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Ce mardi, le verdict du procès de la DZ Mafia a été rendu. Après cette décision de justice, comment poursuivre efficacement, au quotidien, la lutte contre le fléau du narcotrafic et la criminalité organisée ? Christian Sainte, directeur national de la police judiciaire, est l'invité de RTL Matin.
Regardez Face à Fogiel du 16 avril 2026.
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00:01RTL Matin, Thomas Soto
00:05Il est 8h17, l'interview de Marc-Olivier Fogiel, deux jours après le verdict dans le procès des chefs présumés
00:10de la DZ Mafia
00:11et alors que la guerre contre le narcotrafic semble plus difficile à mener et à gagner que jamais.
00:16Vous recevez ce matin Marc-Olivier Christian Sainte, c'est le directeur national de la police judiciaire.
00:21Bonjour Christian Sainte.
00:22Bonjour M. Fogiel.
00:23On va revenir pour commencer sur le verdict tombé en début de semaine concernant le procès de la DZ Mafia
00:28où Gabriel Horry notamment et Amine Wallana, deux grands chefs de l'organisation criminelle,
00:33étaient jugés pour avoir participé à la préparation d'un double assassinat.
00:37L'un a été condamné à 25 ans de prison, l'autre a quitté.
00:40Et Amine Wallan a dit de façon provocante, comme sont ses chefs de la DZ Mafia,
00:44M. Darmanin veut faire des résultats mais ce n'est pas avec nous qu'il va les faire.
00:48Il y en a qui veulent faire les présidentielles.
00:50Je comprends le problème du narcotrafic dans ce pays mais ce n'est pas en prononçant des peines à notre
00:54rencontre
00:54que ça va régler le problème du narcotrafic.
00:56Au-delà de la provocation, il se trompe, un procès comme celui-là qui vient de se tenir
01:00est primordial dans la lutte contre le narcotrafic ?
01:03Il est essentiel parce qu'effectivement c'est à ma connaissance le premier gros procès
01:07qui aujourd'hui s'est déroulé et probablement pas fini d'ailleurs si j'en juge les résultats du verdict
01:13qui concerne la DZ Mafia.
01:15D'autres affaires vont être audiencées.
01:16Il était important je pense d'avoir un point de départ judiciaire, un rendez-vous judiciaire
01:20où les débats sont ce qu'ils sont par rapport à la mise en cause des uns ou des autres
01:24mais ça n'est que le début d'une série.
01:26Le début d'une série et un procès, on va y venir quand même, on l'a beaucoup raconté sur
01:29RTL
01:29qui s'est fait dans des conditions incroyables de sécurité, des hélicoptères.
01:34Ces hommes sont très très très dangereux.
01:36Ils appartiennent à une organisation qui aujourd'hui est très agressive sur le territoire national
01:41qui n'hésitera pas à utiliser tous les moyens pour pouvoir parvenir à ses fins
01:45y compris organiser une évasion par exemple.
01:47Et tuer des magistrats ?
01:48Voir effectivement menacer ou tuer peut-être des magistrats.
01:52Ce qui est certain c'est qu'on a déjà l'exemple d'Amra qui s'est évadé
01:55dans les conditions que nous connaissons avec deux agents pénitentiaires qui ont laissé leur vie.
01:59Comment lutte-on contre cette organisation criminelle ?
02:01On a l'impression que c'est une hydre sans tête.
02:04On en coupe une et une autre repousse immédiatement voire plusieurs.
02:07Aujourd'hui la direction nationale de la police judiciaire que vous dirigez a été désignée
02:11par le ministère de l'Intérieur, chef de file pour conduire et coordonner la lutte
02:14contre la criminalité organisée entre policiers et gendarmes.
02:17On peut espérer aujourd'hui des meilleurs résultats dans la lutte contre le narcotrafic ?
02:21La tâche est ardue parce qu'effectivement ce sont des organisations qui sont nombreuses
02:25et qui phagocytent en quelque sorte des groupes criminels qui font allégeance en certains cas
02:29et qui s'associent à la DZ Mafia.
02:31Aujourd'hui la DZ Mafia est localisée sur plus d'une dizaine de départements,
02:35en tout cas documentés en présence criminelle j'entends évidemment sur des points de deal
02:39ou par rapport à des acquisitions d'exécution de contrats.
02:42Et nous on a besoin de comprendre ce qui se passe,
02:44on a besoin de voir quelles sont les figures émergentes
02:46parce qu'en matière de criminalité, la nature ayant horreur du vide,
02:50il y a un renouvellement générationnel permanent.
02:52Mais aujourd'hui c'est combien de personnes ?
02:54Parce que par exemple le 9 mars dernier,
02:551000 militaires de la Gendarmerie nationale ont permis l'interpellation de 43 individus
02:59soupçonnés d'occuper un rôle important au sein de l'organisation de la DZ Mafia.
03:0343 on se dit que c'est beaucoup,
03:05mais en fait c'est une goutte d'eau dans l'océan de la DZ Mafia ?
03:08S'agissant spécifiquement de la DZ Mafia,
03:10donc on fait un recensement très précis si vous voulez des interpellations
03:12qui sont réalisées depuis à peu près deux ans,
03:14on est à plus de 900 personnes interpellées
03:17et 550 personnes qui sont écrouées.
03:19Donc ça vous donne quand même une image de ce que ça représente.
03:22Pourquoi ? Pour des faits de trafic de stupéfiants,
03:24à peu près pour la moitié,
03:25et pour des faits d'assassinats, de tentatives d'assassinats,
03:28de règlements de comptes, des menaces, des violences.
03:30Mais donc ça ceux-là ils sont hors d'état de nuire j'allais dire ?
03:33Oui, mais ils rentrent en prison, certains ressortent,
03:35son mandat de dépôt provisoirement,
03:37d'autres sont condamnés, on l'a vu.
03:40Ce que je veux dire par là c'est qu'effectivement
03:41il y a toujours un phénomène de recrutement
03:44qui est mis en oeuvre par ces organisations
03:45et qui permet de réabonder, si vous voulez,
03:47en soldats, entre guillemets, ces organisations criminelles.
03:49Donc parce que d'un côté il y a les têtes,
03:50de l'autre côté il y a les soldats.
03:51Il y a combien de têtes en gros ?
03:53En fait au départ si vous voulez c'est une alliance d'individus
03:55qui représente six têtes, six têtes, huit têtes
03:58selon ce qu'on considère dans ces faits-là.
04:00Certains sont incarcérés, enfin certains de ces individus,
04:02on en a l'exemple, vous l'avez cité de nom en particulier,
04:05d'autres sont toujours en liberté, voire même à l'étranger,
04:08nous les connaissons, nous les avons identifiés,
04:09nous les mettons en cause dans les dossiers avec la justice,
04:11mais effectivement maintenant il faut l'encher de recherche pour être interpellé.
04:14Donc six têtes et combien de soldats
04:15qui en permanence sont recrutés ?
04:17Plusieurs dizaines, plusieurs centaines,
04:19parce qu'en fait vous savez ils travaillent à la commande
04:21par le biais de réseaux sociaux, par le biais de boucles criminelles
04:24qui recrutent à la tâche en fait des malfaiteurs
04:26qui sont chargés de mettre à exécution les instructions,
04:29le commandit d'un meurtre, partagent aussi des tâches,
04:32celui qui va voler la voiture, celui qui va tirer,
04:34celui qui va faire la surveillance,
04:35celui qui va brûler le véhicule qui a servi.
04:37Et donc en fait finalement c'est un recrutement massif
04:39sur l'ensemble du territoire national.
04:41Vous dites celui parce que c'est facile de dire celui,
04:43mais aujourd'hui on peut dire celle aussi,
04:45puisqu'il y a aussi des femmes.
04:46Oui, alors c'est un phénomène que nous considérons bien,
04:48puisqu'effectivement on a une féminisation de la criminalité organisée,
04:52il faut quand même le dire sous cet angle-là.
04:53Au départ les femmes apparaissaient d'abord plutôt sur le plan logistique,
04:57typiquement les nourrices, l'hébergement de malfaiteurs
05:00dans le cadre des trafics de stupéfiants.
05:01Et là maintenant on les voit apparaître sur des faits criminels eux-mêmes
05:04avec une participation active à l'occasion des assassinats.
05:08Et tous ces gens-là sont recrutés comment ?
05:09Sur les réseaux sociaux ?
05:10Principalement oui.
05:11Et on leur donne de l'argent ?
05:12Ça peut être 2000 euros pour un règlement de compte,
05:14pour participer à un règlement de compte,
05:15pour aller voler un véhicule, ça peut être 5000 euros,
05:17aussi à la commande, mais c'est jamais très élevé finalement au fond
05:19par rapport à la vie humaine qui est à l'autre bout.
05:21Et la manne financière du narcotrafic, on l'estime à combien ?
05:24Aujourd'hui on a à peu près 2 milliards d'euros d'avoir criminels
05:27qui ont été confisqués par les services de police l'année dernière.
05:30C'est probablement évidemment pas le reflet de la réalité des trafics.
05:34Vous savez qu'il y a des études qui laissent à penser
05:36qu'on est à peu près sur un trafic international du narcotrafic
05:39de 7 à peut-être 10 milliards d'euros.
05:417 à 10 milliards d'euros, ce qui permet de corrompre un certain nombre d'agents.
05:44Il y a beaucoup d'agents corrompus ?
05:45C'est une menace, si vous voulez, qui pour nous est tout à fait bien identifiée.
05:48Et ça touche tous les corps de métier.
05:50Tous les corps de métier, la police aussi d'ailleurs.
05:52Et que ce soit l'administration ou le privé d'ailleurs.
05:54Une organisation criminelle se donne les moyens d'arriver à ses fins
05:57et la corruption est un des moyens qui lui permet de parvenir
06:00à obtenir ce qu'elle souhaite, c'est-à-dire des facilités,
06:03de l'information sur des individus qui font l'objet de cibles
06:06ou des enquêtes qui sont en cours.
06:07Les 5-6 têtes de réseau dont vous avez parlé,
06:10certains sont en prison et notamment dans les prisons de haute sécurité.
06:12Est-ce que ça les empêche réellement, finalement, de commanditer des meurtres ?
06:17Est-ce que ça les empêche d'organiser le trafic ?
06:20Jusqu'à là, pas manifestement, et c'est d'ailleurs l'objet du procès à Aix-en-Provence,
06:23c'est depuis la prison que ces gens-là auraient pu orchestrer les meurtres.
06:27D'où l'intérêt d'avoir mis en place les QLCO qui en réalité sont des quartiers sécurisés.
06:34Nous savons que ces quartiers représentent en fait un vrai handicap pour ces malfaiteurs
06:38qui ont beaucoup de difficultés à communiquer avec l'extérieur
06:41et qui d'ailleurs essaient de se donner les moyens de contourner d'ailleurs cette impossibilité.
06:45Et vous savez comme moi que à partir du moment où vous ne communiquez plus avec l'extérieur,
06:48vous perdez en influence, vous perdez en capacité de manœuvre
06:51et évidemment vous perdez en autorité sur les équipes qui sont à l'extérieur.
06:55Donc c'est essentiel ces prisons de haute sécurité ?
06:56Moi je trouve, effectivement c'était plutôt un concept intéressant de ce point de vue-là.
07:00Christian Sacassi, il vous manque aujourd'hui pour encore mieux lutter contre le trafic de drogue ?
07:03Parce qu'on vous écoute, c'est passionnant, mais on se dit, ce que je disais un peu au début,
07:08vous avez une petite cuillère, vous vous écopez, mais c'est le tonneau des Danaïdes.
07:12Déjà, vous avez parlé de chef de fila tout à l'heure, j'y reviens, trois secondes.
07:15Le but c'est de mieux s'organiser, c'est de coordonner, c'est de structurer notre action
07:18entre tous les services de police, de gendarmerie.
07:20Aujourd'hui c'est déjà le cas, mais pour renforcer cette coopération,
07:25mais également aussi avec les services de renseignement, on va beaucoup plus loin
07:27que les services stricto sensu qui font de la procédure judiciaire.
07:30Donc ça c'est de la mission qui m'est confiée par le ministre de l'Intérieur.
07:33Alors vous me posez la question des moyens qui nous manquent.
07:35Aujourd'hui on a un virage qu'il ne faut absolument pas rater, c'est le tournant numérique.
07:40C'est la capacité que les services doivent avoir, la justice finalement,
07:44puisque ce sont les services qui travaillent pour faire de la police judiciaire,
07:46à pénétrer, à infiltrer les boucles criminelles dont nous parlions tout à l'heure.
07:51Donc c'est la capacité à rentrer dans les réseaux qui sont utilisés par ces organisations criminelles.
07:54Si nous n'obtenons pas ces moyens-là de manière beaucoup plus systématique
07:59que ce qui est le cas aujourd'hui, nous aurons beaucoup de handicaps
08:02par rapport à la capacité d'infiltrer ces réseaux.
08:04Donc là on parle d'argent parce que la capacité technologique, on l'a.
08:08Ce n'est pas de l'argent, c'est aussi du juridique.
08:10C'est-à-dire que vous êtes bloqué par des contraintes juridiques que vous voulez voir levées.
08:14Il y a des textes à faire évoluer, nous le souhaitons,
08:16parce que nous expliquons notre vision des choses.
08:18Ça veut dire qu'aujourd'hui la justice, elle est trop protectrice des libertés ?
08:21Je ne dirais pas la justice, la justice elle est comme nous,
08:23elle est confrontée aux mêmes règles de droit.
08:24Mais c'est au niveau du législateur qu'il faut que nous portions ces messages.
08:28Bien sûr, mais le législateur aujourd'hui, vous l'appelez à être moins protecteur
08:31des libertés individuelles pour vous laisser davantage travailler
08:35et infiltrer des réseaux.
08:36C'est ce que vous nous dites ce matin, clairement.
08:38Je ne le dirai pas de cette façon-là, mais je comprends votre analyse.
08:41Mais ce n'est pas loin.
08:42En fait, moi ce qui m'intéresse effectivement, c'est de porter la parole
08:44sur cette menace, sur les moyens qui sont utilisés par les malfaiteurs
08:47et sur l'incapacité aujourd'hui qui est la nôtre,
08:49de pouvoir être aussi efficace que ce que nous souhaiterions.
08:51Puisque vous êtes contraint par des textes législatifs.
08:53Absolument, et c'est normal.
08:55Mais vous voudriez qu'il soit assoupli.
08:57Nous sommes en démocratie et nous sommes respectueux des droits de l'homme,
09:00évidemment, et des libertés individuelles, je vous le rassure.
09:02Mais là, il faut quand même faire évoluer un certain nombre de choses.
09:04Un mot encore, puisqu'on a parlé du narcotrafic à l'occasion, hélas,
09:07de l'assassinat de Mehdi Kessassi, dont le frère Amin est une figure de lutte
09:10contre le narcotrafic.
09:11Où en est de l'enquête ?
09:13L'enquête est en cours, alors je veux dire, ce n'est pas une formule de style,
09:15ce n'est pas pour ne pas vous répondre, mais en fait, il y a des opérations
09:18qui ont eu lieu récemment, les investigations se poursuivent
09:21et d'autres interpérations auront lieu, d'autres séries d'opérations
09:25auront lieu dans les mois qui viennent.
09:26Mais Amin Kessassi, qu'on a reçu récemment à votre place
09:29et qui vit sous haute protection, il risque sa vie au quotidien ?
09:33Oui, en fait, on a affaire à des organisations qui ne reculent
09:36devant aucun moyen pour parvenir à leur fin.
09:38Et l'un de ces moyens, c'est l'intimidation, c'est la terreur,
09:42c'est le moyen de, effectivement, de pouvoir éliminer des gens
09:46qui représentent un obstacle pour eux, de les éliminer physiquement
09:49avec une sauvagerie extrême peut-être auxquelles vous avez pu assister
09:52puisqu'ils mettent en ligne aussi leur mode opératoire
09:55pour justement inciter ceux qui résistent à rentrer dans leur système.
09:58Donc aujourd'hui, effectivement, il est menacé.
10:00Il est menacé par ces gens-là que vous traquez au quotidien.
10:04C'était très clair.
10:05Merci Christian Saint d'être venu nous écripter tout ça ce matin sur RTL.
10:07Merci à vous.
10:08Merci.
10:08Merci Marc-Olivier.
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