolier ?
04:41Est-ce que ça a vraiment, sur le pouvoir d'achat qui est déjà très faible,
04:44est-ce que ça a vraiment un impact fort ?
04:47Est-ce qu'il y a urgence, quelque part, à soutenir le continent africain
04:51avec cette guerre en Iran et ce blocage blocus du détroit d'Hormoz ?
04:56Bien sûr qu'il y a une urgence.
04:57Alors, comme je vous disais, c'est du cas par cas.
04:59Tous les pays ne sont pas du tout, si vous êtes exportateur net
05:02ou si vous n'avez rien du tout, au contraire, vous en avez,
05:05évidemment, ce n'est pas la même situation.
05:07Donc, c'est du cas par cas.
05:08Justement, ce n'est pas l'Afrique.
05:09Ce que je dis d'ailleurs dans mon livre, c'est les Afriques.
05:12C'est du cas par cas.
05:13Maintenant, là où tout le monde est touché,
05:15c'est le coût sur l'économie réelle.
05:19On en a parlé un instant, sur le fonctionnement des usines,
05:21sur le coût de l'électricité.
05:23Donc là, ça impacte tout le monde, mais aussi sur l'inflation.
05:27En avril dernier, juste quelques jours après le déclenchement,
05:31enfin quelques semaines après le déclenchement du conflit,
05:33il y a eu les assemblées de printemps de la Banque mondiale et du FMI
05:36qui ont révisé à la hausse l'inflation attendue pour 2026
05:40et à la baisse la croissance attendue.
05:43Donc, plus d'inflation, ça veut dire quoi ?
05:45Ça veut dire un coût d'emprunt qui est plus fort.
05:47Donc, si on a un coût d'emprunt qui est plus fort, comme pour la France…
05:50Comme pour la France, on connaît en France, oui.
05:52Voilà. Donc, ça veut dire un montant d'intérêt, un montant du service de la dette
05:56qui va être plus important.
05:58Donc, ça, évidemment, c'est négatif pour les finances publiques.
06:01Donc, la hausse de l'inflation n'est clairement pas une bonne nouvelle.
06:03Vous avez une phrase que j'ai bien aimée,
06:07où vous dites que l'Afrique ne veut plus être au menu,
06:09mais elle veut être à la table.
06:11Oui.
06:12Est-ce qu'elle a, pardonnez-moi cette question un peu directe, un peu cash,
06:16est-ce qu'elle a les moyens d'être à la table aujourd'hui ou pas ?
06:21Bien sûr, parce qu'on parlait justement des richesses du continent africain.
06:28C'est des richesses de matières premières, déjà.
06:31Donc, ça, on en entend beaucoup.
06:33Alors, il faut rentrer beaucoup plus dans le détail,
06:35mais quand on parle du manganèse, quand on parle du nickel,
06:37quand on parle du cobalt, on parlait même de présence pétrolière.
06:41J'ai dit à peu près 10% gazière.
06:43Là, ces toutes dernières années, il y a eu aussi des découvertes,
06:46par exemple, dans des pays comme la Côte d'Ivoire, le Ghana ou le Sénégal,
06:49très récemment en Namibie.
06:52Donc, le sous-sol, j'allais dire, du continent, dans sa diversité,
06:58fait que l'Afrique, les pays africains,
07:02deviennent et redeviennent un pays d'attention à la fois géopolitique et économique.
07:06Oui, en même temps avec une instabilité politique, parfois très difficile.
07:11C'est vrai, mais ça aussi, ça dépend dans quel pays on se situe.
07:15Je vais prendre juste un exemple.
07:16Il y a eu une visite récemment du chef d'État du Botswana.
07:22Je pense que le Botswana n'est pas nécessairement beaucoup évoqué
07:26dans les différentes antennes en Europe ou en France en particulier.
07:29Le Botswana, c'est un pays qui est grand comme la France,
07:33en termes de superficie, qui a une population qui est plutôt petite,
07:36puisque c'est en gros Paris intramuros,
07:37c'est un peu plus de 2,5 millions d'habitants,
07:39mais c'est un pays qui a connu une alternance politique
07:41pour la première fois depuis 360 ans l'année dernière,
07:44qui s'est très, très bien passé, et personne n'en a parlé.
07:47Donc, ce que je veux simplement dire...
07:48On a parlé du Mali et un peu du Soudan, malheureusement, pas suffisamment.
07:51Voilà, donc, et sur 54 pays,
07:53sur un continent qui fait 30 millions de kilomètres carrés,
07:56qui est l'équivalent de l'Europe, de la Chine, des États-Unis et de l'Inde,
07:59nécessairement, vous avez un effet loupe
08:01qui fait que vous regardez là où sont les difficultés,
08:04ça ne veut pas dire qu'il faut les nier,
08:05c'est pour ça que moi j'appelle à être évidemment très lucide,
08:09parce que sinon on n'est pas crédible,
08:10mais en revanche, à prendre en compte justement
08:12cette différenciation pour, in fine,
08:15comprendre aussi les dynamiques en cours.
08:17Alors, je vais reprendre le titre de votre livre
08:19aux éditions de l'Aube,
08:20« Ce qu'attend l'Afrique ? »
08:22Là, il y a ce sommet,
08:24Africa Forward,
08:25c'est un sommet franco-africain,
08:28avec le président Macron
08:30qui va faire une tournée,
08:31mais donc qui sera à Nairobi pour l'ouverture lundi prochain.
08:36Qu'est-ce qu'attend l'Afrique, justement ?
08:38Qu'est-ce qu'elle attend de la France ?
08:40Parce que, vu de chez nous,
08:41on a toujours l'impression qu'aujourd'hui,
08:43on est toujours le grand méchant loup,
08:45le colonisateur.
08:47Lorsqu'on voit ce qui se passe au Mali,
08:48c'est vrai qu'on ne se dit pas qu'on est vraiment la bienvenue,
08:51que ce soit au Sénégal ou en Côte d'Ivoire.
08:54Alors, d'abord, pour répondre à la question,
08:56ce qu'attend l'Afrique, je dirais,
08:57c'est la liberté de ses choix,
08:59comme d'ailleurs tous les pays qui entendent
09:01être et rester souverains
09:02et être sous la tutelle de personnes.
09:04La France, comme les pays européens,
09:06sont exactement dans la même situation.
09:07Donc, en réalité...
09:08La Russie et les Chinois lui mettent un petit peu différemment.
09:12Donc, ce qu'attend,
09:13c'est justement cette liberté des choix.
09:15Alors ensuite,
09:16sur le sommet plus particulièrement,
09:18ce qui est intéressant de noter,
09:20d'abord, c'est le focus qui est fait,
09:21l'attention particulière qui est faite
09:23sur les questions économiques
09:24et sur le secteur privé.
09:25Je vous disais, en effet,
09:28je pars demain,
09:29il y aura à peu près 2000 entreprises
09:30qui sont attendues.
09:31Donc, ça montre bien
09:33ce changement de paradigme
09:34dont on parle.
09:35Deuxièmement...
09:36Et on va rappeler que vous êtes le patron
09:37pour l'Afrique du Business Europe.
09:39Donc, ça veut dire que vous êtes en première ligne.
09:41C'est ça.
09:42Alors, on a eu d'ailleurs,
09:43au niveau européen,
09:45en novembre dernier,
09:47à Luanda, en Angola,
09:48le septième sommet
09:50Union européenne,
09:51Union africaine,
09:52et là,
09:53qui avait mis, justement,
09:54pour la première fois,
09:55également,
09:55le secteur privé
09:56et les entreprises
09:58comme l'un des éléments clés
10:00du sommet.
10:01Donc, on voit bien
10:01qu'il y a une prise de conscience
10:02de ce changement de paradigme.
10:04Ensuite,
10:05sur le côté français,
10:07si vous voulez,
10:09le biais aussi
10:11qu'on peut avoir,
10:13en tout cas,
10:13vu de Paris,
10:14c'est que
10:15Afrique égale
10:16Afrique subsaharienne francophone.
10:17Et ce n'est pas la même chose.
10:19L'Afrique subsaharienne francophone,
10:21c'est 14 pays.
10:22L'Afrique,
10:23c'est 54 pays.
10:24Donc,
10:25quand on dit
10:25les relations
10:26entre l'Afrique
10:28et la France
10:28sont mauvaises,
10:30c'est factuellement inexact,
10:31puisque il y a
10:32dans énormément de pays,
10:33je peux vous le dire
10:34pour le sillonner
10:35et y aller
10:37extrêmement régulièrement,
10:38quand vous êtes au Kenya,
10:40ce n'est même pas un sujet.
10:41En réalité,
10:42quand vous êtes au Nigeria,
10:42c'est pareil,
10:43quand vous êtes en Etiopie,
10:44c'est pareil,
10:44quand vous êtes en Afrique du Sud,
10:45c'est pareil.
10:46Donc,
10:46c'est cette distinction
10:47entre l'Afrique subsaharienne francophone
10:49et le reste du continent africain.
10:51On peut prendre des chiffres.
10:53Par exemple,
10:54la France
10:54est le deuxième exportateur
10:55et le deuxième investisseur
10:58en Angola.
10:59Grand pays,
10:59plus grand pays d'Afrique
11:00lusophone,
11:01de langue portugaise.
11:02Quand on regarde
11:03les quatre premiers
11:05partenaires commerciaux
11:06entre la France
11:07et des pays africains,
11:08les trois premiers
11:09sont d'Afrique anglophone
11:10et lusophone.
11:11Mais c'est intéressant,
11:12ça veut dire quelque chose,
11:12politiquement.
11:13Non,
11:14justement,
11:14il ne faut pas avoir
11:15une lecture politique
11:16parce que ça dépend
11:17tout simplement
11:17de la taille des économies.
11:18Est-ce que c'est la taille
11:19des économies
11:20ou c'est simplement
11:20parce que là,
11:21il n'y a pas un passé
11:24colonial ?
11:25C'est plutôt les Belchis
11:26qui ont un problème
11:27avec le Kenya
11:27que nous, quoi.
11:28Je ne pense pas
11:29qu'il faille avoir
11:30une lecture politique
11:31de ça.
11:32Tout simplement
11:32parce que quand vous avez...
11:33mais est-ce qu'eux,
11:34ils l'ont ?
11:35Non,
11:35parce que quand vous êtes...
11:37Le Nigeria,
11:37le Nigeria,
11:38c'est 240 millions
11:39d'habitants.
11:40C'est dingue.
11:41C'est un PIB
11:43qui est à peu près
11:43de 400 milliards.
11:44Vous n'avez pas
11:45le comparé
11:46avec un pays
11:47comme le Gabon,
11:49comme le Bénin,
11:50comme le Togo,
11:50pour prendre des exemples
11:51différents,
11:52qui ont entre 2,
11:533,
11:544 millions d'habitants
11:55et puis un PIB
11:56qui est inférieur
11:57à 10 milliards.
11:58Donc,
11:58en fait,
11:59c'est une question
11:59de volume.
12:00Il ne faut pas le voir
12:00justement avec une lunette
12:01politique,
12:02mais avec une lunette
12:03qui dépend de la taille
12:04des économies,
12:05des dynamiques.
12:06Ça ne veut pas dire,
12:06encore une fois,
12:07qu'il n'y a pas
12:07des difficultés
12:08et on les connaît tous.
12:10Mais c'est juste
12:11ne pas avoir,
12:12si vous voulez,
12:13ce biais déformant,
12:15cette lunette déformante
12:16pour mettre le zoom
12:17finalement sur
12:18des chiffres
12:19qui sont modestes
12:20et des difficultés
12:21qui sont élevées
12:22et à l'inverse,
12:23des chiffres
12:24qui sont importants
12:25en valeur
12:25comme en volume
12:26et pour lesquels
12:27il y a beaucoup
12:27moins de difficultés.
12:28Quand on regarde
12:29les principaux investisseurs,
12:31on vient de voir
12:31passer la carte,
12:32peut-être qu'on peut
12:32la remettre
12:33pour ceux qui nous regardent
12:34à la télévision.
12:35Les principaux investisseurs,
12:36c'est évidemment
12:37les États-Unis,
12:38de loin,
12:38j'imagine.
12:39Non ?
12:40Non.
12:41C'est les États-Unis ?
12:42Non plus.
12:43Justement,
12:43là aussi,
12:44vous voyez,
12:44ce qui est intéressant.
12:45C'est ce que montre la carte,
12:46c'est pour ça que je m'appuie dessus,
12:47mais à tort,
12:48visiblement.
12:49Les États-Unis,
12:51en réalité,
12:52sont un acteur
12:53qui sont clairement
12:55beaucoup moins importants
12:57que les autres acteurs
13:02à taille économique comparable.
13:04C'est-à-dire qu'on voit
13:04la taille,
13:05évidemment,
13:07de l'économie américaine,
13:08on pourrait s'attendre
13:09à ce qu'elle ait des flux
13:10commerciaux
13:10beaucoup plus importants.
13:12Pour donner juste un exemple
13:13pour nos...
13:14Et donc,
13:15il est le premier.
13:16Voilà.
13:16Quel est le premier,
13:17alors ?
13:17Donc, le premier,
13:19ça va être l'Union européenne
13:20de très très loin
13:20avec à peu près
13:21450 milliards.
13:24Pour parler en dollars,
13:25juste pour parler
13:26de la même unité
13:28de monnaie comparable,
13:30c'est à peu près,
13:31l'année dernière,
13:31c'est 450 milliards de dollars.
13:33Le deuxième,
13:33c'est la Chine
13:34avec un peu moins
13:35de 350 milliards.
13:36Donc,
13:36il y a un différentiel
13:37de près de 100 milliards
13:38au bénéfice
13:38de l'Union européenne
13:40avec par ailleurs
13:40des échanges
13:41qui sont beaucoup plus équilibrés
13:43que ceux qui existent
13:44avec la Chine.
13:47Le troisième,
13:48ça va être l'Inde
13:50qui est en augmentation
13:52aussi sur les dernières années.
13:55Et les États-Unis,
13:56en réalité,
13:56sont à peu près
13:58au niveau de la France.
13:59Très légèrement supérieur.
14:01La France,
14:01c'est 65 milliards d'euros
14:04d'échanges commerciaux
14:05l'année dernière
14:06entre la France et...
14:09Et quels sont
14:10les secteurs,
14:12justement,
14:13où les Européens,
14:14les Français
14:15sont bien placés ?
14:18Alors,
14:19si c'est les Français
14:20et les Européens,
14:21c'est pas tout à fait pareil.
14:22c'est pour ça
14:22que j'ai pris une respiration
14:23entre les deux.
14:25Benoît Chervallier,
14:26c'était pour indiquer
14:27que c'est les deux
14:28qui nous intéressent.
14:29Oui.
14:31Alors,
14:31une des caractéristiques françaises,
14:33c'est justement
14:34sa assez grande
14:35diversité sectorielle.
14:37C'est-à-dire
14:37qu'on va trouver
14:38des opérateurs télécoms
14:40comme Orange.
14:41Orange,
14:41très présents là-bas,
14:42évidemment.
14:43Très présents sur le continent.
14:44Et d'ailleurs,
14:45je fais une petite aparté
14:46qui est aussi présente
14:48sur le volet
14:49bancaire et monétaire.
14:50C'est-à-dire qu'on parle
14:50souvent de dire
14:52qu'il y a un retrait
14:53des banques françaises.
14:55En réalité,
14:55il faut beaucoup
14:56nuancer cet élément-là
14:57qui peut être
14:58très trompeur.
14:59C'est-à-dire que,
14:59oui,
15:00c'est vrai qu'il y a eu
15:00des cessions de filiales
15:02dans un certain nombre
15:03de pays,
15:03mais qui n'est pas du tout
15:04un élément français,
15:05qui est en réalité
15:06toutes les banques
15:07internationales.
15:07et toutes ces filiales
15:09ont été rachetées
15:09non pas par
15:11d'autres banques
15:11internationales,
15:12pas plus qu'elles
15:13n'ont été rachetées
15:14par des banques chinoises,
15:15des banques indiennes,
15:16des banques turques.
15:17Elles ont uniquement
15:17été rachetées
15:18par des acteurs africains.
15:20Donc,
15:21ce n'est pas la même chose.
15:22Et deuxièmement,
15:23si on prend l'exemple
15:24d'Orange,
15:25Orange-Monnaie
15:26marche très très bien.
15:27Donc,
15:28là aussi,
15:28il faut une distinction.
15:30Parce qu'en fait,
15:31je fais juste une petite...
15:32Je continue
15:32sur votre petite incise.
15:34Ce qui est intéressant,
15:35c'est de voir,
15:36j'en parlais justement
15:37avec un chef
15:37d'entreprise marocain,
15:41c'est qu'en fait,
15:42c'est des économies
15:43qui sont tellement grands,
15:45c'est des économies
15:46qui sont très basées
15:47sur le mobile,
15:49sur l'intelligence,
15:50artificielle.
15:50À la limite,
15:51ils sont presque en train
15:52de nous devancer
15:52parce qu'ils ne sont pas
15:53passés par le cuivre
15:56et tout ça.
15:56C'est le fameux leapfrog.
15:57Oui, voilà.
15:58C'est-à-dire le saut
15:59qui fait qu'on ne passe pas
16:00par le téléphone fixe.
16:01Mais c'est vrai.
16:02Bien sûr.
16:03Je donne une petite anecdote
16:04d'ailleurs dans mon livre
16:06puisque ça fait à peu près
16:0715 ans que j'encède.
16:08J'ai eu un peu plus
16:08de 1000 étudiants.
16:09Oui, vous êtes un enseignant
16:10à l'ESSEC.
16:11À l'ESSEC, voilà.
16:12J'ai créé une chaire,
16:13je dirige une chaire
16:15qui est business
16:15et industrie en Afrique
16:16qui est ciblée
16:17sur l'industrialisation
16:18et la transformation
16:19locale des économies.
16:21Et donc,
16:21ce qui est entré
16:23dans l'exemple
16:24que je donne
16:24avec ces étudiants
16:25d'origine
16:26et de nationalité
16:27très différentes.
16:28Donc, des Afriques
16:30mais également
16:30des Indiens,
16:31des Chinois, etc.
16:32Et donc,
16:32ce que je relate,
16:33c'est qu'il y a 15 ans,
16:34je ne parle pas de
16:35il y a 15 ans,
16:37la totalité
16:37ou la quasi-totalité
16:39de mes étudiants
16:41subsahariens
16:42à l'exception
16:44des Sud-Africains
16:45et des,
16:46on va dire,
16:47de l'Afrique du Nord
16:47qui ont un élément
16:49bancaire plus sophistiqué
16:51avaient tous,
16:52payés tous
16:53par téléphonie mobile
16:54il y a 10 ans.
16:55Et j'en avais quasiment
16:56aucun de mes étudiants
16:57qui étaient
16:58européens,
16:59américains
16:59qui payaient.
17:00Et les autres,
17:01c'était les Chinois
17:02qui étaient comme
17:02les subsahariens.
17:03Donc, c'est une bonne,
17:04comment dire,
17:04un bon exemple
17:05que justement,
17:07quand vous n'avez pas
17:08un élément
17:09de sophistication,
17:10je préfère parler
17:11de sophistication,
17:12vous vous adaptez,
17:13vous innovez
17:14et c'est aussi
17:15deux caractéristiques
17:16que beaucoup
17:17d'économies du continent...
17:18Autre enjeu très important,
17:19c'est la question
17:20des terras,
17:21vous l'avez mentionné
17:21en introduction,
17:24là,
17:25ils ont une carte
17:25à jouer
17:27formidable,
17:28est-ce qu'ils la jouent
17:29suffisamment ?
17:30Parce qu'on a vu
17:30les difficultés
17:31parfois toujours
17:32encore une fois
17:32avec la France,
17:33mais c'est...
17:36Comment est-ce que
17:37vous analysez,
17:39vous décrivez
17:40ce qui se passe là ?
17:42Oui,
17:43alors vous voyez,
17:43la loupe est un bon
17:45élément pour dire
17:46justement,
17:46ça dépend,
17:47l'effet loupe,
17:48donc l'effet agrandissant
17:50ou au contraire rétrécissant
17:51qu'on peut avoir.
17:53Donc,
17:53sur l'enjeu des terres rares
17:55et de manière plus globale
17:56des minerais,
17:57il est fondamental,
17:59je mentionnais la chair
18:01à l'ESSEC à l'instant,
18:02il est fondamental
18:04ce qui permet en réalité
18:05d'atteindre deux choses.
18:06La première,
18:06c'est de sortir
18:07d'une économie,
18:09on va dire,
18:10d'extraction,
18:11une économie uniquement
18:12d'échange
18:13pour aller,
18:14de matière brute,
18:15pour aller vers
18:16une économie
18:17de transformation
18:18sur place.
18:19Alors,
18:20ça permet de générer
18:21de la richesse,
18:22bien sûr,
18:22ça permet de créer
18:23des emplois,
18:24directs et indirects,
18:25ça permet aussi
18:27de limiter l'empreinte
18:30carbone,
18:31puisque au lieu
18:31d'être envoyé
18:32à l'autre bout du monde,
18:33d'être transformé
18:34et de revenir
18:35et d'être transformé
18:36localement,
18:36c'est aussi un bénéfice
18:39environnemental.
18:40Et enfin,
18:40ça a aussi un impact
18:41géopolitique.
18:42Alors,
18:42je vais vous donner
18:42un exemple.
18:43Il y a quelques semaines,
18:44je me suis rendu
18:45dans la zone de Kenitra.
18:47Alors,
18:47Kenitra,
18:47c'est à peu près
18:48une heure de rabat.
18:50Il y a à peu près
18:505-6 ans,
18:51Kenitra,
18:52c'était des friches.
18:56Aujourd'hui,
18:57Stellantis
18:57a son usine là-bas
18:59qui produit
19:00535 000 véhicules,
19:01c'est la quatrième
19:02usine du groupe.
19:03Il y a 55 000 emplois
19:04directs et indirects
19:06qui ont été créés
19:06en l'espace de 5 ans.
19:08Et là,
19:08on voit bien
19:08qu'il y a cette transformation
19:09avec un écosystème,
19:11premier producteur
19:11de jantes mondiales
19:12aussi qui est là-bas.
19:13Donc,
19:14c'est pour vous montrer
19:14que cette transformation locale,
19:17en réalité,
19:17c'est l'avenir
19:18et qui permet évidemment
19:19d'atteindre
19:20tous les objectifs
19:21que j'ai mentionnés.
19:22Alors,
19:23maintenant que lorsqu'on regarde
19:24les besoins
19:25à la transition écologique,
19:26je crois que c'était
19:26un chiffre de la COP29
19:28qui disait
19:29que le coût annuel
19:30était de
19:321300 milliards de dollars
19:34pour cette transition écologique.
19:35Est-ce que là aussi,
19:36elle est passée
19:37un peu à l'as
19:37aujourd'hui
19:38avec le développement,
19:40la guerre en Iran,
19:42les détruits d'Hormuz ?
19:44Non, mais...
19:45On a un peu oublié,
19:46on l'a laissé de côté ?
19:47Ce qu'il faut comprendre,
19:49c'est que c'est à la fois
19:51une flexibilité
19:52et surtout
19:53de ne pas faire
19:53un copier-coller
19:54avec ce qui a fonctionné
19:56ou ce qui est réalisé
19:57dans d'autres économies,
19:58évidemment matures,
19:59mais même émergentes.
20:01C'est-à-dire que la solution
20:03des pays du continent africain,
20:05ce n'est pas la solution
20:06évidemment des pays européens,
20:07mais ce n'est pas non plus
20:08exactement la solution
20:10par exemple du modèle
20:11que la Chine,
20:11le Vietnam ou l'Indonésie
20:12ont pu réaliser.
20:14Parce qu'il y a
20:16une singularité
20:17qui est propre
20:18et donc qui explique
20:19justement cette adaptation.
20:21Donc concrètement,
20:22quand je parle
20:22de transformation,
20:23il faut beaucoup d'énergie.
20:24Donc si vous voulez
20:25créer un barrage,
20:27ça ne se fait pas
20:27du jour au lendemain.
20:28Donc vous avez besoin
20:29par exemple
20:29de gaz liquéfié
20:30et donc vous assurez
20:31cette transition.
20:34Donc c'est cette agilité,
20:35cette flexibilité
20:36qu'il faut comprendre,
20:37nous partenaires,
20:38nous européens,
20:39pour dire que ce n'est pas
20:40nos modèles
20:41entre guillemets
20:41qui peuvent fonctionner
20:43chez nous,
20:44qui doivent être
20:44nécessairement totalement
20:46appliqués
20:47dans...
20:47Ça c'est sûr,
20:48c'est le moins
20:49qu'on puisse dire.
20:50En conclusion,
20:51Benoît Chavalli,
20:52si vous aviez,
20:52je ne sais pas moi,
20:53les deux conseils,
20:54un conseil à donner,
20:55vous avez dit,
20:56il y a 2000 chefs
20:57d'entreprise
20:57qui vont à ce sommet-là
20:58ce week-end
20:59et lundi-mardi,
21:01c'est quoi pour faire
21:02du business en Afrique,
21:03vous qui êtes
21:03banquier d'affaires,
21:04c'est quoi ?
21:05C'est justement
21:06de prendre des lunettes
21:07différentes,
21:08le potentiel est énorme,
21:10on passe de 1,5 milliard
21:11à 2,5 milliards,
21:12donc il y a juste
21:121,5 milliard
21:13de consommateurs
21:14supplémentaires
21:15dans les 20 prochaines années,
21:16donc ça c'est un élément
21:17qui est juste factuel,
21:18on a parlé
21:19des terres...
21:192,5 milliards
21:20des minerais,
21:22donc c'est un deuxième
21:22élément fondamental
21:23et donc ma conviction
21:24qui est...
21:25Ma conviction aussi,
21:26c'est que ce que je sais,
21:28c'est que personne
21:29ne sait dire
21:29ce qui se passera
21:31dans 20 ans,
21:32mais c'est que les décisions
21:33qui sont prises aujourd'hui,
21:35dans 6 mois,
21:35dans 1 an,
21:36dans 2 ans,
21:36dans 3 ans,
21:37vont déterminer
21:37la trajectoire
21:38des 15 à 20 prochaines années
21:39et donc c'est pour ça
21:40qu'il faut comprendre
21:43et en fait,
21:45comprendre cette évolution
21:48extraordinairement rapide
21:49et cet enthousiasme
21:51puisque finalement,
21:52c'est de ça
21:52dont il s'agit.
21:53En tout cas,
21:54voilà,
21:54c'est le sommet
21:56Africa Forward,
21:57Africa,
21:58le sommet France et Afrique
21:59avec Emmanuel Macron
22:00qui sera là-bas
22:01et vous,
22:01puisque vous avez retardé
22:03votre avion
22:04pour être avec nous.
22:05Merci beaucoup,
22:07Benoît Chirvalier,
22:07je rappelle que vous publiez
22:08ce qu'attend l'Afrique,
22:10ressources locales,
22:11tension mondiale
22:12dans ces formidables éditions
22:13de l'aube.
22:14Merci d'avoir été avec nous.
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