- il y a 10 heures
Ce jeudi 23 avril, la publication des déclarations de patrimoine d'une trentaine de membres du gouvernement, la proposition d'Emmanuel Macron d'étendre la "méthode Notre-Dame" à 150 projets industriels, ainsi que le programme du Parti socialiste pour la présidentielle, ont été commentés par Jean-Hervé Lorenzi, président du Cercle des économistes, Nathalie Janson, professeure d'économie à Neoma Business School, et Jean-Marc Daniel, éditorialiste BFM Business, dans l'émission Les Experts, présentée par Raphaël Legendre sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.
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00:00On est de retour pour la seconde partie de l'émission avec toujours autour de la table Jean-Hervé Lorenzi,
00:05très en verve,
00:06qui remet les ordres de grandeur à l'endroit sur les urgences budgétaires.
00:11Le vieillissement de la population évidemment en est un.
00:13Jean-Marc Daniel est toujours avec nous et Nathalie Janson.
00:17On va parler d'un sujet qui est passé relativement inaperçu, moi je trouve, contrairement aux années précédentes.
00:23C'est la déclaration de patrimoine d'une trentaine de membres du gouvernement, publiée cette semaine par la Haute Autorité
00:31pour la transparence de la vie publique.
00:35C'est un rituel, on peut peut-être l'appeler comme ça, qui avait été mis en place depuis 2013
00:41et le scandale Cahuzac.
00:44A l'époque, dorénavant, tout le monde peut aller consulter le patrimoine des membres du gouvernement.
00:53Est-ce que c'est une avancée démocratique pour vous, Nathalie Janson ? Est-ce qu'on avait besoin de
01:01ça ?
01:03Non.
01:04Je serais presque tenté d'ajouter, est-ce que ce voyeurisme un peu sur le patrimoine privé des uns et
01:08des autres est-il de bonne alloi ?
01:12Honnêtement, par rapport à d'autres sujets de transparence, par exemple, quand on fait de la recherche, parfois on est
01:19à la recherche de comptes rendus de comités.
01:21Par exemple, moi qui travaille beaucoup sur les banques centrales, moi j'aurais bien voulu qu'en France, historiquement, on
01:27ait autant de transparence qu'on en avait, par exemple, aux États-Unis,
01:31où on peut voir des comptes rendus très vieux de tout ce qui se passe.
01:34Ça, ça m'aurait beaucoup plus intéressée et ça nous apprend beaucoup plus de choses sur le mode de fonctionnement
01:38des institutions
01:39et sur le rapport de force entre le politique et l'économie que de savoir, effectivement, quel est le patrimoine
01:46de ceux qui prennent des décisions.
01:48Je ne vois pas le lien de causalité entre le fait qu'il a un patrimoine et le fait qu
01:52'il va prendre une bonne ou une mauvaise décision.
01:54Voilà, pour moi, c'est bon, voilà, pourquoi pas, mais je n'en fais pas, je ne vois pas en
02:00quoi ça a fait progresser, en fait, le travail de l'institution politique.
02:04Oui, d'autant plus que ces déclarations, peut-être que ça a évolué.
02:08Moi, je regardais ça il y a quelques années pour un titre de la presse quotidienne.
02:13En off, on vous expliquait quand même gentiment que ces déclarations, on y mettait ce qu'on voulait et que
02:17ça ne correspondait pas forcément à la réalité.
02:21Oui, oui, ça avait été mis effectivement en exergue.
02:23Et puis là, ce qu'on pouvait voir, alors bon, en moyenne, c'est qu'effectivement, ce n'est pas
02:27les rois de la gestion de portefeuille, visiblement.
02:31Ils ne sont pas dans le soutien du financement à l'économie privée et de la prise de risque.
02:37Peut-être qu'il y a une corrélation entre vouloir être dans les affaires publiques et ne pas prendre de
02:42risque.
02:42Je n'en sais rien.
02:43Est-ce que ça fait mauvais genre de détenir des actions quand on est membre du gouvernement Jean-Marc Daniel
02:47?
02:47Parce que c'est vrai que quand on regarde rapidement, il n'y a pas beaucoup d'investissement dans l
02:52'économie privée.
02:52Ou alors, il n'y montre pas, en tout cas.
02:53Voilà, on reste discret.
02:55Ce que m'inspire ce genre de données et tout ça, c'est d'abord le fait que si les
03:00gens s'y intéressent assez peu,
03:01ce n'est pas s'ils s'intéressent assez peu à notre classe politique, à nos gouvernants.
03:05On découvre des ministres dont on ne savait pas qu'ils existaient, qu'ils étaient ministres.
03:09Le président de la République était en déplacement avec un ministre dont j'avais totalement ignoré l'existence, Mathieu Lefebvre.
03:16Donc, j'ai découvert qu'il existait.
03:18Il y a des époques où on parlait de Raymond Barre, on savait qu'ils étaient des ministres.
03:23Il y avait une espèce... D'abord, ils étaient moins nombreux.
03:25Et puis, le deuxième élément, c'est qu'effectivement, la haute autorité, en l'occurrence,
03:30se mit maintenant à dire au ministre, là, vous avez le droit de traiter tel dossier,
03:34là, vous n'avez pas le droit de traiter tel dossier,
03:35parce qu'il va y avoir conflit d'intérêts.
03:37Donc, on commence à rentrer dans cette espèce de mécanisme
03:42où c'est au-delà même du gouvernement des juges.
03:44Maintenant, c'est le gouvernement des experts et des experts autoproclamés
03:48en disant, nous, on vous dit là, vous pouvez y aller, là, vous ne pouvez pas y aller.
03:51Et ce qui pose un vrai problème de ressources humaines pour l'exécutif.
03:55C'est-à-dire que, une fois qu'on passe, on ne peut plus bosser nulle part après avoir été
03:59ministre.
03:59Ça devient compliqué.
04:00Et donc, là, il y a un vrai problème.
04:02Et puis, le dernier élément, c'est qu'effectivement, dans notre classe politique,
04:05on s'en est aperçu.
04:06C'est-à-dire qu'il y a une époque où la classe politique était constituée d'avocats,
04:10de représentants d'une certaine forme d'éducation juridique et tout ça.
04:15Après, on a eu les énarques.
04:16Maintenant, on a les gens qui ont été collés à l'ENA.
04:18Et donc, il y a une forme de perte, je pense, de savoir-faire.
04:23Le niveau a baissé, c'est ce que vous voulez dire, Jean-Marc Daniel ?
04:25Le niveau baisse, y compris dans la gestion de son épargne.
04:28Je pense qu'on assiste à une sorte de déclassement général de la classe politique.
04:33Jean-Rével Orenzi ?
04:33Moi, je pense que ce n'est pas une bonne chose.
04:38Non pas du tout, parce qu'il y a quand même beaucoup de gens
04:41qui peuvent avoir le goût de la chose publique.
04:44Heureusement.
04:45Mais quand on regarde les milliers de maires entre nous,
04:50il y a beaucoup de gens qui ont ce goût-là.
04:53Mais je trouve que c'est du voyeurisme.
04:56Et c'est surtout un acte de méfiance.
04:59Ce n'est pas parce qu'il y a eu un Cahuzac,
05:00mais des Cahuzac, il y en a eu dans tous les métiers,
05:03dans toutes les disciplines, même chez les administrateurs de l'INSEE.
05:06Je suis sûr qu'on retrouverait...
05:07Je suis un codon.
05:08Je suis sûr qu'on les universitaires...
05:12Bien sûr.
05:14C'est la nature humaine, quelque soit la profession.
05:18Ça finit par savoir.
05:19On est un pays...
05:20On a beaucoup de défauts,
05:21mais on est un pays où tout se finit.
05:23Toujours par ce savoir.
05:24Toujours.
05:26Et donc...
05:26Quand on est un personnage public, oui.
05:28Oui, enfin, on sait beaucoup de choses, quand même.
05:30Le cadar enchaîné...
05:32Oui, bien sûr.
05:33Non, non.
05:33On sait beaucoup de choses.
05:34Et donc, je trouve que c'est...
05:36C'est vraiment une sorte de regard de méfiance par rapport aux politiques qui fait partie de ces espèces de
05:46wokisme moralisateur, etc., qui m'exaspère.
05:50Mais ça, c'est tout à fait personnel.
05:52Bon, et à Sébastien Lecornu, qui affiche un compte courant en négatif, en déficit, on lui conseille d'écouter «
05:59Tout pour investir ».
05:59C'est juste après les experts de 11h à midi en direct sur BFM Business et pour l'ensemble du
06:06gouvernement.
06:06Pareil.
06:07Qui est, voilà, qui est, en termes d'investissement, c'est pas encore ça.
06:13Allez, je voulais qu'on revienne également sur les déclarations du président de la République.
06:16Hier, c'était dans l'Allier, Emmanuel Macron, qui veut étendre la méthode Notre-Dame à 150 projets industriels.
06:25La méthode Notre-Dame, c'est quoi ?
06:27C'est que pour réussir des travaux en temps et en heure et en respectant le budget, il a fallu
06:33passer par une loi d'exception.
06:35Ça a été exactement la même chose pour le chantier des Jeux Olympiques.
06:39Et donc, que pour accélérer la réindustrialisation, le président de la République a désigné 150 projets industriels
06:48qui pourraient contourner les normes, les règles, la justice, pour accélérer leur implantation.
06:56Qu'en pensez-vous, Jean-Marc Daniel ?
06:57Alors, j'ai déjà dit dans la bâtidale ce matin, dans le débat que j'ai fait avec Emmanuel Lechypre,
07:03que j'étais indigné par ce genre de disposition de l'abord.
07:06Parce que je pense que s'il y a des simplifications à faire, mais qu'on les applique à tout
07:12le monde.
07:12Je ne vois pas pourquoi on déciderait de privilégier 150 projets.
07:17Et donc, la règle de la concurrence, c'est qu'il y a égalité.
07:21Tout le monde est traité de la même façon.
07:23La deuxième chose, c'est que les 150 projets en question, j'ai cité dans la matinale un poème que
07:29les gens, je pense, ont découvert, certains, mais pas tous,
07:32qui s'appelle Inventaire.
07:33C'est le célèbre poème de Jacques Prévert, où il aligne tout un tas de choses qui n'ont rien
07:37à voir entre elles.
07:38Quand vous regardez les 150 projets, vous parlez d'industrie, mais il y a aussi un projet dans les Landes
07:42qui consiste à développer la production de tournesols pour faire de l'éthanol.
07:45Vous avez un projet qui consiste à limiter les bassines, de récupérer l'eau pour limiter les bassines.
07:53Vous avez un projet qui consiste à développer le textile médical.
07:58Et puis, vous avez le fait d'éventrer le bassif central pour aller chercher du lithium.
08:02Tout ça est assez confus.
08:04Tout ça repose sur, effectivement, un bricolage qui...
08:07On cherche le cap industriel.
08:08Dans lequel on cherche un cap industriel, sachant qu'on vient de le dire dans la première partie de cette
08:12émission,
08:13« Je maintiens qu'il va y avoir plus d'épad à créer que d'usines à créer dans le
08:17pays dans lequel nous sommes. »
08:19La troisième réflexion qui m'a un peu secoué, c'est qu'on considère que le fait de pouvoir faire
08:25appel en justice est quelque chose qui fait perdre du temps.
08:28Il me semblait que même le fait d'avoir introduit la possibilité en assise d'aller devant un appel,
08:34alors qu'il y avait un jury populaire qui avait tranché, était un progrès.
08:38Et c'était l'idée que l'appel est un élément constitutif de ce qu'on appelle l'état de
08:43droit et des règles fondamentales de notre droit.
08:46Et là, on supprime ça.
08:48Je trouve ça assez inquiétant.
08:49Enfin, la dernière remarque que je ferais en parler de forme sur nos dirigeants,
08:54c'est quand même le retour au fait du prince.
08:57– Oui, le monarque républicain désigne 150 grands projets.
09:00– Je parlais de François Mitterrand, il y avait des grands projets, c'était 7 grands projets,
09:05et ça avait été assez balisé, assez énorme.
09:07Et là, le président décide qu'on va faire de l'état d'ordre dans les Landes.
09:11Où allons-nous ?
09:13– Bon, Nathalie Janson, c'est aussi pour la bonne cause,
09:16c'est pour aider à l'accélération de l'implantation d'entreprises, d'usines,
09:20bref, de l'activité économique, tout ça.
09:21– Oui, mais enfin, si c'est pour mal de le faire, à la fin, vous n'aurez pas les
09:24plus performants,
09:25ni ceux qui vont dans la meilleure direction, c'est toujours…
09:27Alors, effectivement, je n'ai pas de chance, je passe après Jean-Marc Daniel,
09:30parce que moi aussi, j'étais indignée pour la même raison.
09:32C'est-à-dire que si, effectivement, c'est bien, il faut aller plus vite et qu'il faut simplifier,
09:36je ne vois pas pourquoi ce serait réservé à ces 150-là.
09:39C'est quand même hallucinant qu'on en soit arrivé là, c'est-à-dire de dire
09:43« Ah, mais il faut faire des exceptions pour ceux-là. »
09:45Pourquoi pour ceux-là ?
09:45Alors, ça veut dire que tous les autres sont gênés par ce même obstacle.
09:49– Ah bah oui, mais c'est le constat que fait tout le monde.
09:50– Voilà, mais c'est quand même assez dingue.
09:53Et si vraiment il est fasciné, parce qu'en fait, c'est de la planification à moitié à l'envers,
09:57si vraiment il est fasciné par la planification et puis par ce qui se passe en Chine,
10:01il regardera qu'en Chine, en fait, c'est un petit peu la méthode inverse,
10:04c'est-à-dire que c'est très large le secteur, mais qu'après, il y a une méga concurrence.
10:09Or là, je n'ai pas vu l'once d'une concurrence au niveau du marché,
10:14c'est-à-dire que, parce que, comme on vient de le dire,
10:16c'est-à-dire, pourquoi on va dire que le tournesol, c'est mieux qu'autre chose ?
10:20En fait, c'est parce qu'il va y avoir plusieurs projets concurrents.
10:24Or, ça, on ne l'a pas, cette concurrence.
10:26Donc, je pense qu'il y a de fortes chances que ça aille dans le mur,
10:28puisqu'on n'a pas le processus qui nous permet de savoir
10:30quelle est l'activité qui sera la plus valorisée par le marché,
10:34c'est-à-dire qu'il y aura donc un futur et un marché qui sera soutenable
10:37si on passe par ce processus de « je vais choisir 150 projets ».
10:41Sur la base de quoi ? Quel a été le processus ?
10:44Ce n'est pas possible.
10:45Il faut bien une concurrence à un moment donné.
10:47Or, on ne l'a pas.
10:48Donc, effectivement, je suis restée relativement, moi aussi, choquée par cette méthode.
10:52Donc, sur la forme, plutôt une condamnation.
10:54Sur le fond, on a un véritable sujet autour de l'état de droit, tout de même,
10:58qui bloque.
10:59Alors, moi, je suis…
11:01À la fois qui organise, mais qui est parfois un peu bloqué.
11:03Ce serait comme d'un lundi, je serais d'un lundi.
11:05Ah, mais j'espère, j'espère.
11:07Là, il ne peut pas y avoir de désaccord, là.
11:08Je ne suis pas d'accord avec mes camarades,
11:11parce qu'ils ont des arguments qui sont,
11:16en gros, de l'état de droit et de la concurrence.
11:19La réalité, c'est que c'est extrêmement compliqué en France,
11:22aujourd'hui, pour des raisons d'artificialisation des sols,
11:27des sols, pour des tas de raisons, etc.
11:30Et donc, l'idée qu'on puisse donner à tout l'accélérateur…
11:34Alors, juste une chose pour toi, Nathalie, sur le fond,
11:39on imagine bien que ces projets doivent être financés.
11:43Donc, ce n'est pas une décision.
11:45Ils disent juste, sur ces sujets-là, s'ils sont financés.
11:49C'est-à-dire, si des gens considèrent que…
11:52En France, on n'a pas de capital risque, c'est pareil.
11:54C'est pas lui qui crée l'entour.
11:57J'ai bien compris, mais le capital risque n'existant pas en France,
11:59c'est aussi problématique.
12:00Oui, enfin bon.
12:03Donc, je trouve que c'est plutôt pas mal.
12:07Moi, j'aurais été un peu plus loin que les 140.
12:12Honnêtement, ça m'avait échappé,
12:13comme d'ailleurs le nom du ministre qui l'a accompagné.
12:16Donc, tout ça m'avait échappé.
12:18Mais je trouve que ça donne le sentiment d'un petit coup de bouche sur…
12:23Moi, je vous adore.
12:24Mais l'idée de dire qu'on va finalement simplifier pour l'ensemble de l'entre eux,
12:31je peux vous garantir que nous ne serons plus là pour en parler.
12:34Simplifier, c'est compliqué.
12:36On fait voter des lois.
12:38Le gouvernement s'est emparé d'une loi de simplification
12:41qui est en train d'être dans une navette.
12:43Je crois qu'elle est entre le Sénat et la Stambley.
12:45C'est là qu'il y a le lieu naturel d'expression de ce genre de décision.
12:48Et il n'y aura pas de majorité sur ces sujets-là.
12:51Parce qu'il y a les écolos.
12:52Parce que l'énorme problème qu'il y a,
12:55comme nous disent tous les personnes qui veulent développer une industrie,
13:03c'est qu'on se heurte au problème, en réalité, d'espace.
13:09Donc, c'est un problème majeur.
13:11Laurent Vronsky.
13:12Et la loi de simplification ne passera jamais avec des écolos de droite, de gauche, du centre,
13:16qui a l'idée qu'il puisse y avoir une parcelle qui n'est pas dédiée.
13:21Alors, moi, j'aimais bien l'histoire du Tour de Saint-Denis.
13:24Le Tour de Saint-Denis.
13:24Le Tour de Saint-Denis, c'est pas bien.
13:27Laurent Vronsky expliquait la semaine dernière sur ce même plateau
13:30qu'il avait, lui, une réserve foncière.
13:33Son entreprise d'abord est en Seine-Saint-Denis,
13:36mais qu'il n'utilisait pas.
13:38Il stockait simplement ses produits là-dessus
13:40par peur, effectivement, d'avoir des procédures judiciaires.
13:45parce que la marmotte, un tel, parce que la fleur, ici ou là,
13:50allait être en danger.
13:52Après, il y a un chiffre, moi, qui m'a surpris quand même,
13:54communiqué par l'Elysée.
13:56Il nous explique que depuis que la loi pour l'industrie verte,
14:01les temps de délai pour accorder les permis de construire,
14:06les installations, sont passés de 17 à 8 à 9 mois,
14:10ce qui est mieux que la moyenne européenne.
14:11Un chiffre que je demande à confirmer,
14:14mais que ça serait tourneux sol.
14:15Miraculeux.
14:16Vive le tourneux sol.
14:17C'est un accélérateur de temps.
14:19C'est pour faire de l'éthanol.
14:21L'asperge, c'est directement.
14:23Ça m'étonnerait qu'on fasse de l'éthanol avec de l'asperge.
14:26Allez, il est 10h47.
14:28Vous êtes toujours en direct sur BFM Business.
14:31Non, ce n'est pas une émission culinaire qui se met en place,
14:33mais on va parler de cuisine au Parti Socialiste, par contre,
14:37qui a publié hier son programme pour la présidentielle.
14:41Alors, pas totalement définitif,
14:43puisque certains moutures au sein du PS ne sont pas encore tout à fait d'accord.
14:48Mais tout de même, on a les grandes lignes.
14:52Alors, moi, je l'ai appelé, j'ai consacré mon édito ce matin au programme éco du PS.
14:57J'ai appelé ça le grand bon en arrière,
14:59par référence au grand bon en avant de Mao Zedong.
15:02Le grand bon en arrière,
15:03parce que, moi, il m'a fait furieusement penser au programme de 1980.
15:08Les 110 propositions de François Mitterrand à l'époque.
15:12Si je résume, c'est quand même moins de travail
15:16et plus d'argent versé aux salariés.
15:19C'est la retraite à 62 ans.
15:22Il y a tout un chapitre consacré au temps libre.
15:24C'est important, le temps libre.
15:26C'est pas la retraite à 62 ans, juste un mot.
15:28Ah, pour le PS, si.
15:29Je me permets, j'ai entendu Phil Brun, qui doit être à peu près au courant.
15:33Qui était hier à votre séminaire sur les retraites.
15:36Expliquait, à juste titre, qu'il se fondait désormais sur les annuités.
15:40Donc, c'est qui est, à mon avis, la bonne idée.
15:44Parce que, même...
15:45La durée de cotisation plutôt que l'âge légal.
15:48C'est marqué 62 ans dans le programme.
15:50Non, ce qui est navrant, puisque je...
15:52J'en avais loin d'y.
15:53Démarré pour avoir l'accord de...
15:56Mes deux amis.
15:57Non, ce qui est d'abord navrant, c'est la faiblesse intellectuelle du sous-bassement.
16:03Laissons tomber leur programme d'un parti qui est un peu en déshérence
16:07et qui ne sait plus très bien où il en est.
16:09Ça donne une coloration politique, quand même.
16:10C'est très anticapitaliste et très antilibéral.
16:15Allons juste un tout petit peu dans le détail intellectuel du sujet,
16:18qui est quand même effarant.
16:21Intellectuellement, je parle conceptuellement.
16:23Ils annoncent, par une espèce d'opération de vision,
16:27de lien direct avec Dieu,
16:30ils annoncent la fin de la social-démocratie.
16:33Pourquoi est-ce qu'ils l'annoncent ?
16:37Qu'est-ce qui leur permet de l'annoncer ?
16:39Qu'est-ce qu'ils leur...
16:40Alors, ils disent, d'après ce que j'ai lu dans la presse,
16:42ils disent, ça a eu des vertus, forcément,
16:45c'est la social-démocratie,
16:47mais ça n'est plus adapté à la période actuelle.
16:50J'aimerais savoir ce qu'est la période actuelle,
16:52qui est alors présentée comme un capitalisme prédateur.
16:55C'est très faible.
16:58Je parle vraiment des sous-bassements intellectuels.
17:01C'est très faible intellectuellement.
17:02J'ai vu le nom des deux personnes,
17:04que je préfère ne pas citer,
17:05mais je me disais, même en première année de sciences économiques,
17:09qu'on réagirait en disant, à retravailler.
17:12Je veux dire, il n'est pas question des chocs fondamentaux
17:16dans lesquels le monde est confronté,
17:19c'est-à-dire celui qui a été évoqué,
17:21et la décarbonation coûte très cher.
17:23Le choc technologique est évidemment majeur,
17:28et avec ce débat chez les économistes,
17:29est-ce qu'il y a créé ou détruit des emplois ?
17:31Ce choc du vieillissement, ce choc géostratégique,
17:36c'est juste pas possible de sortir quelque chose.
17:41On ne peut pas du tout après être d'accord
17:43et dire que c'est anticabitulé,
17:45mais d'abord, c'est d'une faiblesse conceptuelle.
17:48Faible intellectuellement.
17:48Je rappelle que vous avez vous-même participé,
17:50vous avez été membre de cabinet du Parti Socialiste.
17:55Et est-ce qu'on n'est pas finalement...
17:56J'ai cru que vous étiez dans l'équipe de Lyon Blum.
18:01Non, c'est après.
18:03Je n'irai pas jusque-là.
18:04C'était bien après,
18:05mais est-ce qu'on n'est pas là dans le débat
18:06entre la gauche A et la gauche B, finalement ?
18:09Oui, bien sûr.
18:09Le Labour, le New Labour.
18:11Mais on s'attendait...
18:12Le thème du programme des socialistes,
18:15c'est quand même la liberté.
18:16Quel beau thème que celui de la liberté.
18:18Alors, ils luttent contre le libéralisme
18:20tout en se revendiquant de la liberté,
18:21qui a un petit hiatus.
18:23Mais on s'attendait à voir peut-être
18:26de l'ordolibéralisme,
18:27du Stuart Mills,
18:29du Pierre Mendès France.
18:30Et on a finalement du Julien Cagé
18:32et du Thomas Piketty
18:33à tous les états de Jean-Marc Daniel.
18:35Après, il ne sera pas adopté.
18:37La majorité du parti socialiste
18:38n'est pas sur cette idée-là.
18:40Moi, j'ai écrit plusieurs livres
18:41sur ces histoires de la gauche réformiste
18:44et tout ça.
18:45Et je disais,
18:46et je continue à me dire,
18:47il y a deux gauches assez marquées,
18:49les deux gauches irréconciliables
18:50de Manuel Valls.
18:52Donc, une que j'ai rattachée
18:53au courant feuillant
18:53pendant la révolution,
18:54qui était les révolutionnaires modérés,
18:56et l'autre que j'ai rattachée
18:57aux montagnères.
18:58Et puis, je disais,
18:59entre les deux,
18:59il y a ce que j'appelle
19:00les léninistes lénifiants.
19:02Alors, les léninistes lénifiants,
19:04ce sont ceux qui sont léninistes
19:05dans l'opposition.
19:06Et quand ils arrivent au pouvoir,
19:07ils font la loi El Khomri.
19:09Et donc,
19:10ce que je ne condamne pas,
19:11mais on commence par dire,
19:13je n'ai qu'un ennemi,
19:14c'est la finance.
19:15Celui qui n'est pas pour la rupture
19:17avec le capitalisme
19:18ne peut pas être membre
19:19du Parti Socialiste.
19:20Ça, c'est Mitterrand.
19:21Et on finit en 1983
19:22avec une rigueur
19:23qui est approuvée
19:24par Milton Friedman.
19:25– Cher Jean-Marc,
19:26vous savez bien que la conquête
19:27du pouvoir
19:27n'est pas l'exercice
19:29de l'État non plus.
19:30– L'exercice du pouvoir.
19:31Et donc,
19:32la deuxième remarque
19:33pour rebondir
19:34sur votre réflexion
19:35sur la conquête
19:36et l'exercice,
19:37c'est que
19:37Tony Blair disait,
19:38tout le monde est persuadé
19:39qu'on gagne en poésie
19:42des élections
19:43et on est obligé
19:43de gouverner en prose.
19:45Et il disait,
19:45un vrai socialiste,
19:46c'est quelqu'un
19:46qui gagne en prose
19:47parce qu'il donne
19:48la vérité à la population
19:49et il gouverne en poésie
19:51parce qu'il l'a fait rêver
19:52par les réformes
19:52qu'il accomplit.
19:53Or là,
19:54on est vraiment dans la phase
19:55où on n'a pas compris
19:56ce que c'était le socialisme.
19:57C'est-à-dire qu'ils ne vont pas
19:58gouverner en poésie
19:59mais il faut une prose
20:00qui est une prose
20:01qui est indigeste.
20:02La dernière remarque que je ferai,
20:03c'est que dans les débats
20:04qu'il y a au sein de ce parti
20:05qui est quand même
20:06sur un courant international
20:08qui est en difficulté.
20:09Je rappelle qu'aux dernières élections
20:10en Hongrie,
20:11personne n'a été élu
20:12sous l'étiquette de socialiste.
20:14Dans les élections en Slovénie
20:15qui avaient précédé,
20:16le parti socialiste
20:18a fait 6% des voix.
20:20Je rappelle que le parti
20:21social-démocrate danois
20:22qui est toujours au pouvoir
20:24a fait son plus mauvais score
20:25depuis sa création
20:26et donc on est quand même
20:28dans une crise
20:29de ce courant intellectuel.
20:31Et donc dans cette crise-là,
20:33il y avait un livre
20:33qui vient de sortir
20:34qui était le livre
20:35de Maurice Vallaud
20:37qui compte la marchandisation.
20:38C'est dans le programme
20:39la démarchandisation du monde
20:41et dans le programme du crédit.
20:43Et donc on pouvait se dire
20:45la démarchandisation concrètement
20:46c'est de remettre en place
20:47des nationalisations.
20:49Si c'est plus sur le marché,
20:50c'est géré par l'État.
20:52Or justement,
20:53dans le programme
20:53tel qu'il est présenté,
20:55il n'y a pas cet aspect
20:56de nationalisation
20:57qu'il y avait en 1981.
20:59Donc à la fois,
21:00je rejoins ce que dit Jean-Hervé,
21:01c'est assez pauvre
21:02et en plus,
21:02ce n'est même pas très cohérent.
21:04C'est-à-dire,
21:04il pourrait y avoir
21:05une forme de cohérence
21:06dans la pauvreté intellectuelle.
21:08Même ça,
21:08ça n'existe pas.
21:10La cohérence
21:11jusque dans la pauvreté intellectuelle.
21:13Il va falloir qu'on invite
21:14quand même
21:14Philippe Brun
21:16sur le plateau
21:17pour juste défendre.
21:19Deux secondes de politique.
21:20Philippe Brun
21:21est évidemment
21:21très opposé
21:22et la majorité,
21:23ça ne passera pas.
21:24Ce texte ne passera pas.
21:26C'est la synthèse tout de même.
21:27Alors il y travaille
21:27depuis des mois et des mois
21:28et c'est la synthèse
21:29des différents courants
21:30du Parti Socialiste.
21:31Ça a été écrit
21:31par deux personnes
21:32qui sont
21:34vraisemblablement
21:35très bons
21:36en judo
21:38mais moins bons
21:38en demi.
21:39Ça a été présenté
21:39par Chloé Rydel,
21:40Énar,
21:41qui est députée européenne
21:42proche d'Olivier Faure.
21:44Oui, c'est ça,
21:44mais il n'est pas majoritaire.
21:46C'est une bagarre interne.
21:49Comme toujours
21:49au Parti Socialiste.
21:50Néanmoins,
21:51on retrouve quand même
21:52quelques arguments
21:53de Piketty
21:54derrière.
21:56L'histoire
21:57de la démarchandisation,
22:00c'est quand même
22:02une idée très chère
22:03à Piketty
22:03dans ses derniers écrits.
22:05Mais qui veut dire quoi
22:05exactement ?
22:06Il ne faut pas
22:07que les études soient...
22:09C'est la nouvelle nationalisation ?
22:10En fait,
22:11on ne sait pas comment
22:12mais ils ne veulent pas
22:13que ce soit un objet marchand.
22:15Ok, d'accord.
22:16L'éducation,
22:16il revient souvent sur...
22:18C'est quand même
22:19un peu une marotte
22:20chez lui.
22:21Et donc,
22:22on retrouve bien
22:22dans le programme.
22:23Il y a Tach-Zuckman,
22:24il y a Fabo,
22:25il y a quand même des...
22:26Alors,
22:27effectivement,
22:28je pense que c'est
22:30faible intellectuellement
22:31parce que je pense
22:31qu'il y a beaucoup
22:32d'incohérences
22:34dans le raisonnement
22:35par rapport
22:36à Tach-Zuckman
22:37et à cet esprit
22:38de démarchandisation.
22:40Mais je ne vois pas
22:41où ils veulent en venir,
22:42effectivement.
22:43Sinon,
22:44on dit qu'effectivement
22:44on va y tatiser à nouveau.
22:46Mais enfin,
22:47jusqu'à preuve du...
22:48Après,
22:48vous savez qu'il y a
22:49toute une nouvelle économie
22:50dans la planification
22:52qui pense que l'IA
22:53et les big data
22:54vont nous permettre
22:55de faire une planification heureuse.
22:57Donc,
22:58est-ce que c'est ça
22:59qu'ils ont en tête ?
22:59Moi,
23:00je n'en sais rien.
23:00Mais effectivement,
23:02j'ai un peu de mal
23:03à réconcilier
23:04en fait
23:05les objectifs
23:06avec la mise en place,
23:08les moyens
23:08en fait
23:08qui se donnent
23:09puisqu'ils ne parlent pas
23:10effectivement clairement
23:11de planification,
23:12ils ne parlent pas
23:13de nationalisation,
23:15mais néanmoins,
23:16ils veulent qu'en fait
23:17qu'il y ait moins de privés,
23:19pareil,
23:20qu'il y ait moins
23:20d'emprise
23:21du marché financier,
23:22enfin,
23:22tous ces termes
23:25avec lesquels...
23:25Oui,
23:25le disque-là,
23:25ils veulent aller
23:26contre la grande marche
23:27économique du monde.
23:28Alors,
23:29Olivier Fort
23:29qui va contre
23:30la grande marche
23:30économique du monde,
23:32c'est...
23:33pour reprendre
23:34effectivement
23:34la remarque
23:35de Jean-Hervé Lorenzi,
23:36effectivement,
23:37il y a vraiment
23:37l'impression
23:38qu'ils sont
23:39en dehors du monde,
23:40la planète n'existe pas,
23:41c'est-à-dire que
23:42on regarde en France
23:43et puis c'est tout,
23:44ça s'arrête,
23:44c'est très court
23:45comme raisonnement,
23:46on n'a pas
23:47de frontières ouvertes.
23:48Juste peut-être
23:48un dernier mot
23:50sur ce que disait
23:50Jean-Marc,
23:51Jean-Marc a raison
23:52de dire que
23:53les partis
23:55sociodémocrates,
23:55ce qu'on fond,
23:56l'Europe,
23:57c'était d'un côté
23:59les démocrates chrétiens
24:00et de l'autre côté
24:01de la sociodémocratie,
24:02c'est comme ça
24:03que ça a fonctionné
24:03et la France
24:04est toujours dirigée
24:05finalement au centre
24:06comme l'avait dit
24:06Giscard,
24:07parce qu'on est un pays
24:09qui parle beaucoup
24:09et qui y agit peu,
24:11mais la réalité
24:13c'est que
24:15il y a
24:16quelques idées,
24:17pas beaucoup
24:18laissons tomber
24:19les taxes du commun,
24:20tout le débat
24:21franco-français
24:22de trucs,
24:22mais c'est vrai
24:23qu'il y a quand même
24:24un mouvement aussi
24:25assez profond
24:27qui touche
24:27les problèmes
24:28de climat,
24:29d'environnement,
24:30qui est quand même
24:31j'allais dire
24:32un peu critique
24:33par rapport
24:34au mode de fonctionnement
24:35de l'économie mondiale.
24:36On a exporté
24:37la taxe du commun
24:38en Californie.
24:39Merci absolument,
24:40merci à tous les trois,
24:41Nathalie Jansson,
24:42Jean-Marc Daniel
24:42et Jean-Hervé Lorenzi
24:43pour cette émission
24:44passionnante disponible
24:45en podcast
24:45et replay
24:46sur toutes les plateformes
24:47de diffusion,
24:48tout de suite c'est tout
24:49pour investir,
24:50animé par Antoine Larigauderie.
24:51Quant à nous,
24:51on se retrouve demain,
24:52même heure,
24:53même endroit,
24:5310h en direct
24:54sur BFM Business.
24:55Très bonne journée à tous.
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