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  • il y a 4 heures
Enfant fasciné par le ciel, Serge Zaka utilise aujourd'hui sa passion pour la météo afin d'aider les agriculteurs à s'adapter au dérèglement climatique. Portrait d'un agroclimatologue au chapeau de cow-boy devenu star des réseaux.

Retrouvez "La terre au carré" sur https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/la-terre-au-carre

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Transcription
00:06Musique
00:18L'invité au carré aujourd'hui, Serge Zaka, agroclimatologue et chasseur d'orage.
00:33Deux hommes jadis vivaient dans le temps extérieur des intempéries, le paysan et le marin,
00:38dont l'emploi du temps dépendait heure par heure de l'état du ciel et des saisons.
00:42Nous avons perdu toute mémoire de ce que nous devons à ces deux types d'hommes,
00:46des techniques les plus rudimentaires à la plus haute culture.
00:49Les anciens grecs divisaient la terre en deux zones, celles où un même outil passait pour une pelle à grains
00:54et celles où les passants reconnaissaient en lui un aviron.
00:58Or ces deux populations disparaissent progressivement de la surface de la terre occidentale.
01:02Excédents agricoles, vaisseaux de fortonnage, transforment la mer et le sol en déserts.
01:07Ne vivant plus qu'à l'intérieur, plongés exclusivement dans le premier temps,
01:12nos contemporains n'habitant plus que les villes ne se servent ni de pelles ni de rames, puis jamais n
01:17'en virent.
01:17Indifférent au climat, sauf pendant leurs vacances, où ils retrouvent de façon arcadienne et pataude le monde,
01:24ils polluent naïfs ceux qu'ils ne connaissent pas, qui rarement les blessent et jamais ne les concernent.
01:29Michel Serres, extrait du Contrat naturel en 1990.
01:38Bonjour Serge Zaka.
01:40Bonjour à tous.
01:41Lorsque Michel Serres parlait du temps extérieur des intempéries qui réglaient la vie du paysan et du marin,
01:46qu'est-ce que ça évoque pour vous agroclimatologue ?
01:49C'est toujours le cas.
01:51C'est toujours le cas.
01:52Il faut savoir que depuis la Seconde Guerre mondiale,
01:54les agriculteurs et notamment le système agricole a pensé qu'ils pourraient maîtriser l'ensemble de la chaîne de production,
02:00que ce soit la fertilité, que ce soit la génétique.
02:03Alors il peut potentiellement maîtriser la fertilité et la génétique.
02:07On a vu quelques avancées, quelques progressions, avec peut-être quelques inconvénients.
02:10Maintenant, par contre, il n'a jamais su dompter le climat.
02:14Il est toujours dépendant du climat.
02:16Et avec les assauts climatiques, c'est vrai qu'on a eu une période de stabilité climatique
02:20depuis la Seconde Guerre mondiale, où on avait quelques accidents.
02:23On retrouve par exemple la sécheresse de 1976, quelques gels tardifs, quelques excès d'eau également,
02:28mais qui n'étaient pas trop répétés dans le siècle, maintenant, depuis les années 2000,
02:32et surtout depuis 2020, on a des intempéries tous les ans.
02:36L'homme n'arrivera jamais à maîtriser le climat.
02:39Serres dit que nous avons perdu toute mémoire de ce que nous devons aux paysans et aux marins.
02:43Est-ce que nous sommes dans une civilisation, aujourd'hui, totalement déconnectée, justement, de ce monde paysan ?
02:48Ah mais totalement, totalement, c'est même pas... c'est une certitude.
02:52Quand vous regardez, d'ailleurs, depuis 1945, on a eu une évolution de plus en plus de la population
02:57qui s'est déplacée dans les villes.
02:58C'est-à-dire que les lieux de production, les campagnes, sont de plus en plus distants,
03:03en termes temporels et en termes physiques, même des lieux de consommation, les villes.
03:08Et d'ailleurs, ma génération, j'ai 36 ans, ma génération, c'est la première génération des êtres humains
03:15dont aucun parent ne peut, par exemple, travailler la terre ou travailler l'agriculture.
03:22C'est inédit dans l'histoire de l'humanité.
03:24Ça veut dire qu'on se retrouve avec des personnes qui ont mon âge ou qui sont plus jeunes,
03:28qui n'ont aucune connaissance, ne serait-ce que de la saisonnalité agricole,
03:31ne serait-ce que de la production agricole.
03:33La seule façon dont ils ont accès à ces données-là, c'est soit sur les réseaux sociaux,
03:38soit dans les infos ou soit dans les étals de magasins qui sont complets.
03:42On a perdu la notion, ne serait-ce que de souveraineté alimentaire,
03:46on a l'impression que nos magasins seront complets tout le temps,
03:49quels que soient les événements climatiques et quelle que soit la mondialisation.
03:51Et il y a un enjeu pour nos sociétés et nos générations, justement,
03:54à nous rapprocher précisément aussi à la fois du monde rural et des agriculteurs et agricultrices ?
04:00C'est même pas de se rapprocher, c'est de ne pas s'en éloigner.
04:02Parce qu'en fait, on s'en éloigne de plus en plus.
04:05Il ne serait-ce que de voir les applications qui ramènent la nourriture à domicile.
04:10Avant, on ne savait pas d'où venait la nourriture,
04:11maintenant, on ne sait même plus comment elle est cuisinée.
04:12On ne sait même pas d'où elle vient et comment elle est cuisinée.
04:14Donc, on a l'impression que manger est devenu quelque chose de vital,
04:17plus que quelque chose d'un plaisir,
04:18ou plus que quelque chose de connaître d'où vient notre production agricole.
04:23Donc, il est nécessaire, nous, en tant qu'êtres humains,
04:26de comprendre que la production agricole, ça ne vient pas du ciel
04:29et ça demande beaucoup, beaucoup de travail et de compréhension du système,
04:34ne serait-ce qu'écologique et aussi climatique.
04:36C'est quoi un agroclimatologue, justement ?
04:38Un agroclimatologue, c'est une personne qui travaille,
04:41donc c'est généralement un scientifique,
04:42qui travaille sur l'impact du changement climatique sur l'agriculture.
04:45Alors, il y a deux voies.
04:46L'agro-météorologie, donc météo court terme.
04:49Une canicule est prévue dans la semaine,
04:51comment je protège mes animaux d'élevage, par exemple.
04:53Du gel sur fleurs est prévu dans la semaine,
04:56comment je protège mes pommiers, mes poiriers.
04:58Ça, c'est du court terme, c'est de la protection agricole
05:01avec la culture qui est en cours.
05:02Par contre, l'agroclimatologie, c'est une autre voie beaucoup plus longue.
05:06Le climat sur l'agriculture, en gros,
05:08est-ce qu'on aura des oliviers du côté de Bordeaux d'ici 2070 ?
05:11Est-ce qu'il faut investir dans des nouveaux bâtiments d'élevage
05:14qui soient plus brumisés, ventilés pour les fortes chaleurs ?
05:17Est-ce qu'il faut implanter des arbres dans les pâtures
05:19ou des nouvelles parcelles de kaki ou de grenadiers dans le Languedoc ?
05:22Donc ça, c'est votre boulot, ça ?
05:23Ça, c'est mon boulot, oui.
05:24Et paradoxalement, vous vous êtes fait connaître
05:26avec plutôt une action autour de la météo,
05:28en prévenant justement d'un épisode de gel.
05:31Exactement. En réalité, en 2021,
05:34d'ailleurs, ça se reproduit en 2026 au passage,
05:36on a eu un épisode de faux printemps,
05:38période de douceur hivernale qui réveille les végétaux.
05:40Là où nous sommes en ce moment ?
05:41C'est exactement ce qu'on a en ce moment.
05:42Et donc, en mars, on a eu des floraisons extrêmement précoces.
05:45Bon, maintenant, ça a commencé en février, en 2026, c'est encore pire.
05:48Et on a eu une période de gel assez importante en avril.
05:51Le gel d'avril reste quelque chose de classique
05:54dans un climat classique français avant les années 2000.
05:58Sauf que cette fois-ci, on avait des floraisons
06:00qui étaient mises en place à cause de la douceur
06:01et donc des pertes de rendement massives.
06:04Là, c'est de l'agro-météorologie.
06:05Et effectivement, en 2021,
06:07on a pu prévoir cet épisode climatique catastrophique
06:10à 10 jours à l'avance,
06:11ce qui a permis une protection agricole accrue.
06:14Mais aussi, ça n'a pas permis de se dégager
06:16toutes les problématiques de pertes de rendement.
06:18Donc, vous vous mêlez de météo aussi, de temps en temps ?
06:21Tout à fait.
06:22Sur mes réseaux sociaux, sur Instagram, sur LinkedIn, sur Twitter,
06:25je parle beaucoup de météo.
06:26Il n'y a pas que la question longue du climat.
06:28Beaucoup de météo.
06:28Oui, il y a les deux, en fait.
06:29Il y a les deux.
06:30C'est les mêmes réactions, en fait,
06:33de la plante face aux éléments climatiques.
06:35Sauf que pour le climat,
06:37on va étudier des séries climatiques plutôt longues,
06:38jusqu'en 2100.
06:40Alors que pour la météo,
06:41on va regarder plutôt sur 7 jours.
06:42Mais en réalité, ce sont les mêmes connaissances
06:44d'impact sur la plante.
06:44Et donc, il faut s'attendre cette année encore
06:47à ce qui s'est passé en 2021,
06:48avec des épisodes de gel ?
06:50Alors, pour l'instant, on commence avec un faux printemps.
06:52Là, on l'a remarqué.
06:52On a eu des records de chaleur fin février.
06:54On a du 20 degrés à Paris encore aujourd'hui.
06:56Ça fait 10 jours.
06:57On a la plus longue série climatique
06:59depuis le début des mesures
07:00au-dessus des normales de saison.
07:0254 jours aujourd'hui.
07:04Ça veut dire que oui, le faux printemps est installé.
07:06La floraison est déjà en temps court.
07:07La sève remonte déjà dans la plupart des végétaux.
07:10Et ça, ce n'est pas une bonne nouvelle, finalement ?
07:12Oui ou non ?
07:13En fait, ça dépend s'il y a du gel derrière.
07:15S'il y a du gel derrière,
07:16on aura des pertes de rendement
07:17qui seront catastrophiques.
07:18Parce que nos végétaux,
07:20qui avancent dans ces floraisons,
07:21sont de plus en plus sensibles
07:24au gel, plus on avance dans le printemps.
07:26Donc là, c'est trop tôt pour le dire.
07:27Là, c'est trop tôt pour le dire.
07:29Les 10 prochains jours,
07:29il n'y a pas de gel qui sont entamés.
07:31Il faut savoir qu'on a des risques de gel
07:32jusqu'au sein de glace,
07:33le 11 à peu près mai en France.
07:35Donc, on a forcément une très forte probabilité
07:37qu'à un moment,
07:37il y a un gel qui revient quelque part en France.
07:39Serge Zaka, agroclimatologue.
07:41Vous êtes nombreux à exercer ce métier en France ?
07:43Alors, on n'est pas très nombreux.
07:45Non, on a quelques collègues
07:47du côté de l'INRA d'Avignon,
07:48dans l'unité agroclim,
07:49notamment Iñaki et Marie Launay,
07:51qui travaillent sur ces sujets.
07:53On a M. Berthomieux,
07:54qui travaille dans le sud-ouest de la France.
07:55On a le CRC,
07:56on a Thierry Castel, par exemple.
07:57Oui, mais ça se compte sur les doigts de Dijon.
07:59Oui, je suis en train de les citer
08:00pour vous montrer qu'en fait,
08:01on peut les citer dans une liste.
08:03Après, on retrouve pas mal de personnes
08:04qui vont travailler sur le climat,
08:05mais ce ne sera pas leur cœur de métier.
08:07Voilà, des impacts sur l'écologie,
08:08des impacts sur l'agriculture,
08:09sur les forêts,
08:10mais ce n'est pas totalement
08:11leur cœur de métier.
08:12Ça rentre dans un projet de recherche
08:13où on a des données climatiques
08:14qui peuvent venir dans ce projet de recherche.
08:16Mais en concentré agroclimatologie,
08:18on est très peu nombreux,
08:20simplement dans les études,
08:21les grandes études d'ingénieurs ou autres.
08:24On n'a pas de formation,
08:25on n'a pas de spécialisation
08:27directement d'agroclimatologie.
08:28Il faut faire une thèse, en réalité,
08:30derrière, travailler dans des centres de recherche
08:31pour se spécialiser sur ce sujet.
08:33Donc, vous êtes très peu nombreux
08:34et encore moins à l'exercer
08:35avec un chapeau de cow-boy sur la tête.
08:36On en reparlera tout à l'heure,
08:38Serge Zaka,
08:39parce que c'est vraiment
08:40votre signe distinctif.
08:42Vous êtes né au Liban en 1989.
08:45Depuis là, le déclenchement
08:46de la guerre en Iran,
08:47le 28 février dernier,
08:49le conflit s'étend progressivement
08:51à l'ensemble du Moyen-Orient
08:52et notamment dans votre pays, le Liban.
08:54Qu'est-ce que vous ressentez, vous,
08:55en ce moment,
08:56alors que le Liban,
08:57encore une fois,
08:58est sous les bombes ?
08:59Vous êtes né, vous-même, sous les bombes.
09:00Tout à fait.
09:01Je suis né pendant la guerre du Golfe
09:02durant l'année 89.
09:05La guerre du Golfe, pardon.
09:06La guerre civile du Liban
09:07durant l'année 89
09:08et j'ai immigré en France
09:09à l'âge de deux ans.
09:12Je suis arrivé en France.
09:13On ne connaissait pas forcément
09:14le système français.
09:15On s'est très rapidement intégré.
09:16Mes parents sont dits ouvriers.
09:19Donc, Manuel,
09:20ma mère était infirmière.
09:21Mon père est toujours mécanicien.
09:24Donc, ils sont arrivés en France
09:24sans rien.
09:25En fait,
09:26ce qui se passe au Liban,
09:27ça aurait pu être moi.
09:28Ça aurait pu être moi,
09:29ça aurait pu être mes enfants.
09:31Donc,
09:33voilà.
09:34J'ai envie de dire,
09:35même 35 ans après,
09:37même si je ne suis plus au Liban,
09:38ça me touche toujours.
09:39Vous avez de la famille
09:40encore sur place ?
09:41Ça me touche toujours.
09:42J'ai toute ma famille sur place.
09:43Ce n'est pas forcément
09:43dans les quartiers
09:44qui se sont impactés.
09:45C'est plutôt les quartiers musulmans.
09:46De toute façon,
09:46qu'on soit chrétien ou musulman,
09:47on est un même peuple au Liban.
09:48Vous savez,
09:49qu'on soit même juif,
09:52chrétien ou musulman,
09:53on est un même peuple.
09:55Et ce n'est pas le peuple
09:56qui demande ce qui se passe.
09:58C'est plutôt nos dirigeants.
09:59C'est plutôt les dirigeants.
10:00Le peuple ne demande rien.
10:01En réalité,
10:02il demande juste à vivre en paix.
10:04Ça suscite quoi ?
10:05Chez vous de la colère ?
10:07Je ne sais pas si on a dépassé
10:08le stade de la colère
10:09depuis un moment.
10:09On est plutôt au stade
10:10de la résignation.
10:11Vous savez,
10:13quand je reçois mes SMS
10:14tous les matins
10:15de mes collègues
10:16ou des amis qui vivent en France
10:17où je demande des nouvelles
10:18de leur famille,
10:19ils me disent
10:20si on meurt, on meurt.
10:21On est arrivé à ce niveau-là
10:23au Liban.
10:23C'est-à-dire de se dire
10:25c'est peut-être que Dieu voulait
10:26qu'on meure.
10:27C'est ce qu'ils me disent.
10:28On est mort.
10:29Ça fait partie de notre histoire.
10:32Et vous vous rendez compte
10:33qu'on arrive tous les matins
10:33à se dire
10:34je suis encore vivant.
10:34Tous les soirs,
10:35je reçois des SMS.
10:35Aujourd'hui, tout va bien.
10:36Je suis encore là.
10:38Est-ce que c'est normal
10:39de recevoir des SMS comme ça ?
10:40Je ne pense pas.
10:42Alors nous,
10:43on habite à 10 kilomètres
10:44des zones
10:45où les bombes tombent.
10:46C'est-à-dire que
10:46c'est comme si
10:49les bombes tombaient
10:50à la frontière
10:51à l'autre bout de Paris
10:52à Vincennes.
10:53Et les gens me disent
10:55je vais au travail.
10:56Je vis normalement.
10:58Enfin, du moins,
10:58j'essaye.
10:59Et je trouve ça
11:00assez dramatique
11:01de se dire
11:02que des gens
11:04essayent de vivre normalement
11:05malgré ce qui se passe.
11:06Comme si c'était
11:07devenu une habitude.
11:08Comme si c'était
11:09comme le RER
11:11était en retard
11:11ou que le métro
11:12a eu une panne.
11:14Ça faisait partie
11:15de leur quotidien.
11:15Je trouve ça pas normal
11:16d'en arriver à là
11:17dans un équilibre de vie.
11:20Et je pense
11:20un peu à mes cousins aussi
11:22qui est mon âge
11:23ou alors qu'ils sont plus jeunes
11:25les enfants de mes cousins
11:27qui trouvent ça normal
11:28d'aller à l'école
11:28avec le bruit des bombes
11:29à l'horizon.
11:30On en arrive à là
11:31au Liban, oui.
11:32Qu'on soit chrétien, musulman
11:33ou même dans le pays voisin
11:35les juifs
11:35c'est exactement pareil
11:36en réalité.
11:37Il y a des personnes
11:38des juifs
11:39qui vivent en Israël
11:40et qui ne demandent
11:41que la paix
11:42comme nous
11:42peuple libanais.
11:44C'est un problème
11:45entre les dirigeants.
11:46C'est pas un problème
11:47entre les peuples.
11:48C'est un problème
11:49entre les dirigeants
11:50et si vous remarquez
11:51ce sont des dirigeants
11:52qui sont généralement
11:52très âgés
11:53qui ont plus de 70 ans
11:54et ce sont que des hommes.
11:55J'aimerais bien
11:56que dans ces pays-là
11:56on mette des femmes aussi
11:57aux têtes de ces gouvernements
11:59et qu'on puisse un peu
12:00apporter de sérénité
12:01et un petit peu de vision
12:02pour la famille
12:03et un petit peu de vision
12:04pour les enfants.
12:05Ça aurait pu être moi
12:06ce que ça me procure
12:08même si je vais au Liban
12:10de temps en temps
12:11pour voir ma famille
12:13j'évite de prendre l'avion
12:14tous les ans.
12:15De toute façon
12:16je ne peux pas y aller
12:16tous les ans
12:17parce qu'en réalité
12:18la situation ne me permet pas
12:20d'y aller tous les ans.
12:21J'ai encore 90%
12:23de ma famille qui est là-bas
12:24donc je pense à eux
12:25aujourd'hui.
12:25Moi je suis à Paris
12:26mais en réalité
12:27mon cœur est plutôt là-bas.
12:29Vous avez quitté le Liban
12:30vous aviez deux ans
12:31c'est ce que vous dites.
12:31Ça veut dire
12:32que vous n'avez aucun souvenir
12:33des bombes en l'occurrence ?
12:35J'ai quelques souvenirs
12:36quelques parcelles quand même
12:38J'ai un souvenir
12:40notamment d'une journée
12:41où vous savez
12:42nous on était rythmés
12:42aux alertes
12:43des bombes
12:44quand j'étais plus jeune
12:45et moi je regardais ça
12:47tomber par la fenêtre.
12:48J'ai ce souvenir là
12:49où ma mère me cherchait
12:50et moi j'étais caché
12:51derrière le rideau
12:51à regarder les bombes
12:52tomber par la fenêtre
12:53il fallait descendre
12:54en fait au plus bas
12:55de l'appartement
12:57en sous-sol.
12:58j'ai vécu notamment
13:01mes premières années de vie
13:02à moitié
13:03dans une usine à mouchoirs
13:05qui était en fond de vallée
13:06du coup c'est là
13:06où il y avait
13:07le moins de probabilité
13:07que les bombes tombent
13:08et mon premier berceau
13:10était un carton
13:12avec des roues
13:13que mon père avait mis
13:13pour éviter que les rats
13:15rentrent dans mon landau
13:17qui était un carton
13:18de mouchoirs en réalité.
13:20j'en suis loin aujourd'hui
13:21j'ai trois enfants
13:23et je me dis que
13:25ici on a
13:26on n'a pas les mêmes problématiques
13:28voilà
13:28on n'a pas les mêmes problématiques
13:30moi ma mère
13:31elle est au travail
13:33elle était infirmière de guerre
13:34donc elle allait au travail
13:35sous les bombes
13:36donc elle prenait le bus
13:37il y avait des bombes
13:37qui tombaient aussi
13:38je ne savais pas
13:38si elle allait revenir
13:40à la maison le soir
13:43et nous en France
13:44on se plaint
13:44quand le bus
13:45est simplement en retard
13:46voilà
13:46donc ça relative
13:47un petit peu aussi
13:49sur cette société
13:50du matérialiste
13:51cette société du bonheur
13:52qu'est-ce qu'on veut en fait
13:53est-ce qu'on veut le bonheur
13:55dans la famille
13:55est-ce qu'on veut le bonheur
13:56dans les personnes
13:57qui nous entourent
13:57est-ce qu'on veut le bonheur
13:58dans le matériel
13:59qu'on peut avoir
14:00vos parents racontent
14:01que vous étiez hypnotisé
14:03par le ciel
14:04alors au Liban
14:05et en France aussi
14:06dès votre plus jeune âge
14:08hypnotisé par le ciel
14:09comment vous l'expliquez vous ça ?
14:11alors je ne sais pas trop
14:12il y a
14:13alors lorsqu'on a écrit
14:14ma biographie
14:15donc Orage sur le climat
14:16chez HarperCollins
14:18on a eu pas mal de questions
14:20j'ai eu
14:2114 heures
14:22d'interviews
14:23pour pouvoir
14:24un petit peu défricher
14:25toute cette jeunesse
14:26que j'ai vécue
14:26et dans cette jeunesse
14:28on est revenu à cet événement
14:29de bombes
14:29qui tombaient dans mon village
14:30avec donc forcément
14:31les bruits
14:32des bombes
14:33et on s'est demandé
14:35si justement
14:35ne regardaient le ciel
14:36moi je me rappelle
14:37qu'à 5 ans
14:37j'ai mes premiers souvenirs
14:38quand je suis arrivé en France
14:39j'ai découvert la neige
14:40d'ailleurs en arrivant en France
14:41et j'ai découvert
14:42j'avais une vision
14:43un petit peu dégagée
14:44depuis la fenêtre de ma chambre
14:45et j'avais vu sur les orages
14:47et je voyais ces orages
14:48qui tombaient
14:48ces éclairs qui tombaient
14:49qui faisaient le bruit
14:49des bombes
14:50mais c'était beaucoup plus beau
14:52et rassurant
14:52on va dire
14:53que les bombes
14:54de la guerre du Liban
14:55et donc on s'est demandé
14:57s'il n'y avait pas un aspect
14:58d'enjoliver
14:59cette guerre
15:00en cette fois-ci
15:01devenant chasseur d'orage
15:01et en photographiant
15:03ces bombes
15:04qui représentaient en fait
15:05les éclairs
15:05pour pouvoir les rendre
15:07plus beaux
15:08et plus visuels
15:10et de rendre la nature
15:11aussi plus belle
15:12et plus acceptable
15:13par l'homme
15:14car les orages
15:15font aussi partie
15:16de votre vie
15:17vous êtes présenté tout à l'heure
15:18comme agroclimatologue
15:19et chasseur d'orage
15:20on va en parler
15:21dans un instant
15:22Serge Zaka
15:23puisque vous êtes aujourd'hui
15:24notre invité au Carré
15:38qui est de côté
15:39tout mou
15:40n'en cas soufe
15:41a yen peke chanje
15:43donc si mouen te saf
15:46mouen te ke poing en biye
15:48pou desende
15:49de compresse
15:50pou an aller s'enviu
15:52a yen peke chanje
15:54rien de beau
15:56rien de nouveau
15:57mais tout va bien
15:59desende
16:00forte France
16:01depuis le matin
16:03couille videa
16:05charge
31:01Tout ce qu'on a modélisé déjà, on est en plein dedans là ?
31:04Je me suis dit déjà, maintenant.
31:07Vous avez été surpris ?
31:08Ah oui, c'est clair.
31:10L'ancien record était de 44 degrés en France, 44,1 parfois.
31:14Là c'est 46 degrés, on l'a explosé 2 degrés en plus en juin.
31:18À l'ombre !
31:18Oui, c'est à l'ombre, c'était même pas en juillet ni en août, c'est en juin.
31:21Alors ça m'a beaucoup effectué.
31:23En fait cet épisode-là climatique, ça m'a poussé à aller au devant de la scène,
31:27notamment pour dire que les éléments scientifiques que nous analysons en centre de recherche
31:31ne doivent plus rester en centre de recherche, ils doivent être divulgués au grand public.
31:35Parce que quand vous avez 46 degrés, c'est dans mon village, je l'ai vécu, j'étais là,
31:40et que tous les arbres ont leurs cimes qui perdent leurs feuilles,
31:44les vignes ont complètement brûlé, qu'on avait des animaux morts dans la rue.
31:47Là on se dit, waouh, en fait c'est vrai qu'on peut adapter l'agriculture jusqu'à 42, 43
31:53degrés,
31:54mais en réalité il faut le dire derrière, il faut être clair.
31:57Après 2050, quand vous regardez le rapport France plus 4 degrés,
32:01on atteindra entre 45 et 50 degrés dans plusieurs régions françaises,
32:05ce qui veut dire que ce sera de la mortalité des arbres qu'on aura.
32:08C'est pas juste de l'adaptation, c'est pas possible.
32:10Il y a des limites infranchissables pour les végétaux.
32:12Il y a des limites biologiques, c'est ce que je veux dire,
32:14c'est que le changement climatique, souvent on dit aux agriculteurs,
32:17allez vous allez vous adapter, vous allez mettre des arbres,
32:19travailler sur un sol plus vivant, parfois mettre de l'irrigation,
32:21parfois mettre des réserves en eau pour l'irrigation,
32:23mais il y a un moment, si vous irriguez du maïs et qu'il fait 47 degrés,
32:29le maïs, il est mort.
32:30Il faut comprendre que la meilleure façon d'adapter notre agriculture,
32:35après 2050 dans le sud et après 2060-70 dans le nord,
32:39c'est de limiter les gaz à effet de serre pour éviter ces températures.
32:42Ce n'est pas possible de trouver une race de vaches laitières
32:45ou alors un arbre qui s'adapte à 50 degrés, même une seule journée.
32:49Ça peut tuer un végétal.
32:51Et ça peut tuer des récoltes entières en un temps record.
32:54Comme le gel.
32:55Quand vous avez un épisode de gel, comme en avril 2021,
32:58où on a perdu une grosse partie de la production,
33:01moins 59% pour la prune, moins 59% pour la poire de table,
33:04en seulement trois jours.
33:06C'est pareil, ça s'appelle des stress thermiques,
33:08mais on avait l'habitude des stress thermiques bas,
33:10c'est-à-dire le gel.
33:11On n'a pas l'habitude des stress thermiques hauts en France.
33:15Et c'est la première journée à l'échelle peut-être de l'histoire de la France
33:18qui nous a dit, vous êtes vulnérables, que ce soit les vignobles,
33:22que ce soit les oliviers, donc les espèces les plus résistantes en France,
33:25vous êtes aussi vulnérables.
33:27C'est un peu un avant-goût du futur.
33:29Et il suffit d'une journée pour qu'on grille les parcelles.
33:31Et un avant-goût du futur proche.
33:32C'est-à-dire qu'on n'est pas sur des horizons si lointains que ça.
33:35Eh bien non, en fait, on n'est pas sur des horizons si lointains que ça.
33:38Parce que quand vous pensez, par exemple, à un arbre fruitier,
33:39un olivier, un pêcher, ou des grenades qu'on essaie de planter
33:42pour s'adapter maintenant, ou alors même des clémentines,
33:45eh bien, pour l'arbre, c'est aujourd'hui qu'on pense à demain.
33:48C'est-à-dire que c'est en 2025, en 2026, pardon, qu'on pense à 2050.
33:53Une filière agricole, ça se met en place entre 10 et 30 ans sur le territoire également.
33:57C'est demain, c'est le temps long, l'agriculture.
34:00Ce que j'aimerais que nos politiques comprennent également,
34:02c'est qu'on ne pense pas au court terme, en tant qu'agriculteur
34:06ou en tant que personne du milieu agricole,
34:07on pense généralement au long terme.
34:11Et 2050, en réalité, pour l'agriculture, c'est demain.
34:15Nos dirigeants politiques, justement, ils ne sont pas du tout à la hauteur de l'enjeu aujourd'hui.
34:20Sur les prises de décisions, justement, qui viseraient précisément
34:24à faire en sorte que nos émissions de gaz à effet de serre
34:26sont drastiquement moins importantes qu'aujourd'hui.
34:29On a deux voies.
34:29Alors, soit on réduit les gaz à effet de serre
34:31pour réduire l'impact du changement climatique sur l'agriculture,
34:34ou soit on adapte l'agriculture, ça, ça peut se faire aussi en parallèle.
34:37Et que ça soit sur l'un ou que sur l'autre,
34:40on n'est pas suffisamment, en fait, on ne met pas du tout les moyens.
34:43Je ne sais pas si vous vous rendez compte,
34:44à chaque fois, on entend des enveloppes à la télévision,
34:46nous avons mis 10 millions d'euros, 300 millions d'euros ici.
34:50En fait, j'ai l'impression qu'on a une certaine forme de politique du pansement.
34:52Quand il y a un événement climatique qui arrive,
34:54une sécheresse, un gel, une canicule,
34:56ça impacte les agriculteurs de plus en plus fréquemment
34:59et de plus en plus intensément.
35:01Et moi, j'ai l'impression qu'on met des pansements
35:02comme si, en donnant des millions, ça allait résoudre le problème.
35:06Résoudre le problème, c'est beaucoup plus vaste.
35:08C'est une modification complète du système agricole,
35:11ne serait-ce que la façon de cultiver.
35:13Beaucoup moins de travail du sol, par exemple,
35:15beaucoup plus de couverts végétaux,
35:16beaucoup plus d'arbres dans les parcelles,
35:20des génétiques, des variétés qui sont plus résistantes,
35:22voire même de nouvelles filières qu'on n'a pas l'habitude d'avoir en France.
35:24Tout ça, ça demande des moyens.
35:26L'agriculteur ne peut pas le faire tout seul.
35:28C'est des centaines de milliards d'euros.
35:30Et je ne parle même pas des forêts.
35:31Les forêts, c'est encore des centaines de milliards d'euros
35:33à les adapter à l'échelle européenne.
35:36Et quand on parle d'enveloppes de quelques millions,
35:38j'ai envie de dire, est-ce qu'on veut vraiment
35:40que l'agriculture reste en France avec le changement climatique ?
35:42Est-ce qu'on veut de la souveraineté alimentaire ?
35:44Alors, les paysans, les paysans, vous les rencontrez régulièrement,
35:46Serge Zaka.
35:47Vous étiez présent d'ailleurs au Salon de l'agriculture.
35:50Et on sait aujourd'hui que s'il n'y a pas de changement radical
35:52dans le monde de l'agriculture, on fonce droit à la catastrophe.
35:55Est-ce que la question climatique aujourd'hui,
35:57elle est prise au sérieux, justement, dans le monde agricole
36:00et précisément dans le monde agricole, par exemple,
36:02d'un syndicat comme la FNSEA ?
36:04Alors oui, paradoxalement,
36:06ce qu'on pourrait penser,
36:08la FNSEA travaille sur l'impact du changement climatique.
36:11Elle est consciente des impacts du changement climatique.
36:13Derrière, on n'est pas forcément d'accord
36:15sur les solutions à appliquer sur le territoire
36:17pour pouvoir adapter l'agriculture.
36:19Les jeunes agriculteurs aussi, qui sont,
36:23comme la FNSEA, mais en plus jeunes, pour simplifier,
36:25ils sont plus conscients, par contre, eux, des enjeux
36:27parce qu'ils ont une vision de leur retraite
36:29qui est plus lointaine, on va dire,
36:30et donc une évolution climatique qui est plus prégnante
36:32sur leur territoire.
36:33J'étais avec les jeunes agriculteurs hier à Châteauroux,
36:36par exemple.
36:37On a d'autres syndicats agricoles,
36:38comme la coordination rurale,
36:39où certains dirigeants, d'ailleurs, de la coordination rurale,
36:42pensent qu'il n'y a pas de changement climatique.
36:44Donc là, on est vraiment sur le bas fond du bas fond de la science.
36:47C'est-à-dire qu'il n'y a pas besoin d'adapter l'agriculture
36:48parce qu'il n'y a pas de changement climatique.
36:49Mais vous leur dites quoi, alors ?
36:50Justement, aux agriculteurs de la FNSEA, par exemple,
36:52qui, pour beaucoup d'entre eux, d'ailleurs,
36:54préfèrent travailler sur des grandes surfaces,
36:56en monoculture.
36:57Ce n'est pas tellement ce qu'est la mode, quand même,
36:59aujourd'hui, si on veut vraiment faire un vrai changement.
37:01Je leur dis ce qu'il faut leur dire.
37:02C'est-à-dire que si on ne travaille pas
37:04sur l'impact du changement climatique,
37:05ce n'est pas seulement l'écosystème,
37:06parce que souvent, on parle de division
37:08entre l'écologie et l'agriculture,
37:10alors qu'en réalité, on peut réunir les deux
37:12pour s'adapter au changement climatique.
37:14Alors, ce que je leur dis souvent,
37:15c'est que ça impacte aussi leur portefeuille.
37:17Parce qu'aussi, il faut l'entendre,
37:19la rentabilité agricole diminue
37:21avec le changement climatique.
37:22C'est-à-dire que j'essaye de m'adapter aussi
37:24à ce qu'ils veulent entendre.
37:27Donc, l'argument financier, il fait mouche ?
37:29L'argument financier fait mouche.
37:30C'est-à-dire que vous avez, par exemple,
37:31des projections de rendement du maïs
37:32dans le sud-ouest de la France,
37:33qui sont faites par plusieurs scientifiques,
37:35de façon indépendante,
37:36ou par l'Union européenne,
37:37ou par la France, d'ailleurs, ou par l'INRA.
37:39On a des pertes de rendement
37:40qui vont de moins 20 à moins 50%
37:42pour le maïs, en moyenne,
37:44donc des années plus graves, des années meilleures,
37:46par rapport au stress thermique
37:47et au stress hydrique.
37:49Quelle que soit l'adaptation, d'ailleurs,
37:51si on change les dates de semis,
37:52si on fait de l'agriculture de conservation des sols,
37:54en fait, il faut se projeter en 2050, 2070.
37:56Le maïs ne sera plus présent
37:59de façon aussi rentable,
38:01notamment sur les sols superficiels,
38:03dans le sud-ouest de la France.
38:04Il faut réfléchir maintenant à
38:05qu'est-ce qu'il faut remplacer
38:07sur le territoire ?
38:07Je ne suis pas en train de dire
38:08que notre agriculture...
38:09Mais quel discours vous tenez, justement,
38:11en face de ces agriculteurs et agricultrices ?
38:13Et qu'est-ce qu'ils sont prêts à faire aujourd'hui,
38:15vu l'état d'urgence, quand même ?
38:17Alors, moi, je suis très factuel.
38:19Je leur donne des cartographies
38:20de pertes de rendement
38:21et des évolutions qu'on pourrait appliquer
38:23sur les parcelles,
38:24voire des nouvelles productions
38:25qu'on peut avoir sur le territoire.
38:27Par exemple, je leur dis,
38:29le champ de maïs,
38:30il peut vous financer la transition
38:31dans un certain temps,
38:32mais progressivement,
38:33vous réduisez de quelques pourcentages
38:34ce maïs en remplaçant par d'autres espèces
38:37sur le territoire.
38:38Pourquoi il faut remplacer le maïs
38:39par autre chose ?
38:39Parce qu'il est beaucoup trop sensible
38:41et beaucoup trop consommateur d'eau
38:42pendant les périodes
38:43où il y en a moins,
38:44en réalité,
38:45et surtout,
38:45à partir de 35 degrés,
38:47par exemple,
38:47la pollinisation des grains du maïs
38:49ne se fait plus,
38:50ou beaucoup moins,
38:51puisqu'il y a des stress thermiques
38:53qui s'installent.
38:54Souvent, on me dit,
38:55je vais installer l'irrigation,
38:56je vais faire une réserve en eau,
38:57que ce soit collinaire
38:58ou une réserve en eau
38:59de nappe phréatique.
39:01Je leur dis,
39:01ce n'est pas suffisant.
39:02C'est une pièce du puzzle
39:03dans votre puzzle global.
39:05Mais il faut absolument travailler
39:06sur un sol plus vivant
39:07qui retient mieux l'eau également.
39:08Voir sur de l'arbre
39:09autour des parcelles,
39:10pas mettre 15 milliards d'arbres non plus,
39:12mais au moins quelques arbres
39:13pour limiter le vent,
39:14limiter l'évaporation,
39:15limiter la transpiration,
39:17avoir des variétés de maïs
39:18qui soient moins consommatrices d'eau
39:19ou décaler les dates de semis.
39:21Voir,
39:22dans un contexte plus extrême,
39:23c'est-à-dire après 2050,
39:26réfléchir à ce qu'on pourra produire
39:27à la place du maïs.
39:29Parce qu'il est aussi question
39:30de rentabilité agricole
39:32sur les territoires.
39:33Si le maïs,
39:33dans un avenir,
39:34en 2050,
39:34il n'est plus suffisamment rentable,
39:36il faut le remplacer
39:37par une production
39:37qui nourrit aussi
39:38les hommes derrière.
39:40Ce n'est pas laisser un désert
39:41s'installer.
39:42C'est de prévoir,
39:43de l'anticiper.
39:44Est-ce que remplacer
39:44une plante par une autre,
39:45ça va résoudre le problème
39:46aujourd'hui ?
39:47Ou est-ce qu'il faut aller
39:48bien au-delà encore
39:48sur les pratiques ?
39:49Bien sûr,
39:50il faut aller bien au-delà.
39:50En fait,
39:51c'est tout un ensemble,
39:51tout est complémentaire.
39:53Si vous remplacez,
39:54par exemple,
39:54un maïs par un sorgho,
39:57ça ne va pas résoudre
39:58le problème en réalité.
39:59Souvent,
39:59on parle du sorgho,
39:59il est effectivement
40:00en science,
40:01plus résistant
40:01aux fortes chaleurs
40:03et à la sécheresse.
40:04Mais si vous avez
40:05un sol qui est labouré
40:06régulièrement,
40:07qui a moins de vie,
40:08qui retient moins l'eau,
40:09le sorgho aussi
40:10va subir la sécheresse.
40:11Si votre sorgho,
40:12vous ne travaillez pas aussi
40:13sur l'évolution génétique
40:15qu'on peut avoir en Europe
40:15par l'INRA
40:16ou d'autres instituts de recherche
40:18pour améliorer
40:19cette productivité du sorgho,
40:21ça ne va pas être accepté
40:22sur le territoire.
40:23Si vous ne travaillez pas
40:25sur la filière,
40:26le sorgho,
40:27c'est carrément
40:28de la bière de sorgho,
40:29des pâtes de sorgho,
40:30de la farine de sorgho,
40:31voire une modification
40:32de l'alimentation animale
40:33sur le territoire.
40:34Il faut travailler aussi
40:35sur l'économie de la filière
40:37pour donner
40:37une acceptabilité économique.
40:39C'est juste énorme
40:41comme enjeu.
40:41Ce n'est pas juste
40:42donner quelques millions
40:43quand les maïsiculteurs
40:44ont perdu du rendement
40:45comme en 2022,
40:46moins 54%
40:47sur les percelles non irriguées.
40:48C'est énorme
40:49dans le sud-ouest de la France.
40:51Non, non,
40:51c'est des milliards d'euros
40:52qu'il faut mettre en place
40:53des investissements,
40:54de la recherche
40:55pour pouvoir faire face
40:56au changement climatique.
40:57Et sur la question
40:57des pesticides,
40:58par exemple,
40:58est-ce que les jeunes agriculteurs
40:59aujourd'hui,
40:59ils remettent aussi en question
41:00ce modèle basé
41:02sur les pesticides ?
41:03Alors, pas forcément.
41:05Et là,
41:05ça devient assez problématique
41:07pour moi
41:07parce que là,
41:07je suis le cul
41:08entre deux chaises.
41:09C'est-à-dire que moi,
41:10sur les pesticides,
41:10j'ai beaucoup moins
41:11de connaissances scientifiques.
41:13Ce que j'apporte,
41:14par contre,
41:15par l'agroclimatologie,
41:16c'est un modèle agricole
41:17notamment tourné
41:18vers le respect des sols
41:20au travers du respect
41:21de l'eau dans ces sols
41:22et de cette biodiversité.
41:24C'est ce qu'on appelle
41:25l'agriculture de conservation
41:26des sols.
41:27Et cette agriculture
41:28de conservation des sols,
41:29en moyenne,
41:30elle consomme
41:31moins d'intrants,
41:33moins de pesticides
41:33et moins d'engrais.
41:34Elle a juste un principal
41:36inconvénient,
41:37c'est qu'elle utilise
41:38beaucoup d'herbicides.
41:39Et donc,
41:39on travaille sur des méthodes
41:40mécaniques
41:41ou d'autres façons
41:41de pouvoir réduire
41:43ces herbicides-là.
41:44En fait,
41:44on essaye de réduire
41:46la quantité
41:46de fertilisants,
41:48d'insecticides
41:49et d'herbicides
41:50sur les territoires.
41:50Ce n'est pas facile,
41:52c'est un équilibre.
41:52Il y a le bio,
41:53par exemple,
41:54qui peut faire face
41:55à cette réduction
41:56également de pesticides
41:58sur le territoire.
41:59La seule problématique
42:00du bio,
42:00c'est qu'il y a un paradoxe
42:02entre l'évolution climatique
42:03qui favorise
42:04l'apparition des maladies,
42:05notamment manque de gel
42:06en hiver et printemps,
42:07chaud,
42:08parfois plus humide,
42:11et la recherche
42:12qu'il y a,
42:13l'argent qu'il y a mis
42:14dans la recherche derrière
42:15pour faire face
42:16aux alternatives,
42:17notamment aux pesticides,
42:18pour le bio.
42:18Il y a un antagonisme
42:19entre l'évolution climatique
42:20et le bio.
42:21Il va falloir absolument
42:22travailler sur la recherche.
42:23Sauf que vous parliez
42:24du temps long tout à l'heure.
42:25C'est très long
42:25de remettre justement
42:29une agriculture,
42:29un modèle agricole
42:30en tout cas,
42:32en place.
42:33Et là,
42:33par rapport à l'urgence
42:34qu'il y a,
42:34vous dites quoi ?
42:35C'est rapé là
42:36pour les 25 ?
42:37On est très en retard.
42:38On est vachement en retard.
42:39Je ne pense pas
42:40qu'on ne va pas y arriver.
42:43Je disais aux jeunes agriculteurs
42:44hier,
42:44vous avez les moyens
42:45de le faire.
42:46Maintenant,
42:46il va falloir travailler
42:47au niveau politique.
42:48En fait,
42:48il y a une volonté agricole
42:49d'évolution sur le territoire
42:51mais ils attendent
42:52une réaction politique.
42:53C'est ce que j'ai l'impression.
42:54En fait,
42:55ils attendent des moyens
42:55parce qu'ils ne peuvent pas
42:56le faire face.
42:57C'est tellement rapide
42:57qu'ils ne peuvent pas
42:58y faire face tout seuls.
43:00Je pense que si on a
43:01une conjonction politique
43:02sur une vision
43:03sur la souveraineté alimentaire française
43:04et puis les agriculteurs,
43:06ils peuvent travailler
43:06main dans la main
43:07à la fois sur le changement climatique
43:09et aussi,
43:10il va falloir comprendre
43:11parce que le changement climatique,
43:11ça,
43:11ils le comprennent.
43:12C'est mon domaine,
43:13ils le comprennent.
43:14Sur l'écologie,
43:15il faut comprendre aussi
43:16qu'en travaillant sur l'écologie,
43:17ce n'est pas antagoniste
43:18de travailler sur une agriculture
43:20qui nourrit
43:20et une agriculture
43:21qui soit aussi imbriquée
43:23dans l'écologie.
43:24Sauf qu'on voit qu'aujourd'hui,
43:25il y a des agriculteurs
43:25qui essayent d'avoir
43:27des pratiques plus vertueuses
43:28et qui ne sont pas
43:29très bien financées
43:30par rapport à d'autres
43:31qui ont des pratiques
43:31beaucoup plus délétères.
43:33Il y a une évolution
43:34de ce que c'est le métier.
43:36Il va falloir travailler
43:37sur cette évolution
43:38de ce qu'on se représente
43:39du milieu de l'agriculteur.
43:40Par exemple,
43:40il n'est pas juste là
43:41pour nous nourrir.
43:42Il est là aussi
43:43et il le fait déjà
43:44pour des services écosystémiques.
43:46L'implantation des ailes,
43:47la réimplantation des arbres
43:48et ça,
43:49c'est très important
43:49de pouvoir les financer également.
43:51Merci beaucoup Serge Zaka
43:53d'être venu à ce micro.
43:54Je remercie sur votre livre
43:55« Orage sur le climat ».
43:57C'est sorti l'année dernière
43:58aux éditions HarperCollins.
44:00Merci beaucoup
44:01d'être venu à ce micro.
44:03Merci également
44:03à Louise Cognard
44:04qui a préparé aujourd'hui
44:05ce dossier
44:06« Titouons la barre à la technique »
44:07et à Mazir Amadine Guest
44:09qui réalisait cette émission.
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