- il y a 2 jours
Alors que le financement public des associations baisse en moyenne pour l’ensemble d’entre elles, elles doivent trouver des sources de financement auprès du secteur privé. Pour cela adopter des outils de mesure de l’impact de leur activité est essentiel. Agnès Audier, présidente de l’Impact Tank et Frédéric Mazzella, cofondateur de Dift, parlent de ces enjeux à l’occasion du Sommet de la Mesure d’Impact.
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00:01...
00:08Notre édition spéciale consacrée au sommet de la mesure d'impact continue,
00:12j'accueille Agnès Audier, bonjour.
00:14Bonjour.
00:14Vous êtes la présidente de l'Impact Tank et organisateur de ce sommet,
00:19merci de nous accueillir, et Frédéric Mazzella, bonjour.
00:21Bonjour.
00:21Bienvenue à vous aussi, vous êtes le président de DIFT,
00:24le directeur de DIFT qui est partenaire de Bsmart4Change et de Smart Impact
00:29puisque vous fléchez vers nous une association par mois.
00:32Je veux bien que vous vous présentiez en quelques mots Impact Tank, c'est quoi ?
00:36Impact Tank, c'est une association à but non lucratif, en fait c'est un think tank
00:40qui a pour but de faire travailler ensemble des gens différents,
00:45des entreprises, des acteurs de l'ESS, dont des associations,
00:48des pouvoirs publics, des chercheurs, pour pouvoir travailler sur la mesure d'impact
00:53avec l'idée qu'il y a énormément d'initiatives ou de politiques publiques qui marchent bien,
00:57mais on a du mal à aller vite et à passer à l'échelle, à démultiplier ce qui marche, à
01:02le cibler.
01:03Donc voilà, c'est un endroit d'échange et tourné vers l'action.
01:08DIFT en quelques mots, même si nos téléspectateurs, téléspectatrices commencent à connaître DIFT.
01:13Oui, alors DIFT c'est une plateforme de générosité qui permet aux entreprises de flécher de l'argent
01:18vers des associations par exemple en impliquant leurs collaborateurs ou leurs clients
01:23et qui permet également aux associations d'aller lever de l'argent d'une nouvelle manière,
01:27d'une manière plus communautaire, grâce notamment à des cagnottes solidaires
01:30dans lesquelles elles peuvent aller mobiliser leurs bénévoles ou leurs donateurs
01:33pour qu'eux-mêmes aillent mobiliser le cercle 2 de leurs proches.
01:37C'est un effet boule de neige.
01:39C'est un effet boule de neige.
01:40DIFT depuis ses trois années d'existence a déjà aiguillé plus de 20 millions d'euros
01:44vers 300 associations en partenariat avec 400 entreprises.
01:48Ce qui compte vraiment, c'est le thème de ce quatrième sommet de la mesure d'impact.
01:53Qu'est-ce que vous attendez de cette journée ? Quelle ambition ?
01:56L'ambition c'est vraiment le travail commun, collectif sur différents thèmes.
02:02Il y a des dizaines de conférences, certaines sur des sujets extrêmement précis,
02:07certaines très liées à des sujets techniques, comment on mesure l'impact,
02:10quels sont les outils, quelles sont les limites, les biais, etc.
02:13D'autres qui sont plus larges.
02:14Donc voilà, on essaye d'être sûr que d'abord les gens se rencontrent, se connaissent
02:20et puis que se diffusent du savoir, des contacts, des outils.
02:26Et la thématique, ce qui compte vraiment, parce qu'on est dans un contexte particulier,
02:31qui est à la fois un contexte, on va dire, budgétaire compliqué en France,
02:36mais aussi de coups de frein généralisés aux Etats-Unis et en Europe.
02:40Donc il faut se concentrer sur ce qui compte, c'est ça ?
02:43Alors se concentrer, en tout cas savoir ce qui compte, savoir qui décide ce qui compte.
02:49Ce qui nous semble, c'est que c'est absolument clé qu'on puisse en fait travailler sur cette matière
02:55pour pouvoir réécrire aussi un récit politique qui permette de mobiliser, de faire des choix.
03:00Vous avez cité, il y a le sujet de la contrainte budgétaire qui impose des choix,
03:04mais il y a aussi un contexte en fait qui est quand même très particulier.
03:08Et si on se compare, ne serait-ce qu'à l'année dernière, au même endroit, quasiment à la même
03:12date,
03:12le monde est beaucoup plus dangereux.
03:15La guerre est partout. En tout cas, la guerre s'est développée.
03:18Cela impose par exemple pour la France des dépenses en matière militaire,
03:23en matière de réindustrialisation, d'autonomie technologique.
03:28Et ça, ça ne remplace pas les dépenses qu'il faut faire par exemple sur la transition écologique
03:33ou sur les dépenses de solidarité.
03:36Donc pour pouvoir faire des choix, par exemple dans ce domaine,
03:38il est vraiment important de bien comprendre ce qui compte.
03:41Et ce qui compte n'est pas la même chose pour tout le monde.
03:43Ce n'est pas la même chose pour toutes les générations.
03:46Donc voilà, ça nous semble être une matière importante.
03:48Qu'est-ce que vous attendez d'une journée comme celle-là, de ce sommet Frédéric Mazzella ?
03:53Déjà la thématique, moi, me rappelle une citation d'Einstein que j'aime beaucoup,
03:57qui dit que ce qui compte ne peut pas toujours être compté
04:00et que ce qui peut être compté ne compte pas forcément.
04:05Donc ça nous projette vraiment dans cette Abîme Lab de vraiment déterminer ce qui compte.
04:09D'ailleurs, le thème, c'est ce qui compte vraiment.
04:11Et donc dans le vraiment, il y a tout quand même le subjectif
04:15qui a vocation à devenir plutôt objectif.
04:17Et c'est ça tout l'enjeu, faire en sorte qu'on arrive à dégager
04:21les choses qui sont importantes pour la société dans son ensemble.
04:26Et que ce ne soit pas des points de vue uniquement subjectifs
04:28parce que sinon, on n'arrive pas à progresser ensemble.
04:30Donc là, ce genre de réunion-là, ça permet véritablement de mettre le doigt
04:34sur ce qui doit être amélioré, ce sur quoi on doit se focaliser dans les années qui viennent
04:39pour améliorer le monde qui nous entoure.
04:42Ce qui est la motivation de toutes les personnes qui fréquentent ce genre d'endroit ici
04:46puisqu'on est venu là pour réfléchir justement ensemble,
04:50pour investir notre énergie dans la bonne direction.
04:52Alors, vous allez participer à une table ronde.
04:54Le thème, c'est le secteur associatif.
04:56Doit-il encore prouver son efficacité ?
04:59C'est un enjeu de quoi ?
05:00De professionnalisation dont on parle, Frédéric Mazzella ?
05:03En fait, c'est un enjeu aussi de forme de transparence et de confiance.
05:07C'est un peu toujours la même chose.
05:09La transparence et la confiance sont des notions très différentes, évidemment.
05:12Mais dans tous les cas, il y a une notion aussi de redevabilité de la part des associations
05:17qui se développent dans le sens où elles doivent prouver qu'elles sont efficaces
05:20même quand elles ont justement des missions qui ne peuvent pas forcément se satisfaire d'un comptage.
05:26C'est là où c'est compliqué, d'autant plus qu'elles agissent sur des choses qui sont très très
05:30larges,
05:31qui sont généralement des problématiques qui sont très très très massives
05:37et qui sont les conséquences aussi de notre société de consommation assez souvent
05:41et qu'elles ont peu de moyens.
05:43C'est-à-dire que de manière chronique, les associations ont des missions
05:46qui dépassent très très largement leurs moyens
05:49parce qu'elles s'attaquent à des grandes problématiques qui se sont développées
05:54et qui n'ont pas de modèle économique
05:56et qui doivent trouver quand même de l'énergie, donc du financement,
06:00pour être accomplies.
06:01Donc le grand défi aujourd'hui, c'est surtout qu'elles doivent trouver
06:04des sources de financement très variées, très différenciées.
06:09Alors la bonne nouvelle, c'est qu'il y a des nouveaux outils.
06:11Enfin, DIF t'en fais partie, mais il y a aussi d'autres nouvelles manières
06:14que les associations doivent adopter pour savoir se financer.
06:17Mais ce grand challenge-là, c'est qu'effectivement,
06:19on demande de plus en plus de transparence sur les actions
06:23et donc de capacité de comptage de l'impact.
06:26En même temps qu'elles ont des challenges autour de leurs moyens de financement,
06:31avec des financements publics qui, en moyenne, baissent pour toutes les associations
06:36et qui doivent donc trouver des solutions alternatives pour se financer,
06:39y compris de la part des individus, des personnes et des entreprises,
06:43d'où d'ailleurs le rôle majeur des entreprises dans toute cette époque-là,
06:49de devoir montrer qu'elles aussi, elles s'intéressent évidemment à l'environnement
06:53qui les a fait naître d'ailleurs et qui les soutient au quotidien.
06:57Agnès Saudier, vous parlez souvent de la nécessité de démystifier la dépense publique.
07:02Pourquoi vous dites ça ?
07:03Plus de services publics, ça ne signifie pas automatiquement mieux vivre ?
07:09Alors, sur la question de la mesure d'impact, effectivement, on a un champ très, très important à défricher.
07:15Et quelque part, ce qui est assez intéressant, c'est que la démarche CSRD, elle nous a aidé.
07:20Parce que dans CSRD, il faut donner des indicateurs.
07:23Alors, ils peuvent être qualitatifs ou quantitatifs, mais enfin, tout le monde aime bien le quantitatif.
07:28Alors, autant la tonne de CO2, tout le monde voit maintenant à peu près ce que c'est, comment on
07:32la mesure.
07:34L'indicateur sur la biodiversité, c'est un peu plus compliqué.
07:37Mais alors, quand on arrive aux sujets sociétaux, c'est encore plus compliqué.
07:40On n'a pas la tonne de bien vieillir, on n'a pas la tonne de lien social,
07:46on n'a pas la tonne d'autonomie d'une personne âgée.
07:49Alors, évidemment, on a des indicateurs quand même.
07:51Et d'ailleurs, je peux aussi rappeler que le cœur du métier de l'Impact Tank,
07:56c'est de produire des référentiels, en tout cas des menus d'indicateurs
08:01pour que quand des associations, mais aussi des services publics,
08:04mais aussi d'autres acteurs lancent des projets,
08:07en fait, il y ait quelque part un travail qui a été défriché
08:10pour essayer de trouver ces indicateurs.
08:12Donc, par thème, nous travaillons comme ça.
08:15Par thème, on essaye de définir un menu d'indicateurs
08:17pour que sur le terrain, tout le monde puisse les reprendre.
08:21Mais voilà, oui, c'est un vrai sujet, cette question
08:24de comment on arrive à démontrer l'impact,
08:28avec une question aussi clé, qui est l'impact à 6 mois,
08:31c'est évidemment pas l'impact à 6 ans.
08:34Et à l'heure où tout le monde est en train de réaliser,
08:36typiquement en santé, mais pas qu'en santé,
08:37que la prévention est clé, c'est sûr que si on mesure
08:40des actions de prévention à 6 mois, on n'a pas les mêmes résultats
08:43que si on les mesure à 6 ans.
08:45Donc ça aussi, c'est un sujet qu'il faut bien travailler,
08:48sur lequel il faut bien se comprendre, parce que si on ne veut pas
08:50que les gens lancent des chiffres et les utilisent
08:53de manière inappropriée, il faut que tout le monde comprenne
08:56les enjeux des chiffres.
08:57Quand on parle de philanthropie, quel rôle la philanthropie joue
09:01au sein des entreprises, Frédéric Mazzella ?
09:04Je pense que, au-delà de l'effet évidemment de financement
09:08que la philanthropie amène aux associations,
09:10et on en a discuté, les associations ont besoin
09:12évidemment de moyens et d'argent, je pense que ça amène aussi
09:15une forme d'humanité, tout simplement, dans un monde professionnel
09:19qui parfois peut devenir un petit peu mécanique.
09:23Et donc je pense que c'est utile pour nous tous,
09:25surtout à l'ère de l'intelligence artificielle,
09:27à l'ère des machines omniprésentes, de se rappeler
09:30qu'on est vraiment humain, que dans l'humain, il y a l'empathie,
09:35que l'empathie c'est quelque chose qui justement est une force
09:38qui peut nous aider à passer les plus grands obstacles.
09:41Et je pense que ce rôle-là de la philanthropie,
09:44qui consiste à aller sensibiliser un petit peu tout le monde,
09:47se rappeler à tout le monde qu'on est des individus avec un cœur,
09:52eh bien elle est fondamentale dans l'époque qui nous attend,
09:56parce qu'on s'en sortira ensemble, ou on ne s'en sortira pas.
10:01Donc il y a vraiment une notion de collaboration très très forte à développer.
10:05Je pense que la philotropie, c'est ce lien-là dont notre société a besoin
10:11et qui doit aller s'introduire, y compris dans toutes nos activités,
10:14donc y compris dans l'entreprise et dans toutes les activités de notre vie quotidienne.
10:20Agnès Audier, on parle beaucoup, et beaucoup de nos interlocuteurs aussi aujourd'hui,
10:25ça fait plusieurs mois qu'ils m'alertent,
10:27alertent sur les questions de financement du vivier associatif.
10:32Quels sont selon vous les risques d'un affaiblissement de ce secteur associatif ?
10:40Je pense qu'on rentre dans une période extrêmement compliquée,
10:44pas seulement pour le secteur associatif,
10:46mais aussi comme Frédéric l'a dit,
10:47dans une période où les associations vont être soumises à rude pression
10:54en matière de baisse de la dépense publique,
10:57pas seulement de la dépense de l'État d'ailleurs,
10:59mais beaucoup de la dépense des collectivités locales.
11:02Donc je pense que oui, il y a un défi.
11:04C'est pour ça qu'il est important de savoir ce qui marche vraiment,
11:09quels sont les résultats des différentes initiatives,
11:12et comment on les cible.
11:13Je pense qu'il y a deux grands leviers dans le monde associatif
11:18sur lesquels la philanthropie peut aider,
11:20non seulement, comme tu le disais, sur la partie financement,
11:23mais aussi sur l'apport en termes de compétences,
11:26et de méthodes et d'innovation.
11:28Le premier, c'est, je pense qu'il y a des actions qu'on peut mieux cibler
11:33sur les publics pour lesquels elles sont le plus efficaces.
11:36Et cette technique de ciblage, c'est vraiment une technique
11:40qui a été développée beaucoup par le privé.
11:43Ce n'est pas pour être inhumain et pour laisser tomber des gens,
11:45mais c'est pour dire, voilà, il y a des méthodes, par exemple,
11:48pour rapprocher des gens, pour les former, les informer, etc.,
11:53qui doivent être bien différenciés.
11:55On avait travaillé l'année dernière sur le digital gap,
11:59sur la fracture digitale, sur comment on fait en sorte
12:01que tout le monde puisse être autonome avec son téléphone,
12:05y compris maintenant les pensions de retraite
12:08tombent tous les mois sur le téléphone des gens,
12:11de gens qui sont très âgés et qui ne sont pas du tout,
12:14du tout nés avec un téléphone.
12:16C'est sûr que la fracture digitale, il ne faut pas trouver
12:19des solutions qui sont les mêmes pour des personnes
12:21qui ont 80 ans en zone rurale et pour des jeunes
12:24qui peuvent en faire un jour leur métier.
12:27Donc, il y a un sujet de ciblage qui me semble très important.
12:31Et puis, il y a un sujet de passage à l'échelle,
12:33parce que, là aussi, sans être inhumain,
12:36sans perdre l'âme des actions, on peut mieux démultiplier
12:41un certain nombre de choses.
12:42Et plus on s'appuie sur des systèmes d'information,
12:45qui eux-mêmes, par essence,
12:49ont généralement de permettre des économies d'échelle
12:52quand on généralise,
12:53plus on a des systèmes d'information
12:55qui sont au cœur des projets,
12:57plus ça vaut la peine de regarder comment on démultiplie.
13:00C'est un dernier mot, une minute, Frédéric Mazzella.
13:03C'est un équilibre à trouver entre la nécessité d'évaluer
13:08cette mesure dont on parle
13:10et puis le risque pour des associations
13:12qui n'ont pas beaucoup de moyens
13:13de se retrouver à devoir reporter en permanence.
13:16Oui, alors il y a le reporting,
13:17il y a aussi se faire connaître.
13:19C'est-à-dire qu'on parlait d'aller chercher
13:21des nouveaux types de financement.
13:22Quand on est une association qui n'est pas connue,
13:24même avec une cause très louable,
13:26très puissante,
13:28eh bien c'est difficile de lever des sous.
13:30Donc en fait le rôle justement,
13:32je pense qu'on doit adopter en tant que soit entreprise
13:35ou en tant que nouvelle plateforme
13:38comme ce qu'on fait nous chez Dift,
13:39c'est d'aller faire en sorte que des projets
13:41qui ont des belles causes
13:42mais qui ont un déficit de notoriété
13:44se fassent mieux connaître
13:45pour pouvoir mieux lever des fonds
13:47et mieux remplir leur mission.
13:49Parce que sinon c'est un peu toujours les mêmes
13:50qui vont récupérer de l'argent,
13:51c'est celles qui sont connues
13:52parce qu'on revient au système de confiance.
13:56Vous savez, on a plus confiance
13:57quand on connaît déjà le nom
13:58et qu'on se dit
14:00bon c'est quelque chose qui est là depuis longtemps
14:01donc ça doit être quelque chose de fiable.
14:04Donc toute cette notion de confiance,
14:05de fiabilité, de notoriété,
14:07elle est importante pour ces causes-là.
14:09Donc il faut utiliser aussi
14:11les nouvelles technologies
14:12pour les faire connaître
14:13et pour faire en sorte que chacun puisse
14:15s'approprier ces causes-là
14:17et venir les aider
14:18que ce soit en entreprise
14:19ou que ce soit pour les particuliers.
14:21Merci beaucoup, merci à tous les deux
14:23et merci de nous avoir accueillis
14:25ici au CESE, au Palais d'Iéna.
14:27Bon sommet de la mesure d'impact.
14:29On parle coopération internationale tout de suite.
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