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  • il y a 7 mois
Ce mardi 20 janvier, Donald Trump qui fragilise le bloc européen, et la dissonance entre la France et l'Allemagne qui continue de s'accentuer, ont été abordés par Raphaël Legendre et Mathieu Jolivet dans leur chronique, dans l'émission Good Morning Business, présentée par Erwan Morice, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Et ce matin, Raphaël Lejean de face à Mathieu Jolivet. Bonjour messieurs.
00:03Bonjour Erwann.
00:04On le disait, c'est en longueur dans notre édition de ce mardi bien sûr,
00:08puisqu'on fête, pas tout le monde fête, mais enfin c'est les un an du retour de Donald Trump à la Maison Blanche,
00:14qui est le président américain qui fragilise le bloc européen depuis maintenant quelques jours,
00:19la preuve face aux menaces de nouveaux droits de douane,
00:22et la France qui veut plutôt être offensive en activant, Raphaël, l'instrument anti-coercition,
00:27tandis que les Allemands, eux, veulent privilégier plutôt le dialogue.
00:30Est-ce que ça peut continuer comme ça ?
00:32Non, ça ne peut pas continuer comme ça.
00:33Cette dissonance entre la France et l'Allemagne devient totalement délétère pour l'Europe.
00:37Et franchement, l'Allemagne devient le principal frein aux parapluies de protection économique européenne aujourd'hui.
00:43Ça devient un vrai danger.
00:44L'Allemagne a toujours joué une carte personnelle.
00:46En même temps, on ne peut pas en vouloir.
00:47Tous les États font ainsi.
00:50Mais j'ai le souvenir, il y a quelques années à Bercy,
00:52où on expliquait que la France est censée bien fonctionner avec l'Allemagne,
00:56qu'en réalité, on est à peu près en désaccord sur tout,
00:58et que c'est souvent avec les Anglais qui étaient au sein de l'UE encore à l'époque,
01:01avec qui on arrive finalement à signer des deals.
01:04Bon, vous l'avez dit Erwan,
01:06on fête aujourd'hui les un an du retour de Donald Trump au pouvoir.
01:10Et c'est un nouveau monde,
01:11c'est une accélération du nouveau monde qui se met en place.
01:14Il faut bien se rendre compte de ce monde dans lequel on vit.
01:17C'est un monde de violence, c'est le monde des empires,
01:19c'est le monde des prédateurs.
01:21Et face à cela, l'Allemagne conserve son logiciel du monde d'avant,
01:25j'ai envie de dire, où le libre-échange doit primer absolument au-dessus de tout.
01:30Alors, on les comprend évidemment,
01:32les Allemands, c'est eux qui ont le plus gros excédent commercial
01:36de la balance commerciale en Europe et quasiment au monde.
01:40Avec les États-Unis, ça devient évidemment très compliqué,
01:42c'est leur premier marché de débouchés.
01:44Et sur les 11 premiers mois de l'année 2025,
01:47leurs exportations ont baissé de 9%.
01:50Ça complique évidemment leur modèle économique qui a déjà été mis à mal
01:54par l'invasion de l'Ukraine, par la Russie,
01:57qui leur a privé de l'énergie, du gaz russe à bas coût.
02:02La Chine, qui est en train de refermer son marché,
02:04où ils ont de plus en plus de mal à exporter.
02:06Et pareil pour les États-Unis.
02:09Mais les États-Unis, c'est encore plus de 70 milliards
02:11d'excédents commercial nets pour l'Allemagne.
02:14Donc à chaque fois que Donald Trump nous met un coup de pression
02:16sur les tarifs de Tommier, comme il vient de le faire
02:19dans le dossier du Groenland,
02:22nous, Français, on réagit maintenant en montrant les muscles.
02:25On sait que c'est la méthode qu'il faut adopter face à Donald Trump.
02:29À la Chinoise.
02:29À la Chinoise, exactement.
02:31Et les Allemands, eux, disent non, non, on se calme, surtout pas,
02:34on va négocier, on va pouvoir voir.
02:36Mais idem avec les Chinois, j'ai envie de dire,
02:39les Allemands, toujours drivés par leur industrie automobile,
02:42c'est quand même ça la clé de compréhension de la position allemande.
02:47Quand les Chinois montrent les muscles sur les doigts de douane,
02:50pour nous, Européens, eux disent non,
02:52parce qu'ils veulent continuer à vendre des voitures en Chine.
02:54Ça marche des deux côtés et ça abîme l'Europe.
02:56Raphaël Legendre, Mathieu Jolivet, Trépigne, il vous répond.
02:59Je voulais juste remercier Raphaël,
03:01parce que Raphaël vient de nous expliquer justement
03:03pourquoi il faut soutenir notre voisin allemand.
03:06Je vous rappelle juste que les Allemands,
03:08ils ne sont pas en retrait, et vous l'expliquez très bien Raphaël,
03:11ils sont en première ligne, OK ?
03:13Aujourd'hui, l'économie allemande,
03:15c'est l'économie qui structurellement
03:17est la plus dépendante de l'extérieur dans la zone euro.
03:21Sachant qu'on parle aujourd'hui de la première économie de la zone euro.
03:24Près de 50% du PIB allemand est lié aux exportations.
03:28C'est à peine 30% pour la France.
03:30Il faut bien voir que si on regarde nos voisins allemands,
03:33en moins de 20 ans,
03:35vous avez son premier partenaire,
03:37son premier client qui était la Chine,
03:39qui est devenu son premier concurrent industriel.
03:43Et donc nous, quand on parle au quotidien en France
03:45de l'agressivité commerciale chinoise,
03:48le choc, il a encore vécu de manière bien plus violente
03:50chez les Allemands.
03:52Sur le Groenland,
03:53la prudence allemande,
03:55je pense qu'elle relève plus du rationnel,
03:58et non pas de la lâcheté.
04:00Il le dit très bien, Friedrich Merz,
04:01il dit que la France n'est pas touchée dans la même mesure que nous,
04:04et il a totalement raison de dire ça,
04:07les droits de douane,
04:07elles visent prioritairement les exportateurs allemands.
04:10Quant à cette arme de coercition,
04:12il faut rappeler que c'est une arme à un coût.
04:15Donc si on l'utilise dès le premier coup de semence de Donald Trump,
04:18on risque de banaliser cet outil,
04:21on risque d'en réduire sa force dissuasive.
04:24Et puis si on regarde dans le rétroviseur,
04:25j'aurais presque envie de dire
04:26merci à l'Allemagne,
04:28merci à l'Allemagne
04:28pour la qualité de notre signature financière
04:32sur les marchés pour la France.
04:33Aujourd'hui, si la France emprunte quasiment
04:35sans panique depuis plus de 20 ans sur les marchés,
04:38c'est parce qu'elle est juste assise à côté de l'Allemagne.
04:41Sans l'Allemagne, on aurait des spreads beaucoup plus élevés,
04:43on aurait une pression beaucoup plus forte
04:45sur notre dette,
04:47et puis enfin, sur l'Ukraine,
04:49il faut rappeler que l'Allemagne,
04:50elle est totalement en front line,
04:51vous le disiez.
04:52Aujourd'hui, il faut bien avoir en tête aussi
04:53les services de renseignement allemands.
04:56Rappelez que quasiment tous les jours,
04:58vous avez une opération de guerre hybride opérationnelle
05:01des Russes sur le sol allemand,
05:03qui visent des industriels allemands.
05:04Vous avez plusieurs personnalités industrielles allemandes
05:08qui bénéficient aujourd'hui
05:09du même service de protection que le chancelier.
05:12Ça, c'est la réalité que vivent aujourd'hui nos voisins allemands.
05:15Raphaël, un peu d'indulgence avec les Allemands ?
05:17Oui, mais on les épaules, on ne tape pas dessus.
05:19C'est vrai sur la signature,
05:21mais quand les Allemands s'opposent aux droits de douane
05:22sur les véhicules électriques chinois
05:23parce qu'ils ont peur de se faire fermer le marché,
05:26quand Volkswagen vous explique
05:27que si on met des droits de douane aux barrières de l'Europe,
05:30il va aller produire ses voitures en Chine
05:33pour les revendre en Europe
05:36si c'est le cas.
05:38Ça pose un véritable problème.
05:40Et surtout, on est quand même en train
05:42de monter une préférence européenne au niveau industriel
05:44pour que trois quarts des achats
05:46dans la construction industrielle européenne
05:47se fassent avec des produits européens.
05:49Les Allemands sont contre.
05:50Donc il y a un moment,
05:51ils travaillent contre la souveraineté européenne
05:54quand ils achètent du matériel américain
05:56plutôt que du matériel de défense européen.
05:58Tous ces sujets-là doivent être mis sur la table.
06:01Et donc il faut que quelqu'un aille les mettre
06:03devant leur contradiction.
06:04Pour ça, il est naturel.
06:06Si demain, Pékin stoppe toute importation
06:09de produits de luxe sur son marché,
06:11évidemment que la France réagirait
06:13comme les Allemands le font aujourd'hui
06:14sur leur voiture.
06:15Bon, en tout cas, il paraît qu'à la fin,
06:17c'est l'Allemagne qui gagne.
06:18On verra bien.
06:18À la fin de moins en moins,
06:19ça fait deux ans et demi
06:20qu'ils sont en récession, les Allemands,
06:21donc ils ont besoin de l'Europe aussi quand même.
06:23Tous les matins, le débat des éditorialistes.
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