Philippe Aghion, lauréat du prix Nobel d'économie 2025, était l'invité de Laure Closier dans Good Morning Business, ce mercredi 21 janvier. Ils sont revenus sur l'actualité géopolitique et géoéconomique entre l'Europe et les États-Unis et le retour de Yann LeCun à Paris, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.
00:00La direction du forum économique de Davos, Laure Closier, on vous retrouve sur place avec votre invité, que tout le monde s'arrache, c'est à vous.
00:08On est avec Philippe Aguillon, notre prix Nobel d'économie depuis Davos, pas facile à voir.
00:12Vous êtes une star ici Philippe, on n'arrivait pas à avancer quand même en remontant les marges de Davos.
00:16Tout le monde voulait vous parler d'une actualité géopolitique très forte ici à Davos.
00:22Qu'est-ce que ça vous inspire ? On aura la prise de parole d'Emmanuel Macron cet après-midi, 14h.
00:27Donald Trump, demain, est-ce qu'on va arriver à parler d'économie ou de toute façon, tout est désormais mêlé ?
00:32C'est vrai qu'il y a un nouveau domaine maintenant qui s'appelle la géoéconomie.
00:36C'est-à-dire qu'on se dit, les chaînes de valeur par exemple, est-ce que la globalisation a disparu ?
00:41Non, il y a re-globalisation. Au lieu que les chaînes de valeur soient basées uniquement sur la minimisation des coûts,
00:46maintenant les chaînes de valeur, c'est la résilience, c'est s'assurer que les inputs, on les a, s'assurer qu'on n'est pas en rupture de stock.
00:56Donc les chaînes de valeur se remodèlent en fonction de critères de résilience plutôt qu'uniquement des critères de minimisation de coûts.
01:04Ça c'est quand même un gros changement, à la fois des gouvernements et des entreprises elles-mêmes.
01:08Donc il y a une nouvelle globalisation, d'accord ?
01:11Et puis l'autre chose c'est l'Europe. L'Europe doit se réveiller. L'Europe doit dire non à M. Trump. Non. Non.
01:17C'est-à-dire maintenant c'est fini. On arrête le charme. Je pense que même le président de la République, il a trop pensé que le charme pouvait jouer.
01:25Non, ça ne paye pas. Il faut à un moment donné que la France, l'Angleterre et d'autres pays disent ça c'est pas acceptable.
01:30Le Groenland, vous ne l'aurez pas. Non, c'est une ligne rouge absolue.
01:33Mais comment on dit non Philippe ?
01:34Eh bien on dit non en faisant tout ce qu'il faut, whatever it takes, comme Churchill a dit non. Il faut devenir churchillien. Il faut dire on dit non.
01:41À un moment donné, la ligne rouge, elle est... On dit non, c'est-à-dire qu'il y a certaines choses que vous ne ferez pas. Le Groenland, vous ne l'aurez pas.
01:49D'accord, mais on dit non, on coupe l'accès au GAFA, on arrête avec les systèmes de paiement ?
01:53Je ne sais pas. Non, je ne suis pas en train de dire ça. Je dis simplement qu'il faut montrer très clairement une fermeté. Voilà.
01:59Et ça, ça doit être l'Angleterre, la France, les pays clés d'Europe, doivent se mettre ensemble et dire, voilà, nous on est prêts à faire du commerce avec les Etats-Unis, avec la Chine, mais on ne se laisse pas marcher dessus.
02:12Voilà. Et donc je pense, alors ça veut dire qu'il faut innover. Il faut évidemment... On s'est laissé aller. On a laissé un déclin technologique par rapport aux Etats-Unis et à la Chine.
02:22Il faut se reprendre en main. Dans le domaine de la défense, bien sûr. L'IA, on a cette chance que, eh bien, Yann Lequin,
02:29quitte Meta pour venir établir une nouvelle entreprise d'IA, il va faire une nouvelle révolution de l'IA en Europe. Eh bien, il faut attirer tous les Yann Lequin de ce monde.
02:37Que l'Europe joue sur ses atouts d'être une force de démocratie, une force de modèle social, une force d'environnement et de dire, voilà, on a un soft power, on a la possibilité,
02:47on a des chercheurs formidables, on a une culture, on a des valeurs. Eh bien, on attire les gens avec ça. On attire les meilleurs chercheurs, les meilleurs innovants et on se développe. Voilà.
02:57Et moi, ici, Philippe Aguillon, toute la tech me dit, ok, mais la réglementation européenne, c'est n'importe quoi.
03:02Alors, il va falloir...
03:02Si vous voulez dans des lobes, il faut tout revoir.
03:05En tout cas, il faut faire tout ce qu'il faut. Il faut peut-être des fois amender, peut-être, pour avoir l'environnement le plus attrayant possible
03:11pour tous les Yann Lequin de ce monde qui veulent dire, voilà, eh bien, je fais le pari.
03:15Que c'est en Europe que je vais faire la prochaine révolution de l'intelligence artificielle.
03:19Donc, je ne mets pas de taxe Zuckman.
03:20Donc, je ne mets pas... Donc, dans les réglementations, il faut des réglementations, mais pas trop,
03:24parce que si vous en avez trop, ça décourage les nouveaux entrants.
03:27Voilà, je crée un environnement, à la fois un écosystème financier, réglementaire, fiscal,
03:33qui est favorable à ce que le plus possible de Yann Lequin vienne en France ou en Europe développer les nouvelles vagues,
03:42parce que dans la révolution de l'IA, il y a des révolutions. Le Tchad-GPT est une révolution dans la révolution.
03:47Je pense que ce que Yann Lequin veut faire, ou d'autres, c'est une nouvelle révolution dans la révolution.
03:50Eh bien, elle peut très bien se faire en Europe, parce qu'on a les meilleurs mathématiciens, ingénieurs...
03:55Le quantique, c'est la chance.
03:57Mais bien sûr, bien sûr. Et donc, maintenant, il faut foncer là-dedans et jouer sur le fait qu'on a aussi ce modèle social qui est formidable.
04:03Vous savez, l'IA, ça va être des destructions d'emplois et des créations d'emplois.
04:06Mais la flexisécurité, c'est les Danois qui l'ont inventé.
04:09On a un modèle social en Europe qui permet de rendre beaucoup plus acceptable la révolution de l'IA que dans d'autres parties du monde.
04:15Eh bien, tout ça, il faut qu'on en tire partie.
04:17Mais on a l'impression qu'on a des acquis, on ne s'en rend pas compte.
04:20On est obnubilés par nous, nos problèmes budgétaires français, on n'arrive pas à se voir en termes de puissance, c'est ça votre problème ?
04:25Ben voilà, parce que le réveil de l'Europe, sans la France, il n'y aura pas.
04:28Donc la France est indispensable au réveil de l'Europe.
04:30Et quand il y en a qui disent qu'il n'y a pas de déclin européen, ils vous mentent.
04:34Ne les croyez pas. Il y a un déclin technologique européen par rapport aux Etats-Unis et à la Chine.
04:39Mais on a les moyens, on a les atouts pour traiter ce problème.
04:42Et vous savez, c'est très important.
04:44Parce que si on veut sauvegarder notre modèle social à long terme, on doit s'attaquer à ce problème de perte de productivité.
04:50Parce que si on continue de perdre sur l'innovation et la productivité,
04:52c'est beaucoup d'emplois qui vont être détruits.
04:54Et c'est le modèle social qu'on n'arrivera pas à soutenir.
04:56Surtaxe de 8 milliards d'euros dans le budget qui vient de passer.
05:00Mais il y a des taxes.
05:01Là, on n'est pas dedans.
05:02Il faut voir les taxes aussi. Il y a taxes et taxes.
05:04Je pense qu'il y a en France certaines niches dont il y a un abus.
05:07Par exemple, je pense que Dutreil, je ne sais pas quel est le détail,
05:10mais je pense qu'il y a des personnes qui doivent contribuer un peu plus.
05:13Oui, certainement.
05:14Mais d'une manière qui ne décourage pas l'innovation.
05:16On parle de surtaxe générale sur les entreprises.
05:18C'est la taxe exceptionnelle qui devient en tout cas pérenne
05:20jusqu'à ce qu'on arrive à mettre le déficit sous les 3%.
05:23On était obligé, je sais, mais on était obligé de traiter un problème.
05:27Je pense que le Premier ministre, je louse les efforts qu'il a fait
05:30pour arriver à un budget acceptable.
05:33Parce que sans budget, le coût de pas de budget aurait été énorme.
05:36C'est-à-dire que les taux d'intérêt auraient encore grimpé
05:38et ça aurait plongé la France dans une grande récession.
05:42Donc je pense qu'il y avait un coût politique
05:44qui se serait traduit par un coût économique, en fait,
05:46à ne pas avoir de budget du tout.
05:47Donc je pense que le Premier ministre a fait un effort remarquable.
05:50pour arriver à obtenir un budget, un minimum consensuel.
05:56Et du coup, la France, parce que la France sans budget,
05:58n'existe plus en Europe.
05:59Je veux dire, les gens se disent, mais comment on peut traiter avec vous
06:01si vous n'êtes peut-être pas capable d'avoir un budget ?
06:03Donc déjà d'avoir un budget, eh bien, c'est la condition
06:06pour que la France puisse être un pilier de ce relèvement européen.
06:10Un grand merci, Philippe Aguillon, d'avoir été avec nous
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