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  • il y a 3 minutes
Surpopulation carcérale, conditions de travail difficiles, manque de moyens : les surveillants pénitentiaires sont en grève ce lundi. A quoi ressemble leur quotidien au sein des prisons françaises ? Stéphane Lecerf, surveillant pénitentiaire à la maison d'arrêt de Valenciennes (Nord) et délégué UFAP-UNSa Justice, est l'invité de RTL Matin.
Regardez Face à Céline Landreau du 27 avril 2026.

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Transcription
00:00Le matin, Thomas Soto
00:04Il est 8h18 l'interview de Céline Landreau et vous nous emmenez donc en prison ce matin
00:07puisque les surveillants pénitentiaires sont en colère
00:10certains ont d'ailleurs décidé de se mettre en grève ce lundi
00:12votre invité de travail à la maison d'arrêt de Valenciennes dans le nord
00:15il s'appelle Stéphane Lecerre et il est délégué UFAP UNESA Justice
00:19Bonjour Stéphane Lecerre
00:20Bonjour
00:21Merci d'être avec nous ce matin en direct devant la maison d'arrêt de Valenciennes
00:25Quitte à crever, autant le faire devant les portes
00:28C'est le slogan qu'on peut lire sur les affiches de votre mobilisation aujourd'hui à l'UFAP UNESA
00:32Justice
00:32Les agents pénitentiaires sont en train de crever, comme vous dites, dans le pays
00:37En fait c'est quasi ça
00:38parce que là on est de moins en moins de personnel pénitentiaire
00:42pour pouvoir exercer notre métier correctement et nos missions
00:48On a de plus en plus de missions
00:50et aujourd'hui, ça fait des années et des années
00:52qu'on parle à l'administration de surpopulation carcérale et de manque de personnel
00:57et aujourd'hui on a atteint des chiffres records
00:595 000 personnels tout corps et gratte confondus sur l'ensemble du territoire
01:04et 88 000 détenus
01:05Alors, vous dénoncez de la surpopulation carcérale
01:08Pour qu'on comprenne bien ce que ça recouvre
01:10je voudrais qu'on s'arrête sur la situation que vous connaissez vous à Valenciennes
01:1487 126 détenus au 1er mars en France
01:17Ce sont les données de la chancellerie, c'est du jamais vu
01:20Combien chez vous à Valenciennes ?
01:23Alors ici à Valenciennes, à 7h, on est à près de 200
01:27même pas près, on est à 280 détenus
01:33380 détenus pour combien de places normalement ?
01:36Pour 196 places, donc ça fait un nombre de 40 matelas au sol
01:40Ça veut dire que chaque cellule aujourd'hui compte un matelas au sol ?
01:45Quasi toutes, quasi toutes pour la plupart parce qu'on doit aussi
01:49on doit aussi faire avec des détenus qui doivent rester seuls en cellule
01:53pour leur sécurité, pour la sécurité des autres et la sécurité des personnels
01:57parce qu'ils ont des profils particuliers
01:59Donc voilà, c'est vraiment un réel problème
02:04Cette surpopulation, on imagine qu'elle a d'autres conséquences
02:07que celles très pratiques que vous nous expliquez des matelas au sol
02:10En quoi elle change le rapport que vous pouvez avoir, vous, surveillant, avec les détenus ?
02:16C'est beaucoup plus compliqué pour nous
02:18parce qu'on a moins de temps à leur consacrer
02:21Donc voilà, c'est pour ça qu'il ne faut pas s'étonner qu'il y ait des loupés
02:25Et ça touche tous les services
02:27Les services d'insertion de probation, la comptabilité
02:30Tous les services sont impactés
02:32Donc on leur accorde maintenant
02:34Et certains dossiers sont faits, je vais le dire, à la va-vite
02:37Donc c'est très compliqué
02:39Donc il y en a qui se sentent délaissés
02:41Par moments, ça crée des grosses tensions
02:42Et ça change justement le comportement des détenus eux-mêmes ?
02:46Pour certains, oui
02:47Parce qu'un détenu, lui, ce qu'il attend, c'est de savoir quand il va sortir
02:51Pourquoi il n'a pas eu sa permission de sortir
02:53Pourquoi il n'a pas sa libération conditionnelle
02:55Tout ce qu'il a droit
02:56Et sinon, on ne peut pas lui apporter la réponse en temps et en heure ou en temps voulu
03:00Et par moments, il n'accepte pas ce qu'on leur dit
03:05Parce que voilà, c'est un tout, tout est compliqué
03:10Quand on met un matelas au sol dans une cellule
03:13Ça veut dire qu'on peut avoir 3 personnes dans 9 mètres carrés
03:16C'est ça le quotidien ?
03:18C'est 3 personnes dans 9 mètres carrés
03:19C'est bien ça, c'est tout à fait ça
03:21Donc même pour nous, le rapport de force n'est plus du tout, du tout, du tout le même
03:24Déjà avec 2 détenus pour un surveillant, quand on ouvre une porte, c'est compliqué
03:28Alors 3, c'est plus du tout le même
03:30Le ministère de la Justice compte ouvrir 3000 places supplémentaires dans des prisons modulaires
03:34La moitié dès l'an prochain
03:35Est-ce que vous y voyez un début de réponse quand même ?
03:37Après, on a toujours eu des promesses
03:41Mais on n'a jamais rien réellement eu quelque chose de concret
03:44Des promesses, on en a eu à chaque fois
03:48On a des promesses, on a toujours des promesses, des promesses
03:50Mais on ne voit jamais rien venir en fait
03:53Vendredi dernier, le tribunal administratif de Lille
03:55Enjoignait l'état d'effectuer des travaux en urgence
03:57Dans la maison d'arrêt de Béthune
03:59Cette fois dans le Pas-de-Calais
04:00Pour cloisonner des sanitaires qui ne le sont pas aujourd'hui
04:03Pour nettoyer des moisissures sur les murs
04:06Réparer des fuites d'eau
04:07Est-ce que vous aussi, dans votre établissement
04:09Vous êtes confronté comme ça à de l'insalubrité ?
04:11Ah oui, tout à fait, tout à fait
04:13Et puis je tiens aussi à ajouter qu'on est l'un des derniers établissements
04:16A ne pas avoir d'eau chaude en cellule
04:19Et l'insalubrité, elle se caractérise comment ?
04:21Au-delà de l'eau chaude absente en cellule ?
04:23Des fuites, des champignons sur les murs
04:27Enfin voilà, un peu tout ce qui est vieillissant
04:31Tout ce qui est laissé à l'abandon
04:32Vous avez le sentiment que les établissements comme le vôtre
04:36Souffrent d'une certaine manière de la priorité
04:38Qui peut être donnée aujourd'hui aux établissements de haute sécurité
04:41Destinée à accueillir les narcotrafiquants
04:43Et sur lesquels le gouvernement communique beaucoup ?
04:46Oui, oui, tout à fait
04:47Parce que nous, ces établissements-là
04:50Pardonnez-moi l'expression, on appelle ça des vitrines
04:51Donc il faut faire du bling-bling, comme on dit chez nous
04:56Donc nous, on a un peu mis de côté
04:57Et cette impression, on la ressent très très forte
05:02Même là, il suffit sur Valenciennes
05:03Ça fait six mois qu'on a un autrement de charge qui est en panne
05:06Donc les détenus, avec les collègues de surveillance
05:09Ils doivent monter les cantines à la main
05:11Par les escaliers, les cantines, les repas
05:13Enfin voilà
05:15Et ça fait six mois que ça dure
05:17Là, on nous a annoncé la semaine dernière
05:19Que le budget était débloqué, enfin
05:21Donc les travaux vont commencer
05:22Mais on en a encore pour trois mois
05:24Donc ça fera près de neuf mois sans mon charge
05:26On parle là des moyens financiers, matériels
05:29Votre autre combat
05:30Vous nous l'avez un peu dit, c'est le manque d'effectifs
05:31Votre syndicat parle de 5000 postes manquants dans les prisons françaises
05:36Chez vous, à Valenciennes, par exemple
05:37Il en manque combien ?
05:38Et qu'est-ce que ça pose comme problème très concrètement ?
05:40Alors chez nous, à Valenciennes
05:41On a un effectif théorique de 75
05:44Et on est 64 agents affectés
05:47A cela vient s'ajouter les arrêts maladie
05:51Tout ce qui va avec
05:52Donc régulièrement, on est plus sur du 54-55 agents
05:56Ce qui fait qu'on est constamment rappelé
05:59Heures supplémentaires
06:00Je vais prendre mon exemple
06:00Moi, la semaine dernière, j'ai dû faire tourner trois services
06:03Les cuisines, les cantines et ce qu'on appelle le vestiaire
06:05Le vestiaire, c'est où on répertorie tous les effets des détenus
06:09Qui n'ont pas droit en cellule
06:12Donc c'est compliqué
06:14C'est compliqué
06:15Les agents sont fatigués
06:16Les agents viennent
06:19Mais ils sont fatigués
06:21Et les absences ne sont pas remplacées
06:23Vous dites, on nous demande de faire des heures supplémentaires
06:25Ça se chiffre à combien ?
06:27Alors je vais prendre mon exemple
06:28Moi, sur ce mois-ci, j'en ai fait 50
06:30Mais j'ai des collègues
06:30Ça monte à 70, 80
06:32Et il faut savoir que sur un trimestre
06:34On n'a le droit à faire que 108 heures
06:35On n'a pas le droit d'aller au-dessus des 108 heures trimestrielles
06:38Donc au bout d'un moment
06:40Les absences ne peuvent plus être remplacées
06:41Même par les gens de bonne volonté
06:42Qui sont prêts à faire des heures supplémentaires
06:45C'est là où l'administration
06:47Elle est chanceuse quand même
06:48Parce qu'on a des agents qui dépassent les 108 heures
06:50Parce qu'ils sont reportés sur les mois suivants
06:54Mais bon, ça n'enlève pas le problème
06:57Stéphane Lecère, est-ce qu'aujourd'hui
06:59Vous diriez que vous allez travailler
07:01Avec la boule au ventre le matin ?
07:03La peur même peut-être ?
07:05Que ça dégénère ?
07:06Non, parce qu'après
07:07Quand on rentre dans l'administration pénitentiaire
07:10On sait que c'est un métier difficile et sécuritaire
07:12Et qu'on peut risquer à tout moment
07:14De se faire agresser
07:16On le sait
07:17Après aujourd'hui, vous dire que j'ai la boule au ventre
07:19Quand je vais travailler
07:20Non, je me sens bien
07:22Je me sens bien
07:23Comme la plupart de mes collègues
07:25Sinon, on ne serait pas là
07:26Et puis voilà
07:28On se mettra en arrêt
07:29Mais aujourd'hui, non, ça va
07:31Ça fait 25 ans, vous, que vous êtes agent pénitentiaire
07:35Vous l'aviez choisi, ce métier, vous ?
07:37Je l'ai choisi par hasard
07:39Choisi par hasard
07:40Et vous trouvez qu'il a changé, votre métier, en 25 ans ?
07:44Le problème, c'est qu'aujourd'hui
07:46Un survivant pénitentiaire, il y a énormément de choses
07:48Il y a beaucoup plus de débouchés
07:51Quand je suis rentré
07:51Un surveillant pénitentiaire
07:52Il peut passer le concours de moniteurs de sport
07:54Le concours des iris
07:56Le concours pour les extractions judiciaires
07:59Pour les équipes locales de sécurité périmétrique
08:01Donc il y a une possibilité d'évolution
08:02Oui, voilà, il y a une possibilité d'évolution
08:04Sauf que c'est pareil
08:05On nous a créé toutes ces missions
08:06Sans apport en personnel, en fait
08:09Là, sur Valenciennes
08:10On a notre équipe LSP
08:12Donc les équipes locales de sécurité périmétrique
08:14Qui vont avoir la charge de certaines missions
08:16Comme les extractions médicales
08:18Aller créer avec 4 agents
08:20C'est vraiment
08:21C'est des très bonnes idées
08:23Sauf que c'est 4 agents
08:24Qui sont habituellement chez nous
08:27Et qui sont détachés
08:28Et qui ne sont plus
08:29Après, à la maison d'arrêt à vos côtés
08:31Vous ressigneriez aujourd'hui ?
08:36Honnêtement, je ne me suis jamais posé la question
08:37Mais je pense que
08:40Si c'était à refaire, je le referais
08:42Vous avez, je crois, un fils d'une vingtaine d'années
08:44Si lui, vous disiez qu'il souhaite embrasser cette carrière
08:47Vous l'encourageriez ?
08:49Ou vous lui diriez
08:50Attention, c'est un travail compliqué
08:52Qu'on a du mal à laisser derrière soi
08:53Même quand on sort le soir ?
08:55Alors, je lui expliquerai
08:56De toute façon, il connaît mon métier
08:58Je lui expliquerai tout
08:59De toute façon, aujourd'hui, mon fils
09:00Il n'est pas intéressé par ce métier
09:02Donc voilà
09:04Mais il saurait
09:06Oui, je lui expliquerai tout
09:07De là à lui dire qu'il ne faut pas qu'il le fasse
09:09Je ne le ferai pas
09:10Parce que ça reste un choix
09:12Dernière question, Stéphane Leclerc
09:14Les détenus que vous voyez
09:16Revenir régulièrement
09:16Parce qu'il y a beaucoup de récidives
09:18À la maison d'arrêt de Valenciennes
09:20Vous voyez beaucoup de détenus
09:22Venir une fois, deux fois, trois fois
09:24Est-ce que parfois, vous vous dites
09:25Que tout ça, finalement, ne sert pas à grand-chose
09:27Ou est-ce que vous êtes convaincu
09:28Du bien fondé de votre mission, aujourd'hui encore ?
09:31Non, on se rend bien compte
09:32Que vu le taux de récidive
09:33Enfin, ça reste compliqué
09:35Et puis qu'il y a vraiment pas mal de choses
09:36À revoir
09:38Mais des choses en général
09:41Nous, on fait avec nos moyens
09:43On fait notre métier
09:45Même, je le dirais, très très bien
09:47À notre niveau
09:48Mais après, il y a d'autres niveaux
09:50Où il y a peut-être des choses à changer
09:52Merci beaucoup, Stéphane Leclerc
09:54Délégué UFAPUNSA à Justice
09:57En grève, donc, aujourd'hui
09:58Devant la maison d'arrêt de Valenciennes
09:59Merci à Franck Hanson aussi
10:01Qui était à vos côtés pour RTL
10:02Merci à Franck Hanson
10:02Merci à Franck Hanson
10:02Merci à Franck Hanson
10:02Merci à Franck Hanson
10:02Merci à Franck Hanson
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