00:01Florian Yelpo nous attend depuis Genève en charge de la macroéconomie chez Lombard-Rodier IEM.
00:05Bonjour Florian, merci de nous accompagner ce matin.
00:08Dans un instant, nous parlerons de l'once d'or qui n'en finit plus de baisser,
00:12puisque ça y est, l'once est rentrée en bear market, c'est-à-dire une baisse de 20%
00:16depuis ses plus hauts.
00:18Nous sommes ce matin à 4200 dollars pour ses 31 grammes d'or.
00:22Juste avant quand même, un petit mot sur le marché obligataire qui continue de pousser,
00:25que ce soit en Europe mais aussi aux Etats-Unis, avec un disant américain qui est à 4,42.
00:31On revient proche des niveaux du Liberation Day il y a un an ou presque au mois d'avril.
00:35Comment vous regardez quand même ce disant français qui revient à 3,8% ?
00:39Ce n'est pas anodin, on frôle désormais les plus hauts de 2009.
00:44Absolument, bonjour Etienne, bonjour à tous.
00:47L'élément important c'est de comprendre que la bataille des taux, la bataille de l'or,
00:52globalement c'est le même combat, c'est-à-dire qu'on voit les taux réagir globalement à travers la
00:58planète,
00:59à la progression d'un choc inflationniste attendu et à la réaction des banques centrales
01:05qui vont avec chacune des zones monétaires.
01:08Alors on va s'inquiéter évidemment en France des taux français,
01:12en Europe des taux européens et aux Etats-Unis des taux américains.
01:15Il y a une asymétrie dans la réponse de ces taux au choc inflationniste que l'on commence à traverser,
01:21que l'on commence juste à traverser, qui tient en fait à la fonction de réaction des banques centrales.
01:26Qu'est-ce que ça veut dire ?
01:27Ça veut dire que toutes les banques centrales n'ont pas le même objectif
01:30et l'une d'entre elles, celle des Etats-Unis, a tendance à regarder croissance et inflation,
01:35vous le savez, alors que la BCE, elle, est extrêmement focalisée uniquement sur ça,
01:39sur son objectif d'inflation.
01:40Qu'est-ce que ça veut dire ?
01:42Ça veut dire qu'aujourd'hui, les marchés financiers ont dû commencer à anticiper
01:46des hausses de taux de la part de la BCE,
01:49alors qu'aux Etats-Unis, on a détricoté des baisses de taux attendues.
01:54Alors globalement, ça veut dire quoi ?
01:56Ça veut dire que les taux longs qui réagissent à ces anticipations de banques centrales,
01:59les taux longs ont progressé davantage en Europe qu'aux Etats-Unis, très clairement.
02:03Pourquoi ? Parce qu'il y a une double peine.
02:05On anticipe un peu plus d'inflation, à peu près 0,3% sur 10 ans.
02:09Alors est-ce que c'est rationnel ? La question se pose.
02:11Et on anticipe également des taux BCE plus élevés pour à peu près le même montant.
02:17C'est comme ça qu'on arrive à 0,6% d'augmentation des taux en France
02:21et à un peu moins aux Etats-Unis parce qu'on a un peu moins d'inflation
02:25qui est en train d'être réévaluée par les marchés financiers.
02:28Les taux, l'or, globalement, au même combat,
02:31on parle simplement d'une prime énergie, une prime inflation.
02:34Pour rappel, ce week-end, Donald Trump a menacé l'Iran.
02:38Il l'est jusqu'à ce soir pour ouvrir le détroit d'Hormuz.
02:41Sinon, il dit qu'il s'attaquera à des installations énergétiques du côté de l'Iran.
02:47Alors le baril de pétrole est au-delà des 113 dollars maintenant pour le baril de Brent.
02:52Est-ce qu'aujourd'hui, on n'est quand même pas sur une réaction un peu épidermique ?
02:56Comme vous l'avez souligné, Florian, on est sur une hausse de 60 points de base
02:59en l'espace de trois semaines.
03:01Ce n'est pas anodin quand même.
03:03Ce n'est pas anodin et d'autant plus qu'on traverse une période qui est difficile d'anticiper.
03:09C'est-à-dire qu'on est vulnérable à ce qu'on appelle un choc exogène.
03:12Si demain, on arrive à régler ce problème du détroit d'Hormuz,
03:17les prix du baril retombent et on va éliminer,
03:19purger une grande partie de cette prime inflation.
03:24Dans ces circonstances, il est important de garder en tête une chose qui me semble capitale à ce stade.
03:32Sauf à, pour le moment, ce qu'on a vu comme réaction sur les marchés,
03:36c'est essentiellement des investisseurs qui courent vers un achat de protection.
03:40Vous savez, le VIX, cet indicateur de volatilité,
03:43qui est une mesure, un baromètre justement de la couverture des agents.
03:46C'est lui qui s'est élevé davantage que les marchés actions n'ont baissé,
03:51davantage que les spreads de crédit ne se sont écartés.
03:55On pourrait rentrer dans une deuxième phase cette semaine,
03:59qui serait une phase justement où ce qu'on appelle les marchés cash.
04:02Vous savez, ces marchés qui ne sont pas des produits dérivés,
04:04mais des véritables actions qui sont vendues,
04:06des véritables obligations d'entreprises qui sont vendues.
04:09Et cette deuxième phase, elle serait vraiment davantage coûteuse
04:12que ce qu'on a connu jusqu'à présent.
04:14L'angoisse pour le moment, c'est justement que l'on bascule cette phase de couverture
04:18vers une phase d'allègement des positions dans les portefeuilles.
04:22Et l'allègement des positions dans ce portefeuille
04:24entretiendrait ce momentum baissier sur les marchés,
04:27baissier sur les marchés actions et baissier sur les marchés obligataires,
04:30qui fait qu'aujourd'hui, il est difficile de se cacher du choc pétrolier
04:33auquel on est en train de faire face.
04:35Du côté de l'once d'or, on est sur une baisse de plus de 5% ce matin.
04:404 235 dollars pour ces 31 grammes d'or.
04:44Moins 20% depuis les plus hauts.
04:47Retour à la case départ, avec désormais une once qui revient sur ses niveaux de début d'année.
04:52Bon, c'est vrai qu'il ne faut pas oublier que l'once a gagné plus de 60% l
04:55'an passé.
04:56Mais cette réaction quand même de l'once est très surprenante.
04:58Florian Lelpo, habituellement, lors de troubles géopolitiques, d'incertitudes,
05:02on achète de l'or.
05:03Bon, ben là, l'investisseur qui a acheté de l'or au début du conflit,
05:06il a perdu 10-15% tout de même.
05:09Absolument.
05:10Gardez en tête que l'un des premiers facteurs du marché de l'or,
05:14c'est ce qu'on appelle les taux réels,
05:15c'est-à-dire l'écart entre les taux d'intérêt,
05:18les obligations d'État et l'inflation.
05:21Lorsque ces taux réels se mettent à monter,
05:23ce qui était le cas en ce moment,
05:24c'est le cas en Europe notamment,
05:25c'est le cas aux États-Unis,
05:26la progression de ces taux réels va peser sur la trajectoire de l'or.
05:30Le fait que l'on soit rentré dans cette crise
05:34avec un or qui était probablement surévalué
05:37du fait de phénomènes moutonniers,
05:39de phénomènes d'une progression, si vous voulez,
05:41du sentiment de marché sur ce marché de l'or
05:43n'a probablement pas aidé.
05:44C'est-à-dire que quelque part,
05:46ce qu'on appelle le momentum,
05:47donc la force, disons, de sentiment du marché,
05:52a entraîné les prix de l'or à des niveaux très élevés.
05:54Quand ce momentum a tourné,
05:56la sanction s'est avérée relativement élevée,
05:59proportionnée à la valorisation atteinte par l'once d'or.
06:02Gardez bien en tête,
06:04globalement, oui, l'inflation,
06:05c'est un facteur qui soutient l'or,
06:07mais pour l'instant, cette inflation,
06:08elle reste à venir à court terme.
06:10C'est surtout une montée de l'aversion au risque
06:12et une recherche de liquidités.
06:13C'est pour ça que le dollar surperforme
06:15le reste des monnaies notamment.
06:16Et on est face à un choc de taux
06:19et un choc de taux ne profite jamais à l'once d'or.
06:22Donc la progression des taux réels,
06:23elle pèse comme elle a pesé historiquement
06:26à chaque moment où on a observé
06:28ces remontées de taux réels
06:29sur la trajectoire de l'or.
06:31Simplement, la différence,
06:31c'est qu'aujourd'hui,
06:32on part d'un point très élevé,
06:34d'un écartement très fort
06:35par rapport aux fondamentaux classiques de l'or
06:37qui est notamment l'inflation américaine.
06:39Un dernier mot,
06:39l'allocation,
06:40vous faites quoi aujourd'hui
06:41dans les portefeuilles Florian Lelpo
06:42chez Lombard-Rodzie IEM ?
06:44Alors, aujourd'hui,
06:45l'allocation,
06:46les gens doivent être partagés
06:47entre le fait de revisiter un scénario à la 2022,
06:50c'est-à-dire les taux montent,
06:51les taux progressent
06:52et coûtent à tous les marchés financiers globalement.
06:55Il faut donc aller vers le cash
06:56et puis chercher une forme de diversification améliorée.
06:59Donc, l'avantage qu'on a de notre côté,
07:01c'est qu'on a toujours eu
07:02des matières premières en portefeuille.
07:04Donc, ces matières premières,
07:05aujourd'hui,
07:05et notamment le pétrole,
07:06ça protège,
07:07ça amorte le choc.
07:08Ça, c'est assez clair.
07:09On a du cash en portefeuille.
07:10Ça aussi,
07:11ça aide le portefeuille à délivrer,
07:13à tenir, disons,
07:14dans ces environnements-là.
07:15Et il faut reconnaître
07:16que depuis le début du choc,
07:17on a dû réduire en partie la voilure
07:20dans l'exposition de nos marchés.
07:21On a réduit à peu près 10 à 15 %
07:23de notre exposition de marché.
07:26Pour le moment,
07:27on ne pense pas,
07:27nous ne pensons pas à ajouter
07:29à cette défense créée.
07:32Simplement, comme je vous le disais,
07:33on est vulnérable à des nouvelles
07:35qui nous échappent,
07:36à un choc exogène
07:38auquel il faut savoir réagir.
07:39Parce que si le prix du baril
07:41continue à progresser,
07:42on va accélérer ce choc.
07:43On va commencer à détricoter
07:45des positions cash
07:45des portefeuilles
07:46des grands investisseurs
07:47et on va accélérer
07:48le momentum baissier.
07:49Il faut rester vigilant.
07:50Très clair.
07:51Merci beaucoup,
07:51Florian Elpo,
07:52nous a accompagnés ce matin
07:53depuis Genève.
07:53Je rappelle que vous êtes en charge
07:54de la macroéconomie
07:55chez Lombard-Rodier IM.