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  • il y a 3 jours
Lundi 4 mai 2026, retrouvez Charles Salvaudon (Professeur, Écrivain, Chercheur) et Emmanuel Durand (Président du Directoire, EuraTechnologies) dans SMART TECH, une émission présentée par Delphine Sabattier.

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Transcription
00:08Bonjour à tous, on va parler montée en puissance de nouveaux pôles technologiques en Europe,
00:14des enjeux de souveraineté et de compétitivité face aux Etats-Unis, à la Chine.
00:19On va s'intéresser aux nouvelles approches aussi d'accompagnement des start-up pour créer, on l'espère, des champions
00:24européens.
00:26Ce sera tout ça le programme de la grande interview avec Emmanuel Durand de Eura Technologies,
00:32un campus de start-up basé à Lille, notamment dans les Hauts-de-France.
00:36Voilà pour notre sujet à la une.
00:39Mais on commence avec un livre, comment comprendre le monde pour mieux décider.
00:44On parle donc géopolitique dans l'entreprise, c'est tout de suite l'interview.
00:53Charles Salvaudon est mon invité, bonjour Charles.
00:56Docteur en sciences politiques, expert en géopolitique auprès du Centre européen de droit et d'économie de l'ESSEC Business
01:04School.
01:05Vous êtes également professeur à l'Albert School, d'ailleurs qu'on avait présenté à son lancement.
01:11Vous enseignez la géopolitique, évidemment.
01:14Vous coordonnez aussi un réseau d'enseignants sur les différents campus européens de l'école Albert School Mine Paris.
01:20Et donc vous êtes l'auteur de « Comment comprendre le monde pour mieux décider » paru chez l'Armatan.
01:27Vous défendez l'émergence d'une nouvelle école de pensée géopolitique pour le XXIe siècle.
01:32Est-ce que vous pouvez nous en dire plus là-dessus déjà Charles ?
01:35Oui, on a vécu le XXe siècle avec une école de pensée qui était dessinée verticalement.
01:43C'était l'école de pensée de Yves Lacoste.
01:47Le monde a changé.
01:49Alors verticale, quelle était cette verticale ?
01:51La verticalité, c'est les États, la rivalité, les conflits, les crises, les frontières.
01:58Aujourd'hui, toute cette grille de lecture, finalement, a vol en éclat.
02:03Le XXIe siècle est une géopolitique transversale,
02:08qui est davantage concentrée autour des grandes thématiques comme la transition énergétique,
02:15les flux migratoires, les nouvelles technologies et le changement climatique.
02:19Et cette transversalité ne pourra plus être réglée par des États tout seuls dans leurs coins.
02:25Il va falloir que tout le monde se mette autour de la table pour trouver des solutions durables,
02:31afin que l'on puisse vivre un petit peu plus sur cette petite planète.
02:36Alors, vous démarrez votre ouvrage en nous disant
02:39« Le monde frappe à la porte des entreprises ».
02:44Oui.
02:45Vraiment ?
02:47De plus en plus, tout à fait.
02:49Et les entreprises, la géopolitique, finalement, n'est pas réservée aux États et aux chancelleries.
02:55La géopolitique, aujourd'hui, frappe effectivement à la porte de toutes les entreprises, petites et grandes.
03:02Et les dirigeants de ces entreprises doivent absolument intégrer la géopolitique dans leur stratégie.
03:07Mais c'est nouveau, ça ?
03:09C'est nouveau.
03:10Cette irruption de la géopolitique dans l'entreprise pour le décideur ?
03:13Avant, on n'appelait pas ça les risques géopolitiques, on appelait ça les risques tout courts.
03:17Donc il y a une sémantique qui s'est un petit peu rajoutée à la notion de risque.
03:22Mais encore une fois, les temps changent, les temps s'accélèrent.
03:28Le monde, finalement, se rétrécit et est davantage globalisé, mondialisé.
03:33Les interdépendances des différents États entraînent également des interdépendances au niveau des entreprises, des économies.
03:41Et donc, effectivement, la géopolitique frappe de plus en plus à la porte des entreprises.
03:46Et les entreprises, les dirigeants, mais également les conseils d'administration doivent intégrer rapidement désormais,
03:54parce que c'est crucial pour leur pérennité, la notion de géopolitique à l'intérieur de leur stratégie.
04:00Mais vous dites que c'est un outil de pilotage, aujourd'hui, cette géopolitique.
04:05En tout cas, quand on la comprend et qu'on la maîtrise, qu'on s'y intéresse.
04:08Ça a toujours été le cas, quand même.
04:10Vous dites, avant, on appelait ça les risques, mais on prenait en considération le contexte international.
04:15C'est exact, c'est juste, sauf que la notion de géopolitique, encore une fois,
04:22du fait des interdépendances de plus en plus grandes des économies,
04:30incite davantage les entreprises à prendre en considération,
04:34non plus finalement à éteindre les feux, mais à anticiper les crises.
04:39Et ces crises, comme on le voit aujourd'hui, les exemples sont légions,
04:44comme le détroit d'Hormuz, par exemple, avec tout ce qui est pétrole, gaz,
04:51incitent, imposent aux entreprises, finalement, de dessiner des scénarios
04:56pour ne pas se retrouver confrontés à ce type de crise.
05:00Donc on est plus dans, comment je réagis par rapport à une situation ?
05:04On est dans l'anticipation.
05:05Vous dites, il faut en fait décider dans l'incertitude mondiale.
05:09Tout à fait. Aujourd'hui, une bonne géopolitique dans l'entreprise,
05:13ce n'est pas, comme je l'ai lu à de nombreuses reprises,
05:18juste nommer un chief geopolitical officer dans une tour d'argent à la défense.
05:25Ça, bon, il faut un chef d'orchestre, c'est clair.
05:29Comme le fut, il y a une trentaine d'années, l'audit interne.
05:32Aujourd'hui, on s'aperçoit que dans toutes les sociétés, il y a un comité d'audit.
05:36On peut imaginer que demain, il y aura un comité de géopolitique.
05:40Mais ce qui est très, très important, au-delà du maestro et du chef d'orchestre
05:45qui va diffuser la philosophie de la géopolitique au sein de l'entreprise,
05:50il va falloir s'attaquer davantage à la formation des opérationnels.
05:55Et je parle de géopolitique opérationnelle,
05:58c'est-à-dire les gens qui sont en première ligne sur le terrain
06:02et qui vont devoir davantage être sensibilisés à cette géopolitique,
06:07à savoir les risques géopolitiques, que ce soit dans les ressources humaines,
06:11la finance, tout ce qui est chaînes d'approvisionnement,
06:17aussi cybersécurité.
06:19Et puis également, tous les critères finalement qui mesurent les matières premières,
06:26en fait finalement, les opérations.
06:28Et en fait, ces gens-là, qui seront davantage aguerris à la géopolitique opérationnelle,
06:34permettront à l'entreprise d'identifier rapidement les signaux faibles,
06:39ce qu'on appelle les signaux faibles,
06:40pour anticiper les crises et non plus les subir.
06:43Et en fait, c'est ça le cœur du sujet.
06:46Vous donnez vraiment une méthode, dans le vrai,
06:49une méthode de géopolitique appliquée à l'entreprise
06:52pour que ce soit le plus opérationnel possible.
06:54Et il y a plusieurs études de cas aussi,
06:57pour qu'on puisse un peu s'entraîner.
07:00Il y en a une en particulier que vous avez envie de nous présenter là ?
07:04On peut parler effectivement de celle liée à la guerre en Ukraine,
07:10puisque ça nous a énormément impactés au niveau du prix du gaz
07:18qui est indexé sur le prix de l'électricité.
07:22Et donc, on a vu nos factures grimper exponentiellement.
07:27Donc, effectivement, je donne un certain nombre d'exemples
07:30qui sont liés à un certain nombre de crises.
07:33Alors, ce sont des exemples qui répondent à une crise du moment présent.
07:37Mais on peut appliquer ces exemples dans le temps et dans le futur.
07:41L'idée, ce n'est pas forcément de faire du copier-coller avec les crises.
07:46C'est d'avoir une sorte de cadre, d'avoir une sorte de recette, finalement,
07:51pour pouvoir justement définir des scénarios d'anticipation.
07:57Parce que le cœur du sujet, c'est encore une fois,
08:01une bonne géopolitique appliquée dans l'entreprise doit permettre d'anticiper les crises
08:06et non plus d'éteindre les feux.
08:08Et vous faites même une liste des risques émergents par région.
08:14Vous n'avez pas peur ?
08:15Ça effraie un peu les dirigeants, tous ces nouveaux risques à prendre en compte ?
08:20Encore une fois, les dirigeants n'ont pas le temps de se transformer en experts de la géopolitique.
08:29En géostratège.
08:30Voilà, ils ont déjà un agenda relativement chargé.
08:34Par contre, à l'intérieur de leur comex, il faudrait, il serait souhaitable,
08:42qu'ils aient des gens, justement, aguerris à la géopolitique.
08:46Alors, quand on parle de gens aguerris, il faut des gens hybrides, finalement.
08:51Il faut des gens qui aient à la fois ce qu'on appelle la big picture,
08:56c'est-à-dire la vision macroéconomique de la géopolitique,
08:59mais également la vision microéconomique.
09:02et arriver, en fait, à transcrire...
09:05Attention, à ce moment-là, il va peut-être falloir penser à renégocier nos contrats, par exemple.
09:09Ça va avoir beaucoup d'incidences et de conséquences.
09:12Mais déjà, la difficulté est de trouver les bonnes personnes
09:17à recruter dans l'entreprise ce type de rôle,
09:21parce que ce n'est pas aussi simple de trouver des gens qui ont cette hybricité, en fait.
09:27Ou alors, écoutez, Charles, on peut faire de la formation en interne,
09:31professionnelle, et on confie votre livre aux personnes qu'on souhaite faire monter sur ces sujets, par exemple.
09:37Avec plaisir.
09:38Merci beaucoup, Charles Salvaudon.
09:40Je rappelle que vous êtes à l'origine de cet ouvrage « Comment comprendre le monde pour mieux décider »
09:45politique pour l'entreprise, paru chez l'Armatan.
09:48Allez, on poursuit avec notre grand entretien.
09:55Emmanuel Durand est mon invité dans la grande interview de Smartech aujourd'hui.
09:59Bonjour, Emmanuel.
10:00Bonjour, Delphine.
10:00Vous êtes le nouveau président du directoire d'Eura Technologies,
10:03qui regroupe plusieurs campus de start-up dans les Hauts-de-France.
10:07Combien d'entreprises, de start-up, finalement, sont présentes dans votre écosystème ?
10:12Alors, à un tenté, c'est plusieurs centaines.
10:17Et on aime bien mettre en avant la quantité des entreprises qu'on accompagne.
10:21Mais je trouve que c'est un peu, comment dire, un critère qui n'est pas nécessairement adapté.
10:27Pourquoi ?
10:27Parce que moi, je m'intéresse plus à la qualité de ce qui sort et la quantité de ce qui
10:31rentre.
10:32Très bien, je vous suis.
10:33Donc, on va parler de ça aujourd'hui.
10:36Mais l'objectif d'un incubateur, c'est réellement de faire émerger des champions.
10:41Et il y a une logique de sélectivité.
10:44Donc, c'est un peu comme des bébés tortues.
10:45Vous en prenez beaucoup.
10:47Et puis, au fur et à mesure, il y en aura peut-être un, deux, trois qui en sortiront,
10:50qui seront capables d'accomplir la mission pour laquelle nous, on existe,
10:56c'est-à-dire de soutenir l'emploi.
10:57Et donc, on sait, un champion peut avoir plus d'impact qu'une centaine d'auto-entrepreneurs.
11:04Et ce sont uniquement des start-up de la région des Hauts-de-France que vous accueillez ?
11:10Ou pas forcément ?
11:11Pas nécessairement.
11:13L'enjeu, effectivement, est de soutenir l'emploi dans la région.
11:16Oui.
11:18Mais on est prêt à accueillir des gens de partout.
11:20D'ailleurs, moi-même, je ne suis pas des Hauts-de-France.
11:23Je suis une pièce rapportée.
11:24Je viens de la capitale.
11:26Et c'était ça qui m'intéressait, d'ailleurs.
11:27C'était de pouvoir répondre à la question.
11:31Est-ce que dans l'entrepreneuriat, dans l'innovation, est-ce qu'il y a une vie après le périph
11:34?
11:35Est-ce qu'on peut avoir une vitalité dans un cluster ?
11:39Est-ce qu'on peut exister, en fait, par rapport aux grandes capitales ?
11:42Et alors, vous avez employé le terme d'incubateur.
11:45Est-ce qu'Eura Technologie, c'est un incubateur ?
11:47Est-ce que c'est, je parlais d'un regroupement de campus, un hub ?
11:50Qu'est-ce que vous mettez derrière Eura Technologie, vous ?
11:54Initialement, la vision de son fondateur, c'était d'accueillir des porteurs de projets,
11:59de les incuber, de les actionner, d'accélérer ceux qui réussissaient,
12:03et d'en faire devenir ensuite des résidents temporaires, d'accord ?
12:07Dans nos différents sites, puisqu'on a une partie immobilière importante.
12:12On a, je crois, 40 000 m² à peu près.
12:14Donc, c'est vraiment... Oui, c'est un site d'importance.
12:17Là encore, l'enjeu n'est pas tant de les faire rester chez nous que de les faire émerger.
12:22Et donc, le rôle d'Eura Tech, c'est bien d'incuber.
12:27Mais pour ça, il faut qu'on crée un écosystème.
12:30Et donc, la fonction d'un pôle d'attractivité ou d'excellence,
12:37on peut l'appeler comme on veut, en fait, comme Eura Technologie,
12:40ça va être de créer cette mayonnaise qui va faire qu'à un moment donné,
12:43vous allez avoir un cluster d'où vont sortir, en fait, des champions.
12:48Donc, ça va être de connecter des pôles académiques.
12:52Il y a dans le Nord beaucoup, beaucoup de grandes écoles de qualité.
12:56Des pôles de recherche.
12:58On a le CEA, l'INRIA, près de chez nous, par exemple.
13:00Un écosystème, enfin, une infrastructure industrielle qui est très, très forte également.
13:04Et aussi, un positionnement géographique
13:07qui vous met naturellement, en fait, à la porte de l'Europe du Nord.
13:10Absolument.
13:10Donc, vous voyez, c'est...
13:12J'ai pas envie de vous dire, c'est où, c'est et.
13:15C'est à la fois un incubateur et un écosystème.
13:17Ça vous gêne si on parle d'une comparaison avec Station F ?
13:21Je pense qu'on n'est pas sur les mêmes promesses.
13:24C'est un peu le symbole, justement, des campus de start-up au cœur de Paris.
13:28Bien sûr.
13:30Encore une fois, c'est pas où, c'est et.
13:32Quand on travaille dans l'entrepreneuriat et l'innovation, on ne peut pas raisonner en jeu à somme nulle.
13:38C'est-à-dire qu'en fait, si quelqu'un est chez Station F, il n'est pas chez moi,
13:40c'est horrible.
13:41Non, non.
13:41Moi, je me...
13:42Enfin, je suis un citoyen français.
13:45Je me félicite dès lors qu'il y a un écosystème vivace et qui fait sortir, encore une fois, des
13:50champions.
13:52Station F est un endroit idéal pour porter des projets et bénéficier de tout l'écosystème parisien.
14:00D'accord ?
14:00Parce que c'est un pôle d'attraction, en fait, pour tout l'écosystème parisien.
14:04Je pense qu'ils sont sans concurrence dès lors que vous avez une vision nationale.
14:11Parce qu'en plus, la France est très centralisée depuis Paris.
14:14Oui.
14:15L'île, en revanche, nous sommes au barycentre du triangle Londres, Paris, Amsterdam ou Berlin, en plus sur des grands
14:24axes, etc.
14:25Donc, à partir du moment où vous avez une vision internationale, tout à coup, cet écosystème parisien, il est peut
14:30-être moins pertinent.
14:33Et on le voit d'ailleurs, il y a des clusters d'où sortent un nombre de licornes assez important.
14:40Je pense à Gant, en Belgique, ou Stockholm, ou même Tel Aviv.
14:45Ou Luxembourg aussi.
14:46Ou Luxembourg.
14:47Ce qui caractérise ces clusters, c'est qu'ils ont des marchés intérieurs quasiment inexistants.
14:50Donc, ils sont obligés de voir international immédiatement.
14:54Eh bien, l'ambition que nous avons avec Eurotech, c'est de créer un portail vers l'Europe.
14:59Et parce qu'on sait qu'on a des atouts qui sont réellement différents.
15:06Ça, vous dites l'ambition.
15:07Votre ambition, depuis votre arrivée, c'est celle-ci ?
15:10C'est l'accompagnement sur l'international ?
15:12Oui, je dis nous, parce qu'on ne fait rien tout seul.
15:15De toute façon, l'enjeu, c'est effectivement de catalyser des envies et des énergies.
15:20Donc, ce n'est jamais quelque chose que vous allez faire seul.
15:23Mais c'est effectivement une vision que j'ai portée dans le cadre de ma candidature à ce poste.
15:29Et qui a été vraiment retenue et entendue par les différentes parties prenantes.
15:35D'accord.
15:36Parce que ça a été très chahuté, quand même, la gouvernance d'Eurotech sur ces dernières années.
15:41Comment vous expliquez ça ?
15:43Il y a eu une difficulté en particulier ?
15:45Oui, il y a des causes exogènes.
15:47Comme je vous l'ai dit, le modèle initial d'Eurotechnologie, c'est de prendre des porteurs de projets
15:51et de les accompagner jusqu'à ce qu'ils deviennent des résidents.
15:54Donc, la partie immobilière était un atout en termes de revenus d'Eurotechnologie pour financer son action.
16:01À partir du Covid, vous avez eu une crise du tertiaire.
16:04Et ce qui était un atout est devenu un boulet, avec tous ces mètres carrés dont je vous ai parlé.
16:11Et naturellement, ça a créé des tensions, des dissensions, sur lesquelles je n'ai pas de vocation à revenir nécessairement.
16:20Mais il y a un héritage sur lequel, effectivement, aujourd'hui, l'enjeu, c'est de réellement remettre le focus
16:26sur l'accompagnement.
16:27D'accord.
16:27Et les startups reviennent, justement ?
16:30Ces locaux, ils sont occupés ?
16:31Oui, absolument.
16:32Il y a une dynamique qui se crée, dont on le sent, qui est perceptible.
16:37J'ai eu la chance d'être extrêmement bien accueilli par la région.
16:41Je ne sais pas si vous connaissez les gens du Nord.
16:43Je connais très bien Lille, parce que je vais chaque année, depuis très longtemps, au forum sur la cybersécurité.
16:49Oui, nous avons aussi le cybercampus au sein de l'Eurotechnologie.
16:52Donc, on est effectivement partie prenante sur ça.
16:55En termes de culture, je trouve que les nordistes ont quelque chose de très particulier.
16:59Ils sont à la fois très fiers de leur partenance, en fait, et très inclusifs.
17:07Ce n'est pas un repli identitaire, comme vous pouvez le voir dans d'autres régions, que je ne citerai
17:13pas.
17:15Mais il y a quelque chose d'une fierté d'appartenance de leur histoire, vraiment de tout ce qu'ils
17:20ont, et qui est effectivement factuel.
17:23Et en même temps, ils vous incluent, ils vous accueillent, en fait, là-dedans.
17:25Et donc, j'ai eu, ça fait trois mois à peine que j'y suis, j'ai eu un accueil
17:31incroyablement chaleureux.
17:32Et donc, c'est génial d'arriver là-dedans, dans un environnement comme ça.
17:36Donc, je suis porté par ça.
17:37Il y a une importante dynamique sur la tech, à Lille et puis dans les Hauts-de-France.
17:43Oui, et en plus, il y a une dimension dans leur ADN qui est très entrepreneuriale.
17:48Oui.
17:48Tout le monde pense business, création d'entreprises, etc.
17:51Vous avez, évidemment, qui plane au-dessus, ou pas au-dessus, mais qui est partout, c'est l'AFM, l
17:59'association de la famille Mullier,
18:01donc avec son parcours entrepreneurial incroyable dans le retail, avec ses énormes enseignes qui ont été créées depuis la région.
18:07Et naturellement, ça pose un univers du possible.
18:13Ça veut dire, c'est possible, depuis ici, de créer des empires internationaux.
18:19Oui, ça c'est important.
18:20Avec une deuxième chose très importante, c'est dans le Nord, à l'époque des grands empires textiles, qu'est
18:28né le capitalisme social.
18:29Vous savez que les germes de la sécurité sociale sont nés dans le Nord par des initiatives privées,
18:36de patrons qui, naturellement, de manière un peu paternaliste, s'occupaient des bien-être de leurs employés.
18:42Et donc, il y a aussi une dimension sur laquelle moi, je capitalise énormément, c'est l'envie de contribuer.
18:49Tous les gens que je rencontre ont à cœur leur intérêt individuel, évidemment, comme nous tous, mais aussi l'envie
18:55de dire, comment je peux aider ?
18:57Comment je peux contribuer ? Et ça, c'est une caractéristique des écosystèmes qui fonctionnent.
19:01On parle beaucoup, en Californie, de ce « pay it forward », vous savez, de dire, d'abord je contribue
19:09au collectif,
19:10et ensuite, peut-être qu'il se passera quelque chose pour moi. Mais je ne me pose pas la question
19:13dans l'autre sens.
19:14Comment est-ce que vous contribuez ? Vous arrivez à mesurer votre contribution à l'économie de la région ?
19:20Oula ! Oui, en fait, il y a eu des études qui ont été faites.
19:25Euratechnologie, c'est 8000 emplois créés, par exemple, sur l'écosystème, sur le quartier.
19:29Parce que c'est une... Quand on prend le bâtiment, comment dire, le plus grand, le Blanc-Lafont, notre... Comment
19:39on appelle ça ?
19:40Siège ?
19:41Oui, oui, en quelque sorte.
19:42Je ne sais pas.
19:43Notre campus principal.
19:45Absolument.
19:47Il est né d'une friche industrielle, d'accord ?
19:50On me raconte qu'à l'époque, personne n'osait y aller tellement c'était devenu dangereux, etc.
19:54Et ils ont fait sortir de terre ce bâtiment qu'ils ont rénové, qui était une ancienne filature,
19:59mais également un ensemble de pôles économiques autour.
20:03Vous avez Capgemini, vous avez le village Balcea, vous avez la French Tech qui est là maintenant.
20:07Et donc, tout ça crée un grand quartier de la tech.
20:11Et tout cet enjeu, enfin, tout cet impact collectif, c'est effectivement plusieurs milliers d'emplois.
20:18Vous parlez d'une nouvelle façon d'accompagner les startups avec cette ambition de les faire grandir à l'international.
20:25Pourquoi pas en faire des champions, on aimerait bien, européens.
20:28En tout cas, dans le numérique, on en a besoin.
20:30Absolument.
20:30Même si on en a, on n'est pas toujours consulés, mais nous en avons.
20:34Quelle est la méthode, selon vous, aujourd'hui, vraiment, pour réussir à faire grandir ces champions de la tech ?
20:41Parce qu'ils sont bons, ils sont doués, ils ont les bonnes idées.
20:44Mais comment on fait pour que, véritablement, ça devienne des incontournables au niveau international ?
20:50Je peux vous donner la tension ou la petite difficulté qui peut exister quand on est, comme nous, porteur d
20:58'une mission de service public.
20:59D'accord ?
21:00Moi, mon enjeu, c'est de soutenir l'emploi dans la région.
21:04Oui.
21:04Et le moyen, c'est l'innovation et l'entrepreneuriat.
21:07D'accord ?
21:08Quand on dit soutenir l'emploi dans la région et qu'on l'entend de manière un peu rapide ou
21:12simpliste,
21:13on va se dire, je vais essayer de faire survivre tout le monde.
21:15Or, quand vous êtes dans un incubateur, un accélérateur, la logique économique qui s'applique, c'est celle du capital
21:21risque.
21:21C'est-à-dire une sélectivité très forte et tout le monde qui n'y arrive pas.
21:25Et c'est bien l'émergence d'un champion qui permettra, en fait, d'atteindre votre objectif.
21:31C'est-à-dire, en gros, 1 x 1000, c'est mieux que 100 x 3.
21:37J'y crois bien, hein ?
21:38Sans doute.
21:39Sans doute.
21:39Voilà.
21:40Donc, en fait, comment faire émerger des champions ?
21:43C'est que, souvent, en fait, au niveau politique, on aime bien ce qui est petit et ce qui est
21:48mignon.
21:49Il faut être capable d'accompagner nos entrepreneurs.
21:52Là, vous revenez presque sur le principe de la Startup Nation.
21:56Où on a, comme ça, toujours incité tout le monde à monter sa boîte, à soutenir toutes ces petites startups.
22:03N'importe qui peut devenir entrepreneur, mais tout le monde ne peut pas l'être.
22:07Vous voyez la différence ?
22:08Absolument.
22:09Ah, bien sûr.
22:09On va avoir l'intention, mais pour faire, c'est totalement différent.
22:12Exactement.
22:12Il faut un profil particulier.
22:14Il faut déglamouriser, en fait, ça, parce que ce sont des années et des années où vous avez zéro statut
22:22social, zéro revenu.
22:23Enfin, c'est dur et ça demande de l'énergie, du courage, de la détermination et une espèce de confiance
22:32en soi, malgré tout ce que vous dit le monde face à vous.
22:35Et donc, tout le monde n'est pas du tout taillé pour faire ça.
22:38Et donc, c'est cette sélectivité-là, en fait, qu'on doit opérer, nous, identifier les bons profils et leur
22:44permettre de grandir.
22:44Oui, mais j'entends quand même, c'est plus intéressant de miser sur quelques entités sur lesquelles on va vraiment
22:52mettre le paquet, plutôt que sur plein de petites startups.
22:57Non, c'est malheureusement pas si simple, parce que ça voudrait dire qu'on détient une connaissance a priori.
23:07Je vous enlève sur la question du saupoudrage, parce qu'on a beaucoup critiqué cette politique, un saupoudrage aussi des
23:13aides de l'État.
23:14Mais si on savait, quand on reçoit les 200 porteurs de projets, lesquels vont réussir, ce serait génial.
23:21Mais on ne le sait pas.
23:22Alors, expliquez-moi comment, dans votre processus d'accompagnement, finalement, vous arrivez petit à petit, c'est ça que je
23:27comprends, à repérer, sélectionner ceux qui vont finir champions ?
23:31Eh bien, tout simplement parce que, quand vous accueillez un porteur de projet, vous avez quelqu'un qui a une
23:38idée, souvent, il n'a même pas encore créé son entreprise.
23:40Donc ça, c'est ce qu'on appelle le bootcamp.
23:42Et donc là, l'idée, c'est de les aider à y voir plus clair sur l'entreprise et sur
23:48leur projet.
23:49Mais à ce moment-là aussi, pour nous, commence une phase d'évaluation, en fait, de qui on a en
23:54face.
23:55Et on le sait, à ce stade-là, le projet est moins important que le profil.
24:01Vraiment, en fait, c'est souvent, en fait, quand on parle à quelqu'un qui a réussi et qui vous
24:06reparle de cette période-là...
24:07Bien sûr, vous n'êtes pas le seul à dire ça, effectivement, chez les investisseurs.
24:10Oui, le projet qu'il a à cette époque-là...
24:11Le profil très important.
24:12...n'a rien à voir, surtout, le projet n'a rien à voir avec ce qui l'a fait grandir
24:16après.
24:16Et souvent, ils vont pivoter, comme on dit, deux ou trois fois avant de trouver le fameux product market fit,
24:22c'est-à-dire l'alignement entre l'offre qu'ils veulent porter et la demande et le besoin, en
24:28fait, du marché en face.
24:29Donc, il y a une phase itérative pendant laquelle on va tester des choses,
24:34à la fois sur, effectivement, le produit ou le service qu'ils développent,
24:37et également la personnalité et le tempérament, on va dire, des gens qui le portent, et l'équipe, etc.
24:43Et donc, tout ça, en fait, il n'y a pas de déterminisme à ce moment-là.
24:47On peut échouer comme réussir, et nous, à ce moment-là, on aide.
24:50C'est ce fameux saupoudrage, mais on y est obligé.
24:55Et, en plus, on a envie qu'ils réussissent.
24:58Il y a une espèce de syndrome de Stockholm.
24:59...les étapes d'après, c'est ça qui m'intéresse.
25:01Comment vous imaginez inventer un nouveau type d'accompagnement
25:06qui ferait vraiment percer des entreprises, demain ?
25:09Eh bien, c'est une super question, parce qu'on l'a annoncé le 9 avril dernier.
25:13D'accord.
25:14C'est un programme d'accélération qui s'appelle The Square,
25:17et qui a comme ambition d'identifier et de faire grandir des futurs champions.
25:23D'accord ?
25:24Avec, une fois encore, un focus...
25:26Donnez-moi la recette.
25:27Alors, oui, s'il y avait une recette, on va, en tout cas, mettre les ingrédients.
25:32L'idée, c'est, un, de créer un programme qui soit très attractif,
25:36de manière à attirer des gens de talent.
25:38D'accord ?
25:41Ensuite, zéro focus de vertical, on est capable d'accueillir des gens dans tous les domaines.
25:46D'accord.
25:47Avec un seul prérequis, c'est, on veut avoir en face de nous quelqu'un qui porte une ambition suffisamment
25:53forte
25:53pour devenir un champion dans son secteur.
25:55D'accord ?
25:56Donc, c'est ça, en fait, qu'on va regarder avant tout.
25:58D'accord.
25:58Et donc, autant le profil que le projet à ce moment-là.
26:01Néanmoins, c'est un accélérateur, c'est-à-dire, quand on est à la phase de l'accélération,
26:06le produit ou le service est déterminé.
26:08Il y a déjà une première traction commerciale, et on a face à nous quelqu'un qui dit,
26:11voilà, j'ai besoin d'accélérer, j'ai besoin maintenant d'aide pour m'aider à aller plus vite sur
26:16ma commercialisation.
26:17Donc, une ambition ?
26:18Une ambition, un produit dont on sent qu'il y a une différence suffisamment forte
26:24et une défensibilité de leur offre par rapport à des concurrents existants ou futurs.
26:30On le voit avec l'IA, les cartes sont rebattues, mais quasiment toutes les semaines,
26:35avec des outils qui arrivent, qui sont capables de faire ce que faisait auparavant une entreprise
26:39de plusieurs centaines de personnes, peut être demain faite par une poignée d'agents.
26:42Donc, cette défensibilité-là, elle est très, très, très importante.
26:46Ensuite, nous, on va mettre en place un programme d'accompagnement exigeant, taillé sur mesure pour la personne.
26:54Donc, on détermine, par exemple, je discute avec une application, par exemple, en ce moment,
26:58qui est par un réseau social.
26:59Alors, j'ai vu à propos de ce qu'on parlait de business class, finalement, c'est ça ?
27:02Oui, vous pouvez le dire comme ça.
27:04Mais l'idée, c'est de dire, on va les prendre pendant six mois,
27:08et on va leur mettre un réseau de mentors, adaptés, qu'on va appeler Shadow Comics,
27:13pardon pour les anglicismes, c'est un comité directeur avec des fonctions,
27:16qu'on va aller choisir en fonction des problématiques qu'ils vont avoir.
27:20D'accord ? Donc, vous voulez rentrer au marché américain,
27:23on va vous trouver quelqu'un capable d'ouvrir des portes commercialement avec ce marché-là,
27:27mais aussi de vous aider, peut-être, à déployer une supply chain
27:30ou un réseau de commerciaux, etc.
27:33Donc, en fait, tout ce qui va vous permettre d'accélérer et de ne pas faire d'erreur.
27:37Donc, accès à un réseau de mentors très capé, vraiment, très haut de gamme,
27:43et accompagnement sur mesure.
27:45Et accompagnement sur mesure.
27:46L'enjeu, c'est de leur donner un avantage concurrentiel,
27:48soit pour lever des fonds, soit pour attaquer des marchés,
27:51ou attirer des talents.
27:52Merci beaucoup.
27:53Si on veut en savoir plus, il va falloir passer par chez vous, par l'île.
27:57Absolument.
27:57Merci beaucoup, Emmanuel Durand.
27:59Je rappelle que vous êtes le président du directoire d'Eura Technologies.
28:02Merci à tous de nous avoir suivis.
28:04C'était Smartech sur la chaîne Bsmart.
28:06On se retrouve dès demain pour de nouvelles discussions sur la tech.
28:09Sous-titrage Société Radio-Canada
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