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  • il y a 2 heures
Pour Marc-André Selosse, la biodiversité n’est pas seulement un patrimoine à protéger : c’est un outil au service de l’humanité.

Retrouvez la « Terre au carré » sur France Inter et sur : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/la-terre-au-carre

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Transcription
00:10Musique
00:18Aujourd'hui, le pari de la biodiversité raconté par
00:21Marc-André Solos, professeur du Muséum National d'Histoire Naturelle.
00:26Musique
00:26France Inter
00:30La terre au carré
00:34Mathieu Vidard
00:35Tout commence dans les couloirs feutrés de la science américaine.
00:38En 1985, le biologiste Walter G. Rosen forge discrètement un néologisme pour préparer un colloque « Biodiversity ».
00:46L'année suivante à Washington, le National Forum on Biodiversity réunit les grandes voies de la biologie.
00:52Parmi elles, Edward Wilson, naturaliste de renom qui comprend que ce mot « neuf » peut porter quelque chose d
00:58'urgent.
00:59Il édite les actes du colloque en 1988 sous le titre « Biodiversity » avec cette majuscule au milieu sur
01:06le « D » comme un drapeau planté dans le paysage scientifique.
01:08En contractant l'expression « Diversité biologique » en un seul mot percutant, les biologistes espèrent attirer l'attention sur
01:15leur discipline et sur l'importance de connaître les espèces du monde.
01:18Et puis en 1992, le sommet de la terre de Rio change d'échelle.
01:22La Convention sur la diversité biologique est adoptée par les nations.
01:26Le mot sort des revues spécialisées pour entrer dans le droit international.
01:30« Biodiversité » sans majuscule désormais commence sa grande traversée vers le public.
01:35Mais elle prend du temps cette traversée.
01:36Pendant des années, le mot reste confiné au cercle des écologues et des militants environnementaux.
01:41Le vivant dans sa complexité invisible résiste à la simplification médiatique.
01:46Ce sont les crises qui vont imposer ce terme de « biodiversité », le déclin brutal des insectes, les rapports
01:52alarmants sur les extinctions de masse,
01:54la pandémie de 2020 qui relie brutalement la santé humaine à l'état des écosystèmes.
01:59Soudain, « biodiversité » devient un mot que tout le monde entend.
02:03En 2025, un sondage de l'Office français de la biodiversité révèle que 99% des Français connaissent le terme.
02:10Mais si le mot a gagné la société, reste à gagner les consciences.
02:14Et c'est cette histoire que nous allons vous raconter.
02:22La biodiversité, c'est un terme que nous avons introduit en 1988
02:28et qui désigne la totalité des variations génétiques que l'on trouve chez les organismes vivants.
02:35Là où nous sommes assis, il y a de la biodiversité,
02:38que ce soit ici au parc de Yosemite en Californie ou partout dans le monde.
02:43Beaucoup de gens sont surpris par l'immense biodiversité qui existe sur Terre.
02:48Ils sont ensuite encore plus surpris d'apprendre à quelle vitesse elle disparaît,
02:52anéantis par l'activité humaine au point qu'il ne restera peut-être que la moitié des espèces vivantes
02:56et en bonne santé d'ici la fin du siècle.
03:01La voix du biologiste Edward Owelson, traduit par Jérôme Boulet, document de la chaîne américaine
03:06Explore Nature, c'est la chaîne des parcs nationaux aux Etats-Unis.
03:09Bonjour Marc-André Sellos.
03:11Bonjour.
03:11Merci d'être à ce micro.
03:12Vous qui avez publié il y a quelques semaines un petit essai intitulé
03:16« De la biodiversité comme un humanisme ».
03:18C'est publié au Seuil et vous dédiez ce livre à votre fils.
03:22Vous écrivez « Mon fils, je n'écris ces lignes en te volant des heures de compagnie que pour toi
03:26».
03:26Quel âge a-t-il ?
03:28Il a cinq ans et demi.
03:29Est-ce que lorsqu'il sera adulte, le monde vivant sera très différent de ce qu'il est aujourd'hui
03:33?
03:34On est quelques-uns à se battre pour que pas trop.
03:36Et surtout que les possibilités de vivre, de produire l'alimentation,
03:40d'avoir une eau saine, de l'air sain, un cadre de vie agréable.
03:43J'insiste dans le livre sur le fait que la verdure, c'est quelque chose qui est bon pour la
03:47santé,
03:48parce qu'on est un peu sélectionné pour vivre là-dedans.
03:50On est quelques-uns à se battre pour ça.
03:52Pour gagner les consciences, mais en fait aussi les cœurs.
03:55Parce que moi, la biodiversité, elle peut s'écrouler.
03:58Maintenant, je m'en fous.
03:59Ah bon ?
04:00L'essentiel est passé.
04:01À mon âge, ce n'est pas pour quelques années ratées de vie finale
04:06que je n'aurais pas profondément joui du monde.
04:08Ça va le moral, Marc-André Sellos ?
04:10C'est pour nos enfants.
04:12Et donc, gagner les consciences, oui, mais gagner les cœurs.
04:15Parce que quelque part, si on comprend bien que l'humanité est cousue de biodiversité,
04:19c'est la couture de nos enfants que nous sauvons.
04:21Alors justement, vous dites, vous l'écrivez effectivement,
04:24que l'humain est à 100% cousu de biodiversité.
04:26Il faut l'entendre comment ce terme ?
04:28Je ne sais pas.
04:29Déjà, je peux vous montrer mon costume, qui est un témoignage de mouton.
04:32Ma cravate, témoignage de verre à soie.
04:36Ma chemise, c'est du coton aussi.
04:37J'ai du bœuf, la ceinture.
04:39Alors, on a aussi tout ce microbiote en nous,
04:43qui sous-tend toutes nos fonctions de santé.
04:46En réalité, je veux dire que c'est notre trame.
04:48On est inséré dans le vivant.
04:50C'est prolonger le programme qu'un des scolats, par exemple, nous propose,
04:54en disant, nature et société, c'est la même chose.
04:57C'est vraiment se dire qu'on est fabriqué par cette biodiversité.
05:01Alors, on ne s'en rend pas compte, mais on s'en rend compte quand elle disparaît.
05:03Par exemple, la dégradation de la biodiversité de nos microbiotes est une des portes d'entrée
05:08vers les grandes maladies modernes.
05:10Asthme, allergie, obésité, etc.
05:12Ce n'est pas la seule.
05:13Mais en particulier, c'est l'endroit où la dégradation de la biodiversité nous affecte le plus directement.
05:20On voit aussi une agriculture, par exemple, en France,
05:22qui commence à ne plus faire les gains de productivité qu'elle faisait,
05:25alors même que les variétés s'améliorent, que les intrants s'améliorent,
05:28qu'on les aime ou non, ils sont de plus en plus performants.
05:30Mais la productivité piédine, ce n'est pas qu'une histoire de climat.
05:34C'est que la biodiversité des sols s'effondrant,
05:36les fonctions de fertilité et de rétention de l'eau des sols s'écroulent.
05:41Donc, on est cousu de biodiversité parce que nous avons, dans notre évolution,
05:44été construit dans un monde où il y avait une certaine diversité.
05:46Et nous reposons sur elle et on commence à s'en apercevoir
05:50parce que son érosion commence à abîmer des fonctions vitales.
05:53Pas au point qu'on en meurt, mais au point qu'on en vive moins bien.
05:56Et vous êtes inquiet pour la génération de votre fils, justement ?
06:00Oui et non.
06:02Moi, je suis un humaniste.
06:03Ce titre, ce n'est pas une imposture.
06:05Je crois en l'humain.
06:06J'y crois profondément.
06:08Après, ça ne veut pas dire qu'il n'y a pas des pères d'abrutis
06:10qui essaient tous les jours de vous démontrer
06:12qu'il y a aussi des doutes sur l'humanisme.
06:16Mais moi, si je me bats, ce n'est pas juste pour vendre des livres.
06:21Je crois qu'il y a une possibilité.
06:24Maintenant, je ne suis pas du tout sûr de l'issue
06:26et je pense qu'il faut tous qu'on se motive et qu'on opère notre jonction.
06:28Parce que moi, je sors d'un repas avec des gens d'Air France, là.
06:33Et bien, c'est des gens qui sont à la responsabilité sociale et environnementale
06:37et ils se posent des questions et ils essaient de faire évoluer le schéma.
06:40Ce n'est pas évident.
06:40Il y a des gens, solutions partout.
06:42J'ai croisé des juristes, notamment, qui s'occupent de droit à l'environnement.
06:45Je croise des médecins qui nous parlent justement du concept One Health, une seule santé.
06:50Pas de santé sans un environnement qui fonctionne bien.
06:53Bon, je croise des économistes aussi.
06:56Mon collègue Harold Le Vrel du muséum, qui est professeur d'économie,
06:59mais qui parle d'encastrer l'économie dans le vivant.
07:01Dans tous les secteurs, il y a des gens qui bougent.
07:03Ils n'ont pas vraiment opéré leur jonction.
07:05Alors que les conservateurs et les négationnistes de la crise de la biodiversité,
07:09eux, souvent, ont opéré leur jonction technique.
07:12Mais moi, je vois des gens qui bougent partout.
07:15Mais quel est l'intérêt d'aller faire un repas avec des gens d'Air France ?
07:17Parce que vous croyez vraiment que l'aviation va se poser la question
07:22de remettre en question justement le rôle aussi des émissions de gaz à effet de serre
07:26dans ce domaine-là précisément ?
07:28Avec les SCAF, les carburants d'origine biologique d'une part,
07:32et la compensation carbone, elles se posent la question.
07:35Ça ne veut pas dire qu'il ne faut pas qu'on se pose la question
07:36de savoir est-ce qu'il faut voler autant que ça ?
07:38D'accord ?
07:38Mais à un moment, il y a des gens qui se posent des questions à l'intérieur de ce dispositif.
07:41Et s'ils ont des questions à poser à un professeur du muséum,
07:43je ne vois pas pourquoi le professeur du muséum refuserait de parler certain.
07:45Sauf que la compensation carbone proposée par Air France, c'est de planter des arbres.
07:49Or, on sait bien que ce n'est pas ça la solution du tout, que ça ne fonctionne pas.
07:52La solution qu'on allait, c'est justement sur l'idée de ne pas planter des arbres,
07:55mais faire des forêts, et peut-être des forêts qui seraient des réserves.
07:58Oui, parce qu'en parlant de la diversité, on dit qu'il faudrait mettre à peu près 30% du
08:03territoire,
08:04mer et terre comprise, en réserve, pour avoir des zones où les espèces qui étaient présentes avant
08:09peuvent continuer à exister sans rajouter des pressions de sélection qui les éliminent.
08:16On peut peut-être un jour faire de la compensation carbone en non pas plantant des plantations,
08:20car on ne plante pas des forêts, on plante des plantations,
08:22mais en mettant des forêts en libre évolution.
08:25Ce que je veux dire, c'est que, je ne suis pas du tout pour griller du carburant en avion,
08:29mais ce que je veux dire, et c'est important, c'est qu'il y a partout des gens qui
08:33peuvent faire mieux,
08:34et d'une façon qui, par exemple, relie les problématiques climatiques et biodiversité.
08:39Et il faut aller au-devant de ces gens-là.
08:42Ça ne veut pas dire qu'il n'y a pas des habitudes, qu'il va falloir qu'on change
08:44tous.
08:44Et ça, c'est le problème.
08:45C'est qu'il n'y a pas que des possibles, il y a aussi quelques interdits.
08:47Il y a aussi beaucoup de greenwashing, quand même, Marc-André Sélos, non ?
08:50Même chez ceux qui, en apparence, ont de bonnes intentions, non ?
08:54J'étais pas programmé que je parle d'Air France aujourd'hui.
08:56Non, non, mais cette entreprise ou d'une autre, d'ailleurs.
08:58C'est plutôt une démarche interne.
08:59Mais le greenwashing existe.
09:01Mais attention, de grâce, à ne pas écrabouiller les efforts déjà difficiles
09:06que font certains pour faire mieux, en traitant n'importe quoi de greenwashing.
09:12Sachant être un truc-tu peu nuancé.
09:14Donc, vous êtes pour le dialogue avec tout le monde.
09:17C'est ce que vous nous dites aussi.
09:17Moi, professeur au muséum, quand un citoyen de ce pays m'interpelle,
09:22je dois lui répondre, quel que soit son parti, quel que soit son métier,
09:27tant qu'il me parle poliment.
09:29Ce qui, des fois, effectivement, commence à être difficile.
09:31Mais bon, c'est une autre histoire.
09:32Vous dites, nous sommes insérés justement dans la biodiversité
09:36et vous donnez dans votre livre une place centrale à l'humain,
09:38puisque justement, vous l'écrivez, la biodiversité comme un humanisme,
09:42alors que nous sommes précédemment une espèce parmi tant d'autres.
09:46Donc, comment il faut l'entendre ça également ?
09:48On a une place particulière selon vous ?
09:50Ou on se fond ?
09:52On est inséré, comme vous le dites aussi ?
09:54On n'a pas une place particulière.
09:56Une des preuves de ça, c'est que par exemple, sur les pesticides,
09:58on voit bien qu'on fait partie des espèces qui en souffrent.
10:02Même si peut-être on en souffre un peu moins qu'un puceron ou un champignon parasite,
10:07on sait très bien les effets délétères que certains pesticides ont sur la santé.
10:11Donc, on est dans la biodiversité nous-mêmes.
10:13Et d'ailleurs, souvent, on me reproche d'avoir un côté utilitariste
10:17et de dire que l'adversité sert à construire l'humain.
10:20Mais vous savez, quand un oiseau fait son nid,
10:22il arrache une mousse, il prend de la paille, il pique du crin,
10:26il fait son nid, il ne le recycle même pas d'ailleurs.
10:27Quand il a fini de s'en servir, il le laisse comme ça.
10:30Consommer, exploiter les ressources, c'est vivre.
10:34Le point par lequel nous sommes singuliers, c'est que nous avons une capacité d'anticipation.
10:37Nous avons une force, et j'en reviens aux générations futures,
10:40nous avons une force qui est de pouvoir prévoir et de faire en sorte que non seulement nous utilisions,
10:44mais nous puissions faire en sorte que ceux qui nous sont chers continuent à utiliser.
10:48Notre point particulier, c'est la capacité d'anticipation.
10:51Le fait de consommer la biodiversité,
10:54toutes les espèces vivantes consomment d'autres espèces,
10:57consomment des ressources et des services produits par d'autres espèces.
11:00C'est reconnaître que l'homme est naturel, que dire on va utiliser la biodiversité.
11:03Simplement, il faut que ce soit durable.
11:05Et on sait faire.
11:06Le livre, en agriculture, en urbanisme, en paysage, en santé, propose des pistes.
11:12On va y revenir, évidemment, avec vous.
11:14Vous distinguez, Marc-André Sélos, la biodiversité d'un autre concept que l'on utiliserait régulièrement,
11:19celui des écosystèmes.
11:21Est-ce qu'il y a une grande différence entre les deux ou pas ?
11:24Alors, la biodiversité, c'est toute la diversité du vivant.
11:27C'est donc la diversité des espèces, bien sûr,
11:29mais c'est aussi la diversité génétique qu'il y a dans ces espèces.
11:31Et c'est elle qui s'écroule beaucoup en ce moment avec la réduction des populations.
11:35Quand on vous dit que vous avez perdu 80% des insectes en 30 ans,
11:38c'est 80% de la biodiversité qui s'est effondrée,
11:40parce qu'il y a moins d'individus, donc moins de diversité génétique.
11:42Il y a aussi la diversité des écosystèmes, qui sont les assemblages d'espèces.
11:46Et par exemple, la France, elle vend ses paysages pour faire du tourisme.
11:49C'est de la biodiversité qu'elle vend, c'est du patrimoine.
11:52C'est même une fierté nationale, la richesse des paysages français.
11:55C'est de la biodiversité aussi.
11:56La biodiversité, c'est à toutes les échelles la diversité du vivant.
11:59Et il ne faut pas, bien sûr, n'y voir que les espèces,
12:02même si les espèces en sont une fraction.
12:04Et donc les écosystèmes, pour bien comprendre de quoi on parle ?
12:07C'est une partie de la biodiversité qui produit ce qu'on appelle les services écosystémiques,
12:13c'est-à-dire que les assemblages d'espèces qui sont là à un moment font des choses.
12:16Ils font de l'oxygène, ils font de la porosité dans le sol qui va retenir l'eau de pluie,
12:20ou ils purifient l'eau de pluie.
12:23Et ce qu'on appelle les services écosystémiques,
12:25c'est un autre aspect de la biodiversité,
12:27c'est la diversité des actions du vivant.
12:30En fait, quand on est cousu de biodiversité,
12:32nous c'est parce qu'on recueille les actions du vivant,
12:33à la production de nourriture, la rétention d'eau, la production d'oxygène, etc.
12:38On parle souvent de la biodiversité que nous voyons,
12:41la biodiversité visible, les animaux, les plantes,
12:43mais il faut également insister sur un monde qui vous est particulièrement cher,
12:48c'est celui des microbes, Marc-André Célos,
12:50parce que c'est un monde invisible, mais très important aussi.
12:53Oui, il est très important.
12:55On a fait ensemble, je crois, une émission une fois sur les sols,
12:58alors il faut la réécouter pour voir cette espèce de bombe de diversité,
13:01un gramme de sol, plusieurs milliers d'espèces de bactéries,
13:04un bon millier d'espèces de champignons,
13:06une cuillère à café d'eau marine,
13:09c'est 10 000 cellules d'algues appartenant à plusieurs centaines d'espèces,
13:13probablement un bon millier d'espèces de bactéries.
13:15En fait, pour un demi-million d'espèces de plantes
13:18et 3 à 6 millions selon les estimations d'espèces animales,
13:21vous avez 6 à 10 millions d'espèces de champignons,
13:26probablement au moins une centaine de millions d'espèces de bactéries,
13:29puis il y a les virus complètement inconnus,
13:31mais qui prolongent ce chiffre par milliard d'espèces.
13:34En fait, la diversité des microbiennes,
13:35et ça c'est une bonne nouvelle, vous savez pourquoi ?
13:37Parce que les populations microbiennes sont tellement énormes,
13:40c'est tout petit les microbes,
13:41donc on en met vraiment plein, plein, plein, plein,
13:42c'est pour ça que dans un gramme de terre, il y a autant de vie,
13:45que là, l'érosion de la diversité génétique n'a pas commencé
13:49et l'extinction est encore rare.
13:51Alors, elle n'est pas complètement absente,
13:55parce que quand vous perdez le mammouth,
13:56vous perdez toutes les bactéries pathogènes,
13:58toutes les bactéries qui vivent dans le tube digestif du mammouth seulement.
14:02Donc, il y a déjà des espèces de microbes qui ont disparu.
14:04Mais aujourd'hui, il y a peu d'espèces de microbes qui ont disparu,
14:06et surtout, leurs populations sont tellement énormes
14:08que là, l'érosion de la diversité génétique est encore relativement limitée.
14:11Vous savez, le verre est à moitié plein.
14:13On a perdu au plus 5 à 7% des espèces vivantes selon les groupes.
14:17Cette espèce, 7%, c'est les mollusques par exemple.
14:19Ce n'est pas beaucoup encore.
14:21Et on a perdu beaucoup de biodiversité génétique, ça c'est sûr.
14:25On pense qu'il n'y a pas une espèce qu'on a étudiée
14:27où il n'y a pas de diversité génétique qui a disparu.
14:28Mais, il en reste.
14:31Tout est encore possible.
14:33Le verre est à moitié plein encore.
14:34Il en reste, mais ça s'effondre quand même un petit peu.
14:37On va en reparler avec vous dans un instant.
14:42C'est certain.
14:43de ce concept de biodiversité.
14:44On en discute ensemble avec les auditrices et les auditeurs.
14:47Bien sûr, vous nous rejoignez avec vos questions
14:49sur la page de l'émission, nos réseaux sociaux
14:51et même pour vous entendre sur l'application Radio France.
21:56crise de l'humanité. Et en ce sens,
21:58c'est encore un moment où, à séparer société
22:00et nature, on a exporté le problème
22:02dans le compartiment naturel. On ne s'aperçoit pas
22:04qu'en fait, c'est notre problème.
22:05Donc, ce terme de crise de biodiversité, là aussi, il est à discuter ?
22:09On peut continuer à parler de crise.
22:10Il faut bien comprendre que
22:12le côté le plus critique de ce qui arrive,
22:14c'est pour nous.
22:18Donc, notre génération ?
22:19Pour nous, humains.
22:21Notre génération,
22:23vous êtes beaucoup plus jeune que moi, Mathieu,
22:24mais, ça va,
22:28c'est fait. C'est ce que j'ai dit tout à l'heure.
22:31La vraie question, c'est les générations
22:32qui arrivent. Qu'est-ce qu'elles vont avoir en main ?
22:35Et c'est vraiment
22:36une question de transmission. Et d'ailleurs, j'aimerais ici
22:38faire une parenthèse. Je ne comprends pas pourquoi l'écologie
22:40est de gauche et pas de droite.
22:42Parce que
22:44la biodiversité, c'est le patrimoine naturel
22:46qui est le résultat de l'évolution.
22:49C'est du patrimoine.
22:51Exactement comme le patrimoine
22:54linguistique, architecte,
22:54culturel est le produit de l'évolution culturelle.
22:58Si on est fier de son pays,
22:59si on est fier de ce qu'on a,
23:00si on est fier de son histoire,
23:01on doit notamment être fier de son patrimoine.
23:04Et là, on est
23:06enfoncés dans une ornière politique
23:07qui, qui, moi, me pose beaucoup de problèmes.
23:09Vous dites, je ne sais pas pourquoi,
23:10vous êtes vraiment sûrs, vous n'avez pas des éléments de réponse ?
23:12Je sais que moi, j'ai rencontré des élus de droite
23:15qui sont résolument engagés en écologie.
23:17Et le hiatus, c'est plutôt un hiatus
23:19où on s'est fourvoyé sociétalement.
23:20C'est-à-dire qu'il y a eu une appropriation de l'écologie par la gauche
23:23qui l'a incarnée avec plus ou moins
23:24de spontanéité et d'exactitude,
23:27mais qui, quand même, fait des efforts.
23:29Et puis, du coup,
23:29du coup, ce n'était pas à droite.
23:34Mais voilà, je pense que ça,
23:35c'est une ornière historique.
23:36Alors, il y a effectivement des hiatus
23:38avec des systèmes de production,
23:39des systèmes de pensée économique
23:42qui font qu'effectivement,
23:43certains systèmes de pensée
23:44voient les régulations écologiques
23:46comme des régulations et on veut déréguler.
23:48Mais quand même, à la base,
23:50je trouve que c'est dingue
23:51qu'il y ait une partie du patrimoine
23:53qui soit le patrimoine culturel
23:56et la préservation de l'héritage
23:57qui soit appropriée par certains partis
23:58et le patrimoine naturel
24:00qui soit approprié par d'autres partis,
24:01alors que tout ça, c'est nous.
24:02Oui, mais c'est plus qu'un patrimoine,
24:04Marc-André Sélos.
24:04C'est tout simplement notre raison de vivre.
24:07Alors ça, c'est l'autre chose.
24:08C'est-à-dire que sans ça,
24:09on ne vit pas en réalité.
24:11On vit moins bien.
24:11C'est moins notre raison de vivre
24:13que la raison pour laquelle nous vivons,
24:15effectivement.
24:16Et vous pouvez démolir Versailles.
24:18On peut refaire un truc qui ressemble.
24:20Démolissez les mammouths.
24:21Vous ne le faites pas.
24:22Quelque chose qui ressemble.
24:23Et alors, j'aimerais faire une petite parenthèse.
24:25Aujourd'hui, on parle beaucoup
24:25de désextinction.
24:26Mais c'est quoi ?
24:27En fait, la désextinction du mammouth,
24:29c'est de faire un éléphant à poils roux.
24:30C'est la résurrection d'espèces disparues,
24:32en fait.
24:32C'est ça, le projet.
24:33Alors, c'est un projet
24:34qui va rapporter de l'argent
24:35parce que quand on aura un mammouth
24:37à montrer,
24:38pardon, un éléphant à poils roux
24:39à montrer,
24:39les gens vont se précipiter là-dessus.
24:41Mais attendez,
24:42une espèce,
24:43ce n'est pas juste un ou deux individus.
24:44Si on fait un mâle à une femelle,
24:45au bout de quelques générations,
24:46ça va être complètement consanguin,
24:48ça va être l'horreur.
24:48Ce sont des populations.
24:50C'est de la diversité génétique.
24:51L'espèce est une capsule
24:53de biodiversité génétique.
24:54Elle n'existe pas sans ça.
24:56Sinon, elle dégénère,
24:57ne fût-ce que par consanguinité.
24:59Donc, déséteindre...
25:00Ou les mettre, en plus.
25:02Déséteindre ces femmes populations.
25:03Et après, votre population,
25:04vous en faites quoi ?
25:05Vous la mettez où ?
25:06Il n'y a plus la place.
25:07Donc, ces histoires de désextinction
25:09que des boîtes incarnent,
25:10c'est des projets industriels
25:13intéressants, sympathiques,
25:14mais ce n'est pas du tout des remèdes.
25:16L'extinction,
25:16c'est définitif.
25:19Et l'espèce qui occupera
25:20la niche écologique
25:21et qui remplira les fonctions,
25:22elle n'est pas pour demain
25:24et elle sera sans doute différente.
25:25Aussi différente que le lion
25:26l'est du tyrannosaure.
25:27Mais Marc-André Sélos,
25:28c'est encore une question vitale,
25:29finalement.
25:30Toutes les questions de biodiversité,
25:31celles des ressources,
25:32comme l'eau, par exemple,
25:33aujourd'hui,
25:34c'est quand même un sacré sujet.
25:36L'eau, ce n'est pas de gauche
25:37ou ce n'est pas de droite.
25:38L'eau, ça nous concerne tous.
25:39Et sans eau, de toute façon,
25:40on ne vit pas.
25:41Donc, il y a un enjeu
25:42absolument majeur
25:43sur cette question-là
25:44qui devrait être embrassé
25:45par absolument tout le monde
25:47dans la population,
25:47quel que soit, d'ailleurs,
25:48son bord politique.
25:49Mais oui, en fait,
25:51souvent, les gens me reprochent
25:52d'être militants.
25:53Moi, je ne milite que
25:53pour faire entendre
25:55les données de la science.
25:57Parce qu'effectivement,
25:58les choses que je dis,
26:00elles ne sont...
26:00Alors, oui.
26:01Et puis, surtout,
26:02quand vous parlez d'écologie,
26:03il y a des parties
26:04qui reprennent ces idées-là.
26:06Entre nous, dans l'État,
26:07quand on fait l'inventaire,
26:07ce n'est pas toujours
26:08complètement exact,
26:09mais qui le reprennent
26:10et puis d'autres, au contraire,
26:11qui s'y opposent.
26:12Donc, on me dit des fois
26:15escrologues.
26:16C'est des insultes
26:17qu'on reçoit de temps à autre.
26:19J'ai même eu un coup de fil
26:20l'autre jour d'un type
26:21qui m'a appelé pour m'insulter.
26:22Je ne sais pas comment
26:22il y avait mon téléphone
26:23en disant que j'étais
26:24un fléau pour la France.
26:25Alors, c'est compliqué,
26:27effectivement,
26:28parce que le débat
26:29s'est polarisé.
26:31Et c'est con,
26:31parce que pendant qu'il se polarise,
26:33nous, on est en train
26:33de perdre des points.
26:34Les points de vie,
26:35c'est les espèces,
26:36c'est leur diversité génétique.
26:37On est en train de perdre
26:37des points de vie
26:39et quelque part...
26:42Ouais.
26:43Moi, je caresse l'espoir
26:45que la prochaine génération
26:46saura transcender ça.
26:48Et mon espoir
26:49tourne autour de la chose suivante.
26:50La biodiversité
26:51est un outil.
26:52Deux exemples.
26:53L'agroécologie,
26:54dans certains cas,
26:55ça permet de produire
26:5630% de biomasse en plus.
26:58Quand vous faites
26:59du céréal bio,
26:59c'est 30% de céréales en moins.
27:01OK.
27:01Mais des cultures mélangées,
27:02c'est 30% de céréales en plus.
27:05Autre exemple.
27:06La réserve de pêche
27:08des Calanques,
27:09c'est une réserve
27:10où on ne pêche pas.
27:10Puis on ne peut pas chaluter
27:11parce qu'au fond,
27:11il y a des posidonies.
27:12Donc c'est une des rares réserves
27:14où on n'a pas le droit
27:14d'aller chaluter.
27:15Parce que oui,
27:16dans les réserves,
27:16on peut chaluter,
27:17figurez-vous, en France.
27:17Dans les réserves marines.
27:18Dans les réserves protégées.
27:20Ce qui fait que ce ne sont pas
27:20des réserves.
27:21En plus, quand on chalute,
27:22c'est très bien pour le climat
27:22parce que les mélanges d'eau
27:23obtenus font que vous déstockez
27:25du carbone.
27:26Bref, je reviens à mon histoire.
27:28La pêche,
27:28elle a remonté autour.
27:29Pourquoi ?
27:29Parce que les poissons
27:30qui prolifèrent là,
27:31les stocks de poissons pêchables
27:32sont multipliés par trois.
27:34Quand ils sont à l'étroit
27:34dans la réserve des Calanques,
27:35qu'est-ce qu'ils font ?
27:36Ils sortent.
27:37La pêche a remonté
27:38autour de la réserve des Calanques.
27:41Il n'y a pas de hiatus.
27:42Alors il y a des fois,
27:42il y a des hiatus,
27:43effectivement,
27:43entre la préservation
27:44de la biodiversité
27:45et l'action humaine.
27:46Mais il y a des fois,
27:46il n'y a pas de hiatus.
27:48Pourquoi on n'opère pas ça
27:51en priorité ?
27:53Juste parce que
27:54je vous ai entendu dire
27:55que le chalutage,
27:55c'est bon pour le climat.
27:56Ah non,
27:57ce n'est pas bon pour le climat.
27:58Ça pose aussi un problème
27:59de déstockage de CO2.
28:01En plus,
28:02c'est merdique climatiquement.
28:03J'ai eu peur d'avoir mal compris.
28:05On est raccord.
28:06C'est bon pour rien.
28:07Pas pour les poissons.
28:08Surtout quand c'est
28:09en quantité absolument gigantesque.
28:12Et sur des kilomètres.
28:14De la biodiversité
28:15comme un humanisme.
28:15On va parler agriculture
28:16dans un instant.
28:17C'est toujours d'actualité
28:19de toute façon.
28:19Il y a énormément de choses.
28:21Vous avez exprimé récemment
28:22sur la loi du plomb.
28:23Marc-André Sellos,
28:24on en dira un petit mot
28:25dans un instant.
28:25Vous êtes notre invité
28:26et votre ouvrage
28:27sort aux éditions du Seuil.
28:29Sous-titrage Société Radio-Canada
29:17Sous-titrage Société Radio-Canada
29:44Sous-titrage Société Radio-Canada
30:16Sous-titrage Société Radio-Canada
30:17Ce que tu me fais, elle s'appelle Linné.
30:44La forêt de Fontainebleau, c'est un sanctuaire, c'est un sanctuaire, c'est une relique.
30:49C'est pourquoi Fontainebleau est aussi une forêt extraordinaire qui présente véritablement
30:55des qualités scientifiquement étonnantes.
30:59Cette autoroute à travers les trois pignons, elle ampute, elle coupe le massif de Fontainebleau
31:04en deux. C'est un coup de sard à travers la forêt de Fontainebleau.
31:07C'est ce qu'on ne comprend pas.
31:08Voilà, il s'appelle Roger Haim en 1962.
31:12La déforestation dont il nous en parle, cette voix d'un grand botaniste français spécialisé
31:16en mycologie, en phytopathologie, Marc-André Sellos.
31:20Il a été directeur du Muséum National d'Histoire Naturelle de 51-65.
31:24C'est quelqu'un qui a compté pour vous ou pas ?
31:27Alors, moi j'ai lu ses travaux sur les termites champignonistes, sur les champignons hallucinogènes.
31:32C'est un très très grand mycologue, membre de l'Institut, un grand résistant déporté.
31:36Et je découvre en fait récemment ses travaux comme environnementaliste.
31:41Il a préfacé notamment l'ouvrage de Rachel Carson dans sa traduction française.
31:45Et il écrit ceci.
31:47Parce que des fois on me dit, oui, oui, maintenant les professeurs du Muséum deviennent des militants.
31:51Non, il y a une grande tradition, notamment parmi les mycologues, si j'ose seulement me comparer
31:55à ce grand homme.
31:56Il écrit, il écrit, on arrête les gangsters, on tire sur les auteurs des hold-up, on guillotine
32:01les assassins, on fusille les despotes, ou prétendu tel, mais qui mettra en prison
32:05les emprisonneurs publics instillant chaque jour les produits que la chimie de synthèse
32:09livre à leurs profits et à leurs imprudences.
32:11Ah oui, il va pas que de la cuillère.
32:13Et donc, moi je pense aujourd'hui, en tant que professeur du Muséum, ici incarner une
32:19longue suite historique d'avertissements à la société.
32:22Nous sommes au service de la société et quelque part, on dit ce qui est possible, je parle
32:27d'agroécologie, et on dit ce qui est impossible.
32:29Mais foutez au niveau des pesticides, par exemple, c'est pas possible.
32:31Vous partagez ce qu'il dit ? Il faudra mettre en prison ceux qui font le dépendage de pesticides ?
32:36Non. Mais ceux qui produisent des pesticides et des données qui poussent à continuer,
32:40ou des données ou des textes de loi qui continuent à les utiliser alors qu'on sait
32:43que ça abîme des gens, oui. Aujourd'hui, les PIFAS vont nous entraîner des frais de santé.
32:48Alors là, c'est l'industrie. Parce que je veux pas faire que parler d'agriculture.
32:52Les PIFAS, on estime qu'en Europe, ça va être entre 50 et 80 milliards d'euros de frais
32:56de santé par an à terme, les fameux polluants éternels.
32:59Et on commence à le découvrir seulement.
33:01Donc, il y a un moment où il y a des responsabilités. Quand des industriels ont des données
33:04qui montrent la toxicité, des PIFAS, par exemple, ou quand on sait que ExxonMobil,
33:09par exemple, avait en 1970 des prédictions climatiques que la communauté scientifique
33:14n'a eue qu'en 2000, alors qu'en 2000, justement, le président d'ExxonMobil a dit
33:18« le chambre climatique, c'est pas très certain encore », là, il y a effectivement
33:22des baffes qui se perdent et des emprisonnements qui se perdent.
33:25Maintenant, je ne fustige pas les pauvres gens. Les pauvres gens, c'est les consommateurs
33:29comme vous et moi, c'est les agriculteurs qui finalement utilisent un système.
33:33Mais à un moment, il y en a qui ont la connaissance du danger
33:38et qui font l'opposé de ce qu'il faudrait faire.
33:41Nos dirigeants politiques, certains dirigeants politiques, par exemple.
33:44Oui, mais il y aura des procès un jour, c'est évident.
33:47Pas si nos sociétés tiennent.
33:48Le mois dernier, dans les colonnes du Monde, Marc-André Selloz,
33:51vous déclariez dans une tribune au sujet de la loi Duplon
33:53qu'elle était une loi passéiste, ignorante de l'évolution technique
33:56et des coûts financiers et humains colossaux.
33:58Cette loi voudrait, on peut le redire, réautoriser l'acétamipride,
34:03donc ce dangereux insecticide pour la santé et l'environnement.
34:06La disposition a été censurée par le Conseil constitutionnel,
34:09mais ça n'a pas découragé le sénateur Laurent Duplon
34:12qui a déposé le 2 février une nouvelle proposition de loi
34:14pour réintroduire absolument ce pesticide interdit en France depuis 2020.
34:19On est complètement à côté de la plaque là-dessus ?
34:21Oui, alors pour moi, l'acétamipride, plus ça va, plus je suis sûre que c'est un chiffon rouge
34:24pour que les gens regardent dans cette direction et pas le reste.
34:26Notamment dans la loi Duplon, il y avait des autorisations facilitées pour les bassines,
34:30il y avait des autorisations facilitées pour les élevages
34:33qui en fait dénaturent des écosystèmes.
34:35Et alors justement, quand vous dénaturez des écosystèmes, c'est quoi ?
34:37C'est des marées vertes qui sont toxiques pour les riverains,
34:39c'est du potentiel touristique, parce que la biodiversité fait des paysages
34:43et elle fait du tourisme.
34:44C'est du potentiel touristique qui s'écroule,
34:46c'est de la mythiliculture ou de l'ostréiculture qui s'effondre,
34:49c'est de la valeur qui se perd par ailleurs.
34:51Et puis il y avait aussi cette idée de ne pas interdire les pesticides
34:54si on n'avait pas d'alternative.
34:55Donc il y a déjà des discussions toxiques qui sont passées dans la loi,
34:58un peu à l'insu de tout le monde,
35:00et je pense que l'acétamipride est un chiffon rouge.
35:03Et alors l'agité de l'acétamipride,
35:05alors que premièrement, l'an dernier, en l'absence d'acétamipride,
35:08on a eu la cinquième meilleure récolte de tous les temps,
35:12de betteraves sucrières, vous tenez,
35:14qu'on a des alternatives agroécologiques,
35:17basées notamment sur planter de l'orge qui est un répulsif
35:20et utiliser deux pesticides autorisés.
35:23Là, vous réduisez de 87% la population de pucerons
35:26contre 50% avec l'acétamipride.
35:28Ça marche mieux.
35:29C'est peut-être un peu plus cher, mais ça marche mieux.
35:30Et puis ce n'est pas dangereux pour l'environnement
35:32parce que l'acétamipride, ça tue les insectes pollinisateurs.
35:35Et ça, c'est des choses qui font de la valeur.
35:37Je le répète, les insectes pollinisateurs,
35:39aujourd'hui, selon les estimations,
35:4030 à 60% des écosystèmes agricoles sont limités en pollinisateurs.
35:43Ça veut dire qu'en Bourgogne,
35:44c'est les travaux de Marie-Charlotte Hanstedt à l'université de Dijon,
35:48vous pouvez élever des osmis,
35:50alors maintenant, il faut les payer,
35:51qui sont des pollinisateurs du cassissier,
35:52vous pouvez augmenter votre production de 1,2 à 4 fois.
35:58Ce n'est pas la peine de mettre plus de pesticides
36:00ou de mettre plus d'engrais,
36:01c'est limité en pollinisateurs.
36:02Et là-bas, justement, les insectes,
36:04les populations d'insectes ont chuté drastiquement,
36:07vous le rappelez aussi, les chiffres sont monstrueux.
36:09Pour les pollinisateurs visiteurs du cassissier,
36:12en 37 ans, c'est 98% de baisse.
36:14Donc, effectivement, on est limité en pollinisateurs.
36:16Et le coût de la santé humaine,
36:18parce que vous en parliez dans cette tribune du Monde,
36:20justement, Marc-André Sélos,
36:21il est aussi stratosphérique.
36:23C'est une dette terrible.
36:25Regardez, le Fonds d'anonymisation des pesticides,
36:28qui est un dispositif d'État,
36:29qui revient à dire que les pesticides sont dangereux, n'est-ce pas ?
36:33Les demandes ont augmenté de 44% l'an dernier.
36:36Est-ce qu'on aura vraiment les moyens
36:37de payer les conséquences sanitaires et environnementales ?
36:39Je ne sais pas.
36:40Alors même que le sénateur Duplomb nous dit
36:41« L'agroécologie, sic, personne ne sait ce que c'est ».
36:45Moi, je sais ce que c'est.
36:47C'est des façons, non pas de supprimer les pesticides,
36:49parce qu'on ne peut pas produire sans pesticides,
36:51même le bio en utilise,
36:51mais c'est de choisir mieux ces pesticides
36:53et d'en utiliser un moins en mettant en premier plan
36:56des méthodes basées sur la biodiversité
36:58et donc qui la protègent.
37:00Il n'y a plus de hiatus entre produire et préserver,
37:03comme des haies qui réduisent de 80% la propagation des maladies,
37:06parce qu'il y a des chauves-souris,
37:07parce qu'il y a des oiseaux qui mangent des insectes,
37:09parce qu'il y a un obstacle physique.
37:11De mettre des cultures mélangées,
37:12comme je l'évoquais tout à l'heure,
37:13ça réduit d'une bonne quarantaine de pourcents
37:15la propagation des maladies.
37:17À l'intérieur de chaque culture,
37:19mettre un mélange de variétés
37:21qui ont les mêmes propriétés techniques
37:23pour l'agro-industrie,
37:24mais qui par contre,
37:25et ça c'est important,
37:26n'ont pas les mêmes propriétés de résistance.
37:27Du coup, les maladies se transmettent moins bien
37:29au sein même de la population.
37:31Aujourd'hui, nos champs sont monovariétaux.
37:33Tous les individus sont identiques.
37:35Si un parasite peut en manger un,
37:36c'est la promesse d'un strike.
37:37Et ça, c'est des travaux que vos impôts,
37:39Mathieu, ont payés dans les années 90.
37:41L'INRAE de Versailles a travaillé
37:44sur les mélanges de variétés
37:46pour les céréales
37:48et montre très bien qu'on peut réduire
37:50la propagation des maladies,
37:51donc l'utilisation des pesticides.
37:52Mais quand on a un sénateur comme ça
37:53qui est sans tête,
37:54alors qu'il y a eu même plus de 2 millions d'antignatures
37:56autour d'une pétition,
37:57qui effectivement était un petit peu axée
38:00autour de l'acétamiprine,
38:01mais il n'y avait pas que ça.
38:02Ça n'a pas échappé d'ailleurs à plein de gens.
38:03Il y avait la question effectivement
38:04des mégabassines, des élevages, etc.
38:07Comment est-ce qu'on peut réagir aujourd'hui ?
38:09Puisque vous dites,
38:10avant de légiférer à nouveau,
38:11il faut prendre le temps d'un échange collectif
38:13et apaisé autour de l'agriculture.
38:14Alors là, on n'est pas du tout.
38:15On a l'impression que le débat,
38:16il est confisqué même sur ces questions-là aujourd'hui.
38:18Parce que vous voyez,
38:19les citoyens s'indignent sur l'acétamipride,
38:21mais en même temps,
38:21ils ne s'indignent pas
38:22que 20% des agriculteurs
38:24sont en seuil de pauvreté.
38:25Donc il y a besoin de se réunir
38:27et de voir l'intégrité
38:28de tous les problèmes,
38:29les problèmes de revenus agricoles,
38:30les problèmes de législation
38:32et de closes miroirs aux frontières.
38:34Enfin, c'est un problème complexe.
38:35Mais il ne faut pas se précipiter dans une direction
38:37et surtout,
38:37il ne faut pas incarner ce précepte de Rousseau
38:41qui disait que les ignorants
38:44imaginent le possible à partir de l'existant.
38:47La science est là pour imaginer l'inimaginable
38:50et le mettre en pratique
38:51et quelque part,
38:52l'agriculture de demain,
38:53elle ne sera pas comme celle d'hier.
38:55Oui, mais la science aussi est remise en cause
38:56par certains de nos dirigeants politiques.
38:58Mais c'est l'avir qui le remet.
38:59Les escrologues, c'est vous, Marc-André Sallogues ?
39:02Vous voulez qu'on parle d'escroquerie ?
39:03Le ministère de l'Agriculture
39:05a procédé en juillet dernier
39:10par décret
39:11à la mise sous contrôle de l'ANSES.
39:13C'était une des dispositions de la loi Duplon.
39:14Ça a été retiré de la loi Duplon
39:16et ça a été réalisé par le ministère de l'Agriculture.
39:18Ça veut dire qu'aujourd'hui,
39:19il y a un contrôle de la profession agricole sur l'ANSES.
39:21C'est complètement aberrant.
39:23Et aujourd'hui, il y a quelque chose qui m'inquiète,
39:25c'est que le politique a perdu pied.
39:26Je m'explique, je vous cite ce qu'on a signé
39:29à CUNING Montréal, cible 7.
39:33Réduire au moins de moitié les risques globaux
39:35liés aux pesticides et aux produits chimiques
39:37particulièrement dangereux,
39:38notamment grâce à des mesures intégrées
39:40de contrôle des ravageurs
39:42sur la base de données scientifiques
39:43en tenant compte des questions sécuritaires
39:45et de moyens d'existence.
39:47Eh bien, quand je vois Annie Gennevard travailler,
39:51je suis désolé.
39:51Je ne vois pas ça.
39:52Aujourd'hui, on a des politiques qui sont capables
39:53de faire tout et n'importe quoi.
39:55Ils ne gèrent plus une politique homogène.
39:58Ils disent oui différemment
40:00à différentes choses.
40:01Au gré des flots, ils sont devenus planctoniques.
40:04Et ça, c'est inquiétant.
40:06Parce qu'il y a une perte de contrôle démocratique derrière ça.
40:08Allez, on passe aux questions des auditrices auditeurs.
40:15Piotr nous écrit ce petit message pour vous.
40:17Marc-André Sélos, l'écologiste en lutte des classes et du jardinage.
40:20Je ne sais plus qui avait proposé cette formule.
40:21En tout cas, il la cite.
40:22« J'ai rien contre les jardiniers,
40:23mais juste dans leur jardin, » dit-il.
40:26Qu'est-ce que vous lui répondez ?
40:26Il a peut-être raison,
40:27mais la personne à qui il parle
40:29n'est pas un spécialiste de politique ou d'économie.
40:33Moi, je suis à titre personnel un humaniste.
40:35Et à titre professionnel...
40:36Vous ne vous privez pas de parler de politique.
40:38Vous venez de le faire il y a deux secondes.
40:39Oui, mais étant citoyen, j'ai le droit d'en parler.
40:41Simplement, je ne suis pas un professionnel.
40:43Et donc, je ne sais pas aujourd'hui s'il faut une révolution,
40:45une lutte des classes généralisées.
40:47Ce que j'observe, c'est qu'effectivement,
40:49souvent, les victimes des problèmes écologiques
40:51ne sont pas les CSP les plus aisés.
40:54Ça, j'ai bien remarqué.
40:56Mais voilà, j'ai du mal, moi, à parler de politique.
41:01Ah bon, ça ne donne pas cette impression-là, mais bon.
41:04Non, mais de politique au sens de
41:06quel est le scénario de sortie de crise ?
41:08Est-ce qu'il faut qu'on fasse la révolution ?
41:09Est-ce qu'il faut qu'on soit réformiste ?
41:11Moi, je suis réformiste dans l'âme.
41:13Je n'aime pas les révolutions parce que je vois les morts.
41:15Et moi, j'aime l'humain.
41:16Donc voilà, mais je n'ai pas d'assurance là-dessus.
41:19Par contre, sur la cétamipride,
41:21par contre, sur l'agroécologie,
41:23par contre, sur les fonctions des haies,
41:24j'ai plus que des certitudes.
41:26J'ai des preuves.
41:27Christine nous dit,
41:28le greenwashing, c'est une réalité.
41:29Juriste en grande entreprise en retraite depuis le 1er juillet.
41:31Je peux confirmer que si nous, juristes,
41:34sommes convaincus qu'il faille améliorer les choses,
41:36la réalité pour l'entreprise est d'éviter les amendes
41:38et de faire de la publicité envers ses actions environnementales
41:40pour faire venir plus de clients
41:42et augmenter son chiffre d'affaires.
41:43C'est hélas la seule vraie réalité, nous dit-elle.
41:46Quand on parlait d'Air France au début,
41:48j'ai bien dit,
41:49les entreprises sont des mélanges de gens
41:51qui, pour certains, veulent aller vers des solutions
41:53et pour d'autres pas.
41:55Donc je suis tout à fait conscient que le lobbying existe.
41:59Et par exemple,
41:59si on ne développe pas plus les mélanges de céréales,
42:01les mélanges variétaux,
42:02c'est qu'en fait, les mêmes boîtes qui vendent les graines
42:05sont celles qui vendent les pesticides.
42:06Donc vous n'allez pas vendre des graines
42:07qui démontrent le département d'à côté.
42:09Donc il y a effectivement des problèmes.
42:11Je ne suis pas naïf.
42:12Gaëlle nous dit, elle vous demande,
42:13l'homme est-il une espèce invasive ?
42:15Oui.
42:16La définition de l'espèce invasive,
42:17c'est une espèce qui prolifère et s'étend
42:21en remplaçant ou en bouleversant les espèces locales.
42:24Donc oui.
42:25Sauf que c'est une espèce invasive et intelligente.
42:28Et là, ça devrait permettre de faire des invasions raisonnées.
42:31On va terminer avec la question de Patrice.
42:33Il nous parle du botaniste Francis Allais
42:35qui avait le projet de former un corridor forestier européen.
42:38Vous connaissez par cœur ce projet, Marc-André Sélos.
42:40Après son décès,
42:41est-ce qu'il y a des personnes,
42:42demandent-ils, de bonne volonté pour reprendre ce projet ?
42:44Est-ce que ça avait un sens aussi pour la politique ?
42:46La création Francis Allais pour la forêt primaire existe toujours.
42:49Elle peut recevoir vos dons.
42:50Moi, je trouve que c'est génial
42:51parce que ça peut faire un patrimoine touristique pour une région.
42:54Ça peut faire un patrimoine pédagogique pour les jeunes.
42:57Et non seulement ça existe toujours,
42:59ce projet de forêt transfrontalière,
43:00mais en plus, je pense qu'on pourrait l'appeler
43:02forêt Francis Allais parce que Francis nous manque tous
43:05et nous a tous élevés dans notre conscience du végétal.
43:08Merci Marc-André Sélos.
43:09Ça s'appelle « La biodiversité comme un humanisme ».
43:11Vous signez ce petit ouvrage percutant aux éditions du Seuil
43:15dans la collection Libel.
43:16Merci beaucoup d'être venu nous en parler.
43:18Merci à Joël Le Vert qui a préparé ce dossier,
43:21Thilaï Ravu à la technique
43:22et Jérôme Boulet qui réalisait cette émission.
43:25Tout de suite, c'est le fil de l'histoire.
43:26C'est parti par Stéphanie Duncan.
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