- il y a 7 mois
Alors qu'elle avait tenté à plusieurs reprises d'alerter la police, Chloé a été rouée de coups par son ex-compagnon en 2022 à Blois. Depuis, elle a totalement perdu la mémoire, et c'est sa mère qui se bat pour que justice lui soit rendue. Juste avant l'ouverture du procès de son agresseur, Alexandra, la mère de Chloé, est l'invitée de RTL Matin.
Regardez Face à Fogiel du 15 janvier 2026.
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00:01RTL Matin, Thomas Soto
00:02Il est 8h19, l'interview de Marc-Olivier Fogiel, c'est une affaire dont on avait beaucoup parlé il y a un peu plus de 3 ans.
00:11L'histoire de Chloé, Chloé qui avait été tabassée par son ex-compagnon à Blois, une tentative de féminicide qui lui a laissé de très grosses séquelles.
00:18Alors ce matin, c'est la mère de Chloé, Alexandra, qui a accepté de venir témoigner à votre micro, Marc-Olivier.
00:24Bonjour Alexandra.
00:25Bonjour.
00:26L'agresseur de votre fille, Chloé, son ex-compagnon, donc comparé aujourd'hui-demain devant les assises de Blois pour tentative de meurtre aggravée, c'était le 13 décembre 2022.
00:35Il l'a battu, laissé pour meurtre.
00:36Aujourd'hui, Chloé va mieux, elle est restée plusieurs semaines dans le coma, mais elle ne se souvient plus de rien, ni de sa relation, ni de l'agression.
00:43Un black-out total, on va revenir tout à l'heure sur son état et ses séquelles.
00:47C'est vous qui portez sa parole ce matin, car vous étiez là au moment du drame en ligne, vous avez même vu les défaillances de la police, on va y venir aussi,
00:54pour démarrer comment Chloé aborde ce procès aujourd'hui.
00:58Alors je m'inquiète, je m'inquiète, j'ai peur parce que comme vous avez dit, elle a tout oublié.
01:03Donc malheureusement pour elle, je pense qu'aujourd'hui c'est comme si on allait lui raconter une histoire.
01:09J'ai peur qu'il y ait des flashs, des souvenirs qui reviennent pendant ces deux jours-là.
01:12Moi j'ai peur pour elle, j'ai peur de ses réactions, j'ai peur de son comportement.
01:17Pendant deux jours, je suppose que ça va être très très très compliqué pour elle.
01:20Et pour vous madame, est-ce que vous êtes prête à croiser le regard de l'agresseur de votre fille que vous surnommez le monstre, le diable ?
01:26Ça fait trois ans et un mois que j'attends. Donc oui, je suis prête.
01:30Ça se passe tout à l'heure, tout a démarré en décembre 2022.
01:33Chloé se réfugie quelques jours chez vous dans la Vienne après avoir quitté son compagnon après quatre mois de relation.
01:38Pendant ce temps, elle vous confie les violences psychologiques, les violences physiques, le harcèlement qu'elle subissait.
01:43Quand elle rentre chez elle, le 13 décembre 2022, le jour de l'agression, vous saviez que son ex-compagnon allait s'en prendre à elle ?
01:48Je ressentais les choses. Je savais que dans ma tête, que ce n'était pas fini. Que ce n'était pas fini, qu'il allait revenir. Ça, c'est une certitude.
01:57Vous lui avez dit à Chloé, vous l'avez mise en garde ?
01:59Oui, complètement. Je lui ai dit « Fais attention à toi, princesse ». J'avais peur, très peur. Et ce qui s'est produit, malheureusement.
02:05À peine arrivé, puisque sur le trottoir, il s'insulte. Elle tente d'alerter la police municipale qui passe.
02:11Elle explique au policier qu'il a déjà menacé étranglé. Et là, ce qui paraît dingue, on lui répond « Il faut porter plainte. »
02:16Aujourd'hui, vous n'acceptez toujours pas cette réponse.
02:19Il y a plein eu de défaillances cette journée-là. Ça ne change pas et je ne comprends pas.
02:23Les défaillances, c'est que quand Chloé parle avec la police municipale, vous êtes en ligne. Elle vous passe l'un des policiers. Racontez-nous.
02:30« Chloé passe son téléphone à un des policiers. Je demande qu'elle soit protégée. Je demande plein de choses. Je n'ai même pas été écoutée.
02:39Oui, vous savez, il y a des procédures. Vous comprenez. Non, je demandais de l'aide qui l'accompagne, qui fasse tout. »
02:49Elle n'avait pas été écoutée. Chloé s'est rendue au commissariat pour dénoncer et porter cette plainte. Mais on lui dit « Finalement, revenez demain. »
02:58Oui. Le monstre, le diable, le rien, parce que c'est un rien aussi, était présent. Écoutez la jeune femme qui demande secours, qui demande... Et rien n'a été fait.
03:09Surtout que son ex-compagnon avait déjà été condamné à quatre mois de prison avec sursis pour des violences conjugales sur une ancienne compagne.
03:15Il avait été incarcéré à plusieurs reprises pour usage de stupéfiants. Il suffisait de regarder dans un fichier et on aurait pu voir qu'il ne s'agissait pas de quelque chose d'anodin.
03:24Ah mais complètement. Vous savez, sur toute la journée du 13, les trois systèmes de la police, police municipale, le commissariat, la PJ de Blois aussi, on en parle aussi,
03:35aucun des systèmes a tapé le nom et le prénom de monsieur et qu'il avait un casier de dingue. Ils ont plus cru la parole d'un homme que la parole d'une femme. C'est fou.
03:47C'est ça qui est important dans votre témoignage sur RTL. Ce qui fait que quand Chloé retourne chez elle, pas prise en charge par la ministre municipale, une plainte pas acceptée au commissariat,
03:56on lui dit de revenir le lendemain. C'est là que le drame se passe. Il se passe quoi concrètement ?
04:00Il la fracasse.
04:02Vous dites il la fracasse, ça se passe dans le hall de son immeuble ?
04:04Dans le hall. Il aurait fait trois coups de pied au niveau du crâne. Qu'on ne dise pas qu'il n'a pas voulu faire de mal.
04:10Parce que sur la tête, c'est vraiment visé. Le cerveau, la tête, tout, en fin de compte, l'a tué.
04:16Elle reste plusieurs semaines dans le coma. Elle a eu des hématomes. Elle garde des séquelles irréversibles. Elle a perdu l'usage de son oeil.
04:21Elle souffre de troubles neurologiques. Dans quel état allait aujourd'hui, Chloé Alexandra ?
04:25Chloé a perdu son oeil. Elle ne voit que d'un oeil. Elle n'a plus de goût, plus d'aura. Et après, elle a le côté énervement, impatience.
04:35Et c'est pour ça que j'ai peur pour le procès, qu'elle s'agace.
04:38Vous lui avez raconté ce qui lui est arrivé. Elle n'en a aucun souvenir. Elle ne se souvient même pas de l'agresseur.
04:42Mais vous lui avez raconté, vous, pour la préparer au procès qui démarre tout à l'heure ?
04:45J'ai essayé. Mais pour elle, ça l'agace. Elle ne veut pas en parler. Elle s'est renfermée dans sa bulle.
04:52Et pour vous, ce combat, c'est un combat, évidemment, pour dénoncer ses féminicides et aussi sur les défaillances, notamment, de prise en charge ?
05:00Depuis le 13 décembre 2022, je me bats pour ma fille, déjà.
05:03Et en même temps, malheureusement, je veux que justice soit faite pour ma fille en premier et en même temps pour, malheureusement, toutes ces femmes qui sont passées par là
05:16et qui, malheureusement, passeront encore par là parce que ça continue, ça continue. Personne n'est écouté.
05:21107 femmes sont mortes sous les coups de leur conjoint en 2024. Les policiers sont aujourd'hui formés. Ça ne semblait pas être le cas à Blois.
05:30Aujourd'hui, les policiers qui ont mal fait les choses, ils ont été sanctionnés ?
05:35Apparemment, il y en aurait un.
05:36Vous avez eu des contacts avec la hiérarchie policière qui peut-être a présenté des excuses ou peut-être s'expliquait ?
05:41Bien. J'aurais aimé qu'un jour, il y ait quelqu'un qui s'excuse, qui dise « Excusez-nous, on a mal fait notre travail » ou « On a zappé des étapes de cette journée-là ». J'aurais aimé, ouais.
05:53Celui qui a été sanctionné, en fait, il a été renvoyé à la retraite un peu plus tôt de ce que j'en ai compris
05:58puisque, en fait, quand votre fille est arrivée à 17h24 au commissariat, il terminait sa journée à 18h
06:03et il apparaissait que tous les gens qui arrivaient après 17h, il est découragé, finalement, de porter plainte parce qu'il voulait terminer sa journée plus tôt.
06:10Oui, il paraît. Ça se protège entre eux, j'ai l'impression.
06:14C'est-à-dire, ça se protège entre eux ?
06:16Ça reste mon point de vue. Il y a le monsieur du commissariat qui a été sanctionné, voilà.
06:21Mais, il y en a d'autres dans cette journée-là qui n'ont pas fait leur travail.
06:25Et pourquoi, eux, ils n'ont pas été sanctionnés ?
06:27Vous savez, votre histoire, elle nous fait penser à celle de Chahines, cette femme qui a été brûlée vive par son ex-mari
06:32alors qu'elle avait plusieurs fois porté plainte, dont une fois, d'ailleurs, devant un policier reconnu coupable de violence conjugale.
06:37Là aussi, il y avait une chaîne de défaillance. Vous aussi, ça vous fait rappeler cette histoire ?
06:41Ouais, c'est horrible. Franchement, je ne le souhaite à personne. J'ai plein d'interrogations.
06:46Si vous prenez la parole aujourd'hui, c'est pourquoi, clairement, Alexandra ?
06:50Pour dire qu'il y a de l'injustice dans le système. Pour dire en même temps que je veux que ça soit condamné, mais un maximum.
07:01Je veux aussi en même temps dire aux femmes, fuyez au moindre geste, à la moindre parole agressif.
07:08Et que tout ça change. C'est un combat immense pour les femmes aussi.
07:13On sent bien que votre combat dépasse, Alexandra, le cas de Chloé. C'est devenu un combat plus général contre les violences conjugales.
07:21Pendant ces quatre mois de relation de Chloé avec son agresseur, vous n'aviez pas de signe précurseur ? Vous n'avez rien vu, vous, la maman ?
07:27Si, si. Je ressentais les choses avec Chloé. J'étais très proche. Elle me disait des choses et je savais que ce n'était pas une bonne relation.
07:36Et vous n'arriviez pas à, finalement, faire en sorte qu'elle y mette fin ?
07:40Comment vous dire ? J'ai un vécu. J'ai passé dans ma vie certaines étapes.
07:45Seules les femmes qu'on subit comprennent les mots, les...
07:49Les signes précurseurs.
07:50Voilà. Je savais. Et Chloé, si elle se confie à moi, c'est que j'ai un passé.
07:55Quand les femmes sont dans ce système de milieu de relation, on est perdu dans cette relation-là.
08:01Et on sait qu'on est en danger. Mais un coup, la personne qui est en face de nous, je parle de la relation, il va être méchant, violent et tout.
08:11Après, il va être gentil et on est perdu dans cette relation-là. Et Chloé, elle était perdue.
08:16Et au fur et à mesure, elle a commencé à réaliser que c'était très dangereux pour elle.
08:21Mais le problème, il faut qu'on arrive à trouver une porte de sortie.
08:23Et dès qu'au moment où elle a trouvé la porte de sortie, donc elle est venue se réfugier chez moi, qu'elle a pris conscience des choses,
08:30j'étais fière à ce moment-là, parce que c'est très dur de prendre conscience et de faire le premier pas, je vous le garantis.
08:36Mais une fois qu'on l'a fait, on se bat.
08:38Et ce qu'elle a fait Chloé, mais malheureusement, le 13 décembre, il était chez elle et voilà ce qui s'est passé.
08:43Ce qui rend cette histoire encore plus terrible, c'est que finalement, vous l'aviez accompagnée dans ce long processus
08:48pour arriver à se dire victime et accepter la rupture.
08:52Et finalement, il l'a attendue dans le hall de l'immeuble et pas protégée par la police.
08:55Mais ça rend encore plus difficile le témoignage que vous nous livrez ce matin.
08:58Ça reste malheureusement toute la vie des femmes qui subissent ça et j'en ai fait un petit parcours.
09:05Je souhaitais que jamais ma fille subisse cette chose-là et malheureusement, elle l'a vécu encore pire que moi.
09:11L'agresseur lui-même de votre fille, il encourt 30 ans de réclusion.
09:14Après sa arrestation, il a finalement expliqué avoir abordé Chloé pour avoir des explications sur sa rupture
09:20et la publication d'une photo sur les réseaux sociaux.
09:22Il dit avoir vrillé. Vous espérez qu'il reconnaisse son intention de la tuer puisque ça, il ne le reconnaît pas ?
09:28J'espère vriller. Mais quelle honte de vriller. Ça, c'est inexcusable aussi.
09:34Ce n'est pas pardonnable. Il a voulu la tuer. Ça, c'est un fait. Ça, c'est réel.
09:37Et cette condamnation, elle sera importante pour vous dans ce combat ?
09:40Qu'il soit reconnu coupable, ça sera un moment important dans le combat que vous portez ce matin sur RTL.
09:45Oh que oui. Mais ce n'est pas moi qui décide. Ça sera les jurés.
09:48Pour conclure, 48 heures douloureuses pour vous qui démarre ce matin.
09:52Oui, complètement. Ça va demander de la puissance, du mental. Je l'ai et je ne lâcherai rien.
09:57Ça, je vous garantis. Pour ma fille.
09:59Merci Alexandra d'avoir témoigné ce matin sur RTL. Bon courage pour ces deux jours de procès.
10:05Vous étiez au côté de Christian Panvert, notre correspondant pour la liaison technique.
10:08Merci beaucoup Alexandra. Courage à vous et à Chloé.
10:10Merci beaucoup. C'est gentil.
10:11Merci beaucoup Marc Olivier. On vous retrouvera évidemment demain matin.
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