- il y a 7 semaines
Ce mardi 2 décembre, l'industrie américaine qui reste en contraction et l'inflation en zone euro, ont été abordées par Mikael Petitjean, chef économiste de Waterloo AM et professeur à l'Université de Louvain, dans l'émission Good Morning Market sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.
Catégorie
📺
TVTranscription
00:01Michael Petitjean, chef économiste de Waterloo Asset Management et professeur à l'Université de Louvain.
00:06Merci de nous accorder quelques instants, Michael Petitjean, afin de revenir notamment sur l'industrie américaine qui reste en contraction.
00:15Dans un instant, nous parlerons également de l'activité en zone euro et puis surtout, quelle allocation aujourd'hui vous mettez en place du côté de Waterloo Asset Management.
00:23Mais oui, quand même un mot sur l'activité industrielle aux États-Unis qui, on l'a vu hier à travers l'ISM, est toujours en contraction une nouvelle fois.
00:33Alors bon, le marché ne s'en inquiète pas trop. On est à nouveau dans un scénario mauvaise nouvelle et bonne nouvelle, notamment pour les anticipations de baisse de taux.
00:39Mais ça alerte quand même un petit peu sur la santé de l'économie américaine.
00:45Oui, c'est clair que cet indicateur-là, il n'est pas orienté de la bonne manière depuis déjà quand même pas mal de mois.
00:51Alors il faut savoir que c'est une enquête qui est menée auprès des directeurs d'achat d'entreprises privées par l'Institut USM.
00:58Alors c'est un échantillon quand même assez particulier. Il faut savoir que ce sont des grandes entreprises qui sont en fait actives dans le secteur, j'allais dire, de la vieille économie, les secteurs de la vieille économie.
01:09Donc on a des secteurs comme la chimie, comme l'automobile, les machines-outils, l'aéronautique, la métallurgie.
01:18Donc c'est une photo en fait d'une économie qui est effectivement importante. Il ne faut pas le nier aux États-Unis, mais c'est une photo parmi d'autres.
01:27Et c'est un secteur en fait qui est assez, des secteurs qui sont assez exposés à la dynamique des exportations et notamment à la possibilité de vendre notamment des biens d'équipement.
01:37Et un secteur aussi, des secteurs qui sont fort sensibles aux droits de douane.
01:42Donc on voit effectivement que le projet de réindustrialisation du président Trump ne donne pas encore des effets tangibles.
01:48C'est tout à fait normal, ça ne se met pas en place en l'espace de quelques mois.
01:53Maintenant, il y a une autre enquête dont on parle beaucoup moins généralement.
01:56C'est l'enquête qui est menée par S&P Global, qui est exactement la même, qui porte sur le secteur manufacturier.
02:03Mais en fait, l'échantillon n'est pas du tout le même échantillon.
02:08Et dans cette enquête, en fait, on a plutôt une amélioration.
02:11Et les entreprises qui sont sujettes à cette enquête, en fait, sont des entreprises qui sont plus tournées vers, j'allais dire,
02:18l'économie moderne, des entreprises qui sont davantage dans les biens semi-finis, dans la robotique.
02:27Et là, on voit quand même que la dynamique est les meilleures.
02:29C'est un secteur qui est plus tourné vers la consommation intérieure.
02:32Et là, donc, on a un contraste entre une économie un peu vieillissante, si vous voulez,
02:36qui dépend fort de ce qui se passe à l'international.
02:38Et là, ça ne va pas dans le bon sens.
02:40Tandis que de l'autre côté, on a plutôt une industrie, j'allais dire, relativement moderne,
02:46avec des entreprises de moyenne taille, alors que dans le premier cas,
02:48c'est des entreprises de grande taille, mais là, qui se comportent plus ou moins bien.
02:52Donc, on a ce qu'on appelle une économie en forme de casse, si vous voulez,
02:56avec d'un côté une économie manufacturière, industrielle qui se porte plutôt bien
03:02et une autre qui se porte plutôt mal.
03:04C'est ce qui fait que les marchés aussi n'ont pas fort réagi aux nouvelles
03:09qui ont été annoncées à ce niveau-là.
03:11Neuvième mois, donc, de contraction pour cet ISM manufacturier aux États-Unis.
03:15Si on en vient désormais à la situation en zone euro,
03:17il faudra suivre dans moins de deux heures à onze heures l'inflation qui sera publiée,
03:21une inflation qui devrait être proche des 2 %,
03:23dans un contexte où là aussi, en Europe, le secteur manufacturier souffre.
03:27Heureusement, la zone euro peut compter sur le secteur des services.
03:31Si là aussi, vous regardez un petit peu en détail ces PMI,
03:35comment vous regardez la situation industrielle dans la zone euro,
03:38Michel Petitjean ?
03:39Notamment en Allemagne, on voit que c'est compliqué.
03:42Certes, le plan de relance se met en œuvre petit à petit,
03:45mais pour l'instant, l'industrie ne le voit pas vraiment.
03:48De ce point de vue-là, en fait, on a des similarités avec les États-Unis
03:52parce qu'on a une économie qui est essentiellement portée par les services
03:56et le secteur des biens et manufacturiers en particulier ne se portent pas bien.
04:04Maintenant, nous, on reste quand même intéressé par les valorisations,
04:08notamment sur le marché allemand.
04:10Vous savez, vous avez des valorisations sur le DAX 30
04:12qui sont quand même historiquement intéressantes.
04:15On a dix points de décalage entre le rapport court-bénéfice aux États-Unis
04:20et le rapport court-bénéfice sur le DAX 30, par exemple.
04:23Dix points, ce n'est pas mal parce que le plus haut qu'on a pu observer,
04:26c'était douze points, c'était en 2020-2021.
04:30Alors, ça n'a pas empêché, il faut reconnaître,
04:32le marché américain de surperformer le marché allemand,
04:35il n'y a pas photo.
04:36Mais en termes de combinaison, ce n'est pas si mal
04:38parce qu'on a une économie allemande, en fait,
04:40qui est certes moins dynamique que les États-Unis,
04:44mais c'est une croissance qui est plus équilibrée de notre point de vue,
04:48plus monocorde, monotone, certainement, mais moins volatile.
04:53Et basée sur des fondamentaux économiques plus stables,
04:55il faut savoir que l'Allemagne a une dette en pourcentage du PIB
05:00qui est à 64% de mémoire,
05:03donc on est très proche de la barre fixée par les accords de Maastricht à l'époque.
05:07Donc, c'est une économie qui est gérée de manière plus saine
05:10et on a un couple rendement-risque qui, pour nous, est intéressant
05:13et complémentaire du couple rendement-risque américain.
05:17Donc, au côté américain, on a un couple rendement-risque
05:19beaucoup plus agressif, on va dire.
05:20Mais en Allemagne, on a un couple rendement-risque plus défensif.
05:24La combinaison des deux nous intéresse particulièrement.
05:26Et l'Allemagne, si vous voulez, sur sa dynamique économique,
05:29elle est, de notre point de vue, quand même plutôt dans un creux
05:32et les possibilités de rebond sont plus intéressantes
05:35et plus prometteurs qu'une dégradation éventuelle.
05:38Notamment parce que les coûts d'énergie sont orientés à la baisse,
05:42ce qui améliore les termes de l'échange pour l'Allemagne.
05:45Et aussi parce que la politique budgétaire va être plus agressive.
05:49On a une fin du resserrement du déficit primaire
05:52et le déficit primaire qui va doubler.
05:55Donc, c'est une impulsion budgétaire qui est quand même pas mal.
05:58Et en plus de ça, on a une politique monétaire
05:59qui va, de notre point de vue, être plus accommodante que dans le passé.
06:04On a les taux baissiers qui sont ramenés à 2%
06:06et les taux des prêts bancaires allemands ont baissé d'environ 250 points de base.
06:10Il faut savoir que l'Allemagne aussi dépend beaucoup de la santé de son secteur bancaire.
06:16Et donc, ça, c'est plutôt des nouvelles qui sont rassurantes.
06:20Ce qu'il faut attendre aujourd'hui dans ce contexte,
06:21c'est une baisse de taux de la BCE au premier semestre 2026
06:25avec, on l'a vu hier, un secteur industriel qui souffre,
06:30notamment en Europe du Nord.
06:31Une inflation, on le verra à 11 heures, qui devrait être proche des 2%.
06:35Bon, tous les feux ne sont pas encore au vert,
06:37mais il pourrait bien l'être dans les prochaines semaines.
06:40Voilà, je pense que la BCE va être prudente, comme d'habitude.
06:45C'est une banque centrale qui est connue quand même pour ne pas réagir très rapidement.
06:53Maintenant, on voit quand même que l'impulsion monétaire,
06:56de notre point de vue, elle est plutôt bonne,
06:58parce qu'on va vers une baisse.
06:59Alors, c'est difficile en Europe de savoir
07:01quelle va être la temporalité de cette baisse de taux,
07:04mais les fondamentaux restent ceux qu'on a connus au cours des 15 dernières années.
07:10Donc, il y a pour nous davantage de menaces déflationnistes qu'autre chose.
07:14L'Allemagne, pour nous, est un pays qui est bien positionné pour faire face à ces menaces-là
07:18parce qu'elle a les capacités de relance budgétaire que d'autres pays n'ont pas.
07:23Et cette impulsion budgétaire, en plus, elle bénéficie à d'autres pays dans la zone euro,
07:28puisque l'Allemagne reste quand même, malgré tout, le moteur de l'économie européenne.
07:34Maintenant, il y a encore quand même un souci,
07:36c'est une forte dépendance par rapport à la Chine.
07:38Et l'Allemagne reste coincée dans les secteurs, on va dire, de milieu de gamme, vous voyez.
07:42Et ça, ça reste quand même pénalisant.
07:44Elle a quand même raté le coche de la transformation technologique et de l'EI.
07:49Et maintenant, encore une fois, je pense que c'est un pays qu'il ne faut certainement pas enterrer.
07:54Il y a une capacité de rebond exceptionnelle.
07:56Et puis finalement, moi, je dis toujours que l'Europe est face,
07:58et en particulier l'Allemagne, face à un choc gagarine.
08:02Gagarine, ça y est, c'est le cosmonaute qui est monté dans l'espace le 12 avril 1961.
08:08Et en fait, on se rend compte que l'Allemagne, elle a pris conscience de sa dépendance militaire,
08:14de sa dépendance technologique, de sa dépendance énergétique.
08:17Et je pense que c'est un pays qui a les capacités de rebondir.
08:20Un dernier mot sur l'allocation.
08:22Tout à l'heure, vous avez parlé de l'Allemagne.
08:23Quelles sont également vos zones de prédilection dans vos portefeuilles aujourd'hui ?
08:28Oui, voilà.
08:28Alors, on a vu de la nervosité il y a une quinzaine de jours concernant les valeurs AI.
08:36On était toujours très bien orientés dans ce secteur-là.
08:39On passe de surpondérés à pondérés.
08:41Donc, on enlève notre surpondération du secteur tech parce que je pense qu'elle a très, très bien performé.
08:48On reste toujours positif concernant le secteur.
08:52On n'estime pas qu'il y a de bulles globales dans l'IA, même s'il y a certaines valeurs qu'on suit de plus près,
08:57notamment Nvidia, mais on a plutôt maintenant une orientation surpondérée dans des secteurs comme les financières,
09:05qu'on va aussi pas mal surpondérer, les soins de santé aussi, qu'on est plus favorables, et alors le secteur industriel.
09:14C'est les trois secteurs aux États-Unis qu'on va un peu plus favoriser dans les mois qui viennent.
09:20Pour la simple raison que le secteur de la tech représente environ 45% de la capitalisation boursière du S&P 500.
09:29C'est 38% des bénéfices du S&P 500, donc ça fait beaucoup.
09:33Ça ne veut pas dire que ça va corriger, mais on a quand même été très, très bien orientés dans ce secteur-là
09:38et on allège un peu la barque au niveau de l'IA.
09:41Et c'est vrai qu'aujourd'hui, on va sans doute aussi un peu se tourner encore davantage vers le secteur européen plutôt qu'américain.
09:52Donc sortir un tout petit peu des États-Unis, qu'on était fort exposés dans ce secteur-là.
09:59Donc sur le plan géographique, un retour un peu plus marqué vers l'Europe.
10:04Merci beaucoup Mickaël Petitjean, nous vous avons accompagné ce matin en direct dans Good Morning Markel.
10:08Et je rappelle que vous êtes chef économiste de Waterloo Asset Management et professeur à l'Université de Louvain.
10:12Afin donc de faire un point sur les dernières statistiques en zone euro, mais également du côté des États-Unis,
10:18nous reparlerons bien évidemment de l'Asie et plus précisément du Japon dans une vingtaine de minutes
10:23avec les équipes de Société Générale CIB depuis Hong Kong, plus précisément Frank Benzingira,
10:28afin de revenir notamment sur l'envolée ces dernières heures des taux longs au Japon.
10:33Merci.
10:34Merci.
Écris le tout premier commentaire