00:00Et ce matin, Raphaël Lejean de face à Mathieu Jolivet. Bonjour messieurs.
00:03Bonjour Erwann.
00:04On le disait, c'est en longueur dans notre édition de ce mardi bien sûr,
00:08puisqu'on fête, pas tout le monde fête, mais enfin c'est les un an du retour de Donald Trump à la Maison Blanche,
00:14qui est le président américain qui fragilise le bloc européen depuis maintenant quelques jours,
00:19la preuve face aux menaces de nouveaux droits de douane,
00:22et la France qui veut plutôt être offensive en activant, Raphaël, l'instrument anti-coercition,
00:27tandis que les Allemands, eux, veulent privilégier plutôt le dialogue.
00:30Est-ce que ça peut continuer comme ça ?
00:32Non, ça ne peut pas continuer comme ça.
00:33Cette dissonance entre la France et l'Allemagne devient totalement délétère pour l'Europe.
00:37Et franchement, l'Allemagne devient le principal frein aux parapluies de protection économique européenne aujourd'hui.
00:43Ça devient un vrai danger.
00:44L'Allemagne a toujours joué une carte personnelle.
00:46En même temps, on ne peut pas en vouloir.
00:47Tous les États font ainsi.
00:50Mais j'ai le souvenir, il y a quelques années à Bercy,
00:52où on expliquait que la France est censée bien fonctionner avec l'Allemagne,
00:56qu'en réalité, on est à peu près en désaccord sur tout,
00:58et que c'est souvent avec les Anglais qui étaient au sein de l'UE encore à l'époque,
01:01avec qui on arrive finalement à signer des deals.
01:04Bon, vous l'avez dit Erwan,
01:06on fête aujourd'hui les un an du retour de Donald Trump au pouvoir.
01:10Et c'est un nouveau monde,
01:11c'est une accélération du nouveau monde qui se met en place.
01:14Il faut bien se rendre compte de ce monde dans lequel on vit.
01:17C'est un monde de violence, c'est le monde des empires,
01:19c'est le monde des prédateurs.
01:21Et face à cela, l'Allemagne conserve son logiciel du monde d'avant,
01:25j'ai envie de dire, où le libre-échange doit primer absolument au-dessus de tout.
01:30Alors, on les comprend évidemment,
01:32les Allemands, c'est eux qui ont le plus gros excédent commercial
01:36de la balance commerciale en Europe et quasiment au monde.
01:40Avec les États-Unis, ça devient évidemment très compliqué,
01:42c'est leur premier marché de débouchés.
01:44Et sur les 11 premiers mois de l'année 2025,
01:47leurs exportations ont baissé de 9%.
01:50Ça complique évidemment leur modèle économique qui a déjà été mis à mal
01:54par l'invasion de l'Ukraine, par la Russie,
01:57qui leur a privé de l'énergie, du gaz russe à bas coût.
02:02La Chine, qui est en train de refermer son marché,
02:04où ils ont de plus en plus de mal à exporter.
02:06Et pareil pour les États-Unis.
02:09Mais les États-Unis, c'est encore plus de 70 milliards
02:11d'excédents commercial nets pour l'Allemagne.
02:14Donc à chaque fois que Donald Trump nous met un coup de pression
02:16sur les tarifs de Tommier, comme il vient de le faire
02:19dans le dossier du Groenland,
02:22nous, Français, on réagit maintenant en montrant les muscles.
02:25On sait que c'est la méthode qu'il faut adopter face à Donald Trump.
02:29À la Chinoise.
02:29À la Chinoise, exactement.
02:31Et les Allemands, eux, disent non, non, on se calme, surtout pas,
02:34on va négocier, on va pouvoir voir.
02:36Mais idem avec les Chinois, j'ai envie de dire,
02:39les Allemands, toujours drivés par leur industrie automobile,
02:42c'est quand même ça la clé de compréhension de la position allemande.
02:47Quand les Chinois montrent les muscles sur les doigts de douane,
02:50pour nous, Européens, eux disent non,
02:52parce qu'ils veulent continuer à vendre des voitures en Chine.
02:54Ça marche des deux côtés et ça abîme l'Europe.
02:56Raphaël Legendre, Mathieu Jolivet, Trépigne, il vous répond.
02:59Je voulais juste remercier Raphaël,
03:01parce que Raphaël vient de nous expliquer justement
03:03pourquoi il faut soutenir notre voisin allemand.
03:06Je vous rappelle juste que les Allemands,
03:08ils ne sont pas en retrait, et vous l'expliquez très bien Raphaël,
03:11ils sont en première ligne, OK ?
03:13Aujourd'hui, l'économie allemande,
03:15c'est l'économie qui structurellement
03:17est la plus dépendante de l'extérieur dans la zone euro.
03:21Sachant qu'on parle aujourd'hui de la première économie de la zone euro.
03:24Près de 50% du PIB allemand est lié aux exportations.
03:28C'est à peine 30% pour la France.
03:30Il faut bien voir que si on regarde nos voisins allemands,
03:33en moins de 20 ans,
03:35vous avez son premier partenaire,
03:37son premier client qui était la Chine,
03:39qui est devenu son premier concurrent industriel.
03:43Et donc nous, quand on parle au quotidien en France
03:45de l'agressivité commerciale chinoise,
03:48le choc, il a encore vécu de manière bien plus violente
03:50chez les Allemands.
03:52Sur le Groenland,
03:53la prudence allemande,
03:55je pense qu'elle relève plus du rationnel,
03:58et non pas de la lâcheté.
04:00Il le dit très bien, Friedrich Merz,
04:01il dit que la France n'est pas touchée dans la même mesure que nous,
04:04et il a totalement raison de dire ça,
04:07les droits de douane,
04:07elles visent prioritairement les exportateurs allemands.
04:10Quant à cette arme de coercition,
04:12il faut rappeler que c'est une arme à un coût.
04:15Donc si on l'utilise dès le premier coup de semence de Donald Trump,
04:18on risque de banaliser cet outil,
04:21on risque d'en réduire sa force dissuasive.
04:24Et puis si on regarde dans le rétroviseur,
04:25j'aurais presque envie de dire
04:26merci à l'Allemagne,
04:28merci à l'Allemagne
04:28pour la qualité de notre signature financière
04:32sur les marchés pour la France.
04:33Aujourd'hui, si la France emprunte quasiment
04:35sans panique depuis plus de 20 ans sur les marchés,
04:38c'est parce qu'elle est juste assise à côté de l'Allemagne.
04:41Sans l'Allemagne, on aurait des spreads beaucoup plus élevés,
04:43on aurait une pression beaucoup plus forte
04:45sur notre dette,
04:47et puis enfin, sur l'Ukraine,
04:49il faut rappeler que l'Allemagne,
04:50elle est totalement en front line,
04:51vous le disiez.
04:52Aujourd'hui, il faut bien avoir en tête aussi
04:53les services de renseignement allemands.
04:56Rappelez que quasiment tous les jours,
04:58vous avez une opération de guerre hybride opérationnelle
05:01des Russes sur le sol allemand,
05:03qui visent des industriels allemands.
05:04Vous avez plusieurs personnalités industrielles allemandes
05:08qui bénéficient aujourd'hui
05:09du même service de protection que le chancelier.
05:12Ça, c'est la réalité que vivent aujourd'hui nos voisins allemands.
05:15Raphaël, un peu d'indulgence avec les Allemands ?
05:17Oui, mais on les épaules, on ne tape pas dessus.
05:19C'est vrai sur la signature,
05:21mais quand les Allemands s'opposent aux droits de douane
05:22sur les véhicules électriques chinois
05:23parce qu'ils ont peur de se faire fermer le marché,
05:26quand Volkswagen vous explique
05:27que si on met des droits de douane aux barrières de l'Europe,
05:30il va aller produire ses voitures en Chine
05:33pour les revendre en Europe
05:36si c'est le cas.
05:38Ça pose un véritable problème.
05:40Et surtout, on est quand même en train
05:42de monter une préférence européenne au niveau industriel
05:44pour que trois quarts des achats
05:46dans la construction industrielle européenne
05:47se fassent avec des produits européens.
05:49Les Allemands sont contre.
05:50Donc il y a un moment,
05:51ils travaillent contre la souveraineté européenne
05:54quand ils achètent du matériel américain
05:56plutôt que du matériel de défense européen.
05:58Tous ces sujets-là doivent être mis sur la table.
06:01Et donc il faut que quelqu'un aille les mettre
06:03devant leur contradiction.
06:04Pour ça, il est naturel.
06:06Si demain, Pékin stoppe toute importation
06:09de produits de luxe sur son marché,
06:11évidemment que la France réagirait
06:13comme les Allemands le font aujourd'hui
06:14sur leur voiture.
06:15Bon, en tout cas, il paraît qu'à la fin,
06:17c'est l'Allemagne qui gagne.
06:18On verra bien.
06:18À la fin de moins en moins,
06:19ça fait deux ans et demi
06:20qu'ils sont en récession, les Allemands,
06:21donc ils ont besoin de l'Europe aussi quand même.
06:23Tous les matins, le débat des éditorialistes.
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