00:00Comment faire pour incarner la continuité et susciter du désir, quand le courant que l'on représente est devenu le point focal du mécontentement ?
00:19C'est le défi quasi impossible de renaissance.
00:22Face aux promesses de rupture des blocs concurrents, armés de promesses sociales fortes,
00:27il ne reste plus que la carte de la stabilité, moi, ou le chaos.
00:31C'est une carte qui peine à convaincre lorsque la politique raisonnable que l'on incarne est associée à l'une des plus fortes poussées de l'endettement depuis l'après-guerre,
00:41mais qui dispose de quelques arguments dans le contexte de très fortes incertitudes géopolitiques financières qui caractérisent l'économie mondiale depuis 2020,
00:50et quand les agences de notation sont aux aguets, et quand la Commission européenne tire la sonnette d'alarme.
00:56C'est donc la carte jouée par le parti présidentiel.
01:00Le programme Renaissance, c'est d'abord un statu quo implicite, lourd de conséquences,
01:05celui du maintien des réformes déjà actées, fiscalité, retraite, loi du travail, chômage, formation, etc.
01:11C'est la spécificité principale d'une plateforme dont la première singularité est de ne pas détricoter l'acquis libéral macronien.
01:21De l'aisance financière des entreprises, de la limitation des risques qui pèsent sur le capital, dépend tout le reste, l'emploi, les salaires, l'investissement, l'attractivité.
01:31Une politique de l'offre étant à infusion lente, elle a besoin de constance.
01:36La seule concession faite à la pression de l'opinion, c'est l'abandon de la thématique de l'accélération des réformes.
01:44Il s'agit maintenant de gérer l'acquis sans pousser plus loin le bouchon.
01:48Pause sur la politique de l'offre donc.
01:51Il faut bien sûr un peu de changement dans la continuité.
01:54Le parti présidentiel ne peut ignorer le premier rang que tient la problématique du pouvoir d'achat dans l'opinion.
02:01Les mesures de soutien aux dépenses des classes moyennes et populaires sont bien en devanture du programme.
02:07Mais avec un coût direct ou indirect limité pour les finances publiques.
02:12Avec 1. L'extension de la prime de partage de la valeur, dite Macron, exonérée de charges fiscales et sociales pour les salariés gagnant jusqu'à 3 fois le SMIC.
02:22Avec un plafond porté à 10 000 euros par an et une possibilité de mensualisation.
02:282. La baisse de 10 à 15% à partir de février 2025 des tarifs réglementés de l'électricité pour les entreprises et les particuliers.
02:383. Le transfert de certaines cotisations sociales des salariés vers l'ATVA pour augmenter les salaires nets.
02:454. L'exonération des frais de notaire pour les primo-accédants jusqu'à 250 000 euros d'acquisition.
02:535. La création d'un fonds de rénovation énergétique pour les classes moyennes et populaires avec un objectif de rénovation de 300 000 logements d'ici 2027.
03:04Et enfin, l'extension de la complémentaire santé solidaire à 1 euro par jour aux retraités, étudiants, indépendants et demandeurs d'emploi sans mutuel.
03:15Le programme ne peut ignorer non plus l'urgence écologique.
03:18C'est même là que figure l'objectif le plus ambitieux de ce programme.
03:23Si ambitieux d'ailleurs qu'il peut être suspecté d'irréaliste.
03:2720% de réduction des émissions de gaz à effet de serre à horizon 2027. C'est héroïque.
03:34D'autant que le programme s'en remet exclusivement à l'investissement dans le nucléaire et les énergies renouvelables pour atteindre ses fins.
03:42Autant dire des processus de longue haleine, ne commettant pas l'imprudence de jouer les taxes.
03:48L'ambition risque de surcroît d'être contrariée par le reflux des prix de l'énergie.
03:54Mais c'est sur la peur que peuvent susciter le RN et le Nouveau Front populaire en matière de crédibilité budgétaire que Renaissance entend surtout capitaliser.
04:05Il ne lui en faut pas beaucoup pour cela.
04:071. La confirmation d'un moratoire sur les hausses d'impôts.
04:112. 10 milliards d'économies budgétaires supplémentaires, en plus de celles déjà actées.
04:17Même flou que les autres sur le chiffrage, même absence de bouclage véritable, mais partant de promesses bien moins coûteuses et surdimensionnées que les coalitions concurrentes.
04:28Cela suffit à créer, par contraste, un sentiment de sérieux.
04:33Le programme de Renaissance, c'est au fond du en même temps homéopathique.
04:38Un peu de pouvoir d'achat, un peu de consolidation budgétaire, plus postulé qu'avéré.
04:44Et un volontarisme écologique qui n'engage rien d'autre que ce qui est déjà acté.
04:50Cela s'appelle de la prudence.
04:52Et à défaut de rêve, c'est le fond de commerce sur lequel le parti présidentiel espère déclencher un vote.
04:58Un vote de résignation à défaut d'être un vote d'adhésion.
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