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  • il y a 1 jour
En plus de 30 ans, l’agroalimentaire a perdu dans le monde six points de pourcentage de part de marché. Face à cette baisse de compétitivité, Jean-Paul Torris, président du pôle agri-agro du MEDEF international, appelle à ce que l’Europe signe de nouveaux accords de libre-échange afin de trouver de nouveaux partenaires. Il explique comment lier ces enjeux aux sujets environnementaux et sociaux.

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00:00– Prêt pour l'impact, c'est la question que je pose chaque jour à une personnalité qui compte dans
00:08notre économie.
00:09Et je reçois aujourd'hui Jean-Paul Tourisme, bonjour.
00:11– Bonjour.
00:12– Bienvenue, vous êtes le président du pôle agri-agro du MEDEF international.
00:16Ça représente quelle filière, combien d'entreprises ?
00:19– Comme son nom l'indique, tout l'agroalimentaire, je suis aussi administrateur de l'ANIA
00:24et je représente la FNIL, la Fédération Nationale de l'Industrie Laitière.
00:28Donc l'agroalimentaire en France, c'est la première industrie de France.
00:33Nous sommes 20 000 entreprises à peu près, 2,5 millions de salariés.
00:43Et la première économie française, mais bien entendu avec un impact, puisque c'est le nom de votre émission,
00:51fantastique sur l'économie, puisque nous avons tout l'amont agricole, dont nous transformons 80% de la production.
01:00Donc c'est une grande filière, c'est toute cette filière-là que je représente au sein du MEDEF international
01:08et aussi à l'ANIA.
01:11– Et l'industrie laitière, comment elle se porte aujourd'hui ?
01:13– Écoutez, comme le reste de l'économie agricole et alimentaire française, moyennement.
01:222025 a été une année pour notre souveraineté alimentaire qui a été médiocre.
01:29Notre balance commerciale qui était toujours une des plus positives, on exportait plus que l'automobile, que l'acier, que
01:40beaucoup d'autres filières,
01:42très importante pour la France, est presque à zéro.
01:45– Oui, j'ai vu ces chiffres, un excédent quand même de 361 millions d'euros sur les 7 premiers
01:50mois de 2025,
01:51je n'ai pas les derniers, mais c'est quand même le plus bas niveau depuis 25 ans.
01:55– Non, c'est quasiment zéro sur l'année 2025, c'est le plus bas niveau.
01:59Pour vous donner une autre idée de la dégringolade de la part de marché de la France agroalimentaire,
02:06en 1990, on avait 10% du commerce mondial agroalimentaire.
02:11En 2024, on n'a pas encore les chiffres 2025, on est tombé à 4%.
02:15– Donc on peut dire que la France perd une part de marché mondiale énorme.
02:21– Comment ça s'explique ? C'est la compréhension des autres pays ?
02:24C'est des choix réglementaires qui ont été contre-productifs ?
02:29– Il y a un mot très simple pour résumer la chute de l'agroalimentaire français à tous les niveaux
02:35de la chaîne de valeur,
02:36c'est compétitivité, c'est tout simple, c'est tout simple.
02:40– Nous perdons de la compétitivité et ce qui est préoccupant, c'est que c'est essentiellement par rapport à
02:46nos partenaires européens.
02:48C'est-à-dire que nous perdons la part de marché par rapport à nos partenaires européens
02:52qui sont, comme nous, sur un marché unique, libre circulation des marchandises et des biens.
02:58Notre excédent qui nous restait, c'était avec les pays tiers.
03:03Et les pays tiers, c'est un peu plus compliqué, les pays tiers européens.
03:06Vous avez entendu parler des problèmes que nous avons avec la Chine, nous spécifiquement d'ailleurs dans l'industrie des
03:11tiers,
03:11nous venons de subir une sanction importante de la part des autorités chinoises en représailles de la guerre entre l
03:18'Europe et la Chine
03:20sur les batteries et les voitures électriques, comme le cognac, comme la charcuterie.
03:26Et puis les premiers clients de notre industrie dans le monde, hors Europe, c'est la Chine,
03:34tout premier importateur du monde, les Etats-Unis, je n'ai pas besoin de vous dire que M. Trump ne
03:39nous a pas réservé de bonnes surprises,
03:41l'Algérie, la Russie qui nous a mis sous embargo depuis 2014.
03:47Donc c'est vrai que du côté des pays tiers, le paysage se gâte.
03:53Mais du côté européen, il est profondément dégradé.
03:56– Mais alors, est-ce que c'est le moment de signer des accords de libre-échange avec d'autres
04:02régions du monde ?
04:05Si ces marchés historiques se compliquent, est-ce qu'il ne faut pas aller en chercher d'autres ?
04:10Évidemment, je vais parler d'Australie, d'Amérique du Sud, du Canada, etc.
04:16– Alors là, c'est une opinion personnelle.
04:19Si j'avais à côté de moi les syndicats agricoles, vous entendriez peut-être un son de cloche différent.
04:28C'est bien simple.
04:29C'est vrai que nos amis historiques, les Chinois, les Américains, nous claquent la porte au nez.
04:36C'est vrai que je fais partie de ceux qui pensent que la France doit passer d'une position permanente
04:44de défense
04:45à une position plus de conquête.
04:48C'est ce que je défends au MEDEF international et que par conséquent,
04:51quand on perd ses anciens amis, il est positif de s'en faire de nouveau.
04:57Alors c'est vrai qu'on dit beaucoup dans les milieux de syndicats agricoles
05:01que nous sommes la variable d'ajustement pour sécuriser les intrants stratégiques,
05:07les métaux, les terres rares et tout ce dont nos autres industries ont besoin.
05:11– C'est-à-dire ces accords de libre-échange, ils vont profiter globalement à l'économie française,
05:15mais au détriment de l'agriculture.
05:17– Je ne suis pas du tout d'accord.
05:19Ce qu'il y a de sûr, c'est vrai, alors vous me direz l'industrie laitière est quelque chose
05:24de particulier,
05:25c'est que pour moi, je vais être un petit peu focalisé,
05:28ces accords comprennent des traités de libre-échange qui sont positifs pour certaines branches de l'agroalimentaire,
05:35qui sont dangereux pour d'autres.
05:39Cela étant, pour les premiers accords qu'on a reprochés à l'Union européenne,
05:44comme le CETA avec le Canada,
05:48regardez globalement, le résultat est extrêmement positif.
05:51Extrêmement positif pour notre balance commerciale européenne.
05:54– Alors qu'on entendait les mêmes finalaires à l'époque.
05:56– Et alors qu'on entendait des écroulements,
05:58qu'on nous voyait inondés de bœufs hormonés,
06:03et ce qui n'a pas du tout été le cas.
06:05Parce que je pense que l'Europe joue le jeu
06:10de demander des clauses miroirs,
06:12des respects de nos normes environnementales et sociales,
06:19qui seront globalement respectées.
06:23Alors on me dirait que c'est une question de contrôle,
06:25mais moi je suis positif.
06:26En tout cas, je pense qu'il faut exploiter les opportunités de ces nouveaux accords.
06:30Et il faut les signer.
06:32– Il y a une perspective qui est très lointaine,
06:35mais bon, certains souhaitent qu'on l'accélère,
06:39c'est l'entrée de l'Ukraine dans l'Union européenne.
06:41Est-ce que pour vous c'est un…
06:42Alors on voit bien symboliquement ce que ça représente,
06:46ce pays agressé par la Russie depuis plus de 4 ans,
06:50voilà le symbole qu'on renvoie aux Ukrainiens qui résistent,
06:54mais en termes économiques.
06:56Est-ce que vous pensez que notre agriculture, elle est prête à ça ?
06:58– Alors, effectivement, l'agriculture française a beaucoup souffert
07:06de la tolérance de l'Union européenne,
07:08qui voulait donner un coup de main, justifié à mon avis à ce pays,
07:12de lever les barrières douanières à l'importation des produits agricoles ukrainiens.
07:17Et on en a beaucoup parlé dans la filière volaille,
07:20les œufs, les huiles, etc.
07:25L'autre jour, j'ai reçu en compagnie,
07:28à l'intérieur d'un club qui s'appelle Déméter,
07:31que je vous recommande, Sébastien Abyss,
07:33nous avons reçu une délégation ukrainienne
07:36qui venait faire un plaidoyer vibrant pour rentrer dans l'Union européenne
07:46une fois la guerre terminée, ce qu'on espère tous proches.
07:54C'est vrai que ça provoque beaucoup d'inquiétudes.
07:59Mais avons-nous le choix ?
08:02Je vous répète la formule d'un de mes grands amis de la filière des céréales,
08:07qui est concernée au premier chef.
08:09– Ah oui, qui est son premier livre.
08:10– La Russie et l'Ukraine sont les plus gros exportateurs de céréales du monde.
08:16et il disait, une formule qui résume tout pour moi,
08:19il vaudra quand même mieux les avoir avec nous que contre nous.
08:23Moi, je pense que nous n'avons pas le choix en tant qu'Européens.
08:26Nous n'avons pas le choix.
08:28Donc, effectivement, il faudra qu'on affronte.
08:30Par contre, ça va renforcer le problème,
08:32puisque vous m'avez posé la question
08:33pourquoi ce déclin agricole et alimentaire français ?
08:38C'est une question de compétitivité.
08:39Donc, ça va nous pousser, pousser, pousser vers
08:45le renfort de notre compétitivité,
08:47si nous ne voulons pas sombrer.
08:49De toute façon, ça ne peut pas aggraver les choses,
08:52puisqu'on est déjà en accord temporaire, certes,
08:56mais qui dure depuis très longtemps,
08:59d'entrer des produits ukrainiens au sein de l'Europe.
09:02Donc, ça ne devrait pas aggraver les choses.
09:04Par contre, nous n'avons pas le choix.
09:07Il faut qu'il rentre en Europe.
09:10Imaginez qu'il rentre devant ceux
09:13qui sont devenus un de nos premiers concurrents
09:15dans le monde très agressifs,
09:17les Russes.
09:18Vous voyez ?
09:20Il faut mieux qu'ils soient arrimés à l'Europe.
09:22Voilà.
09:22Moi, j'ai connu en 2014,
09:25parce que pour nous, l'agroalimentaire,
09:28la guerre a commencé en 2014.
09:29Pour les Ukrainiens aussi.
09:31Sanctions européennes.
09:33En contrepartie, la Russie déclare l'embargo total
09:37sur les importations européennes.
09:40Donc, pour nous, en 2014, on perd le marché russe en 2014.
09:44On licencie toutes nos équipes locales.
09:46On recommence le business.
09:48Bon, alors, moi, dirigeant un groupe mondial à l'époque,
09:52nous avons pu rediriger des flux venus d'or de l'Union européenne
09:56vers la Russie.
09:57Tout le monde n'a pas eu cette chance.
09:59Et donc, l'Europe a perdu énormément, énormément, énormément.
10:03Et qu'est-ce qui s'est passé depuis ?
10:05En 2014, la Russie n'était autonome en rien.
10:09C'est pour ça que c'était le premier client de l'Union européenne
10:11pour les produits agricoles et alimentaires.
10:13Ce qu'on peut dire du dirigeant russe,
10:16c'est qu'il a peut-être beaucoup de défauts,
10:18mais il est extrêmement stratège.
10:21Parce qu'en 2022, quand éclate le conflit,
10:24la Russie est autonome
10:26et devient le premier exportateur de céréales du monde,
10:29alors qu'elle était en déficit.
10:31Elle est autonome en viande.
10:33Elle est autonome en produits laitiers,
10:35avec ses satellites, avec la Biélorussie.
10:37Et donc, il sait que la souveraineté alimentaire
10:42est une des clés du pouvoir
10:43et que pouvoir nourrir sa population,
10:46on peut se priver parfois de liberté,
10:48mais de manger jamais.
10:50Alors, on a beaucoup à parler, et à juste titre,
10:52de souveraineté alimentaire, de compétitivité.
10:55Et on va consacrer maintenant la seconde partie de cet entretien
10:59à la compatibilité de ces enjeux
11:02avec la transformation environnementale.
11:05C'est le sens de la question
11:06que celle qui était à votre place la semaine dernière.
11:09Fanny Piccard, la présidente d'Alter Equity,
11:11a décidé de vous poser.
11:12On l'écoute tout de suite.
11:13Bonjour Jean-Paul.
11:15Qu'est-ce que les entreprises agroalimentaires
11:17peuvent faire pour accompagner les agriculteurs
11:20de sorte qu'ils changent leurs pratiques,
11:23leurs usages,
11:25pour permettre une meilleure alimentation des Français
11:29et un meilleur respect de l'environnement ?
11:32Est-ce que ce sont les industriels qui donnent l'impulsion ?
11:35Ou est-ce que ça part des agriculteurs sur le terrain ?
11:38Je vais être clair, les deux,
11:41mais les industriels, évidemment.
11:44Je crois que, si vous prenez Saventia,
11:46que j'ai dirigé pendant très longtemps,
11:50c'est l'ancien groupe Bongrain, c'est ça ?
11:52L'ancien groupe Bongrain.
11:53Vous êtes encore le conseil du président.
11:54Vous prenez l'affirmation très claire du projet de Saventia
11:59qui est la double performance.
12:00La performance économique, bien sûr,
12:03mais la performance extra-financière,
12:08RSE, sociale, sociétale.
12:11Et donc, on a effectivement une meilleure alimentation.
12:14C'est un terme très vaste.
12:18Saventia, d'ailleurs, a sa mission,
12:20c'est entreprendre pour bien nourrir l'homme.
12:22Mais c'est quoi bien ?
12:23C'est bien sûr une alimentation saine
12:27et aussi durable.
12:30Saine et goûteuse, j'ajouterais, bien sûr.
12:34Le bon goût.
12:35Donc, nous nourrissons les gens,
12:37c'est une mission essentielle.
12:39Et bien les nourrir, c'est ce double aspect.
12:43Goûteux, sain et durable.
12:44Et alors, je vais vous citer,
12:46l'industrie agroalimentaire française
12:47est profondément interdépendante avec l'agriculture.
12:49C'est assez une évidence.
12:50Il ne peut y avoir une filière forte
12:52sans une agriculture forte et vice-versa.
12:55Ce lien, il est structurel.
12:58Ça veut dire que...
13:00Comment vous accompagnez des agriculteurs
13:03qui veulent aller vers des modes de production
13:06qui sont effectivement plus durables,
13:08parfois bio, agriculture raisonnée, etc.
13:10Alors, pour une entreprise laitière
13:14et pour l'essentiel, d'ailleurs,
13:16des industriels agroalimentaires,
13:19l'impact, c'est ce qu'on qualifie de scope 3.
13:2290% de l'impact qu'on aura
13:25provient de nos achats,
13:29essentiellement agricoles,
13:30et puis le reste des achats,
13:32beaucoup d'emballages aussi.
13:33Disons que si on quantifie le scope 3,
13:38mais surtout l'agriculture,
13:39surtout quand on est dans l'élevage.
13:41Vous connaissez le problème numéro 1
13:43de l'élevage,
13:45le reproche numéro 1
13:46qu'on fait à l'élevage,
13:48c'est le méthane.
13:49Le méthane émis par les vaches.
13:51Émis naturellement par les vaches.
13:52Émis naturellement par les vaches,
13:53par la digestion des vaches,
13:55et qui rejette un gaz à effet de serre
13:58qui est beaucoup plus impactant
14:00que le carbone.
14:02Donc, c'est un défi extraordinaire
14:04de réduire cet impact.
14:10Et, je dirais que donc,
14:12la nature et l'agriculture,
14:14ce sont notre problème principal.
14:16Alors, premièrement,
14:18faut-il, comme certains le disent,
14:23faire disparaître l'élevage de la planète ?
14:26Parce que certains extrémistes disent,
14:29j'ai entendu ça déjà,
14:31vous avez beaucoup de gens,
14:32qui au nom de tas de raisons,
14:33d'ailleurs, disent,
14:34il ne faudrait plus se nourrir...
14:36Oui, oui, il y a un courant
14:38qu'on peut respecter
14:39de véganisme,
14:42arrêtons de manger de la viande.
14:43De véganiste,
14:44de, voilà,
14:45plus rien d'animal,
14:46et extrême.
14:48Alors,
14:49la première réponse,
14:50c'est que nous,
14:52l'industrie laitière,
14:53en tout cas,
14:53nous sommes très fiers
14:54de faire du lait,
14:55et nous avons
14:57des scientifiques,
14:59récemment,
15:00nous avons eu
15:00une réunion
15:01avec des parlementaires,
15:03où deux grands scientifiques
15:04sont venus démontrer
15:06que l'humanité
15:07ne peut pas se priver
15:09de protéines
15:10d'origine animale.
15:11Et moi,
15:12je vais faire
15:13une petite campagne de pub
15:14pour le lait.
15:16La vache laitière
15:17est un animal extraordinaire,
15:19parce que c'est
15:19le seul animal,
15:21et donc la seule source
15:23d'alimentation,
15:24qui produit plus de protéines
15:26pendant sa vie
15:27qu'elle n'en consomme
15:29d'origine végétale.
15:31Donc,
15:31cette brave vache
15:32qui vous produit du lait
15:33toute sa vie,
15:36pourvu qu'elle finisse
15:37quand même
15:37en steak haché,
15:39voilà,
15:39il faut être clair,
15:41va être une source
15:42de production
15:42de protéines
15:43d'excellente qualité
15:45toute sa vie.
15:47Après,
15:49moi je mange
15:49de la viande,
15:50je suis assez tranquille
15:51avec ça,
15:51mais il y a la question
15:52des modes de production.
15:54Bien sûr.
15:56L'élevage
15:57n'est pas le même
15:58en France
15:58qu'aux Etats-Unis,
15:59c'est des choix
16:00qui sont à faire,
16:02et derrière ma question,
16:03c'est est-ce qu'on peut
16:05être compétitif,
16:06être souverain
16:07avec un modèle agricole
16:10de plus en plus bio
16:12ou de plus en plus raisonné ?
16:14C'est cet équilibre-là
16:16qui n'est peut-être
16:16pas si facile à trouver.
16:17Alors,
16:18bien entendu,
16:18nous prenons
16:20un élevage durable.
16:23Premièrement,
16:23la vache,
16:24qu'est-ce qu'elle mange ?
16:24De l'herbe.
16:26Donc,
16:26la première méthode
16:29que nous préconisons
16:29pour nos agriculteurs,
16:32c'est la prairie permanente
16:34et le couvert permanent.
16:35Voilà.
16:36Parce que la vache
16:37va manger chaque année
16:38une bonne herbe fraîche
16:40qui est la meilleure forme
16:42d'alimentation
16:42pour réduire ses émissions
16:44et que fait l'herbe
16:45chaque année ?
16:46Elle séquestre.
16:48Aussi.
16:48Et elle envoie dans le sol
16:49le carbone.
16:50Donc,
16:50cette première méthode
16:52de rotation des cultures
16:54et de faire de la prairie permanente
16:55fait que la vache
16:56va brouter
16:58quelque chose
16:59qui n'est pas en concurrence
17:00avec l'alimentation humaine
17:01parce que vous ne mangez pas d'herbe,
17:02je ne mange pas d'herbe.
17:04Alors,
17:04la plus belle forme,
17:05c'est la vache que j'aime le plus,
17:07c'est la vache d'alpage
17:09parce qu'elle,
17:10elle va aller chercher
17:11pour faire ces magnifiques fromages
17:12que j'espère vous adorer.
17:14Elle va chercher
17:15de l'herbe très très haut
17:16dans des endroits
17:17où de toute façon,
17:17on ne va cultiver rien d'autre.
17:19D'ailleurs,
17:20on ne cultive pas.
17:20L'herbe pousse toute seule.
17:22Et elle va manger
17:24une herbe
17:24qui va repousser chaque année
17:25en séquestrant.
17:26Donc ça,
17:27c'est la première pratique
17:30qu'on recommande.
17:33La deuxième pratique
17:34qu'on recommande,
17:35c'est
17:39l'autonomie protéique
17:41de l'élevage,
17:42c'est-à-dire
17:42de cultiver
17:43dans la même ferme
17:46de la culture végétale
17:48qui va lui servir
17:49d'aliment
17:49et fourrage.
17:50Parce qu'on a besoin
17:53pendant l'hiver en particulier,
17:55quand elles sont à l'étable,
17:57de les nourrir
17:57avec des fourrages.
17:59Et ces fourrages-là aussi,
18:00il y a des méthodes
18:01d'agriculture régénératrice,
18:02vous avez certainement entendu
18:03parler de ce mot.
18:05On en parle souvent
18:05dans cette émission.
18:06d'agriculture régénératrice
18:09qui permettent aussi
18:11d'avoir un impact positif
18:13et de séquestrer
18:15le couvert permanent,
18:16etc.
18:17Et puis,
18:19vous avez aussi
18:20des externalités positives
18:22à l'élevage,
18:25dont une que je trouve
18:27admirable,
18:28qui est la méthanisation
18:30des lisiers,
18:32des effluents,
18:33des animaux.
18:35Jusqu'ici,
18:36on produit du gaz,
18:38du gaz vert,
18:39à partir de déchets.
18:41Et qui rentrent
18:42dans le circuit.
18:43Et le double bénéfice,
18:44c'est qu'au lieu
18:45de se décomposer
18:46en émettant
18:47des gaz à effet de serre,
18:49ils vont produire du gaz
18:51qui va être utilisé
18:52pour faire une énergie verte.
18:54Il faudrait d'ailleurs,
18:55à cet égard,
18:56que la France évolue un peu
18:57et comme beaucoup
18:58d'autres pays
19:00considèrent que ce n'est pas
19:01un déchet,
19:02mais bien un coproduit
19:04d'une grande valeur.
19:05Et il faudrait aussi
19:06que la France
19:06se mette en place
19:08les circuits
19:10de distribution
19:10de l'électricité verte
19:12parce que
19:12beaucoup de ces projets
19:14sont arrêtés
19:15par le manque
19:16de continuité
19:17de la France
19:18dans sa politique
19:18d'énergie renouvelable
19:19et par le manque
19:20de circuits
19:21de distribution.
19:22C'est quoi la bonne taille
19:23pour une exploitation ?
19:24Parce qu'en France,
19:25on a plutôt
19:25des exploitations
19:26de moyenne taille
19:28par rapport à d'autres
19:28pays d'Europe
19:29ou du monde.
19:30Alors vous voyez ça,
19:31c'est une question
19:32typiquement française,
19:33je me permets.
19:34Très bien,
19:34moi j'adore.
19:35Parce que la France
19:36c'est le modèle unique,
19:38c'est la pensée unique.
19:39Ah non,
19:40je ne dis pas
19:40qu'il faut une,
19:41une,
19:41un...
19:41Et moi je dis
19:42ce n'est pas ou,
19:43il n'y a pas
19:43la taille idéale,
19:44il y a et.
19:46Il y a plusieurs modèles.
19:48Il y a le modèle,
19:49je vous ai parlé
19:49des vaches d'alpage,
19:50le modèle
19:51des petites exploitations
19:53à très haute valeur ajoutée
19:56et cette vache
19:57qui va pètre
19:58sur le sommet,
20:00elle est formidable
20:01en impact,
20:02mais elle a un prix
20:03de revient,
20:04le lait.
20:05Donc,
20:06je vais vous dire,
20:07nous dans le lait,
20:08le prix moyen du lait
20:08c'est 50 centimes
20:10en ce moment,
20:11le litre.
20:12Dans le Beaufort
20:13d'alpage,
20:14on paye 90 centimes.
20:16mais c'est un modèle
20:18tout à fait vertueux.
20:20Pourquoi ?
20:21Parce qu'on va valoriser
20:22le produit
20:24à très très haute valeur.
20:26Alors le prix au kilo,
20:28vous allez le trouver cher
20:29et quand vous goûtez
20:30le fromage,
20:31vous vous dites,
20:31voilà.
20:32Et de l'autre côté,
20:34il y a la nécessité
20:35d'être compétitif
20:36avec le lait.
20:37La France exporte
20:384 litres de lait
20:39sur 10
20:41sur le marché mondial
20:43et on ne peut pas nier
20:45que sur ce marché-là,
20:47il faut un lait
20:47dont le prix de revient
20:49soit compétitif
20:50avec nos voitures européennes.
20:51Et donc là,
20:51il faut faire grandir
20:52nos fermes.
20:52Et là,
20:53il faut des fermes
20:53plus grandes,
20:54plus intensives,
20:57plus modernisées,
20:58plus robotisées,
21:00plus digitalisées.
21:02Aujourd'hui,
21:02toutes les techniques
21:03et l'innovation,
21:06l'agri-tech,
21:06comme on dit,
21:07permettent de produire
21:08de façon durable
21:10et compétitive.
21:11Est-ce qu'il y a
21:13toujours un courant
21:14de conversion
21:15vers le bio
21:16chez les agriculteurs,
21:18producteurs laitiers ?
21:19Parce que c'est vrai
21:20qu'il y a eu quand même,
21:21et alors là,
21:22ça vient des consommateurs,
21:23il y a eu quand même
21:24une baisse de consommation
21:25du bio.
21:26Il y a même eu,
21:26je crois,
21:27une période,
21:27je ne sais pas
21:27si c'est encore vrai
21:28aujourd'hui,
21:28où certains producteurs
21:30de lait bio
21:32vendaient leur lait
21:33au tout venant
21:34parce qu'il n'y avait
21:35plus le marché
21:35pour le bio.
21:36C'était une période
21:37très difficile
21:38pour nous,
21:39le marché du bio
21:40et pour nos producteurs
21:42qu'on a orienté
21:43vers le bio.
21:44puisque on a donné
21:45des primes de conversion,
21:47on a converti
21:48et puis effectivement,
21:49le coût d'arrêt du bio,
21:51qui est essentiellement
21:51un coût d'arrêt
21:53lié au prix,
21:54a été dramatique
21:56puisque nous,
21:57les industriels,
21:58nous collections
21:58du lait bio
21:59qui était excédentaire
22:01et que nous revendions
22:02au prix du lait
22:04conventionnel,
22:04donc en perdant
22:05beaucoup d'argent.
22:05de la même façon,
22:08les agriculteurs
22:08qui avaient entrepris
22:09des grands efforts
22:10de conversion
22:11et à qui on a demandé
22:13d'arrêter
22:14et ça a été
22:15un très grand choc.
22:18Aujourd'hui,
22:20je vois une lueur
22:22d'espoir
22:22dans le redémarrage
22:24de la filière bio.
22:26Il y a d'ailleurs
22:28des chaînes spécialisées
22:29de distribution
22:30comme Biocop
22:31qui vont très très bien
22:33et qui,
22:35c'est vrai,
22:36se sont recentrées
22:37aussi sur le vrai bio
22:38parce que je pense
22:39qu'il y a eu
22:39beaucoup de confusion.
22:40C'est vrai que
22:42le lait bio,
22:44un petit passage,
22:47le lait bio,
22:48c'est des méthodes
22:49d'élevage
22:50qui sont favorables
22:51pour la planète
22:52mais qui n'ont aucun impact
22:54au niveau du consommateur
22:55parce que si j'ose
22:56dire la vache
22:57est un grand filtre
22:58et donc dans le lait
22:59on n'a jamais retrouvé
23:00de traces de pesticides
23:02ou de quoi que ce soit.
23:03Donc vous voyez,
23:03le bénéfice pour le consommateur
23:06est moins évident
23:08que pour les filières végétales,
23:10pour les fruits,
23:11les légumes, etc.
23:12Mais à part ça,
23:13je crois que c'est surtout
23:14la question du prix
23:15qui a freiné les achats.
23:17Aujourd'hui,
23:18ça se calme.
23:19Il y a encore des conversions
23:20ou il y a plus
23:21de déconversions ?
23:22Non, ça va être très difficile.
23:23Vous savez,
23:24je participe
23:24à quelques organismes
23:26dans lesquels
23:27on se retrouve
23:27entre toutes les filières
23:28comme France Agrimaire
23:30et on voit
23:32l'agence bio
23:34qui souffre,
23:36qui souffre beaucoup,
23:39essayer de se redonner
23:40de l'espoir.
23:41Moi, je leur dis
23:43qu'un agriculteur
23:45était obligé d'arrêter
23:46avant de le convaincre
23:48de se reconvertir.
23:49convertir.
23:50Mais disons qu'au moins
23:51que la production
23:53actuelle de bio
23:55connaît un bon redémarrage
23:58des ventes
23:58des produits transformés.
23:59Et donc, je pense,
24:01et avec des chaînes spécialisées
24:02qui...
24:03Parce que, si vous voulez,
24:04dans le bio,
24:05on a tout mis.
24:05si vous mettiez un avocat
24:07à avoir importé
24:08du bout du monde,
24:10certes cultivé bio,
24:12mais passant par
24:13un mûrissage en cale
24:15de bateau
24:16et venant très très loin,
24:18il y a eu quelques absurdités.
24:19Le label bio a couvert
24:21beaucoup de choses
24:22qui l'ont un peu
24:23décribilisé.
24:24Mais pour le vrai bio,
24:26tel que, par exemple,
24:27des chaînes comme
24:27Biocop le sélectionnent,
24:30ils ne vous demanderont
24:31jamais que des fruits
24:32et des légumes locaux
24:33et de saison,
24:35je pense que ça redémarre.
24:37Ça redémarre.
24:38Quand vous voyez
24:39les attentes des gens,
24:40des consommateurs...
24:42Ils veulent plus du local
24:43que du bio,
24:44aujourd'hui, non ?
24:45Alors, c'est vrai que nous...
24:48C'est vrai que les Français
24:49aiment beaucoup
24:50leurs produits laitiers
24:51et leurs fromages
24:52en particulier.
24:53Et c'est vrai que pour nous,
24:55on a la chance
24:55qu'ils considèrent
24:56qu'un fromage
24:57d'appellation d'origine,
24:58local,
24:59d'on sait,
25:00d'où il vient,
25:00comment il est cultivé.
25:02Je parle de mon fromage
25:04d'alpage,
25:05je reviens toujours à lui,
25:06il est naturellement bio.
25:07Et c'est vrai que les Français
25:08ont confiance
25:09dans l'origine,
25:10le local,
25:11et ils ont
25:15effectivement tendance
25:16à considérer
25:16que c'est plus bio
25:19et plus naturel
25:20que le reste.
25:22Voilà.
25:23C'est déjà une forme
25:24d'engagement
25:24d'acheter local,
25:25en fait.
25:25C'est une forme
25:26d'engagement
25:27d'acheter local.
25:28On entend...
25:29Et les consommateurs
25:29sont très tournés vers ça.
25:31Alors, c'est surtout français,
25:33vous voyez,
25:33pour revenir au problème
25:34de compétitivité
25:35et de perte de part
25:37de marché,
25:37on est très fort
25:38sur les fromages
25:39haut de gamme,
25:40AOP,
25:41exportation,
25:42etc.
25:42et on est très mauvais
25:44sur les fromages
25:45d'ingrédients,
25:46ceux qui n'ont pas besoin
25:47de revendiquer
25:48une très haute qualité.
25:49Merci beaucoup,
25:51Jean-Paul Thoris,
25:51et à bientôt
25:52sur Bismarck for Change.
25:53On passe à notre rubrique
25:54start-up et innovation.
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