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Le Crédit Agricole est née dans le but de prêter aux paysans qui ne trouvaient pas de financeurs. Cette ambition de soutenir les publics les plus fragiles est restée dans l’ADN de la banque. Véronique Faujour, secrétaire générale du Crédit Agricole S.A. et déléguée générale de la Fondation Grameen explique comment elle agit pour faire de la finance inclusive un pilier de ces de l’activité de ces deux organisations.
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00:04Prête pour l'impact, c'est la question que je pose chaque jour à une personnalité qui compte dans notre
00:09économie et je reçois Véronique Faujour, bonjour.
00:12Bonjour Thomas.
00:12Bienvenue, vous êtes la secrétaire générale du Crédit Agricole SA et déléguée générale de la fondation Gramine Crédit Agricole.
00:20Alors peut-être qu'on peut commencer par expliquer ce qu'est Crédit Agricole SA par rapport au groupe, c
00:25'est quoi ? C'est la société cotée, c'est ça ?
00:27Crédit Agricole SA c'est le véhicule coté, en fait c'est la propriété des caisses régionales, donc on a
00:3239 caisses régionales au sein du groupe Crédit Agricole qui sont des banques de plein exercice que tout le monde
00:37connaît parce que tout le monde a l'habitude de naviguer dans nos territoires et donc c'est un peu
00:41une marque familière Crédit Agricole.
00:43Donc c'est caisses régionales qui sont des banques et qui détiennent un véhicule, une holding qui s'appelle Crédit
00:48Agricole SA et qui elle-même est finalement celle qui est l'organe central du groupe mais également en pilotage
00:55des métiers du groupe, c'est-à-dire l'assurance, l'asset management, le crédit conso, etc.
01:01Donc en fait tout cet édifice forme le groupe Crédit Agricole, 10e banque mondiale et première banque française.
01:09Avec un modèle qui est un modèle coopératif qui est né il y a combien de temps ? 140 ans
01:15c'est ça ?
01:15C'est ça, c'est né dans le Jura, d'abord au service de l'agriculture et d'abord et
01:21ça me touche beaucoup parce que c'est aussi un peu mon engagement à la fondation Gramine
01:26mais c'est d'abord né le Crédit Agricole pour financer des paysans que personne ne finançait et donc cette
01:33longue histoire mutualiste coopérative a formé l'une des plus grandes coopératives mondiales qui est le Crédit Agricole aujourd'hui.
01:41Et ça reste dans l'ADN du groupe ?
01:43Ah oui bien sûr, le modèle coopératif, le modèle mutualiste est vraiment au cœur de notre ADN et on est
01:52tous très attachés au groupe Crédit Agricole à cette responsabilité en proximité
01:57mais surtout cet ancrage dans la vie réelle et aussi cette décentralisation, on est très attachés à ça.
02:02Ça veut dire que le Crédit Agricole a accompagné des grandes transformations, pas seulement dans l'agriculture, des grandes transformations
02:09économiques, sociales de notre pays depuis des décennies ?
02:12C'est un groupe qui a grandi avec les Français en quelque sorte puisqu'en fait il est né de
02:16l'agriculture, il a accompagné le développement et la modernisation de l'agriculture
02:21et en même temps il a accompagné l'accès à la propriété des Français, il a accompagné l'accès des
02:27comptes aux femmes, etc.
02:29Donc en fait c'est un groupe qui a suivi toujours les évolutions sociétales et aujourd'hui les évolutions sociétales
02:34c'est les transitions qu'on connaît démographiques, sociétales et bien sûr environnementales.
02:40Oui on va en parler évidemment ensemble, quelques chiffres, vous en avez donné quelques-uns, 54 millions de clients dans
02:4546 pays, 157 000 collaborateurs
02:49et donc une place de numéro 1 français, c'est ça, avec un certain nombre de filiales, l'assurance, Amundi,
03:00ces filiales, quelle part elles prennent, quel rôle elles jouent dans la stratégie globale du groupe ?
03:05En fait c'est un groupe qui a pour principe l'universalité, ça veut dire quoi ? Ça veut dire
03:10qu'en fait ils s'adressent à tout type de clients, Crédit Agricole on ne choisit pas nos clients,
03:14on a des clients très modestes ou plus fortunés, des toutes petites entreprises ou très grandes entreprises internationales
03:20et cette universalité en fait pour l'accompagner, il faut qu'on soit capable de fournir à nos clients toutes
03:26les solutions possibles
03:27et c'est pour ça qu'en fait que petit à petit on a enrichi l'offre bancaire par l
03:32'assurance, l'asset management, par le crédit conso, par tout un tas de services pour répondre aux besoins de nos
03:38clients.
03:39C'est les demandes des clients qui ont créé ces différentes branches et ces nouveaux métiers en quelque sorte.
03:45Exactement, c'est cette universalité que je pourrais dire la banque pour tous avec tous les besoins, tous les produits
03:50et services partout, tout le temps.
03:51Oui, ça aurait pu être la raison d'être mais la raison d'être c'est agir chaque jour dans
03:55l'intérêt de nos clients et de la société.
03:58Alors elle est très vaste cette raison d'être, comment elle se traduit concrètement dans vos actions ?
04:05Quand on dit agir chaque jour dans l'intérêt des clients et de la société.
04:08Je pense qu'en fait c'est un peu ce principe d'utilité et d'universalité qu'on a chevillé
04:12au corps au Crédit Agricole
04:13mais ça se manifeste très concrètement pour les clients par cette présence forte dans les territoires.
04:18C'est important pour nous d'être une banque ancrée dans le sol comme l'est l'agriculture en fait.
04:25Donc cette réalité de la France qu'on vit aux côtés de nos clients.
04:30Et donc ces banques très implantées dans les territoires, autonomes, qui sont capables de prendre des décisions au plus près
04:35du terrain
04:35et de comprendre ce qui est utile à Lille n'est pas forcément la même chose à Perpignan.
04:40Et donc on a vraiment besoin d'avoir cette réalité, ce réalisme au Crédit Agricole
04:44et c'est comme ça que ça se traduit, d'agir chaque jour dans l'intérêt de nos clients et
04:48de la société.
04:49Et ce maillage territorial, vous pouvez le maintenir, c'est un défi qui se pose à toutes les banques
04:56parce qu'avec la désertification de certains secteurs, c'est une vraie question.
05:03Donc il y a forcément une réduction du nombre d'agences ou pas d'ailleurs ?
05:07Ce n'est pas une réduction du nombre d'agences, c'est en fait comme on l'a toujours fait,
05:11on suit finalement les évolutions de nos clients.
05:13On va là où ils sont, on va là où ils ont besoin de nous.
05:16Et donc c'est normal que cet organisme vivant en fait évolue aussi selon les besoins des clients.
05:21C'est-à-dire que parfois il faut en regrouper les agences ?
05:23Pour être clair, parfois il faut en regrouper.
05:25Parfois il faut éviter d'avoir des toutes petites agences avec très peu de personnes à l'intérieur, c'est
05:29dangereux.
05:30Donc il faut aussi savoir protéger non seulement nos collaborateurs mais aussi nos clients, mais surtout rester bien en contact
05:37avec leurs besoins.
05:38Alors on va parler, on va ouvrir un chapitre et on va y consacrer du temps sur la place, le
05:43rôle des femmes dans la banque.
05:46Déjà, quelle place ça prend dans la stratégie, la stratégie RH, la stratégie RSE d'un groupe comme le vôtre
05:55?
05:55Déjà c'est une réalité, on est un groupe bancaire avec autant de femmes que d'hommes, donc cette diversité
06:02elle est déjà réelle puisqu'en fait on a autant d'effectifs de femmes que d'hommes.
06:05Et ça continue plus on monte dans les échelons ?
06:07Et alors plus on monte dans les échelons, la volonté c'est plus d'accompagner les femmes justement dans cette
06:12montée en puissance dans l'empowerment et dans leur volonté d'accéder à des postes à responsabilité.
06:19Donc là en fait aujourd'hui concrètement, on est à 40% à peu près de femmes dans nos organes
06:23de direction globalement.
06:25On est à 35% je crois de femmes dans le comité exécutif de Crédit Ricolle et ça.
06:30Et la volonté c'est vraiment une volonté de mixité finalement, c'est-à-dire le vrai équilibre dans les
06:36entreprises, c'est d'arriver à avoir cette très bonne collaboration, coopération entre les femmes et les hommes.
06:42Parce que chacun apporte son expérience, sa sensibilité, enfin peu importe.
06:46Il y a un certain nombre d'études qui le prouvent, c'est un levier d'innovation, c'est un
06:51levier de performance, même si par cynisme on pourrait se dire il faut féminiser et féminiser jusqu'à tous les
06:59niveaux hiérarchiques.
07:00Oui, oui, on sait tous tout ça, mais c'est aussi juste normal, c'est la moitié de l'humanité.
07:05D'accord.
07:06Et quand on est une grande banque universelle, on se doit aussi d'être représentatif de cette clientèle qu'on
07:11sert tous les jours.
07:12Alors en préparant l'émission, on a trouvé cette citation.
07:17Alors vous m'avez appris quelque chose, c'est sur l'un de vos derniers postes LinkedIn, vous donnez ce
07:22chiffre qui est quand même frappant.
07:23En 2025, une femme sur trois en France n'a toujours pas de compte bancaire à son nom.
07:28On est pourtant 60 ans après la légalisation, enfin le changement de la loi qui permettait aux femmes d'ouvrir
07:33un compte bancaire sans l'autorisation de leur mari.
07:35Ça vous met en colère ça ?
07:39En colère, je ne dirais pas, plutôt ça m'inquiète et j'ai envie de me mobiliser parce qu'en
07:45fait c'est une constante en fait.
07:47L'autonomie des femmes, elle passe d'abord aussi par l'autonomie financière.
07:51C'est tellement important, et je le vois moi dans les pays émergents avec la fondation Gramine, mais sans aller
07:56si loin, on peut déjà le constater en France.
07:59Et quand on sait qu'effectivement une femme sur trois en couple n'a pas son compte personnel, et souvent
08:04j'en parle autour de moi, et les hommes disent
08:06« bah oui, on fait ça depuis des années, il n'y a pas de problème, etc. »
08:09Et en fait la réalité c'est qu'il n'y a aucun problème quand tout va bien dans un
08:13couple.
08:13Mais le jour où ça se gâte, c'est un vrai problème.
08:16Parce que la plupart du temps, de toute façon, la femme a le détricotage du compte commun, c'est extrêmement
08:22complexe.
08:23Et par ailleurs, si elle n'a pas sa capacité de prendre le large quand elle en a besoin et
08:28quand c'est nécessaire qu'elle le fasse,
08:29parce que parfois c'est nécessaire, si elle n'a pas de compte, c'est très très difficile pour elle,
08:34quasiment impossible.
08:35Puisqu'on parle des femmes, de la place des femmes dans la banque ou dans la société, il y a
08:40cette initiative qui s'appelle le Cercle Potentiel.
08:42Le Cercle Potentiel, c'est quoi ?
08:44Le Cercle Potentiel, au sein du Crédit Récoli, c'est la fédération un peu de toutes les initiatives qui existent
08:49dans notre très grand groupe.
08:51On a 170 000 collaborateurs, donc c'est très grand.
08:53Et qui permet de rallier en fait toutes ces initiatives, toute cette communauté de femmes
09:00qui agit justement en termes de sororité, d'entraide, mais aussi qui promeut la mixité, parce qu'encore une fois,
09:07je pense que c'est ça le bon modèle,
09:08et qui accompagne, qui parraine, qui coache, qui a un système de mentorat, enfin bref, c'est vraiment un environnement
09:16extrêmement favorable pour accompagner les femmes.
09:19Parce que parfois il faut susciter l'ambition ou susciter la vocation, ça existe encore ça ?
09:25Cette espèce de frein ou d'autocensure qu'on a pu voir à l'œuvre, ça existe encore ?
09:32Ça existe toujours.
09:33Moi j'ai trois filles, je vois très bien le mécanisme de rétention qui peut exister,
09:39le fait de ne pas oser, d'attendre qu'on vienne nous chercher.
09:43Oui, bien sûr, ça existe encore et il faut se donner les moyens d'être en confiance et d'oser
09:48franchir le pas.
09:49Alors vous êtes, on l'a dit, un délégué général de la fondation Gramine Crédit Agricole.
09:55Alors déjà, je veux bien que vous nous la présentiez, cette fondation, parce qu'elle a une histoire passionnante, particulière.
09:59Elle a une histoire vraiment intéressante, parce qu'elle est née il y a 17 ans maintenant,
10:04d'une rencontre entre le professeur Younius, donc célèbre professeur, prix Nobel de la paix,
10:10l'inventeur de la microfinance, à l'échelle mondiale quand même, et puis le Crédit Agricole.
10:15Et donc, c'est l'époque de la crise des subprimes, et donc on voit émerger cet homme qui a
10:22écrit un livre,
10:22d'ailleurs je vous le conseille, même s'il est ancien, il est toujours très actuel, qui est banquier des
10:27pauvres.
10:28Et en fait, cet homme-là arrive à démontrer qu'en prêtant à des gens à qui personne ne prête,
10:34donc des pauvres qui a priori sont peu solvables dans des environnements très risqués, dans des pays vulnérables,
10:40en fait, ces sources de développement économique, et ils remboursent très bien, et en particulier les femmes.
10:46Et donc, c'est cette rencontre entre cette finance inclusive, en quelque sorte, très accessible,
10:52et un Crédit Agricole qui a toujours défendu cette universalité, cette accessibilité à tous,
10:57qui fait qu'on crée une fondation, et pourquoi une fondation ?
11:00Parce qu'en fait, le but, c'est que tous les bénéfices qu'elle engrange par son activité de micro
11:07-finance et micro-crédit,
11:08elle le réinvestit dans son objet.
11:10Donc en fait, à but non lucratif, mais en France, on ne peut pas être une fondation et faire du
11:16business.
11:16En l'occurrence, quand vous prêtez à quelqu'un qui vous rembourse, c'est du business.
11:19Même si, in fine, ce n'est pas le but en soi de gagner de l'argent.
11:24Eh bien, on est obligé, en quelque sorte, donc on est à installer notre fondation au Luxembourg.
11:29Parce que le Luxembourg, pour la micro-finance, c'est un peu une terre promise,
11:33qui permet justement de créer ce statut de fondation auquel on était très attachés,
11:37mais en même temps de développer une activité de micro-finance et de micro-crédit.
11:41Alors, quel type d'action vous menez ? Peut-être même dans combien de pays vous êtes présents ?
11:46On est dans 40 pays, à peu près.
11:50On sert à peu près 80, selon les années, 80 institutions de micro-finance dans ces 40 pays.
11:58On a un encours à peu près de 80-100 millions d'euros par an.
12:02On a fait tourner depuis la création, on l'a fait tourner,
12:06notre capital de départ qui était de 50 millions, on l'a fait tourner plusieurs fois.
12:10On est arrivé à peu près à 500 millions.
12:11où on a, comme ça, prêté et été remboursé de ces sommes.
12:17Donc, dans ces 40 pays, en fait, schématiquement, on est principalement dans trois dimensions du monde.
12:22On est beaucoup en Afrique.
12:23Ça, c'est historique pour la fondation.
12:26Le continent africain n'est pas un continent le plus investi dans l'industrie de la micro-finance.
12:32C'est plutôt l'Amérique latine, plutôt l'Asie.
12:34Donc, nous, on est traditionnellement et historiquement très implantés en Afrique, de l'Ouest ou de l'Est.
12:40Et puis, notre deuxième zone d'influence, c'est l'Asie, l'Asie du Sud-Est.
12:44Et la troisième, c'est l'Europe, l'Europe centrale.
12:46Et derrière ces chiffres, il y a des milliers, des dizaines de milliers d'histoires, ce que vous disiez,
12:52c'est-à-dire d'hommes, de femmes qui, grâce à cette micro-finance, ont pu créer une activité
12:59et de l'activité économique autour d'eux.
13:01Et cette fondation, elle a récemment lancé un fonds qui s'appelle Women Empowerment for Climate.
13:07Alors là, on est à la fois dans le social et dans l'environnemental.
13:11C'est destiné aux femmes ? C'est par, pour, avec les femmes ?
13:14C'est ça de quoi il s'agit précisément ?
13:16Exactement. En fait, on est parti d'un constat très simple, qui est que les femmes, en matière d'environnement,
13:24sont les principales victimes des changements climatiques.
13:27Et on les présente d'ailleurs comme ça.
13:29Ce sont celles qui vont chercher l'eau, chercher le bois pour faire chauffer la marmite du ménage.
13:34Ce sont celles aussi qui sont les plus exposées.
13:36Je ne sais pas si vous savez ce chiffre terrifiant, qui est que 80% des viols recensés par Médecins
13:43Sans Frontières
13:43sont liés à ces femmes et ces filles qui vont chercher l'eau, le bois, à ces moments particuliers.
13:50Et donc, tout ça, au-delà du fait que c'est un drame social, c'est aussi un drame économique.
13:56Parce qu'en fait, les femmes qui vont passer du temps à chercher du bois, de l'eau, etc.,
14:00elles sont une force économique complètement sous-estimée, sous-investie.
14:04C'est des millions de secondes dans le monde qui sont perdues comme ça et gâchées pour l'économie mondiale.
14:10Donc, on est parti de ça.
14:12Et on s'est dit, mais en fait, les femmes ne sont pas seulement les victimes du changement climatique.
14:16Ce sont des agents incroyables de ce changement.
14:18Et elles sont complètement sous-financées, sous-investies et sous-représentées dans les institutions, dans les entreprises,
14:26alors qu'elles détiennent au plus près du terrain des solutions très concrètes pour faire avancer les choses.
14:31Donc, en fait, on s'est dit, on va créer un fonds.
14:32Ok, spécifique.
14:34Spécifique, qui va être fléché sur les entreprises, les femmes, qui utilisent des produits et des services pour les femmes,
14:42pour les accompagner,
14:44mais aussi qui sont gouvernées avec beaucoup de femmes dans leur gouvernance.
14:48Pourquoi ? Parce qu'en fait, on est à un moment important où, par rapport à l'eau, l'accessibilité
14:54à l'eau,
14:54par rapport à l'accessibilité à l'énergie, par rapport à l'agriculture,
14:59en fait, on est à un moment clé où il faut trouver des solutions concrètes du terrain.
15:03Et donc, on se dit qu'on va investir ce fonds dans ces entreprises-là,
15:07qui font des produits pour les femmes, mais aussi qui inventent des solutions particulières pour l'agriculture, l'eau et
15:12l'énergie,
15:13de par le monde, Asie, Afrique, et on va investir dans ces sociétés-là.
15:18Donc, ce fonds, il est là pour ça.
15:19C'est tout récent ?
15:20Ou il y a déjà un certain nombre d'actions ?
15:21Non, non, il est tout récent.
15:22On l'a annoncé il y a quelques mois et on est en train de lancer, de déployer.
15:27On est en plein déploiement.
15:28Bon, alors, il y a une tradition dans cette émission.
15:30L'invité du Grand Entretien pose une question à celui ou celle qui va lui succéder.
15:35La semaine dernière, on avait David Sussman, le président de Sifudia,
15:38président également de la Fondation Pur Océan.
15:42Et voici sa question sur l'action collective.
15:46Bonjour Véronique.
15:48Alors, ma question pour vous.
15:49Dans les pays fragiles, l'accès au financement est évidemment essentiel,
15:55mais est-ce qu'il transforme réellement les choses dans un écosystème autour ?
15:59Et si l'on regarde les blocages en face,
16:01qu'est-ce qui manque le plus d'après vous aujourd'hui ?
16:03L'argent, le courage ou la capacité à travailler tous ensemble ?
16:10C'est l'action collective.
16:12Ça me fait penser, je fais une toute petite digression,
16:15mais j'ai réuni la famille Gramine il n'y a pas très longtemps au Crédit Agricole.
16:21On était 80, ils venaient du monde entier.
16:24Il y avait une femme qui gérait le Pakistan en particulier, qui m'a fascinée.
16:28Et cette femme, elle me disait, dans notre business,
16:31« There is no fear, you have to be brave ».
16:34Et ça me fait penser à ça, parce qu'en fait, il faut du courage.
16:37En fait, je pense qu'il faut avoir le courage de surmonter beaucoup de choses.
16:41D'abord, le courage de se dire que nous, occidentaux, on n'a pas les solutions à tout.
16:46Et que d'abord, les solutions, elles viendront des territoires dans lesquels on investit.
16:51Donc moi, je suis très attachée à cette finance de proximité,
16:54qui fait que d'abord, on parle aux gens qui sont sur place,
16:58et eux, ils savent où il faut aller investir,
17:00ce dont les populations ont vraiment besoin, etc.
17:02Donc avoir le courage de dire que non, on ne sait pas tout,
17:05et qu'on doit être à l'écoute de ceux qui vivent la réalité des terrains.
17:09Et ce qui vient appuyer votre démonstration,
17:12c'est cette enquête mondiale inédite que vous avez publiée récemment
17:16sur la conséquence de la réduction des financements internationaux.
17:20C'est vrai qu'on voit, notamment, venu des États-Unis,
17:23mais pas seulement, l'Europe a aussi sa part de responsabilité,
17:27notamment dans le secteur de la finance inclusive.
17:28Qu'est-ce qui est en train de se passer, et à quel point c'est problématique ?
17:32C'est un vrai séisme, on le sait tous,
17:35l'aide mondiale, effectivement pas seulement américaine,
17:38mais aussi européenne, française, japonaise, etc., est en chute libre.
17:42Donc évidemment, on a voulu savoir comment ça se passait,
17:46les répercussions sur le terrain auprès de nos partenaires.
17:48Donc on a fait cette enquête dans une quarantaine de pays, je crois,
17:52et donc ça nous a permis d'avoir une vision assez panoramique des conséquences.
17:57Et en fait, il y a deux choses intéressantes à savoir.
17:59L'une, évidente, que oui, c'est un séisme, oui, ça va bouleverser,
18:02oui, ça va être compliqué.
18:04Mais la deuxième qu'il faut entendre, c'est,
18:06et oui, comme toujours, on va s'adapter.
18:08Et donc, ça, je trouve extraordinaire,
18:10c'est cette capacité des pays émergents,
18:12et de nos partenaires en particulier,
18:14de toujours trouver des solutions.
18:16Et donc, de mon point de vue, ce qui va être nécessaire,
18:20en tout cas, ce qui va accélérer les choses,
18:22c'est quelque chose qui est en train de se faire,
18:23mais qui est encore assez embryonnaire,
18:25mais qui va exploser,
18:27c'est enfin cette coopération dé-silotée
18:30entre le monde public et le monde privé.
18:32En fait, et d'ailleurs, c'est un peu l'histoire de notre fonds.
18:35C'est-à-dire qu'en fait, chacun dans son silo,
18:37chacun dans son couloir de nage, en fait,
18:39c'est plus tellement possible.
18:40Et donc, il va falloir être capable
18:43de mettre en commun des fonds
18:45pour qu'on ait une finalité objective sur des actions,
18:49par exemple, pour être très concrète,
18:51le fonds Femmes et Climat.
18:53Ce qu'on fait, c'est qu'en fait,
18:54on a des fonds publics qui acceptent,
18:57un peu, vous savez, comme les tranches napolitaines.
19:00Vous avez des tranches napolitaines,
19:01donc une première tranche napolitaine
19:03qui serait les fonds publics,
19:05qui, eux, seraient versés au fonds,
19:07mais qui accepteraient de ne pas gagner d'argent.
19:10De ne pas en perdre, mais de ne pas gagner d'argent.
19:12Et ce fonds-là, cette tranche napolitaine-là,
19:15le chocolat, on va dire,
19:16elle est très nécessaire au fonds vanille,
19:18qui est au-dessus,
19:19qui, lui, veut gagner de l'argent,
19:21et ne veut pas perdre.
19:23Donc, c'est le fonds privé qui arrive.
19:25Et la dernière tranche napolitaine,
19:27c'est la fraise.
19:28Et là, pour le coup, ça, c'est les fondations.
19:30C'est-à-dire qu'en gros, si je résume,
19:33on a besoin de fonds publics,
19:34qui sont capables d'investir sans retour.
19:37On a besoin de fonds privés,
19:39qui, eux, vont avoir légitimement besoin d'avoir un retour.
19:42Et on a besoin de fondations privées,
19:44qui vont être capables d'investir en subventions,
19:47parce qu'il va falloir accompagner tout ça.
19:48Mais si, là aussi, on reste très concret,
19:51il y a déjà des projets,
19:53des programmes que vous voyez affectés
19:55par cette réduction des financements internationaux
20:00en matière de finances inclusives,
20:02et donc qui obligent à réagir,
20:06finalement, à trouver une solution.
20:07Oui, oui, bien sûr.
20:08On le voit très concrètement,
20:09nos partenaires nous disent,
20:10évidemment, tout le bonus, en fait,
20:15qu'on avait imaginé,
20:16notamment en matière d'éducation,
20:17notamment en matière d'alimentation,
20:19tout ça, on va être obligé d'y renoncer.
20:22Donc ça, c'est grave.
20:23Mais c'est pour ça que j'essaie d'avoir de l'espoir.
20:26Oui, oui, soyons positifs.
20:27Pour être positifs, je me dis que
20:28ces solutions d'adaptation sont en train de se faire,
20:31justement, pour ne pas baisser la garde
20:33sur l'alimentation et sur l'éducation
20:35qui sont majeures.
20:36Il va falloir, et on est en train de le faire,
20:39il va falloir, finalement, nous regrouper,
20:41coopérer ensemble,
20:42et de créer ces coopérations
20:44qui ne sont pas naturelles, finalement,
20:46entre le public, le privé et les fondations.
20:49Donc ça, c'est la solution à l'œuvre.
20:51Il nous reste à les 3 minutes, 3 minutes 30,
20:52je dirais qu'on parle de l'Ukraine,
20:53parce que Crédit Récol a décidé
20:56de rester très présent en Ukraine.
20:59Question générale, pourquoi ?
21:00Et puis, vous me disiez,
21:01avant que l'interview ne démarre,
21:03que vous étiez vous-même allé
21:04physiquement plusieurs fois en Ukraine
21:06ces dernières années ?
21:08Alors, le Crédit Agricole
21:09a une franchise en Ukraine
21:11qui est très importante,
21:13puisqu'en fait, on a plus de 2 000 collaborateurs.
21:16Et donc, quand le conflit est né,
21:18évidemment, on n'allait pas laisser tomber
21:19nos 2 000 collaborateurs.
21:21Et donc, tout ce qu'on a essayé de faire,
21:24en fait, c'est, dans un premier temps,
21:25de voir comment on pouvait être à leur côté,
21:27les supporter,
21:28dans le sens anglais du terme.
21:32Mais en fait, très vite,
21:33on s'est rendu compte
21:33qu'ils avaient eux-mêmes,
21:35et je reviens sur cette capacité d'adaptation
21:37qui est quand même incroyable,
21:39quand je la regarde,
21:41ils ont montré eux-mêmes
21:42qu'ils étaient en capacité
21:43de prendre leur destin en main,
21:45et donc, ils ont fait tourner la banque
21:47de façon remarquable.
21:48Aujourd'hui, Crédit Agricole Ukraine
21:50est une banque qui tourne merveilleusement bien.
21:52Ils ont continué à servir l'économie,
21:54ils ont continué à servir les clients.
21:56Moi, je me rappelle, mon premier voyage,
21:59j'avais rencontré,
22:00je ne sais pas si on a le temps,
22:00donc je vais aller vite,
22:01mais mon premier voyage,
22:02j'avais rencontré une femme
22:04qui était directrice d'agence.
22:05Et donc, quand la gare a éclaté,
22:07elle a fermé son rideau,
22:08elle ne pouvait plus ouvrir,
22:09elle était sur la zone de conflit.
22:11Et donc, ce qu'elle m'a raconté,
22:13c'est que pour continuer, finalement,
22:15à récolter l'épargne et à prêter,
22:17parce qu'il fallait bien avoir de l'argent liquide,
22:19en fait, elle avait pris sa petite bagnole,
22:20et donc, elle allait chercher chez les gens
22:23l'argent pour l'épargne,
22:24et elle allait apporter chez les autres le liquide.
22:27Vous imaginez ce qu'elle a fait, cette femme ?
22:29Et donc, il y avait à la fois, pour moi,
22:32la conviction qu'on est un groupe, en fait,
22:34au service de nos clients et de la société,
22:36et ça, on le vit chaque jour,
22:37mais en même temps,
22:38la volonté de tout un pays
22:40de continuer et d'être bien présent
22:42dans cette espèce de résilience forte qu'ils ont.
22:44Vous avez mis en place une sorte de fonds
22:46de solidarité, d'urgence pour l'épargne ?
22:48On a ajouté ça, parce qu'effectivement,
22:51il y a plusieurs leviers pour aider.
22:52Il y a un levier qui est aider nos collaborateurs, d'abord.
22:56Et donc, par exemple, si votre maison, Thomas,
22:57pendant la guerre, elle est victime d'un missile,
22:59vous n'êtes pas remboursé par l'assurance.
23:01Et donc, on a monté un fonds de prévoyance
23:03pour nos collaborateurs,
23:04si jamais il se passe quelque chose de grave dans leur vie,
23:07matériel, immatériel.
23:08Et puis, de l'autre côté,
23:09on a accompagné les populations,
23:11et notamment les enfants et les femmes.
23:13On a aidé les hôpitaux au début de la guerre.
23:17L'hôpital de Kiev, périnatalité,
23:19avec les petits primaturés, a été bombardé.
23:23Et on a investi dans cette nouvelle salle prénatale
23:28qui est très, très moderne aujourd'hui.
23:30Et on a accompagné, finalement,
23:32le fait que l'hôpital ressurgisse.
23:35Mais on a aussi financé des groupes électrogènes.
23:38Un des problèmes là-bas,
23:39c'est que quand l'électricité est pilonnée,
23:40il faut continuer.
23:41Donc, quand vous allez en Ukraine,
23:42vous avez plein de groupes électrogènes.
23:44Et on en a financé beaucoup
23:46pour que l'activité continue
23:47et les hôpitaux continuent
23:48à être en capacité de soigner leurs malades.
23:51Merci beaucoup, Véronique Faudjour.
23:53Et à bientôt sur Bismarck.
23:54Merci, Thomas.
23:55C'était un plaisir.
23:56C'est un plaisir partagé.
23:57C'est l'heure de notre rubrique
23:59Start-up et innovation.
24:00Tout de suite.
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