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Il vient d'être nommé adjoint de Benoît Payan, le maire de Marseille, alors qu'il est sous très haute protection policière. Dans le même temps, l'enquête sur l'assassinat de son petit frère Mehdi Kessaci s'accélère avec des premières mises en examen. Amine Kessaci, visage de la lutte contre le narcotrafic, est l'invité de RTL Matin.
Regardez Face à Fogiel du 03 avril 2026.
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00:00Et le matin, Thomas Soto.
00:04Il est 8h16, face à Fogiel, indiavue de Marc-Olivier Fogiel, avec ce matin un jeune homme qui ne lâche
00:08rien, que rien ni personne ne fera taire.
00:11Quatre mois après l'exécution de son frère Mehdi, et alors que des interpellations ont eu lieu dans cette enquête,
00:15il vient de devenir maire adjoint de Marseille.
00:17Son combat à la vie, à la mort, il le mène contre les trafiquants de drogue. C'est donc Amine
00:21Kessassi qui est votre invité.
00:23Bonjour Amine Kessassi.
00:24Bonjour.
00:24L'enquête sur le meurtre de votre petit frère avance. Thomas l'a dit, 6 personnes ont été mises en
00:29examen le week-end dernier, notamment pour meurtre et tentative de meurtre en bande organisée.
00:33Je rappelle, votre petit frère a été tué de plusieurs balles en plein après-midi, c'était le 13 novembre
00:38dernier. Il était totalement étranger au narcotrafic.
00:41Il rêvait de devenir gardien de la paix. Pour commencer, Amine Kessassi, vous êtes soulagé de ses premières mises en
00:49examen ?
00:50Oh, soulagé, je ne sais pas. Vous savez, aujourd'hui, plus rien ne pourra me ramener. Mon petit frère, plus
00:54rien ne pourra réparer ce qui a été cassé.
00:57Donc, soulagé, je ne sais pas si c'est du soulagement. En tout cas, ce que je sais, c'est
01:01que la justice fait son travail.
01:02C'est que la République est à la hauteur du rendez-vous. Parce que ces personnes, le 13 novembre, n
01:07'ont pas décidé uniquement d'attaquer ma famille.
01:09Ils ont décidé, au travers de ce que je représente, au travers de ce que je porte comme combat, ils
01:15ont décidé d'attaquer la République.
01:17Ils ont décidé de tester la République sur cette lutte contre le narcotrafic.
01:22Donc, je pense, aujourd'hui, que la justice fait son travail, que l'enquête est en cours.
01:25Et je serai soulagé aux assises lorsque ces personnes seront condamnées pour ce qu'elles ont commis.
01:31Alors, la justice fait son travail, notamment aux assises d'Aix, puisqu'un homme est soupçonné d'avoir commandité l
01:35'assassinat de votre frère depuis sa cellule.
01:37Il s'agit d'Amin Wallan, pas que, surnommé Mamine.
01:41C'est l'un des chefs présumés de la DZ Mafia.
01:44Il est aussi soupçonné d'avoir tué votre demi-frère Brahim en 2020, qui est tombé dans le milieu du
01:48narcotrafic, lui.
01:49Et cet homme, il est actuellement jugé pour une affaire de double meurtre devant les assises d'Aix.
01:53On l'appelle d'ailleurs le procès de la DZ Mafia.
01:56Vous regardez très précisément ce qui se passe à Aix, vous, Amine ?
02:00Bien sûr, je regarde chaque matin ce qu'il s'y passe.
02:02Je regarde chaque seconde de chaque débat, de chaque discussion.
02:06Et afin de ne pas rajouter du travail supplémentaire, de la charge à la police et aux magistrats qui, je
02:13veux, les saluer.
02:15Et notamment aux agents de police qui sont autour de ce tribunal, qui ont fait, de Aix-en-Provence,
02:20une vraie cité bunker où tout le monde est contrôlé à l'entrée du tribunal, où on a un procès
02:27XXL.
02:28Donc je veux saluer leur travail, saluer leur courage.
02:31Et pour ne pas leur rajouter une charge supplémentaire, j'ai décidé de ne pas y aller.
02:34Mais en tout cas, je regarde de très près ce qu'il s'y passe.
02:36Cette personne est aujourd'hui impliquée dans plusieurs dossiers.
02:40Elle sera jugée dans plusieurs affaires.
02:44Et donc, moi, j'ai une grande confiance en la justice.
02:46Mais est-ce que vous avez confiance que cette DZ Mafia, finalement, à un moment donné, soit démantelée ?
02:50On a l'impression qu'on en coupe la tête et une autre apparaît.
02:53On voit que la DZ Mafia commence à se fracturer et se réorganise les chefs autrement avec ce qu'on
02:58appelle la DZ NG.
03:00Et c'est la nouvelle génération.
03:02Est-ce que vous avez l'impression qu'on va pouvoir en arriver au bout ?
03:05Il y a eu cette 42 interpellations dont même un avocat complice l'opération Octopus le 9 mars dernier.
03:12On a l'impression que ça ne s'arrêtera jamais.
03:14Oh non, on ne peut pas dire ça.
03:16Vous savez, il y a beaucoup de gens qui rêvent.
03:18Il y a beaucoup de gens qui espèrent.
03:20Et je ne suis pas de ceux qui se trouvent le pouvoir de juger.
03:25Et donc, aujourd'hui, de condamner, d'assigner tous les habitants des quartiers populaires
03:29à vivre avec ça toute leur vie.
03:31Et je pense que mon action, mon engagement aujourd'hui est aussi une preuve que les choses sont possibles.
03:36Une preuve qu'on peut se relever, qu'on peut porter, qu'on peut changer les choses.
03:40Et nous, on y croit vraiment parce que c'est de nos vies dont on parle.
03:44Et nos vies, elles dépassent les fictions que l'on peut voir sur Netflix, que l'on peut voir ailleurs.
03:48Et donc, pour ça, il y a, je pense, un enjeu maintenant.
03:52Vous parliez de la DZ NG qui n'a pas tout à fait vocation à venir remplacer la DZ Mafia.
03:58Il y a eu détention, décision interne, etc.
04:01Une volonté aussi de déstabilisation.
04:03Donc, l'enquête structurelle sur la DZ nous expliquera quel a été le rôle,
04:08quelle est l'implication de cette DZ NG dont on n'a plus entendu parler depuis des semaines, d'ailleurs.
04:13Mais je pense aujourd'hui qu'il y a cette volonté, et vous l'aurez compris,
04:17de toucher le haut du spectre.
04:19Mais le haut du spectre, ça ne suffit pas, en fait.
04:21Il faut aller dans le fond du problème.
04:24Pour aller dans le fond du problème, juste pour finir là-dessus,
04:27il faut tout de même qu'on ait, et toutes les réponses politiques,
04:31j'en ai déjà parlé à plusieurs reprises,
04:33mais il faut qu'on ait des réponses sociales, des réponses de justice,
04:36des réponses de prévention,
04:38pour éviter justement à ce que cette nouvelle génération soit tentée,
04:42soit happée par les narcotrafiquants,
04:43qui réduisent en esclavage la jeunesse de nos quartiers.
04:47Vous parliez de votre vie.
04:48Votre vie, c'est quoi, aujourd'hui ?
04:49Là, vous êtes avec Étienne Baudu, notre correspondant à Marseille, en ligne.
04:53Vous avez un gilet pare-balles ?
04:54Vous avez des policiers qui vous protègent ?
04:57Non, non, je n'ai pas de gilet pare-balles,
04:58je suis effectivement sous protection policière,
05:00mais vous savez, je n'ai pas de quoi me plaindre.
05:02Je n'ai pas de quoi venir ici à votre micro.
05:04Il ne s'agit pas de se plaindre,
05:05mais il s'agit de raconter le quotidien d'un jeune homme comme vous,
05:08qui se bat contre le narcotrafique et qui a perdu deux frères.
05:12Votre quotidien, sans vous plaindre,
05:13d'un point de vue simplement de la description,
05:16ça se passe comment pour vous ?
05:18C'est compliqué, c'est compliqué.
05:19Il y a des choses que je ne peux plus faire,
05:21il y a des choses que je voudrais faire et que je ne peux pas faire.
05:23Sortir, aller acheter du pain, marcher avec mes amis,
05:25prendre un verre, me mettre en terrasse,
05:27c'est des choses que je ne peux plus faire.
05:29Ce que vous décrivez, c'est que vous ne pouvez pas vivre, en gros.
05:31Parce que si vous ne pouvez pas aller en terrasse,
05:32aller avec vos amis, aller acheter du pain,
05:35en fait, votre quotidien est très contraint.
05:39Oui, effectivement.
05:39Mais mon quotidien est aussi fait de belles choses,
05:43puisque chaque jour,
05:44le maire de Marseille m'a donné la chance,
05:46l'occasion de me battre à ses côtés pour réparer cette ville,
05:48depuis, je travaille,
05:50depuis notre élection le 23 mars,
05:53on n'a pas arrêté de réunir le tissu associatif,
05:56de réunir des responsables de services,
05:57de réunir des associations,
05:59de réunir des personnes qui sont engagées,
06:02engagées dans les quartiers,
06:03engagées dans les quartiers sud,
06:04engagées dans les noyaux villageois,
06:05des gens qui veulent réparer cette ville.
06:07Et moi, c'est ce que je fais,
06:08et l'objectif aujourd'hui,
06:10de ma parole,
06:11de l'espoir que je porte en un avenir meilleur,
06:13d'une vie,
06:14d'une once d'espérance pour moi-même,
06:16c'est celui de réparer cette ville,
06:17et de protéger les Marseillaises et Marseillais,
06:20et c'est ce qu'on fait aux côtés du maire de Marseille,
06:22Benoît Payan.
06:22On l'aurait compris,
06:23ça n'a pas été votre choix,
06:24mais on aurait compris que vous ayez décidé plutôt de vous cacher,
06:28plutôt que de vous exposer.
06:29Est-ce que ça vous a traversé l'idée,
06:31à un moment donné,
06:32de se dire,
06:33je vais plutôt me mettre en retrait,
06:35parce que j'ai peur ?
06:36Non, pas une seule seconde.
06:38Pas une seule seconde,
06:39parce que,
06:40quand à 17 ans,
06:40on a déjà vu la dépouille de son grand frère calciné,
06:44entièrement calciné,
06:45quand à 22 ans,
06:46on a enterré son petit frère,
06:48qui a été assassiné à sa place,
06:49pour rien,
06:50je pense que la peur,
06:51ce n'est plus quelque chose qui peut nous habiter,
06:53qui peut nous traverser,
06:54on peut avoir des moments de doute,
06:55des moments de réflexion,
06:57mais en tout cas,
06:58la peur,
06:58ce n'est pas quelque chose qui me traverse,
07:00ni même qui vient me narguer aujourd'hui,
07:03mais je pense que ça raconterait des choses terribles,
07:06sur moi,
07:06si je me mettais à me cacher.
07:08Mais on arriverait à vous comprendre.
07:10Oui,
07:10mais moi,
07:11je ne pense pas,
07:11je ne pense pas,
07:12vous savez,
07:13cette lutte,
07:14elle m'a coûté trop cher,
07:15et donc,
07:16pour ça,
07:16je pense qu'il faut aller à terme aujourd'hui.
07:20Mais concrètement,
07:21aujourd'hui,
07:21il y a un contrat qui est sur votre tête ?
07:24Oui.
07:26Ça,
07:26c'est documenté,
07:28la police qui vous accompagne,
07:29vous explique qu'aujourd'hui,
07:32les narcotrafiquants,
07:33ils veulent vous tuer.
07:34Ah ben bien sûr,
07:35j'ai été exfiltré pendant la campagne des municipales,
07:39d'un meeting à plusieurs reprises,
07:40on a reçu des alertes,
07:42on a reçu des choses qui n'ont pas été médiatisées,
07:45et donc,
07:46effectivement,
07:47aujourd'hui,
07:48je pense que c'est aussi important de le rappeler,
07:50parce que,
07:51beaucoup pensent que c'est un jeu,
07:54que le narcotrafic,
07:55c'est une actualité,
07:56c'est quelque chose sur quoi on peut surfer,
07:58sur quoi on peut commenter,
07:59sur quoi on peut spéculer,
08:00mais je parle de vie humaine derrière ça,
08:03et moi,
08:03ma vie,
08:04elle est tous les jours,
08:05et constamment menacée,
08:06et c'est pour ça que je veux dire merci aux policières et policiers
08:09qui m'accompagnent,
08:10qui sont d'un courage absolu,
08:11qui ont décidé de venir tous les jours,
08:14à mes côtés,
08:15matin,
08:15midi et soir,
08:16et qui sont prêts à risquer leur vie pour moi.
08:18Mais les narcotrafiquants,
08:20s'ils arrivaient à atteindre votre vie,
08:23ils pensent que ça changerait quelque chose,
08:24ou c'est juste de la vengeance,
08:25en fait ?
08:26Je ne sais pas ce que c'est,
08:27je ne sais pas ce que ces personnes se sont mises en tête,
08:30je ne sais pas ce que ces personnes veulent en m'éteignant,
08:34est-ce que c'est un message qu'ils veulent envoyer aux gens,
08:37à ceux qui se lèvent,
08:38ceux qui osent parler,
08:38ceux qui s'expriment,
08:40ceux qui mettent des mots sur nos vies,
08:41ceux qui, depuis l'intérieur,
08:43dénoncent,
08:44ne sont pas complices,
08:45ne sont pas dupes,
08:46ou est-ce que ces personnes,
08:49pensent,
08:49et dans ce cas-là,
08:51ils n'ont rien compris,
08:52au procès qu'ils ont actuellement,
08:54puisqu'ils l'ont vu,
08:55et les procès en assise,
08:56ce ne sont pas les procès des familles de victimes,
08:58mais ce sont les procès des meurtriers.
09:00Et donc la partie civile,
09:01et d'ailleurs moi je le regrette,
09:03n'a pas d'expression,
09:05n'a pas vraiment,
09:07enfin,
09:08on n'a pas la fenêtre nécessaire
09:09pour pouvoir s'exprimer
09:10lors des procès en assise,
09:12donc je n'aurai malheureusement pas la parole,
09:15moi,
09:15pendant le procès des assassins de mon frère,
09:18donc ces personnes n'ont clairement pas compris
09:21comment fonctionnaient les choses.
09:22Pour conclure,
09:23on entend votre courage encore ce matin,
09:25votre famille,
09:26on se souvient de votre maman,
09:28plus qu'elle pleurait,
09:29au moment de la marche à Marseille,
09:31après la disparition de votre frère,
09:33ils ont le même courage que vous ?
09:35Je pense que c'est eux qui me donnent cette force.
09:37Et puis,
09:38comme les Marseillaises et Marseillais,
09:39en fait,
09:39ma famille,
09:40elle est comme les Marseillaises et Marseillais
09:43qui se sont levés
09:44par 10 000
09:46autour de ce rond-point
09:47que je maudis tant,
09:48que je déteste,
09:50et ils ont été d'un courage absolu
09:52de marcher,
09:52de dire qu'on ne se taira pas,
09:53et c'est ce qu'on fait,
09:54c'est qu'aujourd'hui,
09:55on est debout,
09:56vous savez,
09:57ces nouvelles responsabilités
09:58que le maire de Marseille m'a confiées,
10:00que les Marseillaises et Marseillais
10:01nous ont donné ces responsabilités,
10:03elles ont pour simple objectif
10:05de dire que jamais
10:06on ne se taira face au narcotrafic,
10:08que jamais nos vies,
10:10que jamais dans cette guerre de civilisation,
10:12puisque c'est une guerre de civilisation
10:13dans laquelle on est,
10:14que jamais l'argent,
10:15la drogue,
10:16les soirées,
10:17les réseaux sociaux
10:18auront une valeur supérieure
10:20à la vie humaine
10:20et que partout,
10:21on ira défendre le vivant,
10:22que partout,
10:23on ira défendre la valeur humaine,
10:25la valeur des gens,
10:26et que pour ça,
10:27on a besoin de réparer
10:28cette ville
10:28et c'est vraiment pour ça
10:29moi que je suis debout
10:30et que j'ai la chance
10:31d'avoir une famille
10:32qui me soutient.
10:33Merci de votre témoignage
10:35à nouveau ce matin sur RTL.
10:36Je rappelle votre livre
10:37Marseille,
10:38essuie tes larmes
10:39aux éditions
10:39Le Bruit du Monde
10:40et merci à Étienne Baudu
10:41du Bureau de Marseille
10:42pour la liaison technique.
10:43Merci Amine Kessassi.
10:45Merci à vous.
10:45Merci.
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