00:00Tout pour investir, la masterclass, quand le monde s'affole.
00:06Bonjour Mathieu, alors effectivement un sujet sur le blocage d'Hormuz, ça tombe bien, on avait une question un peu
00:12plus du point de vue financier à cet égard juste avant
00:14et vous vouliez rebondir sur, on peut le dire, c'est un excellent rapport de l'Atlantic Council puisqu'on
00:19a reçu à deux reprises depuis le lancement de cette émission
00:22un des représentants de l'Atlantic Council en plateau et c'était toujours extrêmement enrichissant.
00:26Ce rapport vient de publier des chiffres d'impact sur l'économie mondiale et effectivement ça nous permet d'avoir
00:31un peu de recul par rapport à ce qui s'est passé.
00:33Oui, un peu de recul Christopher et aussi ça permet de se rendre compte, moi personnellement depuis cette semaine,
00:40je trouve qu'on est tous focalisés sur l'envolée des prix énergétiques et c'est normal et là quand
00:45on voit ce graphe,
00:46j'ai eu un déclic, mais en fait là on est en train de changer d'échelle en termes de
00:50choc économique et là ce qui pointe maintenant c'est les pénuries.
00:56Voilà, donc on passe de l'envolée des prix aux pénuries et ça se voit à travers ces graphes,
00:59notamment quand vous regardez ce qui est en train de se passer avec le kérosène.
01:03Pourquoi ? Parce que dans quelques jours on va commencer à avoir des pénuries de kérosène en Europe,
01:09ce sera aussi valable un peu plus tard aux Etats-Unis.
01:12L'impact il est réel, nous dit l'Atlantic Council, une baisse de 20% de l'approvisionnement mondial suffirait
01:18à clouer au sol 8000 avions par jour.
01:22Et si l'aéronautique est en première ligne, c'est aussi parce que contrairement au pétrole brut,
01:28le kérosène ne peut se conserver qu'environ un an.
01:32Le pétrole brut peut se conserver beaucoup plus longtemps, résultat, on ne peut pas faire des réserves stratégiques comme on
01:38peut le faire avec le pétrole.
01:39Et donc vous avez aujourd'hui au niveau du kérosène par exemple, les Etats-Unis qui ont des réserves stratégiques
01:45de 27 jours,
01:47en Australie c'est 24 jours, donc en fait c'est assez peu.
01:51Un autre graphe intéressant que j'ai remarqué, publié par l'Atlantic Council, ça concerne le diesel.
02:00Ça je ne savais pas non plus, mais j'apprends qu'aujourd'hui vous avez aux Etats-Unis
02:07les camions qui circulent aux Etats-Unis font un peu plus de 640 milliards de kilomètres par an sur les
02:17routes aux Etats-Unis.
02:18Et ça, ce sont uniquement les camions de marchandises qui fonctionnent tous au diesel.
02:24Et cette image, elle est marquante parce que forcément, le diesel, c'est finalement le liant, le lubrifiant qui permet
02:32à un produit de sortir d'une usine et d'aller jusqu'au consommateur.
02:36Quand vous avez 640 milliards de kilomètres de routes fonctionnant au diesel,
02:40qui ont un diesel qui du jour au lendemain prend une hausse de 38%,
02:44d'un coup vous comprenez l'impact du blocage d'hormouze sur les prix, sur les biens à la consommation.
02:50Il suffit d'imaginer qu'on ait cet impact du diesel plus disons des engrais qui ont aussi également énormément
02:56augmenté,
02:57donc vous avez vraiment le cocktail mondial.
03:00Là vous avez le cocktail mondial, pareil sur les récoltes, vous en parlez,
03:05mais justement l'Atlantic Council aussi reprend les chiffres sur l'engrais.
03:09Après, on se rend compte de quoi ?
03:11Déjà, vous avez un tiers du commerce mondial d'engrais qui transite par Hormouze.
03:14Vous avez un quart de l'ammoniaque, qui est indispensable à l'agriculture aussi pour les récoltes, qui passe par
03:19Hormouze.
03:19Donc ça va avoir un impact.
03:20Après, vous vous rendez compte aussi que cet impact sur le rendement des récoltes va être totalement inégal en fonction
03:27de la situation géographique.
03:29Ça c'est empirique.
03:30Par exemple, on s'est rendu compte en 2021, quand le Sri Lanka avait interdit l'utilisation d'engrais chimiques,
03:40vous avez eu une baisse des rendements sur les cultures de riz de 24%.
03:45C'est énorme.
03:46C'était le cas d'école de ce qu'il ne faut pas faire justement.
03:49Exactement.
03:49Sauf qu'il y a eu des études d'impact sur les rendements sur les cultures faites en Chine et
03:56en Europe.
03:56Et vous vous rendez compte que là, le climat et la situation géographique fait qu'il y a un impact
04:01sur les rendements,
04:01mais qui est moins fort quand vous cultivez en Europe ou en Chine qu'au Sri Lanka par exemple.
04:07Donc vous avez vraiment des inégalités.
04:09Vous vous rendez compte aussi, et ça c'est encore une conséquence d'Hormouze, que rappelle l'Atlantique Council,
04:15que ça va aussi motiver notamment des agriculteurs américains à changer de culture.
04:22Le soja, c'est pas ça.
04:23Et à s'orienter vers le soja qui est moins gourmand, moins énergivore.
04:30Vous avez aussi l'impact sur l'aluminium.
04:34Il rappelle aussi, je ne l'avais plus en tête, mais vous avez une série de drones
04:39qui a frappé une usine, l'usine d'Altawellage à Abu Dhabi,
04:45qui est une usine d'aluminium gigantesque.
04:47Et cette seule usine à l'arrêt va provoquer un déficit de 1,5 million de tonnes d'aluminium.
04:55Sur un marché qui est tendu.
04:58Sur un marché qui est déjà totalement tendu.
05:01Donc là, je vous dis c'est un peu pêle-mêle,
05:05mais il faut bien se rendre compte que là, ce qui se passe avec Hormouze,
05:08on a déjà eu un choc sur les chaînes de valeur et d'approvisionnement pendant le Covid.
05:14Ensuite, on a eu un choc avec l'invasion russe en Ukraine.
05:18Si on prend l'exemple de l'aluminium, vous aviez le premier exportateur au monde d'aluminium
05:23qui était la Russie.
05:24Après l'invasion en Ukraine, finalement, il a fallu changer.
05:29Impact sur les chaînes, finalement, c'est le Qatar et la région du Golfe
05:32qui est le premier exportateur.
05:33Là, ce qui se passe à Hormouze, a priori, ça devrait être le Canada à venir.
05:37Mais voilà, vous allez avoir aussi dans quelques semaines,
05:41en Asie, un peu partout en Asie, les premières pénuries de produits
05:44dans le secteur pharmaceutique.
05:47Tout le monde, dans tous les secteurs, personne n'est épargné.
05:51Partout dans le monde.
05:51C'est ça qui est en train de se passer.
05:53Et c'est ce qui est intéressant avec ce rapport,
05:54parce qu'il y a eu un gros, gros focus quand même sur les prix de l'essence et le
05:58pétrole.
05:58Alors, c'est le premier étage de la fusée.
06:00Mais la réalité, et vous l'avez montré parfaitement,
06:02en fait, c'est toutes les chaînes d'approvisionnement logistique qui sont impactées.
06:06Je rebondirai justement aussi sur l'acide sulfurique,
06:09parce que qu'est-ce qui se passe, c'est que vous avez automatiquement
06:11des États qui, bien sûr, décident de mettre en place des mesures protectionnistes.
06:14À partir du 1er mai, vous allez avoir la Chine, justement,
06:17qui va complètement arrêter ses exportations d'acide sulfurique.
06:21Et malheureusement, on en a besoin partout.
06:22Les engrais, bien évidemment.
06:23Vous en avez besoin, par exemple, pour extraire du cuivre dans l'industrie au sens large.
06:29Donc, vous allez avoir ces déstabilisations qui vont être partout.
06:31Trois mois de perturbations à Hormuz, c'est 4 millions de tonnes de soufre en moins.
06:37Donc, effectivement, ça permet de voir l'ampleur du choc à venir.
06:41Et encore une fois, ça ne veut pas dire pourtant que ce sera inflationniste partout,
06:44mais sur la chaîne de production, il y aura ce rebond de l'inflation qui va se produire.
06:49Exactement.
06:49Vous voulez aussi parler sur l'opinion publique américaine ?
06:52Parce que c'est vrai que c'est très compliqué, quand même, en étant basé en Europe.
06:56On a toujours une vision un peu tronquée.
06:58C'était pour ça que c'était important, la dernière fois, lorsqu'on a eu l'échange
07:00avec ce membre de l'Atlantic Council, de voir un peu comment évolue l'opinion publique américaine
07:05à l'égard de Trump.
07:06L'opinion publique américaine, ce qui est sûr, c'est que Donald Trump,
07:11vis-à-vis de son électorat où il s'est fait élire sur des promesses de pouvoir d'achat
07:14et d'America First, aujourd'hui, tous les signaux nous montrent qu'il ne veut pas
07:19s'embourber en Iran.
07:21Donc là, alors après, peut-être que l'histoire me démentira.
07:23On n'a pas de boule, personne n'a de boule de cristal.
07:25Mais là, a priori, on voit que l'on ne parle plus du tout de changement de régime.
07:30Ça, c'est terminé.
07:31Il essaye de trouver un accord sur le nucléaire.
07:38Il essaye d'obtenir une photo avec une poignée de main historique
07:42entre le président libanais et Benyamin Netanyahou.
07:45Ce sera peut-être la semaine prochaine dans le bureau Oval.
07:48S'il a quelques concessions sur le nucléaire iranien, s'il a cette photo...
07:53En termes de communication, c'est suffisant.
07:55Il perdra une partie de sa mise.
07:57Il ne récupérera pas toutes ses billes.
07:59Mais en termes de communication, le truc est suffisant
08:02pour pouvoir se retirer du brebier iranien
08:05et revenir et se focaliser sur les mid-terms qui sont au mois de novembre.
08:13Et vous savez, en ce moment, vous avez tous les stratèges MAGA
08:16de sa base électorale
08:18qui tirent les premières leçons de la débâcle de Viktor Orban en Hongrie.
08:23Parce qu'Orban, en fait, il s'inspire l'un l'autre.
08:26Viktor Orban et Donald Trump.
08:28D'ailleurs, Viktor Orban, on l'appelle le Donald Trump.
08:31C'était Trump avant Trump, en fait, en Europe.
08:33Donc, Trump s'est beaucoup influencé d'Orban.
08:35Et là, sur sa débâcle, les stratèges MAGA se rendent compte
08:40que Peter Magyar, qui a gagné, est quelqu'un de droite
08:42et quelqu'un qui adopte aussi des positions conservatrices.
08:45Donc, ce n'est pas un rejet des politiques de droite ou conservatrices.
08:48C'est vraiment l'économie qui a marché.
08:50Et en fait, il y a eu une inflation de quasiment plus de 50%
08:53depuis 2021.
08:56Très mauvaise performance économique de la Hongrie sous Orban.
08:59Voilà.
08:59Donc là, vraiment, il y a les midterms en novembre.
09:02Il faut revenir.
09:03Il faut faire redescendre la flambée du pétrole
09:09qui est autour des 100 dollars.
09:11Ils aimeraient ramener un baril.
09:14De toute façon, ça va prendre du temps, tout ça.
09:15Vous connaissez le dossier mieux que personne.
09:18Mais c'est vrai qu'à la Maison-Blanche,
09:20ils aimeraient pouvoir faire redescendre la fièvre
09:22à peu près à 80 dollars.
09:24Difficile à moyen terme d'aller sous les 80 dollars.
09:27Mais à 80 dollars, on estime que...
09:30Ça passe au niveau des prix de l'essence.
09:32On aura réglé l'affaire.
09:34Ils ont au moins une bonne nouvelle.
09:35Parce que je pense que vous en aviez parlé.
09:37Alors, pas dans mon émission, parce que ce n'était pas encore lancé.
09:39Mais je crois que vous en avez parlé une fois sur les prix des œufs
09:41qui étaient un sujet l'année dernière pour Donald Trump.
09:44Parce que les œufs avaient beaucoup augmenté
09:45avec le prix du petit déjeuner.
09:46Et Bloomberg avaient fait notamment un indice du prix des petits déjeuners.
09:49Au moins, ils ont une bonne nouvelle.
09:50Le prix des œufs a chuté de 97%.
09:52Bon, c'est des choses qui sont juste liées à des maladies fortes.
09:55On se réconfortait avec quelques hommes lèvres.
09:56Voilà, avec ce qu'on peut.
09:58Effectivement.
09:58Mais vous nous dites aussi que, outre l'économie,
10:02qui est bien sûr un sujet essentiel pour les Américains,
10:03et aussi les attaques à l'égard du pape,
10:05enfin la prise d'armes qui a eu lieu, qui joue aussi.
10:08Oui, parce que ça, c'est lié aussi...
10:10Voilà, c'est aussi une question électorale importante.
10:13C'est une question aussi qui est liée à l'Iran.
10:15Pourquoi ? Parce que sur l'Iran, vous avez le pape,
10:17qui a rappelé ces derniers jours une ligne rouge théologique.
10:20Il dit, Jésus n'écoute pas les prières de ceux qui font la guerre,
10:23mais les rejette.
10:24Le pape a aussi jugé inacceptables les menaces de Donald Trump
10:27d'anéantir la civilisation iranienne.
10:30Et donc, très piqué au vif,
10:31Donald Trump en a fait une affaire personnelle.
10:33Il a fait un poste très agressif pour dire,
10:36si je n'étais pas à la Maison-Blanche, Léon ne serait pas là.
10:39Il a même invoqué le frère du pape, Louis Prévost,
10:41en disant, j'aime bien son frère qui est maga,
10:43mais pas son frère pape.
10:47Bref, et tout ça, en fait, ça a heurté, en fait,
10:51sa base maga fervente catholique.
10:56Mais j'aimerais vous faire écouter,
10:59j'aimerais vous faire écouter aussi, peut-être,
11:04c'était début janvier,
11:05juste après la capture et l'exfiltration du président vénézuélien,
11:09Léon, qui justement réagissait sur le front diplomatique
11:13et qui ne cachait pas son inquiétude,
11:14c'était pendant son homélie.
11:16Écoutez-le.
11:17Le bien du peuple vénézuélien doit primer sur toute autre considération.
11:26Il faut sortir de la violence
11:32et engager un chemin qui garantisse la souveraineté du pays.
11:38Voilà, couplé à ça,
11:39la conférence des évêques américains
11:42qui, eux, ont tiré à bout les rouges
11:45sur la politique migratoire de Donald Trump.
11:48Là, j'aimerais aussi vous les faire écouter.
11:50Ils ont publié, il y a quelques mois,
11:51une vidéo pour s'émouvoir de la politique migratoire de Donald Trump.
11:54Les évêques américains, écoutez-les.
11:57Nous sommes profondément préoccupés
11:59par le climat de peur et de division
12:01autour des questions de profilage
12:03et de contrôle de l'immigration.
12:05Nous sommes attristés par l'état du débat public actuel
12:08et par la stigmatisation des immigrés.
12:12Voilà, je vous fais écouter ces différents éléments sonores
12:15pour se rendre compte que Donald Trump,
12:17qui, lui, se publie en Christ, guérisseur, etc.,
12:22sa politique migratoire, ce qui se passe en Iran, etc.,
12:26ça, ça heurte, en fait, une base catholique et évangéliste.
12:30Les évangélistes le suivent depuis la première heure.
12:34Donc, il a retiré ses postes trop polémiques.
12:37Et là, voilà, ça reste aussi un élément électoral
12:39à suivre de près.
12:41Ça montre, effectivement, avec sa base MAGA
12:43et ce fissure, en fait, de plus en plus.
12:45Depuis qu'il est interventionniste au niveau international,
12:47on voit qu'une partie de sa base commence à être un peu dubitative
12:50par rapport à la campagne.
12:52Tout à fait.
12:53Et là, on voit aussi qu'il en a pris conscience cette semaine
12:55et fait rarissime.
12:57Il a retiré ce fameux poste qu'il avait mis sur Trousse Social.
13:00Il était à Vacaille.
13:01Il est un poste où on le voit avec une toche blanche et rouge
13:04généré par l'IA,
13:05avec une lumière divine dans une main
13:07et de l'autre main guérissant un malade,
13:09la main posée sur son front.
13:11Là, les évangélistes...
13:12Magnifique.
13:12On dit, non, non, personne ne se prend pour le Messie, quoi.
13:15Non, en effet.
13:16Même pas vous.
13:16Merci beaucoup, Mathieu Jolivet.
13:19On vous retrouve la semaine prochaine
13:21pour un autre point, bien sûr, sur la géopolitique.
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