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  • il y a 10 minutes
Perdre un fils au combat, Jean-Marie Bockel sait ce que cela veut dire, lui, l'ancien ministre qui a perdu son fils en 2019 lors d'une opération au Mali. Au moment où la France pleure deux de ses soldats tombés au Liban, Jean-Marie Bockel est l'invité de RTL Matin.
Regardez Face à Fogiel du 23 avril 2026.

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Transcription
00:01Céline Landreau
00:03RTL Matin
00:048h17 sur RTL, face à Fogiel, maintenant l'interview de Marc-Olivier Fogiel.
00:09La France pleure, un deuxième soldat, le caporal-chef Anissé Girardin, a succombé à ses blessures hier.
00:15Il avait tenté de porter secours samedi au sergent-chef Florian Montorio, tombé dans une embuscade attribuée au Hezbollah dans
00:20le sud-Liban.
00:21Tous deux n'avaient pas 40 ans.
00:23Et ce matin, Marc-Olivier, vous recevez un père qui connaît cette douleur.
00:26Son fils, Pierre-Emmanuel, est décédé lors d'une opération militaire au Mali.
00:31Jean-Marie Bockel, ancien secrétaire d'Etat à la Défense, est votre invité ce matin.
00:36Et bonjour Jean-Marie Bockel.
00:37Bonjour.
00:38Le sergent-chef Florian Montorio a péri samedi dernier au Liban.
00:42Ses obsèques auront lieu tout à l'heure à Montauban.
00:44Hier matin, son camarade, le caporal-chef Anissé Girardin, blessé dans la même embuscade et lui-même mort de ses
00:53blessures.
00:54J'imagine, vous, l'ancien ministre, le père d'un soldat mort en expédition, à chaque fois, ça ravive des
01:02douleurs très fortes pour vous ?
01:03Oui, chaque fois.
01:04Parce que, évidemment, c'est des moments qu'on n'oublie pas et qu'on n'arrive pas à surmonter
01:09complètement.
01:10On vit avec, on continue à vivre.
01:12Six ans après.
01:12Oui, en effet, parce qu'évidemment, il y a à la fois l'empathie pour ses soldats, morts pour la
01:19France.
01:20Je préfère parler de sacrifice que de victimes, parce qu'ils étaient engagés.
01:24Ils savaient ce qu'ils faisaient en s'engageant et en partant sur les théâtres extérieurs.
01:30On va lire le sens de tout ça, évidemment.
01:31Mais il y a aussi les familles, les conjoints, les enfants, les parents.
01:34Tout ça, évidemment, nous l'avons vécu avec ma famille.
01:37Et donc, je ne peux pas être plus en empathie que cela.
01:40Et en même temps, c'est vrai que ça ravive et que c'est dur d'en parler.
01:43Parce que le 25 novembre 2019, vous vous souvenez du coup de fil qui vous a annoncé à la maison,
01:48chez vous, la mort de Pierre-Emmanuel ?
01:50Oui, il était 7h20. Je m'apprêtais à partir, d'ailleurs, puisque j'étais sénateur et j'allais prendre mon
01:56train pour Paris.
01:57J'ai eu, effectivement, ce coup de téléphone du major, donc d'un sous-officier du 5e Régiment d'Hélicoptères
02:04de combat.
02:05Mon fils était pilote d'hélicoptère.
02:07Donc, oui, je me souviens. Il parlait, d'ailleurs, de chez ma belle-fille, qu'il était allé voir et
02:12qui était aussi sous le choc.
02:14Et après, je suis monté dans notre chambre, l'annoncé à ma femme.
02:20Puis ensuite, on a appelé nos enfants. Enfin, voilà, c'est le moment, évidemment, qu'on n'oublie pas.
02:25Vous vous parliez avec votre fils des risques qu'il prenait.
02:27Ça fait partie du métier, évidemment, comme c'est deux soldats qui sont morts au Liban.
02:32Ça fait partie du métier. En même temps, oui et non ?
02:36Oui, c'est-à-dire qu'on en parlait.
02:38Et on en parlait même, enfin, lui, sous forme un peu drôlatique, en disant, ah oui, papa, maman,
02:45aujourd'hui, on a fait la photo, vous savez, au cas où on est tué, quoi.
02:48Ces photos-là, on les fait en anticipant le moment s'il nous arrive quelque chose ?
02:52Absolument. Voilà, c'était presque un sujet, je ne dirais pas de plaisanterie, mais enfin, de bravade.
02:57Évidemment, on n'imagine ni lui ni nous que ça arrivera.
03:02Même si, je pense que lui avait conscience du risque de certaines opérations en hélicoptère, en zone de combat,
03:10il partait parfois quelques jours, il disait là, ne cherchez pas à me joindre, ne vous inquiétez pas.
03:15Donc, il est parti quatre fois en OPEX.
03:18Il y avait chez nous un fond, évidemment, de confiance, mais aussi une petite inquiétude, quoi.
03:25Mais vous, le père, vous, l'ancien ministre, quand vous avez entendu, par exemple, cette année,
03:29le chef d'état-major des armées préparer la France en disant, ça fait polémique cette phrase,
03:34il faut se préparer à perdre vos enfants au combat, vous, vous étiez prêt à perdre votre fils au combat
03:39?
03:40Bien sûr que non, parce qu'on n'est jamais prêt.
03:43Moi, le chef d'état-major, Fabien Mandon, que je connais, que j'ai connu assez bien sur les sujets
03:48africains,
03:49j'ai eu une mission sur la reconfiguration des bases militaires françaises en Afrique l'an dernier,
03:55et que je tenais, que je tiens en bonne estime, je l'ai défendu.
03:58Parce qu'il a été extrêmement vilipendé, simplement parce qu'il a dit des choses qui,
04:04à un moment ou à un autre, dans un pays comme la France, doivent être dites.
04:09Mais malgré tout, bien sûr que c'est d'une certaine manière inacceptable,
04:14et ça pose la question du sens.
04:15Mais vous avez défendu le chef d'état-major des armées,
04:19vous dites quoi aux auditeurs d'RTL qui se disent,
04:20encore aujourd'hui, on vient de perdre deux soldats,
04:23ils étaient là dans une force de paix, la finule d'interposition,
04:27votre fils au Mali, aujourd'hui on n'y est plus au Mali.
04:30Donc beaucoup de Français se disent, mais nos soldats, c'est un peu de la chair à canon,
04:34ils meurent pour rien.
04:36Avant, beaucoup de Français, nous, on se le dit, ça, régulièrement.
04:42Vous, la famille.
04:42On se pose cette question, mais c'est normal.
04:45Et en même temps, moi je vous donne ma réponse.
04:48C'est pas forcément la réponse de tous les parents, de toutes les familles,
04:51et puis sur ces sujets, on traverse des hauts et des bas.
04:54Mais ma réponse, et je le dis quand même avec le recul maintenant de six ans,
04:59mais ça a été ma réponse quand c'est arrivé,
05:01et que j'ai eu l'occasion à quelques reprises de m'exprimer,
05:05parce que j'ai hésité, mais je me suis dit que je lui devais aussi de parler.
05:11D'ailleurs, pour revenir un instant à mon fils, mais c'est sûrement vrai de ses camarades,
05:15y compris ceux qui sont morts au Liban, mais même au Mali, où c'était pas des forces d'interposition,
05:21où c'était des actions de guerre, mon fils vivait, comme beaucoup de ses camarades,
05:25comme un soldat de la paix.
05:26Il connaissait le sens de sa mission.
05:28Il avait fait déjà des séjours humanitaires en Afrique, dans le cas du scoutisme, etc.
05:32Donc il avait une empathie.
05:34Mais au-delà de ça, ce que je pense profondément,
05:38c'est que notre présence, que ce soit en Afrique,
05:42pour éviter que ce pays et sûrement d'autres ne basculent vers un califat djihadiste,
05:47je dis pas que ce risque a disparu.
05:49Mais en tout cas, c'était une forme d'envendant.
05:51Mais quand même, voilà.
05:52Et même, quoi qu'il arrive, je ne peux pas prédire l'avenir,
05:56ce qui a été fait par la France et par ses soldats,
05:59au risque de leur vie et de leur intégrité physique,
06:02il y a aussi eu beaucoup de blessés, y compris des blessés psychiques, cela reste.
06:07Et souvent, j'ai gardé le contact avec un certain nombre d'amis maliens,
06:12pas au sommet de l'État, où j'avais aussi, bien sûr, des gens que je connaissais,
06:17mais à la base, le maire du village rural,
06:20nous avions, au milieu d'une coopération,
06:23certains acteurs de petites entreprises, ou des gens, d'ONG, etc.
06:28Et des maliens, je veux dire.
06:30Et qui disent, mais de toute façon, ce que vous avez fait, ça restera dans nos mémoires.
06:36Donc, ils ne sont pas morts pour rien, c'est ce que vous dites ce matin.
06:39Et regardez le Liban.
06:41Eh bien, ce pauvre et beau et magnifique pays,
06:43où nous avions autrefois un mandat français,
06:46donc nous avons une responsabilité ancestrale à nos portes sur les enjeux de sécurité,
06:51on a raison d'être présents de différentes manières,
06:53y compris au sein de la finule.
06:56Donc, ces soldats ne sont pas morts pour rien.
06:57Même si, ça pose la question du statut de la finule,
07:00ou d'autres forces d'interposition à venir,
07:02pour l'avenir d'être simplement dans une position de légitime défense,
07:06face à des agresseurs,
07:10comme vraisemblablement le West-Bola,
07:11c'est un sujet.
07:12Vous dites ça aujourd'hui, avec six ans de recul,
07:15vous dites quoi aux familles des soldats qui sont morts ce week-end et hier,
07:20aux familles de Florian et aux familles d'Anissé ?
07:22Il y aura tout à l'heure des obsèques.
07:24Vous leur dites quoi ce matin ?
07:25Ce que vous vivez est indicible.
07:28C'est très dur.
07:29L'armée, qui a ses qualités et ses défauts,
07:32comme toute institution, est une grande famille.
07:34Et elle le montre dans ces moments-là.
07:36Sur tous les plans.
07:38Humain, présence, matériel, lorsque c'est nécessaire.
07:42Il y a aussi, au long cours,
07:45vous aurez des gens qui seront à vos côtés,
07:46par rapport aux épreuves que vous traverserez.
07:48Parce que la vie continue.
07:50Mais ils ont des enfants, des conjoints.
07:53Et nous, par exemple, l'association Solidarité et Défense,
07:55que je préside depuis ce drame,
07:57nous organisons chaque année des séminaires
07:59pour les mamans, pour les veuves,
08:01pour les papas, pour les fratries.
08:03Et ça veut dire que la veuve de votre fils
08:05et votre petit-fils, son fils qu'il n'a pas connu,
08:08ils ont été accompagnés ?
08:10Oui, et ils le sont toujours.
08:12Et en même temps, ma belle-fille,
08:15qui est une forte personnalité,
08:16est allée de l'avant, a eu des moments de révolte.
08:19Elle élève son fils d'une manière
08:22qui force tous les jours notre admiration.
08:24C'est un petit garçon qui joue du rugby
08:27au rugby dans la vallée de l'Aspe,
08:28près de Pau.
08:29Voilà, elle a surmonté l'épreuve.
08:31Mais comme nous, il y a une part de nous-mêmes.
08:35Votre petit-fils, j'imagine qu'il est fier de son père ?
08:37Il est fier de son père,
08:38qu'il ne l'a jamais connu.
08:40Et l'armée, ça lui fait envie ?
08:41Je pense qu'il est d'abord fier de son père.
08:46Pour ce qui est de l'armée, il a six ans.
08:48Je sais bien, mais...
08:49Sa maman, qui n'était pas de culture militariste,
08:54plutôt d'une culture familiale anarchiste assumée,
08:58eh bien, elle lui explique.
09:01Elle lui explique le sens du sacrifice de son père.
09:04Je trouve qu'elle est formidable, quoi.
09:07Et on est à ses côtés.
09:08On va terminer comme ça.
09:09Le sens du sacrifice.
09:10Tout à l'heure, il y aura des obsèques.
09:12Hier, on était encore dans l'émotion du deuxième soldat.
09:14Mais ce que vous nous dites, vous,
09:16le père, l'ancien ministre,
09:17c'est le sens du sacrifice.
09:18Tout ça n'est pas vain.
09:20Tout ça n'est pas vain.
09:22Même si c'est difficile à dire,
09:23mais nous et beaucoup de familles,
09:26ça nous a aidés, ça les a aidés.
09:28On est fiers de nos fils.
09:30On est fiers d'eux.
09:31Et on peut l'être.
09:32Et on est fiers avec vous.
09:33Merci Jean-Marie Bockel de votre témoignage ce matin sur RTL.
09:35Merci à vous.
09:35Merci.
09:37Merci Marc-Olivier.
09:37Merci.
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