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  • il y a 10 minutes
Une nouvelle étude, menée par des chercheurs du Muséum national d’Histoire naturelle et publiée dans la revue Biological Conservation, montre que la destruction de millions d’animaux jugés « nuisibles » en France ne réduit pas les dommages économiques qui leur sont attribués.

Retrouvez la « Terre au carré » sur France Inter et sur : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/la-terre-au-carre

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Transcription
00:07Musique
00:18Aujourd'hui, chasse au nuisible, que dit la science ?
00:21Racontée par Elsa Bonneau, enseignant-chercheur à l'université Paris-Saclay
00:25et Frédéric Giguet, professeur au Muséum National d'Histoire Naturelle.
00:31France Inter, la terre au carré, Mathieu Vidard.
00:40Chaque année en France, près de 2 millions d'animaux sont tués.
00:43Pas des espèces invasives venues d'ailleurs, pas des bêtes exotiques échappées d'un élevage,
00:47non des animaux bien de chez nous, des renards qui traversent nos champs depuis la nuit des temps,
00:52des fouines qui s'installent sous nos toits, des pieds bavardes, des corbeaux freux, des martres, des pins ou des
00:58étourneaux.
00:58On les appelle les nuisibles, ou dans le vocabulaire plus polissé de l'administration française,
01:03les espèces susceptibles d'occasionner des dégâts, les ésodes.
01:06Ce classement existe depuis des décennies, il repose sur une idée simple, presque intuitive.
01:11Certains animaux font du tort à l'agriculture, à l'élevage, aux propriétés privées, parfois à la santé publique.
01:17Il faut donc les réguler, autrement dit les éliminer en nombre suffisant pour que les dégâts diminuent.
01:22Ce qui est surprenant, c'est que jusqu'à très récemment, personne n'avait vraiment vérifié si ça marchait.
01:28C'est exactement ce qu'une équipe du Muséum National d'Histoire Naturelle vient de faire,
01:31en épluchant sept années de données officielles.
01:34Et leurs résultats ont été publiés le 9 mars dernier dans la revue Biological Conservation.
01:40Le résultat est cinglant, tuer des renards et des pies par centaines de milliers ne réduit pas les dégâts qu
01:45'on leur attribue.
01:46Les populations de ces animaux ne s'effondrent pas non plus.
01:49Elles se reconstituent au contraire, se déplacent et s'adaptent.
01:53Et tout cela pour un énorme coût financier.
01:55Et si la vraie question n'était pas comment se débarrasser de ces animaux,
01:59mais comment apprendre à vivre autrement avec eux,
02:02c'est cette histoire que nous allons vous raconter.
02:11Sale temps pour blaireaux, fouines et renards.
02:13Les piégeurs sont en action.
02:15L'entrée de l'abri souterrain que ces animaux partagent va être piégé.
02:18On ouvre le collet au maximum.
02:20On le met bien en place en gueule de terrier pour prendre les animaux vivants.
02:25On relâche tous les animaux qu'on attrape qui ne sont pas nuisibles.
02:28On les relâche et on euthanasie uniquement les animaux qui sont déclarés nuisibles.
02:34Reportage de France 3 Nouvelle-Aquitaine en 2019.
02:37Elsa Bonneau et Frédéric Giguet, bonjour.
02:39Bonjour.
02:40Bonjour.
02:41Bienvenue à tous les deux.
02:41Il s'agit donc d'un chiffre vertigineux.
02:44Chaque année en France, 1,7 million d'animaux sont abattus ou piégés au nom de la protection des cultures
02:50et des élevages.
02:51Frédéric Giguet, commençons par le début.
02:52C'est quoi exactement un nuisible en droit français ?
02:55C'est une espèce susceptible d'occasionner des dégâts qui peut faire l'objet de destructions en dehors de la
03:05perte de chasse avec des moyens différents du fusil.
03:09Et donc il y a une liste d'espèces uniquement d'oiseaux et de mammifères.
03:13C'est quand même lié à la chasse, aux espèces qui sont aussi gibiées, pour lesquelles les destructions, même massives,
03:20pourront continuer en dehors de la saison de chasse officielle.
03:24Ce mot nuisible, il a disparu ou il est encore employé aujourd'hui ?
03:28Il est employé communément, mais il a disparu de la réglementation et des textes de loi qui régissent la destruction
03:35de ces espèces.
03:36Donc on parle maintenant d'espèces susceptibles d'occasionner des dégâts, c'est ça ?
03:40Exactement.
03:41Et ce qui fait aussi qu'on peut les détruire si elles sont simplement présentes et abondantes et susceptibles d
03:47'occasionner des dégâts, même si elles n'occasionnent pas de dégâts.
03:50Elsa Bonheur, on peut donner quelques noms d'espèces qui sont classées.
03:54Dans cette ésode, donc ?
03:56Oui, bien sûr. Et puis après, je reviendrai sur la notion de dégâts aussi, si je peux.
03:59Donc effectivement, on a le renard roux, la pibavarde, la corneille, le corbeau freux, la fouine, la marte, un petit
04:06peu ceux que vous avez déjà cités au préalable.
04:09Et donc effectivement, maintenant, elles sont classées espèces susceptibles d'occasionner des dégâts.
04:13On a essayé de renverser un peu la charge de la preuve. Alors ça ne fonctionne pas très bien.
04:17Mais pour quand même montrer que s'il y avait destruction, il faillait effectivement qu'il y ait des dégâts
04:21occasionnés et que cela soit chiffré et remonté pour pouvoir vraiment assurer ou assumer qu'il y avait effectivement des
04:28dégâts.
04:28Et on voit que ça ne marche pas très bien.
04:30On va en parler évidemment avec vous. Donc toutes les espèces que vous venez de citer, ce sont des espèces
04:35communes que l'on croise partout en France, que ce soit dans les champs, dans les forêts, dans nos jardins.
04:40Oui, oui, elles sont très communes. En fait, on appelle ça aussi des espèces synanthropiques. C'est un gros mot
04:45là, mais c'est pour dire qu'elles sont habituées à la présence de l'homme.
04:49Elles côtoient les activités humaines et donc tous les milieux urbains, périurbains, elles s'adaptent très bien. Et puis comme
04:56elles se reproduisent aussi très bien, elles peuvent être là en grand nombre.
04:58Frédéric Giguet, il manquait donc un grand travail d'évaluation pour être capable précédemment de dire si aujourd'hui les
05:06prélèvements étaient efficaces ou pas sur ces espèces.
05:09Et c'est l'étude que nous avons publiée en mars effectivement, sachant que pour prendre des décisions sur quelles
05:18espèces peuvent être classées les zones et donc détruites toute l'année dans certains départements,
05:22le ministère de l'écologie, de l'administration centrale reçoit les données officielles de dégâts déclarés pour chaque saison de
05:31chasse.
05:32Alors saison de chasse parce que ça court du 1er septembre au 31 août, c'est une année mais c
05:37'est 12 mois.
05:39De la part de qui ? Qui fait ces déclarations ?
05:41Alors ce sont des déclarations volontaires, ce sont souvent les chambres d'agriculture qui mettent en place un formulaire que
05:48les éleveurs, agriculteurs ou particuliers peuvent utiliser pour faire des déclarations de dégâts.
05:53C'est parfois les fédérations des chasseurs.
05:56Et puis tous les piégeurs qui peuvent opérer dans ces conditions doivent aussi chaque année rendre un bilan de leurs
06:03activités avec le nombre d'individus tués pour chacune des espèces susceptibles d'occasionner des dégâts.
06:08Donc l'administration au niveau des départements a ces données déclaratives, officielles, les fait remonter au ministère et ce sont
06:15ces données officielles que nous avons analysées pour cette année.
06:18Parce qu'il n'y avait pas justement d'analyse jusqu'à maintenant, c'est-à-dire qu'on avait
06:21des données mais on n'en tirait aucune conclusion réellement ?
06:24Elles étaient utilisées pour prendre les décisions de quelles espèces allaient continuer à être classées les zones mais pas pour
06:32savoir si cette politique était efficace.
06:34Donc c'est le ministère de la Transition écologique lui-même qui demande donc à des chercheurs d'évaluer sa
06:40propre politique, Elsa Bonneau ?
06:41Ce n'est pas vraiment du coup des chercheurs, c'est juste qu'on a des données, c'est des
06:47données, donc on a discuté, qui sont un peu déclaratives.
06:50Et donc effectivement on a des données parcellaires mais on a quand même accès à ces données-là.
06:54Et c'est vrai que personne, avant l'équipe du muséum, là, ne s'était vraiment intéressé à évaluer la
06:59conséquence.
07:00Et ça c'est le travail des chercheurs justement, on est d'accord ?
07:02Oui, oui, oui, tout à fait.
07:04Et effectivement, moi c'est ce qui m'a intéressé dans ce travail qui a été financé par le ministère
07:10de l'écologie.
07:10Au Muséum National d'Histoire Naturelle, on a une tradition d'expertise pour le ministère sur beaucoup de sujets.
07:17Espaces protégés, espèces protégées, espèces chassables, ressources naturelles, biodiversité.
07:23Et donc on était exactement dans les compétences et les sollicitations que le ministère fait régulièrement auprès du muséum.
07:30Avec une question toute simple, qui était de se dire, est-ce que tuer justement ces espèces réduit réellement les
07:36dégâts qu'on leur attribue ?
07:37C'était ça le sujet ?
07:38Puisque l'objectif de cette réglementation, ce n'est pas de tuer des animaux, c'est de réduire les pertes
07:43économiques ou les risques sanitaires pour les populations humaines.
07:47Et donc la réponse, c'est quoi exactement Elsa Bonneau ?
07:50Si on résume là déjà, si on fait un...
07:52Je vais laisser Fred répondre à sa conclusion, mais après je rebondirai.
07:57C'est sympa parce que c'est le premier signataire de l'étude.
07:59C'est ça.
08:00Donc hiérarchie entre scientifiques.
08:02Oui, mais bon, le résultat c'est que ça ne marche pas du tout et que quel que soit l
08:06'effort de destruction, il n'y a pas de baisse des pertes économiques.
08:12Ce qui veut dire, alors ça marche dans les deux sens, si on détruit, si on augmente l'effort de
08:16destruction, ça ne réduit pas les pertes.
08:19Mais si on diminue l'effort de destruction jusqu'à arrêter les destructions, ça n'augmente pas les pertes économiques.
08:25Oui, donc dans tous les sens finalement, ça ne fonctionne pas.
08:29Dans tous les sens, quand on regarde espèce par espèce, ou quand on prend toutes les espèces ensemble, ça ne
08:34fonctionne pas.
08:35Elsa Bonneau, est-ce que ce résultat vous a surpris ou pas ?
08:38Non, pas vraiment. Après, moi je pense que dans ces études-là, il faut vraiment prendre en compte l'échelle.
08:45C'est que là, ces espèces, elles sont classées ésodes, mais elles sont classées ésodes à l'échelle nationale.
08:50Et donc effectivement, ça veut dire que pendant trois ans, sur l'ensemble des départements qui ont classé ces espèces,
08:54on peut les chasser, les tirer, comme on veut.
08:57Quelles que soient les situations réelles dans chaque département.
08:59Et en fait, moi je pense qu'il faudrait vraiment aller sur du local, sur du cas par cas, pour
09:03effectivement voir que si jamais il y a un problème de régulation,
09:06et on expliquera pourquoi il y a un problème de régulation, parce que c'est aussi les transformations de l
09:11'homme, de l'humain, de ses habitats qui a fait qu'il y a des régulations comme ça.
09:15Mais s'il y a vraiment des problèmes de régulation, à ce moment-là, on va au cas par cas,
09:18et on essaye d'agir, mais pas sans vraiment d'effet,
09:22et sans qu'il y ait de dégâts occasionnés, et sans qu'il y ait de chiffres derrière.
09:26Frédéric Giguet, est-ce que vous avez parallèlement fait une évaluation économique de cette politique ?
09:31C'était le deuxième volet de l'étude, sachant qu'on met en place un investissement, qui va coûter de
09:37l'argent, pour détruire ces espèces,
09:41pour avoir des bénéfices, des gains sur les pertes, dans n'importe quelle entreprise.
09:46On regarderait combien on investit pour réduire les pertes le long d'une chaîne de production,
09:50et si on investit plus que le gain qu'on a grâce à cet investissement, on arrête.
09:55Et ça, ça n'avait aussi jamais été fait.
09:57Donc on a estimé, on a fait une estimation, avec un économiste, qui travaille aussi au muséum, Harold Levrel,
10:04de ce que coûte la destruction de ces ézodes, espèce par espèce.
10:08Le coût total, donc, de la destruction de ces animaux.
10:13Ce coût, il est assumé par des chasseurs, qui achètent un fusil, des cartouches, passent du temps, prennent leur véhicule,
10:21se déplacent.
10:22Donc quand on chiffre tout ça, on arrive à quelle enveloppe, à peu près ?
10:25On arrive à une enveloppe qui est de l'ordre de 100 à 120 millions d'euros par an.
10:30Par an.
10:31Sachant que les dégâts, eux, varient entre 8 et 20 millions d'euros par an.
10:34Donc on est à 8 fois plus d'investissement par les chasseurs, qui font partie de la société.
10:40Dans notre société, on a des personnes qui investissent 8 fois plus que les dégâts, pour essayer de réduire ces
10:46dégâts, mais ça ne marche pas.
10:48Donc là, on se dit, vu les temps qui courent et vu l'argent dont on a besoin, c'est
10:53un petit peu mettre de l'argent par les fenêtres, quand même, non ?
10:56Oui, mais en fait, c'est l'État qui propose cette solution, et les chasseurs qui sont persuadés de faire
11:04cet investissement,
11:05parce qu'il est utile et en tant que quasiment service public.
11:08Notre étude, elle vient montrer que non, ça n'est pas le cas, ça ne rend aucun service, ça ne
11:12permet pas de réduire les pertes des agriculteurs,
11:15qui ont bien besoin, eux, de réduire ces pertes économiques.
11:20Et donc, c'est un investissement que fait notre société en pure perte.
11:23On va y revenir, bien sûr, dans tous les détails.
11:25On va d'abord écouter un extrait d'un documentaire de France 3, Aquitaine, autour du renard.
11:29C'était en 2022.
11:30Ce matin, près de Besse-Loeuf, dans les Deux-Sèvres, c'est le renard qui a été le plus malin.
11:35Ah si, la paix est partie. Il n'y a plus qu'à revenir.
11:38Il a déjoué un des 18 pièges installés par Yvon Grousseil, Michel Richard, à la demande d'agriculteurs.
11:44Il est passé sur le piège, et quand le sol est très gelé, parfois ça ne fonctionne pas.
11:49Il reste les vestiges du pigeon.
11:51Un pigeon positionné comme appât au milieu d'un couloir de fumier, de chaque côté, un piège dissimulé.
11:56Et quand, par l'odeur alléchée, le petit canidé s'aventure.
12:01L'animal pris à la patte est alors abattu sur place.
12:04Ce dispositif fait partie de l'arsenal pour réguler les populations du petit animal roux, classé nuisible.
12:11Voilà une illustration par France 3, Nouvelle-Aquitaine, autour du renard en 2022.
12:15Elsa Bonneau, pour illustrer ce décalage qu'on vient de décrire jusqu'à maintenant,
12:20il y a beaucoup de travaux qui ont été faits.
12:22Il y a l'exemple du renard dans le lin, par exemple. Vous pourriez nous en dire un petit mot
12:25?
12:26En fait, au niveau de cette population de renards là dans l'Ain, il y a eu effectivement une grande
12:32quantité de renards et une énorme quantité qui a été tué, abattu.
12:36Et effectivement, encore une fois, moi je veux vraiment revenir sur cette échelle locale.
12:40C'est qu'il peut y avoir des problèmes au niveau local.
12:42Avec de gros dégâts.
12:43Avec de gros dégâts, effectivement.
12:43Quel type de dégâts d'ailleurs ?
12:45Au niveau des poulaillers essentiellement.
12:46C'est au niveau de la prédation des poules.
12:48Et donc effectivement, s'il y a un éleveur, un volailler qui vient voir et qui dit « ça fait
12:523-4 fois que j'ai été attaqué par le renard »,
12:55moi personnellement, en tant que scientifique, je ne suis pas spécialement contre qu'on régule à un endroit localement s
13:00'il y a un souci.
13:01Mais après qu'on fasse vraiment des battus et d'exterminer autant d'animaux que ça,
13:06qui vont de toute façon se renouveler, moi en tant que scientifique, je ne suis pas du tout inquiète pour
13:09le renard.
13:09Je veux dire, il va revenir, il va se réinstaller, il est très adaptable.
13:13Donc au niveau de la population même et de son fonctionnement, il n'y aura aucun souci.
13:16Mais c'est vrai que finalement, on tue à des échelles qui ne sont pas justiciables.
13:21C'est ça, puisqu'on généralise en fait des cas particuliers qui encore une fois sont réels, il ne s
13:25'agit pas de les minimiser.
13:27Mais du coup, on les généralise à l'ensemble du territoire.
13:29Donc finalement, c'est toute l'espèce qui en pâtit.
13:31C'est ça, et puis en fait finalement, on perd de l'efficacité et on perd de l'argent
13:35et on ne met pas les moyens où ils pourraient être mis dans des cas particuliers
13:39où vraiment, il peut y avoir de la détresse à ce niveau-là.
13:41Frédéric Giguet, quelle a été la réaction du ministère après la publication de votre étude ?
13:44Parce que quand même, quand on a ces chiffres-là, il ne faut pas sortir de l'ENA pour comprendre
13:48de quoi on parle quand même.
13:50Oui, alors il faudrait leur demander.
13:52Moi, les retours que j'ai eus, c'est une demande de présenter les résultats de l'étude scientifique
13:58au Conseil national de la chasse et de la faune sauvage,
14:00qui donne des avis sur les projets d'arrêtés ministériels
14:03et qui devra donner un avis sur le prochain arrêté triennal ESODE,
14:08qui fera la liste des départements où certaines espèces peuvent être régulées.
14:12Vous l'avez fait ça déjà ou pas ?
14:13Pas encore.
14:14Pas encore.
14:15Bon, on a hâte parce que l'ambiance va être très bonne à mon avis.
14:17Il paraît.
14:18On vous attend à mon avis avec plaisir.
14:20Si on parle de science et de recherche, si c'est pour avoir des explications sur les éléments scientifiques,
14:26ça se passera bien.
14:27Donc, ça veut dire que le ministère passe la patate chaude finalement aux chasseurs ?
14:31Non, pas forcément.
14:33Je pense que le ministère étudie les conséquences juridiques que peut avoir cette étude.
14:39Reste à savoir si dans la réglementation, il y a une obligation de résultat
14:45ou si c'est juste une autorisation de destruction d'animaux
14:48parce qu'il cause des soucis.
14:51Pourquoi ? Parce que juridiquement, qu'est-ce qui pourra arriver suite à votre étude ?
14:54On a une réglementation qui normalement est mise en place
14:57pour réduire les pertes économiques et les risques sanitaires.
15:01Pas pour permettre un loisir de chasse toute l'année.
15:04Et effectivement, les chasseurs le vivent comme ils rendent service dans ces conditions.
15:09Mais si ça n'est pas du tout efficace pour réduire les pertes économiques
15:12et on sait déjà que ça empire les risques sanitaires de s'attaquer aux renards par exemple,
15:17ça veut dire que cette politique publique n'atteint pas ses objectifs
15:20et qu'il faut changer de solution pour être efficace.
15:24Votre étude a été, on va en reparler, qualifiée d'anti-chasse et de militante.
15:28On rappelle quand même que tout ça est basé sur des travaux scientifiques.
15:31Pourtant, vous avez vous-même le permis de chasse, je crois.
15:33J'ai passé le permis de chasse pour savoir ce que c'était.
15:36On va reparler avec vous dans quelques instants
15:38et puis vous répondrez aux messages des auditeurs et des auditrices
15:41qui nous rejoignent sur le site de la Terre au Carré, franceinter.fr,
15:44nos réseaux sociaux et pour vous entendre directement,
15:47l'application Radio France.
15:49Tout de suite, Feu Chatterton.
15:50« Un soir où je broyais du noir, j'étais seul au milieu d'une ombre.
15:58Je me noyais sur les boulevards quand elle a surgi dans mon ombre.
16:03Elle m'a dit, la rumeur court, que la mort nous suit au sommet.
16:08Elle m'a dit, la rumeur court, et toi tu devrais faire comme elle.
16:13Des kilomètres et des kilomètres.
16:15A essayer d'être un autre que moi.
16:20Des kilomètres et des kilomètres.
16:23A râler, à ne rien reconnaître.
16:26Des mois et des mois.
16:28A cavalier, à courir à ma perte.
16:33Baisse un peu les armes.
16:37Laisse venir les larmes.
16:41Que tu redoutes la grâce.
16:45T'attends, là, à bout, portant, au bord de la route.
17:04J'ai fait comme si tout allait bien, je n'ai pas plié genoux.
17:09J'ai fait comme si ce n'était rien, et j'ai rendu les coups.
17:13Puis j'ai fait scintiller l'armure, pour qu'on ne me voit jamais faible.
17:18Avant qu'apparaisse ma blessure, je m'en vais sous un autre ciel.
17:24Des kilomètres et des kilomètres.
17:26A essayer d'être un autre que moi.
17:31Des kilomètres et des kilomètres.
17:33À me fuir, pour ne pas reconnaître cette voie, cette voie.
17:39Là-haut-dedans, maintenant, je l'entends.
17:43Baisse un peu les armes.
17:48Laisse venir les larmes.
17:51Que tu redoutes la grâce.
17:56T'attends l'amour portant au bord de la route.
18:03T'attends l'amour portant sur le chemin.
18:35Baisse les armes.
18:36Il n'y a pas de message subliminal pourtant.
18:38Titre de cette chanson de Feu, Chatterton.
18:40France Inter.
18:43Mathieu Vidard.
18:46La terre au carré.
18:47Au cours des trois années 65, 66, 67,
18:52il a été tué en France environ 300 000 renards,
18:5622 000 blaireaux, 40 000 fouines et putois,
18:59103 000 belettes et hermines,
19:0260 000 chats et loutres.
19:05Il s'agit là de chiffres officiels,
19:07c'est-à-dire d'animaux tués seulement par les gardes assermentés.
19:10C'est dire qu'en réalité, la tuerie est beaucoup plus importante.
19:14Bien loin d'être nuisibles, beaucoup sont utiles,
19:18ne sont pas protégés et c'est vraiment dommage.
19:21Une archive de l'ORTF en 1969 qui résonne.
19:25Ça ne vous rajoute pas.
19:25Oui, mais elle résonne quand même particulièrement, Elsa Bono.
19:29Parce qu'on pourrait avoir les mêmes termes aujourd'hui finalement.
19:31Oui, bien sûr, c'est ça qui est un petit peu dommage.
19:33C'est que finalement, on se rend compte qu'on est confronté
19:36à près de 50 ans plus tard aux mêmes problématiques,
19:39même 60 ans plus tard.
19:41Et du coup, effectivement, on va peut-être en reparler,
19:44mais le fait de faire un prélèvement comme ça
19:48et des piégeages généralisés sur ces espèces-là,
19:51qui sont la majorité qui ont été citées,
19:53ce sont des carnivores qui exercent une pression de prédation.
19:56Et en fait, cette pression de prédation, on en a besoin.
19:58Il y a un rôle écologique aussi.
20:00Exactement.
20:01Et les agriculteurs en ont besoin au niveau de leurs champs agricoles.
20:04Parce qu'effectivement, ils vont avoir aussi après des dégâts
20:06au niveau des oiseaux.
20:07Mais comme on disait rapidement,
20:09les champs agricoles, il y a énormément de production.
20:11Donc les oiseaux viennent manger.
20:13Mais s'il y a beaucoup à manger et qu'il n'y a pas de prédateurs,
20:15qu'il n'y a pas de consommateurs pour les réguler,
20:17forcément, leur population explose.
20:19Vous êtes enseignante chercheuse en écologie et dynamique des populations.
20:22Frédéric Giguet, à vos côtés, chercheur et professeur en biologie de la conservation.
20:26On s'intéresse donc avec vous à ces espèces susceptibles d'occasionner des dégâts.
20:30Et à cette étude publiée en mars,
20:31qui fait le point sur les politiques de prélèvement de ces animaux.
20:35Alors maintenant, Frédéric Giguet, c'est peut-être intéressant de nous expliquer
20:38pourquoi ça ne fonctionne pas de tuer ces bêtes en grand nombre.
20:42Parce qu'il y a des raisons tout à fait scientifiques là aussi.
20:45Il y en a.
20:46Alors je donnerai les deux principales raisons.
20:50La première, c'est qu'on a des espèces qui vont être détruites
20:57à un moment et dans des lieux où il n'y a pas eu de dégâts.
21:01Dans le système administratif, pendant trois ans, on déclare les dégâts.
21:04Et ça va déterminer le classement exode de l'espèce sur les trois années suivantes.
21:08On va pouvoir la détruire n'importe où dans le département.
21:11Donc on va agir sur des animaux jusqu'à cinq ans après des dégâts constatés quelque part.
21:17Mais on va agir ailleurs.
21:18Et donc c'est ce décalage dans l'espace et dans le temps
21:20qui de facto fait que ça va être compliqué de montrer que
21:26quand on agit sur un élevage de volailles juste après une attaque
21:31pour capturer le renard responsable, là on peut être efficace.
21:34Mais si on prend l'ensemble des destructions, on n'est pas efficace.
21:37Pourquoi ? Parce que les animaux se déplacent tout simplement
21:39et qu'ils ne vont pas rester forcément au même endroit pendant toutes ces années.
21:42Oui, et puis parce qu'on va tuer plein d'animaux qui ne causaient aucun dégât.
21:46Si on reprend l'exemple de l'un, sur les trois premières années de notre étude,
21:50il y a 20 déclarations annuelles dans des élevages en Bresse de dégâts.
21:55Et on va tuer 5 000 renards par an dans le département, dans tout le département.
22:00Et donc on peut imaginer s'il y avait 20 renards responsables d'attaques,
22:04on en a tué 4 980 pour rien, qui n'attaquaient pas de volailles,
22:08qui mangeaient des campagnoles.
22:09Et on en aurait tué 20 ou 5 000, on a le même effet.
22:13L'effet qui est nul parce que les populations de renards se reconstituent très rapidement.
22:17Ça c'est le deuxième point.
22:18On est sur des espèces qui s'adaptent très rapidement,
22:22qui s'il y a des trous vont élever 2, 3 fois plus de jeunes,
22:27qui vont boucher ces trous.
22:28Et donc les populations se reconstituent dès l'année suivante.
22:31Est-ce qu'on peut me dire que plus on le chasse et plus il se reproduit le renard et
22:34les abonneaux ?
22:35Alors ça peut, parce qu'effectivement c'est vraiment le concept d'occupation du territoire
22:41et un peu de capacité du milieu.
22:44Mais après c'est sûr que c'est des espèces qui se reproduisent très vite, très bien.
22:48Alors pour le renard, il n'y a pas de ponte de remplacement parce que ce n'est pas un
22:50oiseau qui prend des oeufs.
22:52Mais effectivement par contre pour les corneilles ou les corbeaux freux,
22:55il peut y avoir des pontes de remplacement si la première ponte a échoué.
22:58Vous parlez de reproduction compensatoire, c'est ça le terme ?
23:02Donc ça veut dire quoi exactement ?
23:03En fait c'est qu'il y a plus de place, il y a moins de compétition avec les congénères.
23:09Donc on peut se reproduire mieux et donc on va survivre mieux.
23:11Parce qu'en tant que juvénile jeune là, on sera moins attaqué, moins pris par les autres espèces
23:18et les congénères et les individus qui sont là.
23:20Donc ça c'est réel pour les mammifères.
23:23Et du côté des oiseaux, Frédéric Giguet ?
23:25Et ça fonctionne aussi chez les oiseaux parce que les régulations sont faites surtout sur de jeunes oiseaux en dispersion.
23:31Notamment chez les corvidés.
23:33Alors j'étudie les corneilles depuis maintenant plus de 10 ans dans Paris et à la campagne.
23:38Et en avril-mai quand il y a des dégâts sur les semis de tournesol et de maïs,
23:44les oiseaux qui sont capturés sont surtout des jeunes corneilles d'un an
23:48qui viennent d'être chassés par leurs parents du territoire de naissance et qui partent en exploration.
23:53Et donc on est sur des oiseaux qui parcourent 2 à 3 kilomètres chaque jour, qui se déplacent.
23:58Et donc sur un champ donné, on n'a pas les mêmes oiseaux d'un jour à l'autre.
24:01Donc si on en tue le lendemain, il y en aura tout autant si le champ est appétant.
24:05Et dans certains endroits, on observe plus d'oiseaux là où on en tue le plus justement aussi ?
24:11Il y a un effet ?
24:13Alors ça c'est un effet, ça c'est la première partie de notre analyse
24:17où on a regardé en fait s'il y avait un lien entre les dégâts et les destructions la même
24:21année
24:22en faisant l'hypothèse que si on a un système où quand on déclare des dégâts,
24:27on essaie d'intervenir juste après, majoritairement,
24:30ça devrait être visible et ça l'est uniquement pour les corps vidés.
24:33Ou effectivement, quand un semis est détruit, l'agriculteur qui va ressemer
24:37veut protéger ce ressemi et va faire appel à un chasseur
24:41pour tirer des corps vidés sur son champ.
24:44En fait, le simple effarouchement en partir aurait pu suffire.
24:47Bon là, il y aura destruction de corps vidés.
24:49Donc il y a bien un lien entre la quantité de dégâts une année donnée
24:53et les destructions cette année-là pour le corbeau fruit et la corneille.
24:56Par contre, ça ne changera rien au fait que l'année suivante,
25:00il n'y aura pas moins de dégâts, il y en aura tout autant.
25:02Et si on n'avait pas tué, il n'y aurait pas plus de dégâts.
25:04Elsa Bonneau, pour bien comprendre, ça veut dire que lorsqu'on tue justement un prédateur,
25:09finalement, on tue directement l'animal, mais on tue aussi des comportements de régulation
25:14qui auraient pu se faire quasiment naturellement aussi dans le milieu ou pas ?
25:19Oui, oui, c'est un peu l'idée.
25:20Avec toutes les pros ?
25:21Oui, c'est ça. Après, c'est toujours pareil, c'est que c'est un système qui est complexe.
25:25Mais c'est vrai que quand on va tuer des prédateurs,
25:28notamment les renards, les fouines, les belettes,
25:30non seulement on tue l'individu, donc ça c'est certain,
25:34mais c'est surtout qu'on va aussi enlever sa capacité de prédation,
25:39donc son fonctionnement dans l'écosystème,
25:41qui fait qu'il va chasser des rongeurs, des petits mammifères, des lapins.
25:47Et donc en fait, en enlevant l'animal, on enlève aussi sa fonction de service écosystémique.
25:52Et donc, on peut en enlever certains qui posent problème,
25:55des techniques de chasse particulières, etc.
25:56Mais si on en enlève tout avec aucune raison et aucun dégât occasionné,
26:00on s'enlève aussi et finalement on se tire une balle dans le pied.
26:03On va voir comment, évidemment, par rapport à cette situation,
26:06parce qu'encore une fois, on ne minimise pas les dégâts réels qu'il peut y avoir.
26:09Donc c'est comment aussi on essaie d'envisager les choses peut-être autrement.
26:13En tout cas, vous avez reçu beaucoup de critiques, évidemment,
26:16autour de cette étude, Fédéric Giguet, on va en parler tout de suite.
26:19Et l'un des premiers à avoir sévèrement remis en cause votre étude,
26:22c'est le patron des chasseurs, Willy Schren,
26:24lors du congrès de la Fédération Nationale des Chasseurs.
26:27C'était le 19 mars dernier à Deauville.
26:29L'animal serait innocent, pur, victime.
26:33L'humain serait coupable, dominateur, cruel.
26:37La chasse et l'élevage seraient donc évidemment condamnables,
26:39comme également la gestion de la faune sauvage.
26:43Autrement dit, l'homme devrait disparaître de la nature.
26:47Mais cette vision n'est pas de l'écologie,
26:50c'est une misanthropie écologique.
26:52Car la nature ne fonctionne pas ainsi.
26:55On le sait tous, nous on le sait, on vit dedans.
26:57Elle repose sur des équilibres complexes.
26:59Elle repose sur la naissance, sur la prédation, sur la régulation.
27:03Et vouloir effacer ces réalités, c'est trahir le vivant lui-même.
27:07Willy Schren, le 19 mars dernier, patron des chasseurs,
27:11Frédéric Giguet, vous ignorez les équilibres complexes, vous, dans le monde vivant ?
27:16En tant que scientifique ?
27:18Eh bien écoutez, je ne pense pas, mais...
27:22Qu'est-ce que vous répondez au patron des chasseurs, là, quand vous l'entendez ?
27:26Je ne lui réponds rien.
27:27Je pense que...
27:28Alors moi je me place délibérément dans le débat scientifique.
27:32Et donc je pense qu'il serait important qu'il...
27:35Alors peut-être pas qu'il lise l'étude, mais en tout cas qu'il se la fasse expliquer par...
27:38Il ne l'a pas lu selon vous ?
27:39Sa direction scientifique.
27:41Il ne se l'est pas fait expliquer non plus ?
27:42Eh bien, il ne se l'est pas fait expliquer par son directeur scientifique.
27:46Comment le savez-vous ?
27:47Parce que je lui ai demandé.
27:49Alors pas à Willy Schrenn.
27:52Et ça semble assez évident, mais c'est un peu normal.
27:56Il faut comprendre que cette étude, elle vient remettre en question une certitude que les chasseurs avaient d'être très
28:05utiles.
28:05Et que cette activité-là était particulièrement utile à l'ensemble de la société.
28:11Nous, notre étude, elle ne vient pas dire que ce n'est pas bien de chasser.
28:13Elle vient dire que si l'objectif est de réduire les pertes économiques, ça ne fonctionne pas.
28:18Et elle veut mettre l'accent sur...
28:20Il est urgent de chercher des alternatives qui, elles, soient efficaces.
28:25Parmi les objections, on vous dit que les dégâts réels sont sous-estimés et beaucoup ne sont pas déclarés.
28:30Qu'est-ce que vous répondez, vous, à ça ?
28:32Je réponds que c'est sans doute vrai.
28:34Après, on peut imaginer que les personnes qui subissent le plus de dégâts et qui veulent une solution à ces
28:40dégâts,
28:41les déclarent pour qu'il y ait intervention, justement, de piégeurs ou de chasseurs.
28:46La majorité des dégâts importants seront déclarés.
28:50Et puis, il y a des dégâts plus mineurs que des personnes comme moi.
28:53J'ai une fouine qui est venue manger un tuyau dans mes combles et qui a fait cramer le moteur
29:01d'une petite pompe que j'ai dû remplacer.
29:03Ça m'a coûté un petit peu d'argent.
29:05Mais je suis bien content d'avoir des fouines dans mon jardin parce que je suis en zone périurbaine où
29:10il y a des rats
29:10et je n'ai pas de rats dans mon jardin, sans doute grâce à la fouine.
29:13Elsa Bonneau, autre objection.
29:15Si on arrête de réguler, les populations, évidemment, elles vont exploser.
29:19Alors, lesquelles ? Les populations d'espèces susceptibles ?
29:22Sur les renards, par exemple.
29:23Alors non, sur les renards, ça ne va pas exploser en particulier parce qu'il y a justement cette forme
29:28d'autorégulation.
29:29Le fait qu'ils vont moins se reproduire, ils vont occuper l'ensemble du territoire et puis ils vont chasser.
29:34Mais s'il n'y a pas énormément de nourriture, elles ne vont pas exploser.
29:38Il y a plein de renards à Londres maintenant et la population n'explose pas.
29:42On a des cas où le renard est rentré dans la ville, où il ne fait pas de dégâts particuliers
29:46et ces populations n'explosent pas. Il y a une autorégulation.
29:49Par contre, au niveau des corbeaux, des cordeilles ou des corvidés, ça, il peut y avoir une explosion des populations,
29:56entre guillemets,
29:57quand on est dans des champs agricoles, justement, où il y a énormément de nourriture.
30:00Et s'il n'y a pas de pression de prédation, là, on peut y avoir une dérégulation.
30:04Frédéric Giguet, sur ce que ça coûte, justement, on parlait tout à l'heure du calcul qui avait été fait
30:08sur les dépenses par an.
30:09On était autour de 100-123 millions d'euros.
30:12Qui paye, d'ailleurs ? Il faut être vraiment précis là-dessus.
30:14Est-ce que c'est l'État ou est-ce que ce sont les chasseurs ?
30:16Parce que, objection d'ailleurs, ce qu'on vous dit souvent, ce sont les chasseurs qui payent et pas les
30:21contribuables.
30:21Oui, mais on n'a jamais dit l'inverse.
30:23Donc, c'est vrai, ce sont les chasseurs qui payent l'ensemble de ces 100 millions par an.
30:27Mais, une fois de plus, ils investissent dans cette activité qui, par ailleurs, est leur passion, parce qu'ils sont
30:34persuadés qu'ils rendent service à notre société.
30:37Et l'étude vient dire que non, en fait, ça n'atteint pas l'objectif.
30:41Et donc, c'est un investissement que font les chasseurs de leur temps, de leur énergie, de leur argent.
30:46Et que, finalement, simplement le prix des cartouches qui sont dépensées pour tuer ces animaux suffit à un coût équivalent
30:54aux pertes déclarées par les éleveurs et les agriculteurs.
30:57Donc, ce que vous dites dans le dialogue, parce qu'évidemment, il faut qu'il y ait un dialogue aussi
31:00qui existe entre les scientifiques comme vous et les chasseurs,
31:03c'est qu'il faudrait réorienter, finalement, les dépenses.
31:06En tout cas, mettre l'argent autrement, si on veut faire face, encore une fois, à ces cas, à ces
31:10dégâts qui existent vraiment.
31:12Alors, non, il ne s'agit pas de demander aux chasseurs de payer pour les dégâts agricoles, comme ils le
31:17font pour les sangliers, etc.
31:18Mais juste de prendre conscience de la relativité de ces coûts économiques.
31:26Sachant que, dans notre étude, on a calculé le coût des régulations, on a le coût des dégâts déclarés.
31:31On n'a pas du tout estimé le coût des services rendus par ces espèces qu'on détruit aux écosystèmes.
31:36Il y a notamment le cas du jet des chênes, où il y a eu une quantification en Suède, où
31:41un couple de jet des chênes, sur une année, va cacher des graines, notamment des glands,
31:47et contribue à la régénération forestière, de manière assez importante.
31:51Si on devait remplacer un couple de jets par un forestier, ça coûterait à peu près 10 000 euros par
31:58an.
31:59Donc, chaque fois qu'on tue un jet, ça coûte 63 euros à un chasseur, ça nous prive de 5
32:04à 10 000 euros de services rendus.
32:07Elsa Bonneau, Frédéric Giguet, on vous retrouve dans un instant.
32:10On verra quels sont les alternatives possibles, justement, face à ces dégâts.
32:50C'est parti !
33:24C'est parti !
33:52C'est parti !
34:18We share love, la voix de Holly Cook
34:25France Inter
34:28La terre au carré
34:33Mathieu Vidard
34:37Allez, un petit peu de corneille pour discuter ensemble. Elsa Bonneau et Frédéric Giguet, vous êtes nos invités pour évoquer
34:44ces politiques sur les espèces considérées comme susceptibles d'occasionner des dégâts, dont les corbeaux d'ailleurs, ou les corneilles,
34:51Frédéric Giguet ?
34:51Les deux ils sont. Les deux ? Les corbeaux d'ailleurs, est-ce qu'ils provoquent ?
34:56C'est surtout sur les semis. Alors, il y a des colonies urbaines de corbeaux freux qui sont détruites parce
35:01qu'elles font du bruit dans les centres-villes, dans les grands arbres, et que ça gêne les passants. Il
35:05y a des branches qui tombent, des crottes, et que le cri est assez lugubre.
35:09C'est un argument de confort. Mais ces espèces font surtout des dégâts sur les semis. Soit en allant chercher
35:21les semences qui viennent d'être enfouies, soit en déterrant les jeunes pousses. Par exemple, un grain de maïs qui
35:27a germé, l'animal va sortir les feuilles qui sortent de terre pour aller manger la graine qui est dessous.
35:36Ils sont très intelligents et suivent la ligne de semis. Donc une fois qu'ils ont trouvé la ligne, ils
35:40la suivent jusqu'au bout. Donc il peut y avoir des dégâts importants en agriculture, ça c'est certain.
35:44Pour les pies, c'est la même chose ou pas ?
35:46Non, pas du tout.
35:47Non ? C'est quel dégât ?
35:48J'ai du mal à comprendre.
35:49Il y a des questions en ce sens.
35:51Voilà, c'est sur les vergers. Il y a aussi une chose qui est prise en compte dans le classement
35:56de ces espèces, c'est le dégât sur la petite faune et le gibier.
36:00de dire que la pie va manger des nids, de petits oiseaux, de merles, de choses comme ça.
36:05Et que donc c'est important de limiter ces populations.
36:08Ce qui est faux, il y a une étude, une grande revue de toutes les études publiées sur le lien
36:13entre corps vidé et abondance des petits oiseaux
36:16qui montre qu'il n'y a pas d'effet de la densité de corps vidé sur l'abondance des
36:20petits oiseaux.
36:21Comment vous travaillez sur les alternatives possibles ?
36:23Parce qu'évidemment, quand on sort une étude comme la vôtre, à côté, il faut apporter aussi peut-être des
36:28solutions.
36:29Et il y a des alternatives possibles justement pour remplacer systématiquement les actions de chasse ou de prélèvement ?
36:36Exactement. On a très tôt, il y a déjà plusieurs années, quand on a commencé à comprendre que les destructions
36:45n'étaient pas efficaces,
36:46on s'est dit qu'il fallait s'adresser aux agriculteurs et que la solution viendrait effectivement de proposer des
36:52alternatives efficaces pour limiter les dégâts.
36:56Alors exemple avec les corneilles, par exemple, puisque vous évoquez les semences, qu'est-ce qui existe ?
37:01Sur les corps vidé, il existe, enfin il y a un grand nombre d'enrobages de semences qui ont été
37:06vendues dans le commerce, supposées répulsives pour les oiseaux.
37:10Il y en a qui sont très toxiques, qui sont maintenant interdits.
37:14Il y en a qui sont des produits plutôt d'origine naturelle, qui ont été vendus en disant ça va
37:19être répulsif et puis ça ne marche pas.
37:22Et donc nous, grâce aux corneilles baguées à Paris, on s'est lancé dans des expérimentations en proposant à ces
37:29corneilles,
37:29qu'on identifie donc individuellement, des semences enrobées.
37:33À base de quoi ?
37:34Alors à base d'oléorésine de poivre noir ou de benzoate de dénatomium, pardon pour le terme, c'est le
37:42produit amer qu'on met sur les vernis pour éviter de se ranger les ongles, par exemple.
37:47Et ça c'est pas létal pour les animaux ?
37:48Ça, ça n'est pas létal, ça n'est pas pour nous, ça n'est pas non plus pour les
37:52corneilles.
37:53Ce benzoate ne gêne pas les corneilles, elle gobe les grains.
37:59Par contre, l'oléorésine de poivre noir semble bien les dissuader.
38:02Elsa Bonneau, vous dites qu'il faut remettre la prédation dans le système, c'est ça ?
38:05Qu'est-ce que ça veut dire concrètement alors ?
38:07Eh bien, directement, c'est ce qu'on disait tout à l'heure, c'est que dans les champs agricoles
38:10notamment, j'ai discuté avec beaucoup d'agriculteurs, mais aussi des piégeurs, des chasseurs, etc.
38:14Enfin, je veux dire, dans ces champs agricoles, il y a énormément de ressources.
38:17Donc en fait, il faut trouver aussi des alternatives.
38:19Donc il y a des alternatives pour, du coup, remettre des bandes fleuries, remettre des prairies, pour que la biodiversité
38:24finalement revienne, que les prédateurs reviennent.
38:27Parce qu'en fait, il n'y a pas suffisamment de prédation dans le système.
38:30Et donc en fait, il faut faire revenir ces prédateurs et aussi la diversification des prédateurs.
38:34On a discuté avec les agriculteurs de solutions pour faire revenir les rapaces.
38:37Parce que là, en ce moment, on est en train de défaroucher, de mettre des tonnes forts, etc.
38:40On fait finalement par les humains ce que les animaux savent très bien faire par eux-mêmes.
38:44Donc il y a un dialogue possible et nécessaire, évidemment, entre les écologues et les chasseurs ?
38:48Mais tout à fait. Il n'y a aucun problème là-dessus.
38:50Et vous avez déjà un dialogue ?
38:52Oui, on a un dialogue.
38:53Et puis justement, en fait, c'est toujours pareil.
38:55C'est ce problème de prendre le problème au niveau national ou au problème local.
38:58Localement, il peut y avoir des problèmes, il peut y avoir des soucis.
39:00Et à ce moment-là, on a besoin des chasseurs, des piégeurs pour éventuellement faire certaines régulations.
39:05Parce qu'on a aussi dérégulé le système.
39:07Mais en contrepartie, ça ne sert à rien de tuer juste pour tuer.
39:11Allez, on passe aux questions.
39:16Avec des réponses courtes, s'il vous plaît, parce que le temps passe et on a énormément de messages.
39:20Guillaume demande si le sanglier est classé nuisible.
39:22Alors, il peut être dans la liste des ézodes.
39:25C'est la troisième liste.
39:26Il y a trois catégories dans ces ézodes-là.
39:28Et donc, temporairement et au niveau départemental, il peut être classé ézode.
39:32Annelise nous dit, la régulation par la chasse peut être toute relative, comme l'exemple des sangliers, justement.
39:37En effet, malgré les gros prélèvements, l'espèce est toujours en expansion, avec des portées de plus en plus importantes.
39:42Que faire pour les sites de nourrissage ?
39:45Effectivement, il faut essayer de limiter justement la ressource.
39:47En fait, c'est toute la question de cet équilibre.
39:50C'est dans des espèces-là qui se sentent très bien près des humains, près des habitations, et puis même
39:55au niveau des milieux naturels.
39:57Plus il y a de la ressource, plus ils vont se développer.
39:59Moins il y a de la prédation, plus ils vont se développer.
40:01Donc, il faut attaquer par les deux bouts.
40:03Allez, on écoute un message de Monique.
40:05Bonjour, c'est Monique de Sarlalacaneda, en Dordogne.
40:08Je me posais la question par rapport aux rats, aux souris et aux mulots.
40:12Je vis à la campagne, il y a énormément, énormément de petites souris, de rats qui rentrent notamment dans mes
40:20dépendances.
40:21De temps en temps, j'avoue que je mets de la pape qui est destinée à les tuer.
40:26Et ce matin, j'hésitais à en mettre et je me disais, mais finalement, de quel droit je les tue
40:32?
40:32Est-ce que c'est vraiment nécessaire de les tuer ?
40:35Merci beaucoup, au revoir.
40:36Merci Monique pour une question qu'on est nombreuses posées d'ailleurs.
40:39Oui, quand il y a un problème local dans une maison, dans une habitation, déjà, c'est certainement qu'il
40:43manque de la prédation autour de cette maison.
40:46Donc, justement, les renards pourraient faire ça, les fouines, les martres.
40:50Après, effectivement, s'il y a un problème localisé, alors le poison, c'est jamais terrible parce que ça va
40:57polluer aussi les sols, etc.
40:59Mais certainement qu'il y a beaucoup de ressources et pas suffisamment de prédation.
41:03Jérôme dit au sujet des espèces nuisibles dont les pertes économiques ne sont pas évidentes ou avérées.
41:07Que pensez-vous des espèces type ragondins qui abîment, voire anéantissent véritablement nos berges ?
41:12Donc, érosion, sans parler des problèmes sanitaires, parce qu'il y en a aussi.
41:17Alors, les espèces exotiques introduites, ragondins, ratons laveurs, rats musqués, etc., font partie de la catégorie 1 des ézodes.
41:25Et là, peuvent être piégés toute l'année pour limiter leur population.
41:29Ce n'est pas le cas que nous avons étudié.
41:31Nous, nous sommes focalisés sur les espèces indigènes.
41:35Les espèces exotiques envahissantes, c'est encore une autre problématique.
41:40Autre message vocal reçu sur l'appli Radio France.
41:42Bonjour Bruno de Troyes.
41:44Concernant votre émission sur les nuisibles, merci de nous expliquer ce qu'il en est des gros oiseaux et des
41:49petits oiseaux.
41:50On ne voit plus que des pies, des pigeons, des corbeaux.
41:55Et qu'en est-il précisément des pies et des petits oiseaux ?
41:59Merci.
42:00Frédéric Giguet, vous êtes spécialiste des oiseaux.
42:03Voilà, petits et gros.
42:05Je l'évoquais déjà un petit peu tout à l'heure pour dire que si on ne voit plus que
42:09ces espèces,
42:10ce n'est pas parce que les gros ont mangé les petits, c'est parce que l'homme dégrade son
42:15environnement.
42:16On est dans des milieux où il n'y a plus d'insectes, où on a simplifié, arraché les haies,
42:20bétonné,
42:22artificialisé les sols, coupé les vieux armes.
42:24Et donc, les espèces qui s'en sortent sont celles qui sont généralistes et intelligentes ou herbivores.
42:30Donc, vous voyez des pigeons parce que c'est le seul oiseau, pigeon et tourterelle,
42:33qui ne mange que des végétaux.
42:34Il n'a pas besoin d'insectes pour élever ses poussins, par exemple.
42:38Et les corvidés, parce qu'ils savent très bien s'adapter et trouver des ressources alternatives
42:42en allant jusque dans nos poubelles.
42:44Elsa Bono, pour terminer, c'est quoi le message à délivrer aujourd'hui ?
42:48Quand on a eu une telle étude, là je rappelle un publié en mars dernier,
42:51qui a un dialogue nécessaire aussi entre les scientifiques et les chasseurs.
42:55C'est quoi ce que vous avez envie de délivrer là aujourd'hui ?
42:58Moi, je pense qu'on est un peu à la croisée des chemins.
43:00Ce qu'on disait, c'est qu'avec l'effondrement de la biodiversité,
43:03il faut arriver à trouver un dialogue nécessaire pour de toute façon remettre de la biodiversité
43:08parce que ça bénéficiera tout le monde.
43:10Ça bénéficiera aux chasseurs, aux écologues qui veulent que le système fonctionne,
43:16aux agriculteurs parce qu'il y aura plus de diversification, plus de compétition,
43:19donc moins de consommation dans les champs aussi.
43:21Donc, la diversification, de remettre de la prédation,
43:25faire que finalement, ce que les animaux font, nous on peut le faire,
43:28mais on se casse vite la figure parce que finalement, on fait moins bien,
43:31on fait mal finalement et ça coûte très cher.
43:34Merci beaucoup en tout cas à tous les deux d'être venus à ce micro.
43:37Merci à Joël Levert qui a préparé ce dossier,
43:39Thilaï Ravieux à la technique et Jérôme Boulet qui réalisait cette terre au carré.
43:43Merci à vous.
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