- il y a 3 heures
En 2019, un événement biologique fait basculer le monde dans une crise globale inédite. Le recul de l’histoire nous permet maintenant de mieux voir comment le COVID-19 a mis en lumière les failles de coopération sanitaire, les silences politiques et les menaces de la fausse information.
Retrouvez la « Terre au carré » sur France Inter et sur : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/la-terre-au-carre
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00:06Musique
00:18Aujourd'hui, Covid-19, chronique d'une déflagration mondiale, racontée par...
00:23William Audureau, journaliste au Monde.
00:26Musique
00:27France Inter
00:30La Terre au carré
00:34Mathieu Vidard
00:35En décembre 2019, des cas d'une mystérieuse pneumonie apparaissent autour d'un marché aux fruits de mer de Wuhan
00:41en Chine.
00:42En trois mois à peine, le virus se répand sur toute la planète, provoquant des confinements inédits,
00:47paralysant des économies entières et bouleversant la vie de milliards de personnes.
00:51Six ans plus tard, la pandémie de Covid-19 reste pourtant une histoire que personne ne sait vraiment raconter.
00:57Dans sa globalité et pour cause, cette histoire commence bien avant décembre 2019.
01:02Elle commence dans les grottes à chauves-souris du sud de la Chine, où des virologues collectent depuis des années
01:07des coronavirus inconnus.
01:09Elle commence avec le SRAS en 2003, lorsqu'un médecin contaminé entre dans un hôtel de Hong Kong et déclenche,
01:15depuis le couloir du 9e étage, la première grande crise sanitaire du siècle.
01:19Elle commence aussi dans les laboratoires américains et chinois, qui au nom de la prévention manipulent des virus pour tenter
01:25de prédire la prochaine pandémie.
01:27Des expériences qui font aujourd'hui l'objet de toutes les suspicions.
01:30Lorsque le Covid-19 frappe, les autorités chinoises tardent à réagir et font taire les médecins lanceurs d'alerte.
01:36L'information finit par fuité, non par les cannes officielles, mais par des boucles de discussions en ligne entre soignants.
01:43Ensuite, tout s'accélère, la panique sur les réseaux sociaux, les erreurs de diagnostic, les masques qu'on dit inutiles
01:49puis indispensables,
01:50la course au traitement miracle, l'explosion du complotisme.
01:54Aujourd'hui, des milliers de documents déclassifiés, courriels entre chercheurs, témoignages sous serment, SMS entre chefs d'État,
02:00permettent enfin de reconstituer ce puzzle.
02:04Et c'est cette histoire que nous allons vous raconter.
02:11Bonjour William Audureau.
02:13Bonjour Mathieu.
02:13Merci d'être avec nous, vous qui publiez aux éditions Alary, histoire mondiale du Covid.
02:19Vous avez longuement travaillé sur la désinformation liée justement à la pandémie pour le monde.
02:23Votre ouvrage, qui est en forme de journal de bord, s'appuie donc sur des milliers de documents rendus publics
02:29ces dernières années.
02:31Quels sont d'ailleurs ces documents et pourquoi est-ce que vous avez choisi de faire la chronique du Covid
02:35?
02:36Alors des documents, il y en a vraiment de toutes sortes.
02:39Le grand problème qu'on a eu autour du Covid, ce n'était pas l'absence de documentation,
02:43c'est qu'on avait presque trop, à la fois sur le moment même, les milliers de messages sur les
02:48réseaux sociaux,
02:49parfois de scientifiques eux-mêmes qui s'exprimaient en direct, les articles dans toutes les langues
02:53qui permettaient de suivre, en tout cas si on avait le don d'ubiquité, qui permettaient de suivre tout ce
02:58qui se passait en même temps.
02:59Et puis il y avait effectivement tout ce qui se passait un petit peu en coulisses,
03:03les échanges entre des responsables scientifiques, entre des membres de gouvernement, etc.
03:10Et c'est vrai qu'il était quasiment impossible en temps réel de comprendre vraiment tout ce qui se passait.
03:17Ça a été une espèce de zizanie informationnelle absolument gigantesque.
03:23Alors pourquoi l'écrire sous forme de chronique ?
03:26Ça s'est fait un peu naturellement.
03:28C'est né pour moi d'une interview qu'avait donnée Agnès Buzyn,
03:32où elle expliquait qu'elle avait été la première à entendre parler du Covid dès Noël 2019.
03:37Et on avait été plusieurs journalistes à l'époque, c'est bizarre à l'époque,
03:40même les Chinois eux-mêmes ne sont pas au courant.
03:43Et on avait fait un premier article au Monde, une espèce de psychologie un peu simple,
03:48pour essayer de remettre en ordre.
03:49Mais à l'époque, on était au printemps 2020.
03:51On avait encore relativement peu d'informations.
03:54Et puis, il y avait encore beaucoup d'indécisions scientifiques.
03:58Aujourd'hui, les choses sont quand même différentes.
04:00On s'appuie, et ce livre s'appuie sur plus de cinq ans de recherche,
04:04qui ont permis aujourd'hui quand même d'acquérir un certain nombre de certitudes
04:08sur ce qu'est ce virus, ce qu'il n'est pas,
04:12sur les chemins qui lui ont permis d'arriver jusqu'à nous.
04:15Ce qui permet, je pense, aujourd'hui, d'arriver à une vision enfin un peu claire et cohérente
04:19de ce qu'on a tous vécu dans une espèce de brouillard totale.
04:23Donc, une chronique, une sorte de journal de bord, c'est ce que je disais également.
04:27Histoire d'alléger aussi, finalement, peut-être aussi la densité du nombre d'informations.
04:33Alice Buzyn, 2019, était déjà au courant.
04:35C'est quoi cette histoire, alors ?
04:36Alors, c'est ce qu'elle a prétendu.
04:39Elle a affirmé avoir été l'une des premières à avoir vu ce qui se passait en Chine.
04:43Alors, ce qui est intéressant, c'est qu'aujourd'hui,
04:45on a été rendu public par la Cour de justice de la République,
04:49et les SMS qu'elle a envoyés à l'époque, il n'y a absolument aucune preuve qu'elle était
04:54au courant.
04:54Et pour cause, en fait, aujourd'hui, on sait très bien que les scientifiques chinois eux-mêmes,
05:00même les médecins, n'étaient pas au courant de l'existence de la maladie.
05:02La maladie, on sait qu'elle est découverte pour la première fois autour du 27 décembre et pas avant.
05:06Est-ce que ça a été facile pour vous de trier le bon grain de livret
05:09alors que le Covid a fait l'objet de beaucoup de désinformation et de complotisme, justement,
05:13parce que vous avez travaillé sur cette partie-là ?
05:15Facile, non, certainement pas.
05:16Certainement pas. D'ailleurs, c'était la grande difficulté, je pense,
05:19c'est d'essayer de trouver la juste place à donner à la désinformation dans l'histoire du Covid.
05:25C'est bien le problème, c'est que la désinformation, à la fois, elle pollue notre compréhension,
05:30mais en même temps, elle a joué un tel rôle dans cette histoire qu'on ne peut pas l'occulter.
05:36Ça fait partie des particularités du Covid, de cette pandémie, justement.
05:40Tout à fait. De la désinformation, des rumeurs, des théories du complot pendant une crise sanitaire,
05:43en fait, vous en avez tout le temps. J'en parle un petit peu, lors de la crise du SARS
05:48en 2003,
05:49vous avez déjà des rumeurs qui circulent, vous avez déjà quelques accusations de virus qui seraient sortis d'un laboratoire.
05:54Mais à l'époque, c'est très mineur, c'est très marginal.
05:56Là, la grande différence avec le Covid, c'est que ces rumeurs-là, elles sont reprises au plus haut niveau
06:03de l'État.
06:03Vous avez Emmanuel Macron qui essaye de se situer sur la question de l'hydroxychloroquine,
06:09alors qu'il n'est pas scientifique.
06:10Vous avez Donald Trump qui s'approprie les rumeurs qui accusent la Chine d'avoir créé le virus.
06:15Et la Chine elle-même, qui donne une publicité incroyable à des théories du complot complètement délirantes.
06:21Donc, c'est vraiment devenu une arme de guerre froide.
06:24Et tout ça avec la caisse de résonance des réseaux sociaux, évidemment.
06:27Parce que c'est aussi ce qui fait la différence avec 2003, c'est qu'en 2020, tout le monde
06:30utilise ça.
06:31Donc, ça circule ultra vite.
06:32Oui, tout à fait, avec des rebonds en permanence.
06:34On s'aperçoit que vous avez un sénateur américain qui, dans un tweet, incendie les responsables chinois
06:45qui répondent sur Twitter, alors que Twitter n'est pas ouvert en Chine.
06:48Donc, on voit vraiment qu'on est sur un terrain qui est déjà investi pour de la réponse diplomatique.
06:54Et puis, c'est repris dans des conférences de presse très officielles de chefs d'État.
06:59William Audureau, vous l'écrivez pour comprendre l'histoire du Covid.
07:02Il faut remonter bien avant décembre 2019, dès 2002, avec une mystérieuse fièvre qui apparaît en Chine.
07:10Une prière, pas tout à fait comme les autres, pour venir à bout d'une épidémie qui a déjà fait
07:1413 morts à Hong Kong.
07:16Ici, les malades sont chaque jour plus nombreux, ne serait-ce que dans le quartier résidentiel de Amoy Gardens,
07:21où le SRAS, le syndrome respiratoire aigu sévère, a flambé à une vitesse inquiétante.
07:26Près d'une centaine de nouveaux cas en seulement trois jours.
07:29Le masque chirurgical est presque partout de rigueur, d'autant que des prospectus imprimés à la hâte
07:34indiquent que c'est la seule protection efficace connue actuellement.
07:37Pourtant, aucune panique n'a été observée dans la ville.
07:40Là, nous sommes le 30 mars 2003, c'est un document France 2.
07:43Le SRAS, donc, 2002-2003.
07:46William Audureau, c'est la crise fondatrice, comme vous l'appelez.
07:49Oui, tout à fait.
07:50C'est à la fois la première grande crise du 21e siècle.
07:54C'est un moment où on se rend compte qu'avec l'interpénétration incroyable des économies
07:59et le tourisme planétaire, en fait, un virus qui apparaît en Chine,
08:04le lundi, le dimanche, il peut être dans le monde entier.
08:07Je cracature un petit peu.
08:09Et c'est le moment où vraiment les instances internationales, notamment l'OMS,
08:13prennent conscience qu'on ne peut pas lutter efficacement contre l'émergence virale
08:17s'il n'y a pas une collaboration entre les États.
08:20Et si vous n'avez pas une politique vraiment très volontariste de transparence, déjà.
08:27Et vous savez, cette idée qui est vraiment centrale,
08:29qu'à partir du moment où un État se dote des moyens de détecter des menaces virales,
08:35il doit en informer très rapidement les autres pays.
08:38C'était vraiment digne d'une scène de film, d'ailleurs,
08:40la façon dont s'est propagé le virus à l'époque, avec ce médecin dans un hôtel, c'est ça
08:45?
08:45Et qui, en une fraction de seconde, quasiment, a contaminé tout le monde ?
08:48Oui, à l'époque du SARS, il y a un épisode qui est considéré comme un délice pour épidémiologistes.
08:54Je cite Anthony Fauci, un célèbre responsable sanitaire américain.
08:58Effectivement, c'est un médecin chinois qui se rend à Hong Kong,
09:03loge à un hôtel, est malade, vomit sur le pas de sa porte.
09:08Et puis, on découvre à ce moment-là, avec le recul,
09:12que, effectivement, le virus, via les particules, se diffuse dans tous les couloirs de l'hôtel.
09:17Et vous allez avoir une vingtaine de malades rien qu'à cet étage.
09:22Et comme c'est un hôtel international, ce qui est terrible,
09:24c'est que les clients, en repartant chez eux, qui, dans d'autres endroits de Hong Kong,
09:29d'autres au Canada ou au Vietnam, vont emmener le virus avec eux.
09:32Et, en même temps, la Chine montre ses failles en matière, justement, de transparence.
09:37Justement, les recherches, à ce moment-là, avec le SRAS,
09:40est-ce que ça réveille, d'une certaine manière, la communauté scientifique ?
09:43Est-ce qu'elle se lance dans des recherches pour mieux comprendre ce virus-là, à l'époque ?
09:47Et, dans le cas, faire anticiper la prochaine pandémie ?
09:51Oui, oui, totalement.
09:52Effectivement, il y a une grande course qui se lance, en Chine notamment.
09:58Si vous voulez, il y a une prise de conscience.
09:59La Chine se rend compte, au moment du SARS, qu'elle a mal géré, elle a très mal géré.
10:03Elle n'a pas vu venir la chose, elle n'a pas réussi à l'identifier,
10:06elle n'a pas réussi à communiquer dessus.
10:08C'est un échec total.
10:09Donc, elle réagit de deux manières.
10:11D'une part, elle met en place ce qui est censé être une espèce de muraille contre les virus,
10:17c'est-à-dire une espèce de mécanisme de détection et de remontée des cas de pneumonie suspectes sur l
10:22'ensemble du territoire.
10:23C'est un projet très, très, très ambitieux.
10:25Et, en même temps, vous avez des chercheurs chinois qui se lancent à la recherche des origines du virus du
10:31SARS
10:31et qui essayent de comprendre de quel animal y provient, quels sont ses mécanismes d'action
10:36et qu'est-ce qui fait que tel virus a pu contaminer les humains
10:40quand tel autre virus de la même famille, on parle de coronavirus, sont parfaitement anodins.
10:45Et la Chine va devenir l'une des locomotives mondiales de la recherche sur le coronavirus à partir de ce
10:51moment-là.
10:51William Audureau, la partie antérieure à la pandémie de 2020, elle occupe beaucoup de place dans votre ouvrage.
10:56C'était important pour vous, justement, de raconter tout ce qui s'était passé avant
10:59et de remonter assez loin, d'ailleurs.
11:01Oui, tout à fait.
11:02En fait, il y a vraiment un parti pris dans ce livre.
11:04C'est que, vous savez, quand la pandémie a éclaté, on a tous été pris de courant.
11:08On a tous été un petit peu obligés de devenir Bac plus 5 en virologie en l'espace de trois
11:12semaines.
11:13Malheureusement.
11:14Malheureusement, avec certaines erreurs, on va dire.
11:19Et l'idée, je me disais, je voudrais qu'au moment où on arrive à la pandémie,
11:24le lecteur ait déjà toutes les informations en tête pour qu'il puisse comprendre au 1er janvier 2020
11:29quand il y a une interprétation qui apparaît sur les réseaux, qui est complètement délirante.
11:33Que là, le lecteur ait les informations qui nous manquaient à l'époque.
11:36Et c'est un vrai parti pris.
11:38Ce qui explique, effectivement, qu'on arrive un petit peu tardivement dans l'arrivée du virus.
11:44Page 165, en fait.
11:45On est en janvier 2020.
11:46Page 165 du livre.
11:48Un livre de 500 pages.
11:51Mais qu'au moment où on y arrive, je pense que là, on est dans la position du lecteur qui
11:57est éduqué aux choses de la virologie.
12:00Et on comprend à la fois les réactions des scientifiques qui connaissent leur sujet.
12:06On comprend à quel point certaines minimisations des responsables sanitaires sont dangereuses au dernier degré.
12:13Et on comprend à quel point certaines rumeurs qui apparaissent sont complètement à côté de la plaque.
12:17William Ouduro, ce marché de Wuhan en Chine.
12:21Qu'est-ce qu'on sait exactement de lui, puisque cet endroit va devenir l'épicentre de l'épidémie ?
12:27Oui, alors, il s'appelle en chinois « marché aux fruits de mer ».
12:33Mais on sait très bien qu'on n'y vendait pas du tout que des fruits de mer.
12:35C'est ce qu'on appelle un marché humide, un marché où on vend des animaux sauvages vivants.
12:40Qui, à ce titre, comme la plupart des marchés humides, c'est un nid à microbes, à pathogènes.
12:45Donc, il y a des risques importants de zoonose, c'est-à-dire de passage de maladies des animaux aux
12:51humains.
12:52Et ce marché-là, en particulier, comme d'autres, était dans le collimateur des autorités sanitaires chinoises,
13:01parce que la Chine entretient un rapport très ambivalent, si vous voulez, au commerce d'animaux sauvages.
13:06D'un côté, c'est quelque chose qui est très ancré culturellement,
13:09qui est vu comme un sonyme de prestige, notamment en Chine du Sud.
13:15Et de l'autre, on sait très bien que ça pose plein de questions d'un point de vue hygiénique,
13:21en termes de santé publique.
13:22Et vous avez très régulièrement des amendes, dès qu'un stand, soit un peu ostensiblement,
13:28soit s'achalande via des filières qui ne sont pas autorisées.
13:33Et puis, il y a ce qu'on sait aujourd'hui de ce marché,
13:38à savoir que, parmi toutes les hypothèses, toutes les pistes d'explication de l'apparition du virus,
13:45c'est le seul qui résistait à l'analyse.
13:48C'est le seul sur lequel on ait trouvé une abondance de traces génétiques du virus,
13:52parfois mélangé à l'ADN d'animaux,
13:55mélangé à l'ADN d'animaux que l'on sait capable d'attraper le virus et de le transmettre.
14:01Voilà, donc c'est clairement de là que le virus le plus probablement est parti.
14:07Il existe toujours ce marché aujourd'hui, dans les mêmes conditions qu'en 2019 ?
14:10Alors, il existe toujours, mais il est fermé depuis.
14:12C'est-à-dire qu'il a été fermé au 31 décembre 2019 dans la nuit, il n'a jamais
14:17été rouvert.
14:18Donc, il existe, mais il est fermé, ça veut dire quoi ?
14:20Ça veut dire qu'il n'y a plus d'activité dessus.
14:23On ne peut même pas y pénétrer.
14:24On va voir dans un instant avec vous, à quel moment exactement,
14:27la communauté internationale a pris conscience de la menace,
14:30et puis comment le monde ensuite a réagi.
14:33Avec, au milieu de tout ça, on en a déjà dit quelques mots,
14:35la désinformation qui s'est largement installée.
14:37William Audureau, vous êtes notre invité aujourd'hui,
14:39et puis vous répondrez aux messages et aux questions qui arrivent pour vous
14:42sur la page de Latéro Carré.
15:05Sous-titrage Société Radio-Canada
15:26Sous-titrage Société Radio-Canada
21:11à l'époque, au jour le jour.
21:12Il y a des archives qui ont très mal vieilli.
21:15Après, il faut être quand même bon joueur.
21:17C'est un peu facile avec le recul, c'est en plus tard.
21:21On peut avoir la critique facile.
21:22On sait aujourd'hui.
21:23Mais c'est vrai qu'à ce moment-là,
21:26il n'y a plein de minutés.
21:28Bien sûr, bien sûr.
21:30Mais en fait, ce qui n'est pas facile,
21:31c'est que quelle est la bonne réaction
21:33face à un virus de ce type-là ?
21:36Est-ce qu'on risque des deux côtés,
21:38soit l'excès de prudence,
21:39soit l'excès de panique ?
21:43C'est très difficile de trouver le juste milieu.
21:45Là, à ce moment-là, c'est vrai qu'Olivier Véran,
21:47comme d'autres, se base sur ce que la science
21:49sait à ce moment-là.
21:50Et il se trouve qu'à plus tard qu'une semaine plus tard,
21:53il sera très officiellement déclaré
21:54qu'il faut des masques.
21:56Ça rajoute le fait qu'en fait, on n'en avait pas à l'époque.
21:59On n'en avait pas assez.
22:00On le disait, cette pandémie a provoqué une véritable explosion
22:02également de la désinformation, William Audureau,
22:05avec des théories du complot
22:07qui ont pris vraiment une ampleur très, très importante.
22:09Et puis parallèlement, la rivalité aussi
22:11entre les États-Unis et la Chine
22:12qui vient encore brouiller finalement
22:14la compréhension de la crise.
22:16Comment cette dimension d'ailleurs géopolitique,
22:18est-ce qu'elle s'est manifestée à ce moment-là ?
22:20Alors, c'est quelque chose d'assez fascinant.
22:22Il faut se remettre dans le contexte
22:25du début d'année 2020
22:26où il y a un moment de dégel dans la relation
22:28entre les États-Unis et la Chine.
22:30Donald Trump applaudit même
22:32la réaction de la Chine
22:33à cette pandémie.
22:36Et puis arrive le moment
22:37où le virus déferle sur les États-Unis.
22:39Et le moment où apparaît que
22:40Donald Trump n'a pas particulièrement bien géré.
22:43Il a passé son temps à dire
22:44que ce n'était pas dangereux,
22:45qu'on était en sécurité, etc.
22:47Et en fait, son premier réflexe,
22:48qui est un réflexe qu'il a encore aujourd'hui,
22:50quand on regarde bien,
22:51face à ce qui apparaît comme
22:53une erreur de gestion de sa part,
22:56immédiatement, il cherche un bouc émissaire.
22:57Et la première chose qu'il fait,
22:58c'est dire que c'est un virus chinois.
23:01Et il va insister sur ce terme.
23:02Et il sait très bien que c'est une attaque.
23:04Et que c'est perçu comme une attaque par la Chine.
23:06Mais lui, ça lui permet un petit peu
23:07de détourner l'attention sur la scène nationale.
23:09Et il ne va avoir de cesse dès lors
23:11d'affirmer que le virus,
23:13non seulement provient de Chine,
23:15mais que la Chine a une responsabilité
23:16dans son apparition.
23:18Et comment la Chine va réagir, alors ?
23:19C'est là où c'est terrible.
23:22Avec le recul, en écrivant ce livre,
23:23je réalise que la Chine a péché
23:27par excès de prudence,
23:29par des problèmes de communication interne
23:30sur les premières semaines.
23:31Mais il n'y a pas vraiment
23:33une politique de dissimulation vraiment majeure.
23:37Alors ça se discute au cas par cas.
23:38Mais bon, à partir du moment
23:40où Trump attaque la Chine,
23:41à la réaction de la Chine,
23:42c'est vraiment de dire,
23:42OK, puisque c'est comme ça,
23:43puisque vous nous accusez d'avoir
23:45été à l'origine du virus,
23:46on va vous accuser, vous,
23:47d'être à l'origine du virus.
23:49On va dire que c'est
23:50Ford Eric, un laboratoire
23:52aux Etats-Unis
23:53qui aurait été à l'origine du SARS-CoV-2.
23:56Et puis surtout,
23:57et c'est ça qui est terrible,
23:58c'est que d'un point de vue
23:59strictement scientifique,
24:00la Chine, à partir de ce moment-là,
24:02commence à empêcher
24:03les publications scientifiques
24:05de sortir et de documenter
24:06de manière transparente et sincère
24:09ce que la Chine sait sur le virus.
24:12Donc il va y avoir une fabrication
24:13de contre-récits à ce moment-là
24:14de la part de la Chine ?
24:15Ah oui, complètement.
24:17Un des contre-récits
24:18que je trouve les plus spectaculaires,
24:19c'est que vous avez une étude chinoise
24:21un peu tardive,
24:22elle paraît vers 2023,
24:25où on vous explique
24:26qu'au marché de Wuhan,
24:29il n'y avait pas de chien-vivrein
24:31qui est l'animal considéré
24:32comme le plus probable transmetteur
24:34du virus à l'homme,
24:35mais que par contre,
24:36il y avait des pandas.
24:37Alors que si on mangeait des pandas,
24:39un animal sacré en Chine,
24:40ça se saurait.
24:41Qu'il y avait des antilopes africaines,
24:43une nouveauté a priori aussi au menu.
24:45Et on voit bien que
24:47les publications scientifiques chinoises,
24:50en tout cas certaines sur le sujet,
24:51elles sont entrées dans une nouvelle logique.
24:53La logique, c'est de dire
24:54« Ok, vous savez quoi ?
24:55On vous raconte n'importe quoi,
24:57on vous en fume
24:59pourvu que vous nous laissiez tranquille
25:00avec la question de l'origine du virus.
25:02Faites-le apparaître d'où vous voulez,
25:03mais il ne vient pas de Chine. »
25:05Parmi les figures qui ont défrayé la chronique
25:07pendant la pandémie,
25:07celle d'un professeur de microbiologie,
25:09Didier Raoult.
25:10C'était à Marseille.
25:11Écoutons-le.
25:12En 2020,
25:13c'était au mois de mai.
25:15« La chance si on vous vaccine
25:16par une semaine un Covid
25:19est moins importante
25:21que si on vous vaccine. »
25:23« Parmi les vaccinés,
25:24il y a moins d'hospitalisation,
25:27mais il n'y a pas moins de morts.
25:28On a 46 patients
25:31qui ont fait un Covid
25:35dans la semaine
25:36qui a suivi l'injection. »
25:37Voilà, c'était avant le mois de mai.
25:39Le professeur Didier Raoult,
25:41dans les pays occidentaux,
25:43les premiers discours rassuristes émergent.
25:45Et en France,
25:45c'est Didier Raoult
25:46qui va s'y mettre.
25:48Il déplore que l'OMS
25:49se mette en alerte
25:50pour un truc
25:50où il y a trois Chinois qui meurent.
25:52Vous le recitez.
25:53Oui.
25:53Oui, c'est pareil.
25:56C'est un peu facile
25:56de se moquer avec le recul,
25:58mais c'est vrai que
25:58ces déclarations
26:00ont particulièrement mal vieilli.
26:02Ce qui a été terrible,
26:04c'est qu'on parle d'un scientifique
26:06qui a proféré,
26:10a asséné des vérités
26:12avec une assurance
26:15vraiment spectaculaire
26:15à un moment
26:16où il y avait une énorme anxiété
26:17dans la population.
26:18Il était quand même
26:19assez facile
26:20de toucher des gens
26:21qui avaient besoin
26:22d'être rassurés.
26:23Et il a eu un coup de génie
26:25en matière de communication,
26:26c'est de s'exprimer sur YouTube.
26:28Quand tous les scientifiques,
26:30eux,
26:31essayaient de suivre
26:32les protocoles habituels,
26:33en tout cas,
26:33en termes de publication,
26:34de vérification scientifique,
26:35etc.
26:36Donc, d'une certaine manière,
26:37il a consécuté un peu tout le monde,
26:38il a révolutionné
26:39la communication scientifique.
26:42Adoubé par Donald Trump,
26:45adoubé par Emmanuel Macron
26:46qui s'était déplacé à Marseille,
26:48il faut quand même s'en souvenir.
26:49Et Didier Raoul,
26:50qui en février 2020,
26:52le 25 février,
26:53concluait justement
26:54dans une de ses interventions
26:57qu'il fallait faire très attention
26:58parce qu'il y aura bientôt
26:59plus de chloroquine
27:00dans les pharmacies.
27:01Et là,
27:02on arrive justement
27:02sur l'épisode
27:04de l'hydroxychloroquine
27:05qui a profondément divisé
27:07en France.
27:08Et ça,
27:08vous racontez vraiment
27:09l'épisode par le menu.
27:10William Audureau.
27:11Oui,
27:12c'est un élément
27:13qui est assez fascinant.
27:15D'ailleurs,
27:16encore aujourd'hui,
27:16je trouve ça vraiment
27:18étonnant
27:19qu'une molécule
27:20avec un nom
27:21aussi imprononçable,
27:22difficile à orthographier,
27:23que personne ne connaissait
27:25encore une semaine avant,
27:26soit devenue
27:27un totem politique
27:28qui divisait la population
27:29en deux.
27:30Ce qui est terrible,
27:31c'est que voilà,
27:32on a appris quand même
27:34quelque chose
27:35comme six mois plus tard
27:37qu'en fait,
27:37les premières études
27:38de Didier Raoult
27:39étaient quand même
27:40frauduleuses.
27:41Ce n'est pas moi
27:42qui le dis,
27:42c'est sa propre équipe
27:43qu'en a témoigné.
27:45Il y a eu rétractation
27:46d'ailleurs sur ces publications.
27:47Plus tard,
27:48ça a pris un petit peu de temps,
27:49mais plus tard.
27:49Raoul qui est devenu
27:50la star des citoyens
27:51et qui était opposé
27:51au confinement aussi
27:52pour avoir supposément
27:54découvert un traitement
27:55simple et efficace
27:55contre le Covid-19.
27:57Comment les confinements
27:58ont été vécus
27:59à travers le monde ?
28:00Qu'est-ce que vous montrez
28:00de cette dimension humaine
28:02de la pandémie justement ?
28:03William Audureau ?
28:05Déjà,
28:06il y a un parti pris
28:07dans ce livre
28:07qui est de ne pas
28:08s'apesantir trop
28:09sur le côté anxiogène
28:11des confinements
28:12parce que c'est un livre
28:13qui sort six ans après
28:14et je pense que toute personne
28:15en âge de lire
28:15s'en souvient.
28:16Et un peu saturation.
28:19On sait ce que c'est.
28:21Je ne cherche pas trop
28:22à rentrer dans le quotidien
28:24du confinement.
28:25Je donne quelques exemples.
28:28Pour le coup,
28:29c'est les rares moments
28:29où je me suis un petit peu
28:30amusé dessus.
28:32À raconter par exemple
28:33elle est très anecdotique.
28:35Comment certains citoyens
28:37à travers le monde
28:38essaient de braver
28:38le confinement ?
28:39Certains en se déguisant.
28:41Alors vous avez un monsieur
28:42en Angleterre
28:43qui s'est déguisé en buisson
28:44pour échapper
28:45au contrôle de police.
28:47À Nice,
28:48il y a deux nageurs
28:49qui sont allés déguiser
28:50en balise
28:52de natation.
28:54Vous avez des épisodes
28:55vraiment très étonnants.
28:56On a beaucoup promené
28:57de chiens aussi en France.
28:58Ah oui.
28:59Ça c'était très populaire.
29:00Il y a un gros succès
29:01des chiens.
29:01Les chiens ont beaucoup
29:02marché.
29:04Mais après,
29:06d'un point de vue
29:06purement objectif,
29:08j'en parle aussi,
29:09c'est vrai que c'est un moment
29:10de détresse,
29:11une hausse très importante
29:14de l'anxiété,
29:15de la dépression.
29:16Mais ce qui est très intéressant
29:17de dire,
29:17c'est que ça n'a pas été
29:17tout de suite.
29:18C'est-à-dire que sur les
29:19premières semaines du confinement,
29:21on se regarde bien,
29:22les indicateurs de morale
29:23sont plutôt positifs.
29:24Il y a beaucoup de personnes
29:25qui voient ça un petit peu
29:26comme des vacances obligatoires.
29:29Alors, Modulo,
29:29tout le monde n'a pas pris
29:30de la même façon.
29:31Mais c'est vraiment
29:32à partir de la cinquième,
29:35sixième semaine
29:36où on voit vraiment
29:37la lassitude qui augmente.
29:40Il y a un truc
29:40assez fascinant.
29:41On le voit notamment
29:42sur les films
29:43qui sont les plus demandés
29:44sur Netflix.
29:45Vous avez de plus en plus
29:46de films tristes
29:47qui commencent à être consommés
29:48à partir du mois
29:49d'avril-émé.
29:51William Auduro,
29:52il y a l'arrivée des vaccins
29:53qui va changer la donne
29:54évidemment le bilan humain
29:56qui sera adressé
29:57ainsi que celui
29:58de la gestion de la crise
29:59par le gouvernement.
30:00On va en parler avec vous
30:01dans un instant.
30:02Et puis, il reste une question aussi
30:03toujours sur ce débat
30:05six ans plus tard
30:06d'où vient exactement
30:07ce virus.
30:07On va faire le point
30:08avec vous dans quelques minutes
30:10et puis vous répondrez
30:10au message.
30:11Vous pouvez nous rejoindre
30:11sur le site
30:12de la Terre au Carré
30:13et puis également
30:14pour vous entendre directement
30:15avec les messages vocaux
30:16sur l'appli Radio France.
30:47Sous-titrage Société Radio-Canada
30:52Sous-titrage Société Radio-Canada
31:42Sous-titrage Société Radio-Canada
32:11Sous-titrage Société Radio-Canada
32:35Sous-titrage Société Radio-Canada
32:50Sous-titrage Société Radio-Canada
33:13La pandémie pourrait avoir été causée
33:15par une fuite du laboratoire.
33:17La plus grande collection
33:19de coronavirus de chauve-souris
33:21en lien direct avec cette pandémie
33:24a été trouvée et étudiée
33:26exactement là où elle a commencé.
33:30Tous les laboratoires de ce niveau-là
33:33ont eu un accident un jour.
33:36C'est humain
33:37et les humains ne sont pas infaillibles.
33:40France 5, c'est dans l'air.
33:4217 mai 2021,
33:44William Audureau,
33:45vous qui publiez
33:46cette histoire mondiale du Covid
33:47chez Alari Édition,
33:49la question de l'origine justement
33:50du virus,
33:51qui fait toujours débat d'ailleurs aujourd'hui.
33:53Quand vous entendez
33:55cette archive de 2021,
33:57qu'est-ce que vous vous dites ?
34:00Je soupire,
34:01je suis un peu désespéré
34:01parce qu'en fait,
34:02il y a énormément d'approximations
34:03dans ce qui est dit.
34:05Il y a une fascination
34:06pour ce laboratoire P4,
34:08mais on a en fait oublié
34:09très très vite
34:09quelque chose de fondamental,
34:10c'est que les laboratoires P4
34:11ne servent pas à étudier
34:12les coronavirus.
34:13Enfin, les laboratoires P4,
34:15par définition,
34:15c'est pour les virus
34:16les plus dangereux.
34:17C'est les laboratoires
34:17de haute sécurité.
34:18Oui, c'est les laboratoires
34:20de biosécurité
34:21de niveau maximal.
34:22En fait, c'est pour étudier
34:23des virus comme Ebola
34:24ou la fièvre Lassa.
34:26C'est pour des maladies
34:27extrêmement mortelles
34:28pour lesquelles
34:28il n'y a pas de remède connu.
34:31C'est pour ça
34:32et pour rien d'autre.
34:33Étudier des coronavirus
34:34dont l'immense majorité
34:36ne sont même pas transmissibles
34:37aux humains
34:37dans ce type de laboratoire,
34:39ça n'a aucun sens.
34:40C'est comme prendre un bazooka
34:41pour tuer un moustique.
34:43Est-ce que ça remet pourtant
34:44en cause la probabilité
34:45de l'origine d'un laboratoire
34:48justement sur ce virus ?
34:50Alors, c'est un petit peu
34:51le problème.
34:52Il y a eu énormément
34:52de thèses différentes
34:53et qui se sont toutes
34:54un petit peu mélangées.
34:56D'ailleurs, très souvent,
34:58quand on en parle,
34:59on voit bien
34:59qu'on réagit à des mots-clés.
35:02Laboratoire,
35:02créer, humain.
35:04Mais en fait,
35:04quand on regarde dans le détail,
35:05le problème,
35:06c'est que différents scénarios
35:07s'excluent les uns les autres.
35:10Déjà, si vous voulez,
35:10on ne manipule pas
35:11les coronavirus
35:12en laboratoire P4.
35:13Donc, il faut déjà
35:14écarter le P4.
35:15Ensuite, on peut se poser la question
35:16est-ce que ça vient
35:17d'un laboratoire
35:18de niveau P2 ou P3
35:19dans lesquels, effectivement,
35:21à Wuhan,
35:21il y a un institut de virologie
35:22qui s'intéresse à ces virus ?
35:25Alors, oui,
35:27c'est envisageable
35:27et c'est une question
35:28qui est légitime
35:29et qui était légitime
35:29de se la poser.
35:30Parce qu'à une époque,
35:30c'était vraiment,
35:31ça faisait figure de complotisme,
35:32cette histoire de virus
35:34échappé d'un laboratoire.
35:35Tout le monde prenait
35:36cette hypothèse.
35:36C'est pareil, échappé et créé,
35:38il faut être très précis
35:39sur ce dont on parle.
35:41Encore une fois,
35:42des fuites de laboratoire,
35:43il y en a eu.
35:43Mais alors, je le raconte
35:44dans ce livre,
35:45il y a un accident industriel
35:47en 2019
35:47qui se passe en Chine
35:48dans la ville de Lanzo.
35:52Des vapeurs de Bruxelles
35:53qui sont diffusées par erreur,
35:57par des cheminées défectueuses.
35:59La Chine communique
36:00tout de suite dessus.
36:01C'est-à-dire que quand il y a
36:02des accidents industriels en Chine,
36:04en fait, contrairement
36:04à ce qu'on peut imaginer,
36:05il n'y a pas forcément
36:06une omerta.
36:06Par contre, on a voulu
36:07quand même absolument
36:08se convaincre de quelque chose.
36:10En fait, juste tout bêtement,
36:12pour qu'il y ait une fuite
36:13de laboratoire de ce virus,
36:15il faut déjà prouver
36:15que ce virus était présent
36:17dans ce laboratoire.
36:19Or, tout ce qu'on sait,
36:20c'est que l'Institut de Virologie
36:21de Wuhan avait surtout
36:22ce qu'on appelle des séquences.
36:23C'est-à-dire, un petit peu,
36:24imaginez des codes-barres,
36:25mais avec très peu de virus.
36:26Il y avait seulement
36:26trois coronavirus vivants
36:28et les trois coronavirus vivants,
36:29c'était des cousins du SARS,
36:32mais pas du Covid.
36:33Donc, si on fait le point
36:34aujourd'hui en 2026,
36:35histoire de gagner du temps,
36:36William Oduro,
36:37parce qu'on est très fainéant
36:38et on veut déjà connaître
36:39la fin de l'histoire
36:39sur l'origine justement du virus,
36:42qu'est-ce qu'on sait précisément ?
36:43Sur quoi on peut avoir
36:44le plus de fiabilité ?
36:46Alors, si on s'en tient
36:49aux éléments les plus solides,
36:51c'est vrai que tout pointe
36:52en direction du marché.
36:54Et le plus probable à ce jour,
36:57c'est que ce soit un animal,
36:59probablement un pangolin,
37:01qui aurait été contaminé
37:02auprès d'une chauve-souris
37:04dans le sud de la Chine
37:05et qui, via les routes commerciales
37:08et le braconnage sauvage,
37:10où vous avez en fait
37:11plein d'animaux sauvages
37:12qui sont véhiculés en même temps
37:14dans des conditions de promiscuité
37:16qui sont très propices
37:17aux contaminations,
37:18qui auraient pu contaminer
37:19d'autres animaux,
37:20dont certains qui auraient fini
37:21au marché de Wuhan
37:24et où là,
37:24il aurait pu enfin contaminer
37:26des humains.
37:27On pense que le chien-vivrein
37:29est très probablement
37:30l'animal qui est responsable
37:32de ce qu'on appelle
37:33le saut zoonotique,
37:34la transmission
37:36des animaux aux animaux.
37:37Donc pour vous,
37:38aujourd'hui en 2026,
37:39c'est l'hypothèse la plus solide ?
37:40Oui, c'est la plus solide.
37:41Donc on revient finalement
37:42au pangolin ?
37:43Oui, alors...
37:44Qui avait été un peu abandonné
37:45à un moment et puis on y revient...
37:46Le problème du pangolin,
37:47c'est qu'il y a eu
37:47un énorme malentendu dessus.
37:49Pour beaucoup,
37:50il est d'ailleurs devenu
37:51un peu synonyme de blague.
37:53C'est très étonnant,
37:53mais je pense qu'il y a eu
37:54un malentendu,
37:54c'est qu'on s'imaginait au départ
37:55que dans ce marché,
37:56on mangeait du pangolin,
37:57voire on mangeait des chauves-souris.
37:58On a vu circuler ce chauve-là.
38:00Mais en fait,
38:01ce n'est pas ça.
38:02En fait, c'est plutôt...
38:02Il faut voir l'émergence
38:04de virus comme un trajet
38:06et essayer de comprendre
38:07quels sont les véhicules
38:08qu'a emprunté le virus
38:09pour arriver jusqu'à nous.
38:10Et en fait,
38:10il y a eu probablement
38:11plusieurs véhicules successifs.
38:12Ce que j'appelle véhicules ici,
38:13vous comprenez bien
38:14que ce sont des animaux
38:15qui ont été porteurs.
38:16Or, on sait que les pangolins
38:17sont porteurs de virus très proches.
38:20Et il y a un dernier élément
38:21qui fait quand même pencher
38:22très très fort, je trouve,
38:23la balance en faveur de cette thèse.
38:25C'est le fait que la Chine
38:25refuse catégoriquement
38:27de partager les dernières données
38:28qui manquent sur le marché
38:30et fasse tout pour faire croire
38:31qu'il n'y avait pas de chien-vivrein
38:32alors qu'il y avait
38:33de nombreuses preuves du contraire.
38:34Donc ça, ça fait plutôt consensus aujourd'hui.
38:36C'est ce que vous nous dites finalement ?
38:37C'est...
38:38Alors, il y a eu un sondage
38:39qui a été réalisé en 2025
38:41où vous avez 80% à peu près
38:42de la communauté scientifique
38:43qui jugent que c'est de loin
38:45la thèse la plus probable.
38:46Deux questions rapidement,
38:48William Oduro,
38:48avant de passer au message
38:49des auditeurs et auditrices.
38:51Quand on fait le bilan humain
38:52aujourd'hui de cette pandémie,
38:53qu'est-ce qu'on peut dire
38:54tout simplement à froid
38:55sur les chiffres ?
38:56Alors, on est effectivement
38:587 millions de victimes.
39:01Dans le monde, selon l'OMS ?
39:02Oui, de mémoire.
39:03On sait très bien que c'est un chiffre
39:04qui est très sous-estimé
39:06puisque par définition,
39:07on n'a pas pu tester tout le monde.
39:09168 000 en France.
39:10Oui, on est sur quelque chose
39:11d'assez énorme
39:13avec des conséquences
39:16sur le système éducatif,
39:18sur l'économie,
39:19sur le moral.
39:20Sur l'espérance de vie aussi.
39:21Sur l'espérance de vie.
39:22On a perdu en moyenne
39:24près de deux années
39:24d'espérance de vie
39:25au moment du Covid.
39:27Il y a également
39:28des aspects positifs.
39:29C'est que c'est quand même
39:30une pandémie
39:30qui a été expresse
39:32à tous points de vue,
39:32à la fois dans sa diffusion,
39:34dans la manière
39:35dont l'information
39:35l'a accompagnée,
39:36mais également dans la manière
39:37dont elle a été résolue.
39:38Avec la fabrication du vaccin.
39:39C'est-à-dire que des vaccins
39:40qui arrivent
39:41en l'espace
39:42de même pas un an
39:44s'arrondent sur un record mondial
39:45et c'est une prouesse scientifique.
39:46Et sur la gestion
39:47de la crise par le gouvernement,
39:49qu'est-ce qu'on peut dire
39:50aujourd'hui ?
39:51S'il fallait synthétiser...
39:54Je ne veux pas me poser
39:56comme un donneur de leçons
39:56parce que c'est très facile
39:58avec le recul
39:59de montrer ce qui ne marche pas.
40:01En fait,
40:02c'est très difficile
40:02de savoir
40:03quel est le bon moment
40:04pour prendre des mesures
40:05qui peuvent ne pas être
40:07acceptables
40:07pour la population.
40:09On sait très bien
40:10que le Royaume-Uni,
40:10qui a été le pays d'Europe
40:11qui a le plus rechigné
40:13à confiner
40:13et qui a confiné
40:14le plus tardivement,
40:16est celui qui a eu
40:17le pire bilan humain.
40:18Ce qui tend à montrer
40:20que plus tôt vous confinez,
40:21plus vous avez raison
40:22de le faire
40:23d'un point de vue
40:24strictement sanitaire.
40:25Après,
40:26d'un point de vue politique,
40:27évidemment,
40:27c'est beaucoup plus difficile
40:28à...
40:29Avec un coût faramineux
40:30quand même pour la France.
40:31Bien sûr.
40:3183 milliards d'euros
40:32de dépenses publiques
40:33et 8 millions
40:34de salariés au chômage partiel
40:35rien qu'en avril 2020.
40:37Allez, on passe aux questions
40:38parce qu'elles sont nombreuses.
40:43Avec des réponses courtes,
40:44William Ouduro,
40:45s'il vous plaît.
40:46Cette question de Sophie,
40:47est-ce que le monde
40:47est mieux préparé aujourd'hui
40:48à affronter une nouvelle pandémie ?
40:50Non, c'est le grand drame.
40:51C'est une question toute simple.
40:52Non, c'est le grand drame.
40:53Je dirais que
40:54la pandémie s'est conclue
40:56sur une guerre froide
40:57entre les Etats-Unis
40:58et la Chine.
40:58Et le simple fait
40:59qu'aujourd'hui,
41:00les Etats-Unis
41:00se soient retirés de l'OMS
41:02à l'initiative
41:03de Donald Trump
41:03et que la Chine
41:05ne partage plus
41:05de manière transparente
41:06les données
41:07qu'elle possède
41:09sur l'origine du virus
41:11montre qu'il serait,
41:12je pense,
41:12aujourd'hui encore plus difficile
41:16de traiter
41:16un problème mondial
41:17comme celui-ci.
41:18Thierry nous dit
41:18que le scénario du pangolin
41:19est quand même surprenant.
41:20Pourquoi est-ce que
41:20ça n'arrive pas plus souvent
41:22avec tout ce transfert
41:23d'animaux et d'humains,
41:24notamment sur l'Asie ?
41:26Alors,
41:27tout ce que raconte
41:28la première partie de ce livre,
41:28c'est qu'en fait,
41:29il y a plein de petites transmissions
41:31mais qui se font à bas bruit
41:32parce qu'en fait,
41:33vous n'avez pas de chaîne
41:33de contamination
41:34qui s'initie.
41:35Mais en fait,
41:36quand vous regardez,
41:37notamment dans les filières
41:39de la viande,
41:39par exemple,
41:40ou de l'élevage,
41:41vous avez très souvent
41:42des contaminations,
41:43des virus animaux.
41:46Mais par chance,
41:47tous ne deviennent pas
41:48un virus
41:49à haut potentiel pandémique.
41:50Marie nous dit
41:51« Facile de critiquer,
41:52je ne sais pas,
41:53c'est des morts
41:53et des blessés derrière.
41:54Les autorités
41:55ne sont pas là
41:55pour rassurer,
41:56mais pour protéger.
41:57La population n'est pas
41:58paniquée par les virus
41:59mais par les mesures
42:00de prévention,
42:01malheureusement,
42:02dit-elle.
42:02Est-ce que vous êtes
42:02d'accord avec ça ?
42:04Je ne suis pas sûr
42:05de comprendre
42:06exactement la question
42:08mais ce qui est certain,
42:10c'est qu'au moment
42:11du Covid,
42:11forcément,
42:12vous aviez
42:14des attentes
42:14radicalement différentes
42:15de la part de la population
42:16entre ceux
42:17qui voulaient
42:18qu'on reste
42:19dans la normalité
42:19la plus totale
42:20et une autre partie
42:22de la population
42:22qui au contraire
42:23voulait être protégée
42:24au maximum.
42:25Et d'une manière générale,
42:26vous avez des personnes
42:27vulnérables
42:28qui ont besoin
42:29d'une grande protection,
42:30des personnes dont
42:31l'activité économique
42:32ou tout simplement
42:33la santé mentale
42:35nécessitent au contraire
42:36de ne pas prendre de mesures.
42:37Donc, quel est le juste milieu
42:38du radian ?
42:39Allez, on écoute
42:39un message vocal
42:40reçu sur l'appli
42:41Radio France.
42:42Bonjour, Bernadette
42:44Aperos-Guerac.
42:45Vous mentionnez
42:46que le marché
42:47de Yunnan
42:47a été fermé,
42:48le marché
42:48aux animaux vivants.
42:50N'existe-t-il pas
42:51un autre marché
42:52non encore connu
42:53vu les habitudes
42:55culturelles
42:56du pays ?
42:57Merci pour la réponse.
42:58William Oudureau.
42:59Alors,
43:00des marchés humides,
43:01rien qu'à Bourane,
43:01il y en a quatre.
43:03Il y en a également
43:04dans la Chine.
43:04Oui, bien sûr, bien sûr.
43:06On se concentre
43:07beaucoup sur la Chine
43:08parce que c'est
43:09un hub commercial
43:10gigantesque
43:11pour l'Asie.
43:12En fait,
43:12ce qu'on sait surtout,
43:13c'est que les virus
43:14de ce type-là,
43:15ils sont dans le sud
43:16de la Chine,
43:17vers la Birmanie,
43:18le Laos et le Vietnam
43:19et que donc
43:20tous les animaux
43:21qui viennent de cette région
43:22sont quand même
43:22un peu susceptibles
43:23d'être porteurs
43:24de coronavirus.
43:25À partir du moment
43:25où effectivement
43:26ils se retrouvent
43:26sur des stands
43:28prêts à être vendus,
43:30vous avez des chances
43:32ou des risques
43:33de contamination.
43:34Alexandre nous dit
43:35dans son message,
43:35vous dites au moment
43:36du Covid,
43:37mais le Covid
43:38circule toujours
43:39aujourd'hui.
43:39Il faut peut-être
43:40aussi le rappeler.
43:40Oui, c'est un raccourci
43:41de langage, bien sûr.
43:42Quand je dis au moment
43:43du Covid,
43:43je parle de la crise
43:44du Covid
43:45telle qu'on l'a connue.
43:47J'essaie d'expliquer
43:48dans mon livre
43:49qu'à partir du moment
43:50où la Russie
43:51envahit l'Ukraine,
43:52on passe dans
43:53une autre phase
43:54médiatique.
43:55Mais bien sûr
43:55que le virus
43:56circule toujours.
43:57C'est un virus
43:58devenu endémique.
43:59Merci beaucoup
44:00en tout cas,
44:00William Audureau,
44:01d'être venu au micro
44:02de la Terre au Carré.
44:03Je signale cet ouvrage
44:04passionnant
44:05parce qu'il se lit
44:05quasiment comme
44:06un journal de bord
44:07et c'est ce que vous avez
44:08voulu faire
44:08avec cette histoire
44:09mondiale du Covid.
44:10C'est publié aux éditions
44:11Alary.
44:12Merci beaucoup
44:12et bravo pour ce travail
44:14au long cours.
44:15Merci beaucoup.
44:15Merci d'être venu
44:16à ce micro.
44:17Merci à Jean-Philippe Verret
44:18qui a préparé le dossier.
44:19Lucie Sarfati
44:20pour la programmation
44:22et la coordination.
44:23Nicolas Delmas
44:23à la technique
44:24et Jérôme Boulet
44:25aux commandes
44:26de l'émission.
44:27On se quitte
44:27avec le fil de l'histoire
44:28Stéphanie Duncan.
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