00:05C'est une nouvelle séquence que je vous propose dans Smart Impact pour mieux comprendre comment les affaires institutionnelles peuvent
00:12accompagner les entreprises à impact.
00:15Ça peut être un booster, ça peut être un frein et on va en parler tous les mois avec Luce
00:19Gramont. Bonjour, bienvenue.
00:21Bonjour Thomas.
00:21Vous êtes la cofondatrice de Green Lobby et donc chaque mois vous serez ici avec une entreprise, mais d'abord
00:29on va un peu planter les enjeux.
00:30De quoi on parle ? On parle d'un mot qui fait parfois grincer les dents, on va parler de
00:34lobbying ensemble finalement.
00:36Oui, il y a beaucoup de préjugés derrière ce mot et une image très cachée, très opaque.
00:44En réalité, je suis là pour démystifier et montrer que ce n'est pas seulement l'affaire de quelques multinationales,
00:52ça peut concerner et ça doit concerner toutes les entreprises et c'est accessible.
00:58Et elles n'en sont pas forcément conscientes. Alors on va revenir à l'origine. Pourquoi vous avez créé Green
01:03Lobby et qu'est-ce que c'est Green Lobby ?
01:05Alors Green Lobby, c'est un cabinet d'affaires publiques, d'affaires institutionnelles qui est dédié aux acteurs de la
01:10transition écologique et sociale
01:13que j'ai cofondé il y a maintenant 7 ans, après avoir travaillé près de 30 ans dans les lieux
01:20où se décident les lois.
01:22Donc d'abord au Parlement français, plusieurs années en cabinet ministériel, à l'échelon européen, la Commission européenne, à l
01:30'échelon local, très important, dans une grande ONG et aussi dans une grande entreprise.
01:37Et à l'issue de ce parcours...
01:38Vous avez testé un peu tous les lieux, tous les cadres quoi ?
01:42Un peu un 360 qui m'a permis effectivement d'avoir une vision assez complète de comment se fabriquent les
01:51lois à chaque échelon.
01:53Et avec deux constats.
01:55Le premier, c'est qu'effectivement la loi est capturée par une poignée de multinationales, aujourd'hui étrangères, qui fait
02:02et défait les lois.
02:05Alors que la loi c'est très structurant.
02:08Il y a aussi des préjugés sur la loi anti-compétitivité.
02:11Moi j'ai fait un travail de recherche appliqué.
02:13Ça peut être un vecteur de compétitivité aussi, une loi ?
02:16Évidemment, de prospérité.
02:18Et en fait c'est à la fois un risque, une contrainte, et s'il y a contrainte, s'il
02:24y a opportunité, si on l'anticipe et qu'on a un coup d'avance.
02:28La loi, ça représente la société, c'est les évolutions sociétales.
02:34Donc la loi c'est des nouveaux marchés, c'est une remise en cause d'un modèle d'affaires ou
02:39la création d'un nouveau marché.
02:41Donc quand on la fabrique, quand on prend part, et ce n'est pas si compliqué, on va le voir,
02:47ça peut être un booster d'activité.
02:50Alors ce qu'on va découvrir ensemble, tous les mois, c'est quoi ?
02:54C'est comment une entreprise peut promouvoir ses solutions, éventuellement, ça peut marcher dans ce sens-là, c'est ça
03:00?
03:00Pour essayer de faire évoluer la loi, ou alors au contraire, va réagir à une nouvelle réglementation et l'intégrer
03:07à son business model ?
03:09Exactement.
03:10Alors ça paraît un peu magique comme ça, la plupart des entreprises se disent, oh là là, mais ce n
03:13'est pas pour moi.
03:14Oui, bien sûr.
03:15En fait, chez Green Lobby, on a développé, on démystifie, on simplifie, on explique qu'on peut agir.
03:24Alors, je vais prendre un exemple très simple.
03:28Une entreprise qui est en train de construire la filière du reconditionnement des lunettes.
03:32Vous savez, les lunettes, elles restent dans les tiroirs la plupart du temps.
03:35Oui, j'en ai quelques paires qui ne servent plus à rien.
03:36Voilà, c'est ça.
03:37Eh bien, il y a une entreprise extrêmement innovante, rejointe par plusieurs autres entreprises, la filière du reconditionnement des lunettes.
03:47Et en fait, pour ça, il a fallu une loi.
03:50Et il a fallu les décrets d'application et les arrêtés d'application.
03:54Pour concrètement faire le remboursement de la sécurité sociale.
03:59Et puis, c'est des nouvelles pratiques pour les opticiens.
04:01Donc aujourd'hui, cette entreprise, elle a été rejetée par un grand groupe.
04:05Donc, comment on modifie la loi ?
04:07À l'échelle d'une petite structure, vous voyez ?
04:11Oui, ce n'était pas une multinationale quand ça a démarré.
04:15C'est une petite structure.
04:15Voilà, donc très concrètement, nous on propose des amendements prêts à l'emploi.
04:20Ça s'écrit, c'est de la transcription logistique.
04:23Vous voyez, c'est un savoir-faire, une expertise.
04:27Ça ne suffit pas, il faut trouver le véhicule législatif.
04:29Ça aussi, c'est un savoir-faire un peu technique.
04:31Mais ce qui compte vraiment, c'est de construire le rapport de force.
04:34C'est-à-dire qu'il ne suffit pas de le donner à un député.
04:38Il faut convaincre à la fois le gouvernement et plusieurs groupes pour que ça passe de tendances politiques différentes.
04:44Donc, pas se faire récupérer politiquement.
04:48Et il faut avancer essentiellement des arguments économiques, en fait.
04:51C'est un peu notre façon de faire chez Green Lobby.
04:54Donc, on explique que c'est l'avenir, que c'est du pouvoir d'achat pour les consommateurs, que c
04:59'est de la rentabilité pour les opticiens.
05:02Et que ce n'est pas compliqué, que c'est soutenu par les mutuelles, qui voient aussi un intérêt.
05:07Pourquoi il y a besoin d'une loi, dans ce cas particulier ?
05:09Il y a besoin d'une loi pour, je l'ai dit, le remboursement de la sécurité sociale.
05:13Et puis, c'est un matériel médical.
05:17Donc, effectivement, la loi, les structures.
05:21Le marché n'est pas structuré tout seul.
05:23La plupart des innovations, elles ont besoin d'une loi, de décret d'application, d'un portage politique.
05:29Moi, je parle souvent dans mes émissions de la loi AGEC.
05:33Et avec le sentiment que c'est une loi qui a beaucoup transformé, finalement, les tissus économiques.
05:39Alors là, on est dans l'autre sens.
05:40Comment une loi va finalement créer des opportunités ?
05:43Tout à fait.
05:44Alors, c'est effectivement de cette loi dont on parle.
05:49Mais ça ne suffit pas.
05:50Il faut des décrets d'application.
05:51Et puis après, il faut voir au niveau local.
05:54L'échelon local est extrêmement important.
05:56Parce que l'échelon local, et chaque entreprise va le comprendre,
05:59c'est une implantation, un permis de construire.
06:01C'est aussi de l'argent.
06:03Ils ont des fonds propres, les communes.
06:05Ils ont des dotations de l'État, même si elles sont en baisse.
06:07Ils ont de l'argent aussi du niveau européen.
06:10Ça, c'est la région qui capte l'Europe.
06:13Dispatch sur les territoires et en fonction des thématiques.
06:18Ça veut dire que cet échelon-là, l'échelon local et européen, on n'y a rien,
06:25mais il est presque plus stratégique ou aussi stratégique que la loi au niveau national ?
06:31Il est aussi stratégique en fonction du niveau de développement de la structure,
06:36du collectif d'industriel ou de la PME ou de l'ETI.
06:41Ça peut être beaucoup plus intéressant de commencer parfois par l'échelon local.
06:46Vous voyez, on a accompagné une entreprise
06:52dont le cœur de métier n'était pas à l'impact,
06:54qui distribuait des plastiques à usage unique,
06:57mais qui avait quand même bien conscience que leur modèle d'affaires pouvait être fragile,
07:02et qui voulait se pivoter sur du réemploi avec des boucles de lavage locales.
07:09Eh bien, on leur a permis de faire des expérimentations
07:11en faisant connaître leurs solutions auprès du préfet, auprès des élus,
07:15pour concrètement qu'ils fassent leurs premiers tests
07:18dans des festivals de musique
07:21et pour le compte d'entreprises qui livrent à domicile.
07:24Donc vous voyez, ça c'est un exemple concret.
07:27Un autre exemple, c'est de capter de l'argent.
07:29Je disais que l'argent venait retomber, en tout cas sur l'échelon régional.
07:34Eh bien, il y a des régions qui ont comme priorité
07:37l'accélération de la rénovation énergétique.
07:39Les passeurs thermiques, c'est un gros sujet.
07:42Et donc on a travaillé pour le compte d'une entreprise
07:45qui vend des isolants thermiques très performants,
07:47mais un peu plus chers que le marché.
07:48Et dans ces cas-là, faire coïncider,
07:51faire connaître les actions de cette entreprise
07:54auprès de la région, du président de la région et de ses équipes,
07:58pour qu'ils puissent accorder des subventions à leurs clients.
08:03Et vous voyez là qu'il y a vraiment un intérêt économique majeur.
08:09Il y a un autre exemple qui illustre très bien ce que vous faites
08:13et ce dont on va parler tous les mois dans cette nouvelle séquence,
08:17dans cette nouvelle rubrique.
08:17C'est le travail qui a été mené pour faire évoluer la fiscalité
08:21autour du vélo de fonction.
08:22Qu'est-ce qu'on peut en dire de ça ?
08:23Parce que là aussi, c'était une nouvelle pratique,
08:26donc nouvelle réglementation, c'est ça ?
08:29Oui, tout à fait.
08:29Les vélos de fonction, c'est une jeune boîte en plein développement.
08:34Parce qu'effectivement, il y a des entreprises,
08:36les salariés le veulent, etc.
08:37Et en fait, c'était moins avantageux fiscalement
08:40d'avoir des vélos de fonction plutôt que des voitures de fonction.
08:43Vous voyez, c'est quand même un peu aberrant
08:44quand on veut rendre plus durable la mobilité.
08:48Et puis, pour les salariés,
08:51ça a quand même une image beaucoup plus dynamique.
08:54Vous voyez, c'est aussi la marque employeur.
08:55Donc, il y avait de la demande.
08:57Et on a réparé en proposant cette dissonance fiscale
09:03en écrivant un amendement en loi de finances.
09:06Comme ça, ça paraît un petit peu impressionnant.
09:07Mais en fait, ce n'est pas si compliqué.
09:09Quand on avance, encore une fois, des arguments...
09:12Moi, je suis économiste de l'environnement,
09:14économiste et juriste.
09:16Donc, pour ne pas aller à Bercy,
09:18pour ne pas aller à Matignon
09:20et au ministre des Transports,
09:22et puis au ministre de l'Environnement.
09:23Mais on sait bien que le ministre de l'Environnement
09:25seul ne peut pas.
09:27Eh bien, il faut avancer des arguments économiques
09:29en disant, ça va donner un signal,
09:31ça va tirer le marché.
09:32La filière vélo va se construire.
09:36Française, locale, vertueuse,
09:37des emplois non délocalisables.
09:39Vous voyez, ce type d'argument
09:40peut convaincre des députés,
09:43le gouvernement...
09:44Est-ce que c'est plus compliqué,
09:44pardon de m'interromper,
09:45est-ce que c'est plus compliqué
09:47dans un contexte
09:48qui est le contexte que l'on vit depuis deux ans ?
09:50C'est-à-dire un contexte parlementaire,
09:53principalement à l'Assemblée,
09:55heurté, des difficultés,
09:56pas de majorité,
09:57des lois de finances
09:59qui passent sans vote, etc.
10:01C'est à la fois plus compliqué
10:02parce qu'effectivement,
10:03il y a un backlash au niveau européen.
10:06Donc, on déconstruit
10:08un peu le cadre du Green Deal.
10:11On intervient beaucoup au niveau européen
10:12pour les entreprises
10:13dont c'est un enjeu majeur.
10:16Vous allez en recevoir une
10:19dans le 17 avril.
10:21Mais c'est aussi un atout
10:22qui n'est pas de majorité absolue
10:25parce qu'on peut...
10:27Il y a recomposition
10:28et finalement le parlementarisme.
10:30On peut les construire les majorités
10:33sur justement un amendement
10:34ou un projet, quoi.
10:35Voilà, filière par filière.
10:37Quand on arrive avec des arguments tangibles,
10:39les députés, ils veulent être utiles.
10:41Ils sont absolument ravis
10:44d'avoir un contact
10:45avec l'économie réelle
10:47et des DG
10:47qui sont implantés dans le territoire,
10:49qui veulent être utiles
10:50et de leur donner
10:52leurs petits secrets
10:54et aussi tout ce qu'ils peuvent percevoir
10:56de la tendance
10:57de l'évolution de la société.
10:59Parce qu'au quotidien,
11:01ils travaillent sur des rapports
11:03des missions d'information,
11:03des commissions d'enquête.
11:04Au niveau européen,
11:05on a les livres blancs,
11:06les livres verts.
11:07Au niveau local,
11:08on a aussi des priorités locales
11:10qui sont définies
11:12dans les programmes des municipales.
11:16Voilà, on est en plein
11:17dans l'actualité.
11:18Et là, on a 100 jours
11:19pour définir la politique municipale.
11:21Donc, c'est vraiment le moment
11:22d'arriver avec des solutions
11:23que les élus apprennent.
11:25Et pour ça,
11:26il faut parler leur langue.
11:27C'est un petit peu
11:28comme un rendez-vous commercial
11:29pour un chef d'entreprise.
11:30C'est-à-dire qu'ils décryptent
11:32le besoin.
11:34Le besoin d'un politique,
11:35c'est d'être utile.
11:36C'est de parler
11:37à ses administrés
11:39au-delà de la politique politicienne.
11:41Si je ne sais pas justement
11:41de rentrer dans un parti,
11:43de prendre recours
11:44au débat un peu
11:45de cours de récréation
11:47qui, là, ne nous intéresse pas.
11:49Mais on peut vraiment
11:49agir concrètement.
11:51Et c'est très utile.
11:54C'est très utile pour les élus.
11:55C'est un enjeu démocratique.
11:56C'est un enjeu économique.
11:58Pour vraiment construire
11:59les innovations,
12:00les passer à l'échelle.
12:01Merci beaucoup, Lucie.
12:02Et donc, au mois prochain,
12:0317 avril, c'est ça ?
12:04Mais oui.
12:05À très bientôt.
12:06On sera là pour un premier cas,
12:07une première entreprise
12:09emblématique.
12:09On passe tout de suite
12:10au grand entretien
12:11de ce Smart Impact.
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