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Vieilles de millions d'années, les tiques sont d'une résistance remarquable. Sarah Bonnet, spécialiste de ces arachnides, retrace leur évolution et leur cohabitation forcée avec le vivant.
Retrouvez "La terre au carré" sur https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/la-terre-au-carre
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00:07Musique
00:17Aujourd'hui, tout sur l'éthique, raconté par
00:20Sarah Bonnet, parasitologue et entomologiste médicale et vétérinaire,
00:24directrice de recherche à INRAE et travaillant dans une unité de recherche à l'Institut Pasteur.
00:30France Inter, la Terre au carré, Mathieu Vidal.
00:38Elles étaient là bien avant nous, bien avant les villes, les forêts façonnées par les humains et même avant les
00:43dinosaures.
00:44Les tiques sont vieilles comme le monde, des fossiles retrouvés dans de l'ambre birman, vieux de plus de 100
00:49millions d'années en témoignent.
00:50On estime même qu'elles seraient apparues il y a près de 270 millions d'années,
00:55dans une région désertie correspondant à l'actuelle Afrique du Sud.
00:58Elles ont traversé les extinctions massives, survécu aux bouleversements climatiques
01:03et profité de l'apparition de nouvelles espèces animales pour se diversifier et s'adapter.
01:08On retrouve leurs traces chez les Égyptiens, dès 1550 avant notre ère.
01:13Longtemps considérées comme des parasites du bétail, des chiens ou des oiseaux,
01:16elles concernaient peu l'être humain.
01:18Le dictionnaire de Littré au XIXe siècle ne les associe d'ailleurs qu'aux animaux.
01:22Il aura fallu attendre ces dernières décennies pour qu'elles entrent véritablement dans le débat public
01:27avec la mise en évidence de leur rôle dans la transmission de la maladie de Lyme.
01:31Mais leur progression ne s'explique pas uniquement par le réchauffement climatique.
01:35Le climat agit certes, mais aussi les transformations des paysages,
01:39les mouvements d'animaux, les pratiques agricoles, l'importation d'espèces.
01:42Depuis des siècles, c'est l'homme qui en remodelant les écosystèmes,
01:46a largement contribué à créer des milieux favorables aux tiques et à leurs hôtes.
01:50Vieille donc de centaines de millions d'années, minuscule mais résistante,
01:54les tiques racontent une histoire d'adaptation et de cohabitation forcée avec le vivant.
01:59Et c'est cette histoire que nous allons vous raconter.
02:06Au début, ça n'était que des petites bêtes.
02:09Mon clèpe s'a chopé la rougeole.
02:11C'est une tique, l'insecte vampire.
02:14Des créatures minuscules.
02:16Mais elles grandirent.
02:18Elles ne cessèrent de grandir.
02:20Tu ne peux rien dire tant que tu ne sais pas ce que c'est.
02:22Oui, peut-être, mais ça s'est jeté sur moi.
02:23Elles devinrent énormes.
02:25Elle ne sait jamais aussi gros une petite.
02:29Et terriblement vorace.
02:35C'était des monstres.
02:41Tix.
02:44Il vaut mieux ne pas plaisanter avec la nature.
02:47Extrait du film Tix en 1993 réalisé par Tony Randel.
02:52Bonjour Sarah Bonnet.
02:53Bonjour.
02:54Et vous me disiez, n'avoir pas vu malheureusement ce film ?
02:56Non, non, non.
02:57Qui est très prometteur.
02:58Très prometteur.
02:59C'est une entrée en matière bien terrifiante.
03:01Ça donne très envie de le voir.
03:03Des tiques énormes.
03:05On en trouve sur Terre ou pas ?
03:06Ça dépend ce que vous appelez énorme.
03:07C'est quoi la plus grosse tique qu'on puisse trouver ?
03:10On est à peu près à 5 millimètres.
03:12Quand elles sont non gorgées.
03:13Évidemment, quand elles vont prendre leur repas sanguin,
03:15là, elles grossissent énormément.
03:17Il y a des tiques qui peuvent atteindre 1,5 à 2 centimètres
03:20quand elles sont gorgées.
03:21Et donc voraces.
03:22Et donc très voraces.
03:23Forcément, je pense que c'est pour ça qu'elles nous font très peur.
03:26Vous êtes la première ticologue que je reçois dans cette émission.
03:29Ce terme consacré pour désigner une spécialiste d'éthique comme vous.
03:33C'est un terme officiel ou c'est...
03:35Du tout.
03:35Non.
03:36Mais on l'aime bien quand même.
03:37On l'aime bien, on l'aime bien, on l'aime bien.
03:38Donc vous êtes ticologue, vous êtes nombreux dans le monde ou pas ?
03:41La communauté tique n'est pas très nombreuse, non ?
03:43Si on compare à d'autres vecteurs comme les moustiques, par exemple.
03:47Mais en revanche, elle est plus importante que d'autres vecteurs
03:50qui sont encore plus négligés que l'éthique,
03:52que sont les poux ou les puces, par exemple.
03:54On les néglige, les tiques ?
03:55Alors, on les néglige.
03:56Il y a un petit regain d'intérêt qui ne vous a peut-être pas échappé ces derniers temps.
04:01Mais très longtemps, on a estimé déjà que ça ne concernait que des pathologies vétérinaires, à tort.
04:07Et on s'est beaucoup réintéressé aux tiques à partir des années 70,
04:11évidemment, quand on a découvert la transmission de la bactérie responsable de la maladie de Lyme
04:16par des tiques aux Etats-Unis, ce qui a relancé l'intérêt pour les tiques.
04:21Et ces derniers temps, en raison des changements globaux
04:23qui font énormément changer les choses vis-à-vis des populations de tiques
04:27et des pathologies qui sont associées,
04:28on reparle effectivement beaucoup plus des tiques.
04:30On va en reparler évidemment avec vous, parce qu'effectivement,
04:33tiques, ça rime bien avec le changement climatique.
04:35Tout à fait.
04:35Il y aura un lien direct à aborder.
04:37Comment vous avez été amenée à vous intéresser à cet animal ?
04:40Alors, au tout début, le fait de travailler en automologie médicale et vétérinaire
04:45était vraiment un objectif.
04:47J'ai commencé à l'Institut Pasteur, à faire une thèse sur les moustiques et le paludisme,
04:51ce qui m'a emmenée à travailler pendant quelques années au Cameroun
04:55avec l'IRD ancienne Morstorm.
04:58Et en fait, c'est une opportunité qui m'a amenée à changer de vecteur
05:02et à me mettre à travailler sur les tiques
05:04quand j'ai eu la chance d'obtenir un poste à Inraï.
05:08Et donc, c'était un choix de votre part ?
05:10Il y avait un intérêt particulier pour cet acarien ?
05:13Pour les systèmes vectoriels en général, en fait.
05:16J'aime bien vraiment l'étiquette automogiste médicale et vétérinaire
05:19puisque dans tous les systèmes vectoriels,
05:21on retrouve quand même une complexité
05:23et des codes qui sont assez similaires.
05:25Alors là, évidemment, si on compare moustiques et tiques,
05:27on est face à des vecteurs qui sont extrêmement différents
05:29parce qu'il va y avoir beaucoup d'implications
05:32en termes de maladies, d'épidémiologie, de risques et ce genre de choses.
05:35Le vecteur, c'est celui qui transporte, qui transmet ?
05:38Tout à fait.
05:38C'est l'arthropode qui peut être soit un acarien comme les tiques,
05:41soit un insecte comme les moustiques, par exemple.
05:44Et alors, votre bureau, il ressemble à quoi ?
05:45Vous êtes entourée de tiques à l'Institut Pasteur ?
05:48Alors non, parce qu'on travaille correctement.
05:50Des échantillons de terrain restent dans nos labos,
05:52ou dans nos congélateurs et pas dans nos bureaux.
05:54Mais en revanche, je reconnais quelques photographies
05:56et tiques en plastique qui sont un peu partout dans mon bureau.
05:59Donc, vous n'êtes pas une collectionneuse,
06:01mais on vous en offre assez régulièrement.
06:03Tout à fait.
06:04Alors, vous travaillez donc depuis 25 ans maintenant
06:06sur ces tiques.
06:07avant d'aborder leur biologie, les quelques maladies qui concernent l'humain et les animaux aussi.
06:14Je le disais dans la présentation, ce sont des organismes qui existent depuis extrêmement longtemps.
06:20Les datations les plus anciennes, c'est quoi ?
06:22Alors, 270 millions d'années à peu près ?
06:23C'est à peu près ça.
06:24Oui, tout à fait.
06:25Et on retrouve aussi des traces d'éthique, par exemple, sur des hiéroglyphes égyptiens.
06:28Donc là, évidemment, il n'y a que les égyptologues qui sont capables de nous confirmer,
06:31parce que ce n'est pas forcément très très clair.
06:33Mais il y a ces cas.
06:34Et comme mentionné en introduction, effectivement, on a trouvé des tiques dans de l'ambre fossilisée
06:39qui sont datées d'à peu près 100 millions d'années.
06:42Donc, ça veut dire qu'elles nous accompagnent depuis très longtemps.
06:44Notre histoire humaine est aussi...
06:45Tout à fait.
06:46Et tout à l'heure, on évoquait la borillose de Lyme,
06:48dont la transmission a été mise en évidence en 1977 aux Etats-Unis.
06:52Mais c'est aussi une maladie a priori qui est très ancienne,
06:54puisqu'on a trouvé une momie appelée Otzi.
06:57Je ne sais pas si la prononciation est très correcte.
06:59Otzi, oui, bien sûr.
07:00Voilà, dans les Alpes.
07:01Et dans cette momie, en fait, on a trouvé des traces de matériel génétique de la bactérie Borélie.
07:07Donc, même les maladies associées aux tiques sont assez anciennes.
07:10Oui, c'est une datation de 5000 ans pour Otzi à peu près.
07:15Donc, il y en avait bien avant, évidemment.
07:18Les tiques qui appartiennent à quel groupe animal exactement ?
07:20Les acariens, c'est ça ?
07:21Les tiques, ce sont des acariens, tout à fait, qui sont des arachnides.
07:24Et ce ne sont pas des insectes, contrairement à ce qu'on peut croire.
07:28Qu'est-ce qu'on les différencie, d'ailleurs ?
07:29Morphologiquement, ça va être assez facile à différencier, puisque comme ce sont des arachnides,
07:33et vous pourrez voir leur façon de marcher et d'évoluer, puisqu'elles ont quatre paires de pattes.
07:37Et elles ont vraiment une démarche très similaire aux araignées, ce sont des arachnides.
07:40Alors que les insectes, comme les moustiques, par exemple, ont trois paires de pattes.
07:44Alors, on parle souvent de tiques durs et de tiques molles, paraît-il, dans votre jargon.
07:47Qu'est-ce qui distingue ces deux grands groupes exactement ?
07:50Alors, au niveau mondial, on a à peu près 900 espèces de tiques.
07:53Ah, quand même !
07:54Oui, tout à fait. Et au sein de ces espèces, on différencie trois grandes familles.
07:58Donc, on a effectivement les tiques molles, les tiques dures, et une famille intermédiaire,
08:01dont on parle très peu, parce qu'il y a une seule espèce trouvée en Afrique
08:03qui n'a pas d'impact, ni vétérinaire, ni en santé publique.
08:06Elle est ni dure, ni molle ?
08:08Elle est ni dure, ni molle. Au niveau morphologique, elle est un peu intermédiaire.
08:11Et les gens qui travaillent sur l'origine des tiques estiment que ce serait peut-être la tique ancestrale,
08:15à partir de laquelle auraient dérivé les deux autres familles de tiques dures et de tiques molles.
08:20Ah, l'ancêtre commun, alors !
08:21Tout à fait.
08:21Et ça, pourquoi on ne le sait pas exactement, alors ?
08:24C'est un petit peu compliqué, parce que, comme vous le disiez, ça date de millions d'années.
08:28Et puis, ce genre d'études se fait aussi beaucoup sur de la génétique.
08:31Et les tiques, on sait en particulier, d'avoir un génome qui est très difficile à analyser,
08:35qui est très difficile à séquencer, parce qu'il y a énormément de pseudogènes,
08:39c'est-à-dire des gènes qui ne codent rien du tout,
08:42qui sont là, qui restent là sans doute pour des processus d'évolution.
08:46Mais qui ne servent pas à grand-chose.
08:47Qui ne servent pas à grand-chose, qui sont des séquences, il y a beaucoup de séquences répétées,
08:50ce sont des génomes extrêmement lourds, extrêmement longs, très durs à séquencer,
08:53et ça, ça limite un certain nombre d'études.
08:56Et morphologiquement, alors, la différence entre les tiques dures et les tiques molles,
08:59est-ce qu'il y a de grandes différences ?
09:01Tout à fait, morphologiquement et biologiquement.
09:03On vous en met deux comme ça sur la table, vous les reconnaissez immédiatement ?
09:06Vous aussi, il suffit que je vous indique lesquelles, vous aussi, vous les reconnaîtriez très facilement.
09:11La différence, c'est contenu dans leur nom, déjà.
09:13Les tiques dures ont une partie de leur corps qui est une cuticule très dure,
09:17qui n'est pas déformable.
09:18Et même quand elles vont prendre cet énorme repas sanguin
09:21qui va les faire grossir énormément, parfois plus de 100 fois pour certaines espèces.
09:25Incroyable !
09:26En fait, il y a toujours cette petite partie de leur corps qui reste dure et indéformable.
09:30Alors que les tiques molles n'ont pas cette petite partie du corps qu'on appelle le scutum.
09:34Elles sont donc molles, elles ont un tégument un peu rugueux.
09:38Bon, moi je travaille sur des tiques dures, donc vous allez dire que je ne suis peut-être pas neutre,
09:40mais elles sont beaucoup moins jolies que les tiques dures.
09:42Oui, bien sûr, il n'y a pas de biais du tout.
09:45Voilà, et elles ont des biologies extrêmement différentes aussi.
09:48Le scutum, c'est ça ?
09:50Le scutum, tout à fait.
09:51C'est une sorte de bouclier en fait ?
09:53Exactement, tout à fait.
09:54Et en français, certaines personnes l'appellent le bouclier.
09:56Et c'est quelque chose qui est composé de chitine, qui est extrêmement dur
09:59et qui va protéger la tique des agressions extérieures en fait.
10:03Elle peut augmenter de 100 fois par rapport à ce qu'elle mange, mais c'est incroyable.
10:07Donc ça veut dire qu'il y a une plasticité morphologique absolument incroyable ?
10:11Tout à fait.
10:12Comment on explique ça exactement ? C'est quoi le mécanisme ?
10:14En fait, au fur et à mesure, si vous regardez une femelle de tique dure,
10:17qui a donc ce petit scutum à l'arrière des pièces buccales,
10:21qui est un déformable, tout le reste du corps en fait, c'est une partie élastique et déformable.
10:26Et au fur et à mesure de son repas sanguin, elle va synthétiser des nouveaux tissus
10:30qui vont lui permettre de grossir, grossir, et effectivement parfois d'augmenter son poids fois 100.
10:36Et en plus de ça, au fur et à mesure où elle prend son repas sanguin,
10:38elle va le concentrer pour ne garder que ce qui l'intéresse.
10:41Donc elle va évacuer des déjections et elle va aussi réévacuer l'eau qui est en excès dans le repas
10:46sanguin.
10:46Et à quel moment elle décide de s'arrêter de manger quand même ?
10:49Avant d'exploser ? Ça arrive que des tiques explosent ou pas ?
10:52Non, quand elle est à satiété comme nous.
10:54Donc il y a vraiment un volume assez important ?
10:58Tout à fait, oui.
10:59On estime que certaines tiques tropicales, qui sont les plus grosses dans le monde,
11:04sont capables de prendre jusqu'à 20 millilitres de sang.
11:07Ce qui est absolument énorme.
11:08Alors 900 espèces, c'est ce que vous venez de nous dire, dans le monde.
11:12En France, combien on en a ?
11:14Une quarantaine à peu près.
11:15Et vous, vous vous intéressez à toutes ces espèces ou certaines en particulier ?
11:19Non, certaines en particulier, notamment celles qui sont à même de transmettre des agents pathogènes,
11:23que ce soit aux êtres humains ou aux animaux.
11:25Ce sont celles qui nous intéressent.
11:26Alors voilà, ça c'est vraiment votre sujet de recherche.
11:29Tout à fait.
11:29Ce sont ces gènes, ces tiques qui transportent des agents pathogènes.
11:34Elles ont très mauvaise réputation quand même.
11:36Juste titre.
11:37Pour ces raisons-là en fait.
11:38Tout à fait.
11:39Alors après, ce sont aussi des ectoparasites.
11:41Donc elles ont aussi des impacts négatifs, indépendamment de la transmission d'agents pathogènes,
11:45ce qui les met un petit peu à part des autres vecteurs justement.
11:48Ectoparasites, ça veut dire quoi ?
11:49Ça veut dire qu'elles vivent sur leur route.
11:51Et en fait, de par cette piqûre qui est assez agressive,
11:53les tiques sont assez grosses si vous comparez à d'autres arthropodes hématophages,
11:57en fait elles provoquent des plaies qui peuvent générer des infections secondaires.
12:01Pour l'industrie du cuir par exemple, elles abîment les peaux.
12:04Je vous l'ai dit, jusqu'à 20 ml de sang parfois pour les espèces tropicales.
12:07Donc on peut avoir des phénomènes de spoliation sanguine avec des anémies.
12:10Alors chez les animaux, pas chez les hommes, ça va de soi.
12:12Et aussi chez les animaux comme chez les êtres humains,
12:15on peut aussi avoir des problèmes de toxicose et d'allergie juste dus à la piqûre de tiques.
12:19Donc juste en raison de leur piqûre, elles peuvent avoir un impact négatif.
12:22On va y revenir avec vous tout à l'heure, Sarah Bonnet.
12:25Est-ce que vous pouvez nous décrire les grandes étapes du cycle de vie d'une tique ?
12:28Ça vit combien de temps d'abord ?
12:30Ça peut vivre très très longtemps.
12:31C'est pour ça que ce sont non seulement des vecteurs,
12:34mais aussi des réservoirs des agents pathogènes dans la nature.
12:36Parce que les tiques, la durée de vie la plus longue qui a été répertoriée avec certitude,
12:41c'est pour des tiques molles qui sont capables de vivre 30 ans en l'absence du moindre repas sanguin.
12:46Ah bon ? En plus, sans manger du tout ?
12:48Sans manger, pendant 30 ans.
12:48Un jeûne de 30 ans ?
12:49Exactement, juste en vivant sur leur réserve.
12:51Mais d'où l'importance de ce repas sanguin aussi exceptionnellement conséquent.
12:56Puisqu'elles doivent vivre très longtemps parfois sur ces réserves-là.
13:00Donc ça, ce n'est pas une moyenne 30 ans.
13:01Mais quand même, il y a une espérance de vie qui est assez étonnante.
13:04Les espèces de tiques qui nous posent problème, nous par exemple, en région tempérée et en France,
13:08elles ont un cycle de vie qui dure à peu près un an et demi, deux ans dans la nature.
13:11Alors le cycle de vie, il y a plusieurs étapes.
13:15Ça naît sous quelle forme ? Dans un oeuf.
13:16Dans un oeuf, tout à fait.
13:18Donc il y a les oeufs dont vont émerger des larves,
13:20qui vont prendre un repas sanguin et se transformer ensuite en nymphes.
13:23Ah déjà, on commence déjà à se mettre à table à ce moment-là.
13:25Tout à fait. Et là, ça va être une grosse différence biologique entre tiques dures et tiques molles.
13:30Ensuite, on va avoir les oeufs, les larves, les nymphes et les stades adultes mâles et femelles qui vont se
13:34reproduire.
13:35Et chez les tiques molles, nymphes et adultes peuvent prendre plusieurs repas sanguins.
13:39Et la femelle va pondre des oeufs après chaque repas sanguin.
13:41Alors chez les tiques dures, la biologie est très différente.
13:44En fait, la tique ne va prendre qu'un seul repas sanguin à chaque stade.
13:46Au stade larvaire, se transformer en nymphes.
13:48Au stade nymphes, elle se transforme en adultes.
13:50L'adulte femelle va prendre un repas sanguin, pondre ses oeufs et ensuite mourir.
13:53Mais alors justement, chez les larves, comment est-ce que les hôtes sont repérées à ce stade-là ?
13:58Alors, elles ont des organes sensoriels qui leur permettent de repérer leurs hôtes.
14:02Et notamment, si vous avez vu des tiques dans la nature en vous promenant,
14:06donc il y a plusieurs méthodes de chasse chez les tiques.
14:08Mais celles qu'on a chez nous, généralement, chassent ce qu'on appelle à l'affût.
14:11Donc elles se mettent en haut de la végétation avec leurs pattes un petit peu en l'air.
14:14Oui, c'est horrible. Cette image-là est un peu...
14:16Mais en fait, ça s'explique par le fait que leur organe sensoriel le plus important,
14:20qui s'appelle l'organe de la l'air, qui leur est propre,
14:21il n'y a pas d'autres organismes vivants qui ont cet organe-là,
14:24se trouve sur la première paire de pattes.
14:26Et en fait, elle agite ainsi sa première paire de pattes pour détecter un autre,
14:29grâce au CO2 qu'on dégage, grâce à la chaleur.
14:32On sait que les tiques sont aussi capables de voir des différences de luminosité,
14:35l'ombre que vous faites en passant devant le soleil, par exemple, ou ce genre de choses.
14:38Et alors, une fois qu'elle a détecté ça, qu'est-ce qu'elle fait en fait ?
14:41En fait, elle va s'accrocher au moment où vous allez la frôler et passer à côté d'elle.
14:46Les tiques ne sautent pas.
14:47Oui, alors ça, c'est une idée reçue alors ?
14:49L'idée reçue qu'on entend beaucoup, surtout, c'est que les tiques tombent des arbres.
14:52Ça, c'est complètement faux.
14:54Je ne sais pas expliquer d'où elle vient.
14:55Peut-être parce que souvent, les enfants qui sont à hauteur de la végétation adéquate
15:00pour la quête des tiques sont piqués au niveau de la tête.
15:03Mais il y a aussi des espèces qui aiment beaucoup piquer dans la tête.
15:05Donc, les gens s'imaginent que ça tombe des arbres.
15:06Mais c'est complètement faux.
15:08En fait, les tiques sont très très sensibles à l'absence d'humidité.
15:10Donc, elles ont besoin de rester près du sol pour recharger leur batterie en eau régulièrement.
15:14Et dans un arbre, elles mourraient tout de suite parce qu'elles manqueraient évidemment d'humidité.
15:17Donc, le petit organe sur les pattes s'appelle comment ?
15:19L'organe de Haller.
15:20Très bien.
15:21Et ça s'écrit comment ?
15:22H-A-L-E-R.
15:23Parfait.
15:23Sarah Bonnet, on a plein de choses à se dire autour des tiques.
15:26Et je suis sûr que nos auditeurs et auditrices ont des questions également à vous poser en nous écoutant.
15:30On va évidemment parler des agents pathogènes avec vous dans un instant.
15:34Et puis, en attendant, on écoute Stéphane Echer avec Sauvage Continent sur France Inter.
15:38Vous êtes dans la Terre au Carré.
15:39Mais comment deviner comment savoir quoi faire ?
15:45Quelle grimace inventer, quelle fichure inventer ?
15:51Mais comment deviner le mal qu'on peut se faire ?
15:58Quel feu avait couvert, qu'avais-tu découvert ?
16:03Quel sauvage continent, quel terrible univers, qu'avais-tu découvert ?
16:13Qu'avais-tu découvert ? Quel sauvage continent.
16:23Mais comment deviner qui ira en enfer ?
16:29Ou qui perdra le prix, qui perdra le plus cher ?
16:35C'est la mélancolie, les avis diffèrent.
16:49Quel sauvage continent, quel sauvage continent.
16:55Quel terrible univers, qu'avais-tu découvert ?
17:00Quel sauvage continent.
17:14C'est la blanche, que jamais ça monte ?
17:20Quel sauvage continent Non !
17:33Qu'il faudrait se quitter, ne plus revenir en arrière.
17:38Qu'avais-tu découvert ? Quel sauvage continent, quel terrible univers.
17:48Qu'avais-tu découvert ? Quel sauvage continent, quel terrible univers.
17:57Qu'avais-tu découvert ? Qu'avais-tu découvert ? Quel sauvage continent.
18:10Et c'était Stéphane Echer sur France Inter.
18:19Quand j'ai eu la réponse que j'étais atteinte de Lyme, j'étais soulagée, je crois que j'ai
18:24pleuré de joie.
18:25Ça faisait plus d'un an qu'on cherchait ce que j'avais. J'ai dû arrêter le sport, l
18:28'école ça devenait très difficile.
18:30J'étais souvent hospitalisée, j'avais beaucoup de difficultés à me concentrer.
18:34Les médecins disaient que c'était dans ma tête, que j'étais folle, que c'était même plus d'ordre
18:38psychologique mais psychiatrique.
18:39En fait on ne cherchait pas au bon endroit, donc à chaque fois qu'on me faisait des analyses, tout
18:42était bien.
18:43Une fois que j'ai été catégorisée comme psy, les médecins voient ça sur le dossier, ils se disent on
18:46ne va pas perdre de temps, ça ne sert à rien avec une patiente comme ça.
18:48Donc j'ai été chercher un peu plus loin, on a fait d'autres rendez-vous, etc. Jusqu'à arriver
18:53au diagnostic de Lyme par une médecin généraliste qui était elle-même atteinte de cette maladie.
18:58Voilà, l'errance médicale, témoignage de cette jeune femme au micro de Combini en 2023.
19:02Sarah Bonnet, vous qui êtes donc psychologue à l'Institut Pasteur.
19:06On parle d'éthique avec vous, vous les étudiez pour comprendre les maladies qui sont liées justement à cet animal.
19:11Lyme, c'est la principale maladie associée aux tiques en Europe chez l'humain.
19:15Tout à fait, et c'est même la première maladie vectorielle de l'ensemble de l'hémisphère nord.
19:20C'est un très très gros problème aussi en Amérique du Nord.
19:22Et chez les animaux ?
19:24Chez les animaux, non.
19:25Chez les animaux, on a plutôt un impact avec des parasites, que sont par exemple des parasites qui appartiennent au
19:30genre Babesia ou au genre Teleria,
19:32et aussi d'autres bactéries, comme des bactéries qui appartiennent au genre un emplacement.
19:36La brulose, elle n'est pas très impactante chez les animaux.
19:38Et la maladie de Lyme, elle est récente ou pas ?
19:41Alors non, comme on le disait tout à l'heure, on a trouvé des traces de la bactérie responsable de
19:45cette maladie dans la famille Tsi.
19:46Donc chez Tsi, 5 000 ans.
19:48Donc a priori, ce n'est pas du tout une maladie récente.
19:51On a des symptômes qui sont décrits dans des écrits qui datent bien avant la mise en évidence de sa
19:56transmission paralytique dans la ville de Lyme, d'où son nom aux Etats-Unis.
20:02Donc ce n'est pas une maladie récente.
20:04Mais elle a pris de l'ampleur en tout cas ces dernières décennies ?
20:07Elle a pris de l'ampleur ces dernières décennies, tout à fait.
20:09Et comment on l'explique alors ça exactement ?
20:11C'est difficile à expliquer.
20:13Alors cette maladie, elle pose vraiment beaucoup de problèmes en raison des symptômes qu'elle génère, qui ne sont pas
20:17du tout des symptômes francs.
20:19On l'appelle la grande manipulatrice parce que le diagnostic est difficile à faire, le diagnostic clinique.
20:24Et il peut s'étaler sur des années et des années.
20:26Tout à fait, tout à fait, oui.
20:27Et puis bon, il faut reconnaître que les diagnostics actuels ne sont pas forcément ultra performants, même s'ils sont
20:33loin d'être inefficaces.
20:36Mais bon, il y a des équipes de recherche qui continuent à travailler pour améliorer à la fois ce diagnostic
20:40et cette prise en charge.
20:41Et il y a eu un plan Lyme qui a été décidé en 2016 par le ministère, qui a permis
20:46notamment la mise en place de centres de référence de tiques et de maladies à tiques.
20:51Il y en a cinq en France. En région parisienne, il est à Villeneuve-Saint-Georges, à l'hôpital.
20:57Et donc je pense que c'est une évidence que cette nouvelle prise en charge a fait aussi beaucoup avancer
21:03les choses.
21:03Mais pourquoi il y a des difficultés justement à poser des diagnostics autour de ces maladies ?
21:09Parce que les symptômes ne sont pas francs en fait. C'est très difficile.
21:13Et puis traditionnellement, c'est surtout l'Est de la France qui était impacté par toutes les maladies athiques et
21:18notamment la boréliose de Lyme.
21:20Donc en fait, c'est compliqué pour un médecin qui n'a jamais vu ce genre de pathologie, d'identifier
21:25la maladie.
21:25Alors, il y a des médecins qui sont plus au courant que d'autres et pour qui c'est plus
21:30facile de faire un diagnostic.
21:32Il y a une géographie particulière, il y a une saisonnalité particulière pour les tiques ?
21:36Tout à fait. Il y a une géographie particulière puisque depuis tout temps, l'Est de la France est la
21:41région la plus impactée en France.
21:43Dans des secteurs forestiers plutôt ?
21:45Tout à fait. Et en fait, tout ça est lié à l'écologie du vecteur, à l'écologie de la
21:48tique.
21:48En fait, il n'y a pas de tique qui soit spécifique de l'être humain.
21:51Ça, c'est important à retenir.
21:53Et en fait, l'homme va toujours se faire piquer quand il va rentrer dans le biotope des tiques.
21:57Donc quand il va être en contact avec l'environnement naturel où vivent les tiques.
22:01Donc c'est pour ça que comme les tiques qui nous impactent,
22:03ce n'est pas le cas de toutes les espèces de tiques.
22:05Mais comme les tiques qui nous impactent, nous, en zone tempérée, sont essentiellement forestières.
22:10La plus emblématique, c'est Exodes ricinus.
22:12C'est le vecteur de la bactérie responsable de l'agne en France.
22:15En fait, c'est en allant dans ces endroits forestiers qu'on va se faire piquer.
22:18À l'heure actuelle, le centre de la France est très impacté aussi.
22:21Mais les choses évoluent très clairement.
22:23Et en termes de saisonnalité, oui, bien sûr, parce que ça suit la saisonnalité des tiques.
22:27avec traditionnellement en France un pic assez important au printemps.
22:31L'été en général, il fait un peu trop chaud, trop sec.
22:33Donc ça diminue.
22:34Et on a un deuxième pic en automne.
22:35Là, on va commencer à y arriver tranquillement.
22:38Tout à fait.
22:39Sachant qu'on y reviendra peut-être que les changements globaux actuels changent un peu aussi tout ça.
22:43Changent les répartitions géographiques, changent aussi la saisonnalité.
22:46Alors c'est ça.
22:46C'est-à-dire qu'on va être amené à les trouver de plus en plus dans des régions forestières
22:51qui ne sont pas celles de l'Est de la France, par exemple.
22:53Et aussi des pâtures, parce que ces tiques-là se nourrissent en général très bien aussi sur les animaux de
23:00rente.
23:01Donc on va les trouver aussi dans des endroits d'élevage, dans des zones d'élevage et dans les pâtures
23:05où on trouve notamment des bovins, par exemple.
23:09Et en termes de saisonnalité, en fait, les saisons d'activité des tiques se rallongent de plus en plus
23:13parce qu'on a des hivers plus courts, des hivers plus doux.
23:16Et nous qui faisons des suivis en ce moment, je veux dire que maintenant, on trouve des tiques en hiver,
23:20ce qui n'était pas le cas autrefois.
23:21Donc ça, ce n'est pas une bonne nouvelle.
23:23Ce n'est pas une bonne nouvelle, tout à fait.
23:25On va écouter au micro de France 3 Grand Est, le microbiologiste Reto Lienard.
23:30C'était en juillet 2024.
23:31Il nous parle des liens entre l'éthique et le réchauffement climatique.
23:34Elle monte dans le nord.
23:35Norvège, elle va très, très haut, vers le Cap Nord.
23:38Donc c'est vraiment, ça c'est très nouveau.
23:40Et puis en altitude, longtemps on avait la limite à 1000 mètres.
23:44Et actuellement, on sait que 1500, c'est peut-être même un peu plus haut,
23:48mais que la limite, elle est vraiment plus élevée.
23:51Voilà, Sarah Bonnet, un collègue à vous, qui nous parle vraiment aujourd'hui de zones géographiques
23:56où on ne voyait jamais les tiques auparavant.
23:58Et même au nord, scandinave, aujourd'hui, on en trouve.
24:01L'espèce de tique que je vous mentionnais, qui est vraiment celle qui nous pose le plus de problèmes
24:05à la fois en santé vétérinaire et en santé humaine.
24:08En fait, on la trouve de plus en plus au nord de l'Europe.
24:11Il y a des travaux formidables qui ont été faits, notamment en Suède,
24:14qui montrent très clairement que la tique est de plus en plus au nord.
24:17Et on la trouve aussi de plus en plus en altitude.
24:20Le réchauffement climatique, ce n'est pas le seul facteur ?
24:22Non, du tout.
24:22Alors, quels sont les autres ?
24:23C'est pour ça qu'on parle plutôt de changements globaux,
24:26parce que les tiques vont être très impactées, évidemment, par l'environnement.
24:29Forcément, puisqu'elles ont besoin de vivre dans un environnement un peu particulier.
24:32Si vous changez cet environnement, vous allez impacter positivement ou négativement les populations de tiques.
24:37Et elles sont, en tant qu'hématophages strictes,
24:40qui ont absolument besoin de sang et de repas sanguins pour se développer.
24:43Donc, ça veut dire qu'elles ne mangent que du sang ?
24:45Elles ne se nourrissent que de sang ?
24:46Elles ne se nourrissent que de sang, tout à fait.
24:48Et donc, pour vivre, se développer, elles ont besoin d'autres vertébrés
24:52qui vont leur fournir ce repas sanguin.
24:55Donc, s'il n'y a pas d'autres vertébrés, en fait, les tiques ne peuvent pas se reproduire.
24:58Donc, elles vont être impactées par les différences de température, d'hygrométrie,
25:02de présence d'hôtes, d'environnement, d'utilisation des sols.
25:05Tout ça va vraiment influencer.
25:07C'est assez compliqué de réussir, en fait, à démêler quel facteur va être le plus prépondérant
25:13et d'anticiper quel changement cela va faire sur les populations de tiques actuelles.
25:16Donc, nous, les humains, nous avons un rôle prépondérant, quand même, dans cette augmentation des tiques.
25:20Entre le réchauffement, les activités humaines.
25:24Exactement.
25:24Et on a un rôle très important, aussi, dans le transport des tiques.
25:28Ce qu'on nous dit, quand on a des espèces qui sont très invasives,
25:32je pense que maintenant, l'espèce invasive, grâce aux moustiques-tigres,
25:35tout le monde sait à peu près à quoi ça correspond.
25:37Et on a aussi, chez les tiques, des espèces qui sont très invasives,
25:39que l'homme a allègrement promenées tout autour de la planète,
25:42en faisant des échanges de bétail, par exemple.
25:44Il y a de nouvelles espèces, d'ailleurs, qui sont arrivées en France ces derniers temps ?
25:47Oui, tout à fait.
25:48On a une espèce qui est assez préoccupante, qui s'appelle Yaloma marginatum,
25:54qui est une espèce tropicale, pour laquelle, toutes ces dernières années,
25:58on a eu régulièrement des introductions en France,
26:00parce que c'est une espèce qui, au stade adulte, va se gorger sur des oiseaux migrateurs.
26:04Donc, les tiques, elles ont une dispersion très faible.
26:06Elles ne volent pas, donc, toutes seules, elles ne se dispersent pas beaucoup.
26:09Mais par contre, comme elles ont des repas sanguins qui sont extrêmement longs,
26:12qui peuvent dépasser 10 jours pour certaines espèces,
26:14parce que vous imaginez bien le nombre de kilomètres que peut faire une tique en 10 jours sur un oiseau
26:18migrateur.
26:18Et c'est comme ça qu'on avait régulièrement des introductions de cette espèce de tique tropicale en Europe.
26:23Mais le climat ne lui permettait pas de se développer.
26:27Or, les changements actuels font que cette tique s'est installée depuis quelques années,
26:30maintenant, dans le sud de la France.
26:32On en a la certitude.
26:33Et elle nous préoccupe, parce qu'elle est capable de transmettre des agents pathogènes très dangereux.
26:38Par exemple ?
26:39Par exemple, en médecine vétérinaire, des parasites, déjà en babéziate et d'heria,
26:43et en médecine humaine, un virus qui est très inquiétant,
26:45qui s'appelle le virus de la fièvre hémorragique de Crimée-Congo,
26:48qui impacte l'être humain et qui a un pourcentage de mortalité assez élevé.
26:53Et malheureusement, fin 2023, on a détecté, nos collègues du CERAD INRA à Montpellier,
26:59ont détecté ce virus dans des tiques dans les Pyrénées-Orientales.
27:01On va écouter votre collègue, le vétérinaire Sylvain Bross,
27:04évoquer justement la propagation de cette tique,
27:07notamment par l'intermédiaire des chevaux.
27:08C'était en août 2019 sur France 3 Occitanie.
27:11C'est devenu une habituée de nos prairies.
27:14La tique Yaloma marginatum est arrivée récemment dans la région.
27:18Elle a été observée sur un cheval pour la première fois dans l'Hexagone, en 2015.
27:23Elles nous inquiètent pour la santé publique,
27:25parce qu'elles vont transmettre des maladies exotiques.
27:28On parle de fièvre hémorragique de Crimée-Congo.
27:31Alors il semblerait que le cheval puisse héberger le virus.
27:35C'est là où potentiellement on peut être dangereux,
27:38parce qu'il peut le refiler à un être humain.
27:40Je sais qu'en Afrique, c'est beaucoup ça qui se passe.
27:43C'est des populations humaines qui sont touchées.
27:45C'est des éleveurs, c'est des techniciens agricoles, c'est des forestiers.
27:49Donc le passage à l'humain, Saraboné, il est déjà fait.
27:53Tout à fait.
27:55Il y a deux façons par lesquelles l'être humain va pouvoir se contaminer.
27:59Par le biais d'une piqûre de tique, qui est porteuse du virus,
28:02et aussi par la manipulation des fluides.
28:04C'est un virus qui passe par la manipulation des fluides,
28:06comme le sang par exemple.
28:08Allez, on va discuter ensuite dans un instant avec vous
28:11des solutions, peut-être des enjeux sanitaires aussi, bien sûr,
28:15et de la lutte.
28:15Comment prévenir aussi l'attaque des tiques ?
28:18Avec vous, Saraboné, vous répondrez au message qui arrive pour vous
28:21sur la page de l'émission.
28:22On peut également vous entendre directement
28:24avec vos messages vocaux sur l'application Radio France.
28:27A tout de suite.
34:40Chez certaines tics, tout à fait.
34:42Mais ce ne sont pas des seringues.
34:45Il y a quand même une notion de compétence vectorielle.
34:48Ce qu'on appelle la compétence vectorielle, c'est la capacité d'un vecteur à acquérir,
34:52permettre le développement et retransmettre un agent pathogène.
34:54Et chaque espèce de tics va être capable de transmettre tel ou tel agent pathogène.
34:58Alors, ce qu'il faut repréciser, c'est que toutes les tics, justement,
35:01ne transmettent pas non plus d'agents pathogènes.
35:03Parce qu'on a refait le scénario de tics, le film d'horreur dont on parlait tout à l'heure.
35:07Mais ce n'est pas toujours le cas, loin de là, quand même.
35:10Non, loin de là.
35:11Déjà, toutes les tics dans la nature ne sont pas infectées.
35:13Le maximum, en général, de prévalence qu'on va trouver,
35:16c'est-à-dire de nombre de tics infectés sur nombre de tics total,
35:19avoisine les 20-30%.
35:20En général, c'est Borélie, qui est responsable de la maladie de Lyme.
35:23Et ensuite, quand vous faites piquer par une tique infectée,
35:27elle ne va pas forcément vous transmettre un agent pathogène.
35:30Et si elle vous transmet un agent pathogène,
35:32fort heureusement, en général, pour des gens en bonne santé,
35:35on a un système immunitaire qui nous permet de nous défendre
35:37et on ne va pas non plus forcément développer une maladie.
35:39Vous insistez beaucoup sur la surveillance.
35:41C'est quoi le message ?
35:43Le message, c'est en fait d'être capable d'anticiper
35:46de potentielles émergences à venir.
35:48On a des exemples récents avec les moustiques,
35:50où il faut faire attention à ce qui va potentiellement arriver.
35:54J'insiste encore à la fois en santé humaine et en santé vétérinaire.
35:58Et la seule façon d'anticiper ces émergences, en fait, c'est de faire de la surveillance.
36:02Et ça, on peut vous aider dans ce travail-là ou pas ?
36:05C'est vraiment le travail des scientifiques où il peut y avoir une science participative ?
36:09Alors, il existe une science participative.
36:11C'est ce qu'évoquait Jonas, dont vous avez passé tout à l'heure la petite interview.
36:15En fait, c'est une application qui existe sur smartphone,
36:18qui s'appelle CITIC, qui a été développée, entre autres, par Inrae.
36:20CITIC, C-I-T-I-Q-E-S.
36:23Tout à fait, et qui permet de déclarer ces piqûres de tics.
36:27Et en fait, ça permet d'avoir une vision un peu globale
36:30de l'endroit, en gros, en France, où les personnes se font le plus piquer,
36:34avec toutes les précautions qu'il faut prendre
36:36sur le fait que c'est quelque chose de déclaratif, bien évidemment.
36:39Donc, les gens qui n'ont pas de smartphone ne peuvent pas déclarer.
36:41Et on peut envoyer sa tic ou pas ?
36:43Exactement, on peut envoyer sa tic et des analyses pourront être faites dessus
36:46pour voir s'ils sont porteuses d'agents pathogènes.
36:48Sarah Bonnet, un monde sans tics, ça ressemblerait à quoi ?
36:52Est-ce qu'elles sont nécessaires, quand même, dans le vivant, aujourd'hui ?
36:55De façon étonnante, c'est un des rares organismes vivants
36:57pour lesquels il est un peu compliqué de trouver un rôle.
37:00C'est vrai ?
37:00À part nuisible dans la nature.
37:02C'est agréable !
37:03Elles ne rentrent pas vraiment dans la chaîne alimentaire.
37:05Parce que les moustiques, eux, ils ont un rôle dans la chaîne alimentaire.
37:08Bien sûr, tout à fait.
37:08Alors, les tics, c'est un peu différent.
37:10Les rongeurs, les oiseaux sont capables de manger leurs propres tics.
37:13Mais est-ce que c'est pour se déparasiter, pour se nourrir ?
37:16On ne sait pas trop.
37:17A priori, j'aurais tendance à penser pour se déparasiter.
37:19Il y a des oiseaux, notamment en Afrique.
37:21Vous savez, les piques-bœufs qu'on voit sur le dos des buffles en Afrique, par exemple,
37:26sont sur le dos de ces animaux pour manger leurs tics,
37:28ce qui est une source de protéines tout à fait formidable pour eux.
37:31Ça reste quand même très restreint.
37:33Très bien.
37:33On ne va pas se faire aimer tout le monde en disant ça.
37:36Parce que malheureusement, apparemment, c'est plutôt à considérer comme un nuisible.
37:41Tout à fait.
37:41Mais en revanche, ce qu'il faut mentionner, c'est qu'on n'arrivera jamais à se débarrasser
37:44des populations de tics qui évoluent dans la nature et dans la faune de soja,
37:47ce qui ne nous embêtent pas du tout.
37:48À partir du moment où on ne se fait pas piquer, ce n'est pas un problème.
37:50Il y a des stratégies de lutte biologique ou écologique quand même
37:52pour essayer de faire en sorte de ne pas trop en croiser sur son chemin ?
37:55Tout à fait.
37:56Il en existe un peu ce qu'on appelle lutte biologique.
37:58C'est le fait d'utiliser d'autres organismes qui vont être soit prédateurs,
38:03soit parasites des tics en question.
38:05Donc on a des champignons qui attaquent les tics qui ont été un peu utilisés en lutte biologique.
38:10Alors ce n'est pas la panacée, mais ça permet quand même de diminuer un peu la pression
38:13d'acaricides utilisées, qui ont évidemment des impacts très très négatifs.
38:18Et il y a des bactéries aussi qui sont à l'étude, ou des nématodes, des petits verts,
38:22mais ce n'est pas optimal.
38:23Allez, on passe aux questions.
38:28Elles sont nombreuses ces questions sur les tics.
38:30Sarah Bonnet, Aude nous dit mon fils depuis tout petit attire les tics.
38:34Y a-t-il un lien avec la chaleur, l'odeur de la sueur ?
38:37Est-ce qu'il y a des gens qui attirent vraiment les tics ou pas ?
38:39Oui, tout à fait.
38:40Ça c'est une réalité.
38:41C'est comme avec les moustiques, on a des gens qui vont attirer plus ou moins les tics.
38:44Et ça en fait, ça vient de notre microbiome cutané.
38:47Et des bactéries, des micro-organismes qu'on a sur notre peau,
38:50qui vont émettre une odeur, quelque chose qui est différent suivant les êtres humains.
38:54Et certains vont être plus ou moins attirants pour les tics.
38:56Annie demande quand une tic est sur un humain et qu'elle a fait le plein de sang,
38:59si on ne s'en aperçoit pas, est-ce qu'elle va s'en aller ou rester ?
39:02Au bout de combien de temps va-t-elle prendre du sang à nouveau ?
39:04Dans le cas vraiment, on ne la voit pas.
39:07Alors, les larves et les nymphes, c'est facile de passer à côté.
39:10Alors évidemment, les tics adultes qui deviennent grosses comme l'ongle d'un pouce,
39:13là on ne peut pas passer à côté.
39:14Mais par contre, les stades immatures, on peut passer à côté.
39:17Et en fait, elle va prendre un repas sanguin qui va durer 3-4 jours pour la larve,
39:215-6 jours pour la nymphe, une dizaine de jours pour l'adulte.
39:23Et à la fin duquel, elle va se laisser tomber,
39:26se trouver un environnement propice à son développement ou à sa ponte pour la femelle
39:29et continuer son cycle de développement dans l'environnement.
39:32Gilles demande quelles sont les parties du corps humain où les tics préfèrent se rendre ?
39:36Alors, les tics aiment bien les endroits un peu chauds et humides.
39:39Donc évidemment, ça va concerner l'aine, les essais, ce genre de choses.
39:44On va écouter un message local pour vous, Sarah Bonnet.
39:46Bonjour, je suis bûcheron depuis 35 ans dans le centre de la France
39:51qui est un secteur extrêmement exposé aux tics.
39:53Et ma question est, je ne me suis jamais fait piquer,
39:56j'en ai trouvé plein sur moi très souvent, mais jamais elles ne me mordent.
40:00Y a-t-il une sorte d'anticorps qui permettrait de me protéger ?
40:04Ah ah, les tics respectent-elles les bûcherons ?
40:07Ce qui serait une bonne chose, puisque les bûcherons sont effectivement extrêmement exposés.
40:11Alors, pour répondre à votre question, non.
40:14Alors oui, on en a parlé juste avant.
40:15Très clairement, il y a des gens qui attirent plus ou moins les tics.
40:17Donc apparemment, vous avez cette chance-là de ne pas attirer les tics.
40:20En revanche, on ne va pas parler d'anticorps qui peuvent exister contre la salive de tics,
40:24mais à partir du moment où elles ne vous piquent pas,
40:25elles ne peuvent pas ingérer d'anticorps, puisque les anticorps sont présents dans le sang.
40:29Donc ça ne peut pas être lié à une réaction d'anticorps.
40:32C'est vraiment votre microbiome cutané qui vous protège des piqûres de tics.
40:35Et vous avez beaucoup de chance, monsieur.
40:37Sophie demande comment est-ce qu'on peut protéger nos chats et chiens des tics
40:40sans utiliser ces pipettes ou cachets contenant ces horribles substances toxiques ?
40:44Je suis assez d'accord avec le côté horribles substances toxiques,
40:47mais malheureusement, à l'heure actuelle, on n'a rien d'autre que l'extraction manuelle
40:51des animaux qui fonctionnent.
40:53Pour le coup, surveillez vos animaux très régulièrement.
40:55Dès que vous trouvez une tique, vous l'enlevez.
40:57Il y a des chiens ou des chats qui attirent aussi des tics plus que d'autres ?
41:01Je n'ai pas de données formelles, mais j'imagine que oui.
41:04Alain nous dit que je vais promener mes chiens tous les jours.
41:06Quand je reviens, je suis sûr de voir apparaître une ou deux tics.
41:09C'est incroyable quand même, tous les jours.
41:11Mais s'il est dans une zone très infestée, ça ne m'étonne pas du tout.
41:14Catherine nous dit, tout en étant utile dans la nature, si c'était possible,
41:17la disparition totale des tics entraînerait-elle un déséquilibre grave pour l'environnement ?
41:21Visiblement, non.
41:22C'est ce qu'on disait tout à l'heure.
41:23D'après ce que vous nous disiez.
41:24Quelle est la différence entre une tique et les fameuses aoutas ?
41:27Demande Alain.
41:29Ce sont des organismes différents.
41:32Ce sont effectivement des acariens.
41:34Les deux sont des acariens, mais qui ne génèrent pas les mêmes nuisances.
41:38Céline demande, à quand la vaccination ?
41:40Ma fille se fait piquer 8 à 10 fois par an.
41:42Alors là, ça dépend si on parle de vaccination contre les tics
41:45ou contre les agents pathogènes transmis par les tics.
41:47Les vaccins antitics.
41:48Antitics, voilà.
41:49Nous, on a travaillé pas mal d'années sur les vaccins antitics.
41:51Alors malheureusement, nos candidats vaccinaux n'ont pas fonctionné,
41:54mais ce sont des recherches qu'on va reprendre à l'Institut Pasteur.
41:57Mais bon, comme vous le savez peut-être,
42:00le fait de mettre en place un vaccin est un processus extrêmement long, extrêmement coûteux.
42:05Donc avec tout l'optimisme du monde qui me caractérise,
42:08je ne pourrais pas vous le promettre avant de quelques années.
42:10Yolande nous dit, j'habite en zone rurale sur le versant nord de la montagne noire de le Tarn.
42:14Et il est difficile de ne pas ramener de tics à chaque sortie au potager ou dans la forêt,
42:17même dans les prairies.
42:18Comment se prémunir, sachant que même en hiver,
42:20avec des vêtements serrés couvrant tout le corps,
42:22on se fait mordre quand même, même en hiver ?
42:25Oui, c'est ce que je vous disais tout à l'heure.
42:26Maintenant, les choses changent.
42:27Et même en hiver, maintenant, on a une présence de tics dans plusieurs environnements en France.
42:32Et puis, ben voilà, madame fait exactement ce qu'il faut faire.
42:34Porter des vêtements couvrants, clairs, pour réussir à avoir les tics le plus facilement possible.
42:39Alors le mieux, c'est des bottes ou sinon des guêtres,
42:41ou à minima des chaussettes par-dessus le pantalon.
42:43Et surtout, s'inspecter quand on revient d'une promenade.
42:47Séverine nous dit, ma fille de 11 ans a attrapé deux tics à deux semaines d'intervalle,
42:50en ce mois de février, autour du week-end, chez son père, en Haute-Savoie.
42:53Ils ne font pas de grosses balades à l'extérieur, mais ils ont des chiens.
42:57Alors effectivement, les espèces qui nous piquent peuvent aussi parasiter les chiens.
43:01Les chiens ont leur propre tics aussi, qui en général ne piquent pas l'homme.
43:05Mais on partage aussi certaines espèces avec les chiens, tout à fait.
43:08Merci beaucoup, en tout cas, Sarah Bonnet,
43:11de nous avoir donné beaucoup d'informations sur les tics.
43:14Vous avez publié un ouvrage en 2019,
43:16dont on peut redonner le titre,
43:18Tics, Lime et compagnie.
43:21Chez quel éditeur ?
43:22CITEP.
43:23Tout à fait.
43:24Avec Nathalie Boulanger, vous l'avez écrit ensemble.
43:28Merci beaucoup, en tout cas, d'avoir fait le déplacement ici,
43:31au micro de La Terre au Carré.
43:32Une émission qu'on pourra réécouter tranquillement sur le podcast de l'émission.
43:36Merci à toute l'équipe.
43:38Amazir Ahmadine Guest, qui réalisait cette émission.
43:41Joël Levert, qui a préparé aujourd'hui ce dossier.
43:44Julien Thévenot à la technique.
43:46Et Jérôme Raganot, qui assurait la vidéo.
43:49Vous verrez des extraits de cette émission bientôt sur nos réseaux sociaux.
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