00:00Il est 8h18 quand les narcotrafiquants repoussent toutes les limites.
00:09On l'a vu avec l'assassinat de Médic et Sassi il y a quelques jours à Marseille.
00:12En Belgique, il n'hésite pas à s'en prendre directement à ceux qui représentent le royaume.
00:16Votre invité, Marc-Olivier Fogiel, en a fait les frais, lui et sa famille.
00:20Lui qui a failli être enlevé quand il était ministre de la justice, il s'appelle Vincent van Quickenborn.
00:25Bonjour Vincent van Quickenborn.
00:28Bonjour.
00:28Médic et Sassi a donc été victime d'un crime d'intimidation pour faire peur à son frère Amine,
00:33militant qui lutte contre le narcotrafic.
00:35Vous qui avez fait de la lutte contre la drogue une priorité quand vous étiez ministre de la justice belge
00:40entre 2020 et 2023 et qui avait été visé par une tentative d'enlèvement par des narcotrafiquants.
00:45Ce crime donc d'intimidation, j'imagine qu'il ne vous étonne pas.
00:49Il n'étonne pas parce qu'on voit quand même une augmentation de la violence par les narcotrafiquants
00:54en Belgique, aux Pays-Bas et aussi en France.
00:57Récemment, il y a eu aussi des menaces contre le procureur de Bruxelles par une bande de mafias.
01:03Et donc partout, on voit qu'une sorte d'infiltration des narcotrafiquants qui est en cours,
01:09ingérence contre notamment le tissu économique, mais aussi le tissu décisionnel, les magistrats et d'autres.
01:15Donc on est très inquiets.
01:17Parce que quelle que soit notre position, si on est élu de la nation ou militant écologiste,
01:23on est sur leur territoire, le territoire des barons, et on est menacé en fait.
01:26Oui, tout à fait.
01:27On est menacé.
01:28Ils sont partout.
01:29Avant, ils étaient en Belgique, en Vers et à Bruxelles.
01:32Maintenant, ils sont partout.
01:33Dans toutes les villes, grandes et petites villes.
01:35On voit de l'infiltration, notamment dans l'économie légale.
01:39Ils investissent dans l'immobilier, dans des commerces sans activité réelle,
01:43mais qui servent au blanchiment.
01:44Donc on voit un problème, ingérence partout dans le pays.
01:47Et on voit cette exportation de cette violence marseillaise en Belgique.
01:50Un gang de Marseille a pris le contrôle des points d'île de certains quartiers de Bruxelles.
01:54Et dans Derlecht, il y a un baron de la drogue belge, incarcéré,
01:57qui s'est associé avec un homologue marseillais pour appliquer les mêmes méthodes qu'à Marseille
02:00et la même violence chez vous.
02:02Il y a un lien entre Marseille et Bruxelles.
02:04Ce lien, il n'est réel.
02:05C'est pourquoi il est nécessaire que la coopération entre Bruxelles et Marseille ait été renforcée.
02:11Il y a eu des visites, notamment de notre procureur de Bruxelles à Marseille.
02:14Et d'inverse, oui, il y a une bonne coopération.
02:17Vous, Vincent Van Koukenborn, quand vous étiez ministre de la Justice,
02:21vous avez été la cible d'un projet d'enlèvement qui a été déjoué.
02:25Quatre hommes soupçonnés d'être les auteurs avaient été interpellés aux Pays-Bas.
02:29Ils étaient impliqués dans le milieu de la drogue.
02:31Qu'est-ce qu'on sait de ces narcotrafiquants ?
02:33Ils voulaient vous faire taire ?
02:35En fait, c'était en septembre 2022.
02:37Au moment que nous avons reçu, pour la première fois, une menace grave et massive,
02:40il s'agissait d'une autre tentative d'enlèvement de ma famille,
02:44y compris de nos deux petits-enfants.
02:46Nous avons alors été passés dans ce qu'on appelle une safe house pendant une semaine.
02:50Mais en décembre de cette même année-là, de 2022,
02:53nous y avons été à nouveau herbergés pendant quatre semaines pour une autre menace.
02:58Pour nous, c'était une véritable montagne russe.
03:01Pour moi, je pouvais les encaisser comme ministre, mais pour ma femme et mes enfants, c'était du difficile.
03:06Ma fille, ma petite-fille Beau, avait alors six ans.
03:09Elle était en première primaire, sans examen.
03:12Et heureusement que nous avons eu confiance dans les services de sécurité et de police.
03:15Ce sont des gens extrêmement professionnels dans nos pays.
03:18Elle a pu reprendre une vie normale, votre famille ?
03:20Oui. À un certain moment, ma petite-fille a dû passer par un psychologue.
03:24Mais quand on en reparle maintenant avec eux, deux, trois ans plus tard,
03:27je vois quand même qu'il n'y a pas de traces effectives pour eux.
03:31Donc heureusement qu'ils ont bien passé ce qui s'est passé.
03:34Surveillez 24 heures sur 24 dans cette safe house, comme vous dites, avec votre famille, sous protection policière.
03:40Vous étiez dans une bulle parce que la mafia qui gère ces narcotrafiques en voulait à votre peau et à celle de votre famille.
03:47Oui, absolument.
03:48Moi, je pourrais encore faire le travail nécessaire, c'est-à-dire faire des déplacements au Parlement.
03:53Mais c'était toujours sous grande protection.
03:56Malheureusement, ce qui me s'est passé est passé aussi au procureur de Bruxelles, ici, M. Moinil.
04:02En juillet 2025, récemment, oui.
04:04Tout à fait, et aussi même des journalistes en Belgique ont dû être protégés dans une safe house
04:09parce qu'ils écrivaient des choses, notamment sur des narcotrafiquants.
04:13On en est là, vous, clairement.
04:14Ce qui vous a valu, donc, le fait d'être protégé à ce point,
04:18c'est que vous étiez en train de démanteler une messagerie cryptée,
04:22très prisée dans le milieu du trafic de la drogue.
04:24C'était ça, ce qui les a fait venir vous menacer.
04:27C'est difficile à dire, mais dans ce temps-là, notamment, j'avais conclu deux traités importants avec Dubaï, avec les Émirates.
04:34Et depuis lors, on a vu quand même les conséquences de ces traités,
04:37puisqu'il y a eu le retour massif, maintenant, des barons de la drogue depuis Dubaï en Belgique,
04:43pour leur montrer qu'il n'existe plus de réfuges possibles.
04:46Et donc, je pense qu'entre autres, cet élément-là a joué, notamment, dans la menace d'enlèvement.
04:52Et devant les menaces à votre rencontre, vous n'avez jamais voulu reculer,
04:56puisqu'on parle, donc, là, de crimes d'intimidation.
04:59Ils ont cherché à vous intimider. Est-ce qu'ils ont réussi ?
05:02Non, ils n'ont pas réussi, parce qu'il faut faire ce que l'Italie l'a fait,
05:05c'est-à-dire qu'il faut reprendre le contrôle sur la mafia.
05:08Et c'est possible, c'est difficile, mais c'est possible.
05:10Pour y arriver, il faut veiller au retour de ces barons de la drogue,
05:13qui opèrent notamment en dehors de la France, en dehors de la Belgique.
05:16Il faut des traités internationaux avec, entre autres, les Émirats, mais aussi avec le Maroc.
05:21Il faut la saisie, la confiscation des avoirs criminels.
05:24Il y a une coopération internationale.
05:26Il faut empêcher que ces barons continuent leurs activités depuis la prison.
05:30Vu que votre ministre de la Justice, que je connais très bien, M. Darmanin,
05:33fait des propositions dans ce sens-là aussi,
05:36il faut aussi, finalement, empêcher l'infiltration dans l'économie légale.
05:40Donc, c'est possible de lutter contre le narcotrafic.
05:42Il ne faut pas avoir peur. C'est ça, votre message, en fait.
05:44Vous n'avez pas eu peur ?
05:46Non, non, il ne faut pas avoir peur. Non, pas du tout.
05:48Il faut continuer la lutte. Il faut travailler les pays ensemble.
05:51Il faut éviter que, par exemple, la criminalité passe d'un port à l'autre port.
05:55Donc, il faut une très bonne coopération entre les ports.
05:59Il faut un travail coopératif, oui.
06:01Vous dites que pour lutter, il faut une coopération internationale,
06:05notamment dans les ports.
06:06Le port d'Anvers, ça reste une porte d'entrée pour l'Europe,
06:09pour tout ce qui est cocaïne, pour tout ce qui est drogue ?
06:12Oui, ça reste un port d'entrée, même si on voit que le volume est tombé un peu,
06:16donc a diminué, puisqu'on a mis sur place une centaine de forces de police
06:22pour faire plus de contrôles.
06:24On a aussi renforcé, notamment, des contrôles venant de l'Amérique du Sud.
06:29Mais bien évidemment, ces narcotrafiquants sont très créatifs.
06:32Ils entrent en Europe par d'autres biais,
06:34apparemment pas un stop en Afrique,
06:36après le passage ici en Europe.
06:38On voit que, notamment dans d'autres ports de l'Europe,
06:41en Bourg et d'autres ports en Espagne,
06:43une augmentation de saisie de drogue.
06:46Donc, ils sont très créatifs.
06:48Est-ce que vous diriez que le narcotrafique, aujourd'hui,
06:50est une menace aussi importante que le terrorisme ?
06:53Je ne parlerais pas que la Belgique est devenue un narco-État.
06:56Mais je pense qu'aujourd'hui, existe le narco-terrorisme,
07:00c'est-à-dire corruption, violence, menace.
07:03Et tant que nous disposons de combattants du crime déterminé et inflexible,
07:07nous ne sommes pas un narco-État.
07:09Un narco-État, c'est lorsque les criminels ont infiltré
07:11les plus hauts niveaux des trois pouvoirs.
07:13Et je pense que, notamment en Europe, on n'y est pas.
07:16On n'est pas dans des narco-États, mais on est face à du narco-terrorisme, aujourd'hui.
07:20Absolument. Le narco-terrorisme constitue bel et bien une menace pour notre État de droit.
07:24Il faut savoir qu'en Belgique, il y a 13 500 détenus.
07:285 000 sont des criminels liés à la drogue.
07:30C'est presque la moitié.
07:32En prison, chez vous comme chez nous maintenant,
07:34ces narcotrafiquants, ces bandits de la drogue,
07:37sont regroupés dans des prisons ultra sécurisées chez vous aussi,
07:40de façon à ce qu'ils puissent plus commanditer de la prison des crimes ?
07:43Oui, absolument. Il faut empêcher que les barons continuent leur activité depuis la prison.
07:48Donc, il faut du brouillage, il faut un isolement, il faut un contrôle très strict.
07:53Et je pense qu'il y a quelques prisons en Italie exemplaires,
07:57parce qu'il y a un régime de stricte isolation de 23 heures sur 24.
08:02Pour conclure, qu'est-ce qui nous manque aujourd'hui ?
08:06La loi, les moyens, le courage politique pour en finir ?
08:09Je pense surtout que ce qu'il faut, c'est de l'action sur le terrain.
08:12Le plus important, c'est de faire rentrer ces barons de la drogue
08:16qui se trouvent en dehors de la France, en dehors de la Belgique.
08:18Et deux, il faut notamment confisquer leurs avoirs criminels.
08:22Ça, c'est le plus important, parce que les jeunes ont l'idée
08:24qu'il y a une sorte de refuge possible dans le monde
08:27et qu'on peut gagner des milliers d'euros par mois sans me faire de travailler.
08:32Cette illusion-là, il faut la reprendre en combattant ces barons
08:36et en prévoyant la confiscation des avoirs criminels.
08:39Merci beaucoup de votre éclairage et du récit de ce que vous avez vécu,
08:43Vincent Van Koukenborn.
08:44Merci d'avoir été en ligne avec nous de Belgique.
08:46Avec plaisir. Au revoir, monsieur.
08:47Merci.
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