Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 2 heures
Un rapport de l’ONU lance l’alerte : la planète consomme aujourd’hui plus d’eau douce qu’elle n’est capable d’en renouveler. Cette faillite mondiale de l’eau se définit par des pertes irréversibles de capital hydrique naturel, et une incapacité à retrouver les niveaux historiques.

Retrouvez "La terre au carré" sur https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/la-terre-au-carre

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:06Musique
00:17Aujourd'hui, la faillite mondiale de l'eau, racontée par
00:21Agnès Ducharn, hydrologue au CNRS
00:26France Inter
00:30La Terre au carré
00:33Mathieu Vidard
00:34On croyait connaître la crise de l'eau, on pensait pouvoir en sortir, on parlait comme d'un épisode temporaire,
00:40comme d'un défi à relever avant qu'il ne soit trop tard.
00:42Mais ce temps est révolu. Aujourd'hui, le monde a officiellement basculé dans une ère que les scientifiques de l
00:47'ONU n'hésitent plus à appeler la faillite mondiale de l'eau.
00:51Ce terme désigne une nouvelle réalité planétaire dans laquelle l'humanité ne se contente plus de manquer d'eau par
00:56moment, mais est épuisée profondément, dégradée.
00:59Au rendu irréversible des systèmes hydrologiques entiers, des rivières, des lacs, des nappes souterraines, des zones humides ou des glaciers.
01:07Comme un pays qui fait faillite parce qu'il dépense plus qu'il ne gagne, notre civilisation a consommé plus
01:12d'eau douce que les cycles naturels peuvent en renouveler, tout en puisant dans ses économies, ses gigantesques réserves naturelles,
01:19jusqu'à les réduire.
01:20Et les conséquences de cette situation se mesurent en chiffres dramatiques. Près de 75% de l'humanité vit dans
01:26des pays classés comme insécuritaires en eau.
01:294 milliards de personnes subissent une pénurie sévère d'eau au moins un mois par an.
01:33Et des villes entières s'enfoncent parce que leurs réserves souterraines s'effondrent.
01:37Ce constat posé par les experts de l'Institut des Nations Unies pour l'Eau, l'environnement et la santé
01:41est un signal d'alarme historique.
01:44Nous ne sommes plus au bord de la crise, nous sommes au cœur de la faillite mondiale de l'eau.
01:49Il invite à un réexamen radical de notre rapport à l'eau, non plus comme une ressource inépuisable,
01:53mais comme un capital naturel qu'il faut gérer avec lucidité et urgence,
01:58avant que les derniers comptes ne soient définitivement à zéro.
02:01Et c'est cette histoire que nous allons vous raconter.
02:10Qui peut vivre sur cette planète sans boire ?
02:13Qui peut vivre sur cette planète sans avoir accès à de l'eau ?
02:17Personne.
02:18La voix d'Aïssa Maïga, réalisatrice du film Marcher sur l'eau qui était sorti en 2011, Agnès Ducharnes. Bonjour.
02:25Bonjour Mathieu.
02:26Merci beaucoup d'être avec nous. Le 20 janvier dernier, l'ONU, dans son rapport, employait des mots d'une
02:31gravité exceptionnelle.
02:32En parlant donc de faillite mondiale de l'eau, une formule qui suggère que nous avons donc collectivement dépassé les
02:39limites de renouvellement d'une ressource quand même vitale.
02:42Un tel constat aurait dû déclencher un choc politique et sociétal majeur.
02:46Or, le silence qui a suivi est presque assourdissant.
02:49Comment vous, en tant que scientifique, expliquez-vous ce décalage entre l'ampleur de l'alerte et la faiblesse des
02:55réactions ?
02:56C'est ce décalage, on l'observe dans le domaine de l'eau, mais dans tous les domaines qui touchent
03:02à l'environnement et au climat.
03:05Et j'ai un peu de mal à me l'expliquer, à vrai dire.
03:08Il s'agit d'enjeux vitaux.
03:10Et on a l'impression que le modèle de développement économique prime sur les enjeux vitaux de la population mondiale.
03:18C'est dommage.
03:19Et je suis tout à fait reconnaissante envers ces auteurs de ce rapport de Fayy Thidric,
03:25pour, avec une nouvelle terminologie et des exemples très abondants et très parlants,
03:30et j'invite les auditeurs à se procurer ce rapport, vraiment,
03:34pour illustrer la problématique du dépassement des limites planétaires,
03:39qui a déjà été établi scientifiquement.
03:43Vous dites que c'est dommage, c'est plus que dommage quand même, non ?
03:47Oui, c'est plus que dommage.
03:48Les mots qu'on peut employer pour qualifier ce qui se passe sont assez sidérants quand même, non ?
03:56Je pense que je suis un petit peu comme la grenouille qui est dans sa petite casserole d'eau,
04:01qui devient tiède, puis chaude, puis de plus en plus chaude.
04:05On perd le pouvoir à s'indigner à force de voir tout le temps le même déni
04:11et l'impossibilité des gens qui décident à regarder les choses en face.
04:19Est-ce qu'on est en train de banaliser l'impensable finalement aussi, d'une certaine manière ?
04:23C'est-à-dire imaginer qu'on manque d'eau sur l'ensemble de notre planète aujourd'hui ?
04:28Après, ça dépend quand même des pays.
04:31Il y a des gens qui sont encore plus directement concernés que les Français.
04:34C'est ça, bien sûr, même si le concept est valide en France.
04:39Mais oui, la banalisation du mal, c'est un concept qui est déjà assez ancien.
04:47Est-ce qu'on est dans le même registre ? J'espère que non.
04:52Mais en tout cas, j'ai l'impression qu'il y a une opposition entre des scientifiques,
05:00des gestionnaires de l'eau, des gestionnaires publics type agence de l'ONU
05:05qui cherchent à faire valoir l'intérêt de la population, du plus grand nombre,
05:10en documentant ce qui se passe et le GIEC de la même manière sur le climat.
05:15Et en même temps, il y a un autre récit qui essaye de faire croire qu'il n'y a
05:23pas de problème
05:24et surtout qu'il y a des solutions à tous les problèmes, des solutions souvent techniques.
05:28Et malheureusement, dans le domaine de l'eau, comme d'ailleurs dans le domaine du climat, c'est faux.
05:33Donc ça veut dire qu'on s'approche d'un moment où il n'y aura plus de solution du
05:35tout ?
05:37Alors, pour le climat, je pense qu'on arrive dans le dur et on ne sait pas refroidir le climat.
05:47Dans le domaine de l'eau, ça dépend des endroits.
05:50Une des caractéristiques du cycle de l'eau, c'est qu'il ne s'exprime pas du tout de la
05:55même manière sur la planète.
05:57Donc il y a des régions qui sont bien pourvues en eau, il y en a d'autres qui ne
06:00sont pas du tout bien pourvues en eau.
06:01Il y a les eaux salées qui sont deux tiers de notre planète,
06:04les eaux piégées pour l'instant sous forme de glace, calottes groenlandaises, antarctiques, qui fondent l'eau des glaciers.
06:13Donc bon, en tout cas, ce n'est pas du tout partout pareil.
06:18Et la difficulté locale à faire face aux changements de l'eau,
06:23parce que des changements du cycle de l'eau régionale, il y en a partout,
06:26mais ils ne s'expriment pas de la même manière.
06:29Et ça fait partie des difficultés, c'est-à-dire qu'il n'y a pas une solution à penser,
06:33mais plein.
06:34En s'adaptant évidemment au local.
06:36Le rapport de l'ONU parle donc désormais de faillite mondiale de l'eau, c'est un terme frappant.
06:40Pourquoi est-ce qu'il faut abandonner les mots de crise ou de stress hydrique aujourd'hui,
06:44pour employer un terme qui peut paraître très radical ?
06:48Alors, ce qu'on entend généralement par stress hydrique,
06:51c'est le fait qu'on va consommer une bonne proportion de l'eau douce
06:55qui est amenée régulièrement par le cycle de l'eau régionale.
07:01Le cycle de l'eau régionale, en d'autres termes, si on se place dans un territoire,
07:07l'eau douce est apportée par les précipitations, la pluie et la neige.
07:11Et puis cette eau va s'infiltrer dans les sols,
07:17alimenter la transpiration des plantes, l'évaporation des sols.
07:23Donc il y a en gros, en moyenne sur la planète,
07:25et encore une fois, ce pourcentage est hétérogène,
07:29deux tiers des précipitations sur les continents
07:32qui vont être renvoyées rapidement, perdues en fait,
07:36de sa forme liquide et renvoyées sous forme vapeur dans l'atmosphère.
07:41Donc il nous reste un tiers de l'eau de pluie,
07:45qui est liquide, qui est douce,
07:47et c'est utile pour tous les écosystèmes terrestres
07:52dont les populations humaines font partie.
07:53Et ce tiers d'eau liquide va s'écouler vers les rivières,
07:58vers les lacs, et aussi s'infiltrer vers les nappes phréatiques.
08:03Et donc c'est ça nos ressources en eau liquide,
08:05celles qu'on doit partager entre tous les êtres humains
08:08et avec tous les écosystèmes terrestres.
08:11Mais ce terme de faillite, employé par l'ONU aujourd'hui,
08:13est-ce que vous pensez que ça va changer justement
08:15notre manière de regarder ce cycle de l'eau à l'échelle mondiale ?
08:19Oui, alors du coup je reviens au stress hydrique,
08:22c'est quand les êtres humains pompent ou polluent
08:28une part importante des ressources
08:30qui sont amenées régulièrement par le cycle de l'eau.
08:33Après, par rapport à ça, il faut comprendre aussi
08:35que toutes les années ne sont pas identiques.
08:37Et donc notamment il y a des années sèches, des années humides.
08:40En ce moment, dans le sud-ouest,
08:42nos concitoyens voient bien qu'ils font face à un épisode humide.
08:46Mais pour autant, ça ne les prémunit pas
08:50de peut-être avoir une sécheresse l'été prochain.
08:53Donc on a des anomalies par rapport à la moyenne
08:58qui reviennent plus ou moins fréquemment.
09:01Et donc les crises hydriques,
09:03ça va être quand sur une situation de stress hydrique,
09:07on va rajouter une sécheresse.
09:09C'est ce qui s'est passé en 2022, par exemple, en France.
09:12Mais par contre, on peut avoir des usages de l'eau
09:16qui sont tellement excessifs
09:20par rapport à ce qui est ramené régulièrement
09:23par le cycle de l'eau
09:24qu'on va créer une pénurie chronique.
09:27Et c'est ça qui amène progressivement,
09:29comme le dit ce rapport,
09:30à des situations qui deviennent totalement intenables.
09:33C'est ça, il y a les points de non-retour finalement, quasiment.
09:36Alors, non-retour, ça peut se discuter.
09:38Dans le cycle de l'eau, parfois, il suffit d'arrêter de pomper.
09:40Et puis, on a une possibilité de retour.
09:45Mais en tout cas, ça ne va pas être immédiat.
09:49Et puis, voilà.
09:52Est-ce que ce phénomène de faillite de l'eau
09:55à l'échelle mondiale,
09:56c'est un processus qui est récent
09:58ou au contraire qui est engagé depuis longtemps
10:00sans qu'on en ait pris justement la mesure exacte ?
10:03Comme toutes les dégradations environnementales,
10:06C'est un phénomène qui se développe massivement
10:12depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale
10:14avec tout le développement de l'économie industrielle,
10:19de l'agriculture industrielle aussi.
10:21Parce que dans le domaine de l'eau,
10:23il faut savoir que 70% de l'eau qui est pompée
10:27dans ces ressources en eau douce continentale,
10:31c'est pour alimenter l'agriculture.
10:33Donc, à la fois l'irrigation et l'abreuvage du bétail.
10:36Ça veut dire qu'aujourd'hui, on a un modèle agricole
10:38qui est incompatible avec la ressource en eau ?
10:40Dans énormément de régions du monde, oui.
10:44La production d'énergie et l'industrie
10:46jouent aussi des rôles importants
10:48sur cette pression hydrique permanente là ?
10:51Oui, bien sûr.
10:52Et ça aussi, ça dépend des endroits.
10:54Et la population aussi.
10:56C'est-à-dire que quand on développe
10:58une énorme agglomération,
11:00et ça c'est vraiment un point très important
11:03au cours des dernières décennies,
11:05des énormes conurbations se sont développées.
11:08Conurbations ?
11:09Oui, les villes qui se développent
11:12au point de grignoter les voisines.
11:16Et donc, ça fait une densité de population énorme
11:20dans des bassins versants,
11:21dont eux, l'apport par le climat ne change pas.
11:24Donc les ressources en eau ne changent pas.
11:26Les besoins pour la population locale
11:29explosent, tout au même endroit.
11:31Ce qui fait que quand on pompe,
11:32on pompe tout au même endroit.
11:33Et là, les niveaux des nappes,
11:35les niveaux des rivières s'effondrent.
11:37Et par ailleurs, ces populations,
11:39il faut les alimenter en nourriture.
11:42Et puis, il y a des tas d'activités
11:44qui sont générées avec ces grandes villes,
11:46dont des activités industrielles.
11:48Donc il y a une densification des pressions sur l'eau
11:52et c'est un énorme problème.
11:54Agnès Ducharnon, on va partir au Kazakhstan
11:56avec un exemple, celui de la mer Kaspienne.
11:58C'était l'objet d'un documentaire de France 24
12:00l'année dernière.
12:04Voilà mon village, Zambaye,
12:06là où je suis né, là où j'ai grandi.
12:10A ma gauche, c'est la mer Kaspienne.
12:13Avant, elle venait tout contre la digue.
12:16Aitkali Kwanish Kaliev a passé les premières années
12:19de sa vie à nager et pêcher
12:21dans des eaux aujourd'hui disparues,
12:24remplacées en quelques décennies
12:25par une étendue aride à perte de vue.
12:29On voit que la mer s'est retirée
12:32de 25 kilomètres environ.
12:35En moins de 20 ans,
12:36la mer Kaspienne s'est évaporée
12:38sur 30 000 kilomètres carrés,
12:40près de 10% de sa surface.
12:4230 000 kilomètres carrés,
12:44l'exemple du Kazakhstan.
12:45On aurait pu prendre l'exemple de la mer Daral,
12:47que beaucoup de gens connaissent,
12:48qui est une sorte de laboratoire tragique
12:50d'ailleurs de cette faillite mondiale de l'eau.
12:53Est-ce qu'on peut trouver des situations comparables
12:55en Europe aujourd'hui, Agnès Ducharnin ?
13:00Je ne crois pas qu'il y ait beaucoup
13:01de mers fermées en Europe.
13:04Donc là, la singularité de ces mers Daral et Kaspienne,
13:08c'est que c'est des mers fermées,
13:10donc des très grands lacs finalement.
13:12Ce qui fait que l'eau de ces mers,
13:18c'est principalement apporté par les rivières,
13:21plus encore que par la pluie.
13:23La plupart des fleuves d'Europe
13:25coulent dans de grands océans
13:27et donc on ne peut pas voir la même chose.
13:30Un équivalent, c'est sans doute
13:32que les rivières, le régime des rivières
13:34est en train de changer de plus en plus.
13:37Avec des rivières qui baissent par exemple ?
13:39Alors, il y a deux grands types de rivières
13:44dans le monde.
13:45Les rivières qui coulent tout le temps,
13:46qu'on appelle les rivières pérennes,
13:48et les rivières intermittentes.
13:49Donc elles ne coulent pas tout le temps.
13:51Et ces rivières intermittentes
13:52se retrouvent surtout sous des climats semi-arides.
13:56Mais dans le sud de la France,
13:58en Provence,
14:01on a des cours d'eau intermittents.
14:03C'est des petits cours d'eau,
14:04ils sont mal connus,
14:06mais enfin,
14:07ils existent de manière importante.
14:09Et ce qu'on constate depuis
14:10une vingtaine d'années en France,
14:12depuis qu'il y a des mesures,
14:13le nombre de cours d'eau intermittents
14:15augmente.
14:16Et c'est vrai ailleurs que dans le sud de la France.
14:20C'est vrai dans tout le pourtour méditerranéen.
14:22Et par ailleurs,
14:23il y a aussi des beaucoup plus grosses rivières pérennes
14:26qui se mettent à ne plus couler.
14:29Et donc,
14:31c'était en 2022,
14:32il y a eu plein d'exemples.
14:33La Loire coulait à peine,
14:37la Tamise ne coulait plus par endroit,
14:42le Rhin avait des niveaux si bas
14:44qu'on ne pouvait plus naviguer dessus.
14:47Et puis après,
14:47en dehors de l'Europe,
14:48on a le Nil, le Colorado,
14:50le fleuve Jaune.
14:51Il y a toute une pléiade
14:52d'énormes cours d'eau
14:53qui ne coulent plus à leur exitoire.
14:55Donc des changements en cours
14:56qui sont déjà très visibles.
14:58À quoi pourrait ressembler
14:59un monde qui vit déjà
15:01en déficit hydrique ?
15:03C'est ce qu'on verra dans un instant
15:05avec vous, Agnès Ducharn.
15:07Et puis vous répondrez également
15:07aux messages et aux questions
15:08sur cette thématique
15:10de la faillite mondiale de l'eau
15:12avec les messages sur franceinter.fr
15:14et la page de la Terre au Carré.
16:00Sous-titrage Société Radio-Canada
16:01Sous-titrage Société Radio-Canada
16:42Sous-titrage Société Radio-Canada
17:26Sous-titrage Société Radio-Canada
17:31Et vous savez ce qui va se passer ?
17:48Eh bien nous allons bientôt manquer de l'eau
17:50et c'est pourquoi je bois devant vous
17:52un verre d'eau précieuse
17:55puisque avant la fin du siècle
17:56si nous continuons un tel débordement
17:59elle manquera.
18:01Voilà ça c'est une archive de l'INA
18:02en 1974
18:03le candidat écologiste René Dumont
18:05lors de la campagne électorale officielle
18:08pour la présidentielle
18:09Alnès Ducharn
18:10vous la connaissez par cœur je crois
18:11cette archive
18:12Oui même si j'étais un peu jeune
18:14pour le voir
18:15On l'a tellement vu depuis
18:17voilà c'était il y a plus de 50 ans
18:19il avait raison René Dumont d'averter
18:21Tout à fait
18:21Ça n'a pas eu beaucoup d'effet
18:22mais l'image de son verre d'eau
18:25en tout cas a marqué les esprits
18:26c'est ça ?
18:27Des petites choses ont été dans le bon sens
18:30c'est comme pour le climat
18:31mais insuffisante au total
18:32Vous qui êtes climatologue et hydrologue
18:34on parle avec vous
18:35de la faillite mondiale de l'eau
18:37Dans le rapport de l'ONU dont on parlait
18:38qui est sorti le 20 janvier dernier
18:41les auteurs de ce rapport
18:42utilisent l'analogie financière
18:44en parlant de revenus
18:45d'épargne, de dette
18:47Est-ce que cette comparaison
18:49vous paraît scientifiquement pertinente
18:51vous ou pas ?
18:52Tout à fait
18:52et puis j'ai l'impression
18:53qu'il y a beaucoup de gens
18:54qui comprennent mieux l'économique
18:55que l'écologie
18:57Il faut aller sur le même terrain
19:00Donc on a parlé du cycle de l'eau
19:02Le cycle de l'eau en fait
19:03il amène le salaire hydrique
19:05d'une région
19:06d'un bassin versant
19:07et puis on peut utiliser
19:09notre salaire
19:10pour acheter des choses
19:11pour faire pousser
19:12pour fabriquer
19:14pour boire
19:16et des fois
19:17on a envie d'un peu plus
19:18ou alors le climat est plus sec
19:20donc on va taper
19:21dans nos économies
19:22dans notre livret A
19:24ou demander un petit prêt
19:25à notre banquier
19:26et qui va nous l'accorder
19:27et ce qui dans le cycle de l'eau
19:28est l'analogue du banquier
19:30ça va être les nappes phréatiques
19:31ça va être les glaciers
19:33ça va être les zones humides
19:34mais la nature
19:37comme le banquier
19:37a ses limites
19:38et si on continue
19:40d'être trop dépensier
19:42et de devenir insolvable
19:44ça s'arrête
19:45et c'est ce qui se passe
19:47à l'heure actuelle
19:48dans des tas d'endroits
19:49de la planète
19:49et donc on rentre
19:50dans une logique de faillite
19:51c'est exactement ça
19:52il faut diminuer les dépenses
19:54je crois
19:54quand on est en faillite
19:55voilà la climatologue
19:56qui nous parle économie
19:57pour essayer
19:59dans cet océan
20:00on rame beaucoup
20:01de toucher le grand public
20:02sur ces questions
20:03si on regarde justement
20:04Agnès Ducharne
20:05la planète aujourd'hui
20:06quels sont les signes
20:07les plus visibles
20:08de cette faillite
20:09hydrique mondiale
20:10on a parlé
20:11des cours d'eau
20:12qui s'assèchent
20:13au moins temporairement
20:14qui font diminuer
20:15les mers intérieures
20:17ou les lacs
20:17les zones humides
20:19s'assèchent aussi largement
20:20et donc le rapport indique
20:22qu'il y a la surface
20:24de l'Union Européenne
20:26l'équivalent de la surface
20:27de l'Union Européenne
20:29de zones humides
20:30qui au total
20:32sur l'ensemble des continents
20:33s'est asséchée
20:34depuis 50 ans
20:35c'est des milieux
20:37qui sont très importants
20:38en termes de biodiversité
20:40en termes de stock en eau
20:41qui sont difficiles aussi
20:43à cartographier précisément
20:47donc voilà
20:48mais l'ordre de grandeur
20:49et là ça fait aucun doute
20:51un autre signe
20:53de cette faillite hydrique
20:55c'est le fait
20:56que les nappes phréatiques
20:57les eaux souterraines
20:58leur niveau diminue
20:59et là encore
21:01les chiffres
21:01qui sont contemporains
21:03sont édifiants
21:04c'est à dire que
21:0570%
21:06des grands aquifères
21:08des grandes nappes
21:10souterraines du monde
21:11montrent des tendances
21:12long terme à la baisse
21:1370%
21:14et c'est pas parce que
21:16le climat change
21:17principalement
21:18c'est parce qu'on tape
21:19trop dedans
21:20c'est vraiment
21:20qu'on pompe trop
21:22et c'est un élément majeur
21:24et quand les nappes phréatiques
21:25baissent
21:26quand leur niveau baisse
21:27ça veut dire
21:28qu'elles vont moins bien
21:29alimenter les rivières
21:30parce que
21:31l'eau des nappes phréatiques
21:32c'est pas de l'eau
21:33qui est statique
21:34et piégée sous terre
21:36c'est de l'eau
21:37qui coule doucement
21:38vers les océans
21:39et surtout vers les rivières
21:41et donc la baisse
21:42des nappes phréatiques
21:43contribue à sécher
21:44les rivières
21:45Justement
21:46une petite aparté
21:47sur cette question
21:48des nappes phréatiques
21:48Agnès Ducharn
21:49quand on voit
21:50les grands épisodes
21:51de sécheresse
21:52en France
21:52on est toujours
21:52frappé par la baisse
21:54de ces nappes phréatiques
21:56très inquiétante
21:57mais en même temps
21:58quand on vit
21:58comme en ce moment
21:59des épisodes
22:00pluvieux
22:01extrêmes
22:02est-ce que là
22:03on a une recharge
22:04aussi de ces nappes phréatiques
22:05ou de toute façon
22:06on enregistre
22:07quand même
22:07des niveaux
22:08anormalement bas
22:09Alors
22:10c'est vrai que là
22:11ça peut paraître paradoxal
22:13de parler de
22:13faillite hydrique
22:15surtout axée sécheresse
22:16au moment où
22:17il y a ces inondations
22:19dans tout le sud
22:20de l'Europe
22:21les nappes phréatiques
22:23elles ont
22:24un fonctionnement
22:25saisonnier
22:26et donc
22:27leur niveau moyen
22:28il est la résultante
22:29d'un remplissage
22:31en saison humide
22:32en France
22:33métropolitaine
22:34c'est l'hiver
22:35et c'est ce qui se passe
22:36en ce moment
22:36et dans le sud-ouest
22:37certes là
22:38ils ont trop d'eau
22:40mais en même temps
22:42les nappes se rechargent
22:43et ça c'est une bonne chose
22:44pour la protection
22:46pour la résilience
22:49en été
22:51et puis
22:51pendant l'été
22:52au contraire
22:54l'évaporation
22:57domine
22:57les précipitations
22:58les plantes
23:00pompent dans les sols
23:01et sont alimentées
23:02aussi par les nappes
23:03et du coup
23:03les niveaux des nappes
23:04baissent
23:04mais tout en baissant
23:05alimentent les rivières
23:07et c'est parce qu'on a
23:09une bonne recharge
23:10des nappes
23:10qu'on va avoir
23:11en été
23:11de l'eau
23:12en quantité suffisante
23:14quand il ne pleut pas
23:15donc c'est vraiment
23:16un cycle
23:17et c'est cette circulation
23:19d'eau
23:19qui est très importante
23:21donc au moins
23:21on peut au moins
23:22se réjouir là-dessus
23:23en ce moment
23:23ah oui
23:24c'est le point positif
23:25de l'histoire
23:26voilà
23:27malgré évidemment
23:28tout ce que ces inondations
23:30entraînent aujourd'hui
23:31sur l'ensemble du territoire
23:32enfin dans certaines régions
23:33en particulier
23:34d'autres effets
23:35justement de cette faillite hydrique
23:36parce que là
23:37on parle effectivement
23:37des rivières
23:38on vient de parler
23:39des nappes
23:39est-ce qu'il y a
23:40d'autres effets visibles ?
23:41dans votre introduction
23:41vous parliez de la subsidence
23:44et ça c'est vraiment lié
23:45au fait de surpomper
23:46les nappes
23:47et je pense qu'une bonne analogie
23:49c'est d'imaginer
23:50une bouteille d'eau
23:51en plastique
23:53quand elle est pleine d'eau
23:55on peut appuyer dessus
23:57et elle garde sa forme
23:58si on la vide
23:59cette bouteille d'eau
24:00et qu'on appuie
24:01elle s'effondre
24:02et c'est ce qui se passe
24:03dans les roches
24:03qui sont gorgées d'eau
24:04qu'on appelle
24:05les aquifères
24:06étymologiquement
24:06ça veut dire
24:07qu'elles peuvent contenir
24:08de l'eau
24:08et quand on prend l'eau
24:10qui est contenue
24:11dans les ports de la roche
24:12à ce moment-là
24:14la matière
24:14la structure solide
24:16devient beaucoup plus fragile
24:17et ça va s'effondrer
24:19sous le poids
24:20des couches de roche
24:21au-dessus
24:22et ça peut
24:23c'est très fréquent
24:24en fait
24:25dans tous les endroits
24:26où on pompe
24:26beaucoup
24:27et en profondeur
24:28ça a commencé
24:29en Californie
24:29ce genre de
24:30de situation
24:31ça fait plus de 150 ans
24:33autour de quelles pratiques
24:34alors par exemple
24:35est-ce qu'il y a des secteurs
24:36qui justement
24:38provoquent ce type
24:39de situation
24:39c'est principalement
24:40pour l'agriculture
24:42et dans le rapport
24:43il y a une carte
24:45que là j'ai sous les yeux
24:46et donc les zones
24:47de subsidence
24:48c'est principalement
24:50l'ouest américain
24:51et la Californie
24:52le Mexique
24:53l'Espagne
24:54du sud
24:55l'Andalousie
24:56le Moyen-Orient
24:57et puis les zones
24:58très irriguées
24:59de Chine du Nord
25:00donc cette eau
25:01qui devient
25:01structurellement
25:03insuffisante
25:04dans de très nombreuses régions
25:05Agnès Ducharn
25:06d'autres effets visibles
25:08un autre élément
25:09qu'il est très important
25:10de souligner
25:11c'est que
25:13quand on est
25:14dans ces situations-là
25:15les stocks artificiels
25:16aussi
25:18se vident
25:18qu'est-ce que vous appelez
25:19les stocks artificiels ?
25:20les stocks artificiels
25:20jusque-là j'ai parlé
25:22de stocks naturels
25:23les glaciers
25:24les nappes
25:25les zones humides
25:25les sols
25:27c'est toutes les infrastructures
25:30qu'on va construire
25:31pour stocker de l'eau
25:34temporairement
25:34les méga-bassines
25:35c'est des toutes petites
25:36mais ce qu'on voit
25:39très massivement
25:40c'est des beaucoup
25:41plus gros réservoirs
25:42qui sont créés
25:43à l'amont de barrages
25:45et donc il y a ça
25:46en Espagne
25:47dans tous les endroits
25:48que je viens de citer
25:48vous voyez ça
25:49en plus des pompages
25:50dans les eaux souterraines
25:51et là aussi ça baisse
25:52et là ça baisse
25:53et l'auteur du rapport
25:54Fayy Thidrik
25:55c'est un iranien
25:56et c'est pas un hasard
25:57je crois
25:58il y a beaucoup
25:58d'hydrologues iraniens
26:00très bons
26:01beaucoup sont expatriés
26:03pour des raisons
26:04qu'on peut comprendre
26:05mais le cas iranien
26:07je trouve
26:08mérite d'être
26:08brièvement raconté
26:10pour les gens
26:12qui ont suivi
26:12les informations
26:14les actualités
26:15il y a quelques mois
26:16fin 2025
26:18on entendait dire
26:19que le gouvernement iranien
26:21envisageait
26:21de déplacer
26:22toute la population
26:23de Téhéran
26:24faute de suffisamment d'eau
26:26suite à une sécheresse
26:27très longue
26:28et à la fois
26:31les sols
26:32les lacs
26:33et les réservoirs artificiels
26:34étaient très très bas
26:35et donc
26:37ils n'étaient pas sûrs
26:38de pouvoir
26:40alimenter
26:40leur population
26:41et par ailleurs
26:42il y avait des défauts
26:43de production agricole
26:44évidemment
26:45deux mois après
26:47les pluies étaient
26:48revenues partiellement
26:49ça n'a pas suffi
26:50pour l'instant
26:51à re-remplir
26:52ces très très grands
26:53réservoirs
26:54mais il y a eu
26:55des soulèvements
26:56au bazar de Téhéran
26:58pour des téléphones
26:59mais il y avait aussi
27:00des problèmes
27:00de biens agricoles
27:02qui étaient devenus
27:03très chers
27:03et je suis
27:06persuadée
27:07qu'il y a un lien
27:08très fort
27:08entre ces épisodes
27:10de sécheresse
27:11chronique
27:11longue
27:12typique
27:12des faillites hydriques
27:14et les mouvements
27:15iraniens
27:16qui sont réprimés
27:17dans le sang
27:17en ce moment
27:18Agnès Ducharn
27:19l'eau qui disparaît
27:20de nos robinets
27:21c'est déjà une réalité
27:22dans certaines régions
27:23de France
27:23on va écouter
27:24ce reportage
27:25de la RTBF
27:26c'était en 2024
27:27dans un village
27:28de l'Aude
27:28l'été bouscule
27:29les habitudes
27:30dans les familles
27:31de ce petit village
27:32de l'Aude
27:32pas question de procrastiner
27:34en début de journée
27:35pour profiter de l'eau
27:36il faut s'activer
27:37jusqu'au déjeuner
27:38manger en fonction
27:40de l'eau
27:40c'est une question
27:41d'organisation
27:41mais en même temps
27:42quand ça dure
27:43effectivement
27:44il faut que chacun
27:44y mette du sien
27:45à partir de 14h
27:47et jusqu'à 6h
27:48le lendemain
27:49plus d'eau au robinet
27:50c'est fini
27:51c'est la troisième fois
27:52en 4 ans
27:53que le village
27:54fait face au manque d'eau
27:55la sécheresse
27:56et le niveau bas
27:56des nappes phréatiques
27:57forcent les autorités
27:58à imposer des restrictions
27:59conséquence
28:00il faut s'organiser
28:01et anticiper
28:03exemple donc
28:04en août 2024
28:05dans un village
28:05de l'Aude
28:06à Nesducharn
28:06qu'est-ce que ça nous raconte
28:07ce type de reportage
28:08exactement
28:09quand vous entendez ça
28:10vous vous dites quoi
28:11ça nous raconte
28:12notre vulnérabilité
28:15en France
28:16donc on bénéficie
28:17d'un climat
28:17qui est plutôt favorable
28:19d'un point de vue
28:20de l'eau
28:21de l'apport en eau
28:23le sud
28:24est un petit peu
28:25plus vulnérable
28:26d'un point de vue climatique
28:27mais
28:29on s'est adapté
28:30finalement
28:30nos sociétés
28:31se sont adaptées
28:32à notre climat
28:34mais par contre
28:36à la fois
28:37les demandes
28:38de plus en plus
28:39importantes en eau
28:40par tout ce qu'on fait
28:41la manière dont on occupe
28:42nos territoires
28:43et le changement climatique
28:44qui en rajoute une couche
28:45et c'est pas fini
28:47ça va être de pire en pire
28:48du point de vue
28:49du changement climatique
28:49qui diminue l'eau
28:50quand il y en a peu
28:51et qui l'augmente
28:52quand il y en a beaucoup
28:53et c'est ce qu'on voit
28:54dans le sud ouest
28:57en ce moment
28:57et dans tout l'ouest
28:59donc
29:02ça amène
29:04tout système
29:04même les mieux conçus
29:06même les plus techniques
29:07à leur limite
29:08et c'est ce qui se passe
29:09dans l'Aude
29:09en 2022
29:10c'était plusieurs centaines
29:12de communes
29:12en France
29:13qui n'avaient
29:14plus d'eau au robinet
29:16d'eau potable
29:16en tout cas
29:17et qui ont dû être
29:19approvisionnées
29:19par camion
29:20etc.
29:20et dans le monde
29:21si on regarde
29:22dans le monde entier
29:23le fait d'avoir de l'eau
29:2524h sur 24
29:26au robinet
29:27c'est une exception
29:27c'est ça
29:28il y a des milliards
29:29de personnes
29:29qui n'en ont pas
29:30il y a beaucoup
29:31d'urbains
29:32qui ont de l'eau
29:33au robinet
29:34mais pas toute la journée
29:35exactement comme
29:36les gens de l'Aude
29:38et puis il y a
29:39tous les gens
29:39qui n'ont pas
29:40d'eau au robinet
29:40donc il faut
29:42écouter les signaux
29:43quand même
29:44et s'habituer peut-être
29:45à ce type de situation
29:46qui pourrait se généraliser
29:48à l'ensemble du territoire
29:49en tout cas
29:49de la France métropolitaine
29:50parce qu'on n'a pas
29:51du tout l'habitude
29:52ah ben non
29:53on n'a pas l'habitude
29:53et puis il faut quand même
29:54aussi en profiter
29:55pour parler des outre-mer
29:56à Mayotte
29:58c'est catastrophique
29:59c'est une réalité quotidienne
30:00c'est même pas
30:01sur des laps de temps
30:02aussi courts
30:02c'est jamais
30:03ou pendant des journées entières
30:05voilà
30:06on se retrouve dans un instant
30:07Agnès Ducharn
30:08on va voir si
30:09cet effondrement
30:10est évitable
30:11et qu'est-ce qu'il faudrait changer
30:12pour éviter cette
30:13banqueroute définitive
30:14de l'eau
30:14et puis vous répondrez
30:15aux messages et aux questions
30:16qui arrivent pour vous
30:17sur franceinter.fr
30:18également vos messages vocaux
30:19pour vous entendre directement
30:21il vous suffit d'aller
30:22enregistrer vos messages
30:23pour la Terre au Carré
30:24sur l'application Radio France
31:05Sous-titrage Société Radio-Canada
31:18Sous-titrage Société Radio-Canada
31:51Sous-titrage Société Radio-Canada
32:18Sous-titrage Société Radio-Canada
32:30Sous-titrage Société Radio-Canada
32:56Makala
32:56c'était
32:57l'eau
32:58France Inter
33:02La Terre au Carré
33:07Mathieu Vidard
33:10Ne tombez pas mes amis dans l'indépendance à l'eau
33:14Elle fera de vous des esclaves et vous lui reprocherez qu'elle vous manque
33:21A cause de la terre
33:22On a dû partir
33:23On n'avait plus d'eau alors
33:24L'eau était infecte
33:25C'était du poison, de la pourriture
33:27Et puis il y a eu les corbeaux
33:28On ne pouvait plus rien planter
33:30Où sont les autres ?
33:32Quels autres ?
33:33Les innombrables mers
33:34Il n'y a plus que nous
33:37Voilà, Mad Max Furiosa
33:39C'était en 2024 de Georges Miller
33:41Un extrait pour méditer peut-être sur notre rapport à l'eau
33:45Agnès Ducharnes, vous qui êtes notre invitée
33:46Hydrologue et climatologue au CNRS
33:49On parle donc avec vous de la faillite mondiale de l'eau
33:52Ce terme employé dans un rapport de l'ONU
33:54Qui est sorti le 20 janvier dernier
33:56Et que vous pouvez d'ailleurs consulter
33:59Il est très lisible pour le grand public
34:01Si vous souhaitez en savoir plus sur cette situation
34:03A l'échelle de la planète
34:06Justement, ce terme, ce mot faillite
34:08Est-ce qu'il va changer fondamentalement à votre avis
34:10La façon dont les états gouvernent l'eau actuellement
34:13Par rapport à une simple gestion de crise ?
34:15J'ai bien peur que non, que ça ne suffise pas
34:18Parce que c'est juste de nouveaux mots
34:20Dans une vieille casserole
34:22Voilà
34:23Mais quand on est dans la position dans laquelle je suis
34:27On espère toujours que les nouveaux mots
34:30Vont faire une petite lueur de compréhension
34:33Entre les bonnes oreilles
34:35Sans trop d'illusions malheureusement
34:36Est-ce qu'il faudrait hiérarchiser les usages de l'eau
34:39Et arbitrer politiquement entre les besoins vitaux
34:42Et puis les activités économiques
34:43En fait, comment il faudrait faire ?
34:44C'est quoi la bonne politique aujourd'hui selon vous ?
34:48En fait, si on revient sur l'histoire
34:53Des lois sur l'eau en France
34:55On pourrait se dire qu'on est dans un pays
34:57Où on devrait être bien armé face à ça
34:59Parce que des lois, il y en a
35:00Oui
35:00Donc la gestion par grand bassin versant
35:03Depuis 1964
35:04Une loi sur l'eau en 1992
35:08Qui avait comme objectif
35:10D'assurer une gestion équilibrée de l'eau
35:12Au bénéfice de tous les usages
35:15Et en priorisant, en fait
35:16Depuis 1992
35:19L'alimentation en eau potable de tous nos concitoyens
35:22Et puis la sécurité civile
35:23Donc le fait qu'il y ait toujours de l'eau
35:25Pour lutter contre les incendies
35:27Avant les activités économiques ?
35:28Avant les activités économiques
35:31Et c'est ce précepte
35:35Qui fait que de plus en plus
35:38Chaque été, il y a des arrêtés préfectoraux
35:41Qui interdisent certains usages de l'eau
35:44Qui étaient massifs en 2022
35:46Il y avait 93 départements sur 96
35:49Qui étaient touchés par des arrêtés totaux
35:52Sauf des arrêtés de prélèvement
35:55Qui touchaient tous les secteurs
35:57Sauf au potable et sécurité civile
36:00Mais ça ne suffit pas
36:01Parce que ça c'est de la gestion de crise
36:03Et pour gérer la faillite
36:05Il ne faut pas se limiter à la gestion de crise
36:07Il faut faire de la gestion préventive
36:09Et elle ne suffit pas en France
36:11Même si elle existe
36:12Est-ce qu'on peut concilier à votre avis
36:13Le développement économique et la sobriété hydrique ?
36:15Parce que c'est bien ça dont il s'agit
36:17On n'a pas encore prononcé le mot aujourd'hui
36:19Un développement croissant
36:22Et la sobriété hydrique
36:23Je pense que non
36:24Dans tous les endroits du monde
36:27C'est à peu près la moitié
36:29Qui sont dans ce rapport reconnu
36:32Comme en faillite hydrique
36:34On ne peut pas prendre plus d'eau
36:35Pour faire plus d'activités économiques
36:37C'est l'inverse qu'il faudrait faire
36:39Il faudrait faire moins d'activités économiques
36:41Pour rendre de l'eau au système
36:42Et en France il y a aussi
36:44Il y a un tiers de la
36:46C'est quand même quelque chose
36:47Qui mérite d'être dit
36:50Sur votre antenne
36:51En France
36:51Un tiers du territoire métropolitain
36:55Bénéficie d'une appellation administrative
36:57Très moche
36:58Qui s'appelle
36:59Zone de répartition en eau
37:00Et zone de répartition en eau
37:02C'est un classement administratif
37:04Qui dit
37:04Qu'il y a un déséquilibre
37:06Durablement installé
37:08Entre la ressource en eau douce
37:09Et les prélèvements existants
37:11Et après ?
37:12Et après alors
37:13Dans ces zones là
37:15Sont censées être mises en place
37:16Des modalités de la gestion de l'eau
37:20Avec de la concertation en tracteur
37:22Etc.
37:23Au bénéfice
37:24Pour rétablir l'équilibre
37:26Mais
37:27Ce système existe depuis 1994
37:33Et en fait
37:34C'est toujours la même surface
37:35Qui est concernée
37:36Ça n'a pas changé
37:37Agnès Ducharme
37:38Avant de passer aux questions
37:39Des auditeurs et auditrices
37:40Parce qu'elles sont nombreuses
37:41Un mot sur la privatisation
37:43La marchandisation de l'eau
37:44Aujourd'hui
37:45Est-ce que ça aussi
37:46Ça peut nuire gravement
37:48A cette ressource ?
37:51Tout à fait
37:51Et quand on parle
37:51De développement économique
37:53Plutôt que développement hydrique
37:55C'est ça dont il est question
37:56En fait
37:56Soyons clairs
37:57Donc
37:58Il y a plusieurs
38:00Grands secteurs
38:00Qui directement valorisent l'eau
38:03En espèces sonantes
38:04Et trébuchantes
38:05Le premier
38:06C'est la mise en bouteille
38:07D'eau minérale
38:08Et on pense
38:09Au scandale Nestlé
38:10L'année dernière
38:11Mais il y a aussi
38:13Une faillite hydrique
38:15Régionale
38:15Dans la région de Contrex
38:17Et Vitel
38:17Et puis vers Volvic
38:18Et ça c'est la France
38:19Parce qu'à l'échelle mondiale
38:20La privatisation de l'eau
38:22Ça fonctionne déjà
38:22A fond les ballons
38:23Dans plein de pays
38:24Et donc là
38:25On laisse des industriels
38:27Prendre l'eau
38:29La vendre dans les aéroports
38:30Du monde entier
38:31Et c'est notre patrimoine naturel
38:33Qui est éparpillé
38:35De cette manière
38:36Et puis il y a aussi
38:37Toutes les bénéfices
38:41Qui sont basés
38:43Sur l'agro-industrie
38:45Donc
38:47Élevage industriel
38:49À base de maïs
38:51Etc
38:51Dans les marchés mondiaux
38:53Mais derrière
38:53Derrière l'agro-industrie
38:55Il y a aussi
38:56La méthanisation
38:57Les biocarburants
38:58Allez on passe aux questions
39:03Allez beaucoup de questions
39:04Donc réponse courte
39:05Agnès Ducharn
39:06Gilles nous demande
39:06Quels sont les pays
39:07Qui gèrent le mieux
39:07Leur capitale hydrique
39:08Aujourd'hui
39:09Est-ce qu'il y a des bons élèves ?
39:10Je crois que non en fait
39:13Tous les pays
39:14Sont en train de réaliser
39:16Par rapport à l'eau
39:17Que l'anthropocène
39:19Les grands changements
39:21Climatiques
39:22Et humains
39:23La grande accélération
39:25Les prend de plein fouet
39:26Et la plupart des pays
39:27Résonnent encore
39:28Avec les idées
39:29Du XXe siècle
39:30C'est le XXe siècle
39:31Qui est malheureusement en cours
39:33Florence demande
39:33Quand on étudie l'eau
39:34Son cycle
39:35Ses ressources
39:35On comprend qu'on ne peut pas
39:36Faire n'importe quoi
39:37Est-ce qu'il ne faudrait pas
39:38Former nos dirigeants
39:38Les préfets
39:39Les mairies
39:39Les ministres
39:40De l'agriculture
39:40Et de l'économie
39:41Il faudrait
39:42Et je crois
39:44Qu'ils le sont
39:45Partiellement
39:46En tout cas
39:47Les grandes administrations
39:48Publiques
39:48Et les ministères
39:49Le sont
39:50Mais la question
39:50Qu'on peut se poser
39:51C'est
39:53Quand on les forme
39:54Et quand on voit
39:55Ce que ça donne
39:55Est-ce qu'ils comprennent
39:56Bien ce qu'on leur raconte
39:58Ou bien
39:59Est-ce qu'ils font exprès
40:00De ne pas comprendre
40:01Les deux sont possibles
40:02Les deux sont possibles
40:03Florence demande
40:04Est-ce que des solutions
40:05Comme le recyclage de l'eau
40:06Pour les usages domestiques
40:08Ne devraient pas être obligatoires
40:09Dans les nouveaux logements
40:10Même question de Jean-Pierre
40:11Comment expliquer
40:12Que nous continuons
40:12Par exemple
40:13A utiliser de l'eau potable
40:14Pour nos WC
40:16C'est une bonne question
40:18Et c'est vrai
40:19Qu'en termes
40:20D'usages domestiques
40:22Les WC
40:23C'est une part
40:23Non négligeable
40:24C'est très difficile
40:26A mettre
40:27Ça ne peut se faire
40:28Que dans les nouveaux logements
40:29Et c'est des choses
40:30Qui existent
40:32Il y a des plans
40:33Il y a des nouveaux quartiers
40:34Où ces choses sont faites
40:35La séparation à la source
40:36Mais ça reste encore
40:38Très très marginal
40:39Agnès Ducharn
40:39Une question vocale
40:40Pour vous
40:41C'est Emmanuel
40:41Bonjour France Inter
40:43C'est Emmanuel
40:43Je serais assez curieuse
40:45D'avoir l'avis
40:46De votre invité
40:46Sur l'utilisation
40:49Intempestive
40:49De l'IA
40:50En ce moment
40:52Sachant que
40:52Moi j'ai l'impression
40:53Que tous les gens
40:53Autour de moi
40:54Demandent tout
40:55Et n'importe quoi
40:56A Tchad GPT
40:57Et n'ont absolument
40:59Pas du tout conscience
41:01De la catastrophe
41:02En eau
41:03Que cela peut représenter
41:04Merci
41:04Merci Emmanuel
41:05Pour votre question
41:06Même message de David
41:07Qui aimerait savoir
41:08Comment s'intègre
41:08Le grand projet
41:09D'Emmanuel Macron
41:09De développement en France
41:10Des data centers
41:11Vis-à-vis de cette question
41:12En eau
41:13Alors c'est plutôt
41:14Les data centers
41:15Le problème que l'IA
41:16C'est-à-dire l'IA
41:18C'est via les data centers
41:19Que ça va consommer de l'eau
41:35C'est tout à fait l'IA
41:36Et donc il en faut beaucoup
41:40C'est la même problématique
41:42Que le nucléaire
41:43Pour faire de l'électricité
41:45Qui est l'autre entrée
41:46Des data centers
41:47C'est ça
41:47Mais ce gros plan
41:49Justement autour
41:49De l'intelligence artificielle
41:51Quand on voit la situation
41:52De faillite mondiale de l'eau
41:53Me semble complètement déplacée
41:55On devrait mesurer
41:56Un peu les choses quand même
41:57C'est ça
41:58On parlait tout à l'heure
42:00De prioriser les usages
42:02Et donc il ne faut pas oublier
42:04Que les gens doivent boire
42:05Et manger quand même
42:05Yann demande
42:06Ma question va vous sembler stupide
42:08Mais la quantité d'eau sur Terre
42:09Et dans l'atmosphère
42:10Est-elle toujours constante ?
42:11Et si oui
42:12Est-ce qu'on peut parler
42:12De problème de répartition
42:13Plutôt que d'assèchement généralisé ?
42:17Alors la quantité d'eau totale
42:19Sur la planète
42:19Ça fait 3 milliards d'années
42:21À peu près
42:21Qu'elle est inchangée
42:24Mais ce qui change
42:26C'est les volumes
42:27Qui sont disponibles
42:28Sous forme vapeur
42:30Dans l'atmosphère
42:30Sous forme solide
42:31Dans les calottes
42:32Et les glaciers
42:33Et sous forme liquide
42:35Eau salée
42:35Et eau douce
42:36Et donc là
42:38Ce dont on parle
42:38C'est l'eau douce
42:39C'est une infime partie du total
42:40Et donc à la fois
42:42Il y a des problèmes
42:44De répartition
42:44Si on compare
42:45L'Amazonie
42:46Le Sahara
42:47On voit bien
42:47Que ce n'est pas
42:48Les mêmes conditions
42:50De gestion de l'eau
42:52Et par ailleurs
42:53Dans beaucoup d'endroits
42:54Il y a une diminution chronique
42:58Parce qu'on pompe trop
42:59Et c'est ça
42:59À quoi renvoie
43:00La faillite hydrique
43:01On va écouter un nouveau message vocal
43:03Pour vous Agnès Ducharn
43:04Daniel
43:05Clairement Ferrand
43:06Je me demandais
43:08Comment les centrales atomiques
43:10Si l'eau sera réfie
43:11Si les fleuves deviennent intermittents
43:14Comment pourront-elles être refroidies ?
43:17Et oui
43:18C'est un des gros problèmes quand même
43:20C'est une excellente question
43:21C'est la même que les data centers
43:24Et par exemple
43:25Il y a une centrale nucléaire
43:27À la mont de Paris
43:28Sur la Seine
43:29Là où elle a un tout petit débit
43:34Je trouve un peu inquiétant
43:35Qu'on songe à doubler
43:41Il y a des projets
43:42Pour développer
43:44Mettre plus de cœur
43:46À nos gens sur Seine
43:47De cœur nucléaire
43:49La rivière n'est pas capable
43:51De refroidir cette usine
43:53Allez un dernier message
43:54Sur l'agriculture
43:54Tout de suite en message vocal
43:56Bonjour La Terre au Carré
43:57Merci pour cette émission sur l'eau
43:59Est-ce qu'on a une idée
44:01De la consommation en eau douce
44:03De l'agriculture biologique
44:04Par rapport à l'agriculture conventionnelle
44:06Est-ce qu'on a une idée
44:08De la consommation liée
44:10À l'élevage
44:11Et notamment industriel
44:13Et tout ça en 15 secondes
44:14Agnès Ducharnin
44:15Pour répondre à ce message
44:16Alors en France
44:17L'élevage c'est à peu près 20%
44:19Par rapport à l'irrigation des cultures
44:21Et je pense que le bio
44:23Par rapport au conventionnel
44:25Sur le même type de culture
44:26C'est à peu près équivalent
44:27C'est pas là que ça se joue
44:28La différence entre le bio
44:29Et le conventionnel
44:30C'est sur les pesticides
44:31Et les engrais
44:32C'est pour la pollution
44:33Merci beaucoup en tout cas
44:35D'être venu
44:36Pour évoquer donc
44:37Cette faillite mondiale de l'eau
44:38A la suite de la publication
44:39De ce rapport de l'ONU
44:40Merci beaucoup Agnès Duchard
44:42Merci aussi également
44:42A Lucie Sarfati
44:43Qui a préparé ce dossier
44:44Fabrice Desmaz
44:46A la technique
44:47Et Jérôme Boulay
44:48Qui réalisait cette émission
44:49A la suite de l'ONU
44:49Merci à tous
Commentaires

Recommandations