- il y a 3 heures
Le président des députés socialistes Boris Vallaud revient sur son parcours. À un an de la présidentielle, l'ancien bras droit de François Hollande à l'Élysée, très critique d'Emmanuel Macron, pourrait bien tenter vouloir tenter sa chance pour 2027.
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00:00:00Bon allez, séance de démacronisation.
00:00:02Mon obsession, c'est de battre l'extrême droite.
00:00:05A la fin de ce double quinquennat, j'ai un sentiment d'un pays éreinté, d'un pays essoré.
00:00:11Bonjour à toutes, bonjour à tous, bienvenue sur notre chaîne YouTube.
00:00:13Je suis Marie-Pierre Bourgeois, on reçoit aujourd'hui Boris Vallaud.
00:00:16Boris Vallaud, bonjour.
00:00:17Bonjour.
00:00:18Boris Vallaud, vous êtes le président du groupe des députés socialistes à l'Assemblée.
00:00:22Vous avez été l'un des principaux collaborateurs de François Hollande à l'Elysée
00:00:26et vous êtes l'un des hommes qui pèsent aujourd'hui à gauche.
00:00:29Et pourtant, on vous connaît assez mal, Boris Vallaud.
00:00:31Qui êtes-vous ?
00:00:34Je ne savais pas que c'était une question aussi existentielle que ça
00:00:36parce que la réalité, c'est que je me demande régulièrement qui je suis.
00:00:39On est toujours dans une forme de construction de soi.
00:00:43J'ai envie de dire que je suis un responsable politique
00:00:48qui a trouvé dans l'engagement militant, dans l'élection,
00:00:55une forme de continuation de la vie qu'il avait choisie,
00:00:57qui était une vie de fonctionnaire.
00:00:59Au service du bien commun, dans la proximité avec les femmes et les hommes de ce pays.
00:01:06Ça, je vais dire, c'est ce que je suis professionnellement.
00:01:09Et puis, plus intimement, je suis marié, père de garçons et d'une fille.
00:01:14Des petits garçons, non, ils ont 17 ans aujourd'hui.
00:01:16Ils sont grands maintenant.
00:01:17Des jumeaux, mais qui restent mes bébés.
00:01:20On va revenir sur vos idées, vos parcours, peut-être vos bébés, comme vous dites.
00:01:24J'ai découvert en préparant cette interview, je vais d'abord commencer par ça,
00:01:27que vous étiez né à Beyrouth, ce que je ne savais pas.
00:01:29Vous êtes parti très petit.
00:01:31On sait qu'aujourd'hui, le Liban est dans une situation géopolitique très compliquée.
00:01:35Peut-être en quelques mots, quel regard vous portez sur ce pays ?
00:01:38Est-ce que vous y êtes retourné à plusieurs reprises depuis votre naissance là-bas ?
00:01:42Oui, je suis retourné à plusieurs reprises et j'ai toujours eu un lien très intime avec le Liban
00:01:50parce que j'y ai beaucoup d'amis, mes parents y ont beaucoup d'amis,
00:01:54que d'une certaine manière, j'ai toujours eu le sentiment que c'était mon deuxième pays,
00:01:59un pays évidemment fantasmé, dans lequel je ne suis pas revenu avant 1995,
00:02:03dans lequel je suis revenu après,
00:02:05mais qui charrie beaucoup de romantisme, de mythologie,
00:02:14un peuple ami, un peuple accueillant, des hommes et des femmes généreux,
00:02:20mais en même temps un pays totalement supplicié.
00:02:23Donc je ne peux pas regarder la situation aujourd'hui sans avoir une douleur intime,
00:02:30au fond de moi, et beaucoup de tristesse.
00:02:33Une douleur intime et de la tristesse pour le Liban.
00:02:36Très bien.
00:02:36Vous y êtes retourné, vous aviez 20 ans, c'est à peu près là, je pense,
00:02:39où vous visiez vos études à Sciences Po.
00:02:41Vous avez fait un très beau parcours scolaire, Sciences Po, l'ENA.
00:02:44Le hasard a fait que vous étiez dans la même promotion qu'un certain Emmanuel Macron.
00:02:49La question que je me posais, c'est est-ce que très vite,
00:02:51on a senti que c'était un homme qui aurait un destin ?
00:02:54Est-ce que c'était quelqu'un qui sortait un peu du lot à l'ENA,
00:02:57par rapport à d'autres camarades de promotion avec vous, ou pas forcément ?
00:03:00Si, c'était un personnage qui était un peu singulier.
00:03:05D'abord, par son histoire personnelle, il vivait sans doute plus que nous-mêmes
00:03:08dans un monde déjà d'adultes.
00:03:10Il était précédé d'une forme d'aura, parce qu'il avait travaillé avec Paul Ricoeur.
00:03:18Donc un grand philosophe.
00:03:19Voilà, j'avais eu un moment de cette boutade, nous on était plus Ricard que Ricoeur.
00:03:23Très bien.
00:03:23Et donc, voilà, mais c'était un camarade agréable.
00:03:30Donc j'en ai, en tout cas à l'ENA, un bon souvenir.
00:03:33Ça s'est gâté un peu après.
00:03:35On va en parler, c'est même beaucoup, beaucoup gâté après, on peut se le dire.
00:03:38Vous, vous sortez de l'ENA en même temps que lui, vous faites deux choix très différents.
00:03:41Lui, il choisit de rejoindre la très préciseuse inspection générale des finances.
00:03:45Et vous, vous rejoignez le corps préfectoral, donc un peu plus sur le terrain.
00:03:49Pourquoi vous avez eu envie de faire ça et de ne pas aller directement dans des arcades administratives
00:03:53beaucoup plus prestigieuses ?
00:03:54D'abord, l'honnêteté m'oblige à dire qu'il y a eu un classement de sortie.
00:03:57Mais vous étiez bien classé, vous auriez pu aller ailleurs.
00:04:00Je n'aurais pas pu aller à l'inspection des finances comme lui.
00:04:03Bon, est-ce que j'en aurais des regrets ?
00:04:05Objectivement, aucun.
00:04:07Et j'ai eu envie, je me suis posé la question de savoir, effectivement, au moment où je sors de
00:04:11l'ENA,
00:04:12je me suis posé la question de savoir ce que j'avais envie de faire 15 jours après.
00:04:14D'accord.
00:04:14Je me suis posé la question en ces termes-là.
00:04:16Je n'avais pas envie d'être dans une administration centrale, loin du terrain.
00:04:20Je n'avais pas envie d'être au ministère du Travail sans jamais voir un demandeur d'emploi.
00:04:23Je n'avais pas envie d'être au ministère de la Santé sans jamais mettre les pieds dans un hôpital.
00:04:27Je n'avais pas envie d'être au ministère du Logement sans me poser la question sur le terrain de
00:04:31la difficulté à se loger.
00:04:32Et j'ai choisi la préfectorale parce que c'est ce qui me paraissait me plonger le plus certainement déjà
00:04:40dans la vie des hommes et des femmes
00:04:42et avec un sentiment d'utilité peut-être plus grand dans des fonctions préfectorales.
00:04:48Bon, voilà.
00:04:48Là aussi, moi, j'ai une relation à l'État qui est un peu romantique.
00:04:51D'accord.
00:04:52Et donc, l'État, le corps préfectoral et tout ce que cela charrie m'a toujours plu.
00:04:58Et en effet, c'est un métier ultra opérationnel.
00:05:02C'est quoi un rapport romantique à l'État ?
00:05:03Parce que sur le papier, l'État, ce n'est quand même pas quelque chose qu'on imagine avec beaucoup
00:05:07d'amour,
00:05:08beaucoup de passion, beaucoup de chair.
00:05:09Eh bien, détrompez-vous.
00:05:10C'est quand même ce qui, pour une bonne part, a fait la France.
00:05:13A fait la France dans son unité politique, dans son unité culturelle, dans la construction de ses grandes valeurs.
00:05:22C'est un État qui a longtemps été un État entrepreneur avec des projets industriels puissants.
00:05:31La place de l'État en France, elle est sans doute singulaire par rapport à d'autres pays.
00:05:36Et j'ai un peu le sentiment que c'est ce qui tient quand tout s'effondre, l'État.
00:05:42Voilà.
00:05:42Y compris dans des moments difficiles.
00:05:45Et quand on regarde, évidemment, l'État avec un peu les yeux de chimène,
00:05:50on est aussi peiné de le voir à la peine, justement.
00:05:54Attaqué dans son principe même.
00:05:56Attaqué dans les moyens qui sont les siens.
00:05:58Attaqué dans sa capacité à agir.
00:06:02Et nul doute qu'on est aussi dans une crise de l'action publique et une crise de l'État.
00:06:06Je reviens un instant sur ce que vous disiez.
00:06:07Vous disiez que vous aviez envie de rencontrer des personnes, un peu de la chair.
00:06:11Vous parliez de demandeurs d'emploi.
00:06:12Est-ce que vous-même, vous avez fait des petits boulots ?
00:06:14Vous venez d'un milieu plutôt privilégié.
00:06:15Votre mère était agrégé d'histoire.
00:06:17Votre père aussi a enseigné l'histoire à la fac avant d'être éditeur.
00:06:20Vous avez fait des petits boulots un peu de terrain ou pas forcément ?
00:06:22Si, j'ai travaillé quand j'étais étudiant sans en avoir la nécessité, ce qui est un vrai privilège.
00:06:29Et ça, je le mesure aussi dans une forme d'incontrario.
00:06:33Parce que ma femme a dû travailler par nécessité, elle, quand elle était étudiante.
00:06:38Et c'est la raison aussi pour laquelle mes enfants étant adolescents maintenant,
00:06:42grands adolescents, je leur dis, il est temps, vous aussi, de faire cette expérience-là.
00:06:47Mais oui, moi, la question de la proximité et de croiser des vies,
00:06:53des vies à la fois singulières et parfois universelles,
00:06:55c'est quelque chose qui m'a toujours attiré.
00:06:58Ok.
00:06:58Et concrètement, du coup, c'était quoi vos petits boulots dont vous n'aviez pas besoin,
00:07:01mais qui vous ont semblé importants ?
00:07:02Alors, j'ai fait, mais là, par, j'allais dire, facilité familiale,
00:07:07j'ai fait beaucoup de relectures de manuscrits, relectures éditoriales,
00:07:13j'ai écrit moi-même des textes pour d'autres,
00:07:17j'ai participé à des guides touristiques, comme Plume,
00:07:22j'ai fait aussi quelques petits travaux agricoles dans mes landes.
00:07:27Ok.
00:07:27Voilà, des choses comme ça.
00:07:29Si on accélère un peu, vous travaillez avec Arnaud Montebourg
00:07:32au conseil départemental de Saône-et-Loire.
00:07:34Pardon ?
00:07:35Le bonheur.
00:07:35Le bonheur, très bien, on va reparler d'Arnaud Montebourg, si vous voulez.
00:07:38Le bonheur.
00:07:39Et puis, on est en 2012, François Hollande gagne la présidentielle.
00:07:43Vous suivez Arnaud Montebourg à Bercy.
00:07:46Très vite, il prend la tête de la fronte interne contre François Hollande.
00:07:50Il est remercié et c'est Emmanuel Macron qui est nommé à sa place à l'économie.
00:07:54Emmanuel Macron vous propose de travailler avec lui au ministère
00:07:58et vous dites non.
00:07:59Pourquoi ?
00:08:02D'abord parce que j'avais pressenti qu'il y avait entre lui et moi
00:08:07des désaccords politiques
00:08:12et que ça ne fonctionnerait pas.
00:08:14Et qu'il y avait une forme de ma part, de loyauté, de netteté aussi
00:08:19vis-à-vis sans doute de Macron, mais vis-à-vis d'Arnaud Montebourg,
00:08:22avec lequel j'avais travaillé déjà pendant quatre ans
00:08:25comme directeur général des services du département de la Saône-et-Loire
00:08:28à Macron avec lui.
00:08:30Je venais de passer deux ans à ses côtés
00:08:33au ministère du redressement productif
00:08:36et je savais pourquoi il partait.
00:08:37Et je partais avec lui.
00:08:39Donc, très, très, très, très libre finalement avec ça.
00:08:43Et quand, en effet, Emmanuel Macron m'a proposé de rester
00:08:47comme directeur de cabinet, je lui ai dit non.
00:08:49C'est intéressant ce que vous dites.
00:08:51Je savais pourquoi Arnaud Montebourg partait,
00:08:53parce qu'il était en désaccord avec François Hollande.
00:08:55Mais François Hollande va vous proposer,
00:08:57dans un drôle de jeu de chaise musicale,
00:08:59le poste qu'Emmanuel Macron occupait auparavant,
00:09:02à savoir secrétaire général adjoint de l'Elysée,
00:09:04poste de numéro 3.
00:09:06Donc, vous avez votre patron qui part parce qu'il n'est pas d'accord
00:09:08avec François Hollande
00:09:09et vous allez vous-même rejoindre François Hollande à l'Elysée.
00:09:11C'est un peu contradictoire, non ?
00:09:13Vous n'imaginez pas les nœuds au cerveau et au ventre
00:09:18que je me suis fait à ce moment-là.
00:09:20Ça a été très dur pour vous comme décision ?
00:09:22Très dur. D'abord parce que je suis haut fonctionnaire.
00:09:25Je ne suis pas engagé en politique.
00:09:27Je n'ai pas encore pris ma carte au Parti Socialiste.
00:09:30Je peux bien en faire l'aveu devant vous.
00:09:35On est à la moitié du mandat.
00:09:38Et la question que je me pose, c'est à quoi je peux être utile ?
00:09:41Et j'hésite beaucoup.
00:09:42J'ai hésité beaucoup.
00:09:46Et en fait, celui qui m'a convaincu d'y aller, c'est Arnaud Montebourg.
00:09:49C'est Arnaud Montebourg qui vous a dit
00:09:50il va travailler avec François Hollande ?
00:09:51Mais ce que nous nous sommes dit restera entre nous.
00:09:55Moi, j'ai quand même une question.
00:09:56Parce que vous retrouvez numéro 3 de l'Elysée.
00:09:59D'abord, c'est quand même un poste très important.
00:10:01Vous êtes un peu la guerre de triage.
00:10:02Tout passe par vous.
00:10:03et vous retrouvez à devoir plancher sur des mesures
00:10:06avec lesquelles vous êtes, je parle sous votre contrôle,
00:10:08plutôt en désaccord.
00:10:09Je pense à la loi travail.
00:10:11Je pense à la déchéance de nationalité.
00:10:13Donc, vous défendez ça avec François Hollande.
00:10:15En même temps, vous êtes en désaccord.
00:10:17Il n'y a pas quelque chose d'un peu étrange là-dedans ?
00:10:20D'abord, il y avait un accord
00:10:25qui ne s'est jamais démenti
00:10:27entre François Hollande et moi,
00:10:30ne confondant de mon point de vue
00:10:31jamais la place qui était la mienne.
00:10:33J'étais un collaborateur,
00:10:36un fonctionnaire.
00:10:37Ce n'était pas moi qui assumais les responsabilités
00:10:39et les décisions qui lui étaient prises.
00:10:41D'ailleurs, ce n'était pas moi qui prenais les décisions.
00:10:43Et l'exercice du pouvoir, il appartient au président de la République.
00:10:46C'est lui qui tranche à la fin
00:10:47et qui en est responsable devant les Français.
00:10:48C'est lui qui tranche.
00:10:49Mais je me souviens de la discussion
00:10:53que j'ai eue avec lui dans son bureau.
00:10:56Je lui ai dit, écoutez,
00:10:57moi, vous savez d'où je viens.
00:10:58J'avais longtemps travaillé avec Arnaud Montebourg.
00:11:03J'avais mes sensibilités politiques, philosophiques.
00:11:07Je lui ai dit, écoutez,
00:11:07la seule chose qui me paraît très utile
00:11:10dans la collaboration,
00:11:11ce qu'on engage ensemble,
00:11:12c'est si j'ai le droit de vous dire
00:11:14exactement ce que je pense
00:11:16dans le huis clos de votre bureau.
00:11:18Et donc, j'ai dit mes accords,
00:11:20parce qu'on en a eu beaucoup, heureusement.
00:11:22J'ai dit mes désaccords.
00:11:23J'ai dit mes doutes,
00:11:25mes incompréhensions,
00:11:27mes enthousiastes.
00:11:27J'ai tout pu dire.
00:11:29Mais il est le président de la République.
00:11:31Et moi, je n'ai jamais cru à la République
00:11:33des collaborateurs de cabinet.
00:11:36À quoi ça ressemble concrètement
00:11:37quand on est secrétaire général
00:11:39à la journalisée ?
00:11:39Une journée, on arrive à quelle heure ?
00:11:41Qu'est-ce qu'on fait ?
00:11:41On part à quelle heure ?
00:11:42Est-ce qu'on dort avec son téléphone
00:11:44sous le rayon,
00:11:44si jamais il se passe quelque chose de grave ?
00:11:45Comment ça marche concrètement ?
00:11:47On dort un peu avec son téléphone.
00:11:48Mais ça fonctionne de la même manière
00:11:50dans les cabinets ministériels.
00:11:51C'est-à-dire que les journées commencent tôt,
00:11:527h, 7h30,
00:11:53et elles terminent à 22h, 23h.
00:11:57Dès lors qu'on se donne la discipline à soi-même
00:11:59de ne pas y passer la nuit,
00:12:01ce qui peut arriver.
00:12:02Je me souviens de quelques nuits
00:12:06où il fallait reprendre des discours
00:12:09qui étaient un peu des jours sans fin.
00:12:13Donc les discours du président.
00:12:14Les discours du président de la République.
00:12:16C'est beaucoup de rencontres,
00:12:18beaucoup de moments où on rencontre.
00:12:20C'est-à-dire qu'en fait,
00:12:21on est une interface entre Matignon,
00:12:23qui est quand même la grosse machine
00:12:24qui fait fonctionner le gouvernement au quotidien
00:12:28et qui a beaucoup plus de moyens que l'Elysée.
00:12:29Il faut quand même amener l'Elysée à ce que c'est.
00:12:31C'est une équipe assez resserrée,
00:12:34même, j'ai envie de dire, très resserrée.
00:12:36On est théoriquement sur la gestion du temps long
00:12:41sur ce qui, par nécessité, par urgence,
00:12:44remonte jusqu'au président de la République.
00:12:47Et puis, c'est des moments aussi,
00:12:49des moments, vous évoquiez ce qu'on dort
00:12:50avec son téléphone portable,
00:12:51il y a des moments de crise.
00:12:52Évidemment, quand on traverse la période des attentats,
00:12:56et notamment...
00:12:58Du 13 novembre 2015.
00:12:59Du novembre.
00:13:00Je peux vous dire que c'est des moments
00:13:02qui restent gravés,
00:13:04et qu'on revit minute par minute.
00:13:07Quels souvenirs vous avez gardés, vous,
00:13:09de la soirée du 13 novembre ?
00:13:11Vous savez, j'étais rentré chez moi,
00:13:16et puis je reçois sur mon téléphone une alerte de police
00:13:19qui dit des explosions entendues au Stade de France.
00:13:22Et j'appelle le directeur de cabinet du président de la République,
00:13:23je dis qu'est-ce que c'est ?
00:13:24Il me dit, écoute, je ne sais pas trop,
00:13:25je viens d'avoir le préfet de police,
00:13:27c'est peut-être des pétards agricoles.
00:13:28Et puis, très vite, deuxième alerte,
00:13:31des fusillades.
00:13:32Je me souviens que je mets la télévision
00:13:35sur le match de foot,
00:13:36puisque je savais que le président de la République y était.
00:13:39On ne voit rien, on ne voit rien,
00:13:40et on apprend notamment parce que consigne a été donnée
00:13:42de ne pas filmer la tribune présidentielle
00:13:44quand le président de la République s'en va,
00:13:46et d'ailleurs, il dit à tout le monde
00:13:48de ne pas quitter la tribune.
00:13:50Je retourne urgemment à l'Elysée,
00:13:53j'y retrouve le directeur de cabinet,
00:13:55on comprend qu'il y ait une attaque en cours.
00:13:57On va à pied jusqu'à la salle de crise,
00:13:59place Beauvau, au ministère de l'Intérieur,
00:14:02on y arrive et on est saisi
00:14:04parce que la salle de crise,
00:14:05elle est, comme on dit, armée.
00:14:07Il y a chacun des représentants
00:14:08des différents corps de l'État
00:14:10impliqués dans la gestion de la crise
00:14:12qui sont là et qui gèrent ce drame
00:14:15avec un professionnalisme,
00:14:18une méticulatité,
00:14:21voilà, c'est assez impressionnant.
00:14:23On parlait de l'État tout à l'heure.
00:14:25Là, on se dit que ça tient, quoi.
00:14:27Et dans des moments très durs,
00:14:28que ça tienne, c'est important.
00:14:30Et puis, il y a le président de la République qui arrive,
00:14:31il y a le ministre du Premier ministre,
00:14:32le ministre de l'Intérieur,
00:14:33la ministre de la Santé,
00:14:34des décisions difficiles sont prises.
00:14:36On a les bilans des victimes
00:14:37qui arrivent en temps réel
00:14:39et on est à la fois glacés,
00:14:42c'est-à-dire qu'on retourne à l'Élysée
00:14:45dans une ambiance glaçante,
00:14:48puisque tout n'est pas terminé.
00:14:50Il y a un conseil des ministres,
00:14:52on voit les ministres arriver,
00:14:56j'allais dire défigurés
00:14:57par la violence de ce qui se passe
00:15:00et qui ressort du conseil des ministres
00:15:01plus mâchés encore,
00:15:03parce qu'ils savent,
00:15:04parce qu'on leur a tout dit.
00:15:07Voilà, c'est des moments,
00:15:09ouais, c'est des moments
00:15:13durs.
00:15:13Comment on tient ?
00:15:14Enfin, du coup,
00:15:15il y a des moments très durs
00:15:16où vous vivez,
00:15:16avec un rythme quand même
00:15:17où vous arrivez à 7h le matin,
00:15:19vous partez à 23h.
00:15:20Vous, vos enfants,
00:15:21à ce moment-là,
00:15:21ils sont à l'école primaire.
00:15:23Comment est-ce qu'on tient
00:15:24dans des métiers aussi stressants
00:15:26et aussi éprouvant physiquement,
00:15:27quand même ?
00:15:27Franchement, il faut quand même
00:15:28ramener les choses à l'heure juste mesure.
00:15:30On ne va pas à la mine.
00:15:31Il y a quand même un paquet de boulots
00:15:32qui sont plus difficiles que nous.
00:15:33On travaille beaucoup,
00:15:34mais on ne fait pas les 3,8.
00:15:36Moi, pardon,
00:15:37mais quand je vais
00:15:38dans des industries de l'agroalimentaire
00:15:39et que je vois des femmes,
00:15:41parce qu'il y a beaucoup
00:15:41d'ouvrières de l'agroalimentaire
00:15:42qui écaillent les poissons,
00:15:45les machins, etc.,
00:15:46je peux vous dire que...
00:15:47Vous n'avez pas les pieds dans la glace.
00:15:48Ma vie est plus facile
00:15:51que la leur.
00:15:52Donc, je veux dire,
00:15:54personne ne nous oblige à faire ça.
00:15:55Il y a aussi l'engagement,
00:15:58la recherche d'un sens
00:15:59à ce que l'on fait.
00:16:01Peut-être une dernière question
00:16:02sur François Hollande,
00:16:03c'est quel genre de chef ?
00:16:04C'est quel genre de manager ?
00:16:05Est-ce que c'est quelqu'un
00:16:06d'assez dirigiste ?
00:16:07Est-ce que c'est quelqu'un
00:16:09qui vous laisse beaucoup de liberté ?
00:16:10Est-ce qu'on se dit
00:16:10« Ah tiens, j'aimerais bien
00:16:12devenir un jour un chef comme lui ? »
00:16:14Voilà, c'est quel genre de manager
00:16:15quand il est président,
00:16:16François Hollande ?
00:16:19Il écoute beaucoup,
00:16:22mais c'est lui qui décide.
00:16:24Voilà.
00:16:25Ça reste le chef ?
00:16:26Oui,
00:16:27c'est un peu ce qu'on attend
00:16:28d'un président de la République.
00:16:29Voilà.
00:16:31On est en 2017,
00:16:33c'est Emmanuel Macron
00:16:34qui l'emporte.
00:16:36Vous,
00:16:36vous ne le rejoignez pas,
00:16:37contrairement à beaucoup de socialistes
00:16:38qui ont fait ce choix-là.
00:16:39Je vous propose
00:16:40d'écouter ce que vous racontiez,
00:16:41c'est l'été 2017.
00:16:42Aïe !
00:16:44C'est d'ailleurs à Frangy-en-Bresse,
00:16:46donc la fête qu'elle vient faire
00:16:47tous les ans,
00:16:48Arnaud Montebourg.
00:16:50On va l'écouter,
00:16:51je vais vous montrer sur la tablette.
00:16:53Je promène mon regard
00:16:55dans l'hémicycle,
00:16:57sur les bancs de la République
00:16:59en marche,
00:16:59que j'y vois certains
00:17:00de nos camarades debout
00:17:02applaudir à la baisse des APL
00:17:03ou la suppression de l'ISF,
00:17:05applaudir debout Bruno Le Maire
00:17:07ou Gérald Darmanin,
00:17:08vous savez ce nouveau converti
00:17:10au non-droite-ni-gauche
00:17:11qu'il y a quelques mois encore,
00:17:12voyait en Christiane Taubira
00:17:13un tract ambulant
00:17:14pour le Front National.
00:17:15Je veux leur dire
00:17:16que leur défaite
00:17:17a plus de dignité
00:17:19que certaines victoires.
00:17:22Écoutez,
00:17:23je ne changerai pas un mot
00:17:24de ce que j'ai dit.
00:17:25Franchement,
00:17:25j'ai eu un moment
00:17:26de grande honte
00:17:26en voyant effectivement
00:17:27un certain nombre
00:17:27d'anciens camarades
00:17:29qui ont rejoint Emmanuel Macron.
00:17:30Oui.
00:17:31Oui.
00:17:32Et je dois...
00:17:34Vous savez,
00:17:34le premier vote de confiance
00:17:35c'est en juin 2017,
00:17:37premier gouvernement
00:17:38d'Éloi-Philippe.
00:17:40Je vote contre.
00:17:42j'ai pas de doute.
00:17:43J'ai pas de doute
00:17:44sur ce qu'il est,
00:17:45j'ai pas de doute
00:17:45sur la façon
00:17:46dont ça va se terminer
00:17:46et je dois dire
00:17:47que neuf ans après,
00:17:51je me dis
00:17:52waouh,
00:17:52quel dégât.
00:17:53La question que j'ai,
00:17:54c'est que vous n'êtes
00:17:54quand même pas dit
00:17:55à un moment,
00:17:55peut-être que je peux
00:17:56le rejoindre
00:17:57pour essayer de peser
00:17:58sur ce qu'on a appelé
00:17:58à un moment
00:17:59l'aile gauche,
00:18:00de se dire peut-être
00:18:01que vous pourriez
00:18:01tenter d'appuyer
00:18:02un peu sur la fibre sociale
00:18:03d'Emmanuel Macron.
00:18:04Vous aussi,
00:18:04vous en avez entendu
00:18:05parler de l'aile gauche ?
00:18:05On en a beaucoup entendu
00:18:06parler,
00:18:07on a du mal à la voir.
00:18:08J'ai entendu parler
00:18:08de l'aile gauche.
00:18:10On peut aussi dire
00:18:11que parfois
00:18:11on est plus utile
00:18:12à l'intérieur
00:18:12qu'à l'extérieur
00:18:13si on veut
00:18:14influencer le cours
00:18:15des choses.
00:18:15qu'à l'extérieur,
00:18:16ils ont été parfaitement inutiles
00:18:19à infléchir la ligne.
00:18:20Non,
00:18:21et puis je crois
00:18:22que la fidélité
00:18:24à ceux à qu'on croit
00:18:25en politique
00:18:26est importante.
00:18:28Voilà,
00:18:28moi j'ai vu beaucoup
00:18:29de gens qui croyaient
00:18:29à rien
00:18:31et ça me,
00:18:32ouais,
00:18:32ça me désole.
00:18:34C'est le cas à vous dire ?
00:18:35Je n'ai jamais pensé
00:18:36le rejoindre,
00:18:36mais jamais.
00:18:37D'ailleurs,
00:18:38je vais vous faire
00:18:38une petite confidence,
00:18:39quand j'étais à l'Elysée
00:18:40à la fin du moment
00:18:41où j'y étais,
00:18:42j'avais quelques collaborateurs
00:18:44que j'ai réunissés
00:18:44à mon bureau
00:18:45en leur disant
00:18:46bon allez,
00:18:46séance de démacronisation.
00:18:48Ça marchait ?
00:18:49Alors on fait quand
00:18:49séance de démacronisation ?
00:18:51Oh,
00:18:52je ne me souviens plus,
00:18:53je ne peux pas
00:18:53livrer tout le monde
00:18:53non plus
00:18:54tous les secrets.
00:18:55Dommage.
00:18:57Mais je crois
00:18:57que parmi ceux-là,
00:18:58il n'y en a pas beaucoup
00:18:59qui finalement
00:19:00ont été macronistes.
00:19:02Pour vous,
00:19:02les socialistes
00:19:03qui ont rejoint Emmanuel Macron
00:19:04en 2017,
00:19:04aujourd'hui,
00:19:05ils se sentent un petit peu
00:19:06maris,
00:19:07un peu honteux.
00:19:08Comment vous sentez les choses ?
00:19:09Je pense à une Marisol Touraine
00:19:10peut-être,
00:19:11à Emmanuel Valls.
00:19:12Alors Marisol Touraine
00:19:14n'a jamais été au gouvernement.
00:19:17Voilà.
00:19:18Je ne sais pas
00:19:19comment ils se sentent.
00:19:20J'allais dire,
00:19:21je pense moins à eux
00:19:22qu'à ceux qui effectivement
00:19:23ont participé au gouvernement.
00:19:25À certains qui d'ailleurs
00:19:27prétendaient même à l'époque
00:19:28être l'aile gauche
00:19:29du Parti socialiste
00:19:30pour le propos d'un d'entre eux.
00:19:34Moi, je pense que
00:19:35cette grande déstructuration
00:19:36de la vie politique,
00:19:38cette construction
00:19:40d'une adversité nouvelle,
00:19:43c'est-à-dire,
00:19:43moi ou le chaos,
00:19:44les gens,
00:19:44quand on en aura le bol du moins,
00:19:45c'est-à-dire d'Emmanuel Macron,
00:19:46ils choisissent le chaos
00:19:47et c'est ce qui l'a construit.
00:19:50Et vraiment,
00:19:51je l'assure,
00:19:51à la fin de ce double quinquennat,
00:19:53j'ai un sentiment
00:19:54d'un pays éreinté,
00:19:55d'un pays essoré,
00:19:57d'institutions
00:19:58qui ne fonctionnent plus.
00:20:01Et ce pays extraordinaire
00:20:04qu'est la France,
00:20:05j'ai le sentiment
00:20:05qu'on le gâche,
00:20:09quoi.
00:20:09Voilà,
00:20:09on le gâche.
00:20:11En 2017,
00:20:12Emmanuel Macron
00:20:13arrivait à l'Élysée,
00:20:13mais vous,
00:20:14vous faites aussi
00:20:14votre entrée
00:20:15à l'Assemblée nationale.
00:20:16Il y avait presque
00:20:17300 députés socialistes
00:20:19en 2012.
00:20:20Quand vous arrivez,
00:20:21il y en a quasiment
00:20:22plus qu'une trentaine,
00:20:23donc le nombre
00:20:23a été divisé
00:20:24quasiment par dix.
00:20:25Est-ce que vous vous dites
00:20:27quand même
00:20:28cinq années à l'Assemblée
00:20:29sans levier,
00:20:30ça va être très très long ?
00:20:31Est-ce que vous dites aussi
00:20:32est-ce qu'on n'est pas
00:20:33un peu les derniers
00:20:34des Moïcans ?
00:20:35On a l'impression
00:20:35que les partis,
00:20:36c'est fini.
00:20:37Côté LR,
00:20:38c'est la grande difficulté aussi.
00:20:39Eux non plus,
00:20:40non plus beaucoup
00:20:40d'élus à l'Assemblée.
00:20:42Quand vous êtes élu,
00:20:43vous vous dites quoi ?
00:20:45J'imagine qu'il y a
00:20:45une certaine joie
00:20:46et en même temps,
00:20:46on se demande aussi
00:20:47un peu ce qu'on va faire
00:20:48pendant ce quinquennat
00:20:49au Palais Bourbon.
00:20:50De joie,
00:20:51je dois dire
00:20:52que je n'en ai pas ressenti.
00:20:53Vous n'avez pas eu de joie
00:20:54d'être élu député ?
00:20:55Non,
00:20:56je vous assure,
00:20:57on en sent la responsabilité
00:20:58surtout dans le moment
00:20:58que vous décrivez
00:20:59de façon un peu pesante.
00:21:02C'est marrant,
00:21:03le premier sentiment
00:21:03qui a été le mien
00:21:05a été
00:21:06une impression physique.
00:21:09Je me suis souvenu
00:21:11qu'Henri Emmanueli,
00:21:12mon prédécesseur
00:21:13qui était décédé
00:21:14quelques mois plus tôt,
00:21:15m'avait dit...
00:21:16Donc, vous êtes vous-même
00:21:17député des Landes
00:21:18dans la même circonscription.
00:21:19Exactement,
00:21:19m'avait dit
00:21:20à propos
00:21:24de 93
00:21:25où il y a eu
00:21:26une défaite électorale
00:21:27importante pour la gauche.
00:21:28Il y a eu 57 députés
00:21:30socialistes
00:21:31et il m'avait dit
00:21:31vous verrez,
00:21:32parce qu'il pressentait
00:21:33que nous n'allions pas
00:21:34terminer très nombreux,
00:21:35il me disait
00:21:35vous verrez,
00:21:35c'était physiquement oppressant.
00:21:38Et le premier sentiment
00:21:39que j'ai eu
00:21:39a été celui-là.
00:21:41C'est-à-dire que
00:21:42dans la géographie
00:21:43de cet hémicycle,
00:21:45nous sommes
00:21:46sous la vague
00:21:48de ce macronisme
00:21:49triomphant et arrogant.
00:21:52C'est-à-dire que
00:21:52physiquement,
00:21:53vous sentez
00:21:53les 300 députés
00:21:54renaissances
00:21:55et vous êtes
00:21:56un peu perdu
00:21:57au milieu
00:21:57de tout ça ?
00:21:58Oui.
00:21:59Le premier sentiment
00:22:00est celui-là.
00:22:04Le sentiment
00:22:05qu'on va mettre
00:22:06du temps
00:22:06à se relever.
00:22:08Ça,
00:22:08j'en avais
00:22:08la parfaite conscience.
00:22:10J'en avais
00:22:10la parfaite conscience.
00:22:12À l'Assemblée,
00:22:13quand même,
00:22:13vous faites malgré tout
00:22:14très vite
00:22:14la stature d'un homme
00:22:15qui a envie de se battre
00:22:16contre les mesures
00:22:17portées par le gouvernement
00:22:18à l'époque d'Edouard Philippe.
00:22:20Je pense à la réforme
00:22:20du Code du Travail,
00:22:21je pense à la privatisation
00:22:22d'ADP à Aéroports de Paris,
00:22:24je pense à la réforme
00:22:25de l'assurance chômage.
00:22:26Vous vous engagez,
00:22:27vous gagnez malgré tout
00:22:28pas beaucoup de batailles.
00:22:30Est-ce que c'est dur aussi ?
00:22:31Est-ce qu'on se dit
00:22:31qu'on est là
00:22:31et finalement,
00:22:32on ne sert pas à grand-chose ?
00:22:35Je dois vous dire
00:22:36que dans les longues nuits
00:22:40à l'Assemblée nationale,
00:22:43parfois dans un hémicycle
00:22:44un peu déserté...
00:22:45Voir franchement vide,
00:22:46on peut se le dire.
00:22:46Voir franchement vide.
00:22:49Quand vous n'avez pas
00:22:50passé un amendement,
00:22:51quelle qu'était la conviction
00:22:52que vous ayez pu mettre
00:22:54à les défendre ?
00:22:55Parfois même,
00:22:56vous avez préparé
00:22:56une belle intervention
00:22:57qui se prononce
00:22:58devant un hémicycle vide
00:23:00à 23h30.
00:23:01C'est dur.
00:23:02Vous vous demandez
00:23:03quand même un peu
00:23:04de ce que vous foutez là.
00:23:07Et d'ailleurs,
00:23:08c'est une question
00:23:09qui m'a longtemps
00:23:10taraudé
00:23:11à telle enseigne
00:23:11qu'en 2022,
00:23:13je me suis posé
00:23:14la question
00:23:14de me représenter.
00:23:171,7%
00:23:18de la présidentielle,
00:23:20le sentiment
00:23:21de ne pas avoir
00:23:21beaucoup fait avancer
00:23:22la cause,
00:23:23de ne pas avoir réussi
00:23:23à résister.
00:23:25C'est aussi quand même
00:23:26la vie politique,
00:23:27c'est quand même
00:23:28une vie qui grignote
00:23:28toutes les autres,
00:23:30qui grignote
00:23:31sa vie personnelle,
00:23:33familiale,
00:23:34sa vie amicale.
00:23:38Et moi,
00:23:38qui vis dans un
00:23:41va-et-vient permanent
00:23:42entre ma circonscription
00:23:43des Landes
00:23:43et ici,
00:23:46de temps en temps,
00:23:46je vois mes enfants.
00:23:48Heureusement,
00:23:48quand même,
00:23:48de temps en temps,
00:23:49mes enfants,
00:23:49mais j'hésite.
00:23:51Est-ce que je dois être
00:23:51un peu
00:23:53le père gâteau
00:23:54qui prépare
00:23:55un repas,
00:23:56machin,
00:23:57ou celui
00:23:58qui surveille
00:23:58les devoirs
00:23:58et qui leur dit
00:23:59là,
00:23:59pas terrible ?
00:24:00Donc,
00:24:00on se pose aussi
00:24:01au bout d'un moment
00:24:02la question
00:24:02de quel père on est
00:24:03ou quel père
00:24:03on peut être
00:24:04compte tenu
00:24:04d'un mode de vie
00:24:05qu'on impose aux autres.
00:24:06De temps en temps,
00:24:08vous voyez,
00:24:08vos enfants,
00:24:09c'est dur quand même,
00:24:09on fait quand même
00:24:10des enfants,
00:24:10je suppose,
00:24:11pour les voir grandir,
00:24:12avoir une relation
00:24:13avec eux,
00:24:14c'est difficile.
00:24:15Est-ce que vos enfants
00:24:16vous ont parfois dit
00:24:17mais papa,
00:24:17on ne te voit jamais,
00:24:18on aimerait te voir plus ?
00:24:20Oui,
00:24:20bien sûr,
00:24:20il l'avait dit
00:24:21à leur maire avant,
00:24:22beaucoup.
00:24:24Donc,
00:24:24leur maire,
00:24:25Najat Vallaud-Belkacem,
00:24:26qui a été l'une des figures
00:24:27de proue
00:24:27de plusieurs gouvernements
00:24:29sous François Hollande.
00:24:31Ensuite,
00:24:32ils m'ont fait
00:24:32sans doute
00:24:33ce reproche à moi,
00:24:34mais en même temps
00:24:34avec beaucoup d'affection,
00:24:36beaucoup d'indulgence.
00:24:40Ils s'intéressent
00:24:41à la politique
00:24:41avec un rapport
00:24:42très ambivalent
00:24:43à la politique.
00:24:46Ils n'ont pas leur langue
00:24:47dans leur poche,
00:24:48y compris dans les reproches
00:24:49qu'ils me font
00:24:49de temps en temps.
00:24:52Mais en même temps,
00:24:53ça a pris beaucoup de place.
00:24:56Ça prend beaucoup de place.
00:24:57Alors,
00:24:57vous nous dites
00:24:58qu'il y a le fiasco
00:24:59de la campagne d'Anne Hidalgo
00:25:00en 2022
00:25:01qui ne fait même pas 2%.
00:25:02Que vos enfants...
00:25:03J'y vais.
00:25:04Vos enfants vous disent
00:25:05bon papa,
00:25:05on ne te voit pas beaucoup,
00:25:06vous passez beaucoup de temps
00:25:07dans le train,
00:25:08vous dites bon à l'Assemblée,
00:25:09je ne sais pas très bien
00:25:09toujours à quoi je sers
00:25:10et pourtant vous y retournez.
00:25:11Mais qu'est-ce qui se passe
00:25:12dans votre tête ?
00:25:13En fait,
00:25:14je crois que je me suis livré
00:25:15un exercice
00:25:17et je me suis dit
00:25:17mais en fait,
00:25:17pourquoi tu fais ça ?
00:25:18Et pour qui tu le fais ?
00:25:23Et l'élection,
00:25:27c'est aussi
00:25:28une aventure humaine incroyable.
00:25:30D'abord,
00:25:30vous ne faites rien
00:25:31de ce que vous faites seul.
00:25:32Vous avez des collaborateurs,
00:25:34des collaboratrices,
00:25:35vous avez des militantes,
00:25:36des militants
00:25:36qui vous accompagnent,
00:25:37vous avez des hommes
00:25:38et des femmes
00:25:39pour lesquels vous vous battez
00:25:40et que vous voyez
00:25:41toutes les semaines
00:25:42dans votre circonscription,
00:25:43toutes les semaines
00:25:45dans votre permanence.
00:25:47des vies que peut-être
00:25:48si j'avais continué
00:25:49sur d'autres rails,
00:25:50je n'aurais jamais croisé
00:25:52avec des vies difficiles
00:25:53mais des gens
00:25:55qui sont incroyablement généreux
00:25:58d'eux-mêmes,
00:25:59qui sont très disponibles
00:26:00pour la fraternité au quotidien,
00:26:03la solidarité familiale,
00:26:05la solidarité de voisinage,
00:26:07etc.
00:26:08qui sont
00:26:10plein d'indulgence aussi
00:26:11parce qu'ils vivent quand même
00:26:12des vies
00:26:13que je ne suis pas sûr
00:26:14que beaucoup arriveraient
00:26:15parfois
00:26:17à supporter
00:26:17et en fait,
00:26:18tout ce travail-là,
00:26:19je l'ai fait en me disant
00:26:19je vais écrire.
00:26:21En fait,
00:26:21je vais écrire.
00:26:24D'abord,
00:26:24je l'ai fait pour moi
00:26:25et puis finalement,
00:26:26j'en ai fait un livre.
00:26:27J'ai fait une galerie
00:26:28de portraits
00:26:29de gens que j'ai reçus
00:26:30dans ma permanence
00:26:32qui ont des vies singulaires
00:26:32parce qu'elles n'appartiennent
00:26:33qu'à eux,
00:26:34mais des vies universelles
00:26:35parce qu'elles ressemblaient
00:26:36beaucoup aux centaines
00:26:38de gens que j'ai reçus.
00:26:39Donc,
00:26:39je vous interromps,
00:26:40pour bien comprendre,
00:26:40en 2022,
00:26:41vous faites la liste
00:26:42un peu des pours et des contres
00:26:43et vous vous dites
00:26:44à la fin,
00:26:45il y a des gens
00:26:45qui me soutiennent,
00:26:46j'ai envie d'aider des gens
00:26:47que je crois
00:26:48ce qu'ont des vies
00:26:48qui ne sont pas toujours
00:26:49très drôles
00:26:49et je me sens utile
00:26:51dans ce que je fais.
00:26:51Je me sens utile,
00:26:52j'y trouve du sens,
00:26:55je me dis
00:26:56tu n'as pas le droit
00:26:56de te plaindre,
00:26:58je me dis
00:26:58ce n'est pas le moment
00:26:59de se planquer,
00:27:00je me dis
00:27:00il y a tant à faire,
00:27:02ce pays est tellement extraordinaire.
00:27:04Ils ont compris,
00:27:04vos enfants,
00:27:05votre décision ?
00:27:05Je pensais
00:27:06sur une autre partie
00:27:07de l'échoqué politique
00:27:08à Rachida Dati
00:27:09qui disait une fois
00:27:10ma fille
00:27:10qui doit avoir à peu près
00:27:11l'âge de vos enfants,
00:27:13elle ne rêve que d'une chose,
00:27:14c'est que j'arrête la politique.
00:27:15Est-ce que vos enfants,
00:27:16ils ont compris
00:27:16que vous y retourniez
00:27:17en 2022 ?
00:27:18Oui,
00:27:20mais c'est pour ça
00:27:20que j'ai aussi
00:27:21un rapport un peu ambivalent.
00:27:23Donc à la fois
00:27:24ils nous engueulent
00:27:26parce que ça prend trop de place
00:27:27et puis en même temps
00:27:27ma fille l'autre jour
00:27:30me dit
00:27:31bon j'ai bloqué mon lycée
00:27:34bon je dis finalement
00:27:35les chiens ne font pas des chats.
00:27:36Elle a bloqué son lycée
00:27:36pour quelle raison
00:27:37votre fille ?
00:27:38Je ne sais plus
00:27:38quelle était la raison,
00:27:39elle devait sans doute
00:27:39avoir une bonne raison
00:27:41en tout cas
00:27:42elle m'a avec beaucoup
00:27:43de fierté
00:27:44dit qu'elle avait pris
00:27:44la parole
00:27:46en montant sur des poubelles
00:27:47et en harangant la foule.
00:27:49Sa cause était juste
00:27:51je suis certain.
00:27:52Très bien.
00:27:54Cette période-là
00:27:552017-2022
00:27:56c'est aussi le moment
00:27:57où vous vous laissez
00:27:57pousser la barbe
00:27:58et je lisais que
00:27:59François Hollande
00:28:00vous avait trouvé
00:28:00un surnom à ce moment-là
00:28:01il vous a dit
00:28:02vous ressemblez à Jean Jaurès.
00:28:04Boris ça vous a flatté
00:28:05quand on vous dit ça ?
00:28:08Ça ne tient qu'à la barbe
00:28:09c'est sans doute flatteur
00:28:11mais enfin c'est bien peu.
00:28:12Non je n'en sais rien
00:28:14il s'est foutu de moi.
00:28:15Ah c'était une petite moquerie
00:28:16vous avez l'impression ?
00:28:17C'était de bonne guerre.
00:28:20Moi ça m'a fait marrer
00:28:21voilà.
00:28:22Non mais c'est-à-dire que
00:28:24quand on commence
00:28:25la vie politique
00:28:26avec la barbe
00:28:28ça permet
00:28:29le jour où on arrête
00:28:30de se raser la barbe
00:28:30et que plus personne
00:28:31ne vous reconnaisse.
00:28:32Et c'est pratique parfois
00:28:33qu'on ne vous reconnaisse pas
00:28:34quand vous faites de la politique ?
00:28:35Surtout quand je n'en ferai plus
00:28:36que ce sera pratique
00:28:36de ne pas me reconnaître.
00:28:39Comme on parle de votre image
00:28:40moi j'ai une question
00:28:41qui revient beaucoup
00:28:42quand on tape votre nom
00:28:43sur les réseaux sociaux
00:28:44c'est celle de l'hypertrophie
00:28:45de deux de vos doigts.
00:28:47On lit parfois des choses
00:28:48assez dures
00:28:49parfois des moqueries.
00:28:49je me demandais
00:28:50si ça avait été difficile
00:28:51pour vous
00:28:52ou est-ce qu'on est
00:28:53un petit peu obligé
00:28:53de se blinder
00:28:54quand on fait ce métier-là
00:28:55et qu'on est dans ce monde-là ?
00:28:56J'allais dire
00:28:57les moqueries
00:28:58elles ont commencé
00:28:59en la cour d'école.
00:29:00Donc j'allais vous dire
00:29:01qu'aujourd'hui
00:29:01elles me semblent
00:29:02absolument indifférentes
00:29:03et franchement
00:29:05honnêtement je m'en fous.
00:29:06C'est pas un sujet
00:29:07pour vous
00:29:07qu'on parle de ça en ligne
00:29:09peut-être qu'on vous harcèle
00:29:10en ligne
00:29:10peut-être parfois
00:29:11je ne sais pas ?
00:29:11Oui mais vous savez
00:29:12je ne lis
00:29:13d'abord je ne vais jamais
00:29:14sur les réseaux sociaux
00:29:14je ne lis pas les commentaires
00:29:16donc je veux dire
00:29:17que ça rend
00:29:18plus facilement hermétique
00:29:19à ces choses-là.
00:29:20Non vraiment
00:29:20j'aimerais en faire
00:29:24un trauma
00:29:24tout ça pour être
00:29:25plus intéressant
00:29:25mais en fait je m'en fous.
00:29:27Vous n'allez jamais
00:29:27sur les réseaux sociaux
00:29:28vous ne dites pas
00:29:28peut-être qu'il y a des choses
00:29:29que vous ne voyez pas
00:29:31qui pourraient peut-être
00:29:32émerger sur les réseaux
00:29:32je ne sais pas
00:29:33c'est pas du tout
00:29:33un sujet pour vous ça ?
00:29:36Non alors évidemment
00:29:37j'ai des gens
00:29:39qui les regardent pour moi
00:29:39et qui me disent
00:29:40bon il y a ça
00:29:40qui monte etc
00:29:43mais si c'est pour contempler
00:29:44une grande décharge
00:29:44à ciel ouvert
00:29:46j'ai mieux à faire.
00:29:47Ça ne vous intéresse pas ?
00:29:48Oui.
00:29:49Et puis il m'arrive parfois
00:29:51de recevoir des mails
00:29:52des gens qui ne sont pas contents
00:29:53et puis je leur dis
00:29:54on se voit.
00:29:55Parfois j'ai reçu
00:29:56des messages extrêmement durs
00:29:57j'ai dit on se voit
00:29:58on en parle.
00:30:00Et vous répondent les gens
00:30:00les gens qui ont des messages
00:30:01très durs
00:30:02ils viennent vous voir après ?
00:30:02Il y en a
00:30:03j'en ai reçu
00:30:03et ça se passe comment ?
00:30:05Les gens sont moins durs
00:30:06dans la vraie vie
00:30:07que par message ?
00:30:08La grande leçon
00:30:09de ces 9 ans
00:30:11d'élus
00:30:12et franchement
00:30:14je crois qu'il ne faut pas
00:30:14sous-estimer
00:30:15la dureté de la vie politique
00:30:16aujourd'hui
00:30:16ça rend immédiatement
00:30:17impopulaire
00:30:18quoi que vous fassiez
00:30:20j'ai vraiment rencontré
00:30:21des milliers de gens
00:30:22j'en ai croisé des milliers
00:30:26j'ai quand même croisé
00:30:29essentiellement des gens bien
00:30:31de façon un peu vulgaire
00:30:32je dis
00:30:32on n'est pas croisé
00:30:33beaucoup de salopards
00:30:34Vous avez rarement été
00:30:35insulté etc
00:30:36Peut-être
00:30:37mais enfin
00:30:37être insulté
00:30:38sur les réseaux sociaux
00:30:39en fait
00:30:40qu'est-ce que ça vaut ?
00:30:41Rien, il n'y a pas de relation
00:30:42mais des gens que j'ai reçus
00:30:44y compris des gens en colère
00:30:45ou des gens dans des manifestations publiques
00:30:46qui vous prennent par le bras
00:30:47qui vous engueulent
00:30:51et puis ils ont le droit quoi
00:30:53alors que c'est courtois
00:30:55On a le droit de s'en désaccord avec vous ?
00:30:57Oui bien sûr on a le droit
00:30:57mais je veux dire
00:30:58en démocratie
00:30:59on en a même le devoir
00:31:00et surtout on a le devoir
00:31:00de l'exprimer
00:31:01et nous on a le devoir
00:31:01d'essayer de rendre des comptes
00:31:04d'expliquer
00:31:06ce que l'on fait
00:31:07ce n'est pas évident
00:31:09mais
00:31:11est-ce que je peux
00:31:13faire autre chose
00:31:14que comprendre la colère
00:31:14d'une maman
00:31:16qui vient dans ma permanence
00:31:18qui n'est pas une colère contre moi
00:31:19mais j'en suis le visage
00:31:20Le réceptacle
00:31:21parce qu'elle a 24 pages
00:31:23de serfa à remplir
00:31:23pour obtenir une aide
00:31:24pour son enfant
00:31:25en situation de handicap
00:31:25et qu'on lui demande
00:31:26de décrire le projet de vie
00:31:27de l'enfant
00:31:28Qu'est-ce qu'un projet de vie
00:31:30pour un enfant ?
00:31:31En 2024
00:31:32il se passe quelque chose
00:31:33qui va prendre un peu
00:31:34toute la France
00:31:34par stupeur
00:31:35c'est la dissolution
00:31:36un peu surprise
00:31:37Oui paraît-il
00:31:38en 2024
00:31:39on n'avait pas vraiment
00:31:40vu sortir du chapeau
00:31:41Emmanuel Macron
00:31:42l'annonce le soir
00:31:42d'élections européennes
00:31:43catastrophiques
00:31:44pour son camp
00:31:45Vous qu'est-ce que vous dites
00:31:46ce soir-là ?
00:31:47Est-ce que vous dites
00:31:47il est prêt à tout faire péter
00:31:49est-ce que vous dites
00:31:50dans trois semaines
00:31:51on aura Jordan Bardella
00:31:53à Matignon
00:31:54ce soir-là
00:31:55comment vous sentez les choses ?
00:31:59Ma première réaction
00:32:00a quand même été
00:32:00une réaction de colère
00:32:03De grande colère
00:32:04vous diriez ?
00:32:04Oui de colère
00:32:05de colère froide
00:32:05mais de colère
00:32:06en me disant
00:32:07mais il n'a quand même
00:32:09pas fait ça
00:32:10en me disant
00:32:11mais il y a un côté
00:32:13il y a un côté
00:32:13pyromane
00:32:15il y a un côté
00:32:15pyromane
00:32:17la situation
00:32:18est
00:32:20dure
00:32:21elle est dure
00:32:21politiquement
00:32:23et on se dit
00:32:23mais que veut-il faire
00:32:24il veut livrer le pays
00:32:26au bonimenteur
00:32:26de l'extrême droite
00:32:28C'était ça pour vous
00:32:29son calcul
00:32:29derrière ?
00:32:30Je ne sais pas
00:32:30ce qu'était son calcul
00:32:32il a parlé
00:32:32d'une clarification
00:32:33laquelle ?
00:32:35laquelle ?
00:32:36Si la clarification
00:32:37qui l'attendait
00:32:38c'était l'élection
00:32:40de l'extrême droite
00:32:41pour que
00:32:42l'exercice des responsabilités
00:32:43est possiblement
00:32:45dans son esprit
00:32:46j'en sais rien
00:32:46qu'elle se disqualifie
00:32:48dans l'exercice des responsabilités
00:32:49avant la présidentielle
00:32:50mais qu'elle parie
00:32:51qu'elle parie hasardeux
00:32:52et qu'elle parie
00:32:54dangereux
00:32:55donc oui
00:32:55mon sentiment
00:32:56était celui
00:32:56d'une
00:32:58d'une franche colère
00:32:59j'ai voté deux fois
00:33:00pour lui au second tour
00:33:00parce qu'il y avait
00:33:01l'extrême droite
00:33:02Donc en 2017
00:33:03et en 2022
00:33:04vous avez voté
00:33:05par Emmanuel Macron
00:33:05au second tour
00:33:07Finalement
00:33:07c'est la gauche
00:33:08qui sort à la surprise
00:33:09générale
00:33:09en tête
00:33:10des urnes
00:33:11il y a un long moment
00:33:12où le nouveau
00:33:13Front populaire
00:33:13n'arrive pas vraiment
00:33:14à se décider
00:33:15à trouver un nom
00:33:16de Premier ministre
00:33:16à soumettre
00:33:17à Emmanuel Macron
00:33:18C'est Lucie Castet
00:33:19finalement totalement
00:33:20connue du grand public
00:33:21qui va se voir
00:33:22procéder sur le devant
00:33:23de la scène
00:33:23elle était d'ailleurs
00:33:24à votre place
00:33:24il y a quelques semaines
00:33:26Le fait que le parti socialiste
00:33:27n'ait pas du tout
00:33:28réussi à imposer un nom
00:33:30est-ce que c'est quand même
00:33:31pas un constat d'échec
00:33:32et de faiblesse
00:33:33des socialistes ?
00:33:36Parce qu'après tout
00:33:36Olivier Faure aurait pu être
00:33:37très très légitime
00:33:38pour arriver à Matignon
00:33:39Bien sûr
00:33:40mais bien sûr
00:33:41d'ailleurs
00:33:42nous les socialistes
00:33:43on avait proposé
00:33:43sa candidature
00:33:44au reste de la gauche
00:33:46ils n'auraient pas échappé
00:33:47qu'il y avait quand même
00:33:47beaucoup d'adversité
00:33:48par ailleurs
00:33:48dans ce nouveau
00:33:49Front Populaire
00:33:51mais qu'on a constitué
00:33:52parce que
00:33:52la menace de l'extrême droite
00:33:54était extrêmement
00:33:56extrêmement forte
00:33:58qu'est-ce que
00:33:59je voulais que je réponde
00:33:59à votre question
00:34:00oui on n'était pas
00:34:01dans une situation
00:34:02où nous pouvions imposer
00:34:04un socialiste
00:34:05à Matignon
00:34:05et par ailleurs
00:34:06je pense que
00:34:08le président de la République
00:34:09n'avait aucune intention
00:34:10de nommer la gauche
00:34:11aucune intention
00:34:12de nommer la gauche
00:34:13d'ailleurs
00:34:13c'est lui qui a le pouvoir
00:34:14de nomination
00:34:16nous on a fait en sorte
00:34:16d'avoir le pouvoir
00:34:17de proposition
00:34:18d'un nom
00:34:19et ça a été Lucie Casté
00:34:20qui a accepté
00:34:22cette responsabilité
00:34:23avec beaucoup de courage
00:34:24et beaucoup de talent
00:34:25mais au-delà de ça
00:34:27lui il pouvait donner
00:34:27n'importe quel nom
00:34:28dans le nouveau Front Populaire
00:34:30en disant
00:34:30maintenant débrouillez-vous
00:34:31pour constituer un gouvernement
00:34:32débrouillez-vous
00:34:33pour avoir une majorité
00:34:35à l'Assemblée Nationale
00:34:36ce que
00:34:37par exemple
00:34:38a été fait
00:34:39en Espagne
00:34:40la droite gagne
00:34:40il n'arrive pas
00:34:41à constituer un gouvernement
00:34:43majoritaire
00:34:45au Parlement
00:34:46et c'est Pedro Sanchez
00:34:47qui se voit confier
00:34:48cette responsabilité
00:34:48et qui y parvient
00:34:50il aurait pu le faire
00:34:51il aurait
00:34:51sans doute
00:34:52sur le plan du respect
00:34:55de l'équilibre démocratique
00:34:56et du résultat du suffrage
00:34:57il aurait gagné à le faire
00:34:59et puis
00:34:59si nous avions été incapables
00:35:01et de constituer un gouvernement
00:35:04et d'avoir une majorité
00:35:06et donc de donner
00:35:07un peu de stabilité
00:35:09tout en essayant
00:35:10de mettre en oeuvre
00:35:11le programme
00:35:12pour lequel nous étions battus
00:35:14il aurait
00:35:14il s'en serait grandi
00:35:16non
00:35:16il s'est encore rabougri
00:35:18Vous avez de la colère
00:35:19contre Emmanuel Macron
00:35:21vous vous dites
00:35:21qu'il n'a pas vraiment
00:35:22respecté la logique
00:35:22des institutions
00:35:23dans cette affaire
00:35:25Moi je considère
00:35:27que
00:35:27et en particulier
00:35:28le deuxième quinquennat
00:35:31n'en finit pas
00:35:32d'essorer le pays
00:35:33d'essorer nos institutions
00:35:34d'essorer la démocratie
00:35:35j'ai le sentiment
00:35:37qu'on va terminer
00:35:38cette expérience macroniste
00:35:39en piteux états
00:35:41collectivement
00:35:41et le pays dans son ensemble
00:35:43ça va au-delà
00:35:46de nos personnes
00:35:47ou de nos familles politiques
00:35:50il y a un côté
00:35:52assez tragique
00:35:53Vous avez une idée
00:35:55pour relever la France
00:35:56c'est ce que vous appelez
00:35:56la démarchandisation
00:35:58c'est ce que vous racontez
00:35:59dans un livre
00:36:00qui sort ces jours-ci
00:36:01qui s'appelle
00:36:01Nos vines ne sont pas
00:36:02des marchandises
00:36:02le but
00:36:03je vous cite
00:36:04c'est retirer progressivement
00:36:05des griffes du marché
00:36:06des secteurs d'activité
00:36:07entier
00:36:08où vous estimez
00:36:09qu'en fait
00:36:09le secteur marchand
00:36:10n'a pas sa place
00:36:10vous citez par exemple
00:36:12les crèches
00:36:12les EHPAD
00:36:13les hôpitaux
00:36:14l'eau
00:36:15la culture
00:36:16concrètement
00:36:16comment on fait ça
00:36:17par exemple
00:36:17ça veut dire
00:36:18qu'on ferme
00:36:19des cliniques privées
00:36:20qui existent
00:36:21pour gagner des sous
00:36:22avec la santé
00:36:22des français
00:36:23par exemple
00:36:23alors d'abord
00:36:24dire
00:36:25quel est le constat
00:36:26qui m'amène
00:36:27à proposer
00:36:28cette démarchandisation
00:36:31on vit dans un monde
00:36:32qui est devenu
00:36:33une immense boutique
00:36:34il n'y a rien
00:36:35qui n'est son étiquette
00:36:36ou son code bas
00:36:36tout est acheté
00:36:37ou à vendre
00:36:38tout est à vendre
00:36:39mais de la petite enfance
00:36:41jusqu'au grand âge
00:36:42et même jusqu'aux
00:36:44jusqu'aux obsèques
00:36:44vous pouvez le dire
00:36:45je parle même
00:36:45de la privatisation
00:36:48des pompes funèbres
00:36:49et en réalité
00:36:52le marché
00:36:53n'en finit jamais
00:36:54de repousser ses frontières
00:36:55et j'essaie de distinguer
00:36:56trois âges du capitalisme
00:36:57un capitalisme industriel
00:36:58de la production
00:36:59de l'accumulation
00:37:00que l'on connait bien
00:37:02qui naît
00:37:02le socialisme
00:37:03naît avec lui
00:37:04d'une certaine manière
00:37:04dans sa critique
00:37:06il y a le capitalisme financier
00:37:08il y a une quarantaine d'années
00:37:09c'est-à-dire que finalement
00:37:10on crée de la richesse
00:37:12sans produire plus
00:37:14détaché de la production
00:37:15détaché de l'économie réelle
00:37:16l'argent
00:37:16crée de l'argent
00:37:18et puis il y a ce nouvel âge
00:37:19avec le capitalisme numérique
00:37:22qui est un capitalisme total
00:37:23où nous sommes devenus
00:37:25nous-mêmes des marchandises
00:37:26nous sommes à la fois devenus
00:37:28travailleurs pour le compte
00:37:29de ces plateformes
00:37:29et nous sommes devenus
00:37:30marchandises de ces plateformes
00:37:31même nos subjectivités
00:37:33notre attention
00:37:33nos imaginaires
00:37:34nos sentiments
00:37:36l'amitié
00:37:37l'amour
00:37:37tout ça
00:37:38ça passe désormais
00:37:39par des applications
00:37:40et c'est une
00:37:43un capitalisme
00:37:44d'extraction
00:37:45et on est devenu
00:37:46le millénéré
00:37:46et ce que produit
00:37:47cette marchandisation
00:37:48de tout
00:37:48c'est-à-dire cette sélection
00:37:50en réalité à la fin
00:37:51par l'argent
00:37:52qui ne permet pas
00:37:53un meilleur accès
00:37:54à ce qui est essentiel
00:37:55à la vie
00:37:55la crèche
00:37:56l'éducation
00:37:57etc.
00:37:58la santé
00:37:58le grand âge
00:37:59mais en réalité
00:38:00sélectionne
00:38:02rationne
00:38:03accapare
00:38:04des biens essentiels
00:38:04et parfois
00:38:05dans un monde
00:38:06de ressources
00:38:07de ressources
00:38:07rares
00:38:08tout ça
00:38:08produit quoi
00:38:10produit d'abord
00:38:11une explosion
00:38:12des inégalités
00:38:14il y a
00:38:14quelques vies premium
00:38:15et il y a beaucoup
00:38:16de vies low cost
00:38:16je vous donne juste
00:38:17un exemple
00:38:17parce qu'il est parlant
00:38:18il y a 20 ans
00:38:18quand vous prenez
00:38:19le train
00:38:19avec votre famille
00:38:20vous étiez assis
00:38:21à côté de votre famille
00:38:22votre bagage était
00:38:22au-dessus de votre siège
00:38:24maintenant si vous voulez
00:38:25être à côté de votre famille
00:38:25il faut payer
00:38:26si vous voulez avoir
00:38:27un bagage
00:38:27il faut payer
00:38:28si vous voulez avoir
00:38:28accès à la prise
00:38:29pour recharger
00:38:30votre téléphone
00:38:30il faut payer
00:38:31si vous ne voulez pas
00:38:31qu'il y ait d'enfants
00:38:32dans le wagon
00:38:33il faut payer
00:38:34on ne voit plus
00:38:34beaucoup de familles
00:38:35dans les TGV
00:38:36et tout ça
00:38:41est reproductible
00:38:42dans tous les aspects
00:38:43de la vie
00:38:44explosion des inégalités
00:38:46dilution des liens sociaux
00:38:47des corps intermédiaires
00:38:49comme le syndical
00:38:50et les partis politiques
00:38:50qui résistaient
00:38:52à cette avancée
00:38:53de l'individualisme
00:38:54de l'atomisation
00:38:55des individus
00:38:55au sens premier du terme
00:38:56réduit à l'interd'atome
00:38:57qui est nécessaire
00:38:58à la progression
00:39:00du marché
00:39:02une épidémie de solitude
00:39:03qui a aussi
00:39:04ses coûts sociaux
00:39:06une dépossession
00:39:06de ce qui est essentiel
00:39:07à sa vie
00:39:07et donc la question
00:39:08que je me pose
00:39:09c'est face à cette dépossession
00:39:10son sentiment
00:39:11d'être perdu
00:39:13et d'avoir perdu le contrôle
00:39:15il y a une demande
00:39:16d'autorité
00:39:16de verticalité
00:39:18est-ce que c'est à l'extrême droite
00:39:19de répondre à ça
00:39:20ou est-ce que c'est
00:39:21dans une réflexion
00:39:22sur ce qui doit relever
00:39:23du marché
00:39:23et ce qui ne doit pas
00:39:24relever du marché
00:39:25et en réalité
00:39:26ce que je propose
00:39:27c'est de reprendre
00:39:28le fil long
00:39:28de la critique socialiste
00:39:31dans ses relations
00:39:32à l'économie
00:39:33de faire la jonction
00:39:35avec la pensée
00:39:36qui est celle
00:39:37de l'écologie politique
00:39:38et de réencastrer
00:39:39l'économique
00:39:40dans le social
00:39:40et dans le politique
00:39:41faire en sorte
00:39:42que nous arrêtions
00:39:43de considérer
00:39:44que le marché
00:39:45peut mieux
00:39:46que la délibération
00:39:47démocratique
00:39:47que la délibération
00:39:48collective
00:39:49gérer des ressources rares
00:39:50gérer des services
00:39:51publics
00:39:52etc
00:39:53je prends l'exemple
00:39:54des crèches
00:39:55aujourd'hui
00:39:55il y a aussi
00:39:56autant de crèches privées
00:39:57c'est que ça a aussi
00:39:58permis à l'État
00:39:58de se désengager
00:39:59on sait qu'on est quand même
00:40:00dans un contexte économique
00:40:02et notamment en termes
00:40:03de questions
00:40:03d'endettement de l'État
00:40:04important
00:40:04vous dites qu'aujourd'hui
00:40:05on a les moyens
00:40:06de sortir ces secteurs
00:40:07capitaux
00:40:08de la vie des gens
00:40:09pour les remettre
00:40:10dans des fonctions étatiques
00:40:11vous dites ça marche
00:40:12bien sûr
00:40:12d'abord parce que
00:40:13en fait
00:40:14moi j'ai envie de poser
00:40:15la question
00:40:15à rebours
00:40:17dans une forme
00:40:18d'un contrat
00:40:19là vous me dites
00:40:19combien ça coûte
00:40:20la démarchandisation
00:40:21moi je vous dis
00:40:21combien ça coûte
00:40:22la marchandisation
00:40:23en termes
00:40:24d'inégalité
00:40:26inégalité sociale
00:40:27inégalité géographique
00:40:30qu'est-ce que coûte
00:40:31la marchandisation
00:40:32en termes
00:40:32social
00:40:33écologique
00:40:34avec l'épuisement
00:40:35des ressources
00:40:36l'accaparement
00:40:37des terres
00:40:38qui fait exploser
00:40:39par exemple
00:40:39le prix du logement
00:40:41le foncier
00:40:41devient un objet
00:40:42de spéculation
00:40:43l'eau devient
00:40:43un objet de spéculation
00:40:45les crèches
00:40:46deviennent un objet
00:40:47de spéculation
00:40:47parce que
00:40:47dans les fonds
00:40:49qui investissent
00:40:49dans ces crèches privées
00:40:50vous en avez
00:40:51qui par ailleurs
00:40:52ont mis leur bille
00:40:53dans les pipelines
00:40:53qui traversent
00:40:55l'Azerbaïdjan
00:40:56ou dans des autoroutes
00:40:57en Pologne
00:40:58donc en réalité
00:40:59ce que je propose
00:40:59c'est un mode d'emploi
00:41:01pour retrouver
00:41:02un chemin
00:41:02de démancipation
00:41:04de liberté
00:41:05et de dignité
00:41:06ce que le marché
00:41:07nous prend
00:41:07c'est notre dignité
00:41:09et quand on se battait
00:41:10pour desserrer
00:41:11l'étau
00:41:12du marché
00:41:12du capitalisme
00:41:13sur la gorge
00:41:14des travailleurs
00:41:14avec des grandes lois sociales
00:41:15des grandes lois sur le travail
00:41:16et bien en fait
00:41:17ils resserraient
00:41:18les mains
00:41:19sur le coût
00:41:19du consommateur
00:41:20et donc par cette
00:41:22réappropriation démocratique
00:41:22à tous les niveaux
00:41:24locale
00:41:24nationale
00:41:26européenne
00:41:26mais aussi
00:41:26dans l'entreprise
00:41:27à travers des nouveaux modèles
00:41:29et des nouvelles gouvernances
00:41:30d'entreprise
00:41:31et bien nous rendons
00:41:32aux citoyens
00:41:33ce que d'une certaine manière
00:41:34le marché a pris
00:41:34aux consommateurs
00:41:35il y a quelqu'un
00:41:36qui a adoré votre livre
00:41:37qui a dit qu'il était rempli
00:41:38de bonnes idées
00:41:38vous savez qui c'est
00:41:39j'imagine
00:41:41ma mère
00:41:42peut-être votre mère
00:41:43je vous le souhaite
00:41:43mais pas que votre mère
00:41:44quelqu'un peut-être
00:41:45d'un peu plus connu
00:41:46chez les français
00:41:47je ne sais pas
00:41:48Jean-Luc Mélenchon
00:41:48il a adoré votre livre
00:41:49il a dit j'aurais pu en reprendre
00:41:51mot pour mot
00:41:52je ne pense pas
00:41:53dites-moi si je dis des bêtises
00:41:53je ne crois pas
00:41:54ça vous a étonné
00:41:55que Jean-Luc Mélenchon
00:41:56aime autant votre livre ?
00:41:59non
00:42:01non mais j'espère
00:42:02qu'il plaira
00:42:03au-delà
00:42:03de Jean-Luc Mélenchon
00:42:05je pense que la proposition
00:42:06que je fais
00:42:08à travers la démarchandisation
00:42:09c'est une proposition
00:42:10qui unifie
00:42:11les luttes
00:42:12les luttes sociales
00:42:13les luttes environnementales
00:42:14les luttes féministes
00:42:15parce qu'à travers la question
00:42:16de la démarchandisation
00:42:18il y a la question
00:42:18de la distinction
00:42:19entre la valeur d'usage
00:42:21et la valeur d'échange
00:42:23et je crois qu'on a besoin
00:42:23d'une théorie de la valeur
00:42:24qu'est-ce qu'il y a de la valeur
00:42:25de quoi on peut se passer
00:42:26de quoi on ne peut pas se passer
00:42:27ce qui permet de dire
00:42:28que les métiers du soin
00:42:29et du lien
00:42:30qui ont par exemple
00:42:31tenu le pays
00:42:31dans le Covid
00:42:33doivent être mieux reconnus
00:42:34qu'elles ne le sont
00:42:35aujourd'hui
00:42:37et bien ça unifie
00:42:38tous les combats
00:42:38à travers ce que moi
00:42:39j'appelle
00:42:41un socialisme
00:42:41de la vie
00:42:42votre livre
00:42:43votre livre
00:42:44il m'a fait penser
00:42:45à un slogan
00:42:45d'Olivier Besancenot
00:42:46du NPA
00:42:47nos vies valent plus
00:42:48que leurs profits
00:42:49vous vous dites
00:42:50après tout
00:42:51j'aurais pu résumer
00:42:52mon livre un peu comme ça
00:42:53ça ne vous dérange pas
00:42:54cette idée-là
00:42:55non
00:42:55ça ne me dérange pas
00:42:58et d'ailleurs
00:42:59sans doute que
00:43:01beaucoup de français
00:43:01pourraient s'y retrouver
00:43:02après la question
00:43:03c'est qu'est-ce qu'on y met
00:43:04moi je ne suis pas
00:43:05je ne m'en tiens pas
00:43:06à des propos d'estrade
00:43:07qui consistent à dire
00:43:07on va mettre à bas le capitalisme
00:43:09il n'y aura plus de marché
00:43:10on va avoir des grandes manufactures
00:43:12de chaussures
00:43:12de je ne sais pas quoi
00:43:13de trucs
00:43:15lutter contre la marchandisation
00:43:17par exemple
00:43:17dans le domaine de la mode
00:43:18et donc contre la fast fashion
00:43:20et tout ce que
00:43:21Chine par exemple
00:43:23charrie
00:43:23d'atteinte sociale
00:43:24d'atteinte environnementale
00:43:25etc.
00:43:26et de
00:43:28de désindustrialisation
00:43:29dans nos pays
00:43:31ça n'oblige pas
00:43:32à monter des manufactures
00:43:34de
00:43:35collectives
00:43:35voilà
00:43:36donc vous voyez
00:43:37il y a des capitalismes
00:43:38qui comme des poupées de rue
00:43:39se sont imbriquées
00:43:40les unes dans les autres
00:43:42mais aujourd'hui
00:43:42pour reprendre la main
00:43:45eh bien
00:43:46il y a besoin
00:43:46de fixer
00:43:47des limites
00:43:48au marché
00:43:49et de dire que
00:43:49certains
00:43:51certains biens essentiels
00:43:52ne peuvent pas relever
00:43:53de la loi du marché
00:43:54qui est toujours la loi du plus fort
00:43:55il y a un moment
00:43:55pour reprendre la main
00:43:56c'est la présidentielle
00:43:58dans tout ce petit mois
00:43:59vous faites partie
00:44:00de ceux
00:44:01qui ne veulent pas
00:44:01de primaire à gauche
00:44:03vous vous dites
00:44:04qu'il faudrait
00:44:04un candidat socialiste
00:44:05avant l'été
00:44:06peut-être avec des propositions
00:44:08proches des vôtres
00:44:10moi la question que j'ai
00:44:11c'est comment est-ce que
00:44:12la gauche peut gagner
00:44:13s'il y a beaucoup de candidatures
00:44:14dès le premier tour
00:44:15je vous propose
00:44:16d'écouter
00:44:17Olivier Faure
00:44:17qui disait
00:44:18c'était samedi dernier
00:44:19qu'il y avait quelques petits mots
00:44:20là-dessus
00:44:20et qui était
00:44:20plutôt en désaccord
00:44:22avec votre idée
00:44:22on l'écoute
00:44:24on est à 14 mois
00:44:26de la prochaine élection présidentielle
00:44:27et il y a plus qu'un éléphant
00:44:30dans la pièce
00:44:31il y a en réalité
00:44:32l'extrême droite
00:44:33qui est désormais
00:44:34non plus seulement
00:44:35aux portes du pouvoir
00:44:36mais qui a déjà mis
00:44:36un pied assez largement dedans
00:44:39et on pourra dire
00:44:41ce que l'on voudra
00:44:42on pourra faire
00:44:43autant de colloques
00:44:43que l'on voudra
00:44:44on pourra se réunir
00:44:46aussi souvent
00:44:46qu'il le faudra
00:44:48si à un moment
00:44:49nous n'arrivons pas
00:44:50à faire en sorte
00:44:50qu'il n'y ait pas
00:44:515, 6, 7 ou 8 candidats
00:44:53de gauche au premier tour
00:44:54et bien nous perdrons
00:44:57et l'extrême droite
00:44:58l'emportera
00:44:59je ne dis pas autre chose
00:45:00moi j'ai toujours dit
00:45:01que je voulais
00:45:01un candidat commun de la gauche
00:45:03de Glucksmann à Ruffin
00:45:05non mélenchoniste
00:45:05voilà
00:45:06je l'ai dit
00:45:07je dis exactement
00:45:08la même chose que lui
00:45:08mais sans primaire
00:45:09sauf que lui propose
00:45:11un processus
00:45:12je ne suis pas sûr
00:45:13qu'il y croit
00:45:15il propose un processus
00:45:16qui consiste d'abord
00:45:17à ce que la gauche
00:45:20mène une bataille
00:45:20contre elle-même
00:45:21dans un processus
00:45:22qui est un processus
00:45:23non pas de rassemblement
00:45:24mais de distinction
00:45:25c'est ce qu'on a fait
00:45:26en 2011
00:45:26et ça a permis à François Hollande
00:45:27de gagner la primaire
00:45:28puis de gagner l'Elysée
00:45:29d'abord mesurez bien
00:45:30que c'était une primaire
00:45:31entre socialistes
00:45:32c'était pas une primaire
00:45:33entre toute la gauche
00:45:34et la seule primaire
00:45:35entre toute la gauche
00:45:35que je connaisse
00:45:36c'est celle de 2017
00:45:382016-2017
00:45:39avec Benoît Hamon
00:45:40qui nous a donné
00:45:41une double leçon
00:45:42on peut terminer
00:45:43à 6%
00:45:44et perdre l'élan
00:45:46supposé de la primaire
00:45:47et une primaire peut être trahi
00:45:48voilà
00:45:48donc moi je suis
00:45:50parfaitement d'accord
00:45:50avec l'idée qu'il faut
00:45:51qu'il y ait un candidat unique
00:45:52que celui-là
00:45:53ou celle-là
00:45:53peut très bien
00:45:54ne pas être socialiste
00:45:55ça c'est ok pour vous ?
00:45:57bien sûr
00:45:57ça pourrait être
00:45:58Marine Tondelier par exemple
00:45:59moi mon obsession
00:46:00c'est de battre
00:46:01l'extrême droite
00:46:02et de se donner
00:46:03le meilleur chance
00:46:04mais ce que je dis aussi
00:46:05c'est que nous avons besoin
00:46:07d'abord
00:46:08de nous poser la question
00:46:09de notre stratégie électorale
00:46:10c'est à dire
00:46:10pour qui on se bat
00:46:12quelle est la sociologie
00:46:14et la géographie
00:46:15de nos combats
00:46:16la sociologie
00:46:17je pense qu'il faut parler
00:46:18à nouveau aux classes populaires
00:46:19qu'on ne peut pas être
00:46:20la gauche des centres-villes
00:46:21la gauche des gens
00:46:22qui vont bien
00:46:23il faut parler aux classes populaires
00:46:24pas pour parler qu'à elle
00:46:25mais comme condition
00:46:25pour parler à tous
00:46:26la géographie
00:46:27de nos combats
00:46:29il y a
00:46:30deux géographies
00:46:31une géographie plutôt urbaine
00:46:33mais où nous avons la gauche
00:46:34à affronter
00:46:34celle de Jean-Luc Mélenchon
00:46:35et puis tout le reste du pays
00:46:37où va se faire la grande bascule
00:46:38pour l'extrême droite
00:46:38c'est ce que j'appelle
00:46:39la France des sous-préfectures
00:46:40c'est là où il y aura
00:46:40la grande bataille de France
00:46:42où je vois l'extrême droite
00:46:43prospérer
00:46:43après le sud-est de la France
00:46:45les grands bassins miniers
00:46:45les territoires industriels
00:46:46en dépris
00:46:47c'est dans les territoires
00:46:48que je connais bien
00:46:49les territoires ruraux
00:46:49des petites villes
00:46:50que je vois
00:46:51cet extrême droite progresser
00:46:53parce qu'il y a le sentiment
00:46:54d'une partie de la France
00:46:55d'une domination culturelle
00:46:57d'une France urbaine
00:46:59sur une France rurale
00:47:01et c'est qui le meilleur candidat
00:47:03pour vous ?
00:47:03d'un pouvoir lointain
00:47:06qui les méprise
00:47:07qui juge de tout
00:47:09qui juge de la façon
00:47:10dont ils élèvent leurs enfants
00:47:11dont ils habitent
00:47:12leurs pratiques culturelles
00:47:13et sportives
00:47:14et que la République
00:47:15ne passe plus par chez eux
00:47:15et donc il faut leur répondre
00:47:16alors la France des sous-préfectures
00:47:18et la France pavillonnaire
00:47:19pour vous
00:47:19qui peut leur parler ?
00:47:21est-ce que c'est Raphaël Lussmann ?
00:47:22est-ce que c'est François Ruffin ?
00:47:23est-ce que c'est peut-être
00:47:23vous Boris Vallot ?
00:47:24je ne vais pas commencer
00:47:26à faire du name-dropping
00:47:27il va falloir bien trouver
00:47:28quelqu'un à un moment
00:47:29il y avait une évidence
00:47:29il faut commencer
00:47:31par dire des choses
00:47:32et ce que j'essaie
00:47:33de faire moi
00:47:34c'est commencer par les idées
00:47:35et par dire des choses
00:47:36quand j'écris un livre
00:47:39sur
00:47:40que j'appelle
00:47:40en permanence
00:47:41c'est un livre
00:47:42qui ne parle pas
00:47:44c'est pas la politique
00:47:45en permanence
00:47:46c'est le livre
00:47:46que vous avez écrit
00:47:47juste avant
00:47:47celui que vous venez de sortir
00:47:48quand je parle
00:47:49d'un socialisme de la vie
00:47:50et que la démarchandisation
00:47:51elle est ancrée
00:47:52dans la vie quotidienne
00:47:53et ce qui fait la dignité
00:47:53des hommes
00:47:54et des femmes
00:47:56aujourd'hui
00:47:57j'essaie de m'adresser
00:48:00à celle-là
00:48:00et à ceux-là
00:48:01qui doutent
00:48:02de la politique
00:48:02qui se désintéressent
00:48:05de la gauche
00:48:06mais qui se désespèrent
00:48:07de la gauche
00:48:07tout en espérant d'elle
00:48:08qu'elle s'agite
00:48:09et qu'elle bouge
00:48:10et qu'elle propose
00:48:10des choses
00:48:12qui leur permettent
00:48:13de vivre de leur travail
00:48:14qui leur permettent
00:48:14d'espérer que leurs enfants
00:48:15à travers leurs études
00:48:16puissent vivre mieux
00:48:17que l'écologie
00:48:19ne sera pas nécessairement
00:48:20un grand sacrifice
00:48:21fait à ceux
00:48:22qui se serrent déjà
00:48:23la ceinture
00:48:23mais une façon
00:48:24de mieux vivre
00:48:25en prenant en considération
00:48:26les limites
00:48:27de la planète
00:48:28que ce soit un levier
00:48:29de redressement industriel
00:48:30parce qu'on ne peut pas
00:48:31être dans la main
00:48:32des pays qui produisent
00:48:33c'est tout ça
00:48:34qu'il faut dire
00:48:35et juste je continue
00:48:36on parle de la présidentielle
00:48:37mais moi j'ai
00:48:38une conviction
00:48:39une conviction
00:48:40que je défends
00:48:42c'est que l'élection
00:48:43législative
00:48:45ne peut pas
00:48:46passer
00:48:46ne peut pas être
00:48:48réduite au troisième tour
00:48:49de l'élection présidentielle
00:48:50qu'il faut que nous la pensions
00:48:51politiquement
00:48:51comme un moment
00:48:52autonome
00:48:53parce que le paysage politique
00:48:55a radicalement changé
00:48:56parce que la cinquième république
00:48:57est essorée
00:48:58parce que
00:48:59on a besoin
00:49:01de chercher des voies
00:49:02de
00:49:02non seulement
00:49:03de réenchantement
00:49:04de la politique
00:49:04mais
00:49:07de changement
00:49:08de culture
00:49:08excusez-moi
00:49:09ça veut dire ça
00:49:09concrètement
00:49:10ça veut dire quoi ça
00:49:10ça veut dire qu'on a fait
00:49:11la NUPES en 2022
00:49:13le NFP en 2024
00:49:14et qu'en 2027
00:49:15on ne refait pas
00:49:16une alliance un peu large
00:49:17de la gauche
00:49:17aux législatives
00:49:18ça veut dire que
00:49:18nous avons besoin
00:49:20de penser
00:49:21un contrat de législature
00:49:23qui dit quelque chose
00:49:24de ce que sera
00:49:25l'exercice du pouvoir
00:49:26de quelle sera la place
00:49:27du président de la république
00:49:29du premier ministre
00:49:30et du parlement
00:49:31je pense qu'on ne peut pas
00:49:32continuer avec un président
00:49:33qui gouverne
00:49:34on a besoin d'un président
00:49:34qui préside
00:49:35d'un gouvernement
00:49:36ça il faut changer
00:49:36la constitution
00:49:37on n'est pas obligé
00:49:39de changer la constitution
00:49:40d'abord la première
00:49:41révolution à faire
00:49:41elle est mentale
00:49:42nous avons pour ce qui est
00:49:43des socialistes
00:49:44modestement
00:49:45imparfaitement
00:49:45en marchant
00:49:46commencé de la faire
00:49:46cette révolution
00:49:48dans l'acceptation
00:49:50de la recherche
00:49:50du compromis
00:49:51sur le budget
00:49:52avec François Bayrou
00:49:53puis Sébastien Lecornu
00:49:53ce n'est pas une évidence
00:49:54quand on combat depuis
00:49:55neuf ans
00:49:55un gouvernement
00:49:56qu'on est en désaccord
00:49:57presque sur tout
00:49:58mais qu'on a aussi
00:49:59le sens de l'intérêt général
00:50:00que l'on mesure
00:50:01qu'on n'est pas
00:50:04confortablement assise
00:50:05parce qu'au fond
00:50:06elle n'est responsable
00:50:07de rien
00:50:07là nous étions
00:50:09dans une position charnière
00:50:10se poser la question
00:50:11de savoir si le compromis
00:50:12n'est pas
00:50:14la part maudite
00:50:14de la politique
00:50:15mais peut-être
00:50:15un gros mot
00:50:16oui c'est que peut-être
00:50:18la rééchantée
00:50:18c'est exigeant
00:50:19d'être un parlementaire
00:50:20voilà
00:50:20et pourquoi je veux
00:50:21qu'on dans le cheminement
00:50:23la stratégie
00:50:24les idées
00:50:25le contrat de législature
00:50:26et ensuite
00:50:27on trouvera celui
00:50:28ou celle qui parmi nous
00:50:30sera capable
00:50:31de porter cette équipe
00:50:32vous savez
00:50:33excusez-moi
00:50:34ce que vous me décrivez
00:50:35j'ai l'impression
00:50:35que ça prend une décennie
00:50:36la présidentielle
00:50:37c'est en avril prochain
00:50:38donc il y a quand même
00:50:39un calendrier à respecter
00:50:41ça peut prendre
00:50:42une décennie
00:50:43si on décide
00:50:44de prendre une décennie
00:50:45ça peut prendre
00:50:45quelques mois
00:50:46si on a le sentiment
00:50:47de l'urgence
00:50:48et de la nécessité
00:50:49et donc moi
00:50:50j'ai le sentiment
00:50:50de l'urgence
00:50:51et de la nécessité
00:50:51et c'est ce vers quoi
00:50:52je pousse
00:50:53mais je pousse
00:50:53vers
00:50:55la possibilité
00:50:57d'un projet
00:50:59majoritaire
00:50:59à gauche
00:51:00qui déborde
00:51:00de la gauche
00:51:02et qui convainque
00:51:03les français
00:51:03parce qu'on parlera
00:51:04de leur vie
00:51:05de leur vie quotidienne
00:51:07de leur vie intime
00:51:08de ce qu'il y a
00:51:08les angoisses
00:51:09les tarots
00:51:10de ce qu'ils espèrent
00:51:12voilà
00:51:12et on a besoin
00:51:13de faire ça
00:51:14parce que tout n'est pas foutu
00:51:15et je le disais
00:51:16ce pays est extraordinaire
00:51:18ce pays est extraordinaire
00:51:18franchement la France
00:51:19c'est pas rien
00:51:20quand même
00:51:20vous avez une feuille de route
00:51:22très claire
00:51:22vous aimez beaucoup
00:51:23les français
00:51:23ça pourrait peut-être être vous
00:51:25le candidat
00:51:25après tout
00:51:26pourquoi pas
00:51:26bah écoutez
00:51:28les choses
00:51:29se décideront
00:51:31au terme d'un processus
00:51:32qui mettront
00:51:32les idées
00:51:33le collectif
00:51:35l'élection législative
00:51:36avant toute autre
00:51:38considération
00:51:40nominative
00:51:41ou personnelle
00:51:41voilà
00:51:42mais vous dites
00:51:43que vous pourriez
00:51:43vous inscrire
00:51:44dans ce processus
00:51:44je dis que je prends
00:51:45ma part
00:51:46de ce grand combat
00:51:48auquel
00:51:49personne à gauche
00:51:51ne peut
00:51:52échapper
00:51:52il y a quelqu'un d'autre
00:51:54qui pourrait prendre sa part
00:51:55c'est peut-être François Hollande
00:51:56certains
00:51:57Olivier Faure se disent
00:51:58que vous pourriez peut-être
00:51:59lui
00:52:00ouvrir un peu le chemin
00:52:01peut-être être
00:52:02un poisson pilote
00:52:03voilà
00:52:04moi je vous sais
00:52:04je roule pour personne
00:52:05pas plus pour François Hollande
00:52:07que pour tel ou tel
00:52:09vous savez
00:52:10la vie politique
00:52:11est ainsi faite
00:52:12qu'on a besoin
00:52:14de s'inventer
00:52:15des histoires
00:52:16pour ne pas avoir
00:52:17regardé la réalité en face
00:52:18voilà
00:52:18moi je regarde
00:52:19la réalité en face
00:52:20donc je traduis
00:52:20c'est un peu
00:52:21un délire de journaliste
00:52:22là du coup
00:52:22ce que je vous dis
00:52:23ou de responsable politique
00:52:25mal intentionné
00:52:26voilà
00:52:27c'est Olivier Faure du coup
00:52:28qui est mal intentionné
00:52:28ou je ne sais pas
00:52:29ceux qui ont peut-être
00:52:31moi je vais vous dire
00:52:31tout ça ça ne m'intéresse pas
00:52:33moi je n'ai qu'une obsession
00:52:35c'est
00:52:37vous savez
00:52:40au soir
00:52:40dans les jours
00:52:41qui ont suivi
00:52:42l'élection
00:52:43la dissolution
00:52:45je suis amené
00:52:46à m'exprimer
00:52:46devant le MEDEF
00:52:47et devant un certain nombre
00:52:48de chefs d'entreprise
00:52:49c'était un peu une comparution
00:52:50pour être franc
00:52:52et je les ai interpellés
00:52:53je leur ai posé la question
00:52:54est-ce que nous en avons fait assez
00:52:56pour que le pays
00:52:57ne soit pas au bord du gouffre
00:52:58au bord du gouffre politique
00:52:59avec la menace de l'extrême droite
00:53:00mais au bord du gouffre
00:53:01parce que beaucoup d'hommes
00:53:02et de femmes
00:53:03ont le sentiment
00:53:03de ne pas pouvoir
00:53:04vivre de leur travail
00:53:06aiment leur travail
00:53:07mais ne le font pas toujours bien
00:53:08parce qu'ils n'ont pas
00:53:09les conditions
00:53:09pour le faire bien
00:53:12et qu'est-ce qu'on vous dit
00:53:12au MEDEF
00:53:13ce soir-là
00:53:15je leur ai dit
00:53:16qu'ils avaient
00:53:17dans le grand combat
00:53:19du redressement
00:53:20de ce pays
00:53:21dans le grand combat
00:53:22de la réindustrialisation
00:53:25de la réhabilitation du travail
00:53:27de la dignité au travail
00:53:29ils ont leur part
00:53:30et personne ne peut se planquer
00:53:32voilà
00:53:33je voudrais finir
00:53:34sur une touche
00:53:35un peu plus personnelle
00:53:36on parlait tout à l'heure
00:53:36de votre épouse
00:53:37vous êtes très discret
00:53:38sur votre vie privée
00:53:39je sais que Paris Match
00:53:40vous a proposé à plusieurs reprises
00:53:42de faire des reportages
00:53:43ensemble
00:53:43vous avez toujours dit non
00:53:45malgré tout
00:53:46en 2017
00:53:47Najat Vallaud-Belkacem
00:53:48est père des législatives
00:53:49vous vous faites votre arrivée
00:53:50à l'Assemblée
00:53:51vous avez eu deux parcours
00:53:52un petit peu
00:53:52où l'une a arrêté
00:53:53de prendre la lumière
00:53:54et ça a été votre tour
00:53:55est-ce que ça a été dur
00:53:56aussi parfois peut-être
00:53:57de façon intime
00:53:58de ne pas être forcément
00:53:59dans le même moment politique
00:54:00ensemble ?
00:54:03Jamais
00:54:03jamais d'abord
00:54:04parce que moi je suis
00:54:06ultra fier d'elle
00:54:08voilà
00:54:08donc je
00:54:10et ça continue
00:54:12donc
00:54:13non
00:54:13on n'est pas du tout
00:54:14dans ce type
00:54:15de relation
00:54:17d'ailleurs je vais vous faire
00:54:18une confidence
00:54:20quand j'écris quelque chose
00:54:21quand j'ai une décision
00:54:23qui me paraît difficile
00:54:24à prendre
00:54:27la personne
00:54:28qui
00:54:28d'une certaine manière
00:54:30me rassure
00:54:32dont le jugement
00:54:33pour moi
00:54:34a le plus de valeur
00:54:35c'est le sien
00:54:35donc
00:54:37si elle me dit
00:54:37non
00:54:38pas possible
00:54:39oublie ça
00:54:39non c'est très mauvais
00:54:41je comprends
00:54:42que c'est très mauvais
00:54:42et puis si elle me dit
00:54:43vas-y
00:54:44c'est bien
00:54:46je suis en confiance
00:54:48j'avais croisé
00:54:48Natas Vahoe Belkacem
00:54:49ici dans nos studios
00:54:50pour les 10 ans
00:54:51du mariage pour tous
00:54:52et j'avais demandé
00:54:53si elle regrettait
00:54:53un petit peu
00:54:54le monde politique
00:54:54et elle m'avait dit
00:54:55pas du tout
00:54:56je trouve ça
00:54:56de plus en plus dur
00:54:57et je trouve Boris
00:54:57très courageux
00:54:58est-ce que vous diriez
00:55:00aussi que le couple
00:55:00c'est un soutien
00:55:02dans un monde politique
00:55:03qui est quand même
00:55:03souvent dur
00:55:05violent
00:55:06difficile
00:55:08sans aucun doute
00:55:11facilité par le fait
00:55:11qu'en fait
00:55:12on a eu la même vie
00:55:13à des moments différents
00:55:13voilà
00:55:14donc il y a une compréhension
00:55:16une grande compréhension
00:55:18de ce que
00:55:19de ce que l'autre
00:55:20vit
00:55:20ou a vécu
00:55:23mais ça reste
00:55:24une femme
00:55:25très engagée
00:55:26et très écoutée
00:55:28y compris par
00:55:29ceux qui aiment
00:55:31la détester
00:55:31et l'attaquer
00:55:32mais
00:55:32elle est au-dessus de ça
00:55:33j'ai le souvenir
00:55:34lors du mariage pour tous
00:55:35quand même
00:55:35de couverture de magazine
00:55:36parfois très difficile
00:55:38à son encontre
00:55:38c'était dur pour vous
00:55:39de l'avoir
00:55:40autant attaqué
00:55:41oui
00:55:43oui c'est évidemment
00:55:44dur
00:55:45d'ailleurs j'ai
00:55:45parfois le sentiment
00:55:46que
00:55:49pour moi
00:55:50ça a été plus dur
00:55:50de l'avoir attaqué
00:55:51que moi-même
00:55:52d'être attaqué
00:55:52parfois
00:55:53voilà
00:55:53bon il faut dire
00:55:54que je suis moins qu'elle
00:55:54pour l'instant
00:55:56mais oui
00:55:57c'est dur
00:55:58c'est injuste
00:56:00et puis après
00:56:01quand on voit
00:56:01qui attaque
00:56:03on trouve du sens
00:56:07d'une certaine manière
00:56:08à ce qu'elle soit
00:56:09la figure attaquée
00:56:09voilà
00:56:11quand on est attaqué
00:56:12par l'extrême droite
00:56:16et bien
00:56:16on t'acte
00:56:17c'est presque un honneur
00:56:17vous diriez
00:56:18je ne sais pas si c'est un honneur
00:56:19mais ça veut dire
00:56:21qu'en tout cas
00:56:21on sait
00:56:22où est
00:56:23celle
00:56:24qui défend la république
00:56:26on voulait finir
00:56:27avec une tradition
00:56:28qu'on aimerait bien lancer
00:56:29dans cette émission
00:56:30c'est une sorte de questionnaire
00:56:31de Proust
00:56:31peut-être de façon
00:56:32un peu plus légère
00:56:33je suis très très nul
00:56:35en trucs spontanés
00:56:36mais on va y arriver
00:56:38vous inquiétez pas
00:56:38je sais que vous aimez bien cuisiner
00:56:40dites-moi si je dis des bêtises
00:56:41je ne dis pas de bêtises
00:56:42pas exactement là
00:56:44dans votre cuisine
00:56:45vous aimez bien cuisiner
00:56:46j'adore cuisiner
00:56:46vous aimez bien sortir
00:56:47les casseroles
00:56:48tout ça
00:56:48tout va bien
00:56:49je sais que vous aimez bien
00:56:50la cuisine du sud-ouest aussi
00:56:51si je ne dis pas de bêtises
00:56:52voilà toujours les Landes
00:56:53c'est quoi votre spécialité
00:56:54le dimanche midi
00:56:55avec vos enfants
00:56:55votre épouse
00:56:57si je viens chez vous
00:56:57par hasard
00:56:58qu'est-ce que je vais trouver
00:56:59sur la table
00:57:00dimanche midi
00:57:01c'est pas le bonjour
00:57:02c'est pas le bonjour
00:57:03très bien
00:57:03bon disons un autre jour
00:57:05disons le samedi midi
00:57:06allez
00:57:06non en fait je vais vous dire
00:57:07je cuisine à peu près tout
00:57:08mais franchement
00:57:09une bonne volaille des Landes
00:57:11poulet du dimanche
00:57:12avec de la crème fraîche
00:57:13on n'est pas dans la Bresse
00:57:15on est dans les Landes
00:57:16donc non
00:57:17poulet du dimanche
00:57:18éventuellement une petite cuillerée
00:57:20de graisse de canard
00:57:21pour les pommes de terre rissolées
00:57:23mais poulet élevé en liberté
00:57:25alors le poulet élevé en liberté
00:57:27avec des pommes rissolées
00:57:28graisse de canard
00:57:29avec qui vous aimeriez bien
00:57:30le manger
00:57:31c'est quoi
00:57:32c'est qui la personnalité historique
00:57:33où vous vous dites
00:57:34ah bah tiens
00:57:34si j'avais eu de la chance
00:57:35j'aurais bien aimé cuisiner pour elle
00:57:37et qu'on a un repas ensemble
00:57:38pour apprendre à se connaître
00:57:39et discuter
00:57:42interdiction de me dire
00:57:43Churchill ou De Gaulle
00:57:44ouais
00:57:45alors ouais
00:57:46non mais il y a des gens
00:57:48il y a des gens
00:57:48pour lesquels j'ai grande admiration
00:57:49mais je ne sais pas
00:57:50si c'était des
00:57:51si ils étaient très épicuriens
00:57:54évidemment j'ai une grande admiration
00:57:55pour Blum
00:57:55mais je crois qu'il ne buvait pas
00:57:56beaucoup de vin
00:57:57bon
00:57:57il faisait très attention à sa ligne
00:57:58Léon Blum
00:57:59attention à sa ligne
00:58:00donc est-ce que c'était le bon convive
00:58:01pour l'inviter
00:58:02pour l'inviter à déjeuner
00:58:04non mais dans
00:58:05je
00:58:05je ne saurais pas
00:58:08qui vous dirait
00:58:09en fait tout le monde
00:58:10est bienvenu à ma table
00:58:11en fait je trouve
00:58:11que le principe de la table
00:58:12c'est que
00:58:13parfois on n'a pas besoin
00:58:14de lancer une invitation
00:58:14il y a des copains
00:58:15qui disent
00:58:15je peux passer
00:58:17moi j'ai des très bons copains
00:58:18qui m'invitent à manger
00:58:20et qui terminent en général
00:58:21en disant
00:58:22je t'invite à manger
00:58:23mais on mange chez toi
00:58:23parce qu'on mange mieux
00:58:25donc c'est plutôt sympa
00:58:26j'aime bien cette idée
00:58:27d'inviter quelqu'un
00:58:28et d'aller chez lui après
00:58:29très bien
00:58:30j'aime bien cette idée
00:58:32est-ce qu'il y a une personnalité
00:58:33aujourd'hui
00:58:33que vous admirez
00:58:34vraiment beaucoup
00:58:35vous dites
00:58:36tiens cette personne là
00:58:36j'aimerais vraiment
00:58:37beaucoup la croiser
00:58:38ça peut être évidemment
00:58:39hors de la France
00:58:39non mais alors
00:58:41politiquement
00:58:42celui que je trouve
00:58:43remarquable
00:58:45exemplaire
00:58:45et qui fait figure de modèle
00:58:46c'est quand même
00:58:47Pedro Sanchez
00:58:47la constance
00:58:48la droiture
00:58:49le courage
00:58:51la clairvoyance
00:58:53un type assez
00:58:54un type assez épatant
00:58:56donc le premier ministre espagnol
00:58:57le premier ministre espagnol
00:59:00après
00:59:01après je dois dire
00:59:02que je
00:59:05les gens que j'aimerais bien rencontrer
00:59:06ils sont morts
00:59:08j'aurais bien aimé
00:59:09croiser le chemin
00:59:10de Garibaldi
00:59:11vous voyez
00:59:11mais enfin ça c'était
00:59:12mort mort
00:59:13il est mort mort
00:59:14il est mort mort
00:59:16peut-être deux questions
00:59:17très légères
00:59:18est-ce que vous avez
00:59:18une comédie préférée
00:59:20Boris Vallaud
00:59:21une comédie
00:59:22une comédie
00:59:23voilà un film
00:59:24qu'on peut regarder
00:59:24sur TF1
00:59:25France 2
00:59:25France 3
00:59:26avec ses enfants
00:59:26j'aime beaucoup
00:59:28par nostalgie
00:59:29et je dis à mes enfants
00:59:31qu'il faut absolument
00:59:31qu'ils le regardent
00:59:32c'est le Péril jeune
00:59:34le film qui a fait connaître
00:59:35Romain Duris
00:59:36exactement
00:59:38et je ne me lasse pas
00:59:40de le regarder
00:59:42vous aimez bien
00:59:43Cédric Clapiche
00:59:44l'auberge espagnol
00:59:45tout ça
00:59:46voilà
00:59:47et c'est drôle
00:59:48bienveillant
00:59:50profondément humain
00:59:51toujours bien vu
00:59:54avec des personnages
00:59:55pour de la densité
00:59:56j'aime beaucoup
00:59:56alors bon
00:59:57vous attendez peut-être
00:59:58un truc
00:59:59ils l'ont vu
01:00:00le Péril jeune
01:00:00vos enfants ?
01:00:02oui
01:00:02et ils ont trouvé
01:00:03que ça avait bien vieilli
01:00:04ou pas ?
01:00:04ils trouvent que ça n'a pas
01:00:06tout à fait bien vieilli
01:00:07très bien
01:00:08c'est dit
01:00:08et une dernière question
01:00:10est-ce que vous avez
01:00:10une chanson préférée
01:00:11au karaoké
01:00:11ou quelque chose
01:00:12que vous avez bien chanté
01:00:12dans votre voiture
01:00:13ou dans le train ?
01:00:14je ne chante rien du tout
01:00:14parce que vraiment
01:00:15c'est un cauchemar
01:00:17y compris pour moi
01:00:19mais j'écoute en boucle
01:00:22le dernier album
01:00:23de Fusha Terton
01:00:23d'accord
01:00:24en ce moment
01:00:25dans ma voiture
01:00:26et puis comme
01:00:27maintenant
01:00:28j'ai 50 ans
01:00:29donc je commence vraiment
01:00:30à être un vieux schnock
01:00:32quand je prends la voiture
01:00:33avec mes enfants
01:00:33je leur fais écouter
01:00:34des trucs
01:00:34que j'écoutais
01:00:35dans les années 90
01:00:36je leur dis
01:00:37le truc de vieux con
01:00:38et ça c'était de la musique
01:00:39voilà
01:00:40il n'y a pas Céline Dion
01:00:41dans votre voiture
01:00:41comme tout le monde
01:00:42s'est battu
01:00:42pour avoir des places
01:00:43de concert récemment
01:00:44il y a Céline Dion
01:00:45quand il y a mon épouse
01:00:46d'accord
01:00:47et vous avez eu des places
01:00:48pour le concert
01:00:48ou pas du coup ?
01:00:49non non
01:00:49ça a été totalement marchandisé
01:00:50ah oui
01:00:51alors c'était très très marchandisé
01:00:52oui ça c'est certain
01:00:53vous voyez pourquoi
01:00:54j'aurais des alliés
01:00:55parmi tous ceux
01:00:56qui n'ont pas eu de place
01:00:57pour Céline Dion
01:01:02qui l'eut cru
01:01:03merci beaucoup
01:01:04Boris Vallaud
01:01:04d'être venu jusqu'à nous
01:01:06d'avoir pris le temps
01:01:06de discuter avec nous
01:01:07et on se retrouve très bientôt
01:01:09sur notre chaîne YouTube
01:01:10ciao
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