- il y a 23 heures
Il est l'un des rares journalistes à avoir tourné au cœur du cartel de Jalisco, aux côtés de narcotrafiquants lourdement armés. Un cartel qui vient tout juste de perdre son chef « El Mencho ». Le Mexique, gangrené par la criminalité organisée peut-il gagner la bataille des narcos ? Romain Bolzinger, qui s'est rendu une quinzaine de fois dans les cartels mexicains, est l'invité de RTL Matin.
Regardez Face à Fogiel du 26 février 2026.
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00:05Il est 8h18, face à Fogiel, l'interview de Marc-Olivier Fogiel, le Mexique semble retrouver un calme précaire
00:12après le chaos provoqué par la mort du plus gros baron de la drogue, El Menchot, tué par les forces
00:16spéciales mexicaines.
00:17Et bien justement Marc-Olivier, vous recevez ce matin un homme qui a déjà côtoyé les chefs des cartels les
00:21plus redoutés,
00:22c'est le journaliste et réalisateur français Romain Bolzinger.
00:25Bonjour Romain Bolzinger.
00:26Bonjour.
00:26Merci d'être avec nous, vous êtes le réalisateur de la série Narco-Circus sur Canal+,
00:30où vous avez donc, vous allez nous raconter comment, infiltrer notamment le cartel de Sinaloa au Mexique,
00:35l'un des cartels les plus puissants et les plus dangereux du monde, mais El Menchot, vous le connaissez,
00:40c'est le chef du cartel Jalisco Nouvelle Génération, il a été traqué pendant 15 ans,
00:44et pendant toutes ces années il a eu le temps de transformer son cartel en une multinationale des trafics de
00:47drogue.
00:47Vous avez tourné dans ce cartel, vous allez nous raconter comment, mais c'est quoi ce cartel concrètement qu'on
00:52comprenne ?
00:52C'est une armée ?
00:53Le cartel Jalisco Nouvelle Génération, il a une grande différence par rapport aux autres cartels,
00:57c'est qu'il a une structure qui est militaire.
00:59Ah, militaire ?
01:00Ils se sont inspirés du cartel des Etats, c'est au début des années de Nile,
01:04c'est un cartel qui avait été fondé par des soldats, des forces spéciales colombiennes et mexicaines,
01:11qui avaient déserté et qui ont construit ce cartel sur un mode militaire.
01:16Donc il y a combien de soldats dans ce cartel qui ont semé le chaos cette semaine ?
01:21Le cartel Jalisco, c'est environ 20 000 membres, qui sont vraiment armés jusqu'aux dents,
01:25avec une structure militaire, il y a des capitaines, il y a des lieutenants, il y a des soldats,
01:28ils ont des véhicules blindés, des armes lourdes,
01:32ils sont organisés comme des petites armées et qui sont dispatchés un peu partout dans le territoire.
01:36Mais ce cartel, comme les autres, qui sont ces hommes ?
01:39Parce que je lisais, et je voyais vos documentaires passionnants,
01:41des curés, des agents immobiliers, des policiers, on voit ça dans vos reportages,
01:46en fait, ils ont infiltré la société et ils les ont corrompus.
01:51Ce qu'on voit à la télévision lorsqu'on voit des narcos tirés dans la rue,
01:55c'est vraiment la partie émergée de l'iceberg.
01:57Le narcotrafic, il a infiltré l'intégralité de l'économie, de la société mexicaine.
02:01C'est pour ça que quand on est journaliste, on peut les rencontrer.
02:03Ils font partie de la société.
02:05On sait où ils se trouvent.
02:07Ils vous passaient par un tout un tas d'intermédiaires.
02:09Parfois, c'est des policiers.
02:10J'ai rencontré un commissaire de police d'une petite ville.
02:13J'avais besoin de rencontrer des narcos.
02:15C'est lui qui m'a mis en relation.
02:17Ah oui, carrément, oui.
02:18Voilà, exactement.
02:19Ils font partie de la société, en fait.
02:20Ils font partie.
02:21Ils sont en compétition avec l'État fédéral.
02:23Mais en vérité, on ne peut pas comprendre le Mexique depuis notre pays
02:26pour une simple et bonne raison.
02:27C'est que le narcotrafic, il est à l'intérieur de l'État mexicain.
02:31C'est l'État mexicain.
02:32Parce qu'il faut donner des chiffres, Romain.
02:35Le trafic de drogue, cocaïne, fontanil, héroïne, marijuana, etc.
02:39Ça rapporte 3 milliards de dollars par an.
02:43C'est une manne colossale.
02:45Et si on voulait véritablement lutter contre les cartels, en tout cas au Mexique,
02:48il faudrait suivre l'argent.
02:49Sauf que si on suit l'argent au Mexique,
02:50il finit dans les poches des gouvernants, des partis politiques,
02:53des militaires, des généraux.
02:56Vous, comment vous avez infiltré ces cartels ?
02:59Parce que vous êtes un des rares journalistes français
03:02à pouvoir avoir été au plus près de cette violence,
03:05avec eux.
03:06Vous avez vu des scènes incroyables que vous nous avez montrées dans Narcos et dans 7 à 8.
03:09Comment vous avez montré, d'abord, pas de blanche ?
03:12Alors en fait, on passe par une série d'intermédiaires,
03:15notamment des journalistes qui sont spécialisés,
03:17donc des fixeurs,
03:18qui eux-mêmes, en fait, ont un réseau de gens qui le connaissent.
03:22Et comme je vous le disais, comme ils font partie de la société,
03:25ben effectivement, on passe par des curés, des flics,
03:27on passe par des agents immobiliers qui sont chargés de trouver des planques, etc.
03:31Et donc ces gens-là ont des connexions directes.
03:33Nous, on n'est jamais en rapport de manière directe.
03:36Sauf que vous êtes au cœur, à un moment donné, de la violence.
03:38Par exemple, je me souviens de cette scène dans 7 à 8 absolument glaçante,
03:41où on y voit un homme ligoté au sol qui vient d'être kidnappé,
03:44il supplie le criminel de ne pas l'abattre.
03:46Et d'ailleurs, vous, à un moment donné,
03:48vous dites pas de violence, s'il vous plaît.
03:50Vous êtes au cœur de tout ça.
03:51Comment vous laisse filmer ça ?
03:53Et vous, vous craignez pas pour votre peau ?
03:54Alors, la première chose, c'est qu'au Mexique,
03:57ils adorent la télévision.
03:59Comme ils font partie de la société,
04:01ils communiquent avec la presse,
04:02ils font des chaînes YouTube,
04:03ils font des pages Facebook.
04:05Et donc, ils adorent faire les cadors
04:07devant les télévisions européennes.
04:09C'est beaucoup plus compliqué pour les Américains.
04:11Et donc, ils veulent montrer leur pouvoir.
04:14En l'occurrence, cette scène-là,
04:15ils voulaient me montrer que c'était eux
04:16qui faisaient la loi dans le quartier,
04:17que s'il y avait des voleurs de voitures,
04:19c'est eux qui s'en occupaient.
04:20Et donc, leur intention,
04:21avec toute leur brutalité,
04:22c'était de me montrer que c'était eux
04:23qui avaient le pouvoir.
04:25Et le problème, quand on est journaliste,
04:27c'est qu'on sait jamais ce qu'on va découvrir
04:28quand on arrive, on a un rendez-vous,
04:29on vous donne un point de rendez-vous,
04:30on vient vous chercher,
04:32et puis vous êtes embarqué dans quelque chose,
04:33ça jure jamais très longtemps.
04:34On se dit pas à un moment donné,
04:35on peut être complice d'un crime,
04:36d'une certaine manière,
04:37même en le montrant ?
04:38Justement, c'est toute la difficulté,
04:40il faut savoir garder sa place de journaliste
04:42et justement faire en sorte
04:43que les choses ne dérapent pas.
04:44On craint pour sa peau ?
04:45J'ai peur une seule fois,
04:47c'était à Juarez,
04:50on voulait filmer les passages de drogue
04:51aux Etats-Unis,
04:53il faut savoir que de la corruption,
04:54il n'y en a pas qu'au Mexique,
04:55il y en a aussi aux Etats-Unis,
04:56c'était des border patrols
04:57qui ouvraient les portes.
04:58En gros, on arrive,
05:00on monte dans leur voiture,
05:02ils prennent l'autoroute à contresens,
05:04ils passent le terre-plein central
05:06de l'autoroute pour arriver
05:07le long du Rio Grande,
05:08et là, au moment où ils s'apprêtent
05:10à passer la marchandise,
05:12ils reçoivent une information
05:12comme quoi il y a un service
05:14de police concurrent
05:15qui travaille pour le cartel d'en face
05:16qui vient pour les arrêter.
05:18On s'est mis à courir
05:19le long du Rio Grande,
05:20on est remonté dans une voiture,
05:21on a réussi à partir.
05:22Là, j'ai vraiment eu peur
05:23parce qu'on est à découvert
05:25et les policiers mexicains,
05:26ils ne disent pas où les mains,
05:27ils tirent.
05:28Et ils vous laissent tout tourner ?
05:29Ils nous laissent tourner
05:30parce que le grand chef,
05:33on l'avait rencontré
05:34à la prison de Juarez,
05:35lui, il ne risque rien
05:36et les gars qui sont en bas,
05:39ils ont 25 ans,
05:40ils sont drogués,
05:41ils font ce qu'on leur dit
05:41et il n'y a pas de service
05:43de communication, si vous voulez.
05:44Vous parliez de cette corruption
05:45dans un reportage fort
05:46de 7 à 8.
05:47On voit une maman mexicaine,
05:48Isabelle,
05:49qui demande au policier
05:50de l'aider à retrouver son fils
05:51enlevé par les narcos.
05:52Les forces de l'ordre
05:54refusent de l'aider
05:54et lui conseillent même
05:55de ne pas le chercher.
05:56C'est trop dangereux.
05:57C'est ça, le Mexique ?
05:59Justement,
06:00la question des disparus,
06:02c'est une question très importante
06:03et souvent,
06:03quand il y a des disparus,
06:05il y a une méthode,
06:07il y a une culture
06:08de la mise à mort au Mexique,
06:10notamment pour les cartels,
06:12c'est-à-dire que
06:12quand on met à mort,
06:13on la met en scène.
06:15Il y a une codification
06:16qui est très claire.
06:17Les disparus,
06:18ce sont les victimes
06:18du cartel de l'État.
06:20C'est-à-dire que
06:21souvent,
06:21ce sont des policiers.
06:23Le narco est l'État mexicain.
06:25C'est l'État mexicain
06:26qui administre le narcotrafic
06:27et les répartitions de pouvoir
06:29et de terrain
06:30entre les différents cartels.
06:31Mais qu'est-ce qui fait
06:32qu'aujourd'hui,
06:32puisque c'est l'actualité
06:33pour laquelle vous êtes là,
06:35le Hellman Show,
06:36on le décapite ?
06:37Parce que tel que
06:37ce que vous décrivez,
06:38en fait,
06:39on a l'impression
06:39que tout le monde
06:39s'arrange avec tout le monde.
06:40La fameuse présidente
06:41dont parlait Bénédicte
06:43tout à l'heure,
06:43donc Léa Chalbonne,
06:45c'est un changement de logiciel ?
06:46Absolument pas.
06:47La guerre contre les cartels,
06:49elle a commencé en 2006
06:50avec le président
06:51Philippe Calderon.
06:52À l'époque,
06:52il y avait six cartels.
06:53Aujourd'hui,
06:54il y en a 80.
06:55Et ça,
06:56c'est la pression américaine
06:58avec la politique du trophée.
07:00C'est-à-dire,
07:00c'est juste...
07:01aux États-Unis...
07:02Ça ne change rien.
07:02On a besoin juste
07:03d'un trophée,
07:04mais en fait,
07:04ça ne change rien
07:05au quotidien, en fait.
07:06Ça s'aggrave.
07:07Malheureusement,
07:07en fait,
07:08cette politique-là,
07:09couper des têtes,
07:09en fait,
07:10fait que les cartels
07:11se fragmentent,
07:11ils se font la guerre.
07:13Et les têtes repoussent,
07:13il y en a un autre derrière.
07:15Exactement.
07:16Et c'est en vue
07:17de la Coupe du Monde
07:18qui arrive dans quatre mois
07:19aux États-Unis et au Mexique,
07:20c'est pour ça que,
07:22en gros,
07:22Trump a demandé une tête
07:23histoire de rassurer
07:25l'étranger ?
07:26C'est ça le sujet ?
07:27Ah non,
07:27pas du tout.
07:28Ce que Trump veut,
07:29c'est...
07:30Il veut montrer à son électorat
07:31qu'il gagne la guerre
07:32contre les cartels.
07:32Il n'y a qu'à voir,
07:33le 22 janvier dernier,
07:34date de l'intronisation
07:35du président Trump,
07:38Claudia Schembaum
07:38lui a offert un cadeau.
07:4022 narcotrafiquants
07:41qui ont été extradés
07:42aux États-Unis.
07:43On est dans une logique
07:44de courtisans,
07:45si vous voulez,
07:46il y a le roi Trump.
07:47C'est juste ça ?
07:48C'est juste ça.
07:48Il faut...
07:49Les États-Unis,
07:49ils ont besoin de montrer
07:50qu'ils gagnent la guerre
07:51contre la drogue.
07:52Et en gros,
07:53pour montrer qu'ils gagnent
07:53la guerre contre la drogue,
07:55on a besoin
07:55de faire un grand procès.
07:56En fait, la drogue,
07:57ce que vous décrivez,
07:58ça reste exactement
07:59la même chose.
08:00En fait,
08:00ce El Mencho
08:01qui est décapité,
08:02la réalité des cartels
08:04au Mexique,
08:04ça ne change absolument rien.
08:06Ça ne changera rien
08:07pour la simple et bonne raison
08:09qu'en fait,
08:10c'est ce que je vous ai dit,
08:11le cartel
08:12est dans l'État mexicain.
08:13Mais donc,
08:14il n'y a pas de solution ?
08:15Je ne vois pas de solution.
08:17La seule solution,
08:18ce serait de faire en sorte
08:19que les gens arrêtent
08:19de se droguer.
08:21C'est un marché de l'offre,
08:22la drogue.
08:22Donc,
08:23si on fait en sorte
08:24que les gens
08:25aient moins envie
08:26de se droguer,
08:27et là,
08:27on ne pourrait en parler
08:28pendant des heures,
08:29il y aurait moins d'argent
08:30ou alors il faut légaliser.
08:31C'est un autre choix politique.
08:32Et vous dites corruption au Mexique,
08:34mais également aux États-Unis.
08:35Vous en parliez tout à l'heure
08:35à la frontière.
08:36L'agence américaine
08:38de lutte contre le trafic de drogue,
08:39elle est corrompue aussi
08:39aux États-Unis ?
08:40Alors,
08:41je ne dirais pas
08:42que la DEA est corrompue,
08:43mais dans la Border Patrol,
08:45il y a eu
08:45un certain nombre de rapports
08:47qui ont été gardés secrets.
08:49Il y a eu
08:49plusieurs enquêtes
08:50qui ont été menées
08:51par des journalistes américains
08:52qui ont démontré
08:52qu'il y avait une énorme quantité
08:54de Border Patrol
08:56qui collaboraient
08:56avec les cartels mexicains.
08:58Ici, en France,
08:58on parle de mexicanisation.
09:00Vous voyez, Thomas,
09:01je n'arrête pas à prononcer non plus.
09:02C'est comme Sébastien Ruxel.
09:04Mexicanisation,
09:05ça a un sens
09:06ou c'est too much ?
09:08C'est complètement too much
09:10pour la simple et bonne raison
09:11qu'en fait,
09:11on n'est pas du tout
09:12en train de se mexicaniser,
09:13on est en train de s'américaniser.
09:14On est un pays de consommateurs.
09:16On n'est pas un pays
09:17de fabrication ou de transport.
09:19L'Europe est en train
09:20de se mexicaniser.
09:21Pourquoi ?
09:21D'américaniser.
09:22De s'américaniser, pardon.
09:24Parce que le prix de la cocaïne
09:26est en train de s'effondrer
09:27et qu'est-ce qui s'est passé
09:28aux Etats-Unis
09:28quand la cocaïne a été saturée
09:30sur le marché américain ?
09:31Les drogues de synthèse
09:32sont arrivées.
09:32Donc aujourd'hui,
09:33on peut parler de mexicanisation
09:35si on veut.
09:35N'empêche qu'on continue
09:37de poursuivre
09:37des vendeurs de shit
09:39dans des halls d'immeubles
09:40alors qu'il y a du fentanyl
09:41qui est en train d'arriver
09:42en Europe
09:42et dans 3, 4, 5 ans,
09:44on aura aussi nos zombies
09:46dans nos rues européennes.
09:47C'était passionnant.
09:48Merci Romain.
09:49Les séries sont toujours
09:50évidemment accessibles
09:51sur Canal+.
09:52Vous allez en tourner
09:53d'autres là ?
09:54La saison 3
09:55est en préparation
09:56sur le blanchiment d'argent.
09:57Et donc vous allez y retourner
09:58et réinfiltrer ?
10:00Tout à fait.
10:00Merci Romain Bolsinger
10:01d'être venu ce matin
10:02sur RTL Passionnant.
10:03Merci Entretien Passionnant.
10:05Tiens, on a un petit message
10:05pour vous 64 900.
10:06Bonjour RTL,
10:07je fais un petit coucou
10:07à Marc-Olivier Fogiel
10:08que j'aime beaucoup
10:09dans sa chronique
10:09à 8h15.
10:10Toujours très intéressante
10:11et percutante.
10:12Marc O est dynamique,
10:13sympathique,
10:14avec un grand cœur
10:15et je ressens dans ces mots
10:16juste
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