- il y a 4 mois
En août dernier, de nouvelles négociations sur la pollution plastique des océans, se sont déroulées à Genève, dans le cadre du programme de l’ONU pour l’environnement, et n’ont pas abouti. Si le consensus n’a pas été trouvé, certains États ont évolués sur leurs positions et peuvent s’apprêter à faire des efforts.
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00:00C'est le zoom de ce Smart Impact et on parle de la lutte, la lutte internationale contre la pollution plastique avec Muriel Papin, bonjour.
00:14Bonjour.
00:15Bienvenue, heureux de vous retrouver sur ce plateau, vous êtes déléguée générale de No Plastic, une maïsie qu'on va présenter, même si vous êtes déjà venue dans l'émission en quelques mots.
00:23Alors on est une association qui lutte contre la pollution plastique à la source, donc dès la phase de production et plutôt surproduction et surconsommation de plastique, notamment de plastique à usage unique.
00:33Tout simplement parce que plus on produit de plastique, plus on pollue.
00:37Depuis quand elle existe cette association ?
00:40Depuis 2018.
00:42Depuis 2018, donc 7 ans. Est-ce que je reçois tous les jours dans ces émissions, on est un peu une vigie,
00:51on sent le... Il y a un peu de lassitude des gens qui nous disent mais 20 ans de RSE finalement ça a servi à quoi, etc.
00:58Vous avez quand même le sentiment d'avoir fait bouger les lignes en 7 ans sur cette question précise de la pollution et de la production plastique ?
01:06Alors oui et non.
01:08Oui parce que notamment en France, déjà parce qu'on est là pour parler du traité international et donc ça en 2022,
01:15il y a eu un mandat donné dans le cadre de l'ONU environnement pour qu'il y ait des négociations internationales pour aboutir à un traité.
01:21Même si elles n'ont pas abouti cet été, on va en parler, c'est quand même un progrès que ce soit sur le tapis.
01:27Oui parce que ça va se poursuivre et ça pourrait être comme l'accord de Paris pour le climat.
01:31Donc ça déjà c'est un espoir majeur, on reste dans une logique d'espoir.
01:35Et en France, on a eu la loi sur AGEC, anti-gaspillage pour l'économie circulaire au niveau européen,
01:41une loi sur les plastiques, une directive sur les plastiques à usage unique.
01:45Donc oui, il y a des choses qui ont beaucoup bougé depuis un certain nombre d'années.
01:50Après le plastique étant partout, ayant des formes multiples,
01:54on a aussi de plus en plus une connaissance scientifique qui nous parle des microplastiques.
01:58Voilà, on voit bien que le problème est très complexe et que c'est difficile de traiter l'ampleur du problème.
02:05Quel type d'action vous menez avec votre association ?
02:09Alors on a trois types d'actions.
02:10On a des actions justement pour faire bouger la loi.
02:13Donc là on est sur le plaidoyer et vérifier qu'elle soit bien appliquée.
02:16Les écrits d'application sont publiés.
02:19Voilà, parce que malheureusement les lois ne sont pas toujours appliquées.
02:23Un exemple, nous on s'est beaucoup battus pour que les points d'eau qui sont prévus dans la loi anti-gaspillage,
02:28dans les établissements qu'accueillent du public, soient mis en place.
02:31Parce que ça, ça évite aux gens d'acheter de l'eau en bouteille plastique
02:34quand ils sont en extérieur, en déplacement, dans une gare ou autre.
02:38Et on est à trois ans de retard.
02:39On n'a que 50% des établissements qui respectent la loi.
02:43Donc voilà, on fait du plaidoyer, des enquêtes.
02:46Ça c'est tout autour du cadre législatif, réglementaire, etc.
02:52On a un deuxième pilier qui est autour de l'information et de la sensibilisation.
02:56À la fois pour parler des enjeux et aider chacun.
03:00Quand je dis chacun, ça peut être et des entreprises, et des particuliers, et des écoles, des enfants,
03:04à utiliser moins de plastique.
03:06Et on a un troisième pilier qui est du côté des solutions.
03:08C'est-à-dire que si on dit qu'il faut utiliser moins de plastique,
03:11que ce soit pour une entreprise, une collectivité locale, une famille.
03:15Quelle alternative on propose ?
03:16Comment on fait ?
03:17Et donc là, on a tout un travail où on recense les solutions,
03:20les solutions qu'on trouve pertinentes d'un point de vue environnemental.
03:22Pour ne pas avoir non plus de fausses solutions,
03:25on remplace par un autre matériau qui pose d'autres problèmes.
03:28Voilà, donc tout ce travail-là est aussi très important.
03:30Alors, venons-en à la raison pour laquelle on vous a invité,
03:33c'est-à-dire ce traité international.
03:37Il y a eu des négociations à Genève, la dernière session en tout cas se déroulait à Genève.
03:41Elle n'a pas abouti, c'était au mois d'août.
03:45Déjà, pourquoi le procès ?
03:47On va faire le négatif d'abord, puis ensuite on verra pourquoi il y a quand même encore des motifs d'espoir.
03:51Qu'est-ce qui a bloqué ?
03:53Alors, c'est un processus de négociation dans le cadre de l'ONU,
03:56du programme des Nations Unies pour l'environnement,
03:58qui est sous la règle du consensus.
04:00C'est-à-dire qu'il faut que les États,
04:02même s'ils partaient avec des positions très très différentes,
04:05arrivent à trouver des points d'accord
04:07pour ensuite écrire un traité et ensuite le mettre en œuvre.
04:11La grosse difficulté, c'est qu'il y a des positions aujourd'hui qui sont extrêmement divergentes.
04:16Il y a plusieurs difficultés.
04:17On est dans un contexte géopolitique compliqué.
04:19Donc, de toute façon, ça n'aide pas à ce type de négociation.
04:22Et par ailleurs, on a des positions très divergentes entre les États,
04:26avec des blocs qui s'affrontent.
04:28Donc, c'est un peu comme notre Assemblée nationale, finalement.
04:30Pardon pour...
04:31Voilà.
04:32Mais il faut imaginer ça, finalement.
04:33C'est ce qu'on vit.
04:34Oui, une difficulté à trouver un consensus sur des textes dans les positions qui sont très divergentes.
04:40Il y a le fait qu'aujourd'hui, la science nous dit que pour arriver à résoudre cette crise de la pollution plastique
04:48et microplastique et ses impacts aussi sanitaires, il faut absolument réduire la production.
04:51Ça, ça veut dire utiliser...
04:54Ça veut dire qu'en fait, on met en cause, d'une certaine manière, l'industrie pétrolière,
05:00l'industrie pétrochimique, une place turgiste, et les pays qui dépendent beaucoup de ces économies-là,
05:05de ces industries-là.
05:06Donc, notamment les pays du goffle, les pays pétroliers.
05:09Et donc, ces pays défendent, du coup, leur industrie.
05:13Donc, on est dans cette situation-là.
05:15Ça ne veut pas dire qu'il n'y a pas d'avancée, mais trouver un consensus, c'est extrêmement compliqué.
05:19Et donc, on va ouvrir la partie espoir.
05:23Vous dites que le processus est enclenché et donc il y aura de nouvelles sessions de négociations.
05:29Est-ce que le nombre de pays qui sont prêts à signer augmente à chaque fois ?
05:35Vous voyez ce que je veux dire ?
05:36Alors, en fait, ce qui est bien...
05:38Moi, j'ai vu ce qui s'est passé en Corée, dans l'étape précédente,
05:42où là, on a eu des coalitions de pays autour de 100 pays.
05:44Il y a à peu près 180 pays qui négocient.
05:46Donc là, on avait plus d'une centaine de pays qui étaient d'accord, par exemple,
05:49sur la réduction de la production à l'échelle mondiale,
05:51qui étaient d'accord sur aussi un point crucial, c'est réduire les additifs chimiques dans les plastiques.
05:57Il y en a plus de 16 000 et on sait qu'il y a au moins un quart qui est vraiment nocif.
06:00Voilà, donc on avait des points d'accord.
06:02On a continué à les voir.
06:04En revanche, on a vu une radicalisation quand même des opposants.
06:07Et malgré dix jours de négociation, on est resté, du coup, dans cette situation-là.
06:16Ce qui était intéressant, à la toute fin, parce que ça n'a pas abouti,
06:20mais à la toute fin, on a vu des pays bougés, comme la Chine, qui est un gros producteur de plastique,
06:25qui a eu des déclarations pour dire que le plastique était un produit plus complexe
06:29que ce qu'ils avaient imaginé, qu'en effet, on avait une production qui n'était pas soutenable
06:33et qu'il fallait réfléchir à des alternatives.
06:35Et ça, au-delà du fait que c'est un pays qui a un poids majeur,
06:39il peut aussi entraîner derrière plein de pays asiatiques.
06:42Donc ça fait bouger les lignes.
06:43Oui, c'est passionnant si vous dites parce qu'à côté de ça, on a des États-Unis
06:48avec le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche,
06:50qui nous dit que le changement climatique est l'arnaque du siècle.
06:54Enfin, il nous le dit devant les Nations-Unis, d'ailleurs.
06:56Ce n'est pas un hasard.
06:58Est-ce que la Chine peut se dire, tiens, il y a une opportunité,
07:02même avec beaucoup de cynisme,
07:03mais de devenir le porte-parole de ceux qui font bouger les lignes dans le bon sens ?
07:10Vous voyez ce que je veux dire ?
07:11Bien sûr.
07:11Alors, ça fait des années, voire des dizaines d'années,
07:14que la Chine a une stratégie de présence dans les instances multinationales,
07:18y compris à l'OMS, etc.
07:20Et donc là, c'est vrai qu'on le voit sur le climat.
07:22Ce qui est intéressant, c'est qu'au-delà cynisme ou pas cynisme,
07:25au-delà du fait qu'il y a une parole pour dire qu'on va aller, par exemple,
07:29sur la réduction des gaz à effet de serre.
07:31En fait, ils le font ensuite, si on prend cet exemple-là sur le climat.
07:34Donc, s'ils commencent à dire des choses sur le plastique
07:36et qu'ils ajustent de la même manière, ça peut être rassurant.
07:39Le prochain rendez-vous, c'est où ? C'est quand ?
07:41On ne sait pas encore.
07:42Ah, d'accord.
07:43Il y a le bureau du comité international de négociation
07:48qui se réunit la semaine prochaine.
07:51Donc, on pense que, de toute façon,
07:52comme il y a beaucoup d'échéances internationales d'ici la fin de l'année
07:55et même en début de l'année, ce ne sera pas avant le printemps.
07:58Ce qui laisse le temps aussi de négociations entre les sessions
08:02qui sont nécessaires pour continuer à faire bouger les lignes.
08:05Évidemment.
08:05Alors, bon, ce n'est pas parce qu'il n'y a pas eu d'accord
08:07qu'il faut rester les bras ballants.
08:10Je voudrais qu'on s'intéresse à ce que fait la France comme État
08:13et puis à ce que peuvent faire les entreprises, notamment, françaises.
08:17D'abord, au niveau étatique.
08:18Il y a un plan plastique, c'est ça qui est dans les tuyaux ?
08:23Oui, tout à fait.
08:24Alors, il y a plusieurs choses en France.
08:25On a parlé de la loi anti-gaspillage.
08:27On a aussi une déclinaison d'un règlement européen
08:30sur les emballages qu'on va devoir mettre en œuvre.
08:33Et la France a accueilli la Conférence des Nations Unies
08:35sur l'océan cette année.
08:36Et donc, dans les problématiques qui concernent l'océan,
08:39évidemment, on a la pollution plastique.
08:41Donc, à Nice, il y a déjà eu aussi une déclaration commune de pays
08:45sur la pollution plastique, 96 pays, ça s'appelle le Nice Wake Up Call,
08:49qui appelle à réduire la production mondiale de plastique,
08:52à réduire les additifs chimiques, à réduire les plastiques inutiles,
08:54tous les single-use plastiques, plastiques à usage unique.
08:57On peut faire beaucoup.
08:59Voilà, donc, dans cette ligne-là, on sent en tout cas qu'on a une ministre
09:03et on espère qu'elle va rester, parce qu'aujourd'hui,
09:06elle maîtrise très bien le sujet et elle est convaincue
09:09à la fois des enjeux environnementaux et sanitaires.
09:11Parce qu'il y a un gros volet sanitaire.
09:13Ça, il faut que les entreprises en aient conscience.
09:15La partie additifs chimiques, la partie microplastiques,
09:18on retrouve des microplastiques absolument dans tous nos organes.
09:22On en retrouve dans les fœtus.
09:24Donc, on en est là.
09:25Et il y a une étude qui vient de sortir,
09:27qui montre à quel point il y a des risques pour les générations futures.
09:30Donc, quand on a cette connaissance-là,
09:32qu'on est responsable politique ou qu'on est responsable d'une entreprise,
09:35on ne peut pas fermer les yeux.
09:36La connaissance, elle est là.
09:37Donc, en tout cas, en France, il y a un souhait du ministère actuel
09:40d'avoir un plan plastique qui soit le plus ambitieux possible.
09:43Évidemment qu'il améliore le recyclage, parce que c'est indispensable,
09:46mais qu'il ait aussi une logique de sobriété.
09:49D'en produire moins et d'en consomme moins, on en revient à votre logique.
09:53Le rôle des entreprises, est-ce que vous voyez des entreprises,
09:57seules ou en coalition, s'engager ?
10:00Alors, au niveau international, il y a une coalition d'entreprises
10:02qui travaille sur le traité international et qui souhaite qu'il y ait aussi des normes internationales
10:08pour avoir les mêmes règles du jeu pour tout le monde.
10:10C'est le principe de règles du jeu communes.
10:12En France, on a des entreprises qui ont, même des distributeurs,
10:18qui ont des plans de déplastification.
10:21Je ne sais pas si on peut en citer ou pas, mais par exemple,
10:23Biocop a été très pionnier sur le sujet.
10:25C'est le premier distributeur, et le seul malheureusement,
10:28qui a arrêté de vendre de l'eau en bouteille,
10:30qui était aussi un acte fondateur.
10:32Il faut savoir que l'eau et les boissons, pour la distribution,
10:35c'est une vache allée de l'expression,
10:37mais c'est les produits les plus vendus, l'eau et les boissons, chez les distributeurs.
10:42Donc, d'avoir un distributeur qui fait ce choix-là,
10:43qui aujourd'hui est beaucoup aussi sur des emballages en verre, réemployables,
10:47c'est tout le développement du réemploi qui est un gros axe
10:49pour la distribution et les industriels.
10:52C'est très important.
10:53Donc, Biocop, Carrefour a aussi un plan de déplastification
10:55qui, à notre sens, va plus loin,
10:57parce que pour l'instant, il n'attaque pas le secteur boisson,
10:59ce qui est important, mais ils ont attaqué plein d'autres secteurs.
11:02Donc, il y a des choses au niveau de la distribution.
11:03Il y a des entreprises aussi, soit des startups
11:09qui sont dans des solutions alternatives, des matériaux alternatifs.
11:12Il y a le réemploi qui se met en place avec le programme Reuse,
11:16qui est sous l'égide de Citeo,
11:18mais qui est un programme public avec des fonds dédiés.
11:21Et là, on revient à des bocaux, des bouteilles en verre,
11:24qu'on va ramener et qui vont être lavés, re-remplis, etc.
11:28Il nous reste une minute.
11:30Un monde sans plastique, ce n'est pas possible.
11:32Alors, pour l'instant, non.
11:36Et je ne sais pas si c'est souhaitable.
11:38En tout cas, ça a été possible avant, quand même.
11:40C'est-à-dire qu'il faut se remettre aussi dans l'histoire de l'humanité
11:42et dans les risques.
11:43Oui, c'est quand même un...
11:44Les usages sont tellement nombreux
11:48qu'on a du mal à s'imaginer le remplacer complètement.
11:52En fait, honnêtement,
11:53moi, je ne dis pas qu'il faut revenir à un monde sans plastique,
11:56mais si on se remet sur du temps long,
11:57c'est un matériau qui s'est développé à partir de 1950.
12:01Donc, en fait, il y a plein de gens vivants
12:03qui ont connu un monde sans plastique.
12:05Il faut aussi qu'on se rappelle ça
12:06et qu'il n'était pas si malheureux que ça.
12:08Bon, maintenant, aujourd'hui, en effet, il est partout.
12:10Il est dans nos vêtements.
12:1170% des textiles sont synthétiques.
12:12C'est du plastique.
12:13Donc, en fait, il faut voir là où on peut le réduire
12:18et c'est notamment les plastiques à usage unique,
12:20mais c'est aussi beaucoup les textiles synthétiques
12:22qui sont très nocifs.
12:23Merci beaucoup, Mme Papin.
12:25Et à bientôt sur Bsmart4Change.
12:28On passe au grand entretien de ce Smart Impact
12:31avec le DG de la Matmut tout de suite.
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