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Elle accuse l'ancien sénateur Joël Guerriau de l'avoir droguée en novembre 2023 en vue de la violer. Depuis, Sandrine Josso, députée Les Démocrates de Loire-Atlantique, se bat contre la soumission chimique. Elle est l'invitée de RTL Matin, quelques heures avant l'ouverture du procès de Joël Guerriau.
Regardez Face à Fogiel du 26 janvier 2026.
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00:00RTL Matin, Thomas Soto
00:01Il est 8h19, face à Fogiel, l'interview de Marc-Olivier Fogiel.
00:07La soumission chimique au cœur d'un procès qui va donc s'ouvrir à Paris tout à l'heure.
00:12Accusée Joël Guerriot, victime, Sandrine Jossot, députée dont tout indique qu'elle a été victime de soumission chimique,
00:18qu'il a voulu la droguer pour abuser d'elle.
00:20Lui plaide l'accident.
00:22La dépusée accuse l'ancien sénateur d'avoir voulu la violer.
00:25C'était en novembre 2023.
00:26Sandrine Jossot est donc votre invitée.
00:28Bonjour Sandrine Jossot.
00:30Bonjour.
00:30Le procès s'ouvre tout à l'heure à 13h30 devant le tribunal correctionnel.
00:34Joël Guerriot va comparer pour administration à une personne, à son insu d'une substance de nature à altérer son discernement ou le contrôle de ses actes,
00:43pour commettre un viol ou une agression sexuelle.
00:46Comment vous appréhendez ce face-à-face avec Joël Guerriot ?
00:50J'ai beaucoup d'appréhension. J'y vais avec la boule au ventre.
00:54Vous l'avez déjà rencontré dans le cadre de l'instruction.
00:57Vous avez déjà été confronté à lui.
00:59La boule au ventre, pourquoi ?
01:01Parce que j'ai toujours peur de lui, évidemment.
01:04Et puis parce que je vais devoir me replonger dans cette soirée de cauchemar, en fait, où j'étais allée voir un ami.
01:12Et au fur et à mesure de la soirée, j'ai découvert un agresseur.
01:1514 novembre 2023, à Paris, vous êtes à son domicile, de cet ami, pour fêter sa réélection.
01:22Vous pensiez prendre un verre avec cet ami politique ? Il vous sert du champagne.
01:26Vous l'avez déjà raconté, mais avant ce procès, ce que vous avez raconté à la barre,
01:30immédiatement, vous avez compris qu'il se passe quelque chose ?
01:32Quand je suis arrivée, j'étais toute seule.
01:35Il n'était pas dans sa tenue habituelle.
01:38Il avait une tenue très décontractée.
01:40C'est la première fois que je le voyais dans une tenue décontractée.
01:42Je trouvais ça assez étonnant.
01:44Et puis après, il y a eu le fait que je le voyais un peu monter sur pile.
01:50C'est-à-dire qu'il allait sans arrêt jouer avec le variateur de lumière,
01:54après m'avoir servi une première coupe de champagne.
01:57En buvant cette coupe de champagne, il m'invitait à retrinquer une fois, deux fois, trois fois.
02:04C'était un peu lourdingue.
02:05Et vous avez compris qu'il se passait quelque chose ?
02:07Je trouvais que c'était étonnant.
02:10Ce n'était pas un comportement que j'avais l'habitude de voir de sa part.
02:14Il était un peu comme monter sur ressort.
02:16Et vous, physiquement, pendant que vous buviez trop, puisqu'il vous servait,
02:20vous sentiez que chimiquement, il se passait quelque chose dans votre corps ?
02:23Quand j'ai bu, j'ai trouvé que le champagne avait un goût particulier.
02:29Mais comme j'étais un peu fatiguée de ma journée, je ne me suis pas arrêtée là-dessus.
02:35Mais ce qui me préoccupait, c'est le fait qu'il me disait « mais tu ne bois rien ».
02:38Et ça, c'était vraiment très agaçant pour moi.
02:41Je ne voyais pas pourquoi il me forçait autant à boire.
02:43À l'hôpital, on a vu que vous étiez intoxiquée à la MDMA, de l'ecstasie.
02:48Vous portez plainte le lendemain, puisque pour vous, vous aviez compris à ce moment-là
02:53qu'il avait l'intention de vous violer.
02:55Et avant ça, il voulait vous mettre dans un état second.
02:57Vous l'avez tout de suite compris, ça ?
02:58Je l'ai compris quand j'étais dans le salon
03:02et que lui est reparti avec les coupes de champagne dans la cuisine.
03:07Là, j'ai vraiment passé une tête pour regarder ce qu'il faisait dans la cuisine.
03:10et je l'ai vue tenir ma coupe de champagne avec un sachet à côté de la coupe.
03:14Et là, je me suis dit « mais c'est quoi ce sachet ? »
03:17Et j'avais déjà depuis de nombreuses minutes des palpitations extrêmes.
03:23J'avais aussi des nausées.
03:25J'étais dans un malaise.
03:26En plus, il me regardait de la tête aux pieds.
03:28Et tout ça additionné, je me suis dit « il y a un problème ».
03:31Donc, vous avez fumé le lendemain ?
03:33Vous avez compris ses intentions ?
03:35Lui, il les nie tout à l'heure à la barre.
03:37Vous savez bien ce qu'il va vous dire.
03:39Il conteste l'intention de vous avoir drogué.
03:41Il nie pas que vous avez avalé une substance illicite,
03:43mais il plaide l'accident.
03:44Il assume avoir voulu prendre un produit euphorisant,
03:46mais il ne savait pas que c'était de la drogue.
03:48Le fait qu'il nie l'évidence,
03:49puisque, par exemple, les expertises de son téléphone
03:51ont mis en évidence plusieurs recherches avec le mot « drogue », « viol »,
03:54« effet du lendemain », ça vous inspire quoi ?
03:56Ça m'inspire tout ce que j'ai vu dans les autres procès.
03:59Parce que, comme j'ai mené une mission gouvernementale
04:02sur la soumission chimique,
04:04qui est vraiment le fait d'administrer à quelqu'un une substance,
04:07soit un médicament, soit une drogue,
04:10j'ai eu l'occasion, lors de cette mission,
04:12d'aller, par exemple, au procès Le Squarnec.
04:14Le chirurgien, donc.
04:16Au procès aussi de Gisèle Pellico.
04:17Pellico, évidemment.
04:18C'est aussi toujours la défense, en fait, des agresseurs.
04:22En fait, ils se victimisent,
04:24ils ne savent plus,
04:25ce n'est pas eux.
04:26C'est un tissu de mensonge
04:28qui sort, en fait, de la bouche des agresseurs.
04:31C'est ce qui fait qu'il a mis longtemps
04:32à démissionner de son poste de sénateur.
04:33Il l'a fait en octobre 2025,
04:35après deux ans en retrait.
04:37Cette décision, c'est aussi parce qu'il y avait
04:39une forme d'entêtement ?
04:40Il y a certainement plusieurs raisons.
04:42Il y a aussi un calcul, peut-être.
04:44Il a fallu qu'il ait tous ses trimestres de retraite
04:46pour pouvoir bénéficier d'une retraite confortable.
04:50Donc, ça, c'est quand même assez terrible
04:52et très injuste.
04:54Et puis, je vais vous dire vraiment,
04:57pour moi, le fait qu'il ait pu continuer
04:59à faire des trajets de son département,
05:02qui est aussi le mien.
05:04Moi, à chaque fois que je devais prendre le train,
05:06j'avais peur de le recroiser.
05:07À chaque fois, en tant que parlementaire,
05:09j'étais invitée au Sénat.
05:10D'ailleurs, lors de ma mission gouvernementale
05:12que j'ai menée avec une sénatrice,
05:14Véronique Guillotin,
05:15je demandais à l'accueil du Sénat
05:16est-ce qu'il est là aujourd'hui ?
05:18J'avais à chaque fois peur de le croiser.
05:20Et ça, ce qu'il faut quand même savoir,
05:22c'est que dans le règlement intérieur du Sénat,
05:24le président du Sénat avait la possibilité
05:27de faire les choses avec un comité de déontologie.
05:30Et ça n'a pas été fait.
05:31Concrètement, par rapport au Sénat,
05:32il y a Gérard Larcher qui n'a pas pris la mesure
05:34du traumatisme, ce qui est le vôtre, finalement.
05:36Pourquoi, à votre avis ?
05:37Qu'est-ce que ça dit de la société ?
05:38Ou ça dit simplement de Gérard Larcher, en fait ?
05:40Ça dit que tous les sujets d'agression sexuelle
05:44dans notre société, en fait,
05:46ce ne sont pas des sujets qui sont vraiment pris en compte
05:49par les politiques publiques.
05:51Les citoyens, par contre,
05:52arrivent vraiment à mesurer les ravages, en fait,
05:55de toutes ces formes d'agressions.
05:56Mais pas encore les politiques,
05:58vous nous dites ce matin.
05:58Vous, la politique, vous dites les politiques.
06:00Non, n'appréhendent pas ça suffisamment.
06:02Non.
06:02Qu'est-ce qu'il faut retenir de cette mission gouvernementale ?
06:04Je voyais, par exemple, que vous vouliez
06:05que les analyses médicales nécessaires
06:07à la détection de la soumission chimique
06:08soient remboursées dans trois régions de France,
06:10déjà, comme un test.
06:11Ça, c'est important, puisque là,
06:13pour pouvoir prouver sa soumission chimique,
06:14il faut déjà avoir des tests.
06:15Et là, il faut les payer.
06:16Là, c'est la première étape que vous proposez.
06:18C'est très important, parce que la soumission chimique,
06:21c'est vraiment toutes ces substances
06:23qui sont dans notre organisme,
06:25mais qui disparaissent très rapidement.
06:27Donc, c'est un contre-la-montre
06:28pour, en fait, prouver
06:30que vous avez été soumis chimiquement.
06:32C'est pour ça que j'ai demandé,
06:33à travers un amendement,
06:34dans le projet de loi de finances
06:36de la Sécurité sociale,
06:37que les personnes qui subissent
06:39de la soumission chimique
06:40puissent bénéficier d'un prélèvement de sang,
06:44d'urine et de cheveux,
06:45sans déposer plainte.
06:46Il y a autre chose dans le rapport.
06:48Vous préconisez, entre autres,
06:48un renforcement de l'éducation
06:50à la vie affective et sexuelle,
06:51une amélioration du traitement judiciaire
06:52et une campagne de prévention nationale chaque année.
06:54Vous tirez la sonnette d'alarme.
06:56Ça fait partie des recommandations de mon rapport,
06:58cette campagne nationale de sensibilisation.
07:01Pourquoi ?
07:02Parce que c'est important
07:03qu'on ait tous les bons réflexes.
07:05C'est devenu votre combat ?
07:06C'est devenu mon combat
07:07pour toutes les victimes.
07:09Il y en a des milliers dans notre pays.
07:10Il faut savoir qu'une victime sur deux
07:12ne se rappelle de rien.
07:13Il faut vraiment
07:14qu'on prenne en compte ce fléau.
07:17Vous avez vu,
07:17on a fait une enquête sur RTL.
07:18Nous avons créé une annonce
07:19sur plusieurs sites échangistes.
07:21Une annonce qui propose à des hommes
07:22de violer une femme pendant qu'elle est endormie.
07:25Un peu moins de 30 personnes
07:26ont repenu à cette annonce.
07:2711 se sont dit prêts
07:28à le faire en moins de 48 heures.
07:30Évidemment,
07:31donc,
07:31on a voulu voir
07:32si tout ça,
07:33finalement,
07:33avait fait une prise de conscience
07:35le procès Mazan
07:35et que,
07:36notamment,
07:37ça arrête,
07:38manifestement pas.
07:39Ça vous inspire quoi ?
07:40Vous voyez bien
07:41que là,
07:42on continue,
07:43en fait,
07:43à accepter tout ça,
07:44finalement.
07:45On ne met pas les choses en place
07:46pour,
07:47on va dire,
07:47ne serait-ce qu'arrêter
07:49ce mode opératoire.
07:50C'est pour ça que je plaide
07:51pour une vraie politique d'État
07:53contre les violences sexuelles.
07:55La soumission chimique,
07:56c'est le premier mode opératoire
07:58des prédateurs.
07:59C'est le viol assuré.
08:01Et ça,
08:01c'est quand même terrible.
08:02Mais quand vous voyez
08:03que d'un côté,
08:03on peut la publier,
08:04cette annonce,
08:05déjà,
08:05et puis de l'autre,
08:06il y a des gens qui y répondent.
08:07Vous dites qu'il n'y a aucune prise de conscience ?
08:10Très peu, en fait.
08:11Et justement,
08:12je crois que là,
08:13on arrive à un moment
08:14où il y a une addition de procès,
08:17des signalements.
08:18Ce que vous avez fait comme étude
08:19prouve bien
08:20que là,
08:20il faut réagir.
08:21La France,
08:22par rapport aux autres pays,
08:24n'est pas à la hauteur.
08:25Quand on se compare,
08:26on se désole.
08:28Il y a urgence à agir.
08:30Les victimes,
08:30aujourd'hui,
08:31elles sont marginalisées,
08:33elles sont désocialisées.
08:34Il n'y a que 10 euros
08:35par victime en France
08:37et il n'y a que 1% des victimes
08:39qui sont accompagnées.
08:40Et ça,
08:41ce n'est plus possible.
08:42Ce procès,
08:43tout à l'heure,
08:43Sandrine Jossot,
08:44il va peut-être permettre
08:45cette prise de conscience.
08:46Vous disiez que vous aviez peur.
08:48Peur de quoi ?
08:49Parce que je disais
08:49que cette épreuve,
08:50elle déclenche un stress
08:51post-traumatique très long.
08:53Vous êtes encore soumis
08:54à ce stress ?
08:55Oui.
08:55Je suis,
08:56comme toutes les victimes,
08:57dans un stress post-traumatique
08:59qu'au fur et à mesure du temps,
09:01j'arrive à me détacher
09:03de ce stress.
09:03Mais c'est très compliqué
09:05sur le point
09:06de la santé mentale.
09:07Mon meilleur ami,
09:08c'est quand même le psy.
09:08Et puis sur la santé physique,
09:10je vous donne deux exemples.
09:11Moi,
09:11j'ai eu une hernie discale
09:13à force de me contracter
09:14de cette manière.
09:15C'est très...
09:16Le corps parle, quoi.
09:17Voilà.
09:18J'ai dû,
09:18encore,
09:19pendant les vacances de l'OE,
09:20me faire extraire
09:21deux dents.
09:22Tout ça dû au fait
09:23que je suis très tendue
09:24tout le temps.
09:25Je suis toujours sur le qui.
09:26C'est ça,
09:27le stress post-traumatique.
09:27Mais on dit que la justice
09:28aussi a une vertu réparatrice.
09:31Vous attendez une condamnation
09:32pour aller mieux ?
09:33Ça, je vous avoue,
09:34je pourrais vous dire après.
09:35Là, je ne sais pas.
09:36Moi, j'y vais avec,
09:38comme je vous l'ai dit,
09:39beaucoup de stress,
09:40beaucoup d'angoisse.
09:41Je dors très peu
09:42là, ces derniers temps,
09:44à l'idée de devoir
09:45me reconfronter
09:46à ce que j'ai vécu,
09:48me confronter aussi
09:49à mon agresseur.
09:50Je laisse la juridiction
09:51faire son travail.
09:52J'ai toute confiance
09:53en la juridiction.
09:54Bon courage pour tout à l'heure
09:55et pour demain.
09:55Merci.
09:56Merci, Sandrine Chosot.
09:57Merci à vous.
09:58Merci, Marc-Olivier.
09:59Demain, vous recevrez
10:00précisément Isabelle Nanty,
10:02la comédie...
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