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  • il y a 16 minutes
Antoine Foucher, président de Quintet, était l'invité de Laure Closier dans Good Morning Business, ce vendredi 10 avril. Ils sont revenus sur les négociations sur les contrats courts entre le patronat et les syndicats, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:007h45 sur BFM Business et sur MC Life, notre invité c'est Antoine Fouché.
00:03Bonjour, président de Quintet, ancien directeur du cabinet de Muriel Pénicot.
00:07On va essayer de prendre un peu de hauteur sur les questions de travail ensemble.
00:09Je disais en préambule, vous êtes un peu l'homme sur lequel on compte pour avoir des idées pour cette
00:12présidentielle.
00:13Alors ça fait beaucoup peut-être pour un seul homme, mais quand même, on compte sur vous pour parler travail
00:18et notamment rémunération du travail dans cette campagne.
00:21Il y avait des négociations sur les contrats courts, il y en a eu 5 randes qui ont fini hier.
00:25Ça s'est terminé par rien, il n'y a pas eu d'accord entre le patronat et les syndicats.
00:28Vous dites, ce n'est pas grave, parce que de toute façon, cette négociation, elle était asbine.
00:33C'est très cash, mais c'est exactement ce que je pense, oui.
00:37C'était asbine, ou en tout cas, ils étaient à côté des objectifs, et d'ailleurs, une partie d'entre
00:41eux le reconnaissait,
00:42parce qu'ils étaient sur une négociation classique où le patronat cherche de la flexibilité
00:47comme si c'était ça qui allait permettre de créer de la richesse dans le contexte actuel.
00:51Et les syndicats combattent la flexibilité comme si la flexibilité n'était pas devenue aussi
00:57une demande un peu des salariés.
00:59Et donc, on était sur une négociation qui aurait été valable encore il y a 10 ou 15 ans,
01:05où on avait encore un droit du travail rigide,
01:08et les salariés étaient victimes d'une précarité subie.
01:14Le problème, c'est que ça a doublement changé en 10 ans.
01:16C'est-à-dire que le marché du travail s'est retourné à cause de la démographie,
01:21et donc les entreprises, plus elles proposent des contrats précaires,
01:25moins elles vont avoir de chances de recruter et de garder leurs salariés.
01:29Donc ça ne sert à rien de leur donner de la précarité.
01:32Par exemple, la demande qui a été posée par le patronat de pouvoir renouveler sans limite des CDD,
01:40ça ne sert absolument à rien dans l'économie aujourd'hui.
01:44Parce que les salariés sont beaucoup plus en position de force dans tous les secteurs,
01:48tous les territoires et toutes les tailles d'entreprises,
01:51parce que la population active n'augmente plus.
01:53Et donc, c'est plus le patron qui dit,
01:56écoute Marcel, si tu n'es pas d'accord, tu peux aller voir ailleurs.
01:59C'est Robert qui dit à son patron, écoutez, si je n'ai pas ceci ou cela,
02:03moi je vais pouvoir aller bosser ailleurs.
02:04C'est beaucoup plus ça la réalité du marché du travail aujourd'hui.
02:06C'est pour ça qu'il n'y a pas de croissance, mais le chômage n'augmente pas non plus.
02:11La population active ne change pas.
02:12Et du côté des salariés, là, les syndicats ne se rendent pas compte,
02:16ou insuffisamment compte aussi d'un truc aussi, je pense,
02:19c'est que la flexibilité, c'est devenu une demande salariale aussi.
02:22C'est-à-dire, je veux pouvoir choisir davantage mes horaires de travail,
02:26être davantage autonome, etc.
02:29D'où le développement inconnu jusqu'à présent du travail indépendant.
02:32Le travail indépendant, c'est la première...
02:34Et ce n'est pas que le travail indépendant subit des auto-entrepreneurs,
02:39des plateformes, etc.
02:40C'est du travail indépendant auto-entrepreneur choisi.
02:44Parce que quand on est auto-entrepreneur, on n'a pas de patron, on choisit ses horaires de travail.
02:49Bien sûr, on a des clients, bien sûr.
02:50Mais le jour où vous faites le même job, non plus en étant indépendant,
02:55mais en étant salarié, le lendemain matin,
02:58ce n'est pas vous qui choisissez vos horaires de travail.
02:59Mais vous, vous voyez l'auto-entrepreneuriat comme une espèce de début de carrière,
03:02où en fait, c'est une sorte de CDD flexible,
03:05et puis après, peut-être, on rentrera dans une boîte.
03:07Exactement.
03:08C'est-à-dire que se dire que si on réduit la flexibilité sur les contrats courts,
03:14qui était la demande un peu des syndicats,
03:16ça va faire une seule chose, ça va faire encore plus d'auto-entrepreneurs.
03:20Et donc, la vraie négo, me semble-t-il,
03:22pardon, c'est un tout petit peu arrogant de le dire comme ça,
03:23mais ça aurait été de dire,
03:25comment est-ce qu'on attire davantage les salariés en les rémunérant davantage ?
03:30Parce que, pour la première fois depuis 45,
03:32on est dans une situation où ce n'est pas démago, excessif, populiste,
03:35de dire que le travail ne permet plus à la majorité des gens,
03:38pas tous, heureusement,
03:39mais à la majorité des gens, d'augmenter leur niveau de vie.
03:42Donc, c'est ça, et ça pose un problème aussi aux boîtes,
03:45parce que ça crée des sujets de motivation, ça c'est vrai.
03:48Et donc, comment est-ce qu'on fait pour que le travail paye plus,
03:50au sens permettre à nouveau d'améliorer son niveau de vie ?
03:54Et côté salarial, c'est comment est-ce qu'on fait
03:57pour redonner davantage d'autonomie dans son boulot,
04:01en faisant que l'auto-entrepreneuriat soit simplement une étape,
04:05un début de carrière, pour ceux qui le choisissent,
04:08et que peut-être ça ne soit pas,
04:10on dise la vérité aussi,
04:12là, je pense à toute une partie de la jeunesse,
04:15et pas que,
04:17c'est que c'est très compliqué,
04:20et c'est en grande partie, souvent,
04:22pas dans tous les secteurs, mais pas vrai,
04:24qu'on peut faire 40 ans d'auto-entrepreneuriat,
04:29parce qu'à la fin, il y a un sujet de protection sociale,
04:32et collectif, et individuel,
04:34et quand même, sur un certain nombre d'accès de base,
04:39les entreprises bancaires...
04:39À un moment donné, il vaut mieux être salarié.
04:41C'est-à-dire, quand vous avez une famille, des enfants,
04:44vous avez des emprunts,
04:45et que vous payez les études de vos enfants,
04:48ça peut marcher d'être auto-entrepreneur,
04:50il y a des centaines de milliers de gens dans cette situation-là,
04:53mais c'est vrai que c'est plus difficile,
04:55et donc de dire aussi cette vérité-là,
04:57ça permet de repenser peut-être l'auto-entrepreneuriat,
05:00qu'il faut promouvoir, il n'y a pas de sujet,
05:02mais peut-être davantage comme une étape,
05:05un lancement,
05:06où à un moment donné, on a besoin de plus de flexibilité,
05:08mais pas comme un mode de vie définitif.
05:11Antoine Fouché, donc le sujet, ça reste,
05:12comment faire en sorte que le net augmente ?
05:15On en est toujours sur cette question,
05:18en espérant que ça émerge dans les discussions présidentielles.
05:21Votre solution à vous, ça reste de toucher à la question des cotisations,
05:27des charges, il faut revoir le modèle.
05:29À court terme, il n'y a pas d'autre choix, de toute façon.
05:30C'est-à-dire, on ne peut pas demander aux boîtes
05:33d'augmenter les salaires massivement.
05:35Je sais que c'est un peu impopulaire quand je dis ça,
05:38mais tout le monde peut, on a autre chose à faire,
05:40mais de regarder le partage de la valeur
05:42entre le travail et le capital en France,
05:45pas ailleurs, il n'a pas bougé depuis 70 ans.
05:47Donc quand le travail payait,
05:49on partageait la valeur exactement de la même manière
05:51qu'aujourd'hui, il ne vous paie plus.
05:52Donc ce n'est pas ça le sujet.
05:54Donc dit autrement, les boîtes n'ont pas de marge de manœuvre
05:56en France, en moyenne, pour augmenter les salaires.
05:59Et donc, la seule manière de faire que le travail paye plus,
06:03c'est que la différence entre ce que les gens gagnent
06:05et ce qu'ils gardent pour eux soit plus importante.
06:07Et le salaire médian aujourd'hui, il est à 2170 euros net.
06:11Il y a 50% des gens qui gagnent plus,
06:1250% des gens qui gagnent moins, à plein temps.
06:15Mais quand vous avez 2170 euros dans la poche qui arrive,
06:19vous avez bossé pour en gagner 3850.
06:21Et donc ça, l'écart entre les 2170 et les 3850,
06:26on peut le réduire, on peut, à court terme,
06:29je ne vois pas, si on ne raconte pas de craque aux gens,
06:31je ne vois pas comment, à court terme,
06:33quelle est l'autre solution que celle-là, à court terme.
06:35À moyen terme, là c'est vrai, il y a plus important
06:38que réduire le net et que réduire les charges,
06:39c'est réindustrialiser, innover,
06:42rattraper notre retard en matière de compétences.
06:44Ça c'est sûr, c'est-à-dire en fait la productivité.
06:46Parce qu'en rythme de croisière,
06:49le seul truc qu'augmente les salaires, c'est la productivité.
06:51Si vous ne produisez pas plus ou mieux
06:53pour le même temps de travail,
06:54il n'y a aucune raison que votre salaire augmente.
06:56Et là c'est l'IA qui va nous sauver
06:58pour augmenter la productivité ou pas ?
07:00En partie, mais je ne pense pas qu'il faut l'attendre quand même ici.
07:03C'est-à-dire qu'on a beaucoup d'attentes par rapport à ça
07:06et c'est normal parce qu'effectivement
07:09ça augmente la productivité
07:11et on s'en rend tous chacun,
07:12tous ceux qui l'utilisent se rendent compte à l'échelle individuelle.
07:14On fait la même chose, on va plus vite.
07:16Et il y a des choses qu'on peut faire qu'on ne faisait pas avant
07:18grâce à l'IA qu'on fait.
07:19Donc ça c'est vrai.
07:20De là à se dire que c'est un outil
07:23qui va nous faire retrouver la productivité des 30 glorieuses,
07:26ça je pense que personne ne le dit
07:27et qu'on se met vraiment le doigt dans l'œil si on le pense.
07:31Mais le prix Nobel d'économie, par exemple,
07:32Darren Assemoglou dit,
07:34il a fait un papier dans l'AMIT l'année dernière,
07:36il dit qu'on va retrouver à peu près la productivité d'Internet
07:39avec ça,
07:39c'est-à-dire pas rien,
07:41mais pas quelque chose non plus
07:42qui permet d'augmenter spectaculairement les salaires,
07:45c'est-à-dire autour de 0,1-0,2% par an.
07:48On les prend les 0,1-0,2%,
07:50on n'en a quasiment plus,
07:50donc on les prend,
07:51mais 0,1-0,2% ça ne fait même pas
07:54l'augmentation de la productivité des années 80-90-2000
07:58où on était à 1,5-2% par an.
08:01Donc oui, l'IA va permettre,
08:03mais pas que c'est la réindustrialisation,
08:06l'investissement dans les compétences,
08:08l'IA c'est un ensemble de choses,
08:10mais encore une fois qu'ils vont prendre un peu de temps
08:12et on ne peut pas dire aux gens,
08:13écoutez sur le pouvoir d'achat,
08:14cette fois-ci on a vraiment compris le sujet,
08:16mais la solution elle arrive dans 20 ans.
08:18Merci beaucoup Antoine Fouchette,
08:19venu ce matin dans la matinale de l'économie.
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