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  • il y a 2 jours
Ce vendredi 20 mars, Christopher Dembik présente Quand le monde s'affole dans l'émission Tout pour investir, la masterclass, sur BFM Business. Retrouvez l'émission tous les vendredis à 11h.

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Transcription
00:00Tout pour investir, la masterclass, quand le monde s'affole.
00:05Bonjour Mathieu. Bonjour Christopher.
00:07Alors sans surprise évidemment on va parler de l'Iran, c'est un peu le sujet de la situation dans
00:12le Golfe.
00:13Est-ce qu'il y a une question qu'on se pose, c'est que pour l'instant les pays
00:15du Golfe ont été plutôt passifs à l'égard de l'Iran,
00:17est-ce qu'ils pourraient être plutôt offensifs ?
00:19Eh bien écoutez ça, ça va être peut-être la question clé cruciale des prochains jours qu'on va scruter.
00:25Stratégiquement on voit que l'Iran a déporté la guerre sur le terrain de l'énergie avec ce choc spectaculaire.
00:30Ça c'est le cœur battant des pays du Golfe.
00:32Maintenant attention parce que c'est vrai que depuis le début de l'offensive israélo-américaine dans la région,
00:37on parle ou on guette la réaction des pays du Golfe comme si les pays du Golfe parlaient d'une
00:43seule voix et étaient une seule personne.
00:45Mais si vous regardez attentivement, vous remarquez par exemple que depuis que le champ gazier au Qatar
00:50a été percuté par les frappes iraniennes, en représailles des frappes israéliennes sur un champ gazier en Iran,
01:01eh bien il y a Riyad qui a prévenu Téhéran que sa patience avait des limites.
01:04Donc on a un discours qui se veut un peu plus offensif.
01:07Mais quand vous regardez le message en creux qui est en parallèle et diffusé sur la chaîne Al Jazeera par
01:12le Qatar,
01:12ce n'est pas le même discours que celui de Riyad.
01:15Et vous sentez que le Qatar est pour l'instant un peu plus dans la voie diplomatique
01:20et surtout le Qatar essaye d'envoyer un message d'avertissement plus en direction de Washington
01:28en lui disant « Où sont vos garanties de sécurité pour le Qatar ? »
01:32Puisqu'aujourd'hui vous avez quand même son champ gazier qui fait un cinquième du GNL mondial qui a été
01:37percuté.
01:38On voit que le Qatar a dû dans l'urgence publier un communiqué hier soir en expliquant qu'il brandissait
01:46le cas de force majeure
01:47pour revoir tous ses contrats.
01:49C'est 20 milliards de pertes, je crois.
01:5020 milliards de pertes.
01:50Une infrastructure de 26 milliards de pertes.
01:52Et il avertit ses principaux clients en Chine, en Corée du Sud, en Belgique, en Espagne, plusieurs pays européens
01:58que les contrats existants deviennent obsolètes.
02:02Voilà, parce que la machine est en partie cassée.
02:05Donc pour l'instant, le Qatar essaye plutôt de comprendre ou d'envoyer le message à Washington
02:11qu'il a besoin de garanties de sécurité.
02:13Et il se tourne un peu moins vers Téhéran.
02:15Il faut se rappeler aussi qu'Israël avait mené une attaque début septembre sur le sol qataris
02:20pour éliminer des dirigeants du Hamas.
02:22Dans la foulée, vous aviez eu début octobre, Donald Trump qui avait signé en urgence un décret présidentiel
02:29pour s'engager à défendre le Qatar de toute attaque extérieure.
02:33Donc si vous vous mettez à la place du Qatar, vous pouvez comprendre qu'il puisse avoir un sentiment plutôt
02:39amer
02:39par rapport à ses garanties de sécurité.
02:41Et puis dernier point, Christopher, c'est plus dans la symbolique.
02:45La région du Golfe et les pays du Golfe font attention aux symboles
02:49qui pourraient renvoyer ensemble vis-à-vis de l'ensemble du monde musulman,
02:54où on parle de plusieurs milliards de personnes,
02:57s'ils devaient finalement mener un combat côte à côte avec Israël.
03:00– Et finalement, quand on voit cette thématique pour l'administration Trump,
03:04si vous avez la guerre en Iran, c'est finalement la paix par la force.
03:08Et on le voit assez bien, c'est toujours quelque chose qui a été mis en avant,
03:11même au Venezuela finalement.
03:12– Exactement, ça c'est vraiment dans la rhétorique de l'administration Trump,
03:18quelque chose d'assez intéressant et qui est presque constitutif
03:21de l'histoire contemporaine des États-Unis.
03:24hier, lors de sa conférence de presse, qu'il avait monté un peu en urgence,
03:28qui a renvoyé un sentiment même un peu de panique.
03:30Vous avez le secrétaire à la Défense, le patron du Pentagone, Pete Exet,
03:33qui a invoqué la paix par la force.
03:36Donald Trump, il utilisait tout le temps cette formule de paix par la force
03:40pendant sa campagne.
03:42Écoutez-le, là il s'adressait à ses partisans,
03:44c'était encore en Caroline du Nord en 2024.
03:47– Si vous partez en guerre avec un autre pays, qu'il soit ami ou pas,
03:53vous ne ferez plus affaire avec les États-Unis,
03:55parce que nous vous imposerons des droits de douane de 100%.
04:01J'ai évité beaucoup de guerres dans le monde par des coups de téléphone.
04:06– Bon, là dans l'esprit de Donald Trump, on impose la paix par des pressions commerciales
04:11et pas par la guerre.
04:12Mais sur le concept lui-même, au fond, on voit bien que Donald Trump,
04:17il n'invente rien.
04:18La paix par la force, c'est une idée qui est vieille comme le monde.
04:21Les Romains le disaient déjà, si tu veux la paix, prépare la guerre.
04:24Et aux États-Unis, c'est surtout un héritage contemporain,
04:29c'est l'héritage de Ronald Reagan.
04:32En octobre 1980, Reagan explique très clairement sa vision sécuritaire
04:37lors d'un discours à la nation autour de ce concept de paix par la force.
04:42Écoutez-le.
04:42– Nous avons entendu l'expression « la paix par la force » si souvent
04:50que son sens s'est estompé à force d'être utilisé.
04:53Le moment est venu pour l'Amérique de se souvenir à nouveau
04:55des vérités fondamentales qui se cachent derrière ces mots familiers.
04:59La paix repose sur la réalité de la puissance, économique, militaire et stratégique.
05:03La paix repose sur la force, il n'y a pas d'autre voie.
05:07Et le fait froid et implacable est que notre puissance économique, militaire et stratégique
05:12sous la présidence de Carter est en train de s'éroder.
05:15Ce n'est que si nous sommes forts que la paix peut être forte.
05:17– Intéressant d'entendre Ronald Reagan aujourd'hui.
05:23Donc lui, il a invoqué, et c'était vraiment un slogan pour lui de toute sa présidence.
05:28La paix par la force.
05:29On voit que la paix pour lui, ça vient de la puissance.
05:32Sur le papier, c'est cette vieille promesse américaine d'éviter des grandes guerres
05:36en étant plus fort que tout le monde.
05:37Mais derrière la formule de paix par la force, en fait, ce qui est aussi intéressant,
05:41c'est de voir que Reagan et Trump ne racontent plus du tout la même histoire.
05:45La paix par la force, selon Reagan, c'est d'abord, à l'époque, un équilibre de la terreur
05:50qui doit être assumé et maîtrisé vis-à-vis de l'ennemi soviétique.
05:54Il s'agit de se réarmer, mais il faut se réarmer pour mieux négocier,
05:59pas pour taper avec Moscou, pour consolider les alliances
06:03et pour défendre un ordre international qui est libéral.
06:06Chez Reagan, la force, elle va se traduire à l'époque par une explosion du budget militaire,
06:11mais aussi en parallèle par une activité diplomatique très forte
06:15où il va longuement négocier avec Gorbatchev des accords de désarmement.
06:20Et le point d'aboutissement, c'est le traité INF de 1987
06:25qui va être signé par les deux dirigeants
06:27et qui va éliminer toute une catégorie entière d'armes nucléaires.
06:31Donc voilà, Reagan, c'est la force pour dissuader
06:33et en parallèle, une négociation pour stabiliser.
06:36En revanche, chez Trump, la paix par la force, on le voit bien,
06:39c'est plus un rapport de domination
06:40et c'est plus un prétexte pour mettre un coup de pied dans le multilatéralisme.
06:45L'ordre international, on le voit bien, on en parle toutes les semaines,
06:48l'ordre international avec les codes qui ont été dictés
06:51au lendemain de la Seconde Guerre mondiale,
06:53c'était ceux-là sur lesquels s'appuyait Ronald Reagan
06:56quand il parlait de paix par la force,
06:58alors que Donald Trump, lui, veut au contraire s'en débarrasser.
07:03Donc voilà, la paix par la force de Trump,
07:05on voit bien, en fait, c'est un concept qui est plus un prétexte
07:07et qui participe à cette brutalisation du monde
07:09et peut-être à des replis protectionnistes
07:12et à une vision hémisphérique d'un monde qui se redessine par grands blocs
07:16et qui convient à la doctrine de Trump.
07:18Et justement, vous avez évoqué le monde qui se redessine
07:20avec quelques blocs ou hémisphères,
07:22peu importe la terminologie.
07:24Vous avez quand même la Chine qui est vraiment au cœur aussi de ce sujet-là.
07:28On le voit assez bien.
07:29Oui, alors c'est que dans ce conflit en Moyen-Orient,
07:30pour l'instant, on en parle un peu moins,
07:32mais c'est vrai qu'il faut quand même rappeler, marteler,
07:34que la Chine, c'est le premier importateur mondial de pétrole.
07:36Et ça, vous le savez mieux que tout le monde.
07:39Et qu'aujourd'hui, vous avez 13% du pétrole importé par la Chine
07:44qui est du pétrole iranien.
07:45Vous avez la moitié du pétrole importé par la Chine
07:48et 30% du GNL importé par la Chine
07:51qui vient de la région du Golfe Persique.
07:55Donc en fait, la Chine est peut-être le pays le plus exposé
07:58aujourd'hui à ce choc énergétique spectaculaire.
08:01Alors bien sûr, comme toujours, ils ont tout planifié,
08:03ils ont prévu tous les scénarios.
08:05On sait qu'ils ont des stocks stratégiques
08:06d'un peu plus d'un milliard de barils.
08:10Ils peuvent tenir à peu près six mois.
08:12Mais à la limite, le sujet,
08:14ça n'empêche pas un choc qui pourrait devenir
08:16presque d'ordre systémique pour la Chine.
08:18Parce qu'ils ont beau pouvoir tenir six mois,
08:20si le conflit, et c'est pour ça que la question est de savoir
08:24si ce conflit est parti pour durer ou pas.
08:27Parce que si vous écoutez aujourd'hui les États-majors
08:29américains et israéliens,
08:31ils vous disent qu'on est dans un temps peut-être
08:33qui s'accélère, aussi médiatique qui s'accélère,
08:36et que deux semaines et demie, c'est très très court
08:37quand on combat un pays de 100 millions de personnes.
08:40Et que s'ils continuent sur cette lancée,
08:42tout est plié fin avril.
08:43Bon, on verra.
08:45Je n'en ai aucune idée.
08:46Je ne peux pas lire dans cette boule de cristal.
08:48En revanche, si dans le scénario où c'est amené à durer,
08:53là vous pouvez dire que la Chine,
08:55bien qu'ayant ses stocks stratégiques,
08:57devra à ce moment-là faire face à un monde
09:00qui connaîtrait un choc inflationniste extrêmement fort.
09:03Vous voyez que le prix de l'essence aux États-Unis,
09:05là il a pris en quelques semaines 30%.
09:06Exactement.
09:07L'essence a pris 30%.
09:08Là on tape au plein d'essence des Américains.
09:11Donc derrière, ce qui se dessine,
09:14c'est potentiellement un énorme choc de demande
09:17aux États-Unis et en Europe,
09:19qui dit choc de demande,
09:20dit je commande moins de produits chinois.
09:22Et donc là c'est toute la machine,
09:24l'économie chinoise repose sur ses exportations.
09:28C'est ça qui se dessine.
09:30Alors après, qu'est-ce que peut faire Pékin dans cette situation ?
09:34Il y a des situations de report.
09:35La première auquel on pense bien sûr,
09:37c'est le pétrole russe.
09:39Oui.
09:40Avec finalement l'administration Trump
09:42qui est plutôt laisse-faire au niveau de la Russie.
09:45On l'a vu avec l'Inde.
09:45Oui, parce que ça fait partie des grandes leçons
09:47au bout de trois semaines.
09:49Aujourd'hui, la priorité de Trump face à cette guerre
09:52qui s'est déportée sur le front énergétique aussi,
09:56la priorité c'est de calmer les marchés,
09:58de calmer le prix du baril qui s'enflamme.
10:02Donc les sanctions prises contre Vladimir Potim,
10:06on les met entre parenthèses.
10:08Et on a eu même pour la Biélorussie,
10:10il y a un jour ou deux, je crois que c'était jeudi,
10:12que ça s'est produit.
10:13Et pour la Biélorussie,
10:15on ne s'est pas évoqué,
10:16mais la Biélorussie est un grand exportateur de fertilisants.
10:19Et donc bien sûr, les fertilisants,
10:20les engrais au détroit d'Ormousse, c'est bloqué.
10:22Donc potentiellement, c'est aussi ces leviers-là
10:24qui peuvent être actionnés.
10:25Et finalement, on se dit,
10:26la priorité, ce n'est pas la Russie-Biélorussie.
10:28C'est le portefeuille des Américains.
10:30Et donc il faut calmer les prix.
10:32Et donc on se retrouve dans cette situation assez dingue,
10:34où la Chine finalement,
10:36qui potentiellement va pouvoir se prendre un choc d'ordre systémique
10:39sur son économie,
10:41le report vers le pétrole russe,
10:42il y a deux limites,
10:43il y a déjà les oléos du Krus,
10:44qui tournent déjà à plein régime.
10:46Donc ils sont en full capacité,
10:48on ne peut pas faire un débit plus rapide.
10:50Et puis ils risquent de se retrouver aussi,
10:52nos amis chinois,
10:53face à une concurrence indienne,
10:55sur le report du pétrole brut,
10:57sachant que...
10:57Et en pose des prix.
10:58Exactement,
10:59puisque Donald Trump vient justement
11:00de lever les sanctions
11:02qu'il avait mises sur le pétrole russe
11:06et permis aux Indiens d'acheter du pétrole russe.
11:09Donc là, il va y avoir une concurrence frontale
11:11aussi avec les Indiens.
11:12Et là, c'est un peu l'ironie de l'histoire,
11:14ou en tout cas l'effet domino et indirect
11:19de ce blocage du détroit d'Hormuz,
11:21qui finalement d'un coup va placer
11:25Vladimir Poutine dans une nouvelle position.
11:27Vous savez, on avait beaucoup parlé
11:28de l'économie russe
11:29qui était en surchauffe d'économies de guerre
11:31pendant deux ans, deux ans et demi, etc.
11:34Et là, en fait, ça fait un an, un an et demi
11:35que ça y est, l'économie, elle stagne,
11:37elle commence à refluer
11:38et surtout subit des moins-values spectaculaires
11:41de recettes énergétiques.
11:43Cette courbe, elle est en train de s'inverser.
11:45Et en fait, l'histoire du choc énergétique aujourd'hui,
11:49c'est un véritable jackpot budgétaire
11:51pour Vladimir Poutine, qui potentiellement,
11:53si ça continue, va pouvoir se refaire
11:57et notamment va pouvoir se refaire
11:59d'un point de vue budgétaire,
12:00qui dit se refaire d'un point de vue budgétaire,
12:01dit pouvoir réarmer notamment ses stocks,
12:04sachant qu'on savait qu'il y avait
12:05un point de flux tendu sur ses stocks,
12:07qu'il y avait une diminution
12:08de ses stocks d'armement.
12:09Se refaire d'un point de vue budgétaire,
12:11je me refais dans les usines
12:12et je reprends du poil de la bête
12:14sur le front ukrainien.
12:15Oui, c'est le vrai gagnant
12:16parce qu'on estime, alors,
12:18les estimations peuvent diverger,
12:20mais grosso modo,
12:21on considère que pour avoir
12:22un budget à l'équilibre du côté russe,
12:23il faut un prix du baril
12:24qui est à 100 dollars.
12:25Donc, on y est exactement
12:26et vous l'avez dit à juste titre,
12:28c'est-à-dire que la Russie
12:29continue à d'exporter du pétrole,
12:31mais on était déjà un prix du baril de pétrole
12:33avant le conflit autour de 60 dollars,
12:34donc trop faible pour l'économie russe.
12:37Plus ils mettaient en place...
12:38Plus le fait qu'ils le bradaient, en fait.
12:39Voilà, c'est ça le problème.
12:40Et ils le bradaient pour que ce soit à retirer.
12:42Donc, automatiquement,
12:43ils avaient bien sûr des rentrées,
12:44mais qui étaient clairement insuffisantes.
12:45Donc, c'est peut-être le vrai gagnant.
12:46Donc là, ils gagnent en volume et en prix.
12:48Complètement.
12:49Et au lieu d'être vassalisés par la Chine,
12:52finalement, ils se rendent compte
12:52que le partenariat est un peu plus équilibré
12:54parce qu'ils ont quand même besoin
12:55du pétrole russe un certain temps.
12:57Ils gagnent sur tous les plans.
12:58Complètement.
12:59Merci beaucoup, Mathieu Jolivet.
13:00On se retrouve la semaine prochaine.
13:02On a une session qui va être spéciale
13:04sur la souveraineté européenne.
13:06Donc, peut-être qu'il faudrait un sujet
13:07en tout cas avec nos invités pour revenir.
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