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  • il y a 2 jours
Depuis plusieurs années, l'écologie et la science s'imposent dans les rayons BD des librairies. Qu'il s'agisse d'enquêtes journalistiques, de vulgarisation scientifique ou de récits personnels, la bande-dessinée contribue à sensibiliser aux enjeux écologiques. Retour sur les raisons de ce succès.

Retrouvez "La terre au carré" sur https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/la-terre-au-carre

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Transcription
00:00Tout de suite maintenant, c'est La Terre au Carré. Bonjour Mathieu Villard.
00:02Bonjour Amélie Perrier.
00:03Alors au programme aujourd'hui.
00:04On va parler écologie et bande dessinée.
00:06Bien sûr.
00:06Journée spéciale sur Inter.
00:08A tout à l'heure.
00:08A tout à l'heure.
00:09Aujourd'hui, l'écologie dans la BD racontée par Amélie Mouget, directrice de la rédaction
00:32de Reporters.
00:34Et Laurent Bonneau, artiste, auteur de bande dessinée.
00:36France Inter fête la BD.
00:41La Terre au Carré.
00:45Mathieu Villard.
00:47Longtemps cantonné au divertissement, la bande dessinée s'est imposée ces dernières
00:51années comme un espace de réflexion à part entière sur les grands enjeux de notre époque.
00:55Et parmi eux, l'écologie occupe désormais une place centrale.
00:59En quelques cases, le 9e art parvient à rendre visibles et compréhensibles des réalités
01:04complexes qui façonnent notre quotidien et notre environnement.
01:07Qu'il s'agisse de reportages dessinés, d'enquêtes documentées, de récits de voyage
01:12ou de science-fiction écologique, la BD multiplie les formes pour raconter le vivant, ses équilibres
01:17rompus, les tensions entre l'humain et la nature.
01:20Elles donnent à voir des territoires, des luttes, des initiatives mais aussi nos propres
01:25contradictions.
01:26Cette difficulté à changer, cette procrastination écologique qui nous fait souvent différer
01:31l'action malgré l'urgence.
01:32La force des récits graphiques réside dans leur capacité à mêler informations, émotions,
01:37pédagogie, partages.
01:38Sans discours moralisateur, la BD permet d'entrer dans des sujets parfois anxiogènes
01:43par le biais du dessin, du récit, de l'incarnation, en touchant aussi un public très large, des
01:48plus jeunes aux adultes en devenant un outil de transmission.
01:52Cette dynamique s'inscrit aussi dans une réflexion plus large du monde de l'édition
01:56qui s'interroge sur ses propres pratiques, le choix du papier, les modes d'impression,
02:01la circulation des livres.
02:02Alors que ces albums rencontrent un écho croissant auprès du public, une question se pose,
02:07comment le 9e art participe-t-il à faire évoluer nos regards, nos imaginaires et peut-être
02:12même nos comportements ? C'est ce que nous allons ensemble explorer cet après-midi,
02:17en plongeant dans l'univers de la bande dessinée engagée pour l'écologie, à l'occasion
02:22de cette journée spéciale BD sur France Inter.
02:24Amélie Mouget et Laurent Bonneau, bonjour à tous les deux.
02:32Bonjour.
02:33Et bienvenue, merci d'être avec nous à l'occasion de cette journée qui va nous permettre
02:37de parler de ces liens entre l'art de la bande dessinée et l'écologie.
02:42Amélie Mouget, vous êtes donc l'ancienne rédactrice en chef de la Revue dessinée que
02:46vous avez dirigée pendant huit ans, c'est bien ça ? Vous avez également été éditrice
02:50des bandes dessinées Algue Verte et Chant de bataille d'Inès Léraud et Pierre Vanhove.
02:55Et votre actualité avec Reporters et la Revue dessinée, c'est un numéro spécial intitulé
03:00« Le mal des montagnes, un monde à réinventer ». 180 pages d'enquête en BD pour réfléchir
03:06au devenir de la montagne dans un contexte de modèle à bout de souffle.
03:10Et puis Laurent Bonneau, votre ouvrage le plus récent en BD, en tout cas, est sorti en 2024
03:15chez Futuropolis.
03:16Il s'agit du bruit de l'eau, discussion dans la vallée de la Roya avec l'auteur et
03:22Alain Bujac.
03:23Vous vous êtes rendu sur place pour donner la parole à celles et ceux qui ont subi la
03:28tempête Alex dans cette nuit du 2 au 3 octobre 2020, cette vallée des Alpes-Maritimes.
03:33Amélie Mouget, est-ce qu'on peut dire aujourd'hui que la bande dessinée d'écologie, c'est un
03:37mouvement éditorial en pleine expansion ?
03:40Ce qui est certain, c'est que la bande dessinée pour parler d'écologie a fait ses preuves
03:45depuis un petit moment déjà.
03:47On peut remonter très loin, une vingtaine d'années, il y a Rural d'Étienne Davodot,
03:51il y a pas mal d'auteurs qui, par leur sensibilité et leur appétence et leurs préoccupations
03:56aussi pour ces sujets, ont nourri leur production d'artistes et auteurs de bandes dessinées.
04:03Deux thématiques en lien avec l'écologie.
04:06On pense aussi à Emmanuel Lepage avec un printemps à Tchernobyl.
04:09C'est un mouvement de temps long.
04:11Après, il y a quand même des phénomènes de librairie qui, ces dernières années,
04:17ont été marquants et ont, je ne sais pas si on peut dire, installé le genre
04:21parce que ce n'est pas un genre à part entière puisqu'il y a du réel, de la fiction.
04:26Mais on a eu Le Monde Sans Fin qui était le livre le plus vendu en 2022, tout ouvrage confondu.
04:34Surtout dans un contexte où quand même les projets éditoriaux ont du mal à se vendre.
04:38Là, on est à plus d'un million d'exemplaires.
04:40C'est exceptionnel aujourd'hui.
04:42Complètement.
04:43C'est colossal et ça permet sans doute de rendre accessible et peut-être moins grave,
04:50quand bien même les démonstrations sont souvent édifiantes.
04:54Il y a la crise écologique qu'on est en train de traverser.
04:58Les bandes dessinées d'Inès Leroux et Pierre Vanhove aussi,
05:02« Algue verte » et « Champs de bataille » qui permettent de mettre en perspective des phénomènes
05:06que sont les marées vertes sur les plages bretonnes ou les grands champs agro-industriels.
05:11Ils ont aussi connu des grands succès de librairies.
05:13Donc, on sent qu'il y a une appétence à s'informer sur ces sujets-là ou à réfléchir,
05:19quand il ne s'agit pas d'information mais de fiction, via la bande dessinée.
05:23Et ces ouvrages rencontrent leur public.
05:26Laurent Bonneau, vous, en tant que dessinateur, quel est votre regard sur ce phénomène ?
05:30Est-ce que vous avez le sentiment que la BD, engagée pour l'écologie,
05:33s'impose aujourd'hui comme une tendance forte dans le monde de l'édition de BD ?
05:38Probablement.
05:39Moi, j'ai tendance à penser plutôt que la BD, en général, c'est énormément ouverte.
05:42J'ai l'impression qu'elle n'a jamais été aussi riche qu'aujourd'hui.
05:45Je trouve ça génial.
05:47Et c'est ouverte à quoi, alors, exactement ?
05:49À tout. En termes de sujets, en termes de techniques, en termes de formats et surtout en termes aussi de lectorat.
05:59C'est-à-dire qu'aujourd'hui, on peut parler de tout à tout le monde.
06:02Et je pense que c'est un médium qui peut faire passer des messages, effectivement, mais qui peut toucher.
06:07Et dans les sujets, justement, comme l'écologie, c'est un médium précieux.
06:11On voit beaucoup d'ailleurs d'auteurs aujourd'hui qui ne font pas spécialement de la bande dessinée,
06:15mais qui ont aujourd'hui ce réflexe d'aller vers la BD comme étant pratiquement l'idée miracle pour faire passer leurs idées.
06:23Est-ce que vous avez un petit peu ce sentiment-là qu'il y a presque une exagération à Milly Mouget parfois ?
06:27Oui, il y a clairement un boom et puis un recours à la BD presque automatique
06:35parce que ce sont des ouvrages qui rencontrent leur public.
06:38Donc, je pense que ça se nourrit.
06:40Pas tous non plus, évidemment.
06:41Pas tous, c'est certain.
06:43Mais je pense que ça vaut la peine aussi de se reposer la question de pourquoi on fait de la bande dessinée
06:47et pourquoi la bande dessinée est le bon médium pour ces propos-là.
06:53Et voir qu'est-ce qu'on gagne à le raconter en dessin, en séquencier, avec des planches plutôt que par écrit ou en documentaire.
07:03On gagne énormément de choses, déjà de la sensibilité.
07:06Je pense que l'écologie, si ça reste abstrait, ça peut…
07:13Voilà, on est sur des grands chiffres, des ppm, sur…
07:16Et puis…
07:17Sur un temps long aussi parfois.
07:18On est sur 2100, plus 4 degrés, des pourcentages d'espèces qui disparaissent.
07:25Là, avec la bande dessinée, on donne à voir.
07:28On donne à voir des paysages qui se modifient, donc des marées vertes.
07:33Dans le hors-série sur la montagne, des lagopèdes alpins qui sont des petits lapins blancs
07:37qui se retrouvent sur un sol noir ou vert parce qu'il n'y a plus de neige.
07:41Et donc, du coup, qui sont…
07:42Qui deviennent très visibles aussi.
07:43Qui deviennent très visibles.
07:44Qui deviennent très visibles.
07:45Et là, le dessin permet ça.
07:47Le dessin permet aussi l'humour et la prise de distance dont on a parfois besoin pour…
07:52Il ne s'agit pas de dédramatiser, mais de rendre abordable des sujets qui sont très anxiogènes.
07:59Et ça permet des démonstrations en cours.
08:01Ça permet de faire résonner la sensibilité des auteurs et celle des lecteurs et des lectrices.
08:06Et donc, je pense qu'il y a dans la bande dessinée plein d'ingrédients qui nous permettent de parler de ces sujets graves.
08:15Ce sont les sujets en lien avec l'écologie de manière sensible, humaine, drôle.
08:20Et ça explique l'appétence des journalistes, des auteurs, des scénaristes,
08:25des gens qui ont quelque chose d'important à dire à se tourner vers la bande dessinée.
08:29Laurent Bonneau, vous étiez écolo avant de devenir dessinateur ou le contraire ?
08:33Moi, je ne me catégorise pas. Je n'ai pas envie de mettre d'étiquette.
08:36C'est un mot qu'on utilise énormément aujourd'hui, le terme écologie.
08:41Alors, c'est la thématique aujourd'hui, évidemment, donc on en parle.
08:43Mais en fait, je suis plein de choses. Je suis fils, père, frère, citoyen, écolo, enfin plein de choses à la fois.
08:50Et comme mon travail a majoritairement un caractère, on va dire intime, qui est lié soit à un cheminement personnel, soit à de l'observation.
09:00Je vais faire des sujets qui parlent de la famille, comme je peux faire des livres qui parlent d'écologie, effectivement.
09:05Mais je ne suis pas sûr que ce soit le sujet qui m'amène vers ça.
09:09Et je rebondis juste sur ce qu'on vient de dire à l'instant, parce que vous savez mieux que moi, vous n'êtes plus calé là-dessus.
09:14Mais sur l'étymologie, on va dire du terme écologie, mais c'est-à-dire sur le fait que les choses, tout est lié.
09:19En gros, c'est ça, l'écologie. Et les livres, pour moi, en tout cas à mon sens, c'est un caractère justement de lien.
09:26Et donc notamment la bande dessinée, puisque c'est le médium que j'utilise, est presque religieux dans le sens où c'est un objet qui relie, qui permet de relier les lecteurs, les auteurs, les autrices, les lectrices et les informations.
09:37Et la bande dessinée aussi, ça permet, je pense, de parler d'événements, de pointer du doigt des événements, mais en en parlant de manière plus humaine.
09:46Amélie Mouget, vous êtes d'accord avec ça ?
09:48Oui, complètement. Et puis ça permet aussi, dans cette écologie et cette définition de l'écologie, de remettre l'humain à sa place dans des environnements qu'on donne à voir.
09:59Là, en l'occurrence, la montagne pour ce qu'on a fait là, mais aussi à sa place par rapport à d'autres espèces animales qui peuvent prendre toute leur place.
10:08Je pense notamment aux bandes dessinées d'Alessandro Pignocchi, où ce sont des mésanges qui se mettent à parler.
10:13Et du coup, ça permet des renversements de perspectives et de se décentrer un peu, d'avoir des visions qui sont peut-être moins anthropocentrées.
10:23Et donc, ce n'est pas seulement, on parle d'écologie, mais on utilise les ressorts de la bande dessinée pour avoir une réflexion plus globale sur la place de l'humain dans le monde et son impact.
10:35C'est ce que vous avez fait d'enverser les choses d'ailleurs, vous aussi, Laurent Bonneau, en faisant parler l'eau aussi.
10:40Tout à fait. Ça a été le projet de cette BD sur La Royale avec les La Royale.
10:44Oui, effectivement. Donc, on change presque de point de vue. Ce n'est plus un point de vue anthropocentré, comme vous dites à l'instant, mais presque éco-centré.
10:49Et c'est ça qui est génial aujourd'hui, c'est que c'est permis.
10:53Avec Loire aussi, Etienne Davaudot a étalé sur scène.
10:56Absolument, faire parler le fleuve. On en reparlera évidemment tous les trois tout à l'heure avec le bruit de l'eau que vous publiez chez Futuropolis.
11:04Laurent Bonneau avec Alain Bujac.
11:06On observe également, Amélie Mouget, une sorte de retour dans la BD écolo à des thématiques plus quotidiennes autour de la forêt, la vie ordinaire, l'écologie sauvage.
11:17Ça aussi, cette échelle du quotidien, elle est plus efficace selon vous pour partager l'environnement avec le public ?
11:24Oui, je pense que ça s'inscrit dans une palette, comme on le disait, très large. Il y a le quotidien, le caractère sensible d'une bande dessinée sur la forêt.
11:35Il peut y avoir la démonstration et l'enquête. Moi, je considère que la bande dessinée est vraiment très adaptée à déplier un sujet, à le comprendre dans sa complexité, ses ramifications.
11:48Évidemment, sur des sujets comme la forêt, la bande dessinée, c'est génial parce que c'est beau.
11:54Et du coup, il y a cette phrase d'Emilia, ce à quoi on tient.
11:58La bande dessinée permet de montrer ce à quoi on tient, que ce soit la montagne, que ce soit la forêt.
12:02Et je ne sais pas si c'est de la quotidienneté, mais c'est plutôt relié et peut-être dans des environnements très urbains, très déconnectés de milieux naturels.
12:16La bande dessinée recrée ce lien entre des environnements menacés, des environnements en transformation et nous donne à voir ce qu'on risque de perdre.
12:27Laurent Bonneau, est-ce qu'il y a aussi un aspect pour vous, en tant que dessinateur pédagogique, voire patrimonial, qui est intéressant aussi dans le fait de proposer cette bande dessinée au public ?
12:39Disons que ce n'est pas une volonté très claire derrière moi. Je rebondis plus sur ce qu'on vient de dire à l'instant, c'est-à-dire donner à voir.
12:45Mon rapport, c'est plutôt une forme de sublimer le réel. Donc je pense que la BD le permet.
12:49Après, est-ce qu'il y a une volonté de garder quelque chose de patrimonial ? Je ne sais pas.
12:54Alors, disons que pour moi, l'heure, elle n'est plus à sensibiliser. En tout cas, aujourd'hui, si on veut ne plus parler aux convaincus, et justement, la BD permet d'ouvrir ce champ, on n'est plus là-dedans.
13:06On est plus dans la création d'empathie. En règle générale, je crois que notre espèce, elle est forte pour raconter, pour être dans la fiction constante, raconter, se raconter.
13:16Et la BD permet ça, permet d'être dans l'empathie, de créer des affects, créer des attachements. Et c'est ça qui nous permet de défendre quelque chose.
13:21On a tous des attachements au quotidien. On parle d'écologie, ça peut être au niveau des désastres écologiques, ça peut être au niveau du non-accueil des migrants, ça peut être au niveau des abus auprès des enfants, qui est toujours constant.
13:33Bref, il y a toujours des injustices comme ça à défendre. Et le médium de la BD permet de venir toucher par l'émotion.
13:40Oui, on le verra dans votre avis. C'est évidemment un vecteur très fort qui permet de sensibiliser aussi énormément.
13:48Amélie Mouget, avant de passer justement tout à l'heure à cet exemple de la Vallée de la Roya, autre aspect important quand même dans le domaine de la bande dessinée écolo,
13:55ce sont les défis aussi liés à la production et co-responsables dans l'édition de la BD.
14:01Où est-ce qu'on en est selon vous dans ce domaine-là ? Est-ce qu'il y a des arbitrages qui sont difficiles à faire ? Est-ce que les choses ont changé ? Comment ça se manifeste ?
14:08C'est compliqué parce qu'évidemment on mange du papier, on consomme du papier pour produire ces bandes dessinées.
14:13Et puis on a longtemps parlé de bulles, du coup, c'est un volume de production qui est quand même important,
14:19avec des numéros qui partent au pilon quand il y a un écart entre les projections et les ventes réelles.
14:26Exactement, et c'est très souvent le cas.
14:28Bon, il y a plein de... la qualité du papier évidemment, imprimé le plus près possible pour réduire les distances.
14:36Mais on arrive à faire des efforts là-dessus ou pas ? Aujourd'hui, réellement, ou on est quand même sur des choses très anecdotiques ?
14:41C'est compliqué après, moi je crois beaucoup... ça va paraître complètement...
14:46mais je crois beaucoup aux médiathèques, aux bibliothèques, en fait au lieu de circulation de...
14:50Et de conservation aussi.
14:51Et de conservation de ces ouvrages.
14:54Et moi, ce qui me réjouit le plus quand on travaille sur un livre de bande dessinée,
14:58c'est de savoir qu'il va tourner en médiathèque auprès de 100, 200, 300 personnes.
15:04Et après, évidemment, cette consommation effrénée de papier pose question.
15:11Après, j'ai tendance à considérer qu'on a à la fois un propos fort, à la fois un acte de création.
15:19Et on parlait de l'IA tout à l'heure, quand on met les ratios de consommation de ressources et d'apports,
15:27c'est compliqué de trancher et de se dire, on va supprimer le papier,
15:30ça reste quelque chose qui permet cette transmission.
15:34Allez, on va se retrouver dans un instant pour parler de vos actualités respectives.
15:38Vallée de la Roya d'un côté, le mal des montagnes de l'autre,
15:41et puis vous dialogerez avec les auditeurs et auditrices de La Terre au Carré
15:44autour de cette thématique écologie et bande dessinée.
15:46Et faites-nous part également de vos remarques.
16:16Sous-titrage Société Radio-Canada
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35:08C'est là que l'enquête a pris une dimension assez savoureuse à mettre en scène en bande dessinée,
35:15c'est-à-dire les portes que se prenait Inès quand elle cherchait à faire éclater la vérité sur les morts animales et humaines
35:25et sur le lien entre ces marées vertes et l'agro-industrie.
35:31Et là, il y a eu tout un festival d'explications plus ou moins fantasques de promoteurs du modèle agro-industriel.
35:41Il y a eu évidemment des responsables de communication fuyants.
35:46Et on a pu mettre en scène ce petit théâtre humain de personnes qui sont directement impactées,
35:52les victimes, les familles des victimes et puis les personnes en responsabilité qui essayaient d'étouffer l'affaire.
36:02Et la grande vertu de cette bande dessinée qui a connu un succès parce que l'enquête est implacable
36:07et la mise en scène graphique est vraiment très fine,
36:12la grande réussite c'est que ce n'est plus possible maintenant de mettre ce sujet sous le tapis
36:18puisque cette bande dessinée existe et il y a un avant et un après.
36:23La démonstration est là, elle est faite, elle a été adaptée en plus au cinéma.
36:27Quel regard vous portez vous sur la transposition au cinéma d'ailleurs ?
36:30Le passage de la BD là pour le coup au ciné ?
36:33Je trouve que c'est complémentaire parce qu'en fait la bande dessinée,
36:37puis c'était un peu le parti pris à la revue dessinée, c'était de ne pas mettre en scène la journaliste.
36:42Donc Inès, on a une main qui tend un micro qui surgit dans une case
36:45et c'est le maximum de sa présence.
36:48Ce qui n'est plus du tout le cas après.
36:49Ce qui n'est plus du tout le cas dans la BD.
36:51C'est comme un contre-champ en fait.
36:53Le film, ça permet de raconter l'histoire humaine, la démarche qui est celle d'Inès,
37:00les pressions, les intimidations, ce climat, ce polar breton.
37:05Et ça permet aussi de montrer que, ce qu'on peut voir depuis aussi,
37:10la conflictualité autour des enjeux en lien avec l'écologie
37:15et les divergences d'intérêts écologiques, économiques.
37:19Et là, la question des algues vertes cristallise tout ça.
37:21Laurent Baudot, c'est une BD que vous avez lue, vous, algues vertes ?
37:24Oui, bien sûr.
37:25Quel regard en tant que dessinateur, là encore, vous portez sur ce travail ?
37:28Alors en tant qu'auteur, ou même en tant que lecteur plutôt.
37:31Moi, j'ai beaucoup apprécié.
37:33Mais après, on n'a jamais un moment, comment dire, de détente et un moment de...
37:41Je ne trouve pas le terme, mais en gros, quand on lit une BD,
37:44on lit un ouvrage de confrère.
37:46Du coup, on est beaucoup dans l'analyse.
37:47Moi, personnellement, en tout cas, c'est comme un vigneron qui goûte un vin.
37:49Mais bien sûr, vous avez votre travail qui fait que, voilà,
37:53vous avez des réflexes aussi dans ce que vous regardez et vous lisez.
37:56On n'est pas tout à fait sur de la lecture plaisir.
37:58C'est ça.
37:58D'autant que le propos est dense, l'enquête est copieuse.
38:02Donc, que ce soit pour Alguevert ou Chant de Bataille,
38:05on est sur des lectures qui viennent faire la démonstration.
38:10Donc, le dessin accompagne, aide, donne de la sensibilité de la facétie.
38:15Mais ça reste quand même un contenu copieux.
38:17Parlons maintenant du mal des montagnes.
38:18Un monde a réinventé, puisque ça fait l'objet aussi d'une enquête de 180 pages
38:22qui est sortie en octobre avec Reporters et la revue dessinée.
38:26Là aussi, le choix de la montagne comme terrain d'enquête central,
38:30alors qu'on parle souvent des règlements climatiques à l'échelle globale
38:33plutôt qu'en altitude.
38:34Ça vous semble être une bonne porte d'entrée ?
38:37Oui, parce que la montagne est à la fois un lieu d'extrême vulnérabilité
38:42avec un réchauffement climatique qui est deux fois plus rapide,
38:45une hausse des températures deux fois plus rapide qu'ailleurs
38:47et une concentration des espèces végétales, animales très importante.
38:52C'est un territoire où les habitats sont fragmentés
38:56et où le déplacement des espèces est compliqué.
39:01Autant pour les oiseaux, monter en altitude à mesure que ça se réchauffe,
39:05c'est possible.
39:05Pour les plantes et les grenouilles,
39:08on a fait d'ailleurs d'une grenouille un personnage principal de l'une des enquêtes,
39:12c'est compliqué.
39:13C'est un territoire, donc là je parle uniquement du volet scientifique et naturaliste,
39:18mais il y a aussi toute l'activité humaine
39:19et on se rend bien compte que la fuite en avant des espèces
39:23qui essayent d'échapper au réchauffement,
39:25elle concerne aussi l'organisation économique,
39:28les stations de ski de moyenne petite montagne
39:30qui se retrouvent face à un mur qui est...
39:32C'est ça, dans un modèle qui est complètement en train de changer aujourd'hui
39:35et vous montrez aussi que d'autres montagnes sont possibles d'ailleurs
39:38à travers des initiatives locales comme la relance de la filière laine en Ariège.
39:43Ça aussi c'était important de ne pas uniquement faire le constat alarmant
39:46mais aussi de proposer des choses finalement.
39:48Complètement, c'est une préoccupation qui est constante à Reporters
39:53de ne pas laisser les lecteurs et lectrices seuls et sans alternatives
39:59et puis c'est politique parce qu'il n'y a pas d'alternatives,
40:02c'était très marqué politiquement.
40:04Et il faut accompagner vers d'autres possibles
40:08et c'était une des ambitions de cet ouvrage de dire
40:14en fait on peut habiter la montagne de manière différente
40:17et donc on joue même, on dépasse, c'est un objet journalistique
40:20mais on bascule dans la fiction à la fin
40:22pour raconter ce que serait une montagne enviable,
40:26vivable dans quelques décennies, en 2050
40:30et ça nous permet d'utiliser le dessin comme support à l'imaginaire.
40:34Ça s'appelle le mal des montagnes, un monde à réinventer,
40:37180 pages d'enquête en bande dessinée
40:40avec Reporters et la revue dessinée
40:42et on passe aux questions des auditeurs et auditrices pour vous.
40:49Isabelle nous dit ceci, je suis tombé par hasard il y a quelques années
40:51sur un manga sur une vision idéaliste de réforme de l'agriculture japonaise,
40:56vraiment sympa car il mêle une histoire romanesque
40:58et des idées écolo super intéressantes,
41:00il s'agit du manga Les Fils de la Terre,
41:03je ne sais pas si vous ne l'avez pas lu
41:04mais vous avez le droit,
41:06j'avais pas de problème.
41:08Jean-Paul nous dit, sans vouloir avec ces personnes,
41:10je précise que les lagopèdes alpins ne sont pas des lapins
41:13mais des oiseaux blancs.
41:14Tout à fait.
41:14Mais oui, la boulette.
41:17Merci Jean-Paul de votre précision.
41:20Existe-t-il, demande Gilles,
41:22dans la bande dessinée des scénarios écolo
41:23qui font rêver au lieu de nous désespérer ?
41:26Ça c'est une bonne question.
41:27Est-ce qu'on peut parler d'un environnement onirique ?
41:31Les scénarios de lutte me font plutôt rêver.
41:34En tout cas, est-ce qu'on peut avoir...
41:37Quand la fin est positive,
41:39quand ça se termine bien.
41:40Oui, et puis c'est toujours des moments
41:41de lien fort entre les gens.
41:44Plogoff, la bande dessinée Plogoff
41:46qui raconte...
41:47Le Larzac.
41:48Le Larzac.
41:50La ZAD, c'est plus grand que nous.
41:52Il y a quand même toute une palette
41:54de bandes dessinées
41:56qui racontent comment des gens
41:58créent du lien entre eux
42:00en s'organisant contre la destruction du monde.
42:03Laurent Bonneau, pour répondre à Gilles.
42:05Moi, je pense à un projet
42:06que je commence à l'instant
42:07avec Camille de Toledo
42:08qui est justement,
42:09pour en finir avec toute cette époque
42:10de dystopie
42:11dont on est submergé
42:14et pour effectivement proposer un récit
42:16qui soit sous forme
42:17d'un avenir désirable
42:19avec cette remise en question
42:21ce que lui appelle
42:21le tournant des droits de la nature.
42:23C'est-à-dire en gros
42:23toute cette remise en question
42:24de comment passer d'un droit
42:26d'un droit attribué
42:28avec une personnalisation juridique
42:30donnée aux entités
42:31aux écosystèmes
42:32ou aux entités non...
42:33Aux fleuves par exemple ?
42:34En ce qui concerne
42:34ce qu'il a travaillé sur la loi.
42:35Tout à fait.
42:37Et voilà.
42:37Donc c'est une possibilité
42:38de réfléchir.
42:39Et j'ai en tête,
42:40mais bon, c'est pas du tout une BD,
42:41j'ai en tête un film
42:41que j'ai vu récemment
42:42qui s'appelle Arco
42:42et que je trouve réussi en tout point
42:44et qui justement surfe là-dessus
42:49proposant un imaginaire.
42:53Et on prend.
42:53Que ce soit BD, film, on prend.
42:54Tout ce qui est bon pour la tête,
42:55on prend en ce moment.
42:57Allez, on passe à une question vocale
42:58qui concerne, paraît-il,
43:00le Goldorak.
43:00J'attends de voir
43:01de quoi il s'agit
43:02par rapport à l'écologie.
43:03Bonjour Mathieu.
43:04Merci de ne pas oublier
43:05Goldorak,
43:06moi qui ai plus de 50 ans,
43:08qui a été pour moi
43:09la première BD,
43:10le premier dessin animé
43:11qui a eu un impact
43:12sur la vision écologique,
43:15qui était vraiment précurseur
43:17à ce niveau-là
43:17et qui a imprégné
43:19ma jeunesse.
43:21Merci Yves
43:22pour ce petit souvenir
43:23des années 80,
43:2470, 80,
43:25parce que moi aussi
43:26c'était mon personnage
43:27Goldorak,
43:27fulgure au point et tout ça.
43:29Laurent Bonneau,
43:29vous êtes trop jeune
43:30pour Goldorak.
43:32Amélie, même chose.
43:33Voilà, ça ne vous dit
43:35absolument rien.
43:36José nous dit
43:37la BD est un vecteur également
43:38quand on est une personne
43:39comme moi
43:39qui suis mal à l'aise
43:40pour parler d'écologie
43:41avec certains de mes amis.
43:42Du coup, j'achète une BD,
43:43par exemple une bouteille à la mer,
43:44Isabelle Outissier
43:45que j'ai connue
43:46avant votre émission.
43:47Je l'ai déjà offerte quatre fois
43:48et elle est toujours bien accueillie.
43:50Ça, c'est une bonne idée, oui.
43:51Quand on veut s'épargner
43:53peut-être des discussions
43:53parfois difficiles
43:55d'offrir.
43:57On a des anecdotes
43:58avec quatre algues vertes
43:59sous le sapin
44:00à Noël.
44:01C'est vrai, carrément.
44:02Des familles entières
44:03qui s'offrent
44:04à la bande de ciné.
44:06Merci beaucoup en tout cas
44:07à tous les deux
44:07d'être venus.
44:08Je renvoie donc
44:08sur le bruit de l'eau
44:09que vous signez,
44:10Laurent Bonneau
44:11avec Alain Bujac,
44:12c'est chez Futuropolis,
44:13discussion dans la vallée
44:14de la Roya.
44:14Ça date de 2024
44:15et puis du mois d'octobre,
44:16Le Mal des Montagnes,
44:17reporter avec la Revue des Ciné.
44:19Je signale également
44:19qu'il y aura un festival
44:20off d'Angoulême
44:21à la fin du mois de janvier.
44:24Ça va durer deux jours.
44:26Il sera présent d'ailleurs
44:26notre camarade Hervé Kempf,
44:28ancien rédacteur
44:29en chef de reporter
44:29avec une autre bande dessinée
44:31qui s'appelle
44:31Comment les riches ravagent
44:32la planète.
44:33Ce sera le 30 janvier prochain.
44:35Il y aura également
44:36une exposition
44:36autour de cette bande dessinée.
44:38Merci beaucoup à tous les deux.
44:39C'est l'heure de retrouver
44:40le fil de l'histoire
44:41avec Stéphanie Duncan.
44:41C'est l'heure de cette bande dessinée.
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