- il y a 21 heures
Ce vendredi 27 mars, Hervé Goulletquer, conseiller économique senior chez Accuracy, Christopher Dembik, conseiller en stratégie d'investissement chez Pictet Asset Management, Romain Burnand, président de Moneta AM, et Alain Pitous, senior advisor chez Ai for Alpha, se sont penchés sur l'économie mondiale et l'impact de la guerre en Iran sur la croissance dans la semaine de Marc dans l'émission C'est Votre Argent présentée par Marc Fiorentino. C'est Votre Argent est à voir ou écouter le vendredi sur BFM Business.
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00:02BFM Business présente
00:05C'est votre argent
00:08Marc Fiorentino
00:08Oui je sais, je sais, on nous fait paniquer sur l'inflation, les taux d'intérêt.
00:13C'est la fin du monde mais moi j'ai trois bonnes nouvelles.
00:15C'est votre argent, c'est votre week-end et c'est une émission exceptionnelle.
00:18Exceptionnelle parce qu'on va commenter
00:21Waouh, ces événements qui ont marqué cette nouvelle semaine.
00:23C'est dingue.
00:25Cette nouvelle semaine de guerre sur l'économie, la finance, les marchés et votre argent.
00:29Une émission encore pour la quatrième semaine consécutive, spéciale guerre au sommaire aujourd'hui.
00:34Le mot de la semaine c'est évidemment inflation, on va en parler.
00:38Le grand retour de l'inflation ou pas.
00:40La question macro, l'impact déjà sur l'économie française et l'économie européenne de la guerre en Iran.
00:45On a vu le rapport de l'OCDE sur l'économie mondiale, il n'est pas joyeux.
00:49Le chiffre de la semaine c'est le dollar.
00:50Je voudrais qu'on en parle, le dollar qui est servi de valeur refuge.
00:53Et on voit l'euro qui baisse, le dollar qui se renforce.
00:58Pourquoi ? Comment ? Est-ce que ça va continuer ?
01:00En deuxième partie de l'émission, on va essayer de parler de tous les événements qui ont marqué la bourse
01:05cette semaine.
01:06Il s'est passé énormément de choses avec des performances qui peuvent paraître relativement calmes.
01:12Et derrière cet écran de fumée, il y a beaucoup de mouvements.
01:16Quelle perspective d'ailleurs sur la bourse ?
01:18Quel est le placement de la semaine ?
01:20Est-ce qu'il y a un placement de la semaine ?
01:21Ou est-ce qu'il faut se mettre aux abris ?
01:23Le top ou le flop ?
01:24Le top 3 des gérants pour 2026 ?
01:26Ces actions à acheter ou vendre ?
01:27Mais pour une émission exceptionnelle de guerre, il faut des Jedi de l'économie et de la finance de guerre.
01:36Alors il est très énervé.
01:37Il était dans le couloir.
01:38Je peux vous dire, il est remonté comme un coucou, notre ami.
01:42Alors la présentation ne va pas du tout avec ce qui s'est passé avant Hervé.
01:46Parce que j'allais dire, dans ce monde en folie, il nous faut une dose de sagesse.
01:49Et c'est le plus sage d'entre nous qui l'apporte.
01:51Hervé Goulenker, vous êtes advisor chez Accurancy et vous êtes énervé.
01:56Allez-y, allez-y, lâchez-vous.
01:58Non, je ne suis pas énervé.
02:00Je trouve qu'on fait beaucoup de gâchis, vraisemblablement pour un résultat qui sera limité.
02:06Bref, le rendement, pour parler comme un homme de marché, des actions menées aujourd'hui,
02:14me paraît devoir être très faible avec un coût élevé, un coût économique, on va en parler,
02:20un coût financier et puis un coût humain.
02:23Et tout ça, je trouve que ça...
02:25C'est très quédorsé ça.
02:27C'est très quédorsé, c'est-à-dire de dire on ne fait rien et puis on ne fait rien.
02:29Non, non, ça correspond.
02:31On laisse les Iraniens continuer à nous emmerder jusqu'à la fin de nos jours.
02:35Non, mais il y a une question iranienne, vous avez raison Marc, mais il ne faut pas oublier
02:39quiconque a fait un peu de mathématiques sait que l'essentiel des problèmes mathématiques
02:45n'ont pas de solution et je suis un peu à me dire que je ne suis pas certain que
02:49les
02:49moyens employés donnent une solution au problème, au vrai problème.
02:54C'est vrai qu'il y a un problème posé.
02:56Il fait un travail minutieux de conseil en allocation d'actifs, il s'est complètement
03:00transformé, il s'est réinventé, il a pivoté.
03:03Voilà, pour prendre une terminologie moderne et il transmet ça à travers les réseaux
03:07sociaux, toujours.
03:08Oui, tout à fait.
03:09Alain Pitou, vous êtes advisor chez AI4Alpha.
03:11Oui.
03:12Et vous faites votre suivi.
03:14Exactement.
03:14Et on peut le suivre comment d'ailleurs ?
03:16Alors, on peut le suivre sur Swister ou sur Substack aussi où j'ai un carnet d'allocations,
03:21où je suis quelques portefeuilles allocataires.
03:23Et pour rebondir sur ce qui vient d'être dit.
03:24Déjà, le débat a commencé, d'accord.
03:26Fais juste les présentations, mais allez-y.
03:27Je pense que c'est toute la difficulté du marché, c'est qu'il faut débrancher
03:33son avis, c'est-à-dire qu'on peut avoir un avis sur Trump, on peut avoir un avis
03:36sur l'Iran, on peut avoir un avis sur plein de choses.
03:38Il faut faire très attention et rester très froid.
03:40Et je trouve que dans ces moments-là…
03:41C'est pour ça qu'on est là.
03:42Oui.
03:42Je trouve que dans ces moments-là, vraiment s'axer et se fonder, fonder ses réflexions
03:46sur des chiffres et des faits est beaucoup plus utile que de se laisser embringuer
03:51dont le marché pense que Trump fait ça, les Iraniens font ça et ça, c'est extrêmement
03:57dangereux.
03:57C'est pour ça qu'on fait cette émission, c'est justement pour essayer de prendre
03:59un peu de hauteur.
04:00J'ai bien fait de venir.
04:01Non, non, mais c'est ce qu'on va essayer de faire aujourd'hui, mais je suis assez
04:03d'accord avec vous parce qu'il y a énormément de bruit, énormément de bruit, en plus
04:06on laisse parler de nos émotions, on laisse parler de nos antipathies et l'antipathie
04:10contre Trump, elle est majeure et donc je pense que ça donne des jugements qui parfois
04:15peuvent être aléatoires.
04:17Je n'hésite pas à le dire, pour moi, allez je me lance, c'est le meilleur gérant
04:20de la place de Paris et je lui confierai tout mon argent sans hésiter, Romain Burnan,
04:24vous êtes président de Moneta AM.
04:27Voilà, je vous fais une déclaration d'amour en public.
04:29Merci Marc, on en parlera tout à l'heure.
04:32Les documents, c'est le bordeaux, il y a des bordeaux, c'est l'inscription après.
04:35Il sait tout faire, de l'économie au culturisme en passant par l'élevage de chats et aussi
04:39l'animation d'une émission qui marche très bien sur BFM Business, notre ami Christopher
04:43Dembic, directeur de la stratégie chez BVT.
04:48L'émission ?
04:49Très bien, on a eu un excellent invité aujourd'hui dans la Masterclass qui est chaque
04:55vendredi à 11h et notamment Charles Lippschild qui vient de l'Atlantic Council qui nous a
04:59donné plein d'éléments sur la vision de l'administration Trump, donc c'était assez
05:02intéressant.
05:02Vous allez nous en parler et on peut l'avoir évidemment en podcast et en replay.
05:07Le mot de la semaine, allez, inflation.
05:11Alors c'était très drôle parce que les échos de mercredi dernier titraient en une
05:14« Le grand retour de l'inflation ». Et dans le même numéro des échos, notre ami Jean-Marc
05:20Daniel, écrivait dans un édito titré « Inflation », vous avez dit « Inflation », il disait « Cessons de
05:27nous affoler, l'économie mondiale au contraire va vers la déflation ».
05:33Hervé Goulettière, est-ce qu'il fallait croire la une des échos ou notre ami Jean-Marc Daniel qui était
05:40en page 12 ou 14 des échos ?
05:42En fait, il ne parlait pas de la même chose.
05:45La une parlait de l'accélération des prix et on a bien une accélération des prix en relation avec la
05:54montée du coût de l'énergie.
05:57Est-ce qu'on a pour autant de l'inflation ? En fait, ce qu'on voit aujourd'hui, c
06:02'est une évolution du prix relatif de l'énergie.
06:05Les autres prix, pour le moment, vivent leur petit chemin et puis on a une accélération du pétrole, du gaz.
06:14Mais ça, c'est une évolution d'un prix relatif. L'inflation, c'est un phénomène généralisé, auto-entretenu des
06:24prix.
06:25Notamment par la hausse des salaires et la boucle prix-salaires.
06:27Pour le moment, il est donc trop tôt de dire qu'on a de l'inflation.
06:31Oui, mais quand l'OCDE dit l'inflation des Etats-Unis, il dit l'inflation des Etats-Unis va être
06:35de 4,2% en 2026.
06:37Parce qu'en fait, c'est un manque de précision, de rigueur. On a parlé de rigueur, de sang-froid.
06:44Et bien, employons les bons mots pour désigner ce qui se passe.
06:48Il y a une accélération des prix, ça c'est vrai.
06:51Par contre, derrière cette accélération des prix, il y a quand même des éléments qui rendent prudents, voire qui appellent
06:58à la vigilance.
06:58Je vais en citer deux, voire trois.
07:01Le premier, c'est que quand vous essayez simplement de regarder le profil des prix, du choc inflationniste de la
07:08moitié des années 60,
07:09c'est la grande inflation qu'on a eue jusqu'au début des années 80,
07:13et puis l'inflation qu'on a eue allait à partir de la moitié des années 2010,
07:19le quantitative easing, le gonflement des bilans des banques centrales,
07:23si on est monétariste, on craint qu'il y ait une accélération des prix, il y en a une.
07:26Et les profils, jusqu'à maintenant, sont assez similaires.
07:29Donc on se dit que si on a les mêmes travers qu'à l'époque,
07:32et ça, c'est l'enclenchement de la spirale salaire-pris, on ne sera pas bien.
07:37Le deuxième élément, et ça on n'en a pas toujours conscience,
07:41c'est que quand les prix de l'énergie montent, les prix alimentaires dans la foulée montent.
07:46Parce qu'il faut de l'énergie, beaucoup d'énergie, pour faire des produits alimentaires.
07:50Et donc, aujourd'hui, on n'a pas simplement 8% de l'indice des prix qui accélère,
07:57en fait, on en a plutôt 20, voire plus que 20.
08:00Et donc ça, ça rend prudent.
08:02Donc deuxième raison d'être attentif, et la troisième,
08:05c'est que dans les anticipations inflationnistes,
08:08du côté des entreprises, les indices PMI nous l'ont dit en début de semaine,
08:13du côté des marchés, on voit tout de même la crainte que les prix accélèrent.
08:18Donc quand vous mettez tout ça ensemble, les deux ont un peu raison.
08:22Il n'y a pas d'inflation aujourd'hui.
08:24Par contre, les prix accélèrent.
08:25Par contre, là où je ne serai pas d'accord avec Jean-Marc,
08:28c'est qu'aujourd'hui, dire qu'on est menacé par la déflation,
08:31il faudra que l'on passe cet épisode, qu'on voit comment on en ressort.
08:36On va en reparler parce que moi, je suis assez d'accord avec lui.
08:39Inflation, stagflation ou déflation, Christophe Ardamek ?
08:42Non, stagflation, je sais que le mot est sorti,
08:44ce n'est pas du tout adapté à la situation actuelle.
08:46Parce que vous n'avez justement pas un choc d'offres et de demandes.
08:50Vous avez juste un choc d'offres aujourd'hui.
08:51Il faut rappeler la situation du marché de l'énergie.
08:53En début d'année, vous aviez finalement une demande qui était insuffisante.
08:56Alors certes, il y a des équilibres.
08:57Et complètement d'accord, vous avez des accélérations de prix
09:01au niveau des dérivés du pétrole, du gaz,
09:04et aussi sur les engrais, parce que c'est les autres qui sont concernés.
09:06On aura de l'inflation alimentaire qui va se répercuter
09:09avec un peu plus de délai d'ici 9 à 12 mois.
09:11Mais la réalité, c'est que ce sera un épisode de légère accélération des prix
09:16qui n'a pas vocation aujourd'hui à perdurer.
09:18Parce que pour la simple et bonne raison,
09:20c'est que quand vous regardez le marché du travail des deux côtés de l'Atlantique,
09:23vous n'avez pas un marché du travail, vous allez avoir des hausses de scélère.
09:25C'est ça le facteur ? Le facteur d'une inflation durable ?
09:28Complètement.
09:29Donc stagflation, non.
09:31Inflation ? Est-ce que c'est le grand retour de l'inflation ?
09:34Non.
09:34Vous avez un épisode inflationniste qui peut durer au grand maximum un an.
09:37Mais est-ce qu'on ne joue pas sur les mots ?
09:39Parce que moi, je dis ça aussi.
09:40On me dit, oui, tu joues sur les mots, tu fais comme Hervé.
09:42C'est-à-dire, tu dis, ou comme Jean-Marc,
09:44vous essayez de pinailler en disant, oui, il y a de la hausse des prix.
09:48Mais qui reste, qui n'est pas généralisé, justement.
09:50C'est ce que tu disais.
09:51C'est-à-dire que ce n'est pas généralisé aujourd'hui en termes d'hausses de prix.
09:54Dans le pire des cas, c'est quoi ?
09:56C'est que vous aurez tous les dérivés du pétrole, du gaz,
09:58donc éventuellement vos emballages, etc.
10:00Mais ça reste une part infime.
10:01Et vous aurez de l'alimentaire.
10:02Mais vous n'aurez pas l'intégralité aujourd'hui des prix à la consommation
10:06qui vont augmenter.
10:07Et on n'a surtout pas de boucle prix-salaire en perspective.
10:11Vous avez certes un excellent d'épargne qui reste toujours élevé en zone euro.
10:14Mais on sait très bien qu'il ne va pas aller irriguer une demande plus forte.
10:17Et aux États-Unis, l'excellent d'épargne, il l'a largement fondu.
10:19Et déflation, c'est trop tôt.
10:20C'est beaucoup trop tôt.
10:22Vous avez la déflation technologique de très long terme.
10:24Mais en tout cas, ça ne va pas se matérialiser au-delà.
10:26Romain ?
10:27Oui, ceux qui parlent d'inflation, ils font peut-être référence à l'épisode de la guerre en Ukraine.
10:32Avant la guerre en Ukraine, on avait déjà des hausses des prix.
10:36C'était plus par la pénurie de composants.
10:39Bien sûr, parce que Covid.
10:39Et on avait les prix des automobiles qui étaient montés à des niveaux importants.
10:43Des résultats de certaines entreprises qui pouvaient augmenter leurs prix.
10:48parce qu'il y avait une pénurie d'offres.
10:52Et il y a en plus eu un choc effectivement très fort qui nous a directement concernés en Europe
10:58où on risquait de manquer de gaz et toutes les importations de pétrole.
11:02Aujourd'hui, on est dans un environnement très différent.
11:04On ne risque pas tellement de manquer de gaz en Europe.
11:06D'ailleurs, le prix du gaz est sept fois inférieur à son niveau le plus haut au moment de la
11:10guerre en Ukraine.
11:12Donc l'environnement est très différent.
11:14Et aujourd'hui, les entreprises commencent déjà à augmenter les prix ?
11:19Les entreprises ne sont pas forcément dans une position où la demande est assez forte pour augmenter leurs prix.
11:23C'est ça, donc c'est ce que dit un peu Christopher.
11:25C'est épisodique.
11:26Vous avez l'eau chemical pour les emballages notamment qui a doublé, mais ça reste assez épisodique.
11:30Je pense que le sujet reste quand même beaucoup plus la croissance aujourd'hui.
11:34On est un peu dans une situation comme on était après le choc de la guerre du Golfe
11:37où finalement tout le monde se disait que ça allait être transitoire.
11:40Ce n'était pas un sujet inflationniste, c'était plutôt un sujet en termes de croissance,
11:43d'impact sur les chaînes logistiques.
11:44Moi, j'étendrai un peu le truc, c'est qu'en fait, on va devoir s'habituer à gérer des
11:48pénuries.
11:49C'est-à-dire qu'en fait, des pénuries subies ou des pénuries organisées par un fournisseur.
11:54Donc ça, c'est quand même un énorme changement par rapport à ce qu'on a pu connaître avant.
11:57Et l'autre point, je trouve, et là, c'est vraiment des choses, pour revenir aux aspects factuels,
12:01c'est qu'on est passé d'anticipation de baisse des taux de la part des grandes banques centrales
12:05à des anticipations de hausses.
12:08Anticipation de trois hausses de taux aujourd'hui sur les marchés de la BCE
12:12et plus de baisse des taux aux États-Unis, voire une hausse des taux.
12:15Et ça, c'est en même pas deux mois.
12:16C'est-à-dire qu'en fait, c'est quand même un renversement total
12:19et ça change beaucoup de choses pour les évaluations et pour les allocations.
12:23Je pense que c'est quand même un vrai sujet pour les mois qui viennent.
12:25C'est vraiment la clé pour notre argent.
12:27Et Hervé, justement, c'est intéressant ce que dit Alain pour une fois,
12:30à partir du moment où vous nous dites qu'il n'y a pas d'inflation, c'est une hausse
12:33durable,
12:34qu'est-ce qu'explique cette panique sur les taux d'intérêt à long terme ?
12:37J'explique pour les gens qui ne suivent pas les marchés au quotidien
12:40que sur les taux d'emprunt des principaux pays, on flambait.
12:44En France, on va se rapprocher des 4% quand même.
12:47On était quasiment à 3,5% avant la guerre en Ukraine.
12:51Aux États-Unis, on est quasiment à 4,5% sur les taux de 10 ans, taux de référence.
12:56Pourquoi cette panique ?
12:58Alors, si on essaie de décomposer un taux d'intérêt à long terme,
13:02on peut dire qu'il y a des anticipations de prix.
13:05Je n'ose pas dire anticipation inflationniste.
13:07Il y a des anticipations de prix.
13:09Alors, elles ont bougé, tout à la hausse, plus en Europe qu'aux États-Unis d'ailleurs,
13:14mais pas dans des proportions énormes.
13:16Il y a l'expression d'un taux réel et puis il y a la prime de terme,
13:21c'est-à-dire combien je veux comme prime sur la partie longue de la courbe
13:26pour ne pas être sur la partie courte.
13:29Et en fait, je pense qu'il faut surtout regarder la partie dite taux réelle.
13:35On a envie de l'associer à la croissance et on se dirait,
13:37tiens, les gens sont optimistes sur la croissance économique.
13:40Mais ce n'est sans doute pas ça.
13:41Il y a sans doute quand même une inquiétude sur l'état des finances publiques
13:46et comment cet épisode de guerre et le climat de retour à la défense,
13:53au budget de défense inflaté, employons ce mot,
13:57en fait, comment ça va avoir un impact sur les finances publiques.
14:00Et on voit bien qu'il y a quand même une partie des investisseurs,
14:03alors là, on n'est plus dans le fondamental, on est dans le comportemental.
14:07Il y a quand même une partie des investisseurs qui ont dit,
14:09« Pousse, moi, les titres d'État, aujourd'hui, je veux y voir plus clair
14:13avant d'y revenir ».
14:15En fait, la réponse est à tiroir.
14:18Juste un point, sur les anticipations de taux directeurs des banques centrales,
14:23il faut quand même admettre qu'on n'en sait rien.
14:26Il y a deux éléments à avoir en tête.
14:29Combien le conflit va durer
14:32et quelle va être l'ampleur de la hausse du prix du pétrole.
14:35Et en fait, c'est en fonction de ces deux éléments
14:37qu'on peut dire qu'on aura hausse des taux directeurs ou pas.
14:41Pour le moment, hélas, on n'en sait pas grand-chose.
14:42– Christopher Demby, comment vous expliquez
14:44cette flambée des taux d'intérêt à long terme ?
14:46– Très, très clairement, et on a un bon exemple avec le Royaume-Uni,
14:49parce que ça a commencé à flamber au Royaume-Uni
14:51avant les autres pays européens.
14:52Vous aviez deux phénomènes.
14:54Les anticipations que la Banque d'Angleterre
14:56augmente plus ses taux directeurs,
14:57notamment que la Banque centrale européenne.
14:59Et encore une fois, je suis complètement d'accord,
15:00ça va fluctuer, ces anticipations.
15:02Mais derrière cela, il y a un vrai sujet,
15:04le sujet budgétaire,
15:05c'est-à-dire qu'on ne pourra pas faire du quoi qu'il en coûte
15:07comme en 2022.
15:08Vous n'avez pas les mêmes capacités.
15:11Déjà en 2022…
15:12– Donc ça, c'est plutôt favorable au taux d'intérêt ?
15:15C'est-à-dire que si on ne va pas pouvoir faire
15:16de quoi qu'il en coûte, on fera moins de déficit ?
15:18– Oui, mais vous avez le risque que malgré tout,
15:20les politiques, les gouvernants,
15:22passent outre les alertes du marché obligataire.
15:24C'est pour ça qu'effectivement,
15:25les investisseurs, lorsqu'ils sont sur de l'obligataire,
15:27ils vont sur de la courte maturité,
15:28du 3, maximum 5 ans.
15:29Mais en revanche, sur les maturités plus longues
15:31comme du 10 ans qui est la référence,
15:33et c'est là où ça augmente très nettement,
15:34on voit que les investisseurs institutionnels n'y vont pas
15:36parce qu'ils se disent que même si le marché obligataire
15:39envoie un signal très clair au gouvernement,
15:41notamment en Europe,
15:41vous ne pourrez pas dépenser comme en 2022,
15:44certains gouvernements pourraient tout à fait passer outre
15:46et donc vous avez…
15:47– On voit quand même, on voit que le discours a changé.
15:48Par exemple, en France, on parle de dettes ciblées.
15:52J'ai trouvé ça miraculeux.
15:53Je me suis dit, ils vont encore nous ressortir les chèques,
15:57les boucliers tarifaires.
15:58Là, ils ont dit, attendez, on n'a pas les moyens,
15:59on va faire des…
16:01– C'est quand même pas mal, c'est un progrès.
16:03– Oui, attendez les chiffres d'inflation,
16:06qu'on se rapproche de la présidentielle,
16:07on en redisque.
16:08– Justement, on a parlé inflation
16:10et vous avez commencé à parler croissance.
16:12Quel est l'impact de la crise actuelle
16:15sur la croissance française,
16:16la croissance de la zone euro ?
16:18On a vu déjà Christopher Dembic avec l'OCDE
16:22qui lance des alertes un peu partout
16:23en disant, voilà, la croissance en zone euro,
16:26elle va descendre à 0,8%.
16:27Aux États-Unis, ça ne sera que 2%.
16:30On peut déjà dire qu'il y a un choc,
16:33peut-être pas inflationniste,
16:34mais il y a un choc de croissance ?
16:36– Je pense que le vrai sujet, effectivement,
16:37c'est plus le choc de croissance
16:38avec la contamination, finalement,
16:40via toutes les chaînes logistiques
16:41à l'économie réelle.
16:42Et aujourd'hui, on commence à les voir,
16:44mais ça reste encore très parcellaire
16:46et bien sûr, ça dépend de la durée du conflit.
16:48Moi, j'aime bien la comparaison,
16:49comme j'ai évoqué précédemment,
16:50avec la guerre du Golfe,
16:51parce qu'à ce moment-là,
16:52c'était exactement la même situation,
16:54juste un choc d'offres.
16:54Tout le monde se disait,
16:55c'est transitoire,
16:57il y a un peu de pénurie de pétrole,
16:58mais finalement, tout le monde va s'en sortir.
16:59Vous avez eu dans la foulée,
17:00alors certes, vous aviez d'autres poches de fragilité,
17:03mais vous avez dans la foulée
17:04une récession aux États-Unis,
17:06ce qui était,
17:08donc pas la zone euro à ce moment-là,
17:09mais en tout cas l'Europe,
17:10vous aviez notamment la Bundesbank
17:12qui avait augmenté les taux
17:13et ça a eu un impact désastreux sur l'économie.
17:15Je pense que l'enjeu,
17:17ça va être combien de temps ça dure
17:18et l'attitude des banques centrales.
17:19C'est-à-dire, si par exemple,
17:21la Banque centrale européenne
17:22s'inspire de la mauvaise décision
17:23de la Bundesbank dans la foulée
17:24de la guerre du Golfe,
17:25vous aurez certainement une croissance
17:26qui sera beaucoup plus faible.
17:28Même chose pour la Fed,
17:29on ne sait pas du tout
17:29ce qui va être décidé,
17:30certes, il y aura un changement de gouverneur,
17:31mais malgré tout,
17:32c'est l'ensemble du Conseil
17:33qui a un rôle.
17:34Donc, on est dans une zone d'obscurité,
17:35mais ce qui est sûr et certain,
17:37c'est que vous aviez une croissance
17:38qui ralentissait quand même
17:39avant le conflit.
17:40On en avait discuté
17:41dans une autre émission,
17:42les révisions à la baisse
17:43des préjections de croissance
17:44pour la zone euro
17:45au mois de janvier.
17:46Donc, ça ralentissait déjà,
17:47ça va s'accentuer.
17:48Et l'enjeu, ça va être
17:49est-ce que les banques centrales
17:50font le dos rond ?
17:51Je pense que c'est le plus opportun
17:52ou est-ce qu'elles augmentent les taux ?
17:54Et là, ça va être compliqué.
17:56Romain, que disent les entreprises
17:57sur la croissance ?
17:58Elles sont positives ?
18:01Est-ce qu'on a des révisions ?
18:03Puisqu'on a des annonces ?
18:04Est-ce qu'on a des sales warnings
18:06en disant, regardez,
18:07la croissance, elle est moins bonne,
18:08donc il va se passer des choses,
18:10donc on va moins vendre ?
18:11Ou pour l'instant,
18:12vous ne vous sentez pas ça du tout ?
18:14Alors, c'est un peu tôt pour en parler
18:18puisqu'on a eu les résultats annuels
18:19juste avant la guerre du Golfe,
18:22depuis la guerre du Golfe.
18:23Mais on voit effectivement,
18:24il y a quelques sales warnings,
18:25par exemple, dans le secteur du luxe.
18:26Dans le secteur du luxe,
18:29ils étaient plutôt confiants
18:30pour une reprise
18:31et maintenant, on voit les analystes
18:34baissent régulièrement
18:35leur estimation
18:36de faible croissance organique
18:38à encore plus faible croissance organique
18:39malgré, voilà.
18:40Donc, on commence à avoir des signes
18:42de ralentissement.
18:42On commence à avoir des signes
18:43de ralentissement.
18:44Alors, sur des dépenses discrétionnaires,
18:46de gens aisés, voire très aisés.
18:48Celles qui sont les premières touchées
18:50dans ce type de crise,
18:51généralement, non ?
18:52Celles qui jouent l'effet richesse.
18:54Voilà.
18:55Donc, vous avez une grosse partie
18:56de la consommation
18:57qui est quand même liée
18:57à l'effet richesse.
18:58Donc, l'incertitude,
19:00la baisse des marchés
19:01qui n'est pas très prononcée,
19:02mais qui continue
19:04et la hausse des taux
19:05donne une ambiance,
19:06effectivement,
19:07qui ne privilégie pas
19:09les grandes décisions
19:10d'investissement.
19:11Et la hausse des taux,
19:11pour le coup,
19:13est un frein,
19:13puisqu'avec des taux longs
19:14qui ont quand même pris
19:1550 points de base,
19:17c'est relativement significatif.
19:19Donc, on peut le voir.
19:20Par exemple,
19:20le marché d'immobilier
19:21et d'habitation
19:22qui avait plutôt repris
19:23a des chances
19:25de ralentir un peu
19:26à partir de maintenant,
19:28sachant que les banques
19:28n'ont pas forcément
19:29toutes remonté leurs taux
19:30en fonction
19:31de la hausse des taux
19:32obligatoires.
19:32Elles vont le faire.
19:33Mais en tout cas,
19:34les sociétés du secteur
19:36l'ont déjà anticipé,
19:37leurs cours en baissant.
19:39Hervé, vous disiez,
19:40non, la déflation,
19:41c'est trop tôt pour en parler.
19:43Enfin, si on a
19:44un vrai ralentissement
19:45de la croissance,
19:47OK, on va avoir
19:48ce petit choc
19:49de hausse de prix
19:49qui devrait durer
19:50en fonction
19:51de la durée de la guerre
19:52quelques mois.
19:53Mais on ne rentre pas
19:55dans la déflation ?
19:57Alors,
19:59aujourd'hui,
20:00on est quand même
20:01en train de parler
20:01d'une certaine
20:02accélération des prix.
20:03Il faudra quand même
20:04que l'on ait traversé
20:06l'épisode
20:07pour voir
20:08s'il y a de la déflation.
20:09Pour que l'on ait
20:10de la déflation,
20:11il faudrait que l'on ait
20:13vraiment
20:13un grand choc
20:15du côté de la demande.
20:16C'est-à-dire que,
20:17en fait,
20:18ça se passe plus mal
20:20qu'attendu.
20:21Et pour le moment,
20:21on n'en sait rien.
20:22Moi, j'aime bien dire
20:23qu'aujourd'hui,
20:25face à l'incertitude,
20:26avoir un seul scénario
20:28central,
20:29c'est erroné.
20:30Il faut, en fait,
20:31avoir une pluralité
20:32de scénarios.
20:33Moi, j'ai bien aimé
20:34la Banque Centrale Européenne
20:36qui a dit
20:36j'ai un scénario central,
20:38j'ai un scénario adverse
20:40et j'ai un scénario sévère.
20:42Et en fait,
20:43en fonction
20:43de nos deux critères,
20:45c'est trop longueur.
20:46Je veux dire,
20:47en ce moment,
20:48est-ce qu'aujourd'hui,
20:49on est en ralentissement
20:50de la croissance ?
20:50La guerre en Iran
20:51provoque un ralentissement
20:53de la croissance ?
20:53Le ralentissement est acté.
20:55OK.
20:55Parce qu'il y a
20:56l'incertitude,
20:57la baisse de la confiance
20:59et un pouvoir d'achat
21:01renié par la hausse
21:03du prix de l'énergie,
21:04de l'alimentaire.
21:05Donc ça,
21:05c'est acté.
21:06Après,
21:07c'est l'ampleur
21:08de ce choc
21:09que l'on ne sait pas
21:10prendre en compte.
21:12Aujourd'hui,
21:12les chiffres
21:13qu'on nous donne,
21:13les instituts,
21:14nous disent,
21:15pour l'instant,
21:15ça a bouffé 0,2%
21:17à peu près.
21:18Je caricature,
21:190,2% de croissance
21:20sur 2026.
21:21Ce qui est implicite
21:23dans les prévisions,
21:24c'est qu'en fait,
21:25on est calé
21:26à 100 dollars
21:27sur le prix du pétrole
21:29et ça va durer
21:30comme ça
21:31une bonne partie
21:32du printemps
21:32et à partir de l'été,
21:34progressivement,
21:35parce que dans les modèles économiques,
21:37tout se fait
21:37avec une progressivité
21:39certaine,
21:40ça va s'améliorer.
21:41Et donc,
21:41c'est ce qu'on nous sort
21:42aujourd'hui,
21:43mais on voit bien
21:44qu'on masque un peu
21:46les deux hypothèses centrales.
21:47Elles sont centrales,
21:48on n'en sait rien.
21:49On peut perdre 0,2
21:51à 0,4 points de croissance
21:52si on a du bol.
21:54On peut perdre le double
21:55si ça se passe moins bien.
21:57Et aujourd'hui,
21:58on est un foutu
21:59de le dire
22:00parce qu'il y a cette guerre.
22:02Quels sont les buts
22:03de cette guerre ?
22:04Quel est le comportement
22:05d'acteur dans cette guerre ?
22:07Bien malin
22:08qui sait répondre
22:09à tout ça.
22:10– Christophe Ardemy,
22:10on voit que les zones géographiques
22:12ne sont pas touchées
22:12de la même façon.
22:13D'ailleurs,
22:13les marchés réagissent différemment.
22:15Est-ce que la croissance
22:17sera beaucoup plus
22:19impactée ?
22:19Notamment dans les pays d'Asie
22:21où on a une dépendance
22:23qui est très forte
22:23au prix du pétrole,
22:24moins aux Etats-Unis
22:25qui sont autonomes.
22:26– Qui sont un peu
22:26ceux qui s'en sortent le mieux.
22:28Aux Etats-Unis,
22:29vu le marché
22:30et la logique macroéconomique,
22:32c'est un peu les gagnants
22:32puisqu'ils sont effectivement
22:34exportateurs nets
22:34de pétrole et de gaz.
22:36Ils ont juste à gérer
22:37l'évolution des prix
22:38de l'essence.
22:39– Ce qui est quand même important.
22:40– Ce qui est important.
22:40Mais en Europe,
22:41nous, on a les deux.
22:42Donc vous avez à gérer.
22:43Donc c'est un peu plus compliqué.
22:44L'Asie,
22:46immédiatement,
22:49mais ils ont quand même
22:49des capacités financières.
22:50C'est-à-dire,
22:51qu'est-ce qui se passe
22:51sur le marché du pétrole ?
22:52Aujourd'hui,
22:53grosso modo,
22:53le prix du baril de pétrole,
22:54le prix spot international,
22:56il est à 100 dollars.
22:57En Asie,
22:57il est à 150 dollars.
22:59Donc les barils
22:59qu'on a sur le marché,
23:00les Asiatiques sont prêts
23:01à payer plus cher
23:02pour éviter des pénuries.
23:04Et finalement,
23:04nous qui ne sommes pas
23:05directement concernés
23:06en tant qu'Européens,
23:07on va subir les pénuries
23:08de pétrole
23:08parce que justement,
23:09on n'est pas prêt
23:09à payer plus cher.
23:10Moi, de mon point de vue,
23:11l'Asie à court terme
23:12peut être perdant,
23:12mais il a les capacités
23:13de rebondir.
23:14Donc ils auront une capacité,
23:15à part certains pays
23:16philippines, etc.,
23:17mais même l'Inde
23:18qui est directement touchée,
23:19à mon avis,
23:20c'est une question de mois,
23:21de trimestre maximum
23:22et ça va rebondir.
23:23La zone qui est considérée
23:24comme gagnante par le marché,
23:25c'est plutôt l'Amérique latine,
23:27notamment des pays
23:27comme l'Argentine,
23:28le Brésil,
23:29qui eux,
23:29ne sont pas du tout impactés.
23:31Ils ont les prix
23:31de matières premières,
23:32agricoles et parfois même
23:33aussi énergétiques.
23:34Donc c'est plutôt
23:35les zones qui sont gagnantes.
23:36Donc on voit une fragmentation
23:37à cet égard.
23:37En tout cas,
23:38le point qui est important,
23:40c'est que les États-Unis,
23:41du point de vue purement
23:42macroéconomiques,
23:43après politique,
23:43c'est un autre sujet,
23:44mais macroéconomiques,
23:45peuvent assez aisément
23:46avoir une guerre qui dure.
23:47Sauf que vous nous disiez,
23:49la croissance,
23:50elle était déjà fragile
23:51aux États-Unis.
23:52On a parlé de la croissance
23:53en cas plusieurs fois ici,
23:55qui était alimentée
23:56surtout par les gens
23:58les plus riches.
23:59Cette richesse
23:59est en train
24:00de s'estomper un peu,
24:01avec, comme disait Romain,
24:03la baisse des marchés
24:03et la hausse des taux.
24:05Ça va peser aussi
24:06sur la croissance américaine.
24:07Oui, mais ça reste
24:08une croissance
24:09qui est plus dynamique
24:10au niveau occidental
24:10que la plupart des autres zones,
24:12sauf si on reste
24:12sur certains pays
24:13du sud de l'Europe
24:13qui ont une croissance
24:14aussi très dynamique.
24:15Mais globalement,
24:16en termes de grands pays,
24:17c'est là où c'est
24:17le plus dynamique.
24:18Vous avez toujours quand même,
24:20alors certes,
24:20le taux d'épargne
24:21a lourdement chuté,
24:22mais comme vous l'avez dit,
24:23l'économie américaine,
24:24elle doit se voir
24:25de manière protéiforme.
24:26Si je caricature à peine,
24:28vous avez 40% des ménages,
24:29c'est une situation
24:29très compliquée,
24:30quasiment de récession.
24:31Les 60 autres pourcents,
24:32ils ont bénéficié
24:33des dernières années
24:34et vous avez malgré tout,
24:35même s'il y a toujours
24:36le débat sur l'attitude
24:37budgétaire américaine,
24:39vous avez quand même
24:39l'attitude d'aujourd'hui
24:40empruntée du fait
24:41de l'attractivité du dollar.
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