00:00Mon souhait le plus grand, c'est de pouvoir traiter ces dossiers en trois mois.
00:03En tant que professionnel, j'aimerais pouvoir, en trois mois.
00:07Mais j'y viens.
00:08Non seulement c'est irréaliste, mais c'est impossible matériellement.
00:13Ça n'est pas possible de traiter en trois mois ces dossiers.
00:15Quand j'ai commencé mes fonctions de magistrat, il y a un peu plus de 15 ans,
00:19j'ai été frappé sur cette matière, non pas de l'horreur,
00:22parce qu'au fond vous vous y habituez un peu à force de la répétition,
00:25mais du nombre d'affaires.
00:27C'est effectivement un problème de société.
00:28C'est un fait de société majeur.
00:30On a beaucoup d'affaires, énormément d'affaires.
00:33Et des affaires comme celle-là...
00:34Et ça, si vous me passez l'expression, il faut quand même s'en réjouir,
00:37parce que ce sont des plaintes qui n'existaient pas il y a quelques années.
00:40Ce sont des femmes ou des enfants, ou même parfois des hommes,
00:43qui osent pousser la porte d'une gendarmerie ou d'un commissariat.
00:47Depuis 2017, on a multiplié le nombre de plaintes de ce type d'affaires par 2,5.
00:52Mais moi, depuis 2017, je n'ai pas 2,5 fois plus d'enquêteurs à ma disposition
00:56pour mener ces enquêtes, et je n'ai pas autour de moi 2 fois plus de magistrats
01:00dans les sections des parquets des mineurs.
01:02Est-ce que vous voulez dire que le nombre de magistrats aujourd'hui,
01:04voire même le nombre d'enquêteurs aussi qui travaillent sur le terrain,
01:07gendarmes et policiers, n'est pas en adéquation avec le nombre de plaintes
01:12que vous recevez quotidiennement ?
01:15Non, absolument pas.
01:16Il n'est pas en adéquation.
01:17Je ne veux pas écarter toutes les autres difficultés.
01:20On peut y venir.
01:20Il n'y a pas qu'un problème de moyens.
01:22Mais il y a majoritairement un problème de moyens.
01:25Je discutais encore...
01:26Vous avez entendu les mots hier de l'avocat de la maman de Rosa,
01:31cette petite fille qui a porté plainte.
01:33Plainte qui est restée lettre morte pendant 9 mois,
01:36même si elle a subi un examen médico-légal.
01:39Mais en tout cas, Jérôme Barilla n'a pas été placé en garde à vue,
01:41qui dit qu'il y a eu aussi dans cette affaire
01:43des gendarmes et des enquêteurs paresseux, fainéants.
01:46Est-ce que ça vous semble être le cas dans cette affaire ?
01:49Je ne sais pas.
01:49Il faudra attendre le rapport des inspections.
01:51Il va arriver très vite.
01:52Donc on est maintenant 10 jours à attendre.
01:54Il faut attendre.
01:56Si vous voulez juger, analyser un dossier,
01:57ça ne se fait pas en claquant des doigts.
01:59Donc je ne vais pas le faire ici devant vous.
02:01Mais simplement, des gens qui sont moins bons,
02:04des gens qui sont un peu paresseux,
02:05des gens qui sont fatigués,
02:06des gens qui font des erreurs d'appréciation,
02:07il y en a partout.
02:08Il y en a chez les enquêteurs,
02:09il y en a chez les magistrats.
02:11Donc il peut y avoir des défaillances personnelles partout.
02:13Mais si on ne voit que ça,
02:15on règle le problème à court terme.
02:16Et j'ai dit, on trouve des boucs émissaires
02:18et on coupera des têtes, ça fera plaisir à certains.
02:20Mais on ne résoudra pas le problème à long terme.
02:22Moi, mon ambition, mon souhait, modestement,
02:25c'est de faire en sorte que notre société
02:27soit mieux armée pour lutter
02:29contre effectivement les prédateurs sexuels
02:31qui mettent en péril la vie des enfants.
02:34Et si vous voulez,
02:35la sensation qu'on a eue au début,
02:38en cadenassant un peu le débat
02:39et en disant on ne parlera pas des moyens,
02:41nous paraît être une façon d'entrer dans le débat
02:44qui n'est pas la bonne.
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