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  • il y a 7 heures
Lèvres pulpeuses, visages standardisés... La médecine esthétique connaît un essor planétaire sans précédent. De l'influence d'Instagram à la peur viscérale de vieillir, notre chroniqueur explore les ressorts profonds de ce phénomène et interroge notre rapport au corps et au temps qui passe. Et si la vraie question n'était plus "comment rester jeune" mais "comment rester soi" ?

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Transcription
00:04On place au scan avec Hervé. Hervé, on parle aujourd'hui de médecine esthétique, de chirurgie esthétique.
00:10Et pour toi, les dérives étaient inévitables ?
00:14Inévitables, vu l'ampleur du phénomène, on l'a un peu abordé au niveau planétaire.
00:18Il suffit d'aller au Brésil, en Turquie ou en Tunisie, on se rend compte qu'il y a un
00:22sujet,
00:23il y a un marché colossal, avec des gens qui font n'importe quoi, on l'a évoqué.
00:27Mais ceci dit, ça soulève quand même une vraie question, je vais dire existentielle, pour prendre un peu de distance.
00:31Pourquoi est-ce que je veux ainsi modifier l'image de mon corps ?
00:34Ce n'est pas tout à fait inintéressant comme question par rapport à la société dans laquelle on vit.
00:38Et je note, mais tout le monde l'a fait et vous l'avez évoqué, la coïncidence temporelle entre l
00:42'explosion des actes de chirurgie et médecine esthétique
00:45depuis 20 ans, mettons, et les réseaux sociaux.
00:49Vous l'avez évoqué, vous savez que Facebook a été créé en 2004, le premier hariphone est arrivé en 2007,
00:55et ce n'est pas une coïncidence si on a eu les réseaux sociaux dans sa poche,
00:59et que l'année d'après, les iPhones, il y avait les Android, et puis Instagram, c'était en 2010.
01:04Et je vous rappelle que Facebook a passé le milliard, son premier milliard d'utilisateurs en 2012.
01:10C'est-à-dire qu'on poste un truc sur Facebook et sur Instagram, et boum, on touche des milliards
01:15de personnes.
01:16C'est hallucinant.
01:17Donc évidemment, ça décuple le projet, et ça a entraîné un étrange désir de standardisation.
01:24On veut, alors je dis on, je ne me mets pas forcément là-dedans, mais les mêmes lèvres, les mêmes
01:28pommettes, le même regard, la même silhouette, je ne sais pas, des choses comme ça.
01:32Donc c'est assez paradoxal, de mon point de vue, de se dire, je veux être moi dans ma société,
01:37mais en même temps, j'aimerais bien ressembler à tout le monde.
01:40Donc c'est une histoire de rester dans la norme pour être accepté par le clan, une histoire qui date
01:45de l'Antiquité.
01:47Et donc c'est vraiment ça.
01:48Les réseaux sociaux qui ont par ailleurs radicalisé la question de l'image corporelle, en diffusant massivement des images retouchées,
01:55auxquelles on ne peut pas vraiment se coller.
01:59C'est complètement fake ce qui se passe.
02:01Mais on y croit.
02:02Alors, et comme on est dans une société qui a les mérites intellectuels qu'elle mérite, eh bien je vous
02:08donne quelques nombres de followers, ce qui m'a amusé.
02:11Parce que ça, c'est le nombre, c'est la preuve indiscutable de votre influence sociétale et culturelle.
02:17Donc Cristiano Ronaldo, vous aimez le foot, j'imagine, 668 millions de followers uniquement sur Instagram.
02:26Lionel Messi, 510.
02:28Je vous les mets exprès, ils sont loin devant.
02:30Nabila, 8 millions.
02:31C'est déjà pas mal.
02:32Et bon, j'ai regardé André Comte-Sponville, qui m'intéresse personnellement, 8 000.
02:37C'est moins bien que 668 millions, voilà.
02:40Mais je pense que d'ailleurs, André Comte-Sponville ne parle pas des mêmes sujets.
02:43Voilà, donc c'est assez étonnant.
02:45Et donc si ce phénomène est aussi important, c'est parce qu'il utilise des ressorts essentiels.
02:49Oui, des ressorts éternels.
02:50On l'a abordé, la peur de vieillir, c'est clair.
02:53Et on est dans une société qui accepte assez mal cette perte de désirabilité, d'employabilité.
02:59On voit bien que vieillir n'est plus un destin.
03:01C'est en train de devenir un handicap.
03:03Donc c'est un vrai sujet.
03:04Et on essaie de trouver des stratégies pour adapter son image corporelle.
03:08Mais derrière ça, évidemment, la peur de vieillir, c'est la peur de mourir qui est là.
03:12On est dans une société, là aussi, qui a perdu ses valeurs, qui a moins recours peut-être à la
03:20religion.
03:20Je ne sais pas.
03:21Ce qui est clair, c'est qu'on refuse notre finitude, on cache nos vieux dans les EHPAD et on
03:25se dit qu'en transformant mon corps, je vais repousser l'inéluctable.
03:30Donc c'est assez existentiel comme démarche.
03:33Et voilà, en me modifiant, je me crée moi-même.
03:36Je me crée un destin.
03:38Et donc, il y a une complication intellectuelle.
03:41Et face à cette souffrance, on va avoir des médecins qui se sont spécialisés.
03:44Et ça me paraît normal qu'ils existent parce qu'il y a une demande et qu'il y a
03:47une demande psychologique et de bien-être.
03:50Et ces médecins reprennent un vrai pouvoir parce qu'effectivement, vous l'avez dit, ils donnent du bonheur, du sens
03:56à la vie et tout ça.
03:57C'est formidable.
03:59Et éventuellement, je peux aussi comprendre qu'il y a un aspect lucratif.
04:02On ne va pas se voler à la face.
04:03Ce n'est pas inintéressant non plus.
04:05Mais c'est du coup une belle médecine.
04:06D'ailleurs, je trouve que la médecine esthétique, on devrait l'appeler la belle médecine.
04:09Donc pour toi, la médecine esthétique est thérapeutique ?
04:11Oui, il y a des patients qu'il faut aider absolument.
04:15Et d'ailleurs, il faut réparer le corps, mais pour moi, il faut réparer l'âme.
04:21Pour moi, un bon médecin esthétique, c'est celui qui répare l'âme.
04:25D'ailleurs, la question qu'on devrait se poser, ce n'est pas est-ce que je veux rester jeune,
04:28mais je veux rester moi.
04:30Mais voilà, c'est pour décoller un peu le débat.
04:33Mais je pense qu'on est à peu près d'accord avec ça.
04:35D'où l'importance de la consultation avant.
04:38Quels sont vos objectifs et vos ressorts, etc.
04:41Et pour conclure, est-ce que tu as une proposition à faire, Hervé ?
04:43Ah oui, alors j'ai une proposition à faire aux médecins esthétiques et anti-âge, qui ne m'ont rien
04:47demandé, je vous rassure.
04:48C'est juste, je travaille dans la communication, par ailleurs, c'est ça mon vrai métier.
04:52Et je trouve que vous pourriez changer de nom, pour changer peut-être d'image.
04:58Médecin esthétique, en fait, c'est réducteur.
04:59Moi, j'entends esthétique, esthéticien, tant que ce n'est pas assez beau.
05:04Anti-âge, c'est négatif.
05:05C'est anti, c'est un peu dérisoire.
05:07On ne peut pas lutter contre le temps et la mort.
05:09Donc, moi, je trouve qu'on devrait parler de la médecine du bien vieillir.
05:13Ce qui, en plus, intégrerait la nutrition, le sport, la stimulation cognitive et tout ce que vous mettez derrière.
05:20C'est positif, c'est holistique et ça contiendrait une vraie promesse médicale et une belle éthique.
05:26Merci beaucoup, Hervé.
05:28Malheureusement, c'est déjà la fin de cette émission.
05:31Le temps file.
05:32Merci à Pierre-Alain Mailleux, médecin, morphologue et anti-âge.
05:36Merci à David Bocara, professeur des universités, praticien hospitalier, chirurgien, plasticien à l'hôpital Saint-Louis
05:42et chercheur associé à l'unité INSERM 976.
05:46Merci à toi, Hervé, et merci de nous avoir suivis sur Bismarck for Change.
05:56Sous-titrage Société Radio-Canada

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