00:00L'actualité économique, c'est aussi avec Christian Parizeau qui nous a rejoint.
00:03Bonjour Christian, économiste conseiller d'Aurel BGC.
00:05Je commence avec ces chiffres chinois qui ne sont pas faciles à analyser.
00:09Heureusement que vous êtes là ce matin.
00:10On a des exportations qui ont progressé à un rythme moins important qu'anticipé.
00:13On est à 2,5% sur un an et des importations en hausse de 28%.
00:19Alors ça, ce chiffre est impressionnant.
00:21Qu'est-ce qu'il faut faire de ces chiffres ?
00:22Oui, alors c'est vrai que le problème, c'est que là, on voit à quel point...
00:26C'est intéressant parce que ces chiffres nous montrent à quel point on est dans un désordre en ce moment.
00:31Et à quel point ce choc du Moyen-Orient affecte l'ensemble de nos statistiques.
00:35Juste pour mémoire, deux premiers mois de l'année.
00:39Vous savez, janvier-février, on somme les deux mois parce qu'il y a le nouvel an chinois qui perturbe
00:42pas mal les statistiques.
00:43Donc si on prend les deux premiers mois de l'année, explosif.
00:46Commerce chinois explosif, exportation très forte.
00:49Mois de mars, très mauvais.
00:51Parce que même si on est en hausse, en glissement sur un an, on a quand même en variation au
00:54mois le mois.
00:55C'est très mauvais sur le mois de mars.
00:57Par contre, des importations qui explosent.
01:00Alors, qu'est-ce qui se passe ?
01:01Ce n'est pas la demande intérieure chinoise qui se réveille, hélas.
01:03Ce qui est en train de se passer, c'est la conséquence de tout ce qui se passe au Moyen
01:07-Orient.
01:08On a eu, dans un premier temps, pas mal dans la Chine qui était plutôt sur une bonne dynamique,
01:13liée notamment à son nouvel an chinois, le décalage du nouvel an chinois qui a un peu perturbé les statistiques.
01:17Mais on a vu que la Chine était plutôt sur un commerce asiatique et intra-asiatique qui était très dynamique.
01:22Et là, on a un coup d'arrêt très clair du commerce, des échanges à cause de ce Moyen-Orient.
01:27Donc, il y a bien un impact.
01:28Et de l'autre, les entreprises chinoises ont pris peur avec ce Moyen-Orient
01:31et ont réalisé des importations importantes à des fins de stockage.
01:36Et ça, c'est ce qu'on commence à percevoir dans l'ensemble des industriels.
01:39C'est-à-dire que le premier trimestre sera encore très bon en termes de croissance
01:42parce que sur le mois de mars, l'ensemble des entreprises ont fait des stocks de précaution.
01:46Ce n'est pas de la demande intérieure, c'est du stock.
01:47Ce n'est pas de la demande de l'intérieur.
01:49Et on a beaucoup d'industriels qui ont constitué des stocks de précaution
01:53dès qu'ils ont eu l'annonce de cette guerre.
01:56Alors, on pense naturellement au pétrole, mais pas que,
01:58parce que ça touche énormément d'autres matières premières qui sont produites au Moyen-Orient.
02:02Donc, on n'en parle pas assez.
02:03Mais il y a aussi des problèmes avec l'hydrogène, avec l'ammoniaque, etc.
02:07Donc, il y a eu pas mal de constitutions de stocks.
02:09Et puis surtout, du côté des entreprises chinoises,
02:12on a anticipé que les fournisseurs asiatiques allaient risquer d'avoir des problèmes de production.
02:16Donc, on a constitué des stocks de précaution vis-à-vis de ces fournisseurs d'Asie.
02:21Donc, on voit qu'il y a quand même un impact très fort.
02:23Alors, avec une conséquence mécanique,
02:25c'est que ce qu'on apporte aujourd'hui à des fins de précaution,
02:28si ça devait se normaliser, ça veut dire que ça pèsera sur la croissance du deuxième trimestre.
02:32C'est, je dirais, un peu le contre-effet mécanique de ces stocks de précaution.
02:35Et puis, ça montre surtout qu'il y a des vrais risques, si ça persiste,
02:39qu'il y ait des vrais risques de perturbations dans les chaînes d'approvisionnement.
02:41D'ailleurs, les délais de livraison ont pas mal augmenté.
02:44Et ça, ça crée forcément plus d'inflation.
02:46Alors, je m'explique, parce qu'on dit toujours qu'un choc,
02:49comme on a subi un choc pétrolier, c'est moins de croissance, plus d'inflation.
02:53Ça, d'accord.
02:54Mais la vraie question, c'est est-ce que les entreprises vont le répercuter sur leur prix de vente ?
02:57Et c'est ça, la vraie question.
02:58Et elles ont tendance à plutôt le répercuter s'il y a des tensions sur les chaînes d'approvisionnement.
03:03Si vous avez des difficultés, si vos clients ne sont pas livrés dans les temps,
03:07et votre client va peut-être être prêt à accepter des hausses de prix pour être livrés dans les temps.
03:11Mais si ça change rien.
03:12Donc, les tensions sur les chaînes d'approvisionnement sont une condition, je dirais, obligatoire
03:17pour qu'on aille une diffusion de ces tensions inflationnistes sur l'ensemble des prix.
03:21Et donc là, ce que nous dit l'industrie, c'est qu'on a constitué dans un premier temps des
03:24stocks de précaution.
03:25Si ce conflit persiste, vu les tensions qui apparaissent déjà sur les chaînes d'approvisionnement,
03:29c'est-à-dire qu'on va avoir très rapidement une diffusion de cette hausse à l'ensemble de la
03:33chaîne d'approvisionnement
03:34et à l'ensemble des prix des biens.
03:36Pour l'instant, on est co-partis sur la partie biens.
03:39Et surtout, ça montre à quel point aussi on a un choc très violent sur le commerce international
03:43et qu'on risque d'avoir pas mal de yo-yos.
03:45Mais plus fort que les droits de douane ?
03:46C'est-à-dire que ça a plus d'impact que les droits de douane, non ?
03:48Ça a des impacts.
03:49Alors, c'est vrai que dans les bons chiffres des deux premiers mois de l'année,
03:52il y avait aussi l'effet droit de douane américain qui avait été suspendu pour les produits chinois.
03:56Et a priori, des entreprises américaines avaient profité de la décision de la Cour suprême américaine
04:01pour rappeler à leurs fournisseurs chinois et constituer des stocks de précaution.
04:07Donc, il y a aussi eu un effet droit de douane sur le premier trimestre
04:09qui s'est peut-être inversé sûrement sur le mois de mars.
04:13C'était assez ponctuel suite à la décision.
04:15Mais on voit qu'on est dans une période tellement d'instabilité
04:18que les entreprises ne savent plus comment gérer leurs stocks.
04:20Et qu'aujourd'hui, on est sur des à-coups particulièrement violents.
04:23Ce qui veut dire aussi que dans nos projections, on peut avoir des très bonnes surprises
04:26sur le premier trimestre en termes de résultats d'entreprise, en termes de croissance, entre guillemets.
04:30Mais ça laisse plutôt augurer un trou d'air sur le deuxième trimestre.
04:34Ce matin, on est plutôt sur des marchés qui pricent des avancées dans les négociations.
04:38Peut-être un second round à venir.
04:40On a GDVN, ce qui est plutôt rassurant.
04:42Le Brent est descendu sous les 100 dollars le baril.
04:46On va peut-être être dans les six semaines de conflits qu'avait prévus Donald Trump, finalement.
04:50Peut-être, mais on est sur une incertitude majeure encore aujourd'hui.
04:53Ce qui est sûr, c'est qu'on a le sentiment que l'Iran et les États-Unis ont intérêt
04:57à se mettre d'accord.
04:58Franchement, honnêtement, c'est pénalisant pour les deux.
05:00Parce que même si l'Iran dit qu'ils s'en sortent bien, ils ont quand même des impacts économiques
05:04majeurs.
05:06Maintenant, c'est des négociations.
05:08On est sur un flou complet.
05:10Et puis, il faut regarder la situation.
05:12Moi, ce que je commence aujourd'hui à vraiment intégrer,
05:14c'est en combien de temps on va, si on cessait complètement le conflit,
05:18en combien de temps on normaliserait l'économie.
05:20Et là, on est de plus en plus pour dire que l'impact sera de 4, 5, 6 mois,
05:24avec des effets qui vont aller.
05:26Je vous prends un exemple très clair.
05:27Par exemple, les biens alimentaires, on ne le voit pas maintenant.
05:30Mais on sait que maintenant, on commence à avoir des retours,
05:32qu'il y aura des vrais problèmes en termes de récolte,
05:35en termes de production agricole dans les prochains mois.
05:38Et donc, ça veut dire, c'est peut-être, on va le payer ça dans 5, 6, 7 mois.
05:42Ça ne sera pas tout de suite qu'on le verra.
05:43Mais on aura des impacts.
05:45Donc, il faut quand même intégrer le fait que,
05:46même si demain, on débloque tout, on remet tout en route,
05:50ça ne va pas repartir comme ça, qu'il y aura des vraies conséquences.
05:53Et il ne faut pas sous-estimer l'impact que ça peut avoir
05:55sur les profits des entreprises et sur la croissance économique.
05:58Donc, comme la croc a dit, nous, on est super optimistes
05:59sur les actions américaines, le conflit, c'est gérable,
06:02pas d'impact majeur.
06:02Vous dites s'ils sont un peu trop optimistes ?
06:04Alors, oui et non, parce qu'ils ont une vision très américaine.
06:07Il ne faut pas l'oublier, d'une part.
06:08Il ne parle que des actions US.
06:09Voilà, et en plus, ce qui tire aujourd'hui la cote américaine,
06:13c'est essentiellement les valeurs technologiques.
06:15Et là, il faut le reconnaître pour l'instant.
06:17Il y a des arbitrages à faire entre valeurs, si vous voulez.
06:20On voit que la thématique est compliquée,
06:22la thématique de l'IA n'est plus simple.
06:23On ne joue plus n'importe quoi.
06:24Mais on voit que dans certains acteurs et certains segments,
06:27on a un boom qui persiste, on a une belle visibilité
06:31et on est plutôt en train de réviser à la hausse.
06:33Alors, seul petit bémol, c'est qu'on révise sur un effet valeur,
06:36pas sur un effet volume.
06:37Je m'explique, comme toujours en économie.
06:39En dix secondes ?
06:40En dix secondes, voilà.
06:41C'est surtout l'inflation.
06:42Ce qui est en train de se passer aujourd'hui dans le secteur tech,
06:44c'est une hausse des prix,
06:45parce qu'on a de telles tensions sur les capacités de production,
06:47on a même aujourd'hui des tensions sur les capacités de production
06:50de semi-conducteurs, etc.,
06:52qu'aujourd'hui, toute la croissance se fait sur un effet prix.
06:55Pourquoi on vous l'amène ?
06:56On revient toujours au même sujet.
06:58Mais donc, ce n'est pas forcément une bonne nouvelle pour l'économiste,
07:00mais pour l'actionnaire, forcément,
07:01il y a un effet prix qui est plutôt positif.
07:03Merci beaucoup, Christian Parizeau.
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